des broderies exé
pomt auquel les anciens avaient porte lart du brodeur, je entées par Pro-
IX J Tr- -1 • »«»?>»«. dans If
pourrais me borner a renvoyer au passage de Virgile que je porme de ciaucitais tout à l'heure ; mais il n'est pas le seul que l'on puisse invoquer dans ce but. Un autre poète aussi éloigné du cygne de Mantoue par le temps où il vécut que par le talent , décrit ainsi l'occupation de Proserpine attendant sa mère : « Son aiguille habile traçait sur le tissu la chaîne des éléments , le séjour de son père, l'ordre selon lequel la Nature, mère des êtres, débrouilla l'antique chaos , et mit chaque chose en sa place, aussi bien les corps légers, qui s'élèvent en haut, que les corps entraînés par leur pesanteur au centre de l'espace. L'éther s'embrasait de mille feux , le ciel tournait avec les étoiles, la mer roulait ses vagues , la terre se balançait suspendue, et la variété des couleurs rehaussait encore le charme de l'ouvrage. I^es astres étincellent dans l'or, l'onde coule en nappes de pourpre, des perles exhaussent le rivage, et
par Andromaque au fils d'Énéc a leur départ de Troie (^n. , lîv. III , ▼, 484) , devait être un manteau brodé.
I Histoire du commerce et de Im navigation des anciens^ par Huet. Ljon, Duplain, 1768, in-8«, ch. xxxix, n« 8, pag. 199.
Tart gonfle les fils qui peignent aux regards des flots mensongers. On croirait entendre et le bruit des rochers battus par Talgue marine , et le sourd murmure des vagues filtrant dans le sable altéré. Là sont aussi représentées les cinq ssones; au centre un fil de pourpre marque le siège de la chaleur; le soleil , par ses continuelles ardeurs, a desséché cet espace et brûlé la trame. De chaque côté de cette zone centrale, la vie appelle les humains dans des ccmtrées liabitables, sous un ciel tempéré. Les deux extrémités présentent d'affreux déserts, sans cesse hérissés de glaçons, qui semblent attristrer la toile de leur éternelle firoidure. Sous la main de la déesse, s'élèvent et le palais de son oncle, et la demeure des mânes, que le destin doit soumettre à ses lois^ » etc* obMrvaiioa Uu parcil récit, si nous pouvions accorder à son auteur
pof^te. la moindre confiance, est bien fait pour nous donner une haute idée du talent des brodeuses de l'antiquité ; nuûs d'abord Claudien appartient moins à cette période qu'au moyen âge; ensuite, il nous en dit trop pour que nous voyions dans ses vers autre chose qu'une amplification de rhétorique. Plus sobre, la descr^>tioQ de Virgile nous dispose mieux à y croire, disons mieux, nous donne à penser que le poète avait pris pour modèle quelque tissu de son temps, nécessairement de fabrique grecque ou romaine.
i>in» On ne peut qu'être disposé, j'imagine t à ranger parmi
du festin de Tri-
maidon. ]es produits de l'art oriental les tapis du festin de Trimalcion, où étaient figurés (picta) des filets, des piqueurs armés d'épieux, et tout l'équipage d'une chasse'; mais, à coup
* Cl. Qaudian., De Raptu Proserp., lib. I, y. 254. Gf. lib. II, T. iS,et />r Probin, «< Ofybr, finir. eotuuL Paneg. , ▼. 177 eC leq.
* P. Petron. Arbit. ^ Satyricon, cap. xl.
sûr, c'était à Rome qu'avaient été décorées les nappes d'Héliogabale , sur lesquelles , au dire de Lampridey étaient Napi>f5
/« / ^ i« • -Il . . 11 • 1 d'HéliogabaU.
nguresy a laiguule ou en tapisserie, tous les plais qui de*
vaient paraître aux différents services'. Un autre écrivain de image
l'Histoire Auguste, rapporte que dans la famille des Macriens, dée sur in Tête-
les femmes porUieot l'image d'Alexandre le Grand brodée de u famiiie dr^
de différentes couleurs, sur leurs tuniques, sur leurs cein- mquci.
tares et sur leurs manteaux', comme certains, pendant le
moyen âge, faisaient pour la représentation de Jésus-<]brist'.
Avant d'aller plus loin , je dois faire remarquer que Lam* obMnraùoiu pride ne semble pas bien sûr du procédé employé par les de Lampride et artistes de son temps qui étaient cliargés de représenter les Poiiwn. plats de la table impériale, et qu'ensuite l'expression de liciis variantibus ^àt Trebellius PoUion, n'a jamais été expli<^ quée d'une manière satisfaisante par les divers coimnenta* teurs de l'Histoire Auguste. On la retrouve, ou peu s'en faut, dans un écrivain postérieur, qui, faisant la satire de ses contemporains, parle de leurs tuniques couvertes de figures d'animaux^, mode encore en vigueur au temps de
' JEX, Lamprid. , Anionin, Hêiiogabtd. , cap. xxvi.
* Trebell. Poil. , Triginta Tpramù , cap. xin.
* G*est ce que nos ancêtres appelaient vtrounUe , iferonique , et noa toîsùw mtnflcle, fernicUy etc. Voyez ridcuânii. tom. Il, pag. 116 y not. 2; Histoire de Dau» phiné, par B. de ValbonnaU, tom. II, pag. tl^S; Us Dua Je Bourgogne, ii« part.," tom. II, pag. 8, n<^ 2064; Détails smr la tûe privée d'Anne de Bretagne, pag. 35; fomudare Anglicasuim, hy Thomas Madox, London , 1702 , in-folio , pag. 428; the Fision of Piers Ploughman, ▼. 3S37, 3540 (édit. de Th. Wright, tom. I", pag. 108, 109); The Canierbury Taies, prol., t. 687. Cf. Glass. med. et in/. Latin. , tom, VI, pag. 779, çol. 1 et 2, t« Veronica; et tka Gloêsarr 0/ ectleskutical Costume, ▼• VernacU,
^ « ... fimhria tonicaque... varietate lidomm efifigiaui in tpeciet animalium multiformei. » Amm. Marcell., lih. XIV, cap. vf.
de Vercelli attri
buée à sainte
Hflène.
336 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
Gratien , comme nous le savons par un poêle de Tëpoque •, et que l'on retrouve à celles de saint Astérius , de saint Jean Chrysostome et de Théodore!, qui s'élèvent contre ce luxe".
Mentioiu, (Ju dutrc père de TÉglise, saint Jérôme, parle des tapis
dans aunt Je-
rôme^deupis pciuts cu usagc dc SOU tcmps*, ct dc Fart babylonien*. Plus babylonien, généralement on appelait la broderie Xartphrjr^en ou Xart de peindre à t aiguille , désignations que Ton continua à employer pendant le moyen âge, concurremment avec celles à'ars olumaria, d'ars Anglica, d'opus plumarium , Cyprense ou ^nglicum *.
Sans nous arrêter à la madone conservée à Vercelli, qu'on suppose faite par la mère de Constantin , espèce de broderie formée de pièces de soie cousues ensemble, mais où les têtes et les mains sont peintes à Thuile' ; sans revenir sur ce que
* Aurel. Prudent. , Hamartigen.^ y. 38S.
* Voyez ci-dessus , tom. I** , pag. 20 , Si .
* Ep'ut. UV (al. XXXVI] ^. Hieron. ad Pammachxvm , tcript. aan. 398 {S. £, Hieron, Oper. tom. IV, pan ait. Paris. , m. dcx:. ti. , in-folio , pag. 585. )
* « Pro gemmit et serico dÎTinos codices amet, in quibus non auri et pellii Babylonic« vermiculata pictura, » etc. Rp. LFII (a\, VII] ad Lœtam de institutione /Uiœ^ script, ann. 398 vel circiter. (Ihid, , pag. 595.]
' Voyez la xxy* dissertation de Muratori (jéntiquit. liai. med. œpî^ tom. II, col. 401-405 ] , et le Glossaire de do Gange , tom !•% pag. 256 , col. 3 , ▼<> Jngiicum opus; tom. II, pag. 733, col. 2, y* Cyprtnse opus; et tom. V, pag. 310, col. 2 seq. , y^ Phanacium, Plumarium^ n* 2 » Plumant, etc., sans négliger les articles Racamas, Racamatura et Ricamum, pag. 573, col. 1, et 768, col. 2. Gf. ibî supr. , tom. I**, pag. 369; tom. II, pag. 241 , not. 2. Quant au mot ratcanu, dont on trouve un exemple , pag. 592 , col. 2 , à Part. Rastacius color, il me parait n*étre que le substantif racamas dont la finale aura été mal écrite.
Voyez encore Poésies populaires latines du moyen âge , pag. 227 .
* Des Origines traditionelles de la peinture en Italie, par Louis Viardot. Paris, Paulin, 1840, in«8«, pag. 53, en note. Get ouyrage n*est pas le seul que Ton ait attribué à sainte Hélène; dans rinyentaire des joyaux d'or et d*argeut de Philippe le Bon , il est fait mention d*une « riche et ancienne tahle d*autel de brodeure ,
nous avons dit plus haut relativement aux ornements brodés donnes par les papes et les empereurs aux églises de Rome, depuis le iv^ jusqu'au ix"* siècle^, et touchant les rideaux d'autel conservés autrefois dans l'église de Saint-Étienne de Ravenne% nous parlerons maintenant de Vôpus AngUcum, si opus AngUeum. souvent cité dès les premiers temps du moyen âge. 11 est bien difficile de dire ce que ce pouvait être ; car si nous trouvons cette expression employée à propos de broderie, nous la voyons aussi figurer dans la description d'objets d'orfèvrerie. Ainsi, dans la chronique du Mont-Cassin, par l^on d'Ostie, £mpioi il est dit dun reuquaire ou les religieux de ce monastère sionàpropo» avaient placé une parcelle du linge avec lequel le Sauveur comme • propos avait essuyé les pieds de ses disciples , que c'était un petit endroit merveilleux, habilement et splendidement décoré d'argent, d'or et de pierres précieuses, à la manière anglaise, opère Anglico*\ et dans un inventaire de 1380, nous voyons deux coupes de vermeil de opère Angliœj chacune avec un couvercle émaillé\ Ces coupes, ce reliquaire
que OD dit que la première emperreriz chrestienne fist. » Voyez les Ducs de Bourgogne, II* part., tom. II , pag. 243 , n» 4092.
' Voyez tom. I*', pag. 28. Séroux d'Agincourt a fait le relevé de tous ces ornements dans son Histoire de Part parles monuments ^ tom. I*', pag. 98-102.
• Voyez ci-dessus, tom. P', pag. 28.
. * lab. II, cap. xxxm. (Rer, JtaL Script. , tom. IV, pag. 260, col. 2 , C; Acta sanctor. ord. S. Bened. , sœc. ▼, pars i , pag. 101 , n® il.)
^ Histoire générale de Provence ^ par l'abbé Papon , tom. III, preuves, pag. Ixv. Avec ces coupes se trouvaient six chandeliers de cuivre doré, de Tœuvre de Saint-Martial. Je suppose que cet opus Sancti Martialis n'est autre que Vopus Lemopicense ou Lemopiticuniy dont étaient faiu , entre autres , deux bassins mentionnés dans un cartulaire de Téglise d'Amiens. Voyez une Cité picarde au moyen âge , pag. 152 , en note. Cf. Gloss, med, et inf. Latin. , tom. IV, pag. 119, col. 1 , V Limogia; et the H'ut. of St. PauCs Cath., pag. 314 , col. 2.
Dans ce dernier ouvrage , je vois au même endroit la mention d'une cfaAsie de II. 43
Orférre
anglais attaché
an Mont-Casfliii.
Eioge
dea orfèvre» et
des brodeuses de
cette nation au
XI* siècle.
Étole
et manipule de
saint Cnthl)ert
brodées
par sainte
Etbeldreda.
338 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATIOlf ET L'USAGE
avaient-ik été fabriqués dans la Grande-Bretagne? Voilà encore une question que je suis forcé de laisser sans réponse. Toutefois, je ferai remarquer que dans la suite des mêmes chroniques du Mont-Cassin, il est question d'un Anglais attaché en qualité d'orfèvre à ce riche monastère \ Or, à cette époque, le luxe dans les vêtements, surtout dans les vêtements d'église, était si grand , il était si ordinaire de les surcharger d'orfèvrerie et de pierres précieuses, qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que l'état d orfèvre fût confondu avec celui de brodeur, et que Tun et l'autre fussent entre les mains des Anglais.
On est disposé à le croire en voyant un moine de la fin du XI' siècle célébrer, dans la même phrase, le génie des orfèvres de cette nation , et l'habileté peut-être encore [dus grande, dit>il, des jeunes Anglaises^ qui constellaient d'or, de perles et de pierreries, et décoraient artistement les insignes de la royauté et les ornements pontificaux, éclatants de pourpre et d'écarlate*. Nous savons d'ailleurs que les femmes anglaises, bien avant la conquête, travaillaient considérablement au métier et à l'aiguille^ et se montraient aussi habiles dans cette branche de l'art que les hommes dans toutes les autres*. Au vu" siècle, sainte Ëtheldreda, vierge et reine, première abbesse d'Ely, offrait à saint Cuthbert, qui n'était pas encore évêque, une étole et une mani-
la fabrique de Durham, de opère Dunelmensi. Sait -on quelque chose de cette œuvre? Pour mon compte, je ne crois pas Tavoir jamais vue nommée ailleurs.
