‹ Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, et autres tissues précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen âgeChapitre 3 sur 38 · Boogran · texte numérisé non relu

Boogran

étaient rangées, au moyen âge , au nombre des tissus précieux. Par exemple , Tune d'elles , le bougran , est rarement nommée par nos anciens écrivains sans une épithète qui témoigne du haut prix que nos ancêtres y attachaient :

L'anfant a pris la dame au cors vaillant , Si Tenvoslespe an .i. chier boquenuit',

lÀ BomoM <U Raoul de Cambraiy eonpl. IT, pag. 4.

Enselés fii Broiefort maintenant.

Un frain li misent à or arabiant^ Et se V covrirent d^un rice bogerant; \ Mult estoit biaus et chier et avenant,

liement ont le destri^ enselc ; Un frain à or li ont el cief posé Et.bien covert d'un paile à or fresé.

La Chevalerie Ogier dé VaHemmreke , \am. II, pag. 449, T. 10680.

Le braz saint Jorge lor vet à toc mostront» Envolepé ea un chier bogueranu

Le Roman d'Agolant , dté par Bekker à la suite de celaî de FierabnUf pag. 4 85, col. 2.

rillottoft et pellardas. . . omnes de panno laniB tantum, et aliqnos de serico et veluto. QuK indumenta constant a florenis %%. auri usque in xxx. "n Rer. It. Script. ^ col. 580, D; Ant. It., coL 310, £.

' « Rex Rnntus : «... a principio jejunii quadragesimalis lineo , non bomby- « cino indusio utor, tunica coccina, non porpurea... Olatos vero indusiom gerit a bombycinum tonicamque purpuream... » Episcopus contra : a Verum quidem K est, domine, quod Olavus indusio utitur bombycino; sub indusio antem cili- « cium gerit , » etc. CoUoqmum Cnuti régis et Sigurdi episcopi , inter Additainenta HJstorisB régis Olavi sancti, Hafniœ, 1833, in-8**^ pars poster., pag. 167, 168.

• Plo» loin, couplet xir^pag. 15, on lit yermel bougeront] comme dans la Chevalerie Ogier, lom. I**, pag. 32, ▼. 754.

30 SUR ilf; COMMERCE, lA FAMUCilSaV ITT L*4JfiAGE

lÀ Bichon soatd'yvcire-fiB et^cferct luisant, De bestez et de oiseans OTrée estincelant. .. fit U sambue fu d'un rice boi^rant , À rices bendes d'or k terre traînant.

Roman ée Carim de Hfongtam^, Ma. de U TalU«re a" 178 , M. 4» t«fM , «oL t » ▼. SI . Toye* «Mon M, 449 ww, col. I» ▼. 0.

Bougemmi Quelquefoî» autsi Ton employait bougeront conume^jec-

«djectif. tif , et alors on 1 associait au nom d un vêtement ou a une étofTe :

Quant il fn desarméft , la bêle TaluUa D'un mantel hougeran , d'ermine pêne i a.

RamoM tU Carin ie Momglame^ fol. 31 Tcno, col. I , t. 30.

Ricement fu vestne d'un otndal bon§e»mnt,

Ihid., fol. «6 racM», «ol. s, w. 4.

Usage Le bougran, quel qu'il fût, ëtait employa, pendant le

moyen âge , aux mêmes usages que les tissus les plus précieux. Jean de Joinville rapportant l'entrevue qu'eut à Acre saint Louis avec les envoyés d'un célèbre émir, nous en montre un n qui tenoH un bouqtteran entorteiUé entour son bras, que il eust aussi présenté au roy pour li ensevelir, se il eust refusée la requeste au vieil de la Montaigne '. » Boapui peint Lc bougrau , Ordinairement monochrome, surtout quand il était destiné à servir de doublure *, était peint , c'est-àdire , à ce que je suppose , imprimé, quand il devait figurer sur un meuble ou servir de vêtement de dessus ; du mcrins je trouve dans l'inventaire de Charles V une « coulte-pointe

« HUt, de S. Louù, édit. du Louvre, pag. W, 95. LWheur traduit en mwge bouûueran imt pièce de toile de coton tris-fine.

' Journ, de la dép, du roi Jean en Anglet. , dans le» Comptes de l'argent. , pag. 230.

DES ËTWFIS DE SOIE» D'OR ET lyABfidBHT.

de bottgian bknche poiiifeéefaîni- meniieamÉ ei à pluaîeurs bestes de poincture de mesmes<\ »

Ces dladoDS, auxqueUefi^ il faut JPwdire.œU^ qm du Gange Dicréraice a données sous Yutàide^Bûquemmnityy Buearanunt, Buchi- t^oià^^M ranum ', prouvent jusqu'à l^évidence que le bougran des *°^**" xji' et xni* siècles était loin de ressembler à rétoffe grossière, forte et gommée, que Ton entend aujourdliui par ce mot, à moins que l'on n'attribue à boquerànt^ boguerant , le sens général di étoffe, que présente aussi quelquefois le mot serpillière '• Dans le siècle suivant, le bougran ne faisait déjà plus partie des tissus précieux, puisqu'il était employé' pour des vêtements de dessous *: A la bataitte de^ Gocherel , Roland du Bois , répondant à un défi porté par un écuyer ennemi,

Contre l'Angloîs gascoin fu tellement joustans ,

Que escu et haubergon lui fu oultre persans

Et TauquetôD ausî qui fb de bouguertifts.

Chronique de Bertrami du GuescUn^ tom. I*', ptc. 470 , eu note , col. \ .

Hoquetons de bongran.

* Ms. S356, fi>l. in*, xxmi verso, n* 3881.

* Voyez encore dans le Dictionnaire de Ménage, édit. de Jault, tom. 1", pag» ttS> ool. i» Vtati Bouquerûn on Bam^umamt,

* Roû, tant boDS cbffalMB teoit iev en ea«fif» Et ol or et argent et riche sarpiliere.

lÀ Romtmt ^JlixandM, pag. 641 , t.- 3.

^ Il l'était peut-^re dès le xn* sièele, oomme''po«itfpait le faire etoire ce passage d*im roioan de répoquje :

.J. ooort bliaat de bouguerani.

Tel eomme il oonrient à armer, A feC devant loi aporter.

Roman de Percevais Bis» toppL fir. 9t.430v Mv S^Mctoi, ool. a, T. 95.

Mais CD conscience, le second de ces vers présent» «a sens trop Yagtie pour que Ton paisse en tirer on pareil parà.

Dans un roman de la même époque, il est également question de hoquetons de boufiran :

Gaufer H fist premiers armer d'un auqueton Qai fu de boagAenmt et plains de bon cooton.

Li Ronuau de Baudsûm de Sébourc, chant zo., v. 31 0 ; Ion. 1*',

II vesti l'auqueton qui fu de bougenwi,

Tbid., ch. XXV, V. 643; tom. UI, pag. 428.

La femme de Henri de Transtamare , appréhendant d être abandonnée par du Guesciin et les chevaliers qui marchaient sous ses ordres, s^écrie :

Se je dévoie boire au voirre mon vivant Ne avoir que une robe qui fiist de bouquerrant ', Si veil- je tout donner sans avoir remanant , Ainçois que je ne soie délivre du tirant.

Cknmque da Bertrand du Gueselin^ tom. l*^ pag. 324, \. 9004.

D. Pèdre le Cruel ayant été tué par son frère,

Tantost fu devestus sans nul arrestement , Et geta-en sur lui .i. drap de bouquerant.

rhid.y tom. II, pag. 430, ▼. 46828.

Cependant, au temps de sa prospérité, Anne Boleyn avait

un manteau et une robe de nuit en buckeram : les comptes

de la dépense de Henri VIII en font foi '.

Emploi Otte circonstance prouve que lebougran n'était point en-

x'^^IS'e.*" core tenu pour vil. Au xv* siècle, s*il était employé pour

Tameublement*, la sellerie et les étendards grands et pe-

' On lit auqueton de soie, v. 4b8, pag. 198.

* Un Ms. donne bougrant.

» The pr'tpy Pune Expences ofKing Henry VlH, pag. Î23.

^ a Item. Du* curtins de bougeranno, radial» de albo et rubeo. » luveut.

dn boai

titsS 1^ classes élevées de la société s'en servaient aussi pour se vêtir ; a car, dit Olivier <le la Marche, les princes joustoyent en pareures de drap de laine, de bougran et de toille, garnis et ajolivés d'or cliquant, ou de peinture seulement \ >i

A considérer la forme la plus ancienne du mot en ques- ProTa»noe tion, l'étofTe qu'il sert à désigner se fabriquait, dans le priu* êtymoiogw de ce cipe^ à Boukhara, ville de la Tartane, au pays des Uzbeks '. Si, plus taixl, boquerant fut changé en bogeranty boguerant , bougerant, et enfin en bougran^ ce n'est point sans motif ou dans le but de conformer ce terme à une étymologie nouvellement imaginée, mais pour confirmer l'ancienne : en effet bougran dut sembler à nos ancêtres s'appliquer bien mieux à un tissu quMls supposaient venir du pays des Bougres , c'est-à-dire de la Bulgarie, contrée située de même eu Tartarie et dont le nom leur était bien plus connu que celui de Boukhara. Dans le principe également, le bougran était une étoffe de coton, très-légère, analogue à celles qui ont rendu célèbres les fabriques de Mosoul , et que nous appelons encore mousselines.

Au XIV* siècle, le bougran était une espèce de tissu de lin ^ ; Le iiougran

ao xiT* nièclr ; tirait.

ann. 1419, ex tabul. eccl. Noviom. {Une Cité picarde au moyen dge.,, par AI. de la Fons, baron de Mélicocq. Noyon , chez Soalas-Amoudry, 1841 , iii-8*^| pag. 152.) Quelques lignes plus haut, on trouve deux autres rideaux d*ëtamine rayés de rouge et d*azur.

