‹ Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, et autres tissues précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen âgeChapitre 16 sur 38 · livre nawemu^ dict Patron de lingerie à poinet\Ofoiséy poinet Patnm · texte numérisé non relu

livre nawemu^ dict Patron de lingerie à poinet\Ofoiséy poinet Patnm

couché^ poinet pique j en fU dor^ d argent y soye et autres ^

eomprenant Part de broderie et ttâsoterie^ ^fue j ai ttoa^é^

pstg. 57, ïfAJk&y éa eaUdogue Picard % et que H. Bruneleroift

élie une autre éditioa de la. Fleur des patrons; V m autre

ouTn^ iodkpié «(Mis le même artide> comme les deux sui«

vanta^ et inlilttlé : S^ensuyvent les Patrons d Antoine BeUn f usPatrom*

réélus de S. JUartieU de fyvn. Item^ plusieurs auttres beaux

patrons nouiwmx , qui ont esté inventez par Jehan Majrol , Patins

omrme» Lyon» sans daite^ in-^r"; &" Triompho di lamri a fo* ^ ''^'' '

jdiami dei quali sipaàfar ponte in aerei dU Hieron. da Ciu* Trùm^

dot de FrioU^ Padoft, 4555> 'lOrV^ %.^ 6^ le Pompe f opéra t^»^^*

no^a nelia, qumle si ritroê^ano vark e dii^erse sorti di mastre^

per potes far eordella 09er AindeUe^ doso j di seta , di files

overo diakra cosa^ ete. ki Venetk ^ 4 559, îo-V \ T 11 Atonie^

opéra not^a, nella quale si ritroifa iHirie, e diverse totti di

mostre ^ di punti in œre^ a fogliami; 8^ les Patrons de di^

verses manières ^ iluisans à brodeurs et lingieres^ etc^^ l^on^

iQr4^ fSfi^^y atec %.; 9"* Splendore délie virêuate govuni^ ^T^

^. . , gw»wi*'»tte»

' fl liTre curieux, dit Bmnet, pour fliistoire de la fabrication des Àoffes et des broderies en France (Catalogue la Vallierey en 2 toI. , n« 2204}. Peut-^re est-œ le même que le Livre nouveau dict Patrons de lingerie , etc. On les pend à I^OH ^ chez Pierre de Samie-lume dUt U Prince (sanft d«te) ,. in-i"», qui faisait partie dlm recueil porté dans- la Bibl, Belter., tom. VI^ n« 2334. » M^nuddu UMm^ tooi. Il^pag. 290»ooLi.

* Voyez encore le troisième article du n* 8ft4^ du Omtaiogim des Uvrei dehè^ Uwihèquc de feu M^ le maréchal duc étEstrées^ toim. I**^ pag. 257,

lAieidario di recami. elv.

Le Livre de fiagerie de D. dr Snni.

Le Trésor des pàirons.

Les Pourtraiis pour les ouvrages

de lingerie de F. de Vinciolo.

Raccolta dejiori, etc.

Corona

di nobili e vir^

tuose dù/me.

La Pratique

de Vaiguille in^

dustrieuse.

PouriraUts

de poinct coupé,

etc.

376 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

doi^e si coniengono iforie mostre a fogUamij cioè, punti in aere^ e punti iagliaiiy etc. Venet. 1563, in^^, fig.; 10* Lucidario di recamiy nel quai si corUengono varie sorti didisegni a punti in aère e ponti tagliati ed a fogUand. Venet. 1 563 , iD-4% fig., trots ouvrages indiqués dans le Catalogue d^Es^ trées^ tom. I", pag, 257, n* 8843; H' & livre de lingerie, composé par Dominique de Sara^ Italien^ enseignant le noble et gentil art de tesguille^ etc. Paris, Jerosme de llamef, 1584, in-4"; 12* le Trésor des patrons ^ contenant diverses sortes de broderies et lingeries , pour coudre avec grande fa-cilité, et pour ouvrer en diverses sortes et piquer avec teguillcj pulvériser par dessus , et faire ouvrage de toute sorte de pointe^ etc. Lyon, Ben. Rigaud, 1585, in-4'', mentionné dans la Bibliothèque françoise de du Verdier, édit. de Rigoley de Juvigny, tom. II, pag. 485, art. Jean Ostans \\Z'' les singuliers et nouveaux Pourtraicts pour les ouvrages de lingerie. . . Par le seigneur Federic de Vincis^^ Fenitien^ etc. A Paris, par Jean le Gerc le Jeune, 1587, 2 parties en un volume in-4'', ouvrage curieux et devenu rare * ; 1 4"* Raccolta de fiori, e disegni di varie sorti di ricami moderni.- In Venet. 1 591 , indiqué dans le catalogue Picard* avec les trois articles suivants : 1 5* Corona di nobili e virtuose donne ^ 1 593 ; 16* fo Pratique de P aiguille industrieuse de Matth. Mignerak , Anglois^ ouvrier fort expert en toutes sortes de lingerie , 1 605 , in-4® ; 17° nouveaux Pourtraicts de poinct coupé et dantelles en

* Voyez le Manuel du libraire, tom. IV, pag. 641, col. 2 , et 642 , col. \ ; et V Encyclopédie méthodique, manufactures, arts et métiers, tom. I*', pag. 236-*, col. 2. L*ouTrage de Frédéric de Vinciolo a été réimprimé en 1588, 1595, 1606 , 1613 et 1623, in^« et in-8» oblong.

• Pag. 58, n" 445, dernier article.

petite^ moyenne et grande forme , elc. Imprimé à Montbeliiard, par Jaques FoiUet. cbbxaix (1598), iD-4% 1602 et 1622 9 même foraiaty de quatre-vingt-trois planches et trois feuillets y titre et préliminaires; 18^ enfin Esemplario di lai^ari : che insegna aile donne il modo ed ordine di lai^orare : cudire : e recammare^ etc. (per GiovandrcaYavassore detto Guadagnino). S. 1. ni d., de vingt-trois feuillets de planches et un feuillet de titre et d'avertissement en gothique. Je veux encore citer plusieurs modèles pour la passementerie et la broderie gravés au xvi* et au xvii* siècle, et conservés au département des estampes de la Bibliothèque nationale , modèles dont on trouvera l'indication dans le Cabinet de V amateur et de Vantiquairty etc., tom. II, Paris, 1843, in-8'', pag. 327- 329 ; et puisque je me suis laissé entraîner à faire de la bibliographie, je vais mentionner encore deux ouvrages qui témoignent quelle importance on attachait encore à Fart de la broderie au milieu du xvii* siècle , précurseur de celui des La Page, la Fage, des Jean Ferreux*, des Trumeau* et des Rocher', Trulea*i[7Ro-

ch«r, brodepn

^____^^___^^__^__^^__^_____^,^^^^__^^^__^^__^^^^__^_______^______^^^^^^__^___ célèbres.

* Jean Perrenx est brodeur tel que le fut la Fage , Et, pour la broderie, on discerne les traits. Qui peoTent exprimer quelquefois des portraits; Mail pour j réussir il faut un long usage.

lÀvrt des peintres ei des graveurs , par Tabbé de BCaroUes, in-i* de 55 pages, pag. 38.

* CTest lui qui exécuta toutes les broderies des merveilleux carrosses commandés par le duc de Choiseol pour la dauphine. Voyez Me'moires secrets, etc., par M. de Bachaumont, au 30 janyier 1770. Londres , chez John Adamson, KDGCLXXTii-Lxxx» in-S", tom. y, pag. S8, 60.

* Cest chex lui que se fit , en 1770, le trône destiné à Louis XV pour la réception des chevaliers du Saint-Esprit , la première fois qu*on le renouvelait depuis Henri III. Ce travail occupa trois cents ouvrières, et conta trois cent mille livres. Voyez les Mémoires secrets de Bachaumont, au 2 et au 5 avril 1770; tom. XIV, pag. 8,0, Uetl5.

378 SUR LE œMBIEaCE» LA FABRICATION ET UUSAGE

paynet, qui avaiciit succédé à Paynet , a l'Hermineau, à de la Crois

la Croix, Qne^ ct a QueDaui ', comme ceux-ci a Adam Àrdel' et autres.

AHei. L'un de ces ouvrages , qui a pour titre Essayées merueilles

Essay de fiature. et des plus nobles artifiees. etc., par René Fran-

nature, eic. çois% prédicateuT du roy, renferme un chapitre des owrages

LaPerspeeiii^ de lu brodcrie ; l'autre est intitulé la Perspeciwe practique

praetique , par le ^ ^

p Dtibrruil. nécessaire à tous peinires^ graveurs^ sculpteurs ^ architectes^ orfèvres j brodeurs, tapissiers , et€uUres se seruans du des-sein. Par un Parisien , «religieux de la Compagnie de Jésus (Dubreuil). A Paris, chez Melchior Tavernier, etc., m.dc.xlii., m-4".

Dentelles. Daos Ic dcmicr des ouvrages que j'ai cités commeexclusi-

vement consacrés à la broderie, je vois accolées ensemble deux expressions, point coupé et dentelles , auxquelles je demande pernussion de m'arréter un instant. Qu'eiilendak-on

* « M. Quenaio, fameux brodeur, demeure rue d*£nfer, au fiinxbour^ Saint- Michel. » Les Adresses de la ville de Paris ^ etc., par Abraham du Pradel. A Paris, chez la veuve de Denis Nion, m. do. xoi., in-S^, pag. dd.

a M. THermineau, brodeur du roi, demeure aux galerie» du Louvre. Les autres brodeurs qui travaillent pour Sa Majesté et pour la cour, sont messieurs de la Croix, rue Neuve-Saint-Martin, Quenain , rue d'Enfer, etc. » Le Livre commode des adresses de la ville de Paris ^ etc. , par Abraham du Pradel. A Paris, chez la veuve de Denis Nion, m. dg. xcn., in*8^, pag. 106.

' 0 ... un nommé Adam Ardel, brodeur fort renommé entre ceux de son estât, passant avec trois autres par Lagny en ce mesme temps , furent assommés et jettes en la rivière, 9 etc. Deuxiesme volume de l*Histoire ecclésiastique des églises reformées au royaume de France , etc. Anvers, 4580, in-S^, pag. 134^ ann. i502.

' C'est le pseudonyme d'un jésuite nommé Etienne Binet. La première édition de son livre , s*il faut en croire M. Douët-d'Arcq ( BihL de TÉc, des chartes , 3* série, tom. IV, novembre -décembre 1852, pag. 130, not. 4), serait de Rouen, 1621 , in-4", et la douzième de Paris, 1646, in-8'. Peut-être ignore-t-il qu'il en a été fait une treizième édition en 1657, à Paris, chez Michel Bobin, in- 8*. Le chapitre relatif à la broderie forme le quarante et unième de l'ouvrage et occupe les pages 334-350.

en 1602 par dentelle? s'agissait-il dëjà de cette espèce de cequ'en^eos

^ ^ , i«o**" entendait par

passement de fil pour lequel la Flandre fut plus tard si fa- denteiu. .meuse ? Au ikque de me trouver en désaccord avec un acadëmicienS je ne le pense pas. On lit eo effet dans la relation de deux combats de monsieur de Créquy contre D. Philippe;, bâtard de Savoie, en 1 598, que Fun et l'autre portaient des chemises très-belles , a toutes garnies du plus fin et du plus riche point coupé qu^on eust pu trouver en ce temps-là, auquel le point de Gennes ny de Flandres n'estoient pas encore en usage '. »

Avant le xvn* siècle, les dentelles étaient généralement Les premières d'or et d'argent. On trouve encore dans Finventaire et pro» dw et'dVgent. cès-verbal de vente du mobilier du cardinal Mazarin, dressés en 1649 en vertu d'un arrêt du parlement portant confiscation, deux thèsesdédiées au cardinal, imprimées sur du satin blanc , doublées de satin ineamadin et bordées de dentelle d'or, le tombeau et Tépitaphe du cardinal de Richelieu imprimés sur un morceau de satin blanc, doublé de taffetas blanc, garni d'ude grande dentelle d'argent; un pourpoint et haut de chausse de drap de Hollande écarlate, garni de broderie et dentelle de soie rouge et noire; une: chasuble de damas rouge cramoisi , doublée de taffetas de même couleur, enrichie d'une grande dentelle d'or et d'argent; enfin, une autre chasuble de damas noir, également décorée d'une den- Date telle d'argent*. Si l'on peut s'en rapporter à Roland de la ^«toSu^' Platière, qui a rédigé la partie des manu&ctures , des arts et RÔûlTdde^u

Pladère

' Les MtinuseriUfraneoitite la Bibliotkique du JSoi , tont. IV, pag. 131 . ' Le vrajr Théâtre d'honneur et de chevalerie y n* part., ch. xxxx, pag. 503, ' Mémoirei... des MUiquaires de France, tom. VU, x.dcco.xxvi. , pag. 343, 344,347,349.

380 SUR LE œMEOERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

métiers, dans Y Encyclopédie méthodique^ ^ et qui dit avoir examiné an grand nombre de dentelles que Ton retrouve dans de vieux ornements d^églises, ces ouvrages, fiiits d'après les dessins de Frédéric de Vindolo, ne remonteraient pas Éubuuemeot plus haut quc la fin du xvi* siècle. Ce ne fut qu*à la fin du

de la première -

fabnquededeii- suivaut quc Ic comtc dc Marsan, lé plus jeune des fils du à u fin ' comte d'Harcourt , amena de Bruxelles à Paris sa nourrice

do XTii» siècle. .

nommée Dumont, avec ses quatre tilles, et lui procura le droit exclusif d'élever des ateliers de dentelles. Elle s'établit au faubourg Saint-Antoine , déjà habité par des brodeuses'; on lui donna un des cent suisses du roi pour garder la porte de sa maison , où en peu de temps elle réunit plus de deux cents filles, entre lesquelles, dit un historien du temps , il y en avait plusieurs de qualité. Certains ouvrages sortis de ces ateliers effacèrent le point de Venise. Cette manufacture fut depuis transportée dans la rue Saint-Sauveur, encore habitée aujourd'hui par des fabricants de passementeries et de dentelles, et ensuite à l'hôtel de Saint-Chaumont, près de la porte Saint-Denis. M"^ Dumont, ayant passé en Portugal, laissa la conduite de sa maison à H"* de Marsan *.

On serait tenté de croire que Ton faisait encore des rubans

* Tom. I*% pag. 226-252. Cet article a été reproduit preique textuellement dans le Magasin des demoUelUs, etc. , tom. IV, Paris , 1848 , in-S'', pag. 6-9 , 39-43.

Il existe aussi un petit Tolnme, sans nom d*anteur^ intitulé BUtoire de ta dea* telle. Paris, 1843, in-12, fig.

' <t ... Telle broderie qui n'aToit jamais esté plus loin que du fauxbourg S. Antoine au Louvre, » etc. La Révolte des panemens ^ dans le Recueil de pièces en prose, etc., nr*part., pag. 360.

' Mémorial portatif de chronologie y etc. A Paris, chez Verdière, 1827-1830 « in- 12, pag. 270.

Dans le Siècle de Louis XIV , ch. xix, Voltaire s'exprime ainsi : « Seize cents filles furent occupées aux ouvrages de dentelles : on fit venir trente principales

à rhôtel de Saint-Chaumont^ à la lecture de ces vers de Pierre Rubannie»

- de Saint-Cbnu-

le Jolie ! mont.

J'aimerois mieux que ma luette

Se transformât en la navette

D'un rubannier de Saint-Chaumont.

Description de la ville d'Amsterdam en vers burlesques, etc. A Amsterdam, cliés Jacqaes le Ciirieax, l'an M.DC.Lxyi., petit iii-43, Tendredi, pag. 38S.

Mais un autre passage de la même époque , que je signale n Q>y » point à TattentioD des historiens de Lyon, comme à ceux de Saint- T'aji^de sàinl! Chamond, prouve sans réplique qu'il s'agit bien de cette ville *For^ "^ de Tancien Forêt'.

Dans la Correspondance administrative sous le règne de l» . bose Louis XIFj etc. y publiée dans la Collection de documents pow^^ûn'y'ai^gé inédits sur P histoire de France^ par M. Depping, il est parlé, mont*«t" au tom. II; pag. 850, n"* 174, de pensions demandées pour quelques filles qui étaient en 1706 à Saint^^Chaumont , et d'une retraite proposée à une demoiselle Desbordes avec mille livres sa vie durant : seraieut-ce encore là des rubannières ou des dentellières? c'est ce qu'il ne m'appartient pas de rechercher. J'ai plutôt qualité pour signaler ime erreur du traducteur de la Chronique du Religieux de Saint-Denys , qui ,

oayrières de Venise, et deux cents de Flandres ; et on leur donna trente>six mille livres pour les encourager, s Malheurensement l'auteur ne donne pas de date.

' L'auteur, après ayoir dit que Henri IV a introduit les soies à Lyon , ajoute, pag. 16 de sa préface : « On s^t que cette ville, celle de S. Estienne en Forest , et s. Chanmon, qui leur sont voisines , ont augmenté de plus de la moitié en habitants et en richesses par le moyen des soyes. » Mémoires et instructions pour le p/ant des meuriers blancs , nourriture des pers à soje , et fart de filer ^ mouliner et aprester les soyes dans Paris et lieux circonvoisins. Sur Pestahlitsement qui s'y fait des manufactures de soyes , à F exemple de cehrjr que le roy Henry IV açoit estably dans laplus grande partie de la France, Dédié à monseigneur Colbert, par M* Christophle Isnard. A Paris, M. Dc. Lxv., in-8« de 319 pages, 24 de préliminaires et une planche.

encore nommé.

Étymologie du mot Itce,

382 SUR LE CX>MMERCE, LA FABRICAHOIf ET L'USAGE EiTeur parlant des préparatife d'un tournoi, rend liceis lineis cir-

du traducteur de * * *

la Chronique du cumclauswn par fermé de rubans en forme de barrières ,

Religieux de , .

saint-Deny». mcconnaissant ainsi le sens de licia^ qui signifie en bas latin barrières ', sans plus. Il est vrai que souvent ces sortes de clôtures étaient formées avec des pieux et des cordes, comme celle que fît dresser à Paris un Italien sous Henri III en \ 582 ', et il est fort possible que le mot de lice vienne du latin //ciumj qui signifie la trame ou le fil de la trame d'un tisserand ; mais le bon religieux est loin de modeler sa langue sur celle de Virgile et de Pline , et son traducteur eût mieux fait de consulter le Glossaire de du Gange que le Lexique de Facciolati.

Plus certaine est Tétymologie du verbe broder^ dont je dîr rai un jnot en finissant. Nul doute que ce verbe ne vienne de border^ par transposition de lettres , et c^'est là Topinion du P. Papebroch et de Jauli', qui font observer avec raison que la broderie s'exerce principalement sur le bord des vé* tements\ Du Gange', il est vrai, et Tauteur d'un petit traité que nous avons déjà cité% présentent certains mots bretons et gallois comme la source probable du terme en question ; mais je ne puis me résoudre à la voir ailleurs que dans le mot border y d'autant plus qu'en espagnol on dit encore bordar pour broder.

Rtymologic du mot broder.

* Gioss. medei ùrf. Latin., tom. IV, pag. 105, col. 1 et 2.

* Journal de Henri lli , etc. ... A Cologne » MDOOXX , tom. P% i<« put. , pag. 50.

* Aeta sanctorum Jpriiis, tom. I, pag. 159, col. 1 , B, not. /. — Dictionnaire étymologique de la langue fiançoise^ de Ménage, tom. I«% pag. 360, col. 1.

* a Belle comme la bordure d*an tapis, » est une expreaiion employée par Firdoufi. Voyex le Lipre des Aow, tom^ II, pag. 900.

" Glose, med, et inf, Latin.^ tom. I, pag. 780, col. 3, ▼" Brusdus.

* EngUsh médiéval Kmkroiderr^ pag. 0.

Les tapisseries n'étant souvent que des pièces d'étoiïes cou- Tapuseiii»

de prix pendant

vertes par le brodeur de figures et d ornements^ il y aurait »« m«yen &ge. lieu à s'en occuper ici ; mais un pareil sujet^ à De parler que des tapisseries de soie, de fil d'or et d'argent^ demanderait un volume entier^; et si l'on voulait distinguer l'œuvre du métier de celle du «peintre à l'aiguille, on trouverait peut-être des obstacles insurmontables à établir une pareille distinction, dont les écrivains et les inventaires anciens ne s'occupent guère.