* Lib. m, cap. xxn. (Rer, Ital. Script. , t0m. IV, pag. 423, col. 9 , A.)
* f^ita S, August'mi^ episc. Cantuar. , etc., auct. Gocelino monacho, cap. t. (Jeta sanctor. Maii, tom. VI , pag. 380, col. i, C, n* î.)
> Geita Guillelmi ducit^ etc., apod Duchesn., Hitt, Normemn, Script, mntrqui, pag 211, B.
pule, qu'eUe-méme^ disait^on, avait habilement brodées et décorées d'or et de pierreries ; vénéraUes reliques que l'on voyait encore^ au xu^ siède , dans l'église de DurhamS dont un moine vantait, à ta même époque^ une chambrière de babiieté mer- Malhilde, plus tard reine d'Ecosse, ooomie une brodeuse chambrièreT si^neure a toutes les femmes de 1 Angleterre*. mue d^Écosse.
Nous apprenoos de Guillaume de Malmesbury qu'une saint Duostan Femme pieuse, désîi*ant broder un vêtement sacerdotal , ob- broderies J^uT tint de Dunstan, jeune alors, qu'il en fit le dessin , qu'elle dotai!''*^' inuta avec des fils d'or ' ; et ce n'est pas le seul exemple de cette espèce. Les quatre filles d'Edward l'Ancien sont très-louées Dames pour leur grande assidmte et leur adresse a nier et a travail- mendonnëes 1er au métier, ainsi qu'à l'aiguille \ iËdelfleda, veuve de ^da^Va^de Brithnod, duc de Northiuttberland , dans le x*" siècle, fit présent à Téglise d'Ely d'un rideau^ ou plutôt d'une tapisserie, sur lequel on avait retracé les actions de son mari, afin de conserver le souvenir de sa valeur*. Plus tard, la reine
* Fita S. Etheldritœy etc., cap. ix , d" 22. [Acta tanctor. ord. S, Bened, , i«c.n,pag. 74S.)
* c Fcemina igitui* pnedicta, opem texturs scientia purpararia nobilis exsdterat , et aurifrixoria aitificîosae compositionis peroptima super onmes Angliae mulieres tonc tcnpon» principaliter enitaerat. j» Reginaidi mon. Dunelm. LibtU, d» adm, B. Cuthhfrti çirtut.^ etc., cap. imxiv, pag. 1S2.
' F'ita S. Dtuistaniy arch, Cant.^ auct. Osberno. [AngUa tacra^ pars ii, pag. 94; Jeta smmctor, erd. S. Bened., mbc. ▼, pag. 664, n* 10.)
La chaaable dont saint Ounstan loi -même se servait fréquemment pour dire la messe, vêtement conservé autrefois dans l'abbaye de Westminster, était sans auctme espèce de broderie. Voyez Bfirac, S. Dunstani, auct. Osberto. (Acta samctor, 0rd. 3. Bened. , me. ▼, pag. 712 , n* 2S. )
* Will. Malmesb. , J>e Gest. rtg. AMgi.,\Mb. II, cap. v. (Mer. Angite, Scrifi. pott Bed. prœcip.f éd. m.dgi., pag. 47, lin. 10; ed.TK Dnfifiis Hardy, tom. I, pag. 198, 8 128.)
" HUi, ElUns, , lib. Il , cap. vii; apud Th. Gale , H'ut, Brîiann. , Saxon* y An^ Dan, Script. XV^ tom. III , pag. 494, 495.
Algiva ou Emma y femme de Cnut, enrichissait le même lieu de précieuses étoffes, dont une au moins avait été bordée partout d'orfroi et décorée par la reine elle-même , en certains endroits, d'or et de pierreries disposées comme en tableaux , avec un tel art et une telle richesse qu'on eût vainement cherché sa pareille en Angleterre \ témoignage que l'historien d*Ely rend également à une chasuble donnée par l'archevêque Stigand et enlevée par Guillaume le Bâtard*.
Don d« w'iuaf, Dc mémc, Widaf, roi de Mercie, donna, par une charte, à
l'abbaye'"' "" l'abbayc de Croyland le manteau de pourpre qu'il avait porté
™^ "" ' le jour de son couronnement, afin que l'on en fit une chape
pour le prêtre qui officiait à l'autel , et son voile d'or, sur
lequel était brodé le siège de Troie , pour qu'il fût suspendu
dans l'église le jour de sa naissance*.
Aiwid et Leuide, Après Ics donatalres de ces beaux ouvrages , il serait cer-
habiles brodeuses . . • • n i i
anglaises au tamemeut de toute justice d en nommer les auteurs ; malheureusement l'histoire a pris peu de souci de conserver les noms d'obscurs ouvriers. Il eu est deux, cependant, qui ont survécu au naufrage général , et nous nous empressons de leur consacrer ici un souvenir. L'un est celui d'une ouvrière appelée Alwid , qui possédait à Ashley, dans le comté de Buckingham, deux hides de terre, plus, du domaine même du roi Edward le Confesseur, une demi-hide que le comte Godric lui avait octroyée pour tout le temps qu'il resterait comte, à la condition qu'Alwide apprendrait à sa fille à bro-
* Mut. £/., lib. II, cap. xxi; ap. Gale, tom. III, pag. 502, et Wharton, Jngiia sacra, tom. I , pag. 607. Cf. Acta S. EtheU. , ap. BoUand., Jet. sanctor. Junii, tom. IV, pag. 529, col. 2.
* Hist.El., lib. II, cap. xli ; ap. Gale, tom. III, pag. 514, et Wharton, tom. I, pag. 609.
* Voyez ci-desau8 , tom. I", pag. 182 , not. 1.
XI* Mièci**.
der\ L'autre est Leiiide, mentionDee plus loin dans le Domesdajr-Book comme ayant fait et faisant encore les broderies du roi et de la reine*. Nous verrons bientôt dans le testament de Mathilde, la femme d'un certain Âlderet occupée à Winchester à un travail semblable,
La manière dont on faisait ces ouvrages au métier^ se Passagr
- !• / • de saint Aldhclin
trouve en quelque sorte expliquée par une comparaison, sur i« Hssage des dont Aldhelm , évéque de Sherburn , a fait usage dans son livre de Virginitate : « Le tissu d'un rideau ou d'une couverture , dit-il , si la chaîne de pourpre ou d'autre couleur ne s'y marie à une trame serrée, et si l'art du brodeur n'y ajoute différentes figures» mais que l'étoffe ne présente qu'une couleur uniforme, ne saurait évidemment plaire aux yeux et donner Tidée de la plus parfaite beauté '. »
A partir des temps saxons jusqu'à la fin du moyen âge , il Fréquente» est fréquemment fait mention de travaux d'aiguille exécutés îraux'd"^ vœlZl
en Angleterre ou à la façon de ce pays. C'est « une bourse de
* c De his tenuit Aluuid puella .n. hidas.. . et de dominica firma régis Eduardi habuit ipsa dimidiam hidam , quam Godricus ylcecomes ei concessit quamdîu vicecomes esset, ut illa doceret filiaia ejus aurifrisium operaii. » Domesdajf^Book, etc. , vol. I, MDCGLXXTLin, în-fol., fol. 149 recto, col. 2, in fine,
* « Hec Leuide fecit et facit aurifrisium régis et regine. » IbU., fol. 74 recto, col. 2, in med,
^ « Siquidem cortinarum sive stragularum texlura, nisi panniculs purpureis, imo • diversis colorum yarietatibus fucatae inter densa filorum stamina ultro citroque decurrant , et arte plumaria omne textrinum opus diversis imaginum thoracibus perornent , sed uniformi coloris fuci sigillatim confecta fuerit : liquet profecto quomodo nec oculorum obtutibus jocunda , nec pulcherrims venustati formosa videbitur, » etc. S. Aldhelm., deLaud. virginit.j cap. vn. [Max'ima Bîbliotheca vêterum Patrum, etc. , éd. Margarin. delà Bigne , tom. XIII , Lugdun., M.DC.LXXvn., pag. 34 , col. 1 , D.) Cf. Antiqwt, Ital, med œvi^ tom. II, col. 402 , C et seq.
Guillaume de Malmesbury a donné la description de la chasuble d'Aldhem ; sur un fond de pourpre, on y voyait des espèces de paons dans des écussons noirs. Voyez le recueil de Gale, tom. III, pag. 351, lig. 17.
d'AngIrterrr.
soie de Teuvre d'Angleterre, ou il a sainctuers^ » une chape à images sur champ d'or âouvraige dt Angleterre ^ a une autre chape à prélat brodëe sur or^ à images de point d'Angleterre *y » deux draps d'or à images , de la façon d'Angleterre', une autre chape brodée d'w de même*, deux draps de tartaire^ sur l'un desquels on voyait l'histoire de saint Nicolas, de opère Anglicano^. Toutefois, cette expresMon devait avoir un sens plus gënëral ; car je la trouve employée à propos de draps de laine*, et il est peu probable qu'ils fussent brodés.
Auecdote Rien, je crois, ne peut donner une meilleure idée de k
reljili>e à U jier- ^ • » i i . i •
fectioD des bro. pcrfection des broderies anglaises au moyen àge^ qu une
d«rie« «Dglnise». ^ \i
anecdote que nous laisserons raconter a Matthieu Paris :
■ Invent, dfifl biens de U reine Clémence de Hongrie (1328) , dans le II* volume des Mélanges de dérembaiit, n* 79, pag. 19. '' Invent, de Charlc» V, Ms. n* 83S6, folio cvij verso, n- 1037, 1038.
* Ibid, , fol. vjxx, ij. verso, n- 1150.
^ Invent, des joyaux de Philippe le Bon, 12 juillet 1420, n» 4097. [Lu Dua de Bourgogne , ii* part. , tom. II, pag. 244. )
* Testam. Johann. Gasguî epuc, Massii., ann. 1344, ex tabul. ejusd. ecd. ( Gioss. med. etinf. Latin., tom. V, pag. 61 , col. 2, v* Connus Cartarhuu.)
Un inventaire de l'an 1406, donné dans le BuUetin arehéohgiqae pfd»lîé par le Comité historique des arts et monuments , tom. III , pag. 447-451, offire du drap de Chypre , du drap de Lacques , du drap de Venise , opemta de angUs ; et parmi les chapelles du roi Charles VI (1424), il est fait mention d'une chape à images sur champ d'or ouvragé d'angles , et d*nne autre chape i prélat brodée sur or i images étangfes et orfrois de même {CoUect, des meiit. dissert, ^ etc. , tom. XIX, pag. 227). On peut croire que U il ne s*agit plus d'ouvrage d'Angleterre , en voyant ailleurs angeiez à la place à'angUf, qui avait autrefois le sens d'anges: c Item , deux autres chappea de veloux vert figuré, dont les orfraiz de l'une sont faiz à angelet aciz sur thafetas blanc, )» etc. (Extr. de tlnveitt, des reliques.,, du chapitre de Saint'HUaire , etc. {Bihl, de Vtc, des chartes, 3* série, tom. I*', pag. 496. )
' Test, card, JngUc. Grimoard. , 1388; ap. Baluz., ^itef Papar. Aveniom.^ tom. II, col. 1037. A la page précédente, il est fait mention d'un parement d'autel où l'on voyait la figure de U Vierge et des sainu, et d'autres parements operis LucanL
DES ÉTOFFES DE SÙŒ, D'OR ET D'ARGElirr. 343
a Vefs le même temps (1 246), le seigneur pape s'ëtani aperçu que les ornements ecdésiastiques de quelques Anglais , par exemple les chapes de chœur et les mitres étaient brcMlées en fil d'or d'une manière désirable, demanda où ces ouvrages avaient été fiùts. a En Angleterre, m lui répondit-on. Alors le pape : « L'Angleterre est vraiment pour nous un « jardin de délices. C'est vraiment un puits intarissable; et « là où beaucoup de choses abondent , on peut extorquer ff beaucoup à beaucoup, a Aussi le même seigneur pape, alléché par la concupiscence des yeux, envoya des lettres sacrées et scellées à presque tous les abbés de l'ordre de Citeaux établis en Angleterre , aux prières desquels il s'était recommandé dans le chapitre de Ctteaux, pour qu'ils lui fissent passer sans délai ces broderies en or qu'il préférait à toutes , et dont il voulait orner ses chasubles et ses chapes de chœur, comme si ces acquisitions ne devaient rien leur coûter. Cette demande du pape ne déplut pas aux marchands de Londres qui faisaient commerce de ces broderies^ et qui les vendirent le prix qu'ils voulurent*, » etc. D'après cette dernière phrase , il est clair que ces brode- inducUon
/ . ^ . . . , à tirer du récit
nés étaient raites par des ouvriers, surtout par des ou- qinprêrèae. vrières', dont le travail concourait, avec celui des personnes pieuses, à la splendeur des cérémonies de l'église, sans compter qu'il y avait jusqu'à des femmes nobles qui passaient leur temps à décorer d'or et de pierres précieuses , de peintures
* Math, Paris. Histona m^ar^ éd. 1640, pag. 705» lin. ti.