' Les Ducs de Bourgogne, seconde part., tom. I«% pag. 95, n* 264; pag. 159, n» 510 ; pag. 160, n- 513 ; pag. 184, n« 618, etc.

• Mémoires d'Olivier de la Marche^ ch. vi, an. 1438 ; édit. du Panthéon littéraire, pag. 378, col. 2.

' M. de Roquefort croit que le bougran était un tissu de poil de chèvre ou de bouc. Voyez le Glossaire de la langue romane^ tooi. I**, pag. 172, col. 2.

* « ^.. unam culcitram pinctam albam, factam de bisso, aliter Boquerant, » etc. Inpent. de la suce, de Jean de Saffres, etc., 1365 [Bulletin archéol. du Corn. hist. des arts et monuments, tom. IV, pag. 338.)

le meilleur se fabriquail eu Arménie^ et dans le royaume de Mëlibar % s'il faut s'en rapporter à Marco Polo , qui nous apprend que les habitants du Thibet, qu'il signale comme pauvrement vêtus, Tétaient de canevas et de bougran% et que cette dernière étoffe se fabriquait aussi dans la province d'Abasce\ Il eu venait également de Tiie de Chypre*. Sorti des manufactures d'Espagne ou importé dans le royaume, à |)artir de 1442, date d'une ordonnance royale publiée par le P, Saez, le bougran le plus fm payait soixante-dix mara* védis de droits, sans distinction de couleur*. Barra^iib; Le bougran et le barragan étaient-ils la même chose? En

ta existence ., , • >■ i

XI* et aa xii« d autres termes , ces deux mois ne seraient-ils pas deux formes du même substantif? Je ne le crois pas. La plus ancienne trace que Ton trouve du barragan existe dans un acte

« Item, unaa cukîtnini albam de bitso, aliter Bougueran, » etc. /^û/., )Mg. 339.

Dans un document d'une date postérieure, le bougran est rangé parmi les tissus de lin : «OrdinaTÎmas... quod nullus subditorum nostronim... emat... aliquem pannam lineum de Flandria, aut de Hanonia, vel naperii tive bokeram^ in eisdem partibus confectum, » etc. Ordlnatio Henrici VI, jingl. reg,, ann. D. 1430, apud Rymer, Fœdera , etc. , edit. tertia tomi IV, pars IV, pag. 165 , col. 1 .

' « La grant Arménie .. commance d'à une cité ki est apelé Arzinga, en laquel se laborent les meilior bocaran ke soit an monde. > Voyage de Marc Pol, ch. xxii ; édit. de la Société de géographie, pag. i7. Le texte latin, ch. xni, pag. 3t i , porte boceorame,

' c n ont encore bocaram asez et des plus sotil et des plus biaus de tout cest monde. » ïd,, ch. CLxxxm. (Ib., pag. ?24.] Le latin porte de bocorame. Voyez ch. xxxni, pag. 466.

* a ... lor yestimcos sunt de... canevace et de bocorain, » etc. Id„ ch. cxt, pag. 128. — a ... et de bécharamine, » Texte lat.,li?. II, ch. xxxvni, pag 399.

^ « n hi se font maint biaus dras banbacin e bocoran. s /^., ch. cxcxxx, pag' 2il . — a Ibi fiunt in maxima copia panni optimi de bocharamine et de bambaco. » Jbid.^ Ub. III, cap. xlv, pag. 474.

" c . una coltre di bucherame cipriana bianchisairoa , » etc. // Decamerone^ giom. VIII, nov. x-

• jlpendice d ta Crànica nuevamente impresa del S* Rey D, Juan el 11^ etc. Madrid , en la imprenta de la viuda^de Ibarra , 1786, iu-folio, pag. 108, n« 34.

de 898 j au milieu de noms barbares d'étoffes en usage en Espagne au x' siècle*. Chez nous, dans le xn% Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, interdisait à ses moines le barracan, en même temps que les écarlates , les bureaux précieux et les étamines peintes', c*est-à«^dire de difTérentes couleurs,

Pierre

le Vrncnible

en interdit

Tiuage à tes

moines.

' « ... casolas silinea» 10, alias casttlas 3, quinque de a|chaz» bcx. leray oardena, Aeptima harragan 8, cardena marayce 9, Termelia exageg 11, linea cardenea, et duas planetas nrtiones, » etc. Charta Rudesindi episcopi Damiensis wstm 930 , apud Ant. de Yepes, Coronlea gênerai de la orden de San Benito^ tom. Y, Yalla* dolid, 1615y in-fol., pag. 424. Cf. CoUect. ConciL Hispan.f tom. lll, pag. 181/ col. 1 , nbî legîtiir tex feray cardena.

En attendant que Ton découvre le sen^i de tout cen laots , qa^il aie soit permis de demander si Vexageg nommé pliu haut ne serait pas la même chose que Vojci ou oxsî^ qui nous est déjà appam deux fois, tom. I^, pag. 6S, not. 1 , et pag. 362, not. 1, et dont le radical est incontestablement Tarabe ^^J (watchi) , auqoel nous avons consacré un mot, tom. I", pag. 288 et 289. Une charte de Ferdinand I*', roi d'Espagne, également rapportée par Yepes, tom. YI, donne a/guejtUj alBexii, dont la forme se rapproche peut-être encore davantage à'esageg.

Pour le dire en passant , ce qui précède peut nous donner une idée de tout ce que les documents anciens écrits en Espagne renferment de lumières sur le sujet qui nous occupe. Malheureusement ces documents ou sont inédits, ou existent dans des publications devenues rares , même dans la Péninsule , comm^ c'est le cas pour celle de D. Antonio de Yepes. Un recueil qui , pour avoir été imprimé en Portugal à la fin du siècle dernier, n^en est pas plus commun chez nous , renferme un passage d*ane charte de Fan iïA^, qu'il serait bon d'ajouter à ce que nous avons dit plus haut, tom. I*', pag. 362 , not. 1 : « Uno manto de grecisco , et alio de exami; très cappas, una de ciclaton et alia mudbage et alia de uno dami. » Voyez Eiucidario das palavras , termos , e frazes , que em Portugal antiguftr mente se usarào, etc.; por Joachim de Santa-Rosa de Yiterbo. Lisboa, 1798-99, in-folio, tom. I*', pag. 344.

* « Statutum est, ut nullns scarlatas, aut barracanos, vel pretiosos burellos, qui Ratisponi, hoc est apud Rainesbors fiunt , sive picta quolibet modo stamina habeat,» etc. Statut, Cluniacens., cap. xvm. [Bibliotheca Cluniacentîs, éd. D. Martino Marrier et Andréa Qnereetauo. Lutetic Parisiorum, ex of&cina Niveliana, 1614, in-fol., col. i399.)

Outre l'épithète qui lui est donnée par Pierre le Yénérable, le bureau pourrait invoquer un ancien proverbe français pour revendiquer une place dans le corps de ce livre; mais ce proverbe, qui avait cours principalement dans le Maine, seryait à indiquer une prétention d'égalité entre deux personnes placées aux deux

comme Tindique suffisamment Tépithète employée par saint Bernard , qui appelle le barragan discolor^. Ce saint docteur nous apprend que, de son temps, on en faisait des couvertures; mi passage d'une chanson de geste , que nous avons déjà vu ", prouve qu'il en était de même au xni* siècle, peutêtre même au xiv*.

LebamgiiD Cette étofFc, dans laquelle il m'est impossible de voir notre

à la findu moyen ^ '■

Age et plut tard, grossicr bouracau , dont le nom en est certainement venu , fournit une longue carrière; car je la trouve encore nommée dans l'inventaire du mobilier du cardinal d'Âmboise P', et dans un autre inventaire dressé en 1 530'. On y voit le droit qu'elle a de figurer parmi les tissus précieux , par la matière de l'étoffe, indiquée comme étant de saye ou de soie, et par les ornements dont elle était décorée; mais est-il bien sûr qu'elle fût aussi riche au ix* et au xn* siècle ? Au xvii*. le barragan était, en Espagne, un tissu fin formé de laines de

extrémilés de l'échelle sociale, plutôt que Texcellence de l'étofTe citée par Boileau (§at. I, V. 3). Suivant Denys Godefroy {Memarqttes sur l'Histoire du roy Charles VU, pag, 878 } y il doit son origine à Michel Bureau , abbé de la Couture près du Mans, évéque de Hieropolis, qui, étant en procès en 1518 avec le cardinal de Luxembourg, au sujet de leurs juridictions respectiTes, lui dit en colère : « Bureau vaut bien écarlate, > ou bien, a le bureau est aussi fin qu^écarlate. » Je me bor^ nerai k renvoyer à l'artide Burellus du Glossaire de du Gange, tom. I^, pag. 687, c6\. 2.

' c Putasne cujuspiam ibi lectuli opertorium cattinum , ant discolor barracanus operiebat? » S. Bernard, de Vita et morib. relig., cap. xx. Mabillonius legit barricanus, mappasque intelligit diversi coloris a barra sic dictas.

* Voyez ci-dessus y tom. I", pag. 326, not. t.

' « Ung barragan turquin. — Item, ung anitre barragan saye à fil d*or et d'argent. » Comptes de dépenses de la construction du château de GaiUon^ publiés par A. Deville, pag. 489. Voyez encore pag. 542.

tf Ung barragan de fil d'or et de soye pour mectre sur la uble. — Deux aultres bari'agans de soie de plusieurs couleurs, » etc. Invent, des meubles du château de Gaillon dressé le 31 août 1550. (Ibid., pag. 530,)

diverses couleurs, et dont le prix en 1 680, ne s'élevait pas ù plus de treize réaux la verge*. Chez nous, cent ans auparavant, celte étoffe était pareillement de laine; mais déjà le nom en avait été altéré , et on l'appelait boracan , comme les manteaux qui en étaient faits*.