Qui les parcourrait comme nous l'avons fait, les trouverait Debcripûon pleins de descriptions de tapisseries de l'espèce la plus pré- seriê^p^Lnuint cieuse. C'est ainsi qu'Obvier de la Marche, parlant du ma-- " r^kon d'or. '^ riage du duc Charles de Bourgongne avec madame Marguerite dYorch^ sœur du rojr d Angleterre, et des nmgnificences qui lors furent faictes en la maison de Bourgongne, fait mention u d'une riche tapisserie faiote de l'histoire de Jason, où estoit compris l'avènement du mystère de la Toison d'or. Celle tapicerie, ajoute-t-il, estoit toute d'or, d'argent et de soye, et ne croys pas que l'on ait veu si grande et si riche tapicerie ensemble*. >

' Émério-David avait fiiit espérer un travail sur l^histoire des manufactures de tapisseries ; il n'a jamais para. Voyez Histoire de la peinture au moyen âge , pag. 120, not. 3. Si nous sommet bien informé , cette tâche vient d*étre reprise par M. A. L. Lacordaire , directeur de la manu&cture des Gobelins, qui ne peut que 8*en acquitter à merveille. Malheureusement nous Pavons su trop tard ; autrement nous n'aurions pas manqué id'exdure les tapisseries du cadre de notre travail. En attendant que l'ouvrage annoncé paraisse , on consultera avec fruit une Notice sur Corigine et ies travaux des manufactures de tqpisseries et de tapis réunies aux Gobelins, publiée à Paris par le même auteur en 1853, gr. in-18 de 78 pag. et 6 feuillets de préliminaire et de table, et le Mémor. portatif de chronol,, etc., pag. 443-445.

* Mémoires d'Olivier de la Marche , liv. Il, ch. iv (1474); édit. du Panth, litt, , pag. 541 y col. 2. Dans Finventaire des tapisseries d'Anne de Bretagne, on trouve

Tapisseries données à Frédéric d'Aotridie en iMO.

Tapisseries de l'inventaire de fifargoerite

d*Aiitnrhe.

Ailleurs , le même écrivain parlant des grands dons que le duc Philippe le Bon fit en i 442 à Frédéric d* Autriche, récemment élu empereur d^ Allemagne, dit qu'ils consistaient surtout en tapisseries de haute lisse et en chambres de brodures^.

La maison d'Autriche dut recevoir bien d'autres meubles de ce genre par suite du mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien, empereur d'Allemagne; toutefob dans l'inventaire de Marguerite d'Autriche, leur fille à tous les deux, je ne trouve que « quatre pièces de tappisseries de Tistoire de Ester, bien riche[s] et faictes et ovrés d'or et d'argent et de soie, qui sont venues de la maison de céans; » le reste avait été apporté d'Espagne , comme deux pièces de tapisseries , faites de fil d'or et d'argent et de soie, bien riches, a de l'is* toire et des &iz de Alexandre le Grant; » trois pièces de tapisseries du credo, et quatre pièces de tapisserie de Sainte- Hélène^ . Ces tapisseries avaient-elles été fabriquées en Espagne? La chose est possible; car, sans revenir sur ce que nous avons déjà dit*, sans remonter jusqu'au Conde Ljuca-^ nor, dont l'auteur met en scène trois faiseurs d'étoffes de soie , d'or et d*ai^ent, historiées, ou plutôt trois faiseurs de dupes ^, Luis del Marmol nous apprend qu'à Baeza, ville de la province de Jaen, où l'on ne fait plus maintenant que

« ung grant bancber de Thutoire Jazon. » Voyes les détails sur la vie de cette princesse, appendîoes , cii. ir, pag. 56.

* Mém, tTOliner de la Marche^ Ut. I", ch. yn ; édit. dn Pamih. Utt.^ pag. 375, col. 3.

* Âepue archéologique , 7« année , i** part. , pag. 89 , n«' 250*354.

* Voyez ci-dessas, tom. I**» pag. 293 et siût.

* De lo que eotttecié àum rey eon très homires huriaJeros , cap. wu, ( Bihlioieca eastellana publicada por A. Keller y C. Possart, tom. I"", Stntgard , i839 , in-lS , p(ig.53.)

des draps grossiers \ on fabriquait de son temps de riches tapis*.

Je trouve encore dans l'inventaire de Marguerite d'Autriche une tapisserie en six pièces appelée la CM des dames ^ mentionnée conune ayant été donnée par les habitants de Tournay, et j'y vois que, dans les derniers temps, cette princesse avait acheté un meuble pareil fait de fil d'or, d'argent et de soie , représentant Jésus-Christ portant sa croix , ainsi que sept autres pièces où l'ouvrier avait retracé autant de sujets de la Passion. Enfin, postérieurement à cet inventaire, le garde-joyaux de Marguerite avait reçu un riche ciel de tapisserie, fait par Piètre Pannemarie à Bruxelles , sur lequel étaient figurés Dieu le Père et le Saint-Esprit, environnés de plusieurs anges*.

Quoique le document auquel nous empruntons ces détails, soit muet sur ce point , il est à croire que ce ciel ressemblait à la belle et riche pièce de tapisserie achetée par Marguerite, c est-à-dire était d'or et de soie, genre de travail pour lequel uiiébriiê

. , , ^ . /i M « ï !• ' • «^ 1 A ^ ^** ridies tapis-

la Flandre était célèbre même en Italie au xvi* siècle , a ce séries de Flandre

• an XVI» siècle.

* Diccionario geogrdfico eâtadUtieo de Espana , etc. , por el doctor D. Sébastian de Minano , tom. I*% pag. 350 , col. 1 .

' Rebelion de los Moriscos, lib. I, cap. xxiii.

* Hevue archéologique, T année , f part., pag. 90, n*» 255 , 258, 259.

Je retrouTe la représentation de Dieu sur un grand tapis de saint Hilaire le Grand de Poitiers, appelé la Sapience, « ouquel , est-il dit dans l'inventaire, est rimage de Dieu en siège, et aux deux coustez les ymagez de mess^ sainctz Hilaire et Martin, o

Un autre passage tiré des Vies des abbés de Saint*Alban atteste encore l'habitude où Pon était , dans les abbayes, de faire exécuter en tapisserie le portrait ou quelque trait de l'histoire de leur patron ; il y est question d'une tenture où était figuré le martyre de saint Alban. Voyez f^itat duorum O/farum^ etc., à la suite de VHistor, Major de Matthieu Paris, édit. de i640, pag. 55, lig. 18.

* Orlando furioso , cant. XXVI , st. 27.

point que les papes ^ et les princes' faisaient exécuter dans le

pays de Charles-Quint leurs plus riches tentures , et que Ton

ne pouvait leur faire de cadeau qui leur fût plus agréable que

Cadeau ccltii d'uuc tapisseric flamande. On est porté à le croire en

*cié^°rt"vii * voyant François l*' donner à Clément VII , en échange d'une

^er^^«Lotant comc dc Kcome de deux coudées de long, enclose et enchàs-

«ée en une base d'or j « pour decfaacer le poison des viandes, » ^

* Voyez la vie de Perino del Vaga et celle de Jean dlJdine ^r Vasari. (De^ yUe de pik eceellenti pittori ^ etc. In Kologna, m.oc.lxiii., in-i", part. m*| vol. I, pag. 369; vol. II, pag. 33.)

Voyez encore la vie de Raphaël, dans IVdition de Florence, 3* partie, mdcglxxj, in-4**, tom. III , pag. 212. Je cite cette édition pour signaler une méprise derédi* teur, qui, voyant dans le texte : Panni itarazzi riechissimi d*oro , e di seta In fila" ticciy a écrit à la table, pag. 424 : Raxii panni ricchissimi, e loro vtdore.

Les tentures exécutées en Flandre sur les cartons du prince des peintres ont été publiées sous ce titre : Les célèbres Tapisseries de Raphaël d* Urbin , connues sous le nom d^jérazziy qui sont au Vatican^ gravées par L. Sommereau. Rome, 1780, 21 feuilleu in-fol. obi. On peut y réunir cinq planches in^ol. obi. gravées à Rome en 1655, par J. J. de Rossi, sous le titre de Tapezterie debPapa.

Si f dans certaines églises de Rome, il y avait , comme dans là chapelle Sixtine , des tapisseries de haute lisse tîsaues de soie et d*or, d'autres ^ises, dans les^grande» occasions, étaient décorées d'élofTes courantes. Pierre de l'Étoile^ rapportant sous Tannée 1608, la séception des ducs de Segni et de*Santo-Gemini comme chevaliers de Tordre du Saint-Esprit, a soin de nous informer que les principales colonnes de l'église de Saint-Louis des Français étaient couvertes en partie de damas et de velours cramoisi , en partie de satins bigarrés à fteurs de diverses couleurs. Voyez Journal du règne de Henry IV^ etc., édit. de mdgcxli, in-^', tom. III, pag. 463.

■Voyez la vie de Pierre Pérugin, par Vasari {^Dèlle Vite <sfe* p\k eccell. pitt. , ïi» part., pag. 419 ) ; celle de Fr. Salviati ( ibid. , m' part. , vol. II , pag. 87. Cf. pag. 275 et 282), et celle de Vasari lui-même (ibid. , pag. 399 ). Le peintre historien y dit qu^il avait exécuté pour le duc CAme de Médicis des cartons pour des tapisseries de haute lisse destinées à représenter la généalogie des dieux, sans nous apprendre où elles devaient être faites : or nous savons par le même écrivain que C6me, enchanté de la réussite, des tentures d*or et de soie exécutées sur les dessins de Salviati , du Bronzino et du Pontormo , avait introduit à Florence Tindustrie Upissière : « Si risolvé sua Eccelenza di mettere Tarte in Firenze , e la fece inse* gnare ad alcuni putti , i quali cresciuti fanno hora opère ecoelaitisaime per questo. duca. »

une très-large tapisserie^ « en laqueUe, fait à ouvrages de Flandres, on Toyoit la deraiere cène de Jesus-Cbrist avec ses disciples, rehaussée d'or dessus soye^ » La Flandre étant, à cette époque sous la doKÔnation espa- u «st à croire

1 •! 11 1»»^ • • *I"® l'Espagne

gnoie, u est naturel de penser que 1 Espagne tu*ait surtout ses tirait se» tentures tentures de ce pays , célèbre alors dans le monde entier par ses fabriques de soieries et ses broderies, comn^ par ses manufactures de draps et de toiles de lin ^ ; mais dans les documents qui me sont passés par les maii», je n'ai rien trouvé à cet égard , bien qu'il ne soit pas rare de rencontrer des mentions de tentures semblables. Je lis, par exemple, dans le Mercure françois^ sous Tannée 1 623, que le 1 5 juin, jour de la Fête-Dieu, Sa Majesté catholique voulant que le prince de Galles vit la beauté d'une procession du saint sacrement et ce qu'il y avait de reliques , de richesses et de tapisseries excellentes à Madrid, ordonna qu'elle se fit la plus grande et la plus belle que Ton eût jamais vue en Espagne. Dans cette circonstance , les tapisseries royales de la guerre de Tunis et Tapisseries de la Goulette, et celles d'Abraham et de Noé furent tepdues pagne. devant le palais du rei*. Pljus loin, le même gazetier enregistrant la naissance de l'infaqte Marguerite-Mârie-Catherine, seconde fille de Leurs Majestés catholiques, nous dit que l'église de Saint-Jean, pii devait se faire le baptême, était ta-

* Mistoire de Paolo ^Jovio , trad. par Denb Sauvage. A Paria , chez Gabriel âuon , MDLXXXi , in-folio , tom. II, pag. 3S9 , odd. 1533.

* fl Opulentiam tantam his regionibns (xvn belgii provinciis) conciUat commercium... fréquent ob provincialîum toto orbe celebratum lanificiam) telarum lini, sertci textrinaoi, phrygionicce arti» iodnstrian, » etc. Jacq. Aug. Thuani Histor, sut temp., lib. C, cap. y, aan. 4599; edit. Lond., ton. V, pag. ii.

' I^e Mercure français , tom. IX , pag. 535.

pissée de tapisseries d'or, d'argent et de soie, et que dans la grande chapelle était tendue l'histoire de Jacob*. Aocieaoetc La première ville des Pays-Bas où l'industrie des tapis et

tapisseries d'Ar- dcstentures fut exercée, parait avoir été la ville d'Arras, dont

ras.

le nom resta dans plus d'une langue, à cette sorte de tissus ^ C'est de là que venaient , comme nous l'avons déjà vu'; les tapisseries ,. représentant toute l'histoire d'Alexandre, qui furent envoyés au sultan Bajazet en 1396, à la suite de la bataille de Micopolis, à une époque où il était bien loin de s'attendre à figurer lui-même un jour sur de pareils tissus *. Mentions Ce fait, quc l'on cite communément comme le plus ancien

de tissus de Vœu- i»'»^i g* 11

^ed'Arras anté- pour prouvcr 1 autiquite des manufactures de haute lisse de

rieures à la £n 1*^11 iirh«i*if

du xiv« siècle, la Flandre et de la Picardie, lest cependant moins que la mention, dans l'inventaire de Charles V, d'un grand drap de

* Le Mercure français y pag. 714. A ces détails comparez ceux que Ton trouve dans les relations de deux cérémonies semblables, qui eurent lieu à la cour de France en 4543 et 13^49. {Le Cérémonial francois, tom. I«% pag. 144, 145 et 149.)

* Dèst- la fin du xnr* siècle , il est question , dans les écrivains italiens , d'étoffes d'Arras^ de arassa, comme disaient ceux qui s'exprimaient en latin. L'un d'eux , s'élevant contre le luxe de ses concitoyens, parle d'une pièce de leur ameublement faite en arazzo : m Et primo communiter utuntur. . . cortinis de tela circa dicta lecta, et etiam banderiu de arassa,» etc. (Joan*. Demussis in Cbron. Placent, ad ann. 1388; apud Mnrator., Rer, Ital. Script.^ tom. XVI, col. 583, A.)

A dix ans de là, Richard II, roi d'Angleterre, signalait ainsi certains de ses habits, qu'il léguait à son successeur a . . . oranes vestes de Ara[s] nostro remaneam successori. » (Testament. Richardi II régis Angliœ , ann. 1399 ; apud Ry mer, Fœdera, éd. tert. , tom. III, pars iv, pag. 158, col. 2.) Mais je soup<;onpe qu'il s'agit ici plutôt de l'étoffe appelée drap d'Jresty dont j'ai paVlé ci-dessus , tom . I*% pag. 260, que d'un tissu d'Arras.^

* Tom. I", pag. 97.

* De Thou , racontant l'arrivée d'ambassadeurs persans à la cour d'Espagne , parle de deux riches tapis sur lesquels étaient retracées les actions de Tam^lan, et deux lits ou Ton voyait les combats entre Ouzoun-Ha^in et un personnage que l'historien appelle Chas» Murât hes. Voyez Jac. Aug. Thuani Histor. sui temp. , lib. cxxxviii, cap. vin j éd. de Lond., tom. VI, pag. 421 , ann. 1607.

tœuure â! Arrosai historié des faiz et batailles de Judas Mackabéus et d'Ânthoqus^; » et plus anciennement encore, dans un compte, de 1351, il est question d'orfroi de cette ville*. A prendre au pied de la lettre les paroles d'un roman- Tapis de soie cier, qui parle de grands tapis de soie , « tous batuz à or de Touvraige d'Arras*, » For employé dans la fabrication des tapisseries, ne rétait pas toujours de la même façon ; généralement en fils et mêlé à la trame, il était aussi appliqué en plaques légères, s'il faut en croire deux savants de nos jours*.

' Revue archéologique^ vn» année, ii« partie, 185i, pag. 744, n» 3b6. Voyez pag. 742 , 743 , n*»* 328 , 329 , pour des chambres , et pag. 743 , 744 , n»» 332-364 , les articles relatifs aux tappis à ymages,

A ces articles il faut ajouter le suivant , qui fait partie du même inventaire : a Item , troys pièces de paremens à tendre contre paroiz, lesquelz sont pallées de veluiau vert et de drap d'or de plusieurs couleurs ; et sont appelées la Salle du Patriarche. » Ms. n*» 8356 , fol. vj« ij. verso , u« 1155.

^ Gloss» med. et inf. Latin. , tom. IT, pag. 132, col. 3, v** Capellus , n» 1.

' Livre du cuer d'amours espris (1457) , Ms. de laBibl. nat.^ fonds de la Val- Uere n** 36^ fol. 112 verso; OEuvres complètes du roi René y puhliées par M. le comte de Quatrebarbes. Angers, m.dcccxxxxv-vi, in-4^, tom. III, pag. 163.

* Le^ étoffes battues à or sont souvent citées par les auteurs du moyen âge ( Voy • ci-dessus, tom. II , pag. 266, not. 2};*mais, chez les modernes, personne, si ce n'est M. Douët-d*Arcq ( Comptes de targenteriey etc., Notice, pag. x.ti]i) et M. Edgar Bout aric '( >7i^/ioM^^ue de C École des chartes, 3* série, tom. IV, 1852, pag. 24), n*a cherché à préciser le sens de cette expression. Quel peut-il être? L'examen attentif d'une ancienne broderie à fond d'or a fait reconnaître que ce fond est formé par des fils métalliques couchés à plat et maintenus par des coutures transversales; nécessairement ronds dans l'origine, en place ils étaient aplatis. Or cet aplatissemeni n'a pu avoir lieu qu'après l'exécution de la broderie , au moyen d'un laminage, ce qui est à peu près impossible, ou d'ui^ frottement, ce qui l'est aussi , parce que l'emploi de ce moyen eût dérangé les fils et les eût éraillés, ou enfin au moyen d'un battage, seul moyen raisonnablement praticable. Cet aplatissement , en augmentant la' surface des fils , les rapprochait , et donnait plus d'éclat au fond d'or. Ne serait-ce pas là ce que l'on appelait or battu?

On sera peut-être plus disposé à le croire en voyant figurer un batoir parmi les outils d'une brodeuse , ou -plutôt d'une tisserandière de soie, que je trouve ainsi mentionnés dans le Livre du cuer d'amours espris : a (Ledit Cuer) leva la veue d'autre

Tapisseries BOUS retfouvons ensuite faisant pour le duc d'Orléans des

d^oriéaos par tapis de Thistoire de Penthésilée j de Beuves de Hantone ,

Jean de joadol- des eufauts de Renaud de Montauban , etc. Je vois encore ^

gne, et Jacques . , . ,, . . ^ .

Donrdin. oans Ic catalogue que je suis, d autres tapisseries faites poui* ce dernier prince , par Jehan de Joudoigne et Jacques Dourdin \ ou Dourdan, a tapis de la fontaine de Jouvence , tapis du duc d'Aquitaine^ l'histoire du Credo à douze prophètes et à douze apostres, le couronnement Nostre-Dame, » etc., dont les actes de naissance , si je puis m exprimer ainsi , portent la date de 1393, sous laquelle le Religieux de Saint* Denys parle d'autres tapisseries de laine , de soie et d'or à lapis personnages*, et la date de 1395. Cinq pièces de Tannée suiachetés par le vahtc , rclativcs à des tapis velus d'outrè-mer et des tapis de des marchands haute lisse à Thistoirc de Dieudonné , achetés par le duc rais. d'Orléans d^ Alain Dionys ou Diennys, marchand de Paris,

mague , celle de Theseus , que je trouve mentionoée dans les Grandes Chroniques de France, à Tannée i378 (édît. de M. Paris, tom. VI , pag. 400), et celle de Matebrune. Contrairement à TopiDiou de Sauvai [Hist, et rech. des Antiquit, de la ville de Paria , liv. vu , tbm. II , pag. î276 , 277 ) , qui donne pour raison de la dénomination de Chambre de Theseus , < que les gestes de ce héros y étoient peinft sur les murailles, » j'estime que ce nom vient de la tapisserie 'de haute lisse dont elles étaient revêtues,

* On lisait autrefois sous les charniers des Innocents devant la chapelle de Neufville, l'épitaphe suivante : « O gist Jaques Dourdin, i*' tapbsier et valet de chambre en ordonnance du roy nostre sire, et bourgeois de Paris, lequel fist fere en son temps ce charnier de ses deniers, qui trespassa le samedy 22* jour d*octobre Pan 1407. Priez Dieu pour luy. Et auprès de luy gist Ameline sa femme, laquelle trespassa Tan 1432 , le 22* jour d'aoust. » Recueil d*épitaphes des églises de Paris ^ Ms. de la Bibl. nat. , coUect. Gaignieres, tom. IV, pag. 40.

» Liv. XIV, chap. ii ; tom. II , pag. 76 , 78. Cf. pag. 464.