* On trouvera tnr ce point , auquel il nous est impossible de nous arrêter, des lumières dans les Issues ùf thê JSsfchequer, pag. 14, 16, 23, 133, etâtûiaVissue Mi, pag. 17, 154 , i85, etc. Voyez aussi un petit livre intitulé Sngiish mêéievûl Kmhroidery. London, John Henry Parker, m dccg XLTin , in«16, pag. 16-H.
Broderie»
\t^ muvents.
Saiot Césaire interdit ce genre
de trarail aux religieuses vivant
sons sa règle.
ManufactureA d'ornements d'église dans les rouvent».
et de fleurs, les vêtements des rois et des riches ^ Il devait sortir aussi beaucoup de broderies des couvents, bien que certains fondateurs d'ordres, à Texemple de saint Césaire, évéque d* Arles au vi* siècle , ne voulussent pas que les religieuses , vivant sous leur règle , s'occupassent de cette manière'; mais tous n'étaient pas aussi rigoureux'^ et il y avait tel monastère de femmes qui renfermait une manufacture d'ornements d'église , et tel couvent d'hommes où cette manufacture était située à quelque distance. Par exemple, l'auteur de la chronique de Farfa fait mention de la métairie de
* « Plumaria , et acupictura , et omne polymitnm , ve\ stragula , sive ornaturs , nuDquam in monasterio fiant. Ipsa etiam ornameata in oratoriif simpUcia esse debent, nunquam plumata, nunquam holoserica, nun(piam hombycina.... Acupictura nunquam nisi in mappulis aut facitergiis , in quibas abbatissa jusMrit , fiât, n Régula monasterii Cœsariœ vtrg,^ § 8, n* 45. (Acta sanctorum Januarii, tom. I, pag. 734, col. i.) Donat, qui vivait à la fin du même siècle que saint Césaire, a reproduit cet article de la règle du bienheureux éréque au ch« Lxm de la sienne.
Parmi les dispositions d'un concile tenu à Cloveshoe dans le siècle suivant, il s'en trouve une par laquelle il est recommandé aux religieuses, entre autres choses, de s'occuper plutôt de lecture et du chant des psaumes que du tissage et de la décoration des habits mondains : c magisque legendis libris, vel canendis psalmis, quam texendis et plectendis vario colore inanis gloric vestibus studeant operam dare. » Conctlium célèbre Clopeshoviœ, etc., A. D. 747, can. 20. (Concilia.,, orbis Britan» nicif etc., op. et scrat. Henrici Spelman, tom. I,Lond. cIo. lac. xxxix., în-fol.,
A la même époque, saint Boniface, dans une lettre écrite en 745 à Cuthbert, ar^ chevéque de Canterbury , tonnait contre les ornements des habits ( ornamenta vestium.., latissimis clav'u et vermium imaginibut clavata) , qui, dit-il, répandaient le désordre dans les cloîtres (ibiJ.f pag. 241 ) , et quarante ans plus tard , un autre concile anglais défendait aux chanoines de se vêtir d'habits teints des couleurs de rindeou précieux. (Coneil, Calchut,^ ann. grat. 787, can. 7. {Ibid., pag. 204.)
* Saint Césaire interdisait également à ses religieuses les couvertures de lits en usage chez les laïques, et les tapis brodés, tapetia picta. Voyez Reg. monast. S. Ctesariœ virg. , § vm , n" 44. (Acta SS. Jan. , tom. I , pag. 734 , col. i .
' « Erat in civitate matrona nobilis... artis purpurari» peritissima, qu« regum divitumque vestes ornare anro, illustrare gemmis, picturis et floribus opère polimito variare consueverat. » Ailred. abb. Rievall., de Vita et Mirac. Edw, Confeu.j ap. Twysden , Rer. Anglic, Script. X, tom. I , col. 409, lin. 23.
Saiot-Benott, in siha-plana, où il y avait eu de tout temps un atelier d'ouvrières serves occupées à ce travail ' ; et le moine qui a écrit Thistoire d'Ely rapporte d'une noble dame anglo-saxonne 9 que, s'étant donnée à l'église et ayant fait profession de demeurer perpétuellement à Ely^ on lui avait assigné un lieu voisin du monastère , où elle vaquait plus secrètement avec de petites filles {cum puellulis) à des travaux de broderie et de tissage, dans lesquels elle excellait , et que là elle avait fait à ses frais et de ses mains une chasuble blanche*. Au vu* siècle, sainte Eustadiole, abbesse de Bourges, faisait des vêtements sacrés, et décorait les autels de parements précieux, fort élégamment confectionnés par elle et par ses religieuses , avec des broderies et des franges d'or, sans parler des tapisseries dont elle ornait les murs*. Au vin* siècle , deux sœurs , successivement abbesses du monastère de Valencina , en Belgique, se firent remarquer par leur habileté dans tous les travaux de femme , et par le soin avec lequel elles évitaient l'oisiveté comme une peste dangereuse; l'anonyme de la fin du ix* siècle qui nous donne ces renseignements, ajoute que de son temps on conservait encore de petites draperies {palliold) tissues de leurs propres mains et décorées d'innombrables ornements en or et en perles , relatifs à Dieu et aux saints , compositions dont il vante l'art et la variété V En général, dans les grands monastères, comme dans
' Rer, Italie, Script, ^ tom. II , pars n , col. 469 , A.
* HUt, Eliens., lib. II, cap. xxx. {ffut. Bntann,^ Saxon.y Anglo-Dan. Script, XV^ op. Th. Gale, tom. III , pag. 508. )
^ De S. Eusîadiola^ etc. ^ n<» 3. (Jeta sanctor» Junii , tom. II , pag. 133, col.S,E.)
* Fita SS, HarUndii et Reinulct, abbat, Eihens, , etc. cap. ▼. (Acta sanctor, ord, S, Bcned, , séc. m , pan i , pag. 656 , 658. ]
geoues.
Ateliers celui de Saint-Gai 9 il y avait des tiss^ands et des brodeurs broderie^dans 1m d'étoffes précieuses pour romement de Téglise et les besoins t^res. du culte * : ce qui n'empêchait pas les femmes de qualité et Travaux les bourgcolscs dc se livrer à une occupation si propre à exécutéT^rdL leur sexe, grâce à laquelle elles pouvaient parer les autels, "^Idls bcFu^'^ embellir leurs demeures ou faire des présents. C'est ainsi que sainte Wiborade, qui vivait à Saint-Gai au commencement du IX* siècle, avait coutume de faire de ses propres mains de belles chemises pour envelopper les livres saints du monastère', où Ton pouvait voir un beau voile, ouvcage de Richlin , scBur de Tabbé Hartmot', et qu'Hadwiga, fille de Henri , duc de Souabe , offrait souvent à la même abbaye des chasubles de soie et d'autres ornements d*église brodés de sa main; les plus remarquaUes étaient une aube, sur laquelle la iK^le ouvrière avait représenté en or les noces de Philologie, une dalmatique et une tunique de sous-diacre
* « Nimia est tamen... varietas vestis «cdesia; qaa scribitnr indnere, ai utrosque quoa dicimns, sao quidem colore in eam dignatnr intexere aut de foria, ut interdum solet, poUmetare. > Ekkekardi IV Casus S. Galli^ etc., cap. x. [Alamanniearum Rerum Scriptores aliquot vetusti , éd. M elchiore Haiminafeldio Goldaato, tomi primi pars prima, pag. SO; Monamema Gêrmaniœ histonea^ éd. G. H. Periz, script, tom. II, pag. 121 , lin. 26.) Cf. Les Brodeurs de rabbt^e de Saint-Bertin aux xT* et xsV siècles^ par M. de la Fona-Mélicocq. [Bulletin des comités historié ques , archéologie , beanx-arts , janvier 1851, pag. 10-12.)
^ Vita S. Wiborad,, etc. {Acta sanetor, ord. S, Bèned., sasc. y, pag. 46, n* 5.)
Un passage d'un ancien rituel de Sobsons cité par D. Martène ( Tractaius de antiqua Eedesim disciplina , etc. Logd. , x.D.GCn. , in-4*, cap. xxm , pag. 382 , lin. 22 } , nous apprend que TÉvangile figurait à l'office enveloppé d'une chemise de toie. Généralement on le portait sur un linge. (De antiquis Ecclesia Ritibus^ stud. et op. Domn. Edm. Alarten. , pars x, pag. 99, 108 , 110. )
' « ... Hartmotus vélum optimum, quod adhnc hodie in quadragesima ante crucem extra chorum appenditur, per manns sororis tuas noniine Ridilin contextum donavit. » Ratperti,». Liber de Origine et dipersis casihus monast. Sancii GtUli, cap. X, apud Goldast., Alamann. Rer, Seript. aliquot Mf., etc., pars r, pag. 31, lin. 20.
presque d'or, que la princesse reprit, sur le refus qui lui fut Êdt d'un antiphonier qu'elle avait demandé à Tun des abbés ^ Plus généreuse, peut*étre aussi plus habile, la reine Adhélais, femme de Hugues €apet , oifirit à l'église de Saint-Martin de Tours une chasuble sur laquelle elle avait représenté en or, entre les épaules, Dieu le Père environné de séraphins et de chérubins indinés devant lui, et sur la poitrine TAgneau de Dieu adoré par quatre animaux placés aux quatre coins. Le méftie monastère devait aussi à la mémo princesse une chape tissue d'or et deux d'argent, et Tabbaye de Saint*Denis une chasuble d'un merveilleux travail, ainsi qu'un ornement tissé par elle , et connu sous la dénomination éCOrbis terraruniy très-différent d'un autre dû à Charles le Chauve*.
La mère de ce prince, l'impératrice Judith, était elle- L;inii>énitrice même une excellente brodeuse. En 826, quand HerioFd, roi htoA^n^. de Danemark, vint se faire baptiser à Ingelheim avec toute sa famille, cette princesse, qui tint la reine sur les fonts, lui fit don d'une robe de sa façon , relevée d'or et de pierres précieuses'. Il parait, du reste, que dans le pays des néo- Habileté phytes, comme dans tout le Nord, l'art de la peinture sur No^e^genrê. étoffes, ou, comme je Timagine, de la broderie, était tout aussi avancé que dans l'Ocddent. Quand Hengist et Horsa arrivèrent de la Germanie, on portait devant eux une bannière qui représentait un cheval, blanc % et, du temps d'Alfred, les Danois avaient un étendard fameux, appelé reafan,
' Ekk. IV Cm, S. GaUi , «te., cap. x ; apad Goldast. , tom.I , pan i , pag. 89.
* HelgaUi Floriae. mon» Vita Boherii régis ^ cap. xnr. (iV«c. des hist» des Gaules, etc. , tom. X , pag. 104 , D. ) Voyes encore ei-deatiis , tom. II , pag. 96.
^ SrmoUi J9igeOi Carm. elegiac, m honor, Hiudofpteif lib. IV. (Rer. Ital, Seripi. , etc. , tomi II pan ait. , col. <)9 , A. )
* Bed. y Hist, ecel, gent. Jngior. , lib. III » cap. xi.
348 SUR LE œMMERGE, LA FABRICATION ET L'USAGE
OÙ l'on voyait un corbeau qui avait été travaillé avec beaucoup d'art par les trois sœurs d'Hunguar et d'Habba*, filles de Lodbrog le Danois , auxquelles il semble que Ton puisse comparer celles de Freya et d'Od, vierges d'une grande beauté dont le nom servait, en Norvège ^ à désigner des tissus précieux*. Ajoutez à cela la bannière d'Harold II, sur laquelle était représentée la figure d'un guerrier combattant '. J'ai parlé ailleurs ^ du riche poêle destiné par Cnut le Danois à servir d'ornement à la tombe d*Edmond C6te de Fer; Fartiste y avait brodé des pommes d'or élégamment entremêlées avec des perles.
Héroïoes Qui Uraît nos vieux trouvères, verrait souvent leurs hé-
françtî^^ré" roïnes avec de riches étoffes, et occupées à les broder d'or
•entées occupées . ,
à broder. Ct dC SOlC
Bêle Erembors à la fenestre , au jor , Sor ses genoz tient paiie de oolor.
BeU Erembors, coopl. u. {Le Romancero /ranfoù, p«g. 49.)
Bêle Tolans en chambre coie , Sor ses genouz pailes desploie , Gost un fil d'or , l'autre de soie.
BeU Tolansy coopl. i. {Ibid., pag. 53.)