Reste à rechercher la racine de barragan. Du Gange la it»*»e voit dans le mot barra, et suppose amsi que cette etofle était rayée'; Méns^e, se rangeant à l'opinion de Ferrari, veut que barragan soit une dérivation de l'arabe zarzahan}^ que nous avons déjà vu'; enfin Muratori, tout en adoptant l'avis de du Gange, conjecture que le mot qui nous occupe pourrait bien provenir d'une source orientale '• Il est de fait que les Arabes ont les mots ^y^ (barracan)^ cj'^^ {barancan), qui désignent, selon M. Dozy ', soit cette espèce de gros camelot que les Français appellent bouracan^ les Espagnols barracan^ soit un manteau fait de cette étoffe.

Le bougran, dont la parenté, toute d'apparence, avec Auqueton, l'étoffe de ce nom, nous a entraîné à en parler, est nommé en compagnie d'un tissu de coton et d'autres plus ou moins précieux, dans un roman que nous avons déjà cité bien des

fois :

Là ot covert maint bon ceval Et de tires et de cendal ,

* Pragmdtiea de tasas del ano de 1680 , cité dans le Diccion . de la Ungua ctute. liana, in-fol., tom. I*% pag. 563, col. 3.

* Jacob. Augiut, Tkuani Historîar, sui temp. UB. XXI, pag. 795, laudat. in Gloss. med. etinf. Latin. ^ tom. I, pag. 727, col. 3, v» Boracamu.

* Gloss, med. et inf. Latin., tom. I, pag. 605, col. 2, ▼*• Barracanus.

* Dict. étjrm., éd. de Jault, tom. I", pag. 226, col. 2, au mot Bouracan.

* Voyez ci-dessus, tom. 1**, pag. 369.

* Jntîquitates Italica medii œvi, tom. Il, col. 1154, A, dissert, xxiii. ' Dict. déî, des noms des vêt. àhez Us Ar.^ etc. , pag. 68, 60.

aqueton.

De diaspres, de siglatons^ De boquerans et d'auquetons.

ITAlUet de Prophelias, Ms. n* 7191, fol. <74 Tmo, ool. 2. T. SI.

L'un des hëros de ce poème est représenté vêtu de celte dernière étoffe :

En un jupiel cort à^auqueton Porpoint et fou ré de coton, Remest sengles, etc.

Ibid. , fol. 183 Tcno, col. 4 . v. 49.

Un autre trouvère donne des coiffes, c'est-à-dire des bonnets* Xaqueton^ à certains de ses personnages, qu'il nous montre plus loin vêtus de bliauds de coton :

Les barbes firent rirey n'i laissîerent grenon... Coifes orent vermeilles de paille et à^aqueton,

Chamoom dfAjtn la heU d'Avignon, Ms. n* 7989 4, fol. (22 recto, ▼. 46.

Bliaus ont de coton pourfendus lez le cors.

Ihid.^ fol. 4 29 Terso, ▼. 8.

Rien de plus facile, ce me semble , que d'indiquer la racine de ce mot, qui, après avoir été le nom d'une étoffe, est devenu celui d'un vêtement. C'est sûrement l'espagnol algodon^ à moins que Ton ne préfère le mot arabe J^ (/coth/t et /cothon)j qui a donné naissance à celui-ci. Étyrooiogie Pour cu rcvcnir au vêtement, j'avoue que je me suis peulde hoqueton. ^^^^ témérairement avancé en disant qu'il était originairement de coton blanc; mais s'il ne devait pas son nom à l'étoffe dont il était fait, car il y avait des hoquetons de

* Yoy . sur le mot arabe koufiahy dont Bous ayons fait €oi/fe, VBûtoirê det sultans mamlouks de VÉgjptt, tom. II, !!• partie» pa§. ÎW, i70, not. 60.

Raciite de ces mots

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. a9

soie *j et de bougran, sûrement il Tavait reçu du coton dont il était habituellement ouaté : lauteur de ii Romans de Baudoin de Sebourc^ et celui de Renart le Nouvel^ parlent chacun d'un auqueton rembourré de cette matière.

Je crois la voir encore dans deux tissus dont le nom pré- acoIcc», aici». sente quelque ressemblance avec celui à^ auqueton ^^ écrit ailleurs alcoto, aqueton, suivant les dialectes; mais ce n'est chez moi qu'un simjde soupçon^ qui s'évanouira peut-être avant la 6n de ce travail.

Autorisé par le P. Papebroch , qui voit dans Fétofle appe- B^idioeiu. lée baldinella une espèce de mousseline , j'estime que c'est ici le Heu d'en &ire mention. Comme au savant jésuite, l'air ReaMmbiant-e

1 i» .11 . . 1 I 1 «Il ■ de ce mot ■▼€€ Ir

de tamille qui existe entre ce mot et le nom de la ville de nom de u Tiiie

de Baffdad.

Bagdad n'a pu m'échapper : aussi n'entends-je m'opposer en aucune façon à ce qu'il soit dit que la baldinella devait le sien au lieu où elle se fabriquait et d'où elle était ensuite transportée en Europe. Je remarquerai toutefois que les deux iumom seuls passages dans lesquels il en soit question font partie faire croire que d'ouvrages écrits en Italie , pays où l'on ne se bornait pas à baUmeiu éuit

, . . ^^ fabrique

imiter les tissus du L<evaut , mais où Ton allait jusqu'à leur îuiienne. donner un nom qui pouvait faire croire à une provenance orientale. Malgré tout, on n'est pas tenté d'en rechercher

* Voyez ci-dessufl, pag. 32, not. 1 ; et la Chronique des ducs de Normandie ^ par Benoit, tom. II, pag. 131, ▼. 19188.

* Voyez ci-destus, pag. 38.

* V. 251. (le Roman du Renart^ édlt. de Méon» tom. IV, pag. 135.)

* c Quandam parrain vestem de acaUto^ forratam de esque^inesdû,... cepit. » lit. remisa, ann. 1351, ïn reg, 80 Charioph. reg., ch. 427.

« Et certi alîi custodes et oflBciales Datii generalis, qui faciebant scortam plaustris sex oneratis panuorum idcorum , qui conducebantur venus Brixiam. » Chron> Bergom., ad ann. 1398. (Rer, liai. Script., iom, XYI, ool. 895, A )

Camelot.

(^pellotus, rapHlotiim.

Habitt

fie saint Louis

en rai|iel(>t.

une autre à l'étofie en question, en voyant la date à laquelle se rapportent les passages qui nous en révèlent l'existence , passages dont Tun fait partie de la vie d'un saint mort en i 160 *, et l'autre mention d'un fait arrive en 1204*.

Le camelot, étoffe de prix, que nous avons déjà vue citée, avec beaucoup d'autres , dans un passage du Roman de la Rose y était, à proprement parler (son nom l'indique ), une étoffe de poil de chameau , à moins que , comme le veut Ménage, camelot ne soit une altération d'un mot levantin '. Plus tard, on remplaça cette substance par le poil de chèvre d'Angora, que l'on tirait de cette ville et de Beibazar, ou plutôt de Sinope, port situé sur la mer Noire , qui était l'un des entrepôts de cette denrée. Il ne parait pas que Ton en ait fait grande consommation antérieurement à la seconde partie du xiv^ siècle; du moins, c'est à cette époque que l'on commence à en rencontrer plus fréquemment le nom , entièrement omis dans les comptes de l'argenterie publiés par M. Douët-d'Arcq. S'il faut en croire le P. Papebroch, le capellotus ou capellotum^ nommé dans le récit d'un miracle opéré par un martyr mort en 1 225 *, ne pouvait être que du camelot. Saint i^uis avait des habits de cette étoffe : « Je le vi aucune foiz en esté, dit le bon sénéchal de Champagne, que pour délivrer sa gent, il venoit en jardin de Paris, une cote de chamelot vestue, un seurcot de tyreteinne sanz

• VitaS. Haynerii Puant, cap. n. {Acta sanctorum Junii, tom. III, pag. 431 , col. 2, n« 28. Cf. pag. 433, col. 1, C, not g.)

" Ogerii Panis Annal. Genuens., lib. I. ( Rer, fiai. Senpt,, lom. VI, col. 389, E.)

» Dict, étymol., édit. de Jault, tom. I", pag. Î92.

^ a ... altari ipsina sancti obtulit pallium ex capelloto rubro cnm limbîs aureis. b Mirac, S, Angeli martyr, earmei, , cap. X, n« Hl, apud Bolland., Acta sanctorum Haii, tom. II , pag. 87, col 3, E. Cf. pag. 88, col. 1, C, not. c.

manches, un mantel de cendal noir entour son col , moult bien pigné et sanz coife, et un chapel de paon blanc sus sa teste *. »

L'un des successeurs du saint roi parait avoir fait encore cameiois

1 1 1 / /v* rt» *** 'diverse» cou-

un plus grand usage de cette etofle ; nous trouvons en effet lenn indiqué*

i If .1 111 11 *^°* l'inventaire

dans 1 inventaire de ses meubles, noupelande, cotte, surcot de ebaries v. de camelot cendré ou de couleur cendrin *, houpelandes de camelot violet * et de vermeil S houpelandes et robes de camelot azuré ', robe de camelot changeant *, surcot de camelot tanné ^, et robe de camelot tanné brun *, sans parler de trois couuertœrs de même étoffe, l'un <c de menu vair attaché à ung camelot violet*, » l'autre de camelot vermeil**, le troisième de camelot pers ".