M. Bellaguet traduit l'expression auro contexla par brodées en or, quand il s^agit, suivant toute apparence , de tapisseries de haute lisse ouvrées à or de Chypre , pareilles aux trois tapis de fin fil d'Arras, représentant diverses histoires, indiqués dans le catalogu^ Joursanvault , n* 793 , comme fabriqués pour le duc d'Orléans en 1396.

et d'Àleran de la Mer, marchand génois , montrent que ce prince ne se bornait pas, pour Tornement de ses résidences , à faire travailler les ouvriers en tapisseries , mais qu'il s'adressait aussi aux marchands italiens et français qui tenaient ces objets d'ameublement.

Je ne veux pas continuer le dénombrement des tentures à sujets, des tapisseries d'or et d'argent , que possédait Louis d'Orléans, dont les trésors en ce genre furent si considérablement augmentés par son mariage avec Yalentine de Milan; il me suffira de renvoyer au livre de M. Aimé ChampoUion , qui a donné le catalogue des tapis et des chambres de cet ilhistre couple \ Dans l'hôtel de Bohème qu'il habitait à Paris, Kidies

^ * tentures de Thô-

une pièce tendue de drap d'or à roses bordé de velours ver- tel de Bohême, meil, servait habituellement au duc ; la chambre de sa femme était en satin vermeil brodé d'arbalètes. Une autre pièce , tendue de drap d'or brodé de moulins, était destinée au duc de Bourgogne'.

Celui-ci était peut-être encore plus riche en tapisseries de xapiMcnes toutes sortes. Outre plusieurs tentures sur lesquelles avait gogoe. Tentum été retracée la bataille de Rosebeke , livrée le 27 novembre baumes de ro-

â oorfc t 11 1 »^ • • «ebeke et de

1 002 9 on trouve dans les comptes de Bourgogne « six tapiz Li^e, et un trait de haute lice^ de la bataille de Liège ^^ » et a ung tapiz de b. du cnesciin. l'ystoire messire Bertran du Guesclin , fait à or en divers lieux', 3> pièces que nous signalons pour leur importance bis*

* Lotds et Charles ducs d'Orléans, !'• partie, chap. xiy, pag. 248-250; III* partie, S b, pag. 28-30.

* Les Femmes célèbres de C ancienne France^ etc. , I^ série, pag. 410. Cf. pag. 412. ' Les Ducs de Bourgogne ^ II* partie, tom. I*% pag. 5, n® 27; pag. 9, n*^41;

tom. II , pag. 270 , n« 4274.

* Ibid, , n* 4273.

» /*iV/., pag. 271, n» 4285.

torique, et nullement pour leur beauté et leur richesse, dont

l'ai^ntier bourguignon ne dit rien. Il réserve toute la force

descriptive dont il est doué, pour « une riche chambre et ta»

La chambre aux pisseric dc hautelicc, de file d*Ârras, appelée la chambre aux

petits eofHDts. * .

petiz enfants , gamye de ciel , dossier et couverture de lit , tout ouvré d'or et de soye; et, ajoute-t-il, sont lesdits dossiel et couverture de lit tout semez d'arbres et herbaiges et petiz enfans , et au bout d'en hault faiz de trailles de roûers sur champ vermeil... tout fait à or et de soye^ » Rareté II y avait donc abondance de tapis et de tentures au xiv*

des tapbseries .,,.

cbei les parrico- ct au XV* sicclc; mais cette abondance ne se trouvait pas ail*

xTi« siècle, leurs que dans les églises, chez les princes et les hauts digni*

taires ecclésiastiques. En 4404, Jean de Montreuil, prévôt de

Lille, remerciant un ami d'un envoi de tapb, les qualifie de

chose rare et particulière^.

Riciie»e Après Ics ducs de Bourrogne , je suis tenté de croire que

d'Anne de Bre- , '^ & O > J 1

bigne en fait de c cst Àunc dc Bretagne qui a possédé le plus de « tappiceries

à grans parsonnaiges, tant à or, layne que soye, et autres de

inTentaire pluscurs sortcs. » L'invcntairc qui en (ut dressé le 12 mai

He ses meubles en ---., - .11 w%»i i» 1 >

ce genre. 1494, sc tTouvc daus uu manuscnt de la Bibkotheque nationale*, où il ne figure pas seul. En effet, on y voit encore 1" un «( inventaire des tappisseries , tant de draps d'or, soye, que de laine, et autres acoustremens estans en la maison de mon* seigneur le gênerai de Languedoc Jacques de Beaune, ap-

* inventaire des joyau* d^or et d[ argent de Philippe le Bon , 13 jvill«i t490. (Lu Dues de Bourgogne, II* partie, tom. II , pag. i68 , n* 4962.)

*«.... mihi theuromata leu tapeta îlla misisti : ^» rM , etsi rara eC MAgalaris sit, » etc. Joh. de Monstenolo epist. Vil, ad amie. , ap. D. Mavten.y JTh, eenpt. ei mon, ampL Collect.^ tom. Il, col. 1329, D.

* Fonds des Blancs-MaDteaux , n* 49, fol. 147 recto.

partenans à la royne , » etc. (16 août 1 498 ) , compte trèscurieux et très-détaillé, divise en plusieurs chapitres qui s'étendent du fol. 11 recto au fol. 27; 2"" la déclaration des ornements d'église, parements d'autel, « tappiceries de drap d'or, soye et layne.. . appartenans à la royne duchesse, »«tc. (17 septembre 1498?), fol. 53 recto; 3* «ung autre inven* toire où sont contenuz autres tappiceries de Millan... que ladicte dame luy ^ a commendé donner à plusieurs esgKses en Bretaigne, d ( 11 janvier 1499) , qui commence au fol. 67 recto ; 4^ un <c inventoire de la tappîcerye que Jehan le Pauvre, tappicier de la royne , a envoyez à Nantes, » etc. (10 janvier 1499), fol. 129 recto; 5° un a inventoire de la tappicerie rapportée de Milan , appartenant à ladicte duchesse de Bretaigne, estant en la tappicerie du chasteau de Bloys*, » etc. (inventaire du 6 septembre 1507, qui s'ouvre au fol. 249 recto ).

De grandes dépenses avaient été faites en tapisseries, en conpi» draps d'or et de soie pour ameublement , lors du mariage âJ^JS^^^^t d'Anne de Bretagne avec Charles YIIP, quand le château à r^'e^S^t d'Âmboise, presque entièrement reconstruit, fut aussi re- " bX. meublé. Le compte de ces dépenses existe, et l'on peut juger,

' c A Jehan le Fevre, tappider de ladicte dame. » A ose grande distance de là , nous retrouvons un le Fevre ouvrier en haute lisse aux Gobelins. Voyez le Paris de Tahhéde Marolles, pag. 56.

* Les titres de tous les inventaires contenus dans ce manuscrit ont été donnés par M. Le Roux de Lincy à la suite des Détails sur la vie privée é^Anne de Bretagne , qu'il a publiés dans la Bibliothèque de C École des chartes , 3* série , tom. I*% novembre-déeembre 1849 , 2* livraison, pag. 166-171, et dont le tirage à part (soixante pag. in-8^» plus le titre) renferme de plus des extraits nombreux de ces inventaires. Tout le chapitre zy, pag. 54-60 , est consacré aux tapisseries.

^ Cet événement a fourni lui-même le sujet d*un morceau intéressant. Voyez Description éPune tapisserie , rare et cuneusCy faite à Bruges , représentant , sous des formes allégoriques^ le mariage du roi de France Charles f7//, avec la princesse Anne de Bretagne^ par le chevalier Al. Lenoir. Paris, 1819, in-8", de 29 pages, fig. col.

396 SUR LE œMMERCE, lA FABRICATION ET L'USAGE

par l'examen de ce curieux document', de b magnificence que Ton déployait dans les maisons royales au xv* siècle. La première et la plus longue partie est consacrée aux draps d'or et de soie qui devaient meubler la chapelle ou les appartements du château; le nombre de ceux qui furent employés à Amboise dépasse plusieurs milliers d'aunes, et coûtèrent environ dix mille livres. La Turquie, la Flandre et la France avaient fourni ces tentures , ces lapis , dont quelques-uns n'avaient pas moins de sept aunes de longueur cha- An«|ré DcDîsot. cuu. Audré Denisot et Guillaume Mesnagier, ouvriers de

Guillaume Mes- ^^ '

negier. ouTiien Tours, furcut chargés de la majeure partie de Tameublèment. Tours. Une chambre tendue par Mesnagîer, de tapisseries de soie , était composée de huit pièces formant trois cent quarantesept aunes, sur lesquelles on voyait \ Histoire de Moïse'. Le même ouvrier, le même artiste plutôt , avait exécuté im Grand nombre grand tapis à la moresque. Un détail que j'emprunte au personnaipes dn même documcut , prouvc combicu les tapisseries à personborse en 1494. nagès du château d' Amboise étaient nombreuses. Pendant le mois d'octobre 1 494, le duc et la duchesse de Bourbon vinrent faire une visite au roi et à la reine ; pour tendre toutes les tapisseries du château dans les deux grandes cours , il ne fallut pas moins de quatre milliers de crochets. Ce devait être un spectacle curieux que l'exposition de toutes ces ta-

* Comptes des ornements du château dC Amboise (i 494-95 ) . — ArchÎTes nationales , reg. K 332 (et non 323, comme l'indique à tort M. Le Roux de Lincy), in-folio.

* Cette istoire de Mojses^ qui fut plut tard portée à filois, se retrouve dans l*în-> ventaire d'Anne de Bretagne. Voyez les Détails sur la TÎe privée de cette princesse, appendices, chap. rv, pag. S6. On trouve au Musée de l'hôtel de Cluny, une petitp tapiuerie représentant l'adoration da ^eau d'or; ce beau travail exécuté en soie , or et argent , d'après un carton attribué à Raphaël , a été reproduit dans le Mojen Age et la Renaissance , tom. II.

pisseiies > sur lesquelles étaient représentés non-seulement des traits de Thistoire sainte , mais encore les héros célèbres des romans de chevalerie , et même quelques faits de l'histoire contemporaine. C'étaient rhudre des Eages; tystoire de Alexandre , cantenanl huit pièces de iappicerie bien riche à or et à soye; celle du royAssuer et de la rojrne Hesîer^ con^ tenant six pièces ^i la Cite' des dames; Fistoire de Daifidj contenant huit pièces de tapicerie sur soye^ et autres persan-naiges rapportés; histoire de Hercules ; celle de Jonatas^ contenant neuf pièces de tappicerie sur so/e; tjrstoire de Na-^ bugodonosor ^ et celle de la papesse (Jeanne) ; neuf pièces de tappicerie sur sojre^ à persormaiges de hommes y femmes ^ oj^ seaulx et bestes saus^aiges rapportés en icelles*} tjstoire des neuf Preux ; celles de Regnault de Montaidnin et du Rouman de la Roze^ contenant quatre grans pièces de tappicerie bien riche à or et soye fia portreture aune SibiUe à broderie d*or

' Cette tapisserie , ou du moins le même dessin f sâ.troaTAit trente mis auparavant dans le garde-menhle de la oour de Bourgogne ; on le Toit par cet article d'nneomptede 4463*64 : < A Pasqnier Grenier, marchant tappissier demourant k Toumay, pour plusieurs pièce* de iappisserie, outrées de fil de laine et de soye... contenant en tout TÎj* aulnes ou enTÎron. C'est assaToir : six tappis de muraille , pour parer une sale , fais et ouvrez de l'istoire du roy Assuere et de la royne Hester... avec trois pièces de... fais à l'istoire du Qievalier au Chine, etc. » Lês Durs de Bourgogne , etc. , seconde partie, tom. I**, pag. 480 , n® 1871 .

Le sujetde cette tapisserie arait été également choisi pour trois tentes dont il est question dans cette lettre adressée s A messieurs de la chafihre de Navarre séante à Pau : Messieurs , je vous envoie la patente que le roy vous adresse pour faire délivrer les trois tentes de upisseries de sa maison de Pau qu'il a données à monsieur le premier. Je vous.pne d'ordonner au consierge qu'il les fiuse prontement embaler, quy est Tliistoire d'Ester, et les autres deux tentes de hrocatel rehaussées d'or, etc. -—Votre très-humble serviteur, GasmoirT. — Bidache, le 30 octobre 4630. s Arch. du départ, des fi.-Pyrén. , /extrait de la liasse 375, n« 13.

* Cette tapisserie était, en IttOi, dans la. chambre de la reine. Voyez V Histoire iluekdteaudUBMsy^u^.iZZ.

398 SUR LE COMMERCE, LÀ FABRICATION El L'USAGE

et d argent de Chipre , assiz sur deux leez de satin Uanc^ et

tistaire des Sibilles; celle de Troye^ mnterumt urne grandes

Tapisseries picccs gomies ^ etc., etc. On y voyait aussi la tappioerie de

^md^°rhUtoi^ Pistoire de Fremigny^ qui représentait sans doute , dans ses

"^T^piS^^' six pièces et ung bauchiery la bataille de Fomûgny, livrée en

FréJig^,âe 1450 , et qui acheva la ruine des Anglais en France ^ C'est

^nquét'es^de^ ^iosi qu'au sièclc précédent, un duc de Bourgogne avait fiiil

'""*"'■ exécuter «un drap de haute Uche de Tystoire de Roze-

beke^y » et quelques années après Anne de Bretagne^ une

autre reine , sœur de Charles-Quint, fit exécuter et tendre

dans son appartement k une tapisserie de haute lice y toute

d'or, d'argent et soye , ou estoient figurées et représentées

au naturel toutes ces belles conquestes , hautes entreprises ,

expéditions de guerre et battaîUes qu'il avoitfaictes, données

et gaignées , n'oubliant surtout la fuite de Solyman devant

Vienne, et la prise du roy François'. » M. de Laborde , que

* En IttOl , cette tapisserie était tendue à Blois dans la salle où mangeait le roi. Voyez VffUtùirê du ckàt4an dé BioU , pag* 132.

* Les Dues dé Bourgogne, n* partie, pag. 9, n* 41, compte de 13S5^6.

* Des Dames gaUantts , qaatriesaie discours* ( OEupres complètes de Bnuttome , édit. du Panthéon littéraire, tom. II , pag. 349, ool. S.)

L'antenr de V Histoire partiemUere de la court de Renrf II y racontant Paudience donnée à Bruxelles , en 1 S56 , par Philippe II à l'amiral de ChAtillon , signale comme une chose indigne de la générosité royale, que la grande salle du chAtean fût a tapissée d'une tapisserie richemenC estoffée , mais qui representoit la prise du feu grand roy François devant Pavie, son embarquement en Espagne , et généralement tout ce qui estoit interyenn à oest exploiot. » Jlrch^ car. de CHist. de Fr. , I'* série, tom. III , pag. 299.

Le portrait du roi chevalier, exécuté en tapiaaerie, peut-être par l'ordre de la reine de Navarre , sceur de François 1*% ce voyait enoore à Pau en 1634 , date de l'inventaire dans lequel il en est question : c Plus , une pièce de tapisserie d'environ deux aunes de hauteur et anttnt de largeur, où est tiré le roy François premier monté sur un cheval blanc, en haute lisse de soye et filet d'or, avecon escriptean en lettre d'or et de fleurs de lya : Franeiâeus prinnuy » etc. Inpeniaire des meuUes du roy quy sont dans le chasteau de PaUf etc. , chapp** des tapisseries de èroderie.

j'aime à citât, eût donc parfeitement fondé à dire, ce qu'il prouve dans deux notes , que dans la première moitié du XVI* siècle , on figurait encore les personnages ëminents sur les tapisseries, soit en séries encadrées, soit, et plutôt, au milieu de scènes historiques ^

Sept ans après la réception du duc et de la duchesse de Grande Boûri)on à Amboise, l'archiduc Philippe d'Autriche, se dis- u^i^âar posant à se rendre en Espagne avec son épouse Jeanne de "^ m^mr'*""^ CastiUe , s^arrèta au château de Uois, que Louis XII habitait avec Anne de Bretagne. A celle occasion, les tapisseries furent tirées du garde-meuble, et le spectacle qu'offrit leur exposition ne fut pas moins curieux que celui dont on avait pu jouir en 1494, au ch&teau d'Amboise. Il faut lire dans la relation qui nous a été conservée de Tentrevue des deux princes , le détail de toutes les tentures qui furent déployées dans cette occasion , et Ton peut juger de leur matière , de leur richesse et de leur nombre, par ces deux phrases qui résument tout le reste : a Et faut noter que la pluspart des ta- État, ndiesae pisseries dessus dites estoient aussi iraisches que toutes tapîMeriJ."^ neuves; celles qui estoient tendues, tant aux Ic^ments du roy et de la reyne , que desdits archiduc et archiduchesse , estoient toutes pleines d'or; et ceUes de draps d'or et de draps de soye en avoient d'autres dessous , à personnages et histrâresy presque aussi riches que celles qui estoient des^ sus.... Et à la vérité il y aivoit si grand nombre de tapis velus, riches tapisseries et licts de camp de drap d'or et de

art. 3. Arch. da département des Basiet-Pyrénées , extrait de la liuae 437, ftriio 7 tecAo.

* La Âeftaissanee des arts à la eourde France^ etc.» tom. I*'. Paris» libraffie es L. Potier, ISttO, iu-S», pag. 65, 66.

soye, qu'il n'y avoit chambre ny garde-robe qui n'en fîist pleine \ n Tentare Treize aus plus tard, Anne de Bretagne mourait dans ce

nenr do château même château de Blois. Son corps, après être resté exposé quelque temps dans la chambre mortuaire ^ fiil porté dans la salle d'honneur, où on le laissa deux ou trois jours. Cette salle était ornée d'une tapisserie « ouvrée sur soye et fil d'or, historyée de Thistoyre de la vengeance de nostre Seigneur et destruction de Iherusalem que feit Titus Ve^pasianus'. » Tapisseri» Sous Frduçois P, Dous voyous figurer en 1 534, lors de»

sclpio^iTTssi. l'entrevue des rois de France et d'Angleterre à Boulogne , <c quatre pièces de tapisseries principales , qui sont des vie* toires de Scipion l'Àfriquain , faict de haute lice, tout de fil d'or et de fil de soye, ces personnages les mieux faicts et au naturel qu'on pourroit faire; et,' ajoute du Bellay que je cite, n'est possible à peintre du monde les faire mieux sur tableaux Prix de bois, et dit-on que l'aune en couste cinquante escus*. »

Horu d*uDe ma- L'écrivaiu ne nous dit pas de quelle fabrique sortait ce chef-

"prandre. d'œuvrc, dout la description me rappelle celle de la tapisserie

soie et argent tendue dans la chambre d'Imogène^; mais il

Aatre tapisserie est ccrtaiu qu'il vcudit de Flandre , comme les cinq pièces

pârFran<;ob1[». de tapisserie or et soie représentant les cinq âges du monde, contenant ensemble quatre-vingt-huit aunes trois quarts, que le roi lui-même avait achetées à Melchior Bailif , marchand de Bruxelles, au prix de vingt-cinq francs l'aune, c'est-à-dire

* Histoire du château Je Blois , par L. de La Saussaye, pag. 136. « y«</., pag. 175.

' Mémoires de messire Martin du Bellay y ann. 1534 ; édit. da Panth. litt. , pag. 504 , col. 2.

• Crmbeline , act II , se. ir.

pour la somme de 1775 livres \ Brantôme, louant la magnw ficence de François l*', dont faisaient foi , dit-il , deux belles tapisseries que Ton voyait encore du temps de l'écrivain, cite celle du triomphe de Scipion , et en fait le plus grand éloge. A. l'en croire, elle avait coûté vingt-deux mille écus, et en valait plus de cinquante mille. «Aussy, ajoute-t-il, estoit-ce un chef-d'œuvre de Flandres, présenté au roy plusr tost par le maistre qu'à l'empereur, ayant ouy parler de sa libéralité, curiosité et magnificence de ce grand roy, et qu'il en tireroit bien davantage de lui que de l'empereur son souverain *. » A ce propos , Brantôme dit un mot d'une riche i>^*»i«

* ^' ^ ^ donnés par Bnn-

tapisserie qu'il avait vue a Gènes chez un banquier, qui la t^me «ar «ne

* * » ' ^ ,„l,^ tapisserie

iaisait trente mille écus. «Elle estoit, dit-il, historiée des de prix. faicts d'Achilles devant Troye, et de ses combats, si bien

' Extraits des comptes de dépenses de françeis /", dans les Areh, cnr. de PHist. de Fr. , l** série , tom. III , pag. 96.

* Bommes Mustres et grands eapUaines franfois , ch. in. (OBupres eompiètes de Brantôme f édit. du Panthéon littéraire^ tom. I**, pag. 155, col. i .)