' Asser. , de JElfreii Bebus gestis^ apud Goilielm. Camden. , Angiica^ Normannica, etc. Francofurti, anno M.D.cm.y in-fol., pag. 10, lin. 35. Cf. Emmœ Anglorum reginœ Encomium^ apad Duchesn., Histor. Norm, Script, antiquij pag. 169,0; et j4n Aceount of the Danes and Norwegians in Engiand, Scotland^ and Ireland, by J. J. A. Wonaae. London : John Murray, 4852, in»8% pag. 58.
* a Freya Tario ingénie pnedita fîiit : maritum habuit Odum nomine , filias Hnoss et Gerslmi, formosiisimas yirgines, quarum nominibus pretiosissima cimelia exinde oensentur. » T%ormodi Torfœi,,, Historia Berum Norçegicarum, etc. Hafnis, MDGGxi, in-folio, lib. IX, cap. m; tom. I, pag. 374.
' Guill. Pictav., Gesta GuilUlmi ducis Normann., etc., apud Duchesn., Hist. Normanu, Script, antiq,, pag. 206, C. — Will. Malmesb., De Gest. reg, Angl., lib. III; ap. Savile, éd. m. dci., pag. 101 , lin. 0.
* Tom. I-», pag. 139.
Dans le Roman de la Violette ^ Girbert de Montreuil nous représente la fille d'un bourgeois de Chàlons occupée à parer chez son père, c'est-à-dire à broder, de soie et d'or, une étole et un amit, qu'elle semait de petites croix et d'étoiles '. Enfin, la maîtresse de l'archiprétre de Hita avait aussi ce talent, si l'on peut s'en rapporter au digne ecclésiastique, qui dit d'elle:
Sabe toda noblesa de oro é de seda.
Poesias del areipreite de Hita, st. 69. (ÇoUce, de poes. eastell., tom. lY, pag. 18.)
Les religieuses elles-mêmes se livraient à des travaux du £ud«s Rigaud genre de ceux qui viennent d'être indiqués; mais il parait gieuMs cette qu'elles ne se bornaient pas à décorer des ornements sacerdotaux : aussi l'archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, se crut*il obligé de défendre dans plusieurs monastères de Normandie', ces travaux tant soit peu mondains, qu'un écrivain du XV* siècle range parmi les propugnacles pour combattre Dieu •.
Concurremment avec les religieuses et les femmes du Brodeur» monde, la broderie occupait, dans les principales villes de Paris"àu&^ d^u
xm* siècle et au
* Rontan de la FioUite, pag. i13, v. 2292 et suiv. On Ut samit paré dans la Chevalerie Ogier de Danemarcke , y. 8970 ; tom. I*', pag. 363.
* ff Inhîboimus ne moniales darent elemosinarias , fresellas » vel acuarias. » He* gestrum yisitationum archiepiscopi Rothomagens'u ^ etc., éd. Th. Bonnin. Rouen, Auguste le Bmment, mdcccui, in*4^y pag. 326. — « Inhibnimns... ne elemosinarias , fresellas, acuarias et similia facerent , nec operarentur de serico , nisi quod esset ad cultum divinum. » Ibîd* , pag. 40i . — a Inhibuimus omnibus ne operarentur de serico, nisi ea qnac ad ecdesiam pertineant. » Ibid,^ pag. 451. — « Inhibuimus ne elemosinarias, acuarias, freselos et oonsimilia operarentur. » Ihid. , pag. 456. Cf. pag. 486, 624, etc.
» U Jardin des Nobles, Ms. de la Bibl. nat. n* 6853 , fol. 57 verso, col. 1 . Cf. Les Manuscrits francois de la Bibliothèque du Roi y tom. II , pag. 455.
rommencement du sniTimt.
moyen âge.
350 SUR I£ COMMEECE, LA FAMUCATION ET L'USAGE
rOocideot, im grand nombre d'ouvriers des deux- sexes. Pour ne parler que des brodeurs de Parb j 'ûs j formaient un corps d'état qui, dès la fin du xm* siècle, donna lieu à des règlements auxquels on peut recourir, ne fôt-ce que pour y lire les noms de plusieurs artistes de Fépoque^ S'il se trouve quelqu'un qui ait 4ntà*ét à continuer cette liste, il pourra le faire à l'aide du Livre de la taille de Paris en 1 31 3, où l'on voit quinze brodeurs ou brodeuses nommés*. Variétés Pour peu que l'on rapproche les citations placées au bas
destniTiuxde i ^ i
broderie et de dc ccttc pagc. dcs passagcs rapportes dans notre tom. 1^,
tissage ezécatés * * * *
par les dames aa pag. 102 ct 103, OU vcrra quc les dames du xii* et du xm'' siècle, sans parler de leurs aïeules, ne se bornaient point à ÙLÏve de la broderie, mais qu'elles tissaient aussi des lacs, des orfrois, des franges, des aum6nièires, des ceintures et autres menus ouvrages ', dont l'un portait le nom de pourpre j également affecté à une sorte d'étoffe. Leur habileté dans ces sortes de travaux est attestée, entre antres, par les attaches d'un sceau de Richard Cœur de Lion, sur lesqudles
* OrdùumancBÊ rdatifu aux wnéiien <U Paris ^ J xvt. {Hégiemens sur les arts et métiers de Paris^ etc., publ. par G.-B. Deppisg, pag. 379-382.)
* Cftromque métrique Je Gode/roy de PariSf etc., pobl. par J.-A. Bachon. Paris, Verdière, MDcccxxvn, m-ë% pag. 43, 16» 22, 24» 33, 47, 61, 73, 81, 90, 106, 1 15. Ce dernier renyoi se rapporte à Thomas C!heTalier,'brodear de eoimises.
' On en trouye le détail dans un roman éooMois tradvit de notre langue. L'héroine dit à aa maîtresse :
HadlfOkaadgold, I s^old make woïkit fair far to bcliold ; Pimii,. baltu, widi coUoorit qaaife aad kdl, etc.
Clariodiu, etc. Ediuborgh : m.dqoc. zxx. ,in-4*, pag. 143 , T. 963.
Cest sana 4oate à faire de pareils ouircaget qu'étaient dwtin^ les métîert ainsi désignés dans un inventaire de l'arsenal de Carcaiaonne, en date.de 1298 : t Item duos Ulerios ad operandum de airica. o Voyes la collection Doat , vol. LXIV, fol. 32 verso.
M. LéopoldDelifile adonné une notice intéressante ^ Elles se composent de deux cordons dé soie longs chacun d'environ cinquante centimètres. Le tissu en est très^pais^ très-serré, et affecte la forme d'un petit boyau ^ disposition obtenue sans suture, non pas à Faide d'un métier, mais par un procédé bien connu de nos dames, qui font dans cette circonstance usage d'un bouchon. Chacun de ces cordons est, dans une partie de sa longueur, chargé d'ornements dont les formes sont dérivées de celles du losange; Tautré bout est occupé par cette devise française :
Je sui dnierie
Ne me diinez mie Ki nostre amur deseivre La mort pu[ist ja receivre].
Ces lettres, comme les ornements^ se détachent en blanc. Au revers, les uns et les autres sont vert ou bleu tacheté de brun, tandis que le fond est blanc. Ces lettres et ces ornements n'ont donc pas été l'objet d'un second travail, d'une broderie ou d'un brochage; ils font partie même du tissu. A ces détails, que j'emprunte à M. Delisle, j'ajouterai, avec ce jeune érudit, que la précision, la netteté et l'élégance qui caractérisent l'œuvre, témoignent hautement de l'habileté de l'ouvrier, ou plutôt de l'ouvrière, et je ferai également observer que la devise dont ces cordons sont chaînés , doit les faire ranger parmi les lacs d'amour.
A côté de cet article , il faut placer les gants, souvent dé-
* Bibl. de VÈc, des <kaii€s,Z* série, tom. IV, sept.-oct. 1852, 1'* Uvraison, pag. »6-62.
oants brodés, corés de broderies \ et les aumônières, objets de parure de »oi>. plutôt que d'utilité, assez recherchés pour que Guillaume de Lorris pût dire :
De gaiis , d'aumosoiere de soie Et de çainture te oonloie *.
U haman de la Rate, édit. de IféoD, tom. I**, pag. 88, ▼. SI 65.)
Escarcelle Ccrtaiiis de ces objets étaient d*uoe grande richesse, par
'haut" y, comte' conséquent d'un prix élevé*, et annonçaient une habileté ..«mpagDe. jj^g|^çjj|gygg ^ yjj g^^^ infiui. Jc u'cu veux citer pour exemple que l'escarcelle ou aumônière, brodée en or et en soie, que l'on croit avoir appartenu à Thibaut lY , dit le Chansonnier j comte de Champagne et de Brie , et qui a été reproduite dans le grand recueil de Willemin*. ouTrières Ccs aumônièrcs dites sarrazinoises , sans doute parce
raWf«yTpaHs qu'cUcs avaicut été empruntées au costume oriental, occupaient, dès la fin du xiii* siècle, toute une classe d'ouvrières, qui- avait ses statuts \ ce qui n'empêchait pas les femmes du
' Il Ten dons le gant à l'or paré.
La Chevalerie Ogier de Danenutrche, ▼. 2489 ; tom. I**", pag. 403.
* Ce mot, synonyme de parer ^ Pétait également comme celoi-ci, de broder: a Ledit Estienne Castel , pomr sa peine de broder et cointir ledit chaperon de la devise dessusdicte, » etc. Comptes de C argenterie , etc. , pag. 148.
Voyez sur le mot queintisey nsité dans l'anglais d*aatrefois , cî-dessus , tom. I*', pag. 10 1; le Glossaire de du Cange, tom. Il, pag. 422 , col. 3; et Anhour and MerUn , pag. 210, v. 5650, 5666, et pag. 321, y. 8681.
Chascune femme ne pealt pat boarce avoir D'or et de soye richement estoffée.
Le Parement et triomphe des dame*^ etc., ch. xi ; édit. de Paris, 'pour Jean Petit et Michel le Noir, s. d., pet. in-4*, 8* feitillet recto de la sign. D.
* Tom. I", pag. 68 , col. 2, et pi. lU.
^ Ordonnances relatives aux métiers de Paris , § XYH. ( RégUmens sur les arts et métiers^ etc. , pag. 382-386. ) On y trouve un grand nombre d'ouvrières d'aumôuières sarratinoises.
monde, voire même les religieuses, de se lis^rer également à ce genre d'ouvrage ^ 11 venait cependant des aumônières d'outre-mer, s'il est permis de tirer une pareille conclusion de quelques vers d'une chanson de geste du xiv* siècle. Le Rouge Lion ^ au moment de marier sa sœur Elienor au roi Brighedan , la fait noblement parer,
De riches dras de soie vesder et aoumer; D'un mantel de fin or le fist-on afobler. . . . La bourse fii ouvrée en .j. isle de mer» Une païenne i mist .ij. ans au deviser.
lÀRomàns de Btoêdmin de Seburc^ cli. t, t. 770; tom F***, pag. U6.
Le travail des brodeurs et des brodeuses , à l'époque on nous sommes, était autrement sérieux que de nos jours, où l'on se borne à faire passer dans les mailles d'un canevas une peinture tracée sur les mailles d'un dessin ; « mais , comme le fait remarquer M. de Laborde, dans tout le moyen âge, et jusqu'à la fin du xv!"* siècle, broder était un art, une branche sérieuse, estimable, delà peinture. L'aiguille , véritable pinceau , se promenait sur la toile et laissait derrière elle le fil teint, en guise de couleur, produisant une peinture d'un ton soyeux et d'une touche ingénieuse, tableau briUant sans reflet , éclatant sans dureté *. d
C'était sans doute d'un ouvrage de ce genre que l'un de nos anciens trouvères a entendu parler dans la circonstance que voici : Gauvain se présente à la porte d'une tente et dit
Aumônières d*outre-mer
linporlance de l*art de la
broderie au moyen âge.
' MiracUs de saint Louis , par le confesseur de la reine Marguerite, à la suite dé VEist, de S. Louis ^ par Jehan sîre de Joinvilley édit. du Louvre, pag. 459.
' Inventaire des tableaux, livres, joyaux et wêêuUes de Marguerite ttAu* triche^ etc. (Re9ue archéologique , 7* année, 1850 , pag. 39.)
354 SUR LE œMMERGE, LA FABRICATION ET L'USAGE
Kessembiance soD noiD. Uoc pucclle , voulant vérifier l'identké du cheva- ""XdT" lier, va chercher son portrait brodé par une sarrasine, le compare avec l'original , et le trouve conforme :
.J. chier paille souslieve et trait Qui la chambre ot aviromiée y Si est par desous ens entrée.
Leens ot une sarrazine Qui vint des chambres la royne Genièvre, qui molt fîi courtoise.
.J. bort* d*ueuvre sarrazinoise Ot celé fet, qui molt fu sage ; Si avoit pourtraite Pyroage Monseingneur Gauvain en ce bort...
Gom il s'armoit et desarmoit.