Dix ans après la date de l'inventaire d'où nous venons de Tenture»

de draps camelots --^— —-----— ——^----------—-^—-— -—----^--—--^— ———-—---——-—---— —--^——.—--— et de soie à l'entrée d*Isabeau de ■ Biitoire de saint Louis, édit. du Loayre, pag. 1 4. Bavière à Pari*.

Ce passage, que Ton fera bien de rapprocher d'un article d'un compte d'Etienne de la Fontaine (Gioss. med. et inf. Latin. ^ tom. II, pag. 132, col. 3, ▼* Capeilus, n* f ), explique un mot dont on regrette l'omission dans le Glossaire de du Gange et que je trouve dans un ancien compte : a Johannes Godriche, pro capellis de liltro , papone^ astachiis ad aururo , et pro serico , xn. 1. x. s. » Becepta et expensa anno m. ce. xxnn. {Recueil des historien* des Gauies, etc., tom. XXI, pag. 244, B.). Clette omission une fois signalée, il reste à dire ce que nos ancêtres entendaient par paon, papo, pris dans le sens de matière à chapeaux : nous avouons sinoèr&ment que nous n'en sarons rien. Peut^tre s'agîssait-il de quelque étoffe c brodée il mochettes de plume de paon , » conmie celle d'une chapelle de velours Termeil ndiqnée dans l'inrentaire de Charles V, Ms. 8350, fol C xiij. recto, n* 1081 . ' Ms. n* 8356, n- 3487, 3513 et 3516.

• Fol. if. iiij". xriij. Terso, n* 3488.

• Fol. ij«. iiij». xix. recto, n» 3501. ' N- 3502.

• FoL îîf . XX. verso, n« 3805.

tirer ce qui précède, Isabeau de Bavière faisait son entrée à Paris ; a et sachez , dit Froissart , que toute la grand'rue Saint-Denis estoit couverte à ciel de draps camelots et de soie, si richement comme si on eust les draps pour néant ou que on fust en Alexandrie ou à Damas ^ »

Camelot de soie. On voit que Thistorien distingue les draps camelots des draps de soie; néanmoins il est certain qu il y avait des camelots de cette matière, qui peut-être n'en formait que la chaîne. On trouve dans l'inventaire de Charles le Téméraire a une pièce de camelot violet de soye brochée d'or *, » et daus un inventaire de la Sainte-Chapelle de Tan 1480, il est parlé de chappes « quœ de camelloto de serico ifiridiy in dr* Pourvoiot cuitUj brodantur '• » S'il faut en croire l'auteur d'une ro*

Lona en cuneiot mance rclativc au supplice du connétable de Castille, en

***** *°* 1453, D. Alvaro de Luna, après avoir prononcé quelques

paroles sur l'échafaud , abaissa le collet d'un pourpoint eu

camelot bleu, de fine soie, vêtement qu'il avait l'habitude

de porter :

Luego abajo el collar De un jabon de seda fina , De chamelote azul Una ropa que yesda .

Romancero de romances cabalierescos é kistàricos... «irden. y recop. porD. A^nstiaDunio, put. II. Biadrid, IA33, iii-18, pag. 238, col. I.

Costume Tout le moudc sait que les religieuses de Théicme a on

des religieuses

de Thélénie.

igit eiè

* Liv. IV, ch. I*'; édit. du Paiuliéon littéraire^ tom. III» pag. 5, col. I.

* Les Dues de Bourgogne, II« partie, tom. II, pag. 104, n« 2870. Vovez encore les II" 2880-2896, 3749-3765.

* Ms. delà Bibl. nat.,suppl. lat. n" 165*, fol. H verso.

dessus de la chemise vestoyent la belle vasquine, de quelque beau camelot de soye % ^ etc.

Nous avons , dans Finventaire de Charles V^ vu des ca<melots de bien des couleurs : on en trouve encore des blancs et des noirs dans des comptes de 1 468 et de 1487 ; enfin des camelots du Levant, des camelots de soie grise, des camelots de Lille, des camelots avec et sans ondes , des camelots sur fond d'argent, figurent dans les comptes du xvi^ siècle examinés par M. Douëtd'Arcq ', qui fait remarquer que dans un tarif de 1366, la pièce de camelot paye autant que la pièce de cendal, moitié moins que la pièce de drap d'or, et deux fois plus que la pièce de drap de laine \

Vers le même temps , l'étoffe en question, qui était fort en usage en Catalogne, n'y entrait qu'en payant un droit de deux et demi pour cent : on le voit par un article du procèsverbal des cortès de Monzon tenues en 1375 : « Perço, est*il dit dans cette constitution, com los draps d'or é d'argent, 6 de seda, axi brocats d'or et d'argent com d'allres, é velluts, xamellots, tafetans, é sendats se usen molt de vestir en lodit Principat, é alguna generalitat ne dret no y sia posât , mas solament vi diners per liura per la entrada *, » etc.

Au siècle précédent, le camelot se tirait d'outremer*, surtout d'Arménie, où la matière première était plus à portée que partout ailleurs. Cette circonstance et l'état prospère

Variétés

de camelot dans

les comptes du

XTt* siècle.

Droits

établis sor cette

étoffe dans on

tarif de 4866.

Droits d'entrée

sur les camelots,

en Catalogne.

Provenance da camelot an

xiii*BièGle.

Fabriques réniriennes en

Arménie.

' Gargantua^ ch. lti.

' Notice sur les comptes de t argenterie^ pag. xxyni.

* Ordonnimees des rois de France^ etc., tom. IV, pag. 670.

^ Memorias historiens sobre la marina, comercio y artes... de Bareelona,.. por D. Ant. de Gapmany, tom. I**, part. II, pag. 348, not. 23.

' Proverbes et dictons populaires, pag. 9S. Vojes Gloss. med, et inf» Laiin,^ aa mot Camelotum^ tom. Il, pag. 48, col. I et 2.

(UmeloU d'Abs et du Thibet.

Camelots de Chypre.

Préfteot de camelot au kiirman de Kouieli en M32.

44 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

de cette industrie engagèrent de bonne heure les Vénitiens à s'y associer et à élever des manufactures de ce genre chez les Arméniens eux-mêmes. Au xiii' siècle, le consul vénitien en Arménie , Pietro Bragadino , entre autres griefs qu'il adressait à la république, se plaignait de ce que , dans ce pays, les fabricants vénitiens de camelot étaient accablés de taxes \ Les Tartares fabriquaient aussi à Aias de très-beaux camelots de poil de chameau, que Ton expédiait pour divers pays ', et Marco Polo nous apprend que cette denrée était fort abondante dans le Thibet *. Au xv* siècle, il en venait de Tile de Chypre; du moins nous savons que les zambellocti de ce pays entraient dans le nombre des marchandises dirigées d'Occident sur Alexandrie, le Caire, Beyrouth, d'où elles étaient transportées par les caravanes à la Mecque et à Damas \ Parmi les présents envoyés en 1 432 par le roi de Chypre Jean III, au karman de Konieh, étaient six pièces de camelot de cette ile *; et un document qui m'a été com-

* Novitates et graçamina quœ fiant f^enetls et fidelibus domini ducis in regno Arme" ni{B , etc. (Storia civile e politica del commercio de* Veneziani, di Carlo Antonio Marin. Vineggia, 1798-1808, in-8% etc. , tom. IV, liv. II, ch. v, pag. 158.)

* « ... en ceste cité se font giambellot de poil de ganiiaus les plus biaus quo soient au monde et les miUors, et encore en font de laine blan : ince en font de giambellot blance mont biaus et buens, » etc. Voyage de Marc Paul, ch. rxxni, pag. 74. (Texte lat., liv. !•% ch. lxii, pag. 358.)

L'auteur dit de même de Tendue, mestre cité de la grant provence de Senduc en Tartane : a II hi a zamelloit de poil de gamaua moût buens. » Voyez ch. lxxiv, pag. 75, et le texte latin, Ut. I*', ch. Lxm, pag. 358.

' « ... en ceste provence a gianhelot assez et autres dras d*or et de soie , > etc. Voyage de Marc Paul, ch. cxvi, pag. 128. Cf. Peregr. M. Pauli, lib. II, cap. xxx^ii, pag. 398.

* Traité it Emmanuel P ilôt i, sur le passage dans la terre sainte (1420) , à la suite du Chevalier au Cygne, édit. de M. de Rdffenbergytom. I", pag. 358.

' Voyage de Bertrandon de la Brocquiere en la terre d'outre-mer, Tan 1433, Ms. de la Bibl. nat., fonds français , n* 10025\ fol. 187 verso, lig. 14 et suiv.

muniqué par M. de Mas Latrie, nous montre le gardien de compte

* dVtofTes présenté,

la teinturerie de Nicosie rendant compte au roi, en 1468, en ues, au roi

*" de Chypre.

d'un certain nombre de pièces de camelot , de camocas et de samit, dont il avait disposé par ordre supérieur ^ Au commencement du xvi^ siècle, l'ancienne fabrication existait Fabncation

. / . . . du camelot dan»

toujours dans lile. Attar, qui a écrit, je crois, vers cette nieauxvi«

siècle.