FélibîeB , qui dit un mot du Triomphe de Scipion , attribué à Jules Romain , assure , contrairement au témoignage de Brantôme , que cette tapisserie fut fiûte pour Henri II , dont le portrait se reconnaissait dans tontes les figures qui représentaient Scipion. a Vous pouTez voir, ajonte-t-il, dans le cabinet de Mr. Jabac les desseins de ces deux tentures qui sont de la main de Jule. Elles sont ensemble 120. aunes de cours en 22 pièces. » {Entretiens sur les pies et sur les ouprages des plus excellens peintres^ etc. A Amsterdam» aux dépens d*£stienne Roger, m.docyi., in-8», tom. I**, pag. 204, 205, et tom. II, pag. 124.)

Ce M. Jabac , Jabas ou Jaba , comme l'appelle Brice , était an banquier, qui vivait à la fin du xvii* siècle à Paris , où il habitait la rue Neuve-Saint-Médéric. Voyez Description nouvelle de... Paris^ è Paris, chez Nicolas le Gras, k .do.lzxxiv., in-12, tom. P% pag. 130, 131. (Cf. huitième édit. , à Paris, v.doocxxv., in-S*", tom. P% pag. 124); et les Adresses de la ville de Paris ^ etc., par Abraham du Pradel , m.dc. xci., pag. 20. On ne Je retrouve plus dans le JUvre commode^ etc., de Tannée suivante. Voyez pag. 38.

On peut consulter, sur cet amateur distingué, les détails intéressants recueillis par M. de Laborde, et publiés dans son ouvrage intitulé de t Organisation des hihUothèques dans Paris^ 4« lettre, décembre 1845, pag. 187-190, not. 71-88. II. 51

1m tafibimt

des Tictoim de

ScîpioB.

i^fM'e^iités qu'on ftembloit les voir à bon escient. » Qui sait Tentora si 06 n*^t pas la même tapisserie que Rabelais avait en vue ***^ bîiJS' ^" quand U décrivait les tentures « toutes de saye phrygienne , requamée d'or et d'argent, » achetées par Gymnaste dans BeUetipi»«ri6 Ttle dc Medamothi 9 On retrouvera plus sûrement le TriomqaidéeorutTap- phe de Scipion dans la belle tapisserie qui , k l'arrivée de la Ti'a^kL (uTà reine Christine en France, en 1656, ornait l'appartement du "^France. *"* roi, avcc Un lit de satin blanc en broderie d'or que le cardinal de Richelieu avait laissé en mourant à son maître*. EicfaMcieUqai A Teutrcvue de François I* et de Henri VIII à Boulogne, où 'T1^Wfp^° le premier se montra un jour vêtu d'un pourpoint brodé et enrichi de diamants, d'une valeur de plus de cent mille écus% les tapisseries représentant les victoires de Scipion étaient accompagnées de deux ciels non moins riches, l'un de satin cramoisi semé de lions et autres bestiaux Taîts de perles, suspendu au-dessus du bufiet*; le second, sur lequel on voyait dame Charité « faite au naturel^ et tout de fil d or et de aoye, » Laxe avait été tendu au-dessous de la table '. Avec ces détails et

. mSDtom au

xTi* liècie. ceuK que l'on trouve dans le Cérémonial françois sur l'entrée et le couronnement de François II, comme duc de Bretagne*, et sur la réception faite à Charles-Quint à Poitiers en 1 539 % dans les inventaires du château de Pau' et dans celui du mo-

* Le^imrt Lhre des fntcU et dictt héroïques du bon Pantagruel,' ch, u.

* Bfém&èret de mûdame de MotteviUe , dans la collection de MM. Michaud et Poiij0«il«l, f* série , tom. X , pag. 449, col. î.

» Mémoires ée messirt Martin du Bellay, IW. IV, ann. ISMfô; édit. du Panth. Htt, , pag. 506 , col. 1 .

* /5Ml.,pag. 504,ool. 1 <* md , pag. 505, col. 1.

* Voyet tom. !•», pag. 61 1 .

' /M<tf.,tom. II,pag. 756.

* a tJfig des, ciel et grand ciel appelé de Melusine... le tout foict i broderie ii

de

DBS ÉTOFFES DB SOIE , D'OR BT lyABGEaT. 408

bîlier du dUNtiml d'Ànboî^e l*', publié par M» DerUlaS on 86 rend compte lacilement du luxe de tentures qui régmdl ohez noua au xvf sièdie.

Sou0 œ raj^rt, aos voisins, on peut le dire , n étaient lm tapisMnes point en arrière de nos anoétret. N*ayant pa« le loiair de pé«- AUemagiie/en nétrw dans les cours étrangères d'autrefois. îe me bornerai suède et not-

Tége, et en An-

persoimaigesy les franges de soye rooge et crespine d'or, » etc. InpeiUaire des meuUes,.. apportai de Pau à Nerae par eommandemeni da rofie Nafçm^ etc. (no- Tembre ISTS)» arch. du départ, de» BêM^s-Pyréiiées , cxtr. de U Uaase 37^^, n" 14, fol. 4 rectQ. Voyez aussi Estât des meubles {au, chftUau de Pau) qui ont esté portés k P^ris^ std^ant le commandement da rçy (4602) , chapitre des elek et des rideaux i wémi^ arobiTM, extr. de la lîfisfe 497, n* ii, foL 2 recto et fol. 4 rQ«lo*

Vraisemblablement la « tapisserie de Navarre , appelée les devises de Pau y tontt en broderies d'or et d'argent , » qui décorait en 1606 la cbambre de la petite madame , fiUe du roi [U Cérémonial fntnçais , tom. II , p«g. 1 78 ) , nWit délignée ainsi que parce qu*elle proyenak du mobilier des anciens rois de Navarre.

Je crois la retrouver dans la relation des cérémonies du sacre de Louis XIII k Beims ea 1610, ou l'auteiir, aprè» aroir dit que TégUse Notre4)eiM éuil partout revêtue de riches tentures , ajoute : ir Les costex des petites voûtes estoient tendus de tapisserie toute relevée d'or, et la &çade du chœur d*une ancienne tenluie de haute lisse de Thistotre de sainGl Jehan Biq>t»to, fiiîtt de ai bomie «ahi» et avec de si bonnes couleurs, qu'il ne se pouvoit rien voir de plus beau, paroissant encore comme toute neuve. .. . Le chœur de l'église , et les chaires des chanoines , esioient tendus d'un coaté de la upîaserie des ^îanr de Jf^imifv en broderie ; et de l'autre costé, d'un autre en broderie, aussi pleine des armoiries de Navarre» Dans le chœur... y avoit... deux montées tendues des deux costez d*une tapisserie de velouK cfaaaoisy^ représentant les preax chevaliers ; et TcntMHleQi oonm le Jnbé estoit tapissé d'une tenture de veloux verd , pleine d'histoire de la Bible. • ( Le Cérémonial froncis, iom. I*', pag. 442.)

^ « L'image sainct George, faict sur drap d'or à brodeure. — * Ung ciel de toiOe d'or, où est l'image sainct Jehan Baptifte. ^-Ung autre pièce de toiUe d*or, ou y a nng saint Martin. — Ung poucUe de toille d'or, où y a mig sainct Jdian Baptiste. — Une pièce de tapicerie de haulte lice , faict de fil d'of et de mye , en laipieUe est une Annonciation et autres ymages. » Comptes ds dépenses d^heon^ strudiom du château de GaUlon , etc. , pag. 487, 488.^ On trouve également pla3 haut a ung grand ciel de toile d*or, gamy de franges , où est Tiroage et ponrtrai^ tore en brodeore de saint Jehan Baptiste, » etc. » maïs c'est peiit-étf« un double emploi. A propos , le mot tâle ne viendrait*»! pae de tolhf qu'on lil dans cet «r* ticle?

gleterre.

à renvoyer, pour l'Espagne, à ce que nous avons dit plus haut^, pour l'Allemagne, aux détails que donne l'historien de Thou sur le couronnement de l'empereur Ferdinand à Aixla-ChapeUe en 1558 \ pour la Hongrie, à ce que dit Bertrandon de la Broquière d'ouvriers tapissiers amenés de France dans ce pays par l'empereur Sigismond*, pour la Suède et la Norvège , aux curieuses tapisseries Scandinaves du xi* siècle publiées dans le tom. II du Moyen âge et la Renaissance^ et, pour l'Angleterre, aux rôles du parlement anglais, vol. IV, pag. 214, coL 2, et au manuscrit harléien 1419 : la liste des effets de Henri Y, que l'on trouve dans le premier de ces recueils , et la description des tentures existantes dans le palais de Henri VIII , que l'on peut lire dans le second , comme celle des tentures dont est décorée la chambre des Lords \ suffisent pour donner une idée de la richesse et de la splendeur des tapisseries des maisons royales de l'Angleterre au XV* et au xvi* siècle.

Fabricaitioo Parlcnii-je maintenant de la fabrication des tentures et des d« upii dans tapis dans notre pays, dont Ârras ne fait partie que depuis

notre pays. ^Q^^g jjjj| ^ ^ ^^^ empara en 1640 ? Nous avons déjà vu ,

vers Tan 985, fonctionner dans l'al^baye de Saint-Florent de Saumur une manufacture où les religieux tissaient des tapis*

< Tom. l*', pag. 09, 392 ; tom. H, pag. 387.

* Jac. Aug, Thuani HUtor. suitemp., lib. XXI, cap. ii; éd. Lond. MtDOcxxxm, in-folio, tom. I, pag. 707.

^ Voyage itoutremer,.. pendant le cours des années 1432 et 1433, etc. (Mémoires de r Institut national des sciences et artsp tcienoes morales et politiques, tom. V, pag. 619. Cf. pag. 625.)

* Voyez la publication de John Fine intitulée : I*« Tapestty Hangings of tke Bouse of Lords, representingthe sèmerai Engagements àetween the Engiish and Sponisk Fleets in 1588, etc. London, 1739, in-folio, fig. et cartes

séries ornées de fleui^s et de figures d'animaux , et signalé à Poitiers en 1 025, une fabrique où les prélats de l'Italie adres* saient eux-mêmes desdemandes Ml paraîtrait qu'au xn* siècle, M-nofactuw

■ ' lie tapiêBcnes a

il existait à Limoges un établissement de ce genre : Limog»

^ *-' au «!• siedr

Puis s'en monta en unes loges Et fist un tapi de Limoges Devant lui à ia tere estendre... .

Erec s'asist de l'autre part Desus l'ymage d'un lupart Qui el tapis estoit portraite.

Eree et Enide, Ms. de U Bibl. nat., fonds de la ValHere, n« 78,

fol. 4^9 Tcno, V. as.

Jusqu'au xvi* siède, la fabrication des tapisseries était du Fabrication domaine de l'industrie privée, entre les mains des religieux en Fran^T^"^ qui les faisaient servir à la décoration des églises , peut-être xvi««ècie. même à la représentation des petits drames célébrés dans les tnonastères*; mais la royauté n'avait point encore d'établissement coaune elle en eut plus tard , et je puis dire avec Sauvai que « si quelqu'un des prédécesseurs de François I*' établit des manufactures ou à Paris ou aux environs, je n'en trouve rien nulle part*. » De bonne heure nos princes employèrent des tapissiers et ouvriers de haute lisse et des répareurs de tapisseries*, nos rois et nos reines avaient, même

' Voyez ci-dciras , tom. I*', pag. 7i, 73; tom. II, p«g« 149, et pag« 150, pour an corieux passage du Eoman de Blaneandin (xm* siècle ), qui parait se rapporter à des tapisseries de haute lisse.

* t L'usage des tapisseries» très-répandn au x* siècle, rendait les changemenu de décorations assez faciles. » Tfiédire de HroUviiha » etc., trad. par Charies Magnin. A Parisi chez Benjamin Dnprat, 1S45, in*S«, notes et écLaircissements^ pag. 456.

* Hiitoire et recherches des antiquités de la plUt de Paris , lÎT. IX» tapisseries; tom. II, pag. 505.

* Sinon de la Croix est nommé en 149S comme réparenr de la tapisserie de Charies d'Oriéons. Ce nom , tout fran^, n'empéehe pas de croire à Torigine

406 SUR LE COMM£B£E, LA. FABalCATION ET L'USAGE

avwt François l"", des lapîssîers en litre d'office' comiiie des Fabrique brodeuTS ' ; mais oe fut lui qui, ayant £iit venir de Flandre

de tapif séries éta-

Mie à Fomuae- et d'Italie quelques maîtres tapissiers , établit le premier à

François !•'. Fontaioebleau une Gibrique de tapisseries de haute lisse,

sous la direction de Philibert Babou, sieur de la Bourdai-

zière, surintendant des bâtiments royaux, et de Sébastien

flamande de celui qui le portait, surtool quand on Yoit à une autre époque un de la Croix» Flamand , ouTrier de haute lisse , aux Gobeiins. (Paru^ de l'abbé de MaroUeSy 1677, pag. 57 ; Descript. de ParU^ par Brice, édit. de x.Dc.iJCxxiy., in-lS, pag. 258.)

' Je vois dans les comptes de l'argenterie d*Anne de Bretagne, sous l'année 1454, « Nicaisè de Qrombin, ouvrier de haute lisse et tappîcier de ladîcte dame, » (Arch. nat., K,reg. 55, fol. cïïij recto. Cf. fol. cix recto, vj^îiij verso, vf^ recto •t verso; et iês Femme» eélèèns de foMeUnme Fronce^ if* aéîie, pag. 688 ) et c Ja* quemin de Vergieres , tappicier et ouvrier de haute lisse. » (R^« 55, fol. Ixvix verso, cxij recto.)

Un antre document pins aDoen noms a conserré les noms de GwUemÎB. Des» champs, Jehan Chevance et Goamier Dnmonstier, tapissiers en 1424. VojeK U Collection des meilleures dissertations ^ etc., tom. XIX, pag. 210.

En 1587, François I" désigna Snlomon et Piètre de Horbainas Mres, tapîsiiers des maisons de la reine et de la dauphine, a pour avoir la garde, osîl et regard sur les tapisseries de Fontainebleau, s {La Renaissance des arts^ etc., tom.I*', pag. 308.) M. Lacordaire ( Noûce , etc., pag. 4) appelle Salomon wtaàre êâpksitr dutnif fe ne sais s'il eut jamais ce titre; mais je le trouve accolé au nom d'ua autre dans cette épitaphe, qui nous a été conservée par Gaignieres : c G. gist noble homme Pierre du Gard, en s<m vivant seigneur de ThionviDe et tapisner do rej, oovt seigneur, lequel trespassa le 8* jour de juillet 1547. s Âeeuêil ^èfitofim du éi^lUes de Paris, tom. IV, pag. 078, art. Saint-Honoré.

* Le plus ancien dont j'aie connaissance, est « Nu Waguier armurier du roy et broudenr , » nommé dans «n eoaiqf>te d'£tienne de k FoataÙM (1852) , qui a été donné par M. Leber. Voyez la CdUotwn de$ maUleusm disearmimm , tom. XIX, P«g. il2.

Avant Alexandre Paynet , brodeur de LouiaXIII, dont nooiav^nsparié ph» haut, ton. n, pag. 866, sa chaige éuit remplie par Pierre VaUet, sur lequel ea bronvera une petite notiee dans la Bamùsêonce dos arts è la cour de Framee^ etc., tom. I*% pag. 258, 254. Pierre deacendail-ii de Daraiit Vallet, brodeur pins ancien, Bommé à la pag. 205 ? La chose est assez croyable. A la même époque et «a même endroit, je troBve Jehan Amanlt, désigné coeaaae artiste dans le même genre, et, pag^ 175, Girard Odin^ brodeur suivant la eour, qui figure dans des comptes de 1404,

SeriiO) son peintre et arckitect^ur ordinaire ^ Quelques^-uns des peintres, isppelés en assez gmnd nombre pour décorer le château de Fontainebleau, durent charges des patrons^ qtû n'offiraient souvent que la reproduction, sur papier, des tableaux qui faisaient romement du lieu. Dam les comptes Ptùt»» des dépenses royales, récemment publiés^ on voit, de 4540 ^xm^ém^

à 15S0, figurer Daude Badouin comme chargé faabîtnelle^ d^moà^liô! ment de ces sortes de travaux', et Lucas Romain , Charles d» cartou pour

« des tapÏMrrifls.

Carmoy, Francisque Cachenemis et Jean-Bapliste Baigneque^ vàl, payés « pour avoir par eux vacqué, tant aux patrons de tapisserie que le roy feit faire audit Fontainebleau , que aux ouvrages de paîntures*. «

On trouve encore, dans les mêmes comptes , les noms de Aatr<» déuii» qmnze tapissiers de haute Inse, qm recevaient par mois de i« mêmes compdix à quinze livres de gages ^. Deux d'entre eux sont couchés oa!^<^upi». sur les états pour la somme de 240 livres par an : ce sont les ^^T^l!^!^*^ frères Salomon et Pierre de Herbaînes, dont nous avons déjà cité le nom et l'emploi. €n autre est noté comme «yaot reçu dix livres par mois f( pour avoir vacqué à recouldre et regarnir les tapisseries qui estoient ^tées, assavoir une chambre de tapisserie de l'histoire de Purgatoire d'amours, contenant huit pièces , une autre chambre de tapisserie du Romaut de la Roze*, contenant cinq pièces, une autre chambre de tapisserie de l'histoire de Jules César, aussy contenant

• Voyez sur cet «itiste, U Rtnaissante des arts à la oamtdt Frumce^ etc. , tora. !•% png. 204, î(«, 40T, 415, 434.

• 75W., pag. 416, 43i,43«.

^ n\i., pag. 433.

• (Ttit sans doute la même qui a Aéjà patsé sous nos ysux comaie apparienaat au château d'AnAoxse, en i494. Voyec «i^eiM» , tom. U,|Mf. 397

cinq pièces, une autre chambre de lafHfiserie de Phûloire de Gedeon, contenant onze pièces , quatre grandes pièces de l'histoire d'Alexandre, » etc. Pcrfectiomie- a Lcs tcuturcs fraoçaises, dit M. Lacordaire, s'enrichirent

ments apportés, > / n ■ i i i«

au XVI* siède, à H ccttc epoquc d un luxe nouveau, par les rehauts d or et

la fabricatîoii

dn tapisunes. d'argcut intToduits dans leur texture , mais plus encore par d«»mre8 par le Ics trRvaux dcs preouers peintres du temps, parmi lesquels "^ on compte Francesco Primaticcio, dit le Primatice^ architecte et sculpteur appelé d'Italie par François I^\ d En vérité, je ne sais si je dois laisser passer, sans la combattre^ la première partie de cette proposition ; quant à la dernière, elle est fondée sur un passage de Félibien, que je veux aussi rapporter : « Comme le Primatice, dit cet écrivain, étoit fort pratique à desseigner, il fit un si grand nombre de desseins, et avoit sous lui... tant d'habiles hommes,, que tout d'un coup il parut en France une infinité d'ouvrages d'un meilleur goût que ceux quon avoit vus auparavant... Il se trouve Tentnitide mémc dcs tapisscrics du dessein de Primatice. Il y en a une *i!riîri1ufdeu' tenture à l'hôtel de Condé, peinte sur de la toile d'argent argent. ^^^ ^^ coulcurs cUircs, qui étoit autrefois à monsieur de Montmorenci*. »

' Notice sur Cor. elles trav. des manufactures .. . reunies aux Gohelins, pag. 4. • Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus exeelUns peintres , etc., tom. II,

pag. 191.

Le biographe de Primatice parle d'autres peintures de ce maître sur toile d'argent, qui existaient, de son temps, en Espagne et en Iulie : « HA &tto il medesimo per lo cardinale d'Augusta sette pezii di storie dipînte sopra tela d'argento , chc sono stati tenuti bellissimi in Ispagna, dove sono stati dal detto cardinale mandati a donare al rè Philippo, per paramento d' una stanza. Un' altra tela d*ai|[ento simile hà dipinto nella medesima maniera, laqoale si vede hoggi nella ehiesa de Chietini in Furli. » Vita di Francesco Primaticcioy di G. Vasari. (Délie Vite de' pw eccelenti pittori^ etc , in Bologna, M. Dc. lxœ, in-i», parte IIP, seoondo yolume, pag. 317.)