Si proprement avoit pourtraite Uymage à lui et semblant faite , Que nulz homs du mont n'i fausist A lui connoistre , qui véist La pourtraiture et lui ensemble -.
Si très-finement le resemble.
Rom4m de Perceval, Bis. snppL fr. n* 430, foi. 87 verso, col. \ , V. 32.
Personnes Dans Tunc dc nos anciennes chansons de geste, le roi
'Xi'pôrtraitr* Floîrc sc rccounait , lui et sa famille , dans les figures bro-
broclé».
dées par sa sœur Béatrix, sur un cher drap de samit :
Adonques mande H rois tôt son barné. .. Et Flores entre en la bone cité. . .
* a . . . uiig bourt de brodrie autour. » Comptée d» dép&nses de h construction du château de GatUon, etc., pag. 488. Cf. pag. 541; ci-dessus, tom. P', pag. 190, not. 3 \ et Gioss. med, et inf. Latin. , tom. I, pag. 731( , col. 1 .
Le mot en question avait aussi le même sens que hoard en anglais, celui de hois , de planche^ qui ne se trouve pas dans les glossaires. Voyez la table d<*s mots techniques des Comptes de l^argenterie^ pag. 364 , coi. !2.
Mais il ne pot par nd la porte entrer ,
Ne li estuet lou chier draip esgarder.
Floire le voit , s'ait sa règne tirei ,
Et voit le draip , se V prent à regarder ;
Et voit la forme dou fort roi coronné ,
De son chier peire qui l'avoit enjandrei ;
Et voit la forme la roîne à vis cler.
Sa chiere meire que l' porta en ces lez;
Et voit sa forme qui ert portraite delez ,
Et joste lui Beatris à vis cler ,
Sa douce suer qu'il souloit tant amer.
Roman de Garin lé Lohérain, Us. du fondf de Saint-Germain n* 4244, folk» .xxis. veno , col. 3, v. 2C. Cf. folio .zxv. recto, col« S, et veno, col. I.
Dans un autre roman y l'auteur dit de la mère de son Autre*
mentions de por-
héroïne Blanceflor tmîts semblables .
que la mescine
Ouvroit es cambres la roïne Un confanon avoec le roi y V el paignoit et lui et soi.
Flore und Bltmcejlor, pag. 6, t. 445.
Un autre trouvère dît d'une jeune fille :
Molt lor sot en une cbainture Portraire Tami et Pamie ;
et afin de prévenir Tétonnement du lecteur, il s'empresse d'ajouter :
Il n'estoit déduis ne mestiers
Dont pucele déust savoir ,
Qu'ele n*i atort si son savoir,
K'ele en set plus c'une autre feme.
U Roman dé l'Eteouffle, Bb. d<i l'Anoiml B.-L. fr. in.4* n* 47S, fol. 4 S reoto, col. 4, t. 22.
On aurait lieu de s'étonner de notre interprétation de ces
356 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L*USAGE
Tapisseries dlvcrs passagcs, auxquels il convient peut-être d'ajouter celui iiator«. que nous avons expliqué plus haut d'une manière différente', si Ton n'avait d'autres exemples de tapisserie exécutée d'après nature. An n"* 123 de l'inventaire de Marguerite d'Autriche , que nous citions il n'y a qu'un instant, on voit « ung aultre riche tableau de la portraiture de madame, fête en tappisserie après le vif. » J'ajouterai que dans l'inventaire de Brou, Tait par les Âugustins déchaussés à leur entrée dans le couvent, en 1659, on inséra cet article : « Deux tableaux de mesme grandeur, faictz à l'esguille, enrichis de perles ; l'un représente Nostre-Seigneur au sepulchre, et l'autre la présentation au temple, ou quelque chose de semblable, faictz de la main de nostre fondatrice. »
Un pareil talent , si fait pour nous étonner, surtout chez une princesse , n'était point rare au moyen âge dans les régions élevées de la société. L'auteur du Panegyric de Lo/s Gabrieiie dc la THmoUle , Jean Bouchet , nous apprend que Gabrielle lemmc de Louis dc Bourbou , première femme de ce seigneur , « jamais n'es-
de la Trémonille, . . » i • • i i > ^
et Catherine de toit oyscuse , mais S cmployoït une partie de la journée en
Médicis, citées i i . * \ 1 1
pour leur Droderic et autres menus ouvrages appartenans a telles
habileté tromme , * i 11 i • i
brodeuses. dames , et y occupoit ses damoyselles, dont avoit bonne quantité, et de grosses, riches et illustres maisons*. »
• Voyez toin. Il, pag. 19Î.
Dans un document de 1628 rapporté par les BoUandiste» {^Acta tanctor. Maii^ (cm. IV, pag. 622 , col. 2, F) , il est question d'un saint d'Italie représenté sur soie, in strica pictum : faut-il expliquer ce dernier mot par brodé? Personne, j'imagine, ne sera tenté de s'adresser une pai^ille question après avoir lu , pag. i iO des Comptes de t argenterie , un article relatif à quatre livres de soie de plusieurs couleurs, données à un certain Tliomas de ChAlons ^ur poindre et outrer une chambre, et comptées trente-deux écus , c'est-à-dire huit écus la livre.
* Édit. du Panthéon littéraire, pag. 769, col. 1-
S'il &ut en croire un biographe de Catherine de Médicis , u elle passoit fort son temps les après-disnées à besogner après ses ouvrages de soye, où elle estoit tant parfaicte qu'il estoit pos6ible^ »
Enfin Ronsard , dans son ode à la royne de Nm^arre , exalte ainsi le talent de Pallas dans l'art de la broderie , et celui de la princesse qui imite la déesse des arts :
Elle addonoit son courage A faire maint bel ouvrage Dessur la toile , et encor A joindre la soye et l'or.
Vous d'un pareil exercice Maries^ par artifice Dessur la toile en maint trait L'or et la soye en pourtrait.
Lit. II , od. tu.
Nous n'avons rien dit de la tapisserie attribuée à la reine Mathilde, et conservée à Bayeux , parce qu'il est loin d'être démontré que ce précieux monument de l'art du brodeur au XI* siècle (en admettant qu'elle soit de cette époque) ait pour auteur une princesse , femme de Guillaume le Conquérant , ou de l'un de ses successeurs". A côté de cette tapis- Mameaux
de noce de Guil-
serie, on conservait autrefois, dans l'église Notre-Dame de laumeie conquérant et de son
Bayeux, les manteaux de noce du vaillant bâtard et de sa «poose.
Tapisserie de Bayeux-
* Vies des Dames illustres , etc. cfa. iT. ( QEwres complètes de Brantéme , Mit. du Panth. litt, , tom. II , pag. 148, col. 1.)
* On ferait une feuille ayee la bibliographie de la tapisserie de Bayeux ; je me contenterai de reiiToyer à la Repue anglo^framçaise , de M. de la Fontenelle de Vaudoré, Poitiers, IB33-1841, tom. Il, pag. 433-437; et 2* série, tom. V', pag. 146, 149, 408, 411, 416, et tom. II, pag. 168. On y trouyera tontes les indications désirables.
im SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
femme, Tun tout d'or trait, semé decroisettes et de fleurons d*or, l'autre tout semé de petites images d'or trait à orfrois pardevanty et tous deux enrichis dans le bas de fermoirs d'or émaillés, de camaïeux et autres pierres précieuses \ Ces détails, et encore plus, les paroles d'admiration dont se sert r historien des évéques d'Âuxerre, en parlant d'ornements pontificaux d'étoffe d'or décorés de grenades, qui appartenaient à Hugues 1" de Chàlons (999-1 039)*, peuvent donner une idée de l'habileté et de la magnificence déployées dans les ouvrages de broderie du xi^ siècle , comme le vêtement de l'évéque Willigis, dont nous avons fait mention plus haut', nous montre l'état de l'art au x'. oint^nuiits On possède comme spécimen de la peinture en broderie
('|)iscop:<iix dr
ihon.isBeikH. du xii% Ics omcments épiscopaux de Thomas Becket, conservés dans le trésor de la cathédrale de Sens*; et peut-être
' Rei'ue angio-fran^ise , tom. II, pag. 438.
Parmi les ohjets légués par Mathilde à l'abbaye de la Sainte-Triiiité de Caeu , se tToiiTait un matitean brodé en or, a^ec une chasuble et un autre vêtement faits en Angleterre : c Casulam qnam apud Wintoniam operatur uxor Aldereti» et claiiiidem operatam ex auro... ad cappam faciendam... atque aliud vestimentum quod optratur in Angiia, * etc. Chartularium 5. TrinitcUis Cadomensu ^ Ms. de ia Bibl. nat. n*" 56S0, fol. 24 recto. Cabbé de la Rue a donné la totalité du testament de Mathilde dans ses Essais historiques sur la ville de Caen, tom. II, pag. 437, 438.
=* Hist. episc. JtUiss, , cap. xux. {Nov. Bibl, Mss. libr. Tom, I, pag. 450 , 45f .)
"' Tom. l'% pag. 4i , en note, à la fin.
' Voyez ci-dessus, pag. 190 , not. 2.
a Nous avons vu ces ornements, dit M. Jules Labarte; les couleurs, que M. du Sommerard a restaurées dans sa gravure coloriée, sont très-altérées. » Voyez Description des objets dart qui composent la coUeetion Debruge Dumenil ^ etc., Paris , M. Dccc. xlvii. , grand in-8^, pag. 98 , not 1.
r^a cathédrale de Paris possédait aussi « uns vestemens de drap vermeil à hommes d*or et à cheval, > nommé la cUapelie.de saint Thomas de Quantorbie. Voyez rinventaire de 1438, dans le volume des Archives nationales, section histo> rique, coté anciennement L. 509', et actuellement L. 396, pag. 28. Cf. Bibl. de VÉcole des chartes^ 3* série, tom. IV, novembre-décembre 1852, pag. 129.
voit-on aussi dans celle de Léon, TaDcienne bannière royale Amiennr
• •ri 1} 1 • *» • 1 1 NI bannière royalf
d Espagne , que 1 on gardait autrefois dans le monastère de <rEspagnf . Saint-lsidore de cette ville, étendard sur lequel D. Àlonso VU Remondez avait fait broder la représentation du bienheureux à cheval , tel qu'il lui apparut à Baeza , vêtu de ses habits pontificaux , une croix dans une main et dans Tautre une épée levée vers le ciel, d'où sort un bras armé de même. Mais indépendamment de ces vénérables reliques , dont la Aboad«iice seconde, signalée par Ambroâo de Morales S n'existe peut- dantie moyen être plus , il est facile de juger par les miniatures des xii^ , xni^ et xiv^ siècles , que non-*seulement les bannières et les ornements sacrés, mais les courtines qui entouraient les autels pendant la messe , les touailles que Ton étendait dessus, étaient fabriqués en étoffes enrichies de figures et de sujets brodés; que les lits, les tables, les sièges, dans les riches habitations , étaient couverts d'étoffes semblables ; enfin que l'art de la broderie avait pénétré dans toutes les parties de la vie militaire, civile et religieuse. Cela est tellement vrai , et ce que i'appelle un art en était . École
\ ^ J rr . . orientiviede
tellement un , qu'outre l'école anglaise de broderie , il y en i^roderie. avait encore d'autres dont les produits avaient un caractère qui leur était propre et présentaient une physionomie à laquelle les rédacteurs d'inventaires ne se trompaient pas. Voyez, par exemple, celui des ornements de la cathédrale de Saint-Paul de Londres , à la suite du récolement de 1295, vous y trouverez une étole d'ouvrage sarrasin, décoré de nœuds, d'animaux et de fleurs en broderie'; un
* Voyez ci-dessuA, tom. I", pag. 201.
• The History ofSt, PauVs Cathedral^ pag. 319, col. 2.
vêtement qualifié de méme^, une tunique, une dalmatique et opussaracenum. quatre petits offeitoires décorés de bordures de opère sara^ . ceno *; vous y rencontrerez aussi des ornements et des meubles, tels que chape, amit et coussins, annoncés comme opus étant, les uns de opère pulvinario^ . les autres de opère
pulvinarium, a m * r
Pectineum opus. pectmeo''. La manière orientale, en fait de broderie, n'était sans doute pas difficile à reconnaître, avec les arabesques, les animaux bizarres quelle affectionne; Y opus pectineum n'était probablement qu'une indication qui s'appliquait aux étoffes brochées , et qui dérivait du mot latin pecten , par laquelle on désignait, dans l'antiquité, comme dans le moyen âge, la lame du tisserand', et, par métonymie, son art même*;
' TheBist. ofSi. PauCs Cath., pag. 320, col 1. A la col. 2» et pag. 321, col. 2, il est question à^opu* plumarimn,
' 16ùi., pag. 322, col. 1; pag. 324, col. 1.
^ c Item capa Folconis episcopi consuta de serico, opère pulTinario, arboribus croceift et albis. » The HUt. ofSt, Pautt Cath,^ pag. 318, col. 2. — c Amictus de opère pnlvinario , cum parvis sentis. » IbiJ, , pag. 319, col. 2.