* tL Le roi mon seigneur manda les chameilos que sire André de Vêtes donna o conmandement dou roi : besants iii^. xciin. et demi.

c Nos biens amés et feaulls conceliiers, saches que nostre bien amé et feauU sire André de Vêtes, le guardien de nostre tanturerie de Nicossie , nous présenta hune fenllie de paupierspour chameilos, camoukas et samys» qu*il donna par nostre conmandement as lieus sousdeTizés, qui montent hesants trois mille nenante catre et demy : ce est à nostre chanbre en la main des desousuonmés , besants n** Tiil^* xcnn et demi. Ce est à la main de quir Manolizeves pour chameilos pièces xxi, de xl bras, grenes et yioUès, de grene pièces y, besants vn*^ lxxt, et de XXX bras pièces xvi, besants m. h*; camoukas pièces xm, pour besanu yi< xxxv^ (ce est torses coutures, pièces via, pour besants vai* xxvm'*, et detorces, pièces v, pour besants if vu), samys ^bras xxxn, pour besants XLvm), pour tables, ceintes et autres, pièces xti, besants if lxxxui. Et à la main de Perico de Tere pièces ii de XL bras conlie j., et de xxx bras p. j. conli, pour besants ii" ; et pour le présent que nous avons mandé à Uogia Lias , le marchant de la Kermaine , camoukas , torces coutures, pièces vni de xv bras , pour besants ii* xx , qui est la devant dite sonme de besants ui™* xciiii^. — Laquelle fuUe de paupier li avons confermé de nostre main, et vous mandons entre cens de ces présentes, lesquelles &ites vere et mettre en heuvre de la rente de ladite tenturerie. Donné à Nicosie , le derain jour de février 1468. De vist confermé. » Reg. de la secr. du royaume de Chypre, conservé au Vatican, fol. 54 verso.

Au fol. 95 du Ms., on trouve, sous la date du mercredi 4 mai 1468, « l'apaut de la balance dou fil de Marag et le tiers dou samsarage apauta à Johan Coupa. » Marag et samsarage me paraissent trop altérés pour que j^ose essayer de les rétablir. Peut-être le premier représente- t-il Marach , Tancienne Germanicia; cependant les chroniqueurs latins des croisades écrivent ce nom Marasis , Marafin (sans doute Marasin\ Mariscun, Mariscum, Marescum^ Maresia ou Marasia^ et Maresch, et le traducteur français de Tun d'eux le rend par Marasse^ Maresse et Marese. Voyez Guibert de Nogent, liv. IV, ch. i" (Opéra omnia, éd. D. Luc. d'Adiery, pag. 396, col 1, C) ; Robert le Moine, liv. III, dans le recueil de Bongars, pag. 44, dernière ligne ; rarchevéque Baudry, liv . II {ibid. , pag. 1 01 , lin. 22} ; Albert d^Aix, liv. ES, ch. xLvn (ibid. , pag. 341, lin. 58); Foucher de Chartres, ch. vi et xi.i (iSid.f pag. 389, lin. 16, et pag. 424, lin. 51) ; l'auteur du Gesta francorum expu-

46 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

époque, précise ce fait, que Chypre fabriquait encore par au deux cents pièces de camelots de quarante pics chaque, et deux mille huit cents pièces de samits de diverses sortes '. Fabrique Enfin j du tcmps de notre vieux voyageur le sieur de la T^ ea knm- Boullayc^lc-Gouz , ct saus doute bien auparavant , on fabriquait dans la petite ville de Tosia en Anatolie , force camelots, qui étaient transportés à Constantinople, à Alep et au Caire •.

Faveur Je uc vcux pas coutinucr Thistoire de cette étoffe et re-

noua, lecameiot chercher les lieux où on la fabriquait chez nous'; je ferai derient commun, sculemeut obscrvcr que, malgré les efforts de nos manufacturiers, le camelot de Turquie eut toujours la préférence, et qu'à la fin du moyen âge , il devint si commun , que les Emploi classes élevées le laissèrent au peuple \ Il continua cepen-

du camelot pour , « . , * i • j i»*<« i-

le costume des daut a ctrc cmployé au costume des princes ne 1 Ëguse , et

cardinaux et pour •

des habits de ^ ^____«^^««..— ^_____^.^— ^__

gala.

gnanîium HierusaUm ^ ch. ix (ihîd., pag. 564, Un. 41); enfin Guillaume de Tyr, dans le Recueil des historiens des croisades ^ publié par les soins de rAcadémie des inscriptions et belles-lettres, bist. occid., tom. P', liv. III, pag. 139, 143; liv. IV, pag. 152, 161 ; liv. X, pag. 402 ; Uv. XI, pag. 492; Ht. XYIII, pag. 866.

Quant au mot samsarage , je ne trouve qu'un nom de localité qui s*y rapporte tant soit peu : c'est celui de Samuscurt , que portait une forteresse située près de TEupbrate. Voyez Albert d'Aix , liv. III, cb. xxi, et liv. V, cb. xxii, pag. 222, lig. 9» et pag. 265, lig. 39.

* Historia comptndtaria del regno dî Cipro, etc., Ms. du couvent de la Minerve, à Rome, coté X. iv. 46, in-4°, folio 68.

* Les Voyages et observations du sieur de la BcuUajre4e»Gouz , etc. Paris, M.DG.Lni., in 4**, cb. xxxvi,pag. 65.

* En 1546, on employait pour cette fabrication surtout les laines de la basse Normandie et de la Picardie: a È vero, écrivait en 1546 Marino Cavalli, cbe nella bassa Norman dia e in Picardia , di una aorte di lana mlgliore délie altre ca- ▼ano li fioretti per qualcbe panno, e per farle oatade, e un'allra certa cosa cbe loro cbiamano ciambelloto. » Voy. Relations des ambassadeurs vénitiens , etc., rec. et trad. par M. N. Tommaseo, tom. I*% pag. 354.

* Mesmes le burail estoit très-rare dbose ,

Et le iure camelot, dont U bourgeoise n*ose

il n'ëtait point rare de le voir, dans des occasions solen« nelles , associe à tout ce que le luxe déployait de plus brillant. Nous trouvons en effet dans l'inventaire du mobilier du cardinal d'Amboise [•', « une cloche rouge de camelot de soye doublée de boucassin noir *, >* et à l'entrée de Henri II

En faire maintenant sa robe sealeraent , Qni de son coffre soit le pire habillement.

Discours noupeau sur la mode. A Paris, ches Pierre Ramier, M.DC. xnr., in-8% pag. 46.

' Comptes de dépense» de la construction du château de Gaiiion, etc., pag. 400. Voyez aussi pag. 493.

Qa'il me soit permis de faire observer ici que le cardinal était en contravention avec la discipline constante de PÉglise , qni a toujours interdit la soie aux ecclésiastiques, même aux prélats, dans leur costume particulier et ordinaire. Voyez le savant traité de du Saussay, intitulé Panoplia clericalis y seu de clericorum tonsura et habita^ etc. (Luteti« Parisiorum , h.dc. xmx., in-fol.), part. II , liv. II, ch. y, pag. 510-522, sans négliger le ch. vi , qni occupe les pag. 522-525, et qui est relatif à l'usage des soieries pour les ornements sacrés.

Quelque impérieux que fussent les canons qui le défendaient aux ecclésiastiques, il ne parait pas cependant que cette prohibition ait toujours été scrupuleusement observée. Je le soupçonne en voyant combien ces prescriptions revenaient souvent, et en lisant une anecdote de la vie de saint Ermenfred. Se trouvant k la cour du roi Qotaire II , il fut interrogé pourquoi il portait sa tunique d'une certaine manière, et s'il voulait être clerc. En effet, ajoute le biographe, le bienheureux, par simplicité, laissait pendre sa tunique, que l'on appelait serica, jusqu'au milieu des jambes. {F'ita S. £rmm/redi ahhatis^ auct. Egilberto, cap. i, n« 0 ; apud Bolland., ^ctm sanetorum Septemhris, pag. 118, col. 1, C.)

Sans doute la seconde des questions du roi s'éclaire par la première , et , selon toute apparence , Clotaire ne voulait faire allusion qu'à la manière dont le saint portait sa robe; on peut croire, cependant, que si la matière du vêtement n'ajoutait pas k l'analogie signalée par le roi , au moins elle ne la contrariait point : or, par seriea nous entendons, avec D. Carpentier (Gloss, med. et inf. Latin. ^ tom. VI, pag. 202, col. 1), une tunique de soie, sens que présente ce mot dans Martial (liv. II, épigr. 28). A cette remarque, qui n'a point échappé au savant Bénédictin, j'ajouterai que, dans le grec byzantin, le mot onpixi^, employé tout seul, avait le même sens ; on le voit par ce que dit Procope : « A{kn 5' irw ^ p^ToÇa, m <Jiç sU^Oa^i Ti^ M«)ia IpY^^CcoSai, V icdXai (ièv *E>XT)vtc Mt)8t)k^v ixiXow, tbcvvv 8è £viptxiQV ôvo- (t^ovfftv. » De BéUo Penieey Mb. i, cap. xx. Dans un antre passage, le même auteur, après avoir dit que les Vandales sont les plus luxueux des hommes, ajoute qu'ils portent Mr,dtx^ MfjftQLy fjv vvv Iifipm^v xoXovvtv. » De Bello vandaUco^ lib. I, cap. vi.

et de Catherine de Mëdicis à Lyon j en 1 548 , les cardinal de Bourbon , de Vendôme, de Lorraine et de Ferrare , dé lèrent « revestus de leurs roquets et grandes chapes de ca dinal de camelot rouge*. >i Plus tard, quand Henri IV fit se entrée à Rouen en 1 596, on voyait dans le cortège les quat gardes , sans doute de la province, « vestus de manteaux c camelot de Turquie, pourpoints et chausses de damas c couleur de colombin, enrichis de plusieurs passemens c soye de couleur de fleur de pescher, avec Fespée et dagi dorées , la ceinture et port-espée de veloux gris brodé , • les bottines blanches, doublées au revers de satin incarnat. Non moins bien vêtu , le greffier du magasin à sel Téta « d'un manteau de camelot de soye et accoust rement d taffetas noir, et la tocque de veloux ras*, » etc. cuMiin. Il ne faut pas confondre, comme on l'a fait souvent, h

camelots avec les camelins'^ autre espèce d'étoffe qui n'éta pas moins estimée. Dans une de nos chansons de geste,

Lambert se vest d'un rice drap feids ; D'un ceunelin tretout foiTé de gris Ot chappe et cote et seroot bien assi&.