Henri U ccmaerva r^teblisaement fondé à Fontainebleau L^ateu»

par son prédécesseur^ et en confia la direction gâiérale à FoirtâineUna Philibert Delorme, sorintendant des bâtiments royaux et

son ardiitecte ordinaire ; il créa aussi • à l'hôpital de la Tri- cmtion

' d'ao atelier sem-

nité. dans le voisinage de la rue Saint-D^ûs. un atelier de uabieàrbôpiui

^ ^ ' de b Trinité,

tapisseries qui atteignit Inastôl un haut degré de prospérité, ^ p>r»ce qu'il fiiut attribuer sans doute aux divers privilèges accordés à cette maison ^ autant qu'à la perfection des ouvrages qui en sortaient. Des nombreux artistes de mérite formés à du Bourg,

célèbre tapÎMier,

cette école, il n'en est pas de plus célèbre que du Bourg, au- enCut de u Tnteor des remarquables tapisseries de Saint-Merry^ qu'il exécuta en 1594 sur les dessins de Lerambert% l'un des mem- Tepia^rie»

de Sunt-Mcrry,

bres de cette famille de peintres et de sculpteurs, dont les exécdté«en

, , y ^, 4 594, sur lès de».

noms reparaissent si souvent dans les comptes des dépenses siu de Leramroyales de 4535 à 1587'. ^'

L'an 1 554, un édit ayant été iait pour qu'il fût planté des

Sans doute les détails qui précèdent suffisent amplement pour nous conTaincre que nous avons eu (ci-dessus, tom. II, pag. i9î) tort de nous étonner de voir une pesntnre exécutée sur dxBpd'or^ des extudts de <3onf»ies de i 556 achètent de montrer combien l'usage de pareils tissus était familier aux Tieux maîtres : « Pour deux tien et demje de toille d*argtnit, faite planne, liTrée an painctre de la royne pour ùâre pourtraicts, qui est au pris de xyiij liy . raulne.—- Pour deux tiers et demye toille d'argent fine , à xx livres l'aulne, pottr servir au painctre de ladicte dame 4 faire pourtraicts. d La Renaissance des arts à la cour de France ^ etc., tom. P', pag. 214.

* Voyez, sur cet hôpital , Description historique de la pille de Paris et Je ses envi^ rons^ par feu M. Piganiol de la Force. A Paris , chez G. Desprez , mj)cc.lxt., în-8», tom. Iir, pag. 373-377; et surtout Institution des en/ans de Phospital de la Trinité^ avec la forme du gouvernement et ordonnance de leur vivre. A Paris , chez la vefve Hubert Velut et Paul Mansan, m. ne. xvin., in-8«, de 25 feuillets, plus 13 pages de titre et de préliminaires.

■ Voyez Hist, et Rech, des ant, de la ville de Paris » liv. DC , tom* II , pag. 506 , et Description..., de Paris y etc., par Piganiol, tom. III, pag. 377.

* Voyez la table de la Renaissance des arts à la cour de France^ etc., tom. I**, pag. 557, col. 2.

410 SUR LE œMBŒRGE, LA FABRICAnON ET LUSAGE

Projet mûriers en diverses parties du royaume, Catlierine de Mëdicis d'atdien pour la douDa Texemole en en faisant planter un grand nombre dans

fabrication de ^ r D

upiiêeries, en le paTc de MouKus eu Bourbonnais , et dès lors il fut arrêté

France, an milieu

do xTi* siècle, que Ton ëbd>lirait dans celte ville des ateliers pour la Ssibri-

cation de toutes sortes de tapisseries feçon de Flandre, et que

les soies provenant desdits mûriers y saraient employées ^

J'ignore quelles suites eut ce projet; mais il est probable qu'il

eut le sort de la fabrication des tapisseries à Fontainebleau ,

c'est*à*dire qu'il fut abandonné pendant les guerres civiles

dont la France (ut en proie à la fin du xvi* siècle.

Henri IV Une fois la paix revenue, Henri IV, cbarmé des tapisseries

i^r^ilfaet^ de Saint-Merry, dont on faisait grand bruit, résolut de réta-

7i!Lesd^i<^ blir à Paris les manu&ctures qui avaient succombé par suite

des troubles, a Pour cda, dit Sauvai^ il manda à Fontaine*

Laurent, blcau du Bourg avcc Laurent', autre tapissier excellent;

lent, directeur de mais commc du Bouw fut volé dans la forêt, et qu'il ne put

la fabrique de . T . . .

tapîMeriesdufaa- s'v rcudrc , Ic roi choisit l'autre qu'il établit, en 1597, dans

bourg Saint- J ^ i » 7

Antoine. la maisou professe des Jésuites, ou personne ne demeuroit depuis le parricide de Jean Cbastel, et avec lui du BreuU^ peintre fameux, et Tremblai, fort bon sculpteur. U étoit di-

• Lfittres et exemples de Ui feu royne mere^ etc. , dans les Arch. cur. de CHist. de Fr. , {'• série, tom. IX, pag. 12$.

* Sans cloute le père des deux Laurent , ouvriers en Upisserie , logés au Louvre, dont il est parlé dans le Paris de Tabbé de MaroUes , pag. 54, en même temps que des Boret, de Maurice Buron et des du Pont, pag. SU, de Jean Jans, pag. 56, et de Mozin, pag. 57. Cest de l'avant-demler, exceUent ouvrier en haute lisse, dont le véritable nom était Jansseits (car, comme Mozin, il était flamand), que Gacon dit dans sa satire IX contre les partisans :

L'or et la soye en mtin, vingt brodeurs ocapez Font briller tes faateilils, ses lits, ses csnapez ; Dcisos aux Gobdins fut ses tapisseries, Dotal et Fagnaai menbleat ses galeries.

Is foite ttmtfard^ in-S*, pag. 44 .

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 41 i

recteur de cette manufacture, à raison d'un écu par jour, et Gages

Al «a • •£% du directeur et

cent francs de gages, et comme u avoit quatre apprentifs, desonyneri. leur pension iîit taxée à dix sols tous les jours pour chacun. Quant aux c(Hnpagnôns qui travaiUoient sous lui, les uus gagnoient vingt-cinq sols^ les autres trente, les autres quarante. Avec le temps du Bourar lui fut associé , et là demeu- BaBonrg

aMOdé à Laurent.

rerent ensemble jusqu'au rappel des Jésuites, et pour lors ils Transution

furent transférés dans les galleries« Après la mort du roi ils dans i<a galeries

11 , . . . / duLouTTe.

n eurent plus que quarante sols par jour et vmgt-cmq écus PriTiié||e« dont

ioii]flsai0Bt les

de pension pour les apprentifs ; mais toigours on continuoit tapisders là et à leur servir les étoffes, et travailloient encore à la journée. Depuis ce temfr-là ils ont toujours demeuré dans la gallerie du Louvre avec les autres artisans ; mais quelque part qu'ils ayent été, ils ont joui de tous les privilèges des hospitaliers de la Trinité, et même de quelques autres ^ »

Quelle sorte de tapisseries fabriquait-on dans la maison Qoeiie sorte

professe des Jésuites, située, comme on sait, au faubourg briqaaiton dans

la manufacture

Saint-Antoine? Sauvai ne le dit pas. U nous laisse pareille- du faubourg

^ * . ' Saint-Antoine?

ment ignorer de quelle espèce étaient les fameuses tentures conmient étaient

de Saint-Merry. J'estime que les unes et les autres devaient saint.MeiT7? être différentes des tapisseries de haute lisse fabriquées plus

tard aux Gobelins, en voyant, en 1603, Henri IV, dans son Fondation

ardeur de doter la France de manufactures , en fonder une de tapisseries des

nouvelle en cet endroit, essayant ainsi d'affranchir son Henri iv^

royaume du tribut qu'il payait à la Flandre : w De mesme aussi, dit un historien du temps , en la maison des Gobelins aux fauxbourgs Saint-Marcel , le roy a faict accommoder les ouvriers des hautes lisses et des tapisseries de Flandres, y

' But. et tUch. des ant, de la pille de Ports , liy. IX ; tom. JI , pag. 506. ^

412 sua I£ COMMERCE, LA FABRIGATIOII ET L'USAGE

ayant fakt veoir les plus industrieux de tous ces pays-là ^ lesquels aussi, tant pour les commodités que Sa Majesté leur a donné, que pour se £aiire ^oir eux-mesmes, y aporterent toute diligence; et ne se pourroit jamais rien yeoir de mieux, ny pour les personnages , ausqueb il semble qu'il ne leur reste plus que la parole, ny pour les paisages et histoires qui sont représentés après le naturel. »

ooiJdél^ucs ^^ établissement, dont Henri IV confia également la di- **^*£b^ rection au 6uneux tapissier du Bourg, peut-être le même

que rhabile artisan du logis de la Maque*, coûta de grosses Il a de u peine sommcs au bou roi , qui eut encore bien de la peine à s'ac-

à PftTflr les ou* , . « ,,, . « / ■» • «

Trierstapûnen qmtt^ cnvcrs Ics ouvriers qu u avait appelés. Je vois dans dc^T^ndre. Ics comptes de sa dépense : cr A François Verrier, tapissier flamen, pour venir demeurer en France et y amener d'autres ouvriers, 200 escus*, » et je lis dans les Mémoires de

* Chronologie êeptenaire , etc. , folio 3SS verso , um. 1603. Cf. Jac. Aug, Thumi JETûrof., lib. CXXIX » cap. xnz ; éd. Lond., tom. VI, pag. 170»

* Voyez ci-dessus, tom. II, pag. 291 , not. S. Saurai pr^end signaler deux erreurs dans le passage de la Chronologie êeptenaire auquel nous renvoyons. n^aboanl » snivaftt lui , dm Bourg n'abandonna point son pays p«nr venir ttivailier à Paris , puisqu'il était de cette ville et avait été enfant de la Trinité , on il apprit à être tapîsùer. Ensuite , Phabîle artisan n'a point demeuré à la Maque , ni ne aavvittravïâller en soie, non plusqu^en or. Voyei Hia. et Beeh. Jes ont. Je U pille de Paris, liv. IX; tom. II, pi^. 506, 508.

De même la famille Gobelin , que M. Lacordaire ( JP^otice , etc. , pag. 18 ,* not. 1) nous dit être originaire de Reims , a été réclamée par la Hollande comme sortie de son sein. On le voit par nne relation de 1656 , contenue dans un Ms. delà Bibliothèque royale de la Haye, n* 1186, dont M. Jubinal a donné des extraits dans ses Lettres à H, le comte de Sahandy^^c. Paris, 1846, grand in»8*, pag. 113, lU.

A prapos de Gobelin , je lis , pag. 56 de la Notice de M. Lacordaire sur la maison de ce nom, une note sur une cireur répandue chez le peuple , relative au procédé employé pour k teintnre écariate. Cette erreor existait é^lement en An- ^eterre» comme on le voit par un passuge de Shakespere : « They caU drinking deep, dying scariet. » First Part of£ing Henry IF, act. II, se. iv.

* Jreh. eur. de tBist, de Pr,y i^ série, tom. XV, pag, 495, 196. A la

DIS ÉTOFFES DC SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 4i3

SoUy une lettre de son maître^ d'où 3 résulte que^ dans son ardeur de réaliser ses plans de manufactures, Henri lY ne consultait pas assez ses ressources, et que, faute d^argent, les ouTriers venus de Flandre à son appel , menaçaient de s'en retoiniier\ Deux délibérations de la commission con- «ultatÎTe du commerce et des manufactures^ nous les montrent dans une attitude de révolte, comme des gens mécontents et qui ne demandent pas mieux que de rompre leur engagement\ Dans le même temps, un particulier entreprenait d'établir, vn paiiicuUer

xwfc» !-« ■#•!•• •!»>. propose d'établir

a Pans et par toute la France, rmdustrie ce des tapis de Tnr- cha nous rin. quie de toute sorte , soit persians , cayrins , alexandrins , ja- deTura^e, ie^ miens et autres, plus beaux, plus forts et à meilleur marché. » '"^'U" ""*'

pag. 108, on voit portée « la somme de 1 etca & ime femme qui a racoustré les iMf de sojre de la royne. »

' « Mon aanjy vons ayés assés de fois yen let poortoites qae les tapissiers fiamans ont faites pour estre satisfaits de ce (pd leur ayoït esté promis pour leur furahttssemeat en ee rojêxmke, de qvoy ajant par une dernière f<HS traké en la presenoe de yons et de monsîenr le garde des seanz , je me resoins enfin de lenr faire bailler cent mil liyres ; mais ils sont toujours sur leurs premières plaintes , s*ib n*en sont payés, €*e0t pourqooy je tous fais ce mot ponr yous dire que j'ay un extrême désir de les 4H>nseryer. » Mémoires ou iMconamUt rofmleê d^e$tat.,, de Hemry le Grand ^ etc. , tom. III. A Paris, chez Augustin Courbé, m. DC.Lxn., n-fol. , pag. 68.

* c Sur k rapport que rhmssier a fiûtqae les maistreao^^isiîenflamani ne yon* loient se représenter en la compagnie , a esté ordonné qu*itenitifyement commandement leur seroit faict , à peyne de yingt liyres parîsls d*amende , à faulte de comparoir. » Dâftëcatioa dn marài 16 nû 1004. (JhemmsHU kmtariqweÊ médtu. publiés par M. GhampoUion Fîgeac, tom. IV. Paris, typographie de Firmin Didoi frères , 1948 , in-4*, pag. 190, 197.) — a Le maistre tapissier des upisseries façon de Fknte , e'eUint prctenté et ajmit reeongmi qn'il Iny eitoit imcBMMre de prendre des apprentis françois, mesme pour son profit particulier, et que recongnoîssanl que telle estoit la ▼<^nté du roy, il kt aeoepteroît j^os yolonlierf , encores que ses priyileges ne l'ay oient nullement astreint, laquelle yolonté on Ta semond d'exécuter et mettre à eflfect. » Dâibération dn yendredi 99 mai 1604. {Ihid., pag. 197.)

444 SUR LE COMMERCE, LÀ FAMaCATION ET LIJSAGE

Laffemasy auquel nous empruntons ces détails , ajoute : « Il en a fait des espreuves, beUes en perfection^ que le roy et plusieurs seigneurs de qualité ont jugées très-utiles et agréables ^ D Quel était ce particulier? Laflemas ne le dit pas; mais nous pouvons suppléer à son silence en recourant à une autre source plus abondante et plus respectable encore, s'il est possible. Je veux parler des procès-verbaux de la commission consultative sur le fait du conmierce général et de rétablissement des manufactures dans le royaume, instiatIs tuée par lettres patentes de 1601 . Je lis dans le procès-ver-

(le la conunÎMÎoii

.»ii8aiuttTe du bal de la séance du vendredi 23 juillet 1 604 : « Sur la pro-

«!Oiiuiicrce snr

cetteproposidoa. positiou fdictc par Jcbau Portier aux commissaires depputez de son auteor. par Ic roy sur le faict du commerce , pour establir en ceste ville de Paris et aultres de ce royaume la manufacture des tapis de Turquie y querins, persiens, et aultres de nouvelle invention, embelliz de diverses figures d'animaux et person* naiges jusques icy incongneues, sur laquelle, advant que passer oultre audict establissement, auroit, par lesdicts commissaires, esté ordonné qu'il feroit des espreuves de son art et expérience : veu lesdictes espreuves et patrons par luy faitz desdicts tapis , tant de la façon ordinaire qu'aultres de la nouvelle invention, présentez à Sa Majesté qui les a eus agréables , ensemble les articles contenant ses propositions et offres, avec les conditions qu'il désire luy estre accordées pour recompense desdits inventions et establissement, après qu'il a esté ouy sur le tout : Lesdicts commissaires (ayant esgard à l'utilité que la France pourra recevoir de ceste in-

* itec. de ce qui se passe en l'assemblée du commerce à Paris (1S04 ) , etc. , ait, SI . (Jrch, cur. de fHist, de Fr. ^ i" série, tom. IV, pag. 231.)

DES ETOFFES DE SOIE, D'OR ET D' ARGENT. 4i5

dustrie , tant en l'espargne des deniers qui se transportent aux pals estrangers pour Tachapt des tapis de ces scMtes et espèces^ que pour Toccupation du peuple qui pourra y estre employé) sont d'advis, sous le bon plaisir de S. M. et de messieurs de son conseil , qu'il est expédient d'admettre et retenir ledict Portier pour establir en ceste ville de Paris ladicte manufiuîture des tapis de Turquie, querins et persiens, ensemble des aultres de nouvelle invention et jusques à présent incongneue aux peuples et ouvriers du Levant ; afin de les pouvoir rendre à leurs perfections par l'apprest nécessaire des étoffes, luy permettre de faire teindre, filler et tondre et laines et soyes, en la façon et selon qu'il jugera estre requis pour en^loyer èsdictes manufactures.

(( Pour Ëivoriser son industrie et luy donner moyen d'en ATanuge» faire establissement , S. M. sera suppliée luy donner la sonune commiMio^oû de trois mil livres ou telle autre somme qui luy plairai pour «n^reJ^^d* achepter les matières, faire faire et dresser les mestiers neces- ^* ^ëtéT^ sairesi et le iaire pourvoir de logis propres et commodes pour ladicte manufacture, gratuitement pour le terme de six ans, ou jusques à ce qu'il plaise à S. M. le loger avec les aultres ouvriers des plus exquises manufactures , au lieu qu'elle leur a destiné ; au nombre desquels elle ordonnera , si luy plaist , qu'il soit dès à présent receu sous le nom et qualité de tapissier ordinaire de S. M. en tapiz de Turquie et façon du Levant*,» etc.

« Doeumenu histanquês médité^ etc., pag. 211, 31). La dernière phrase de l'extrait que je Tiens de citer, semble déterminer nettement le sens qa'aTait encore le mot u^MêUr an commencement dn xm* siècle. Je sois donc porté à rapporter an commercé des tapis Jacques Cottard, marchand upissier boorgeois de Pkris, que l'on Toit avec Anne Gosselin, sa femme, donner nne maison aux Reeolets du fau-

416 SUR LE COMMERCE, Là FABBICÀTiOll ET L'USAGE

Viennent ensuite des propositicHis de certains privilèges , « à la chai^ que^ par la ccuiservation de ladite industrie en ce rojaame, ledit Portier sera tenu de prendre des apprentiz finançoys et non estrangers, » etc.^ puis une addition posté- Espèce rieore de quelques années ainsi conçue : «Depuis, sur la T»tion déifi^à requeste fiûcte par ledict Portier, Messieurs ont ordonné Jean Fortier. ^>^^^]}^ j|^ saroicut adjoutcx SCS uoms comme premier et inventeur de Tart de bire les tapis façon de Turquie à fond d*or, soye et laine, en œ royaume^ et le pfemier qui s'est présenté pour establir Tart des tappiz, ainsi qu'il est porté en l'article du 47 aoust 4607, f 48 du 3* regktre. » Quelle éteit QucIs étaient donc ces tapis pour lesquds on proposait ^ '''t^?'' "^ d'accorder à leur fidnicant un brevet d'invention? Us difië*

Différainit-ilt . i i • j • «• • •

dettaptfl nuent donc bien des tapis dits sarrazuuHSj qne nous avons MmtMou ^^^^ ^^^ ^^ ^ g^ ^^ ^^^ siède, et dont le nom existait en*

core dans la première partie du ivm*^ ? M. Lacordaire nous le

bou^ Snnt-Maitin , en 1604. Voyei VBuîoif dehfUUëa FwU^ de D. IfioM Felibien, etc., tom. IV, pag. 26, col. 2.

A neuf ans de distance, nous retroayons im autre tapuftier, le sieur Malnvîllier, cbnrgé de préparer det meobles prédeox pov ganû* k. alk àa châteia de Oidban où le roi devait dîner;, mais U il est dair que les tapissiers cumulaient déjà les divers genres d'industrie qu'ils exercent aujourd'hui. Voyez la même Histoire dé Paris ^<ùm, V, peg. 517, cel. t.