Auparavant, pag. 316, col. 2, art. Pulvinaria , il est fait mention d'un coussin indiqué comme étant consutum de terieo scutelato. Ce dernier mot ûgnifie>4-il bigarré f adjectif par lequel Dusaulx traduit Pexpresaion cœmUa tcutulaia du vers 97 de la satire n de Juvénal ? Vpyez sur ce que nous entendons par le mot seutulatus^ seutlatus, appliqué aux étoffes, notre tom. I*', pag. 54, not. 4.
* « Item unum pulvinar breudatum, ex parte una ayibus et piscibut et bestiis opère pectineo , et ex alia parte flosculis aurei argenteiqae coloris, s The Hist, of St. Pauts Cath,^ pag. 316, col. 2. — c Item capa Fulconis episcopi bene operata opère pectineo auro et argenteo. — Item capa factade panno pretioso.... de opère pectineo. » Ibid., pag. 317, col. 2. Cf. pag. 320, col. 2; pag. 321, col. 2; et Gloss. med, et inf. Latin. , tom. V, pag. 165, col. 3.
"> Ovid., Metam.y lib. VI, v. 55, et Fax/., lib. III, v. 819; Virg., Georg,, lib. I , V. 294 , et £it. , lib. VII; Juvenal. , sat. ix , t. 30 ; Claudian. , De Raptu Proserp. , lib. II , v. 41 ; S. Aldbelm., de Laud. virgin.^ cap. xxi, ap. de la Bigne, BibL max. vet. Patr,^ tom. XUI, pag, 43, col. 1, C, etc.
** Hcc tibi Mempbitù tellus dat mnnera : victa est
Pectine Niliaco jam Babylonis acus.
Martial., epigr., lib, XIY, cp. I&O. {Cubiculmria polfmiUi.)
mais quelle explication donner de Yopus puhinanum? Du
Gange propose de lire plumarium, et renvoie à Pul^eri- poWi/o/im,
saius^, expression usitée dans la broderie, aussi bien que ontés dau u
broderie*
enToyéeparMÎnt Lous aa khan Tartares.
poudré^ qui en est Téquivalent*; mais je ne trouve là rien qui me satisfasse , et je préfère croire que les coussins, dont on disait autrefois un si grand usage , non-seulement pour la plus grande commodité des individus, mais encore pour y appuyer l'Évangile sur l'autel ou sur le pupitre*, étaient l'objet d'un travail particulier, qui aurait emprunté son nom à celui de ces petits meubles.
Avant de passer au xiv* siècle, citons les ornements du onements
* da B. Thomas de
B. Thomas de Biville , conservés dans la conomaune de ce Bmiie.
nom^, où la tradition constante veut qu'ils aient été donnés
au saint par Louis IX , et la tente d'écarlate vermeille toute Tente
brodée de riches œut^res, que ce prince envoya en 1248, au lou
khan des Tartares : on y voyait l'Adoration des trois rois et
la Passion de Notre-Seigneur*. Or, comme le. saint roi avait
' Ghss. med, et inf. Latin, ^ tom. V, pag. 516, col. 2.
* ff Item jeo diTÛe à Gmtiabe Ipstans... cent sold. et j. ooveriit oue testure blank poudré oue popenjayes. » Will of Alice de Nerford (1393) , etc., dans VExeerpta historiea, Lond. , M. Dcoc. xxxi. , in-8<*, pag. 425.
Voyes , 0ur les étoffes dont le dessin représentait des perroquets , genre d'ornementation très-répandu au moyen âge, ci-dessns, tom. II » pag. 124 , 124 ; les Comptes de fargenierie , etc., pag. 59, 60, 326; la Bihi. de rÉc, des chartes^ 3* série, tom. III , pag. 61 ; et les Arch. eur, de PHist. de Fr. , tom. I*', 1** série , pag. 264, 272, 279, etc.
' Voyez le Glossaire de du Gange , au mot Ten^ralia , n* 1 , tom. VI , pag. 530 , col. 3. Gf. ci-dessus , tom. I**, pag. 222 , en note.
* M. de Gaumont les a décriu et en a donné le dessin dans son Abécédaire ou rudiment ttarcliéologie, 2* édit., Paris, 1851, in-8«, pag. 370-372. Gf. Becherches historiques concernant Thomas Hélie, etc. , par M. Gouppey. Gherbourg, imprimerie de Thomine, 1843, in-8*, de 35 pages.
' Les grandes Chroniques de France , saint Loy's, ch. xlt ; tom. IV, pag. 301 . Cf. ci*dessns, tom. I**, pag. 334, not. 2.
Broderies
mcntionaéMdaiis
l'inventaire
de Cbarlet V.
CoaTOtore
brodée do lirre
d'heures d'Isa-
besa de Barière.
fait faire tout cela dans le but de mieux disposer le prince bariMure à embrasser la foi chrëtienne, il faut croire que les tableaux exécutés par les artistes de T^poque Tétaient a^ec assez de supériorité pour cpie Ton pût en attendre us pareil eflei.
Si l'on veut savoir ce que la broderie produisait dans le sièole suivant, il faut examiner, par exemple, la chasuUe de saint Dominique à Toulouse \ et recourir à l'inventaire de Charles V, qui, sous plus d'un rapport, occupe dans le XIV* siècle, la place que nous avons vu tenir à l'inventaire de Saint-Paul , dans le xiii*. J'ouvre le volume consacré au dénombrement des ridiesses mobilières de Tun de nos plus sages rois, et j'y remarque une mitre brodée sur champ blanc et or frasée d'or trait à images , coiffure annoncée comme ayant appartenu au pape Urbain % une chapelie de camocas d'out^e*>mer, brodée à images de plusieurs faistœres', fcune touaille parée , brodée à ymages de la Passion , sur or% » et un bréviaire couvert de broderies aux armes du roi Jean, quand il était duc de Normandie*. Tous ces ouvrages, comme on peut le croire, n'existent plus; mais on se (ait une idée de ce qu'ils devaient être, du moins le dernier, en examinant le^ livre d'heures d'Isabeau de Bavière, qui a passé du cabinet de l'académicien Ballesdais dans celui des manuscrits de la Bibliothèque nationale , où il porte , dans le fonds latin , le n^ 1 1 90. C'est un volume in-V, dont la couverture est bro*
* Voyez Mélanf. etarchéol., tom. 11^ pag. 260-26â, et pi. XXXVI et XXXVII.
* Mft. n« 83S6 , fol. Cvj. yeno, n* 1030.
* iiid., ioL Cx. Teno, n« 1064.
* I6id., fol. Cxix. verso, n« ilî9.
* Ihid.,io\. ijMxxix. recto, n" 3279.
dëesur caneyas. D'un c6té| on voit Jésus-Christ en croix, avec les saintes femmes et deux anges en haut; de l'autre, la Gène et deux compartiments dans la partie supérieure.
A c6té de ces monuments de Fart du brodeur, on peut chMobie citer une chasuble donnée en 4395 « par l'abbé Etienne de sûnt-ThieiTi «le Qlaligny, à Fabbaye de $aînt*Thierry de Reims, ornement sur lequd on voyait représentée en broderie la vie de la Vierge^ , et les quatre paires d'ornements d'église semés de oniements perles à or battu, c< èsquels estoient signes (c'est-'à-dire sans ^ i^vft!i roi*^ doute figurés) la représentation de la benoiste Trinité et du '^ ^ ^''^ mont Olivet, et les images de sainct Blichel et de sainct Georges , » ornemenis donnés par Charles Yl à son gendre, le roi d'Angleterre*.
L'inventaire du premier de ces deux souverains, que oraameiits
1 /.x . / X 1 j» . ^. ^ . brodés de Tin*
nous avons déjà cite a plus dune reprise, contient aussi yentaireda bon nombre d'articles relatifs à des omemwts brodés, p^^"**^" tels que tunique et dalmatique de cramoisi sur couleur vermeille à orfrois d'or trait, et, sur les épaules, de samit vermeil brodé à images et à tête de lion enlacée dç perles; chape vermeille à images , dont l'orfiroi était à images eole» vées, c'est-à-dire en bosse; chape à prélat brodée sur or ^et ouvragée de Romanie, ou, comme nous dirions, d'un
* Trésors des églises de Reims ^ pag. 2B3. Auparayant, c^est une chape de Telours ▼iolet richement hrodée , sur le chaperon de laquelle était retracée rAssomptiou , ornement donné è la cathédrale de Reirat en 1576. Yoyes pug. Stt.
* Histoire de Charles VI ^ par Jean Juvénal des Ursin»^ édit. de D. Godefroy, pag. 121, ann. 1306. *- Ckromque du Meligieute Je SaiMl^mr*» IW. XVII, ch. xzt; tom. II, pag. 46S.
Dans le tom. I*' de ce dernier ouvrage, je Ua» pag. SOI (lîv. IV, eh. iv, ann. 18SS), nn peange oà Pezpreseion auro vestikta fimhriatis eat tradnite par vête* wmmts h^odés d'or, tandis qn'il fiiudrait frangés d*^.
travail byzantin; chasuble où étaient les douze apôtres d*orfrois^y etc.
TabiM d'aotd Dans l'inventaire de Charles le Téméraire , dont la date cLri^a^Témé- ^^ s'éloigne pas beaucoup de celle du précédent, sont deuz '*^* tables d'autel de brodure, en trois pièces « dont l'une , celle du milieu , contenait l'histoire des trois rois faisant Tofirande. Sur les autres, l'artiste avait retracé la mort de la Vierge, la nativité de Notre-Seigneur, les rois David etSalomon^ assis chacun en une tente , le premier en compagnie de plusieurs personnages qui lui faisaient la révérence, l'autre en présence de la reine de Saba, dans une posture semblable*. Tableaux Ou faisait aussi en broderie des tableaux portatifis, qui
à^î^guiiia par rivalisaieut avec les autels domestiques sculptés et peints. biSbTobjeu" De ce genre étaient les tableaux brodés à Taiguille par Marildiqu^ 3!^ guérite d'Autriche*, et ceux que nous trouvons ainsi indiqués chwS V. * dans l'inventaire de Charles V : « Item ung ymage de saincte Agnès de brodejure, » etc. — « Item ung ymage de saint George de brodeure , en ung estuy couvert de satanin ynde à ung chappiteau à façon de maçonnerie. — Item ungs tableaux de brodeure, où sont Nostre-Dame, saincte Katherine et saint Jehan l'Euvangeliste, en ung estuy couvert de veluyau vermeil. — Item le grant ymage de saint George de brodeure% » etc. A ces représentations il convient de joindre , ce me semble, celle que Ton voyait sur un objet ainsi décrit au même inven-
* Chapelles du roi Charles ri (1424), dans la Cotiect. des nuiU, dissert, ^ tom. XIX, pag. 221,236.
* Les Ducs de Bourgogne, n* partie , tom. II , pag. 16 , n" 2141 et 2142.
' Voyez encore le n** 149 de son inyentaire cité plus ham. (Bévue archéologique^ V année, i" partie , 18S0 , pag. 82. )
* Ms. n» 8353, fol. if.xxxij. verso, n«* 2623, 2624, 2625, 2527. L'inventaire du mobilier du cardinal d'Amboise I*', publié à la suite des Comptes de dépenses de
taire : a Item ung preau de brodeure sur terrasse assiz sur quatre roes, ouquel preau est mouseigneur le daulphin monté sur ung cheval noir, avecques le baston qui le mayne^ » C'était répoque où Jean de Qermont et Jean Chandos Dense
. j . 1» 1 1 1 brodée de Joa
(r portoient chascun une mesme devise dune bleue dame deciormoDtet ouvrée de bordure au ray d'un soleU, sur le senestre bras*. » Au XV* siècle, la peinture en broderie avait suivi les grands progrès qui se firent sentir alors dans tous les arts du dessin. On peut citer, comme de fort belles pièces de cette ou»» époque , la chape exécutée en 1454 pour le roi Charles Vif, txtntée »44&4 chanoine de Saint-Hilaire de Poitiers, par Colin Jolye*, qui '^ sin^nnc ^^' travaillait en même temps que Simonne de Gaules à Bour- \onQt^né?% ges, Gillon Quinaude, et Jehan de Moucy à Tours ^, les bi^ei^e"!;* ornements à l'usage de la chapelle de Charles le Témé- "'^«^b''' raire, conservés dans la cathédrale de Berne', etc., peut-être airi» fir^Lé!
nire.Gbatnble
-.^-^-— ——--^----^-^-^^-— -—---—— -——^^-----—-^— -—---— --^-———^—— de Carrongcs.
la construction du château de Gailion , renferme, pag. 487 , des articles analogues , et pag. 465 , les noms des brodeurs employés. ■ Ms. n» 8353, fol. ij«.iuj. recto , n« 2277.
* Les Chroniques de sire Jehan Froissart , ann. 1350 , Ut. I*', part, n, ch. xxxm ; édit. da Panth. litt, , tom. !•% pag. 344 , col. i .