Le Bomam d'Aulery U Bourgomg, Reiins, 1 849, iii-8«, fmg. 414.

^pioi Louis IX se vêtait communément de camelin , non pas

de cette étoCTe , . ' I^

pw Louis IX cause du cas que l'on faisait de cette étoffe, mais en raiso

pour loii CM- *"

* Le Ctrenumial français ^ édit. in-folio, tom. I", pi^. 356. - Maiioiu des t tries solennelles dans la ville de Lyon , etc. A Lyon, de rimprimerie d'Aymé M roche, h. doc. ui., in-4», pag. 74.

* Le Cérémonial franf ois ^ tom. I", pag. 046.

* On difait peut-être anaû cameline; mais j'aTOue que je n'ai trouTé ce mot aii écrit «jae dans nne pnblication qai ne m'inspire pas one grande confiance, et ' d'aillears, ayant une couTertore en eameline^ fignrent des eaweHoirs de camel Voyei Inventaire e^rès le décès de Richard Pieque, pag. S4 et 64.

(le rinfériorité où elle était vis-à-vis des riches tissus que nous avons déjà vus : « ... il vesti puis tousjors, dit le confesseur de la reine Marguerite, robes de blou ou de pers tant seulement, ou de camelin^ ou de noire brunette, ou de soie noire ^, » etc. A ce témoignage vient s'ajouter celui de Jean de Joinville, qui, rapportant au commencement de son livre, une conversation qu'il eut en présence de saint Louis avec maître Robert de Cerbon , nous apprend que cet ecclésiastique était vêtu de plus riche camelin que le roi '•

Plus loin, le bon sénéchal instruit le lecteur de la conmiission que lui donna son maître d'aller à Tortose sur la côte ^iie d*acw' de Phénieie , et d'y acheter cent camelins de diverses cou- ^m^ld^ ^ leurs, pour donner aux cordeliers à leur retour en France '. Ce fait, rapproché de l'étymologie du mot camelin, donnée par Guillaume de Garlande , nous rend facile à croire qu'il soit venu de ce que l'étofie en question était de la couleur du poil de chameau, si même originairement elle n'était pas de cette substance. Quant à l'argument tiré par M. Douèt- &iui«cameiine.

' Histoire de saint Louis, par Jehan aire de Joinville, édit. du Lonvre, pag. 361.

* JhisLf^g, 8. Dans le compte de Geoffroi de Fleuri, nous trouvons : «Pour 4 kamelin et demi pour vestir frère Jehan Viel , confesseur de la royne , et son compaignon, 19^0*. » (CompUs Je V argenterie^ etc., pag. 37.)

En Anjou et sans doute ailleurs» les lépreux étaient aussi habillés de camelin. Parmi les choses qu'un meseldoit avoir avant qu'il entre en Fkostel oii il doit estre mis, un ancien manuscrit de Saint-Aubin d'Angers fait figurer une c robe de camelin, une housse et un chaperon de camelin, s etc. Voyez Ordo I, ad separandumUpro' sum, etc., ap. D. Marten., De antiquis Eeelesiœ Ritiâus, lib. III, cap. x, pag. 534.

' Hist, de saint Louis ^ pag. 125.

Les anciens historiens nous ont conservé le souTenir de mainte libéralité semblable. Par exemple, en 1252, Henri III, roi d'Angleterre, envoya aux cordeliers anglais un chariot chargé de draps de laine de couleur grise, tels qu'en portaient ces rdimenx ; mais ayant appris que le donateur les avait extorqués des marchands ttns les payer, ils renvoyèrent la charrette et la charge. Voyez Matthœi Paris, Bistoria major^ snhann. 1253, édit. de Londres, 1640, pag. 832, lig. 22.

Fabriques

de camelin uut

xm* et xiv

siècles.

(x>ttleare des canielios.

d*Arcq delà sauce, dite cameline\ il n'a pas, ce me semble grande valeur; car, n'en déplaise à ce savant, il n'est nulle ment certain que cet assaisonnement fût brun. D'un autn c6té , comme U est sûr qu'il avait la cannelle pour base', ci peut croire que dans l'origine on disait sauce caneline.

Chez nous, les fabriques de camelins s'établirent de bonni heure ; dès le xiii* siècle il est fait mention du camelin d< Saint-<juentin ', et dans le xiv% il est fréquemment questioi du camelin d'Amiens, de Cambrai, de Malines^ de Bruxelles et même de Chftteau*Landon\ On en fabriquait également i Commercy en Lorraine , comme on le voit par les statuts de\ ouvriers drapiers de cette ville , dans lesquels il est recom mandé que a camelins marchans pignez en sain soient fai en xvi. fils que soient à trois filz sur les mains*. » Y avait-i des camelins de plusieurs couleurs? Sans doute, car nouj voyons figurer dans Tinventaire des biens meubles de Louis le Hutin *, du camelin blanc et vert, du premier seulemem

* Table des mots techniques des Comptes de Targenterie, etc., pag. 353, col. 1

* Voyez le Glossaire de du Cange, aax mots Smisa^ n» i, et Saùa CanuUna tom. VI, pag. 43, col. 1. Voyez encore le Trésor des nehercfu9 de BqM, à h suite de la 3» édit. dn Dictionnaire de Ménag«y tom. II, pag. 35, col. i ; le Bornai de Fauvel, dans les Manmoriis frartfoU de ia BiHiot^ue du Moi, par M. Paulij Paris, tom. I«, pag. 880; VApparitiak mu'utre Jehan de Mmmg, par Honoré Bonnet dans le même ouvrage, tom. VI, pag. 28S; et ^ Méneigier ds Paris, etc. Paris 1S47, in-8*, tom. II, pag. 230.

■ Indication des foires de Champagne et det divers aunages , dans Us ManuserU français de la Bibliothèque du ni, tom. IV, pag. 17.

* Le Couronnemens RenaH^ v. 1548. (Le Roman du Menart, édit. de Méon tom. IV, pag. 56.) — Gloss, med, et inf. Latin,, t«, Camelinum, tom. II, pag. 48 col. i. — Comptes de f argenterie, etc.,- pag. M;

» Ghts, med, et inf. Latin,, v* Camelbtum,

* a Item six aunes de camelin blanc, pHiiée r«iiae qaûM» sols ( valent qmatn livres dix sols. » Copie delà Bibliothèque du chAteau de Fontaindbleaii. — Itert .i. camelin blanc et .i. Tcrt, dit de bob. » ihid.

dans le compte de GeofTroi de Fleuri \ et du camelin noir dans ks dépenses du mariage 4e Blanche de Bourbon ' ; maïs il esl probable que cette ëtofie ne sortait pas des nuances intermédiaires* Pour les prix, ils étaient bien différents; car s'il y avait du camelin à H et à 1 2' 6"* Taune, il y en avait aussi à 24 'et à 28**.

Que dirons-nous du molequin ou nuielekin? Deux passages ' que nous ^vons déjà vus, feraient croire que c'était une étoffe orientale^ tandis qu'un autre passage de la même époque semblerait indiquer un vêtement :

Es*T06 les dames mariéee , McMilt trè^nobtement atorsiées...

Chascuine ot vesta chainsse blanche...

Et molequins moult avenant.

La Court de Paradis, ▼. 340. {Fabliaux et Contes ^ édit. de BléoD, toia. !![, pag. 139.)

D. Carpentîer dérive ce mot de melocineus^ fait de melociruij qui signifie mauve j et il pense que Féloffe en question a été nommée molequin à cause de sa couleur *; f hésite à être de son avis, et me «ens plus porté à voir dans le substantif dont il s'agit un produit de l'arabe malik (vJJU , prince, roi), dont le nom aurait ainsi annoncé Fexcenence du molequin et son affectation primitive a«i costume <les classes élevées, ou Xiàd\ec\xï moreqmn^ qui aurait indiqué la

Prix des camelins.

MoUquin ,

miielekin.

Étymologie de ce mot.

" Comptes de Pargenterie, etc., pag. 8, 41, 42.

* iàid^ pag. 289.

» I6id., pag. 88.

* /^m/., pag. 6,21.

'^ Parton. de Biais, tom. I«% pag. 56» y. 1619. — Le Moman de la Rose, v. 21203 ; édit. de Méon, tom. III, pag. 294. Voy«K ci-dessus, tomu I*^, pag. 206 et 233.

* Gioss. med, et inf. Latin, ^ tom. IV, pag. 349, col. 2, et pag. 350» cpl. 1-

Mealeqoinier, mollequinitr, malleqoinier, muMiQinier.

Le moleqnin ^ au XTI* siècle.

provenance de rétoffe. Il serait bien possible, cependant que cette étymologie n'exclût pas la première, et qu'aprè avoir été formé de melocineusj notre molequin eût élë mo difié sous l'influence d'un adjectif correspondant à l'espagno morisco. Mais avant de résoudre ces questions , il faudrai savoir ce que nos ancêtres entendaient par molequin , san oublier le dérivé meulequinier \ moHequinier et mullequi nier, que D. Carpentier traduit par ejusniodi pannorum tex tor^ et dont il cite des exemples tirés de chartes du xiv" siècle sans oublier non plus niusquinier usité à la raéme époque et rapporté par le même savant au radical moscia. Un text* de 1392, auquel il n'a pas pris garde, donnerait à croire qu'i s'agissait d'une sorte de coiffure et de ceux qui la fabriquaient Au xvi"^ siècle , le molequin n'était pas encore tombé ei désuétude ; je trouve en effet dans un compte de 1 539 ' « Ung molequin pour Ms. (l'abbé de Saint-Bertin) lx\ » Li encore il peut bien être question de couvre-chef. Ce qu'il ] a de plus certain, c'est qu'en 1502 l'industrie dite mulquinerie était exercée à Amiens par les tisserands* : d'où l'oi peut conclure que le molequin était du linge ouvré , plu ou moins semblable à celui qui, aux xii* et xiii' siècles, non

* « Sur telliers, musqmnUn^ toiliers, lingers, cotilUers, lins, chanvres, toile et leurs appartenances , seront trois esgards qui auront chacun seize soi» par. pa an. » Bans et statuts de Noyon, publiés en 1398. ( Une Cité picarde au moyen àgc etc., par Al. de la Fons, baron de Mélicocq. Noyon, chez Soûlas Amoudry, 1841 in-8% ch. XTT, pag. 208.)