* Vojea StatuU et reglemens du matires et marehaads tapissiews de haute lisse saraz'inois et rentraitures , courtepointiers , neutrez , couliers de cette taille , prévôté et vicomte de Paris , unù et ineerporêz suivant les arrêts da la saur de pOfbtâêMt , Jugi^ mens et sentences du prevost de Paris ^ des 20. mai 1622. 6, août 1625* et S, juU- Ut 1627. A Paris , de l'imprimerie de Guillaume VaUeyre, m. dgc. xvin., in-folio , de 53 paget* La seconde édition^ également in-folio», porte^ aons le même titre : A Paris, de l'imprimerie de Gissey, x. Dec. xl., et se compose de 55 pages. Enfin, j*ai TV une facodmre in^a* de 30 pa^ss» sana firoatîapioe,. ialkakie : Ofdoimtmcés et stmtuu dêfwmitras et mmrekÊmdê tt^iemrs èe U fnUe de Paris»

Piig. 26 de Fédiliaii de 1716, il est qecstioii d'awMf — ra onkinwaaffftt rdatives à UeofporatioB des tgpiwigrs , aomméi nt d'ocdemaniea de 1177^ de ^f^WA de 1200 et de 1302.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 4i7

dira sans doute ; nous saurons alors si Brice est fondé à dire que Pierre du Pont et Simon Lourdet furent les premiers qui traTaillèrent à Paris des ouvrages à la turque V

il y a tout lieu de croire que ce projet ne reçut pas d'exécution, ou que, s'il en eut un commencement, la manufacture de tapis de Turquie eut le même sort que toutes celles qui s'élevèrent sous les auspices de Henri IV, c'est-àdire croula peu de temps après sa naissance. Peut-être le roi ÉubiîMemem

* * * an LooTte, en

y contribua-t-il en montant au Louvre, sans doute pour son <eo4, d»an «t».-

^ ^ liar de tapitteri»^

usage particulier, un atelier de tapisseries l'année même ou «oiu u direction finissent les conférences de la commission consultative sur R«»t des ciroon-

stances deiis les-

le fait du commerce. Pierre du Pont, chargé de la conduite qaeiies ii pHt de cet atelier, nous a laissé le récit des circonstances dans lesquelles il prit naissance. Après avoir raconté par quoi il fut amené à s'adonner à « toutes sortes de tapisseries, tant à Tesguille que faictes sur les mestiers, et à la pourtraicture et illuminure, » il continue ainsi : <c S'estant donc adonné à Tilluminure, feu madame de Chasteauneuf... prit ledit Dupont à son service pour luy faire quelque paire d'heures d'illuminure, et autres ouvrages. Dequoy s'estantfidellement acquité, il Gt veoir aussi à ladite dame quelque temps après. . . quelques eschantillons de toutes sortes d'ouvrages de Turquie faicts d'or, d'argent, de soye^ et laine, lesquels, comme chose non encore veuë, elle présenta à la Royne mère, qui les fit voir tout à l'heure au feu Roy : lequel peu de jours après allant voir les peintures de sa gallerie et de sa sale des

* Voyez NampêUê Deseripiion de la viiie tfe Paru, etc., Tm* ëdh. A Pftm, M. DOC. xxT., m^«, tom. I**, pag. 169, 170. {Jm manufacture rolaU de la Safoo*

ntrie,)

418 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

antiques, que feu M. BuDel, son peintre^ faisoit alors, et en<* trant en la maison dudit Bunel, vid un fonds de chaire fiûct d'ouvrage de Turquie, que ledit Dupont y avoit laisse, et se resouvenani de ce que feue madame de Chasteauneuf en avoit rapporté à la Royne, commanda à feu M. de Fourcy, intendant de ses bastimens et manufactures, de faire venir ledit Dupont en sa présence, ce qu'il fit le lendemain en la gallerie haute.

« Venu donc ledit Dupont, il présenta à Sa Majesté un

quarreau faict de soye et or, avec une chaire fidcte de laine

dudit ouvrage de Turquie, que Sa Majesté eut tres*agreable,

et commanda sur l'heure audit sieur de Fourcy de fam

bastir un des logis de dessous sa gallerie, avec un atteMer à

costé pour ledit Dupont, pour estre comme une pépinière

d'ouvriers de ladite manufacture. Ce fui en l'an 1604. Au*

quel lieu il a tousjours £ait sa demeure depuis le temps, et y

a instruit plusieurs apprentifs, suivant le commandement

qu*il en avoit receu de Sa Majesté , ainsi qu'il fait encore à

présent.

H«im IV « Or le feu roy venant un jour veoir un emmeublemeni

par toute la qui sc faisoit alors pour son service, qui estoit d or et de

nXtur^dl'' soye, et qui est aujourd'huy dans l'hostel de Luxembouif[,

upu e urqoie. p,.QUjjg^ ^j^ jj^ preseucc de beaucoup de seigneurs d'establir

ladite manufacture par toute la France, ainsi qu'il avoit laict

celle des tapisseries de Flandres, de l'or de Milan, des estoffes

de drap d'or et de soye, et d'autres^, » etc.

* Stramatmtrgie , ou de teseeUence de U manufaeimm des H^its diu de Turquie. Nem^etUment ettahlie en rtaneesûui la conduite de uMe homme Pierre du Pont, tepit^ sier ordinaire du Roy esdifs ouvrages, A Paris, en la gallerie da Louvre, ea la mai -

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 4f9

En attendant, par lettres patentes de 1607, permission Lettre» [xteuu»

-• 1 / X 1 . . .111- de 4607 donnant

fut donnée a tous les artistes et maîtres ouvriers de la galerie permîMion à

tous les artistes

du Louvre, parmi lesquels on comptait des peintres, des et onvners de u sculpteurs, des graveurs en pierres fines, des horlogers, des ^ de tnTaiUer

* ^ poar le public-,

tapissiers en cubages du Levant ^ des tapissiers de haute eu-. lisse, etc. , de travailler pour le publie , en quelque lieu que ce fut, et aux apprentis qui auraient fait leur apprentissage sous lesdits mattres pendant le temps requis, autorisation de tenir boutique , tant en la ville de Paris qu'en toute autre ville du royaume , tout ainsi que s'ik eussent fait leur ap« prentissage sous les maîtres desdites villes\ Sans doute op Retard pose aux vues du roi, comme Tétaient à l'époque de fort p^ieLnt'à r». bons esprits et Sully lui-même*, le parlement retarda pen- '^^^^, ^

son de rAutheur, 1032, in-folio, de 91 feaiUets, IIII. parterre {Comment H parfui iaditte ttromatowgie a esté introduicte en France) , pag. 2, 3.

Dans le II. parterre de ce volume , qui parait n*airoir jamaii été fini, Fauteur traite de C antiquité y et exeeilenee des tapis, om pûtfertes. On y troaye det recherches fur la fabrication et Tusage de cette sorte de meubles à toutes les époques ; mais , comme on peut s*y attendre , l*anteur est loin d*étre complet. Ainsi après avoir parié de Tindu^trie en question chez les Hébreux, il passe aux Égyptiens, X ausquels Pline attribue la tissure ; » mais il omet de faire mention des tapisseries puniques (oùXafaiç <lKKVix(vaic), dont parle Athénée, d*après CaUisthène (Deipnosoph'ut.^ lib. V, eap. xxv), comme faisant Toniement intérieur de la tente de Ptolémée Philadelphe. A la page 1 1 , il cite Quinte Cnrce pour ce qu'il dit des tapisseries de Darius retenues par Alexandre pour son usage ; mais pas un mcot des tapis sardes (liXoronfSbyv I^ocpSiocvC&v), sur lesquels nul autre que le roi de Perse n'avait le droit de marcher ( Athen., lib. XII, cap. vin. Cf. Xenoph., Cjroped,, lib.YIII), ni du Ujms d'étoffe de Babylone qui reconvraii le lit sur leqnd un de» «f&ciers d'Alexandre, Aristobtife , trouva le oolft« d'or où était dé^sé le corps de Cyto». (Arrian., Esped. Alexandr,^ lib. VI, cap. xxn; Strabon, lib. XV, ed, Alautl., pag. 731. Cf. Plutarch. 'mAtexandr,^ cap. ucix.)

* M», de la Bibl. nat., collecl. Fontanien, vol. 45d-*453, 7 janvier 1608. — Nû^ee sur Porigine et les trapaux des maïutfaetures,,, rémms atm GoheUm^ etc., pag. 7, not.â.

» Voyez Mémoires des sages et royales aeommies et estât, etc., édit de 4S3S, in-folio, tom. II, ch. xxv : Affaires Jtestmi et police pour le plan desnufuriers, etc.,

420 SUR LE œHMERCE, LA FABRlGATIOIf ET LUSAGE

dant environ un an renregisirement de ces lettres patentes , parce qu*elles portaient quelque préjudice aux maîtres ouvriers et aux communautés de la ville, qui sans doute y avaient mis opposition.

i Mgedes tapis Par toutcs CCS mcsurcs , Henri IV voulait arrêter à toutes

(leTurquie , . , i, . .

trèt-répanda Ics issues dc SOU rovaumc 1 argent qui en sortait, souvent

rhet nos ancêtres.

pour n'y plus rentrer. Or, la consommation de tapis de Turquie que l'on y faisait était considérable, et date' de loin. Que Ton prenne seulement la peine d'ouvrir le Cérémonial français^ et Ton y verra paraître à chaque instant des tapis de ce genre*. Le rat de ville invite-t-il le rat des champs ,

Sar un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis.

Enfin un contemporain de La Fontaine, s adressant aux buveurs, leur dit :

Que Tos chers confrères pamprez De l'altisonnante abbaye Soient chamarrez et diaprez Gomme des tapis de Turquie.

Le* loix dé Boechut, etc. (Recueil de pièces en prose, etc., ir* part. A Paris, ches Charles de8ercy,M. dc.lxi., m-8*, pag. 427 ^

Tapitdeiavene A cc produit dc Tindustric dcs Ottomans, il faut encore joindre les tapis de la Perse, confondus sous la même déno-

pag. 288*291 . La mention des opinions « des Bourgs, et des Cununs, » auxquelles Snlly a Pair de croire qoe le roi arait déféré , est à remanpier dans cette eoriense discussion.

• Tom. I", pag. 504, 840,848; tom. II, pag. 171, 577, 853, 1045, 1049, etc.

* Dans le même volnme, pag. 22, il est question de tapis de la Sa-vonnerie. L'anteur de la relation d'une MascsÊnde curieuse^ aupiui magnifique des siu^iiaeHdans, présentée unjeudy gras^ lui dit, parlant des Muses : c Chacune d'elles tirant de son eosté un petit bouquet , dont les plus mîgnones fleur» formait une grosse lettre, le va poser k vos pieds, sur un tapis de la SaTonerie. »

minatîon avec les premiers , et les tapis de la Chine , que je trouve pour la première fois avec cette désignation, en 1 61 0, dans une relation du sacre et couronnement de la reine Marie de Médicis ^

Après la mort de Henri IV, sous la régence de cette princesse, on continua, dans la galerie du Louvre, à fabriquer des tapisseries de haute lisse. L'une de ces tentures, con- TapiMerie servée au garde*meuble, au milieu de bien d'autres du plus ' ^tbém^. grand prix', porte le nom dUArthénUsej et représente en plusieurs tableaux les exercices de l'éducation d*un jeune prince en présence de la reine sa mère, composition dont le sens allégorique est facile à saisir *.

Mais il est temps de m'arréter et de laisser à un plus ha- u »uin bile que moi le soin de faire connaître les vicissitudes et les de ^ràiu^ "^ transformations des manufactures de tapis et de tapisseries u^^sl^^^x^ fondées par nos rois, comrme les travaux de Marc de Comans, îî^ drê^mw^^ des François de la Planche*, des du Pont, des Lourdet, des ^SJ^^fSJ"

Poiit,Behagle, " fameux tapit-

ftien.

' Le CeretÊtonUil franf&is , tom. I**, pag. S6S.

' Voyei-en Tindication daiif les Entretient sur Ut viet et tw Us ouvnget despku etteeUent peintrèt , etc., tom. II , pag. 123 , 124.

' Collect. Fontanieu , toI. 452-453 , obserration sur une lettre de Henri IV du 7 janvier iSOS. ^^ Notice tur Por. et Us trap, det nuuiu/aeturtt,., réuniet aux Gobe^ Uns, ete.f pag.. 8 » not. 1.

* Je n'hésite pas 4 lui attribuer les tapisseries /si/cf à la Planche , qoe possédait le cardinal Ifaxarin : c Qui ne sait y dit un écrivain contemporain , que les plus bdks tapisseries de Flandre et d'Espagne, d'Italie et de France, étoient dans ses appartements? U suffît de dire que le Scipion du maréchal de SaiuuAndré, et les Actes des Apôtres de feu Lopez, juif portugais, lui étoient venus je ne saie comment. Le roi d'Espagne lui fit présent des Travaux d'Hercule , exécutés sur les dessins du Titien, et, si je ne me trompe,, tout rehaussés d*or, et don Louis de Haro hii donna une excellente tenture de tapisseries , fabrique de Bruges , représentant les douze mois de l'année , copiée avee beaucoup de soin sur les dessins d'un Flamand , élève de Raphaël.... Il a voit, outre cela, trente autres tenturts de tapisseries au moins p les unes peintes k Rome sur de la toile d'argent , les autres

Behagle*^ et autres artistes, qm les ont ëleyëes si haut dans Testime de l'Europe. J'ai annoncé qu'un ouvrage avait été entrepris dans ce but par le directeur de la manufacture des Gobelins ; j'ajouterai que j'ai vu M. A. L. Lacordaire à l'œuvre dans nos grands dépôts d'archives , où depuis [dusieurs années il recherche laborieusement ce qui se rapporte à son sujet, et que depuis ce moment j'ai cessé de regretter qu'il ne me fât pas permis de m'étendre plus longuement sur le chapitre si intéressant des tapis et des tapisseries de toute cndre sorte. M. Lacordaire, je le sais, ne doit parler que des manu*

de Touvrage de t / • t

M. Lai>ordjire. Tacturcs placccs maintenant sous sa direction ; mais j espère

qu'il ne restera pas confiné dans les limites qu'il s'est tracées^

et qu'il les franchira quelquefois, au moins en note, pour

Ricfaeue faire des excursions, soit au garde-meuble, qui renfermait,

d a garde-meuble , -, ,

de la couroDoe, a 1 cpoquc dc Louis XIV, non-seulcmeut des tapisseries exé-

des anciens b6—

tels de Paris, et cutécs pour cc roi *, mais de très-belles tentures fabriquées

des églises, en bit de tapisseries

de brocart d*or, à fleurt de velonrt de divenet conleon découpées à Milan , et appliquées sur des fonds de velours très-riches avec une grande dépense et un artifice merreîUeux ; des verdures de Flattdre en quanthé ; dea tapisseries andcpies de toute sorte, des modernes faites an LouTre^ à la Plancfae, aux GobeiiBa, » etc. Mémoires inédits Je Louis'Henri Je Loménie, comte Je Brienne^ publiés par F. Bat^ rière. Paris, Pontfaîen et O, 1828, in-8*, tom. H, di. ix, pag. $8, t4.

' Cest k lui que Ton doit la magnifique tapisserie à personnages , repréaealant quelques-unes des conquêtes de Louis XIV, que Ton voyait dans fat première anti* chambre du grand appartement à l'hAtel de Touloiiser. {Descripiwn kist, de U piUe Je Paris, etc., par feu M. Pigamol de la Force. A Paris, chei G. Desprei, M. DOC. Lxv., in-8*, tom. fil , ch. vn , quartier de Saint-Eusiache , pag. 1S9.) Le grand cabinet était orné d*une autre tapisserie de sole rehaussée d*or et d'aifeal, que M"** de Montespan avait fait faire au même artiste sur lea desMoa de Bcrain. (/^w/., pag. 261.)

* Les pins connues sont celles qtd ont éfeé dessinées par Le Bn», gimtéas par Sébastien liC Clerc , et publiées sous ce titre : Tapisseries J» Bof, «è sont npe9^ sentez les quatre elemens et tes quatre saisons Je Vannée (avec explication y psr Feli» bien). Paris, Imprimerie royale , 1670, grand iu-foKo , fig. J'en ai va une éditMMS, ou plutôt une contrefaçon hollandaise, ainsi intitulée : Tapiêêeriês dm Roy, om somt

en Flandre, soit dans les anciens hôtels de Paris, où Ton en voyait de semblables, et surtout dans les églises, encore plus riches en ce genre* Déjà dans une note intéressante de sa Notice', il nous a donné quelques détails curieux à ce sujet, Tentoir et révélé , entre autres , 1 existence , dans la grande église de de Chartres, ezé- Chartres, qui Favait reçue de Mgr. de Thou, son évéque', sins deRaphato" d'une tenture en dix pièces, admirablement exécutée en laine et en soie, d'après des dessins de Raphaël pour les loges du Vatican, représentant des traits de TAncien Testament : je ne utilité doute pas qu une recherche un peu attentive ne rendit a la rechercher le»

anciennes tapuséries.

lumière bon nombre d'autres monuments semblables , dont l'apparition ne peut être accueillie qu'avec intérêt. Déjà M. Achille Jubinal a consacré un grand ouvrage aux an- Publications ciennes tapisseries de Nancy, de Bayeux, de Dijon, de nai , l.' pârîl éî Bayard, de Valendennes, de la Chaise-Dieu, d'Aulhac et

représentez Us quatre elemeru avec les devises qui les aceompagrteni et leur explica— thn, etc. T' Amsterdam , by van deo Berge op de Heyiegewegk in den Groenen Berg, la I'* part, de 55 pages; la II* de xxxii feuillets, avec figures in*4* et grand in-folio pliées. Le français est sur une colonne, et le hollandais sur l'autre.

' Pag. i7,not.3.

* La maison de Thou était , à ce qu'il parait , riche en objets de ce genre , si l*on peut tirer une pareille induction de ce passage d*un livre certainement peu connu : c On est même bien éloigné du temps ou le conyalescent content de son médecin, et celui«cy de son malade, s^entré-railloient agréablement et obligemment dans une tapisserie, où ils estoient représentés, avec ces vers qui en estoient l'âme, » etc. On lit en n&ie : c Cette Upisserie, A peu près du temps et de la manufocture de celle de Gombaud et Macé, a passé de la famille de M« Loisel en la maison de Thon. » Reflexions , pensées et bonsmoU^ etc., par le sieur Pepino» oooK. A Paris, K.BO.^unn., tn-S*, pag. 74, 75.

Ceux qui ont lu tAfare de Molière, disons mieux, ton» ceux qui savent lire connaissent la tenture de tapisserie des amours de Gombaud et de Macé , que le Tieîl usurier Tondrait, act. U , so. i,- faire prendre à son fils pour de l'argent comptant. L'un des commentateurs du grand écrivain , Anger, avait là une excellente occasion de se taire ; mais il n'a pas sn en profiter, et en essayant d'indiquer le sujet de cette tapisserie, il s'est complètement fourvoyé.

'iU SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE d*Aix, de Beau^ais et du Louvre, de Reims et de Berne'; M. Louis Paris a fait connaître, dans tous leurs détails, celles de la viUe de Reims *; M. Henri Aucapitaine nous apprend, après Joulietton', il est vrai, l'existence de trois magnifiques tapisseries exécutées à Aubusson , sous la direction de l'infortuné Zizim, ou plutôt Djem, prisonnier à la corn* manderie de Bourganeuf ^ , tentures qui décorent aujourd'hui le grand salon de la sous-préfecture de Boussac : Aptitude vienne Touvrage que nous promet M. Lacordaûre, qui joint

prliculiere de , i i» / i. • i • i

M. Lacordaire la scicncc dc 1 érudit aux connaissances techniques, sans les-

pour le travail . i i -n i • «i

qu il prépare, quelles on ne peut entrer dans le vil du sujet; et u ne restera rien à dire sur l'industrie des tapis et des tapisseries, que je lui aurais laissée tout entière , je le répète , si j'eusse été prévenu à temps de son dessein, et si, d'ailleurs, cette industrie n'eût pas fait essentiellement partie du cadre de mon travail.

* Les anciemus Taphteriês hutariées, ou eolUetiomJes monumem* Us plus remarqum' blés de ce genre f jui nous soient restés du moyen âge, à partir du XI* siècle au xvi* îaelusivement^ etc. A Paris, 1838, deux volumes grand in-folio oblong.Voye?. encore l'art. Tapisseries, du même auteur, dans le tome U du Moyen Age et la Renaissance.

' Toiles peintes et tapisseries de la ville de fieims^ ou la mise en scène du théâtre des confrères de la Passion y etc. Paris, Mncccxun, 2 yoL in-i*, aviec atlas in^fol.

> Histoire de la Biarche et du pt^s de Cçmàraille, etc. Guéret, 181S-10, in-8% tom. l*', pag. 153.

* Notes historiques sur la pille, le château de Boussac ^ etc. Paris, Dumoulin , 1853, in*8*, pag. 15 et 16. — Itote communiquée à M. du Sommerard, conservateur du Musée de Cluny, sur les tapisseries du château de Boussac (Creuse), dans la BePUe archéologique, tom. X, pag. 175, 176.

Cette particularité, jointe à rétablissement d'une ûJi>riqae de tapisseries de hante lisse, A Constantinople, dés 1553, par un peintre d'Alost, nommé Couke [Notice sur torig. et Us trav, des Gohelins, etc., pag. 17, not. 3), et au don de tapisseries de drap d'or hbtoriées îaiten 1585 par un sultan turc à Philippe II, roi d*SspagP« (▼oyez ci^essus, tom. I*% pag. 99), montre que les Ottomans n'éuient pas si ennemis des représenutions ^^^i^^récA qu'on serait tenté de Le croire d'api^ leapreticrip* tionsdu Coran.