* Voyez la description de cette chape dans le Bulletin archéologique publié par le comité historique des arts et monuments, tom. III, pag. 86; dans les JnnaUs archéologiques de M. Didron , tom. I** (Paris , 4844 , in-4*) , pag. 27, col. 2 , et pag. 28, col. i; enfin dans la BiU. de ftc. des chartes^ 3* série, tom. !•', pag. 497, 498. L*inTentaire des richesses du chapitre de Saint-Hilaire renferme bon nombre d'indications d'antres beaux ouTrages de broderie ancienne ; on en peut juger rien qu'à lire , à partir de la pag. 495 , l'extrait qu'en a donné M. Yallet de Viriville.
* Comptes de 1454. (Arch. nat., K, reg. 55, fol. xxxriij verso, xl recto, iiij^iiij recto, crij verso. Cf. Femmes célèbres de f ancienne France^ pag. 655.)
On peut encore citer comme contemporains, Guillaume Prévost et Jehan Pagart» brodeurs à Paris, l'un en 1424, l'autre en 1497. Voyes Collect. des meiU. dissert,, etc., tom. XIX, pag.222; ttLouiset Charles ducs d'Or^^mw, 3* partie, pag. 17.
* Voyez VJlium de M. du Sommerard , 10* série , pi. XVIII, XXIX , XXX et XXXI.
366 SUR LE GOlfMERCE, Ui FABRICATION £T L'USAGE
même aussi la chasoUe de Carrouges, dont la repréfeotatîon et la descriptioD se trouvent dans le Magasin pittoresque^. Brodeur fious ue savous à ouelie époque attribuer la précieufie
DonnoaMorin. mitre de U Cathédrale d'Auxarre*, et romement de brocart blanc 9 excellent ouvrage d'un brodeur fameux nommé Duran ou Moran y que le chroniqueur Âmbro6Îo de Morales vit en 1572) dans le monastère d'El Ëspina, à cinq Ueues de Yalladolid'; mais nous signalerons pour le xvi* siècle la bannière donnée par le pape Léon X à la viUe de Zuridi , en Suisse \ et une chape de velours violet richement décorée, offerte à la cathédrale de R^ms en A 576, par un évéque de orMUMiitt Boulogne'. Citons enfin, pour le xvn* siècle, les ornements
pariioiiiixui de richesse admirable ^ exéciités en 1619 par ordre de
au Mint lépwlcvo r •
de jftiiMUn. Louis Xllly qui les destinait au saint sépulcre de Jérusalem. André Favyn, qui les vit chez Alexandre Paynet, « brodeur du roy, de la royne et de Monsieur, près de Sainct^Honoré, » en donne une description assez étendue à laquelle il nous suffira de renvoyer*.
Antérieurement à cette époque , nous trouvons Jehan Pe-
* Tom. XV, avril iS47, pag . ii6.
* a Item une mytrede unjft blanche faiete à resguiUe» gi^myc d'orfiroyu, samie de chaoïn ooeté de quatre etmanx de Lymofcs, ptray d'argent à l'entonr; laquelle mjtre sert poor l'ereiqne des tortiert et les enfant d'aulbe. » Imp^mî, eu r»- U^mùres, vasêê sacrés, onmmmUf etc., du trésor ds la caihddraU d*AMserr€, joîUel 1531. (ArchiTes historiques de l*Yonne, fonds da chapitre d^Auxerre.)
* r^iags de Jmbrùsio de Moralss , etc. , peg. 190.
* Vojes U MoysM A^ si Im BsmûssMce , par F. Séré et Panl Lacroix» ton. II , à la fin , upisseries, pi. VIII.
" Trésors dos égiisos de Rsims , pag. 95. Cf. Description dos objets sTorts fui oom^ posent U eoBeethn Dokruge Dmmemily pag. 531, 5iS, n** 503-565 , etc. , etc. • * le Thestre d honneur ^ etc. A Piffis, chei Robert Fonët» m. s. qxx.» ia-4'', Ut. III, pag. 737, 738.
rault', brodeur du roi, domiciUë à Amboise^ et les plus grands . Gna^ peintres tie croyaient pas ravaler leur art en Tassocknt à celui lew an à oeiai de la broderie. Vasari parle de la sœur du célèbre Parri Spi* nelli, excellente brodeuse , pour laquelle cet artiste avait fût une suite de vingt dessniB empruntés à la vie de saint Donalo ' ; et le même historien nous apprend qu'un peintre contemporain de Marguerite d'Autriche , qui l'employa , Perino del Vaga, qu'il représente comme fréquemment occupéà peindre des cartons pour des tapisseries de haute lisse, ou à dessiner des broderies, et sans cesse entouré de tailleurs et de bro* deurs', composa huit sujets de l'histoire de saint Pierre , tirés des Jetés des apôtres , desfflis d'après lesquels on devait broder une chape pour le pape Paul IIP. Il signale, comme H«bii«« très-habiles brodeurs, Nioda de Venise, qu'il appelle raroed p«7v.'ÏSri'! imieo maestro di rioami % Paolo de Vérone , dont il exalte peut-être encore davantage le mérite S et Girolamo Cicogna, qui était aussi ingénieur de Tévéque Gh]berti\
' IhdUtin des comités hiitoriques, etc., ISSO, archéologie, pag. Si5. Cf. Jeta S. FrancUâde Panla, ap. Bolland., Actasnnetcr. AprUis^ tom.Iypag. i5SyB*5|.
* Deîle Fite d^ piit eeciUenti pittori , etc. In Bologna , m.ims. LXtii. , ni-4*, part. i*,pag. 204.
* lèid. , part. uC, !• vol. , pag. 371 .
* ihxd., pag. 372.
■ ^iW.,pag. 363.
* L'oQvrage, à propos duquel Vasari cite cet aitûte, était utt onement destiné à Téglise de Saint- Jean de Florence, pour lequel Antonio Pollaiuoli avait eomposé des cartons représentant des traiti de la TÎe du saint. Voyet ci«de<wiB, tom. II, pag. 302 , not. 3. Paolo n'employa pat moins de vingt-tix ans k ee traTail. « E di questi ricami, ajoute rhistorien des peintres âltalie, fatti col pnntoaerrato, ehe oltre ail' esser più durabiG, appare una propria pittura di pemicllo, e n* è quasi smarrito il buon modo usandosi hoggi il punteggim più krgo , ehe è manoo du* rabile , e men yago a yedere. » ( DeUe Vite d^ pîh ecetUenti pittori , etc., seconda parte, pag. 374.)
' r/fo difrh Giocondo e LiBeraU e d*altri Veronesi, (Vasari, Fîfe de' pin ecetUenti pittori, etc., part, r^, tom. IV. Firenie, ]a>ccx.xxn, in-4*,pBg. iW.)
368 SUR LE œMMERGE, LA FABRICATION ET L'USAGE
État pnMpcre On voit eocoTe par là que l'art de la broderie n'était pas "^eii Italie. " moins florissant en Italie qu'ailleurs. Les brodeurs de ce pays le plus en renom étaient ceux de Milan, ville célèbre par sa manufacture d'étofies de soie dès le xm* siècle S et surtout par sa fabrique d'or filé connu sous le nom d'or de Célébrité Milan '. Il est fréquemment question , dans les documents MiUiT" * anciens, de bandes de Milan en broderie, de bandes de satin à broderie de Milan % et j*ai trouvé dans une charte de 1383, mention de deux grands tapis de travail lombarde S'il faut en croire Brantôme, cette supériorité des ouvrages de broderie qui sortaient de la capitale de la Lombardie , avait tou- Pantiuifloii jours cxisté*. Il n'y a donc rien de déraisonnable à supposer italien' empioy? quc Pauthaleou Conte, ouvrier de brodeureSj employé ainsi ^' ^ ' que sa femme par Charles VIII aux appointements de vingt
* Voyez ci-dessus, tom. I*', pag. 336.
A cette époque Baonvicino da RWa écrivait qu'il s*y faisait déjà pani de lana nohili et de sirico ^ bombace, lino. Voyez Storia unhenaU^ ter, da Cesare Cantitf ep. Vni, cap. Tv; tom. VU, pag. 6S, en note.
* « Une chasuble et deux tuniques... en moire d'argent^ Torfroi brodé d*or de Milan y figuré de Tarbre de Jessé nué, » etc. Extr. d'un a ne, inverti, qui se trouve 4mx arch, ttSur&^t^Loir, n* i2. {BuUêt, des comit. hist., archéol., beaux-arts, janyier 1851, pag. 15.)<~ i Cinq chapes de drap d'argent , à fleurons d'argent fî«té, garnies de passements d*or de Milan, » etc. /</. , n^ 21. {Uid,^ pag. 17.) — « Une chape de damas rouge, tout le ramage fermé d'un cordonnet d'or de Milan, » etc. /i., n* 33. [Ibid,, pag. 19.) •— « Cinq chapes de Telours noir, les or* frou de satin blanc bordéi d'une gaufrnre d'or de Milan , » etc. id.^ n' 41 . {ibid , pag. 20.)
' Le magnifique et admirabie Carrosely qui fut fait à Paris,*, Can 1612 , etc. ( Le vn^ Théâtre dhcnnamr et de eheifoierie^ par Marc de Wlson S' de la G>lombière, i** part. , ch. xxir, pag. 384 et 423.) —^rripic , réception et audience du duc de Pastrana , etc. , même année. (Le Ceremomal français ^ tom. II , pag. 844.)
Voyez ci-dessus, tom. II, pag. 260, en note.
* Mémoires de P Histoire du Languedoc^ par Guillaume de Catel, etc., liy. V, pag. 027. Voyez ci-après, pag. 395.
* Des Dames gaUantes^ 1" discours. [OEmres con^Utes de Brantôme, édit. du Panth, litt, , tom. II , pag. 254 , col. i .)
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR El D*ABfiENT. 369
tivres touTBois par mois, pouvait avoir été ramené pw lui de MikD'.
On s'occupait aussi de broderie à Florence à une époque (dus ancienne : je trouve , en effet , dans les anciens statuts de cette ville un>artide*.ou il est question des brodeurs, qui y sont appelés balttimmta ', et dans un inventaire des joyaux de Philippe le Bon, duc de Bourgogne^ en date du 1 2 juillet 1420, ce une grande clia|)peAd(^ brodeure d'or, de Fouvraige de Fior^ice, faictede hiak6tre*^'» A Udine, ville du Frioqi, uDe> Camille exerçant Tétat d^ brodeur, y avait acquis um? telfe réputation que M, meidiNres n'avaient pas tai*dé à perdre leur nom de Nant^i pobr celui de Recamaiori\
Dans un autre ÎN^eikiaire' plus ancien, c'est une table d'autel sur champ d'or à images, ^ui a une hrodeareée France ', -«t daBs les statuts de Maguelone, qui datent encore de plus loiu; il est queslion^de beaux essuie-mains* d'ouvrage . de Fraude': que (aut-il entendre par ce nom? celui'delioti* *tîref.i.t-ii pays? la réponse u est pas aussi bcile que 1 on pourrait le. ^. nom? croire. La France , dont nous sommes fils, n'a jamais été re* nommée pour ses broderies, tandis que dlâles de tar Aonumîe
Fiiiuilte
d(^ Rei'aiiiMtoii
,:'l aine.
Broderies d« France.
* ÈtiU éèt gages des ouvriers ittdUms employés par ChaHes VUI^ publié... ]>ar M. Anatole de Montaiglon. [ArclÙ9es de Part français y etc. Paris, J. B. Dnmonlio, in-8-, tom. I", 1852, pag. 122.)
* Stat. anl. Floreni,^ lib. IV, cap. y, ex Çod. reg. 4621, fol. 152 recto. Cf. Gks*. med, et înf. Latin, ^ tom. I, pag. 549, col. 2, y** Baldieuarius.
' Les Ducs de Bourgogne^ ii* partie , tom. II, pag. 244 y n* 4096.
* VUa di Gio¥annida Udine pittore, (VaMUri, parte m*» secondo ¥olame»pag. 30.) fin France , nous aviona le nom de Récamier^ qui appartient à une famille an
moÎM» or^inaiiie du département de l'Ain, c'est-à-dire du ToiMnage«de l'Italie. " Ms. n- 8356 , folio ex. recto, n« 1062.
* « ... manntergia pnlchra de opère Francie. » Stat. Mag. M^- 1331, cap. x (De EUemasjrnariQ); ap. Germain, Hist^ de la comm, de Montpellier ^ tom. II, pag. 247, not. 1.