* Décoration et amouhlement du palais abbatial de Saint-Bertin, etc. (Buiietin de Comités historiques, archéologie, etc., janvier 1891, pag. 9, not. 3.)

' Statuts des tisserands de toile (1502); arch. de rhûtel de ville d'Amiens reg. aux brefs et stat. cotéN, fol. 225 verso, 2* cote, art. 4 et 5. Cette pièce doi paraître dans le tom. II de VHistoire du Tiers État, de M. Augustin Thierry pag. 490-493.

venait d'Orient*, dont les productions en ce genre furent recherchées, concurremment avec les belles toiles allemandes connues sous le nom de glizzum^ glisdum^j jusqu'au moment où les ëtofTes de Reims les firent dédaigner même dans le Levant *.

Peut-être faut-il encore ranger parmi les étoffes qui nous Meiamei. xubei. venaient d'outre-mer ou de l'Espagne arabe, le meiamel et le tubel nommés dans un ancien inventaire *, dont nous ne possédons, hélas! quune transcription moderne. Ne pourrait-on pas aussi identifier ce meiamel avec le mejoral que Mejorni. l'on rencontre dans un testament de Tan 1 1 99 ' ? La chose est difficile, si, comme le veulent les Bénédictins, éditeurs

* An gentil conte font son lit atorncr

De riches contres et de dras d*outre-mer.

Lu Enfances FwienXy Ms. n* 0985, fol. 199 Tcno, col. 2,

* dos*, med, et inf. Latin,, tom. III, pag. 532, col .3.

Dans un acte ancien, nous voyons le glizum nommé avec des tissas précieux : < Quibusdam purpuras tyricas, quibusdam palliola yirîdia, cum camisilibus sea ffiizis donavit... aut camsile subtile ac grande, seu cbozzonem siye lenam opère plumario contextam... mensasque omnes operimentis mandayit glizinis yestiri. Sed et foris ostium refectorii ejusdem texturss manutergiœ sont bine et inde suspeni». » Confratemitas inita inter monast. S, Galli, ac... jédolùeronem Augusta* jumi, etc. A. C. Dccccyni. (Codex diplomaticus Alemanniœ et Burgundiœ Trans^ Juranœ, etc., éd. P. Trudpert. Neugart. Typis San-Blasianis, i791, in-4'*, tom. I, pag. 549, 550, n** DCLxrn.)

* Voyez ci-dessus, tom. !•», pag. 98.

* c Quadraginta duas capas processionales , quas qiiidem omnes sont de pannis anreis yel sericis vel meiamel... Item aliud nobile et pretiosissimum in unnm pâli dÎTersorum colorum sine auro , vocatum Yulgariter pâli Tubel. » Invent. des reliques, des ornements et des livres de l'église Saint- Amans de Rodez, 13 juillet 1313. (Bibl. nat., collect. Doat, tom. CXXXII, pag. 122.)

* « . . . majores camisiœ mese et quatuor paria magnorum linteaminum et mas gnimplas et m^ora/ et tot&s mas toalhas et mei mantil... Tendantur, » etc. Histoire généalogiqne de la maison dt Auvergne^ par Baluze, preuY. du Ut. II, tom. II, pag. 257.

du Glossaire de du Gange % ce mot est un terme espagiK désignant une espèce de robe de femme , et il y a grand apparence que dans Tacte en question il s'agit d'un obJ4 semblable. L'inventaire du 13 juillet ne se retrouve pk dans les archives de la mairie de Rodez; mais il y en a plu sieurs autres d'une date postérieure, du xv* siècle surtoul A ma prière, M. Bion-Marlavagne, archiviste du départe ment de l'Aveyron, en a parcouru quelques-uns, aGn d retrouver, non pas exactement le mot qui m'embarrassait car, comme moi, il croit que ce mot a été mal copié, mai un mot à peu près semblable. Or voici tout ce qu'il a pi découvrir. Dans un inventaire des reliques et ornements d l'église de Saint- Amans, de 1439, à l'article des chasuble Tersood. (^de los capos missuls)^ on lit : w Item autra capa de tersont nègre dobrada de tela persa sens gamimens. » Le mot ter sonel^ quoiqu'il diffère du mot meiamely qui nous occupe n'en diflere pourtant pas assez pour qu'il ait été impossihL à un copiste inintelligent de les confondre et de transcrir l'un pour l'autre. Le tersonel était, si je ne me trom|>e un tissu de laine*.

* Glot*. med, et inf, latin*^ toia. IV, pag. 345, col. 2.

* Cependant on lit dans trais aitides d'un ancien inventaire de i'église du Put en date de i 444, teno/mm de limo, et dans le dernier il est spécifié que rétoffe étai de fabrique française, operis Fnncue. Voyec le Glossaire de du Gange, tom. II pag. 639, col. 2, au mot 'Coto, et tom. VI, pag. 557, ool. i, au mot Tersonum n<* 1. La citation qui s'y trouve d'un passage d'un autre inventaire de l'an 1449 dans lequel il est question d'une robe de verre avec un coUct renversé doublé d unenet, suffirait à elle seule pour pronvier l'existence d'un tissu de ce nooi^ révo quée en doute par les Bénédictins, qui proposent de lire tersonum au lieu de ter sonum»

Dans le testament de Baudouin III, comte de Guines, qui porte la date de 1 244 on lit : « A Robert d'Acbiel mon gnmt palefroi e mon baubergh, et mes cauche de toeienet et unes couvertures de fer. » (Histoire généalogique des maisons d

£o supposant même que le mot meiamel soit exactement copié 9 je ne crois pas qu'il puisse être autre chose que le nom d'une étoffe y et encore d'une étoffe assez commune , en laine, par exemple. Le texte cité ne le fait-il pas supposer ? 11 ne mentionne que des capas processionales ou ce que l'on nomme aujourd'hui des chapes, et ces chapes sont rangées suivant l'importance des étoffes. Ce sont d^abord des chapes en drap d'or, puis des chapes en simple drap de soie; viennent enfin, et doivent nécessairement venir, des chapes d'un tissu moins précieux, de meiamel^ ou de laine : ce que je crois être la même chose. En Rouergue, les tissus de laine étaient autrefois fort employés pour les ornements d'église; cet usage s'est conservé jusqu'à nos jours.

Reste le paile appelé tubeL Ce nom était*il celui d'une Tai>ei. étoffe courante? Devine qui pourra, en s'aidant ou non d'un passage cité par D. Carpentier^ Pour moi, je suis assez tenté de croire qu'il s'agit d'une tapisserie qui portait le nom de la personne à laquelle l'église de Saint-Amans en était redevable. Dans les écrivains du moyen âge il est à chasabie»,

1 11 1111 i> ornementa con-

tout moment question de meubles semblables et d ornements conservés dans les églises sous le nom du donateur. C'était, par exemple, à Saint- Alban, la chasuble du pape Adrien *, et à Canterbury, l'ornement appelé Florie^ du nom

Guiaes, ^Ardres^ de G4utd et dt Coucy^ €tc.» par André da Ghetoe, preoT. dn lÎT. y y pag. 283.) A mon toar, je propoaerai de lire unenet, tout en ngrettant qoe toeUnet ait été omis dans le Glossaire de du Gange.

• Gloês. med. et inf, Latin.^ tom. VI, pag. «91, col. 2, t« TuM.

* t Adm"M« papa, de Sanisti Alfaani territorio oriundas... dédit etiam insigne paUiam, qaod dominns impermtor sibi miaerat... necnon oapam onam choralem, ande jam fit casola qpm nomen Adriani retinet his diebus. » Nùtmaa henefaetomm ahhatàmStmctl Albanie apud Dagdale^ Mcnast, Angiic», tom. £1, pag. 3fS, ool. 2.

serves sous le nom da donateur.

de l'abbë de Saint-Âugustin Hugues Flory, qui l'avait fa faire\ Il est vrai de dire , cependant , que si tous les oriu ments conservés dans les églises portaient autrefois un noi qui servait a les faire reconnaître, ce nom n'était pas toi Difficulté jours celui d'un donateur. Souvent exécutés aux frais c désignation de CCS égUscs OU avcc des étoflcs dues à la libéralité de pe ments dVgiisr. sonucs obscures, ces ornements étaient désignés d'une façci qui défie la sagacité la plus exercée. En effet, pour n'en cit< qu'un ou deux exemples , qui pourrait découvrir la raiso pour laquelle on avait appelé orbis terrarum l'ornemei tissé et donné par la reine Adhélais à l'église de Saint-Denii qui, à ce qu'il parait, eu possédait déjà un autre sous le mém nom % don de Charles le Chauve? Le moyen aussi de savo le motif qui avait fait nommer ibi et ubi une chape que l'o voit figurer au nombre des richesses de l'ancienne abba) deCroyland, au commencement du xv* siècle*? Peut-éti avait-on retracé sur cette chape le souverain pontife donnai sa bénédiction urbi et orbi^ mots inscrits sur le tissu.