Maintenant, il ne me reste plus, je pense, quà donner un aperçu rapide de mon travail , et qu'à signaler les points qui pi^cèdeot! principaux que je crois être parvenu à déterminer : c'est ce que je vais faire aussi nettement que possible^ sans rentrer dans la discussion.

Les tissus de soie , unis ou rehaussés d'or et d'argent , étaient, il est presque oiseux de le dire, en usage dans l'antiquité avec d'autres étoffes moins rares peut-être, mais plus riches encore, car, s'il faut en croire Pline, il y avait jusqu'à des vêtements d'or pur sans autre matière ; mais les soieries durent toujours être plus recherchées , d'abord à cause de leur légèreté et de leur souplesse, puis en raison de leur origine lointaine et de la difficulté qu'il y avait à se les procurer. Le passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance n'étant pas encore trouvé , le comn^erce de l'Occident avec ce pays, comme avec la Chine, ne se faisait que par des caravanes, dont l'arrivée à destination était toujours fort incertaine : de là des variations énormes dans le prix des denrées qu'elles apportaient, des soieries surtout, qu'à Rome nous voyons , à de courts, intervalles , cotées à un taux fort élevé , ou très-bas.

La transformation sociale qui mit (in au monde ancien , et les calamités qui signalèrent son agonie ne portèrent qu'un tort momentané au commerce des soieries et des autres tissus de prix. Sans doute le luxe , par suite du malheur des temps , fut obligé de s'arrêter ; mais il se réfugia dans le sanctuaire , où il se développa tout à son aise à l'ombre de la religion , II. 5i

qui le prit pour auxiliaire. Déjà sous les premiers papes, les églises de Rome possédaient en vêtements sacerdotaux et en ornements de tout genre, une richesse qui n'a jamais été égalée depuis. La soie, Tor et l'argent , éclataient non-seule* ment dans les chapes, les chasubles, les mitres, les étoles et les manipules, en un mot dans les habits et dans les meubles d'église où ils sont encore employés de nos jours ; mais on les prodiguait aussi en parements d'autel , en voiles grands et petits, en tentures, en couvertures de tombeaux et jusqu'en linceuls funèbres. Les puissants du siècle ne croyaient pouvoir mieux gagner le ciel, ou donner une plus haute idée de leur opulence, qu'en faisant au cierge ou à ceux qui les approchaient, des largesses de tissus précieux, dont ils avaient toujours une quantité plus ou moins grande dans leurs trésors; et les personnes ainsi favorisées, ou conservaient la pièce de soie, de drap d'or ou d'argent, dont elles avaient été gratifiées, pour ToArir à leur tour à l'autel de quelque église, au tombeau de quelque saint, ou elles l'employaient à leur usage, lorsque leur rang, leur place auprès du souverain, leur permettaient un pareil luxe, qui semblait devoir lui être réservé.

Ces étoffes , généralement très-riches , à ce point que Ton entremêlait souvent au tissu des perles et des pierres précieuses, étaient ornées de dessins très-variés, tantôt exécutés au métier, tantôt brodés à l'aiguille. Apportées de l'Inde» de la Perse et de la Chine, elles offraient aux regards, des animaux de ces pays lointains ou des créations chimériques, des représentations humaines, des objets de fantaisie et des arabesques; une fois les Grecs en possession du moyen de produire de la soie, ce qui, au dire des historiens , eut lieu au vi* siè-

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 4t7

cle, l'oraemenlaiion des tissus de prix s'augmenta de sujets tirés du Nouveau Testament et des vies de saints, et naturellement les églises durent accorder la préférence aux étoffes exécutées sur de pareils patrons : par suite, elles eurent plus de cours sur les marchés de TOccident, où elles étaient apportées, avec les autres, par les Vénitiens et par les Juifs, et connues sous des noms qui indiquaient quelquefois leur provenance. C'est ainsi , par exemple , que si le chrjrsocla* ifum^ le blatthin ou hlatta^ le storax ou pallium storaci^ mrni^ le triblattus^ le rodinum^ le silfori^ Xexarentasma^ le diapistus ou dyapistin , le dimitum , le irimitum , Texametwn , s'annoncent d'eux-mêmes comme des étoffes grec* ques, redevables de leur nom au nombre de fils dont se composait leur tissu, ou à leur couleur, le catasamitum^ le catablatiion, le catasfittulum, sont, j'en ai la conviction, des étoffes du Cataïj ou de la Chine occidentale, ainsi désignées par les Grecs , chez qui elles arrivaient avant de venir chez nous.

A quelle époque l'industrie elle-même de la soie y fut-elfe portée en Occident ? On s'accorde généralement à dire que ce fut vers le milieu du xii* siècle, à la suite d'une heureuse expédition du roi de Sicile Roger r% sans remarquer que le fameux manteau impérial de Nurembei^ offre la preuve certaine du contraire, puisque l'inscription arabe qui s'y trouve est de l'an 528 de l'hégire, correspondant à l'année 1133-1134 de l'ère chrétienne. D'ailleurs, depuis les califes Ommiades , les souverains des principales dynasties musulmanes d'Orient et d'Occident entretenaient constamment dans leur palab un atelier de soieries pour leur usage et pour des présents. Nul doute que les rois normands de Sicile

4S8 SUR LE œMHERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

n'eussent adopte cet usage. La seule chose dont il semble que Ton puisse, en toute sûreté de conscience , faire honneur à Roger P**, c'est d'avoir émancipé Tindustrie de la soie, autrefois captive dans le palais de Palerme, et tributaire de rétranger^ et d'avoir étendu à tous ce qui était autrefois du domaine d'un seul.

De la Sicile, où de bonne heure la fabrication des soieries parait avoir atteint un assez haut degré de perfection , nous l'avons vue passer dans l'Italie continentale, d'abord à Lucques et à Venise, puis à Florence, à Milan, à Bologne, et autres villes moins considérables, dont cette industrie fonde la prospérité sur de nouvelles bases. Avec le samit, le cendal, le siglaton, le diapré, le dyaspmel ou dyaspinel, le tabis, l'escarimant , le boffu, bofu ou boufu, les baldaquins, le nac ou nachiz, et nombre d'autres tissus dont l'histoire a passé sous nos yeux , l'usage des soieries se répand dans toute l'Europe , et descend de la royauté et du sacerdoce dans les classes placées immédiatement au-dessous ^ auxquelles les lois somptuaires en permettaient Tusage, pour ne s'arrêter qu'à la bourgeoisie, qui, devenue plus riche et plus audacieuse, fera bientôt tous ses efforts pour y échapper. Autrefois maîtresses sur les marchés de l'Europe, les riches étoffes orientales se trouvent en face de rivales redoutables, et, sur un autre champ de bataille, l'Italie vaincra encore une fois les barbares. Bien plus , elle ira , armée de ses tissus , dans des contrées qui lui en fournissaient autrefois, ruiner les ateliers de soieries et assurer des débouchés à ses manufactures de draps. Dès ce moment on peut considérer l'influence commerciale de l'Orient sur l'Occident comme entièrement perdue.

Est-ce à dire qu'au xiv'' siècle, époque de la plus grande prospérité des manufactures italiennes, les produits de celles de rOrient aient cessé de se répandre chez nous? Ce serait méconnaître la loi étemelle de Thumanité et du commerce, esclaves tous les deux de l'habitude et de rinlérêt. Celui-ci prévalant sur le patriotisme , tant que les Italiens trouvèrent à gagner en vendant des étoffes d'outre-mer, ils ne manquèrent pas d'en importer en Europe, où elles furent toujours plus estimées que les autres, sans doute en raison de ce qu'elles venaient de plus loin; car je ne fais pas de doute que les fabricants ultramontains ne fussent plus habiles que leurs concurrents grecs , maures ou persans. 11 y a mieux , nos voisins, après avoir copié les dessins des Orientaux, vendaient ces contrefaçons sous des noms et des étiquettes qui abusaient Tacheteur sur la provenance réelle de la marchandise , et c'est à cette fraude que nous devons les noms de baldaquin^ de damas, de tar taire ^ àiormoisin, de léçaniinej de mousseline, de bougran, et de tant d'autres étoffes, noms empruntés à ceux des contrées lointaines, où elles étaient fabriquées dans l'origine, et d'où le marchand prétendait les tirer à grands frais et au prix de plus d'un péril. Une pareille fraude dut nécessairement arrêter les progrès de l'industrie, qui devait aussi tendre et être arrivée à pouvoir faire mieux et donner à meilleur marché que les Orientaux.

Il reste certainement assez de soieries de toutes les époques pour décider à qui , sous le premier de ces deux rapports , doit rester la palme , et l'on peut affirmer que si les anciennes étoffes de la Perse, de l'Arabie et de la Grèce, sont plus riches, plus fournies que celles de l'Italie , en général elles sont moins bien fabriquées. Quant aux différences

430 SUR LE COBIMERCE, Ul FABRICATIOli ET L'USAGE

qui existaient entre elles, .il ne m'était guère possible de les établir, et de faire autre chose que de signaler les variétés de tissus précieux , déjà en si grand nombre au ix* siècle, peut* être même plus nombreuses que dans les suivants, puisque nous avons vu réinventer de nos jours des sortes d'étoffes dont on a des échantillons dans le manuscrit de Théodulf. Mais quel nom assigner aux tissus que l'on trouve là et ail* leurs? 11 est tout aussi impossible de donner cette autre satisfaction au lecteur. Tout porte à croire que nous possédons des spécimens, plus ou moins considérables , de toutes les soieries répandues pendant le moyen âge; il n'est pas moins probable que nous avons toutes les dénominations sous lesquelles elles avaient cours; mais nous n'avons aucun moyen de rapprocher les noms des choses, les monuments des mentions qui en sont faites dans les anciens auteurs. Je le regrette amèrement; car mon travail est en partie stérile, et mon impuissance me sera plus d'une fois reprochée.

Après avoir duré assez longtemps, la lutte commerciale engagée entre l'Orient et l'Italie cessa par la victoire de ce dernier pays ; mais l'influence qu'à partir de ce moraient il exerça sur le reste de l'Europe devait avoir également un terme. Pendant deux siècles, au moins, la fabrication des soieries tentée, sur une petite échelle, dans les autres contrées, comme la France et l'Angleterre, ne donna que des résultats à peu près insignifiants. Dès le xiv^ siècle, ou fabriquait à Paris des draps de soie et de velours, el bien auparavant nos aïeules tissaient de menus ouvrages, comme rubans, aumènières et couvre-chefs de soie ; mais dénuée qu'elle était de matière première , obligée de la tirer à grands frais de rétranger, cette industrie ne pouvait se développer et faire

une concurrence sérieuse aux étofies qui nous en venaient, et qui se présentaient à l'acheteur avec le double prestige de la provenance lointaine et du bon marché. Planter des mûriers et produire soi-même de la soie y c'était à n'y pas songer, notre pays n'y paraissant alors point propre. C'est cependant par lui que la fabrication des étoffes de soie allait se répandre dans le reste de l'Europe.

En effet, vers 1 274, Grégoire X ayant obtenu de Philippe le Hardi la cession du comté Yenaissin , destiné à remplacer Rome comme résidence des souverains pontifes , il fait planter des mûriers dans son nouveau domaine, et venir de Sicile, de Naples et de Lucques, des fileurs et des tisserands. Soutenue par une aussi puissante main, l'industrie naissante marche à grands pas sur les traces de ses aînées , et bientôt elle n'a plus rien à leur envier. On citait les étoffes façonnées, les damas d'Avignon , à l'égal des plus belles soieries d'Italie , et les brodeurs de cette ville recevaient des commandes de nos souverains. Nous ne sommes pas encore en France, il est vrai; mais nous allons y arriver. Les Nimois, en eflet, ne tardent pas à emprunter aux Avignounais leurs procédés et leurs manufactures , et se placent entre eux et les Lyonnais , qui de leur côté revendiquent l'honneur d'élre considérés comme les descendants immédiats des créateurs de l'industrie de la soie en France. Par malheur, ils ne donnent aucune preuve à l'appui de leur prétention.

Ils sont beaucoup plus fondés à réduire à néant celle qu'a Tours d'avoir été la première ville où l'un de nos rois établit des fabriques de soieries. Quatre ans avant la naissance de celle de Tours , son auteur en créait une à Lyon , en dépit des oppositions combinées des Lyonnais, forcés de concourir

aux frais du nouvel établissement, et des Italiens dont il menaçait le commerce. Une fois la grande fabrique lyonnaise fondée, Louis XI , retiré dans la Touraine, semble s'occuper plus particulièrement de ce qui pouvait donner du lustre et de la prospérité à la capitale de cette province; il y fait venir des ouvriers d'Italie et de Grèce, et les met en état d'y fabriquer les mêmes éloffes que jusque-là ces pays étaient en possession de nous fournir; mais les commencements de cette nouvelle manufacture sont peut-être encore plus pénibles qu'à L\on, et elle finit par succomber, malgré les encouragements de Charles VIll. Il fallut, pour la ranimer, que Jacques de Beaune , seigneur de Semblançay, « feist venir d'Italie les ouvriers et la soye , le tout de sa libéralité , et à ses frais et despens. »

La reine Catherine de Médicis, aussi désireuse d'enrichir Orléans que Louis XI l'avait été de favoriser Tours, songe à monter dans la première de ces deux villes des ateliers de soieries. Elle consacre à cet établissement des sommes considérables, mais eu pure perte; car il ne tarde pas à succomber sous les coups de la jalousie des étrangers, qui s'opposaient de toutes leurs forces à la réalisation des vues patriotiques de nos rois.

Après Tours et Orléans, il nous faut parler de Rouen comme ayant tenté de s'approprier l'industrie de la soie. Un document, dont nous n'avons eu connaissance que trop tard, prouve qu'elle y existait en 1531, c'est-à-dire sous le règne de François l*'; mais, comme le fait judicieusement observer M. André Pollier, auquel nous devons cette révélation , on peut induire des termes dans lesquels ce document est conçu, et du nombre des ouvriers que la fabrication des soieries

occupait alors à Rouen , que rétablissement de ces derniers pouvait être antérieur d'un assez grand nombre d'années , et remonter presque au commencement du xvi* siècle*.

Au nombre des faits mémorables qui en marquent la fm , il ne faut pas manquer de compter la fondation y à Paris et ailleurs, de manufactures de toute espèce , surtout de soieries, comme le rétablissement des fabriques qui avaient croulé pendant les guerres civiles. Henri IV, qui venait de ruiner, par sa victoire sur la Ligue , Tinfluence espagnole en France , conçoit le dessein de porter un nouveau coup à la maison d'Autriche , en arrêtant le courant de numéraire qui sortait du royaume pour aller s'engoufirer dans les villes manufacturières d'Espagne, de Flandre et d'Italie. Défendre Tusage des étofles de soie, des draps d'or et d'argent^ était une mesui^e de plus en plus impuissante contre le goût du luxe et d'élégance qui caractérise la nation ; Henri IV fait mieux : confiant dans le climat et dans le génie de la France, il leur demande ce que ses sujets étaient habitués à demander à l'étranger. En vain Sully, son sage ministre , veut le détourner d'une entreprise qui lui semble insensée ; en vain les marchands étrangers et leurs facteurs se liguent pour opposer des obstacles aux efforts du roi; secondé par des hommes comme Barthélemi de Laflemas et Olivier de Serres,

* Stw rÈiMisêement deêfahnqmet de soieries en France ^ & la suite de YÉtahUsse" mentf dans la piUe de Rouen, des fahrieatUs d^ étoffes de soie, de draps ^or et d'or-gent^ etc., en 1531, statuts et règlemens de la communauté, publ. par André Pottier. Rouen, E. le Grand, 1838, m->8*, de 16-8 pages. A la page 7 du second des deux morceaux , il est fait mention d'une intéressante notice de M. Floqnet, yitî« tulée : Établissement à Rouen, en 1604, d'une manufacture de soieries, favorisée par Henri /F.

il sort encore yictorieux de cette nouvelle ligue, et partout où le mûrier peut croître et prospérer, il s'élève avec des ateliers , où la soie est mise en œuvre par des ouvriers italiens et flamands , en attendant que les apprentis français , formés à leur école, soient assez habiles pour les remplacer. A partir de ce moment, on peut croire l'industrie définitivement implantée dans notre pays. Mais, hélaal le moment n^était pas encore venu, et quelques années à peine s'étaient écoulées depuis l'établissement des manufactures élevées à si grands frais par Henri IV, qu'il n'en restait plus rien. Je me trompe : il restait les leçons d'une expérience chèrement acquise, et un exemple à suivre. On sait comment Colbert s'en acquitta.

Après ce résumé de l'histoire de l'industrie de la soie en France, je pourrais me dispenser de la faire à l'étranger; car elle y est presque la même , et généralement les étoffes y avaient cours sous les mêmes dénominations accommodées au génie de la langue du pays, y étâdent employées aiu mêmes usages; mais je dois rappeler que la provenance en était différente. Ainsi, pendant que la France et l'Angleterre, délaissant les produits des manufactures orientales, étaient approvisionnées par l'Italie, l'Espagne et les Pays-Bas, la Russie et en général les pays slaves recevaient surtout leurs soieries, leurs étoffes d'or et d'argent, de la Perse et de la Turquie , dont les produits pénétraient jusque sur les marchés de l'Allemagne concurremment avec les articles des fabriques de l'Occident.

Encore un mot avant de passer à la broderie et aux tapisseries, que j'ai fait entrer dans le cadre de ces Recherches; il a pour but de montrer un nouvel horizon, qu'elles édai-

rent d'une lumière, sinon nouyelle, du moins plus yive qu'auparavant, et le lien qui les rattache plus étroitement aux origines de Fart moderne.

Si le commerce de la soie est éminemment utile à étudier pour la connaissance des rapports entre le Levant et l'Europe pendant le moyen âge, et des mœurs à cette époque , les soieries eUe&-mémes offrent un champ fertile à qui veut se rendre compte de l'origine et des progrès du dessin d'ornementation en Occident. Pour moi, il est évident qu'il nous est arrivé d'Orient avec les étoffes de l'Inde, de la Chine, de la Perse et de la Grèce, que nos artistes imitaient, non-seulement sur les murs des édifices religieux et civils, qui rappelaient ainsi les tentures dont ils étaient autrefois revêtus, mais jusque dans les menus détails des constructions et dans les ouvrages d'orfèvrerie et les émaux. Les inscrip* tions arabes tracées sur les tissus venant des pays musulmans devinrent elles-mêmes, sous le pinceau de nos peintres et de nos miniaturistes, des arabesques. Je vais plus loin : les figures d'armoiries, bien entendu les figures primitives, comme le lion, l'aigle, le griffon, nous sont venues d'outremer par les étoffes dont ces représentations formaient l'ornement le plus ordinaire. Une fois entré dans la carrière avec un certain costume, un baron ne pouvait pour ainsi dire plus en changer, sous peine de voir son autorité, sa vie même souvent compromise : dans la mêlée et à distance, plus encore qu'ailleurs, l'habit fait l'homme. Pour lui donner jJus d'ampleur, on reproduisit sur Técu Pomementation de la cotte d'armes, après avoir commencé par le recouvrir d'un morceau de la même étoffe , ce qui était plus facfle , plus flatteur à l'œil , et moins coâteux que de le faire peindre par

un imagier^ à une époque où ces artistes étaient peu habiles, surtout moins nombreux que les étoffes qu'ils trowaient plus commode de copier. Avec plus de faits à Tappui, cette opinion , que je soumets aux savants , n'aurait pas tardé si longtemps à leur être présentée.