SM StTR LE GDIŒICE, UL FABBIGAIK» ET LllBàGE
Mroi» éuifint cctàbfftt. JouTre FînvcBtairt de Oiorlea V, «t j'y trouve un orfroi d'or à images de Rommenie^ une k diap« patte crfrcôfiîée k euvre de RMuneMe^ une chape à pvélal bradée sut or ^ oavxage pareil, une rtouaiUe parée «ir cbamp d'or à rounrrage de Bomneme, ti dcmîa appoitrei
ifom de Fnnoe pla2^% » etc. O, pciidaBC Ml certaiit iMBtpa la pa]rs dont nous
^^' Tenons d'^criie k non», (ut appelé de œlat de Fmtceu A la
fin de h Livre dou Bnt, on Roman de Tristan, Hélie de Bor<-
ron 8& dit engendré du sang des noUes pahrims des Barrée,
« qui, «îoute-t^il, de lont tens ont esté commendeour et
eoingnor d'Ootres-an Romenie, ifûk oares eatappcléaFitme^ ^; »
et le pape Honorinay dana sa 442* lettre, Itv. VUI, appaUe
Ncmelie France l'easpôre de Gonslantino|de*. Aprèa cda ,
pourqtxû ne sendt*il pas permis de doaler que les brodenes
de FniMe vmsseBt de dies noua, surtout quand an, sait que
le peint d'Angleterre noua arrimît de Slandne? Biais auasî
il est difficile de croire que- le rédacteur de l'inr^entoire de
' CluDdea V ait employé deux noms de paya pomr désigner on
seul et aatwe produit*
cniture €e que !'€>& peut conclure de plus sàr^ c'est qu'au
parie«(wu!II» «v* sièdc l'»*t de la Inroderie était toujours aus« cultivé en
""è^^T Orient cpie par le passé*; et non-seulanent il y constituait
' Ms. n* SSSe, îiA. <2nFq recto , n« itlO et 114t.
* Ibid. , fol. Ciîj TeiM, n« 1040, et M. Gxix Teno, b^ ftSS.
* Ms. de la ffiM. nak. b* 677e*, CoUMit h- 9000, dernierfenfiet, ooK. I , lig. 23. Cf. lmmÊnuterk$fr0n^d9hBMiotfU^duBoi,taat.l^,'^mg. \m,tkfmg.Z9^
* c . . . Dofflsiflii». .. m GAlKeoran manibi» tndidit impenoai RonuMi. .. i^p* norrîter qnni>Bom Fnmcift est ereatAi » etc. KpiH, ad Bêmtèhmt, Fran^ rtgmum^ ann. 1234. (Rer, Gaiiie, et Franc, Scri^., tom. XIX, piff. 754, B.)
» Voyer, ponr l'astiquité, k diescriptioB df Tyt» par ÉiÊéichUt, oh. »rrn, y. 16, S4 ; le» Éthiopniiiet d'HéUodore, Ut. VII ; 1« Pén^ d'Anien , à r«iidroit «à il parle des Sabéens; Quinte Curoe, liv. lU, ch. m, n* 13; Diodon dei Sioife ,
ws nofnsB DE sens» vor et vargent. %n
une fiiofinâoii^ mais «neore il serrait au délassement des feomiet d^uD rang élevé. Dans le li'fre des airniveiwires de k basâiqae du Yatican, â estait mentkm de pkisleiM ^^êle- «wntB^t objel!l'd'aineubieaieiit de travail chypriote, <ie 'opere Cypnmsi^^ c'é8l*à-<lire^flans doute lirodéB en 6r dft'Cliypre; et Marc ^o% pariant dn rciyamne de Gremftn, qu'il avui ^rinbé, nous apprend qoe « les dames et damoiaeles labourent mottlt noblement de aguiçle sor draa de soie de tous colors^ à besKes et à oisiaos et a montes antres ymages« EHé \^ bwent, apute*t41, les cortines des barons et des grans homes ei inen et si ^eamant qe c'est tme gmnt memÂHe i ^%w^ et cokres et coisin et lioi^iler laborettt ansi meut so^ libnent*. % Dans un ouvrage qui date du milieu du siède suivant^ Famuie
- - • t % àt brodeurs turc»
nous Toyons un seigneur espagnol donner au petit fcan de donnée à jean Saintré un Turc, sa femme et ses enfants , « très-grands ouvriers dé (tt d'or et de soje. d Jean , ajoute le romafnder, les donna à la reine, qui « tres-grànt joye en fist^ » lies pk» renommés dans ce eenre de travail étaient sur^ Renomn.ee
' ^ ^ ^ des Maures pour
lout les descendants des Maures : aussi dans les inventaires i«i"i»ba«tédan»
• Uibrodcrar»!
Ut. XVn^ ch. xxx; Athénée, kv. V, ch. xzvi et xxTn; Ut. XII, ch. &; Gibbon , liv^U, etc.
Mais il fant pveadre garde «foe rien n'étaUit d'une manière rigourenae le tens du mot nopl [richmài^^ que les verùont de la Bible rendent en général par hro* «Me (Cf. Roaenmûller, Jnnotationesj pag. 263), pas pins qoe la signification exacte des mots grecs ^puoâRCDSToc, yij^^dtx^i^^ oxomouXiroc, ^uxur^c, employés par Arrien et Athénée, et des expressions latines auro duiinetaSf auro iniestus, dont se serrent Q^Rttte Curce, Virgile et tant d*antres.
* lib. ànn. bas. Yat. , ap. Joann. Rubenm in Vita Bonifacii Yin^PP. ( Glott . med. et inf. Latin. , tom. II, pag. 929, col. 3, v« Doxale; et tom. III, pag. 550, T* Gramata. ) <
* ^cyagêiU Mare Poi, ch. xxxr, pag. Si. (Texte latin» cap. xxn, pag. 321.) ' Histoire et plaisante Cronieque , etc. , ch. xun ; ton. Il, pag. 291 .
Cousftins de moritqne.
Dentelles de Morr^se.
372 SUR LE œMMEECE, lA FABRIGAnON BT L'USAGE
du xvi^ siècle, on ne manquait jamais de spécifier si tel ou tel article, telle ou telle partie d'un travail, était d'oeuvre morisque^, sans doute pour en rehausser le prix. C'est dans le même sens, ■< j'imagine, qu'il dut entendre un passage d'une rektiini du xvi* siècle, ou un préâdent des comptes est décrit monté sur son mulet et enbamaché tout de velours (r pourtraict en broderie de figures à la turque, par sumptueux et ingénieux artifice*. » II y a d'autant moins à en douter, que, dans l'inventaire de Margumté d'Autriche, nous trouvons, sous la rubrique de Coussins de morisque^ a quatre coussins, ouvragé de Turcquie% » etc. En 4660, il V avait des dentelles de Moresse^. c'est-à«<tire sans doute du Levant ou d'Espagne, d'où nous savons qu'il nous en venait '.
* «( A pair of Frencb sleere» of green velret riehiy embioidered with flowen of damask gold , pirl of Morisco work^ • etc. Dress and Habits , by Jos. Strutt , tom. II , pag. 360 , 375 ; Index and notes to the privy Purse Expenset of Elizaheth of York^ pag. 923, col. I . — « Plot deux bannes de toiUe blanche. Plut deux antres bannes obre^Qioriscpie. » Double du meuble que est demeuré en le pouvoir et charge du maistre itostd Ornas... à Pau, leix'de mars mil v^ xix ; arcb. du départ, des Basses- Pyrénées, extr. de la liasse 27, n^" 12 ou n« 6, 2« inTent. d'Albret» folio 2 vecso.
* V Entrée de la rofne et de nosseigneurs les enffans de France en la viile. . . d^jéngoulesme (22 juillet 1530] , dans le BuUetin de la Société archéologique de la Cha^ rente, ann. iS45, pag. i28.
' N*» 257. (Âe9ue archéologique , 1* ann. , 1" partie , 1850 , pag. 90. )
* La Révolte despassemens, etc. (Recueil de pièces en prose, les plus agréables de ce temps, etc. , tv* partie. A Paris, cbez Charles de Sercy, m. dc. lxj. , in-8», pag. 372.)
* L'écrivain que je Tiens de citer, feignant une levée de boucliers' des passements et dentelles à la foire de Saint-Germain, annonce leur arrivée en ces terpies, pag. 370, 37.1 :
Il «n Tint, que le plus souvent On disoît Tenir dn LeTant ; n en Tint des bords de llbcre, n en Tintd'arriTein^agacrefl Des pays septentrionaux, etc.
Une observatioD essentielle, c'est que ces mots cbre mo» risque, et morisque tout court , après avoir servi à désigner dans le principe des ouvrages de broderie ou de tapisserie exécutes par^-des Maures ou des Turcs , finirent par se dire également des peintures à Taiguille faites d'a[Nrès le système suivi par les Orientaux, plutôt qu'en imitation de leurs dessins; car je ne sache pas qu*au xvi* siècle les musulmans fabriquassent rien de pareil à la « tappisserie de maroquin rouge, bourdée de mesme cuyr, figuré de drap d'or sur verd, et menuz personnaiges..., la brodure d'ambas à seraines, » tapisserie indiquée dans Tinvetitaire ci-dessus comme étant de morisque^. Sans doute la première partie de cet article se rapporte assez bien à ce que nous savons des ouvrages de broderie exécutés sur cuir par les Turcs et les Maures d'Afrique, moins habiles cependant que les Persans, auxquels Chardin décerne la palme*; mais dans ces menuz personnaiges et dans ces sirènes, nous ne reconnaissons plus l'œuvre d'un musulman.
Malgré tout, les broderies exécutées en Orient furent toujours plus prisées que les imitations qui en étaient faites chez nous, à ce point qu'en 1687, après la mort de Colbért, la cour soldait encore l'industrie des barbares, et faisait fabriquer et broder ses plus beaux habits à Constantinople*.
Sens des roots moris'que, ohre morisque y employés à propos de broderie.
Sopcrioritc
des brodeurs
persans.
Préfére&ce
aeoordée eux
broderies orieo-
fales.
* N« 356. [Revue archéologique, V ann., i^ part., 1850, pag. 90.)
* Description générale de la Perse , ch. xra, [Voyages du ehevolUr Chardin, etc., eâit! de Langlès, tom. TV, pag. 128.)
Voyez, dans le Livre des Rois, tom. I*', pag. 285 , la mention d'ornements brodés de la main de Roudabeh , fille de Mihrab , roi de Kaboul et amie de Zal le PeUewan.
* Mémoires de Dangeau , 27 nov. 1687. — Essai sur tétahUssament monarchique de LouisXir, etc.,parLémcntey, Paris, DétenriUe, 1818, in-8% pag. 864, en note.
Oufraces
raUti£i à rart de
la broderie.
La Pleur
'le la science de
pourtraiciHte,
Le livre de m«p«#f «M ,
La Flmr des patrons de lingerie t etc.
874 SUR bE COMilElCE^ tA FAMUGàTK» CT L'USAGE
Il y avsût donc, pendant le moyen ége, traii éodk% priocipales de broderie, Tuiie orientale , k seconde anglabe, la trobîèoie italienne i qui avaient chaeune leurs procédés. Je n'ai point rinteniîon d'entrer pLua avant dans'la Matièiie, et da rechercher quels pouvaient êtM ces proeédés; mais coflune il peut se trouver des cnrieux qui amM k temps et les connaissances nécessaires à une pareille étude, je leur ai* gnalerai le volume indiqué dans le Caiakgiw iks Iwres Jt la bibliothèque de feu M, Picard^ pag. 57, n"* 44^9 soua le titw de la Fleur de lascience de pourtraieture^ ei pMrof^de broderie ^ façQu aralùque ei iudique. Paria, \ SâO, î»4*. Cet onvrage» qui a dû être promptement détruit par auite deTusage qu'en fiûsaient les dames, et qui est certainement fort mre, parait être le plus ancien que l'on ak publié sur la peinture en broderie.
Je signalerai encore d'autres volumes , que je n'ai paa vus davantage, et qui ayant eu à luttw contre les mêmes agents de destruction , sont également devenus fort rares i \^ k Liifre de moresques^ ^ tres-utUe et neces$aire à iauf orfetn^es, tailleursj gnn^eurs^ painclres, tapissiers, brodeurs^ Ungieres et femmes qui bescmgneut de r aiguille (Paris, Gormont, 1 546, in-fol., fig. en bois), recueil rare, porté dans la BibUotbeca Heberiana^ part. YI, pag« 258, xf 3514, et cité, d'après ce catalogue, dans le Manuel du libraire ^ tom. III, pag. 152, col. 2\Vla Fleur des patrons de lingerie à deux endroits y à
' O Bfeot élut, à'ee qu'il partky tyBonyme à!mrah€$^m9 : « .,. On ▼int à Porte/ lroç« aiiquol mtoît un fJacnt 4e pnctul «atique A (pMiM oolonno «Briefaitt de moresques, » etc. Relation de lt(48. (le Cérémonial fran^ois^ tom. I", pa^. Si6.) « S^ €8 vabat Mait un lacunaire, ou planoker plat à panfneli demaraffUM, » etc. I. de IS49. (ibU,, pag. «76.}
DES ÉIOTFBS DE fSOSE, D'OR ET D1BGENT. 975
poiniê croisée^ à point couché et à point piqué; en fil dor^fU
dargpnàetfil de soyeou autref en queiqufi outrage qmt ce soitf
en eompremant tort de broderie et de iissuierie^ o» tissoterie.
Vjunr^erte 4e Samle^Lucié^ f 549^petkMi»4gcytb., %* ^ ; S"* le