Broderie. Ou nc pcut quc se ranger à l'avis de M. de Laborde sur la

place considérable qui revient à la broderie parmi les arts du dessin, en voyant en quelle estime elle était autrefois. Pendant tout le moyen âge, les brodeurs, considérés à Tégal des peintres, et travaillant souvent sur des cartons dressés par eux, leur disputaient la faveur de l'Église et de la royauté ; mais aussi il faut lire, je ne dis pas seulement dans les romans de chevalerie, mais dans les anciens comptes, dans les vieux inventaires , le détail des merveilles enfantées par Tart du brodeur et par l'aiguille de nos aïeules. C'est à ce point qu'elles peignaient souvent ainsi des portraits d'après nature. Avec le luxe qui régnait dans les églises et dans les camps, à la cour comme dans les châteaux, et grâce à la vie calme et monotone des femmes d'autrefois, la broderie dut atteindre mi haut degré de perfection , autaut toutefois que le permettait la coimaissance incomplète du dessin qui caractérise l'époque. De même que pour la peinture et la sculpture, il y eut de bonne heure pour la broderie diverses écoles, dont tous les rédacteurs d'inventaires savaient parfaitement distinguer les œuvres : l'école orientale, sans doute la première de toutes, car on pourrait la faire remonter jusqu'aux temps bibliques; l'école anglaise, dont les produits sont mentionnés avec honneur à toutes les époques du moyen âge; l'école italienne, dont il est surtout question à la fin de cette période; Sans doute on rencontre bien encore des indications

de broderies françaises, et à partir du xiv* siècle on dresse^ rait plus facilement un catalogue de nos brodeurs que de nos peintres ; mais si les premiers eurent une manière à eux, elle fut moins remarquée que celle des Orientaux , des Anglais et des Italiens , dont ils finirent par mettre les procédés en œu^re. On est du moins fondé à le penser en voyant le nombre et le succès des ouvrages didactiques publiés au xvi* siècle pour rinstruction de nos brodeurs, qui purent ainsi pénétrer dans tous les secrets de la science de pourtraicture^ façon arabique et italique. La plupart de ces ouvrages, de* venus aujourd'hui d'une rareté insigne, ont pour auteurs des Italiens; un seul est attribué à un Anglais. On voit aussi figurer parmi ces écrivains deux religieux; mais il n'y a pas à s'en étonner, la broderie étant surtout employée à parer les vêtements d'église, qui ont conservé le plus fidèlement l'empreinte du talent des brodeurs d'autrefois.

C'est là que l'on peut voir également des échantillons des Denteii«*. plus anciennes dentelles. Dans le principe, elles étaient d'or et d'argent; mais au xvi* siècle, on songea à surpasser la richesse par le travail , et l'on substitua le lin aux métaux. Les premières dentelles de fil étaient assez grossières et ne servaient guère qu'à décorer les vêtements et les meubles d'église, que le public voit généralement à distance; mais bientôt les hautes classes de la société ayant adopté cet ornement pour leur costume, la fabrication des dentelles prit une grande extension, et, sans cesser d'être pratiquée en Flandre, où elle parait avoir pris naissance, elle passa en France et s'y établit, d^abord à Paris, puis en Normandie, où elle est toujours en honneur.

C'est encore en Flandre qu'il faut placer le berceau de Tapitsenes.

l'art du tapissier de haute lisse. Sans doute bien avant qu'il fût question de ce pays, bien avant le moyen âge, <m fabriquait des tapisseries; dès l'antiquité , Babylone et la Perse étaient célèbres pour ces sortes de tissus ; mais, selon toute probabilité, les figures qui s y trouvaient représentées étaient de petite dimension et à teintes plates. J'en dirai tout autant des tapisseries fabriquées à Poitiers et à Saumur dans le xf siècle, et de celles dont il est fait mention au xm*, par Tauteur du Roman de Blancandin. En cela consiste la principale différence à signaler entre les tentures de Flandre et celles que Ton connaissait auparavant. La fabrication ne tarde pas à y atteindre un si haut degré de perfection^ qne, de toutes les parties de l'Europe, les tapissiers flamands, surtout ceux d'Ârras, sont mis en réquisition poor exécuter, d'après les cartons des plus grands artistes , des tapisseries destinées aux églises les plus riches, aux palais les plus somptueux. Quand on songe au prix des matières employées à ces traductions, souvent exécutées en soie avec des rehauts d'or et d'argent, on ne s'étonne plus de l'énormité des sommes que coùtaimit certaines de ces tapisseries.

François P, qui s'était mis dans le cas d'en fiûre l'expérience, cooçcHt le dessin de fonder un atdier de tentures de haute lisse dans le château de Fontainebleau , ou il avait réuni un si grand nombre d'artistes de mérite. Il met plusieurs d'entre eux à contribution pour avoir des dessins, et les fait exécuter par les maîtres tapissiers vemis, à son appel, de Flandre et d'Italie. Non content de conserver l'établissenaent de son prédécesseur, Henri II en monte un autre à Paris, à l'hôpital de la Trinité, et il sort de cette école d'habiles artisans, comme du Bourg, auquel les tapisseries de

Saint-Merry firent le^plus grand honneur. Elles le méritaient bien , s*il est yrai qu*«lles aient inspiré à Henri IV Tidée de comprendre les fabriques de tapisseries de haute lisse parmi les manufactures, ruinées par les guerres, qu'il avait résolu de rétablir. Au nombre de ces manu&ctures on peut compter les ateliers de toutes sortes de tapisseries façon de Flandre , dont la fondation avait été décidée à Moulins en Bourbon* nais y sous Tun des règnes précédents.

Henri IV commence à s'entendre avec Laurent , excellent tapissier, et l'établit en 1597 dans la maison professe des Jésuites, fermée depuis l'expulsion de ces religieux, puis dans la galerie du Louvre, après leur rappel. Dans cet intervalle , l'auteur des fameuses tapisseries de Saint-Merry, du Bourg, lui avait été associé. Quelques années plus tard, nous voyons l'habile artisan de la Trinité à la télé d'un autre établissement fondé par le roi au faubourg Saint-Marceau dans la maison des Gobelins, ce qui permet de faire remonter jusqu'à Henri lY le commencement de la fameuse manufacture d'où il est sorti tant de chefs-d'œuvre.

A cette époque on n'y fabriquait pas , comme à présent , des tapis façon de Turquie , dont l'usage était alors fort répandu : le roi porte également son attention de ce côté^ et prête l'oreille aux propositions d'un certain Jean Portier, qui s'était présenté devant la commission consultative du commerce et des manufactures nouvellement créée, avec des assurances et des échantillons dont elle avait été satisfaite comme le roi. IV^.ilgré tout, ce n'est pas Jean Portier, mais bien Pierre du i'ont, autre tapissier en tapb façon du Levant , que nous voyons établi dans les galeries du Louvre ; lui-même nous apprend ce qu'il y fit et comment il y vint.

440 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE, etc.

Nous renvoyons donc à son livre pour ce qui le touche, comme à celui que prépare le directeur actuel des manufoctures de tapisseries et de tapis réunies aux Gobelins , pour l'histoire de ces établissements , qui ne tiennent que par un point à notre sujet. Ayant adopté un cadre qui comprenait les riches tentures de soie avec ou sans rehauts d'or et d'argent, j'ai dû parler de cette sorte de tissus; mais si je n'ai fait qu'effleurer la matière, c'est que je savais bien qu'après moi viendrait un homme autrement compétent que je ne le suis, et capable de l'épuiser.

I^ tome I*' de cet ouvrage a paru en avril 1852, et n'a été donne qu'à un petit nombre de personnes, étrangères, pour la plupart , à la presse périodique : il était donc naturel de penser qu'elle ne s'occuperait point d'un travail que son étendue et la nature des recherches dont il se compose ne recommandent guère qu'aux érudits. Cependant, peu de temps après la publication de ce volume, il fut signalé à l'attention du public dans le Constitutionnel^ t Illustration^ le Courrier de Lyon , la JReuue archéologique , la Ret^ue des Deux- Mondes ^ la Bibliothèque de F École des Chartes^ la Bibliothèque de Genès^e^ etc., et analysé par des hommes dont l'autorité est trop considérable pour que je cherche , en la déclinant , à échapper aux critiques dont mon travail a été l'objet. Je les constate; mais ne les accepterai toutes que si elles sont ratifiées par le public savant, qu'il est de mon devoir de faire juge entre mes censeurs et moi.

L'article du Constitutionnel^ dont je parlais tout à l'heure, a pour auteur M. C. Defrémer}', et il a paru dans le n® du 26 octobre 1852. Après avoir signalé le tome T' des Bêcherches sur les étoffes de soie y etc. , à l'attention de l'artiste et de l'antiquaire , de l'historien et de l'économiste , et fait remarquer qu'un pareil sujet exigeait des investigations étendues et des connaissances fort variées, après avoir enfin II. 56

présenté un aperçu du livre, le critique , s'arrétant à ce que j'ai dit d'Alexandrie , pag. 279, s'exprime ainsi :

L'auteur aurait pu rapprocher des paroles de Sanuto un passage dii célèbre polygraphe arabe Makrizy, qui a été publié et traduit par M. Reinhart DozY^y et où Ton voit qu'il existait au Caire un marché appelé le. marché des vendeurs de draps, et qui était destiné à la vente du drap que Ton tirait du pays des Francs, pour en faire des matelas, des rideaux et des housses de chevaux. Les principales étoffes introduites en Egypte et dans le Levant par les marchands européens étaient de provenance vénitienne, comme l'atteste le nom de bondokif, ou mieux bénédikiXy que leur donnent Makrizy et un autre écrivain ai*abe plus récent*.

Une autre ville bien célèbre au moyen âge par ses métiers à tisser, c'était celle d'Almeria , aujourd'hui si appauvrie : <« Othon de Friesingen , dit M. Fr .-Michel, rapportant, en ii 54, l'arrivée d'une ambassade génoise à la cour de Frédéric Barberousse , parie du sac récent de deux villes notables d'Espagne, Almeria et Lisbonne, fameuses par leurs manufactures de soieries.. . Mais PAlmeria nommée par Othon est-elle bien la ville du royaume de Grenade? A voir la distance qui la sépare de Lisbonne, il est permis d'en douter et de penser qu'à l'exemple de Henri de Huntingdon, l'historien de Frédéric I*' a voulu parler d'Almada , village situé en face de la capitale du Portugal, de l'autre côté du Tage, et dont le nom est correctement donné par Roger de Hoveden. » Je ne saurais partager l'opinion de M. Fr .-Michel relativement à la confusion faite par Othon de Friesingen , entre Almeria et Almada. Nous savons, par des historiens arabes, qu' Almeria fut prise par les chrétiens d'Espagne, le vendredi 17 octobre H 47. Dans cette expédition, le roi de Castille et de Léon , Alphonse VIII, eut pour auxiliaires, outre le comte de Barcelone, prince d'Aragon, des marins génois, ainsi que c'était l'usage des princes chrétiens de l'Espagne depuis

' Dictionnaire détaillé des noms des vêtements che2 Us Arabes^ pag. 1S7-131.

• Voyei la Chrestomathie arabe de Silvestre de Sacy, seconde édition, tom. II, pag. 52, 83, et tom. !•% pag. 88. Cf. XHvst, des sultans mandouks , etc., tom 11, I'* partie, pag. 81 .

le temps d'Alphonse VI'. Je crois donc que dans le passage d'Othon de Frlesingen» cité par M. Michel , il est question de la prise d'Almeria par les Castillans et les Aragonais unis aux Génois , et que l'auteur a eu tort de ne pas établir de distinction entre ce fait d'armes et la prise de Lisbonne par Alphonse I*^, roi de Portugal , aidé par des croisés allemands , anglais et flamands.

Une autre variété de pailes était celle des pailes madians^ dont était faite la tmte de Corbaran (Kerbogha), d'après le trouvère Graindor, de Douai. M. Michel fait venir ce mot du nom de « la ville de Médéah , que les écrivains du moyen âge nomment Madia, et dont les hatntauts étaient désignés sous le nom de Madianit», » On voit que notre auteur a confondu Médéah ( £1-Médiyah ) , en Algérie, avec la célèbre ville d'El-Mahdiyab , dans la régence de Tunis , dont il est si souvent question chez les chroniqueurs du moyen âge, soit sous le nom ^Almadia^ soit sous celui à^Africa^ qu'elle empruntait à la province dont elle était la capitale ( l' Afrikiyah des Arabes, ou royaume de Tunis). « On fabriquait à Biahdiyah, dit un géographe arabe-sicilien , des tissus très-fins et très-beaux , connus sous le nom de tissus de Mahdiyah, et dont il se faisait en tout temps une exportation considérable; car ces tissus étaient inimitables sous tous les rapports*. » Mahdiyah ou Afrika fut prise> le 21 janvier li60, sur le roi de Sicile Guillaume P', par le souverain almohade Ahd-el-Moumin. M. Michel cite (pag. 360, not. 2} un inventaire des meubles de l'église d' Afrika, transportés en Sicile vers |160; mais il n'a pas cherché à déterminer quelle était cette ville d' Afrika.

Je crois, cependant, l'avoir fait, pag. 366, en note, avec cette diflerence que je ne me suis point arrêté à établir la synonymie de Madiali et d^Âfrica , en quoi j'ai eu tort. Mais laissons parler M. Defrémery^ que j'ai intei rompu :

Un de nos trouvères mentionne maint paile souvin, M. Michel suppose

* Cf. Dozy^ Heefterckes sur Vhîttoire politique et littéraire de C Espagne au moyen âge, tom. !•% pag. 503» 504 et 507.

* Géographie d'Edriû, traduite par M. Am'. Jambert, tom. I**, pag. 358.

que souvin^ employé comme épitfaète de paile, a la même origine que ciifranum^ qu'on lit dans une chronique, et que tous deux viennent de Sabdn^ nom d'un endroit proche de Bagdad, où l'on confectionnait des izarsy grands voiles dont les femmes en Orient se couvrent tout le corps ; mais cibanum , de même que l'arabe sabaniet , est d'origine grecque et vient de sabanon , en latin sabanum , toile rude pour s'essuyer au sortir du bain , frottoir, M. Fr.-Michel est d'avis qu'il fiiut traduire cibanum par cafetan; mais je préférerais y voir le chach , ou pièce d'étoffe , le plus souvent de mousseline, que l'on roule autonr de la calotte du turtum. Le passage de Raoul de Coggeshale signifierait donc : « Celui qui consentira à renier le Fils de Dieu, recevra de Saladin un chach de soie et un cherhouch (en latin sarbuissinum ^ nom d'une sorte de bonnet) brodé d'or. ^

Mieux avisé y je crois aujourd'hui que je me suis trompé en attribuant à saui^in la même origine qu'à cibanum : le mot employé par Tauteur du Roman d^Auhery le Bourgoing, ne viendrait-il pas plutôt de suavis^ doux *?

M. Defrémery termine ainsi son article :

J'ai signalé et discuté quelques-uns des principaux résultats des laborieuses recherches de M. Fr.-Michel; mais ce dont il m'est to^jit à fait impossible de donner une juste idée, c'est la richesse, et je serais tenté dé dire , la prodigalité de son érudition. L'auteur s'est cru obligé de transcrire tous les textes qui sont venus à sa connaissance, sans en excepter même les moins précis et les moins concluiints : il s'ensuit que son livre peut paraître quelquefois un peu long, et que l'on a peine à suivre la marche de l'écrivain au milieu de cet immense cortège de citations en toutes langues. Il serait injuste , pourtant , de prétendre condamner absolument la méthode de M. Fr.-Michel avant l'achèvement de son ouvrage.

' Je me demande aussi quelle est Tétymologie de souvandiers^ que l'on rencontre comme épithète de paUu, dans les Archives administratives de la ville de Reims, publiées par M. Varin, tom. II, i" partie, pag. 560, en note, col. 2, lig. 3. S'il faut en croire l'éditeur, le pain souvendUr était du pain bis-bknc. Voyez les Archives législatives de la même ville, r* partie, coatumes, pag. 723, en note, col. 2.

La partie de ce travail que nous avons sous les yeux , aura mis dans la circulation une foule de faits nouveaux ou mal connus, etc.

De même, M. J. G. Durand, architecte et archéologue distingué de Bordeaux , qui a rendu compte du tome V" des Recherches sur tes étoffes de soie dans le Courrier de Lyon , n^ du 22 octobre 1 852 , s'exprime ainsi en finissant :

Cest une œuvre tout à fait hors ligne que celle de M. Francisque-Michel : pour l'accomplir, il a fallu une vaste érudition, d'immenses recherches, un travail opiniâtre et du bonheur. Uauteur est loin, assurément, dé résoudre toutes les questions qu'il traite, et souvent une dissertation lumineuse ne le mène qu'au doute; mais on ne saurait le lui reprocher, car il est des problèmes insolubles , et dans ce nombre il en faut compter beaucoup relatifs aux anciennes étoffes. Peu d'entre elles sont parvenues jusqu'à nous, et encore flétries et limées par le temps, elles ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles étaient en leur état normal ; en outre , les descriptions des écrivains, nécessairement insuffisantes, sont souvent peu intelligibles, ou même contradictoires. Enfin, les documents purement historiques qui traitent de l'origine des tissus ou des progrès de l'industrie qui leur est relative , ces documents , disons-nous , sont tout aussi défectueux que les autres.

Ce 'livre se compose nécessairement d'un nombre fort grand d'articles divers et isolés, qui ont dû être coordonnés pour en tirer les conséquences : or, l'ordre dans lequel ils ont été classés semble ne pas être à l'abri de tout reproche , et l'on ne retrouve pas partout cette marche sûre et ferme qui tend sans cesse vers un but unique, sans jamais dévier de la ligne droite; mais ici, comme précédemment, une explication se présente d'elle-même. Beaucoup des nombreux détails de l'ensemble devaient nécessairement être discutés sous plusieurs faces , et dès lors il était au moins difficile d'éviter à la fois le reproche que nous adressons ici à l'auteur, ou recueil , beaucoup plus dangereux, de redites fréquentes et fâcheuses.

L'ouvrage qui nous occupe , contenant une immense quantité de faits et d'observations utiles, la lëCtufe en esmécessairement laborieuse, et il en est de même pour toutes les œuvres graves. Cet inconvénient, si c'en est

446 ADDIIIONS ET œRREGTIONS.

un y résulte nécessairement de la nature du si^et, et il sera atténué autant que cela est possible, par la table analytique des matières, qui partttra avec le deuxième volume, actuellement sous presse.

Laissant de côté ce qu'il y a de flatteur dans les lignes qui précèdent, je ne veux m'attacher qu'à la critique qui les domine. Mes censeurs affirment que mon livre, surchargé de citations en toutes langues , est d'une lecture pénible : je suis tout prêt à en convenir; mais il faut considérer que ce sont des recherches à l'usage des savants, et non une histoire destinée aux gens du monde. Or les savants, gens sceptiques de leur nature , ne se décident à croire que sur bons gages. Ceux que je leur présente sont, j'ose le dire, de la meilleure espèce ; et si de nos jours, comme au temps de Montaigne, « tel allègue Platon et Homère, qui ne les veid oncques', » je puis assurer que je n'ai cité aucun auteur^ aucun document de seconde main. Pour cela, il m'a faiUu prendre des peines infinies , acheter des livres , entamer et suivre de nombreuses correspondances , souvent même me déplacer, au grand détriment de ma bourse et de ma santé plus pauvre encore. Est-ce à dire que mon ouvrage soit exempt de défauts? Non sans doute; mais, tel qu'il est, je doute qu'un autre eût pu l'exécuter au fond d'une province reculée , comme celle où me retiennent des devoirs et l^s dures nécessités de la vie. Ces explications^ je l'espère, désarmeront la critique , et me dispenseront de signaler la contradiction dans laquelle elle tombe , quand elle accuse mon livre de longueur après m'avoir reproché de ne pas m'étre appesanti sur un point étranger à mon sujet.

■ Essais^ liv. m, cfaap. xii.

J'aurais bien autrement encouru les rigueurs de mes juges , si j'eusse cédé à la tentation d'employer toutes les notes que j'ai recueillies sur l'industrie des tissus au moyen Age et sur des objets du même genre; c'est pour le coup que j'aurais été renvoyé de l'autre côté du Rhin , parmi ces érudits qui passent laborieusement leur vie à remplir leurs cartons pour en former ensuite, en les vidant, des volumes in-A"" ou in-8'', que le public trouve bien lourds. Au temps où d'épais in-folio ne semblaient pas trop pesants, le savant William Camden ne pouvant se résoudre à perdre les renseignements qu'il avait recueillis pour la composition de son ouvrage sur la Grande-Bretagne, mais dont il n'avait pas fait emploi, prit le parti de les donner au public sous le titre de Remains of a greater Work : autorisé par cet exemple, je consignerai à la fin de ce livre, comme dans un arrière-magasin fermé à tout autre qu'aux curieux, les textes et les indications auxquels je n'ai pu donner place dans le cours de mon travail, ou qui me sont survenus pendant qu'il était sous presse ^ En même temps je signalerai les erreurs que j'ai reconnues : j'irai ainsi au-devant de la critique, je la rendrai plus facile et surtout moins longue : tout le monde y gagnera.

* Je saisis cette occasion pour adresser ici mes remercîments aux'personnes qui, pensant qn^un bon renseignement ne fait jamais longueur , ont cru devoir ajouter encore à mon exubérance par plusieurs indications précieuses qui m'avaient échappé , ou qui ont bien voulu répondre à mes demandes avec la grâce la plus obligeante. Je citerai surtout avec reconnaissance M. Quantin, archiviste du département de l'Yonne, et M. Rédet, archiviste du département de la Vienne; MM. Edouard Foumier et Anatole de Montaiglon^ connus tous les deux par leurs connaissances variées et par la manière agréable dont ils les présentent au public.

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