* «... capam pulcherrimam, casulam, albam cum stola et manipnlo auro gemmis mirabiliter coutextas, quœ uaque in bodiernum diem Floriœ vocantu fieri fecit. » Chronica Guill. Tkome mon. S. Augustîni Cant,, etc., cap. ix, § (Hist. Angîic, Script, JT, tom, I, col. 1796, lin. 8.)

• HelgMi Floriœ. mon. V'Ua Roberti régis, cap. xiv. (i!«c. des hist. des GauU etc., tom. X, pag. 104, D.)

On sait combien le roi Robert, fils d'Âdhélais, se montra généreux envers 1 églises : on écriTain contemporain, dont le récit précède celui d'Helgaud, doi apprend que le pieux monarque axait reçu de Tempereur Constantin, avant 1021 une multitude d'étoffes de soie. Voyez Giabri Radulfi Histor. , liv. IV, ch. v pag. 52, D, du même volume.

' a Etiam capam nnam rubeam principalem, gemmis et auro desuper conte: tam, communiter vocatam Ibi et Ubi^ similiter fieri fecit ^Ricardus abbas Cro> land.), ad valorem centum marcarum ssepius appretîatam... Emit insnper pann< olosericos falconibus aureis intextos, pro septem capis inde fiendis... Alium qu* que pannum pretiosum de cocco bis tincto floribus aureis similiter intextum... i

Le nécrologe de l'église de Paris signale deux vêtements semblables spécifiés comme étant d'une étoffe appelée cangiurn^. Sûrement elle ne doit point être distinguée du canceum ou canzeum , dont étaient faits un pluvial et une chasuble mentionnés dans un inventaire manuscrit du trésor du saint-siége en date de \ 295 * ; mais quelle était cette étoffe ? D. Carpentier, au second de ces mots , se contente de dire qu'il servait à désigner une espèce de drap, après que du Cange était allé jusqu'à conjecturer que ce pouvait bien être une étoffe changeante. Si je ne savais pas que les Arabes avaient , ont peut-être encore une étoffe appelée kandj^^ je

Cangiam,

caoceam oa

canzeum.

Étoftes cliangeanttfft pendant le moyeu Age.

formam merito principalis vestimenti transformavit. » H'utoriœ Croylandensis Continuatio , apud Th. Gale, Rtrwn Anglicarum tcrîptorum tfeterum tom. I, pag. 514.

' • Dédit duas cappas de cangio yiridi. » Necrol. eecl, Paris, 17 kl. Juliiy in Gloss. mtd. ei inf. Latin., tom. II, pag. 92, col. 2, v« Cangium^ n* 1.

* « Item uDom pluviale de canceo rabeo cum aurifrixio de opère Ciprensi. .. Item unam planetam de canzeo Tiridi. » Ihid,, pag. 86, col. 3.

' « ... la Ahiiah que l'on donnait à ces Arabes, était formée de l'étoffe appelée sommât^ ou de kand/. » Histoire des sultans mamlouks de V Egypte^ tom. II, 2' part., pag. 70, ann. 697 de Thégire (1298 de J. G.).

Le nom d'étoffe accolé ici au mot qui nous occupe, me rappelle ce que j^ai dit précédemment, tcm. I*', pag. 260, du samadan mentionné par Tun de nos anriens trouvères, et me fait douter d'être tombé juste en essayant d'expliquer ce mot à l'aide d'une conjecture qui le ramène à notre substantif /amiV. Peut-être suifr-je plus fondé à donner celui-ci pour racine à sdmmat, 11 est de fait que, malgré l'état avancé de l'industrie de la soierie en Egypte, en Arabie et en Perse, les étoffes de Jloum, ou de l'empire grec , étaient généralement préférées en Orient, Voyez Extraits des historiens arabes relatifs aux guerres des croisades, par M. Reinaud, pag. 277, en note. Firdousi veut-il donner la mesure de la joie avec laquelle Zohac accueillit le tablier de Feridoun, quand il lui apparut sur la pointe d'une lance, il nous dit que le roi le revêtit de brocart de Roum et l'orna d'une figure de pien-eries sur un fond d'or. (Le Livre des Rois, tom. I", pag. 91 .) Ailleurs (tom. II, pag. 575) , le poète parle d'un présent de cent robes de ce même brocart et d'autant de pièces d'étoffe de poil de castor et de drap d'or; et la comparaison qu'il établit (tom. III, pag. 407 ) entre des joues vermeilles et le brocart de Roum, semble indiquer la pourpre byzantine, du moins Tune des nuances de cette couleur; comme le brocan couleur de paon qui servait de tapis à une tente, dont il est question aupara* II. 8

S8 SUR LE œMfiERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

serais assez disposé à me ranger de son avis, en voyan combien est ancien l*usage de combiner ensemble un< trame d'une couleur et une chaioe d'une autre. Sans re monter à FantiquitéS je signalerai la description de costume qu'Alain de Lille, qui florissait dans la seconde moi tié du XII* siècle, a insérée dans Vun de ses ouvrages c< Un tissu de soie, nuancé de diverses couleurs, dit-il, ser vait de vêtement à la jeune fille, et les reflets mobiles et ya ries de ce tissu coloraient ses traits de teintes diverses*. >

▼ant(pag. 313. Cf. pag. 305), paraît te rapporter à une étofTe changeante Plus loin (pag. 619), on voit le brocart de Roum employé pour un ensevelisse ment, ce qui, joint aux autres mentions de cette étoffe semées ci et là dans h poème (tom. III, pag. 299, 309, 3{i), achève de nous convaincre du haut pri> qu*y attachaient les anciens Persans. Non pas qn*ils tinssent peu de compte de leurs prodniu en ce genre ; bien au contraire. Par exemple, Firdousi, parlant d'un présent fait à Rustem, nous dit (tom. I*', pag. 567) qu'il se composait, entre autres choses, de cent mules chargées de brocart magnifique , venu du pays d( Roum, de Chine et de Perse. Dans un autre endroit (tom. II, pag. 35i ) , ce sont trente charges de brocarts et de trônes couverts de soie tirée de l'Egypte, de la Perse et de la Chine. Les soieries de ce dernier pays étaient , comme on le voit aux fréquentes mentions qu'en font les écrivains orientaux ( te Livré des Rois , tom. I«',pag. 207, 503; tom. Il, pag. 213, 333, 357, 537; tom. m, pag. 79, 179, 219, 315; Hîst. des suit, mamhuks, tom. I*% pag. 2li, etc.], tenues en aussi haute estime que celles de Roum.

Pour ce qui est des étoffes de l'Egypte, nous ne reviendrons pas sur ce que nous en avons dit plus haut, tom. I«, pag. 277-283, si ce n'est pour renvoyer à V Histoire des Mongols de la Perse, publiée par M. Quatremère, tom. I*», pag. 404, not. 191, col. 2, et à VHist, des suU. mamlouh, tom. II, 2* part., pag. 72-75, en note. Plus loin, pag. 252, not. 51, il est question d'une étoffe de Baalbek, ou Baalbeki. Les Nouvelles Annales des voyages, février 1852, pag. 135, renferment également une note de M. Oefrémery sur les tissas de coton blanc que l'on fabriquait dans cette ville de Syrie.

• Voyez sur les habits nuancés que l'on remarque dans plusieurs peintures antiques, V Histoire de Fart chez les anciens^ par Winckelmann , liv. IV, ch. v, édir. de M. DOC. Lxxxix., in-8*, tom. II, pag. 166.

» « Vcstis autem ex serica lana contexta, mnltifario protecta colore , puells pelli serviebat in usum, quem discolorando colorans alteritas, multiplici coloi-e alterabat. • De Planctu Naturœ, pag. 284 nh. edit.

Au milieu de ses fictions poétiques^ Conrad de Wûrtzburg, qui écrivait au xiii* siècle, donne parfaitement à entendre que le vêtement d'Hélène était tissé de même \ et une peinture murale de cette époque , dont on voit encore des vestiges dans la tour de Veyrines, près de Bordeaux', nous montre des personnages habillés d'étoffes changeantes. Enfin , s'il faut en croire le traducteur de la grande Chronique de Matthieu Paris , les chevaliers qui se pressaient à York aux. noces du roi d'Ecosse avec la fille de Henri III, roi d'Angleterre, se montraient c< fiers des riches étoffes de soie aux couleurs changeantes '; » mais en recourant au texte, qui seos des «dj» tifs

, . , transformatus

porte sérias et transi ormatis ornamentis superbientes ^ on tt mxuatorius,

appliqués aux

conçoit des doutes sur ce sens. Comme le f^t trè^-bien ob- iiai)>t^. server M. Huillard-Bréholles, transformatus n'est pas dans le Glossaire de du Cange ; en revanche on y trouve mutatoria, qui, appliqué aux vêtements, nous parait avoir la même signification , celle d'habits magnifiques * , tels que l'on en porte les jours de gala^ où l'on change, où l'on transforme plusieurs fois sa toilette , comme dans une circonstance rapportée par un autre historien \

* Diatribe de Conrado Herbipolita^ etc., pag. 48, col. 2. Voyez plus loin, pag. 71, en note.

* Indépendamment du style de ce monument , nous avons , pour en fixer la date, un acte du 26 août i290, dans lequel ub roi d'Angleterre s'exprime en ces termes : « ... dedimus licentiam... Âmoldo de Blancfort, quod i|Me manerram suam de Vitrinis... muro de petra vel de palo includere possit. » Rot. Vascon. in TurriLondin. anno 18 Edw. I. [Lettres de rois, reines et autres personnages, etc., pufal. par M. GhampoUion-Figetc, tom. I*% pag. 375, n<^ ccLX9txnr.)

> àk*tk. Par'm, UUt. nug., sab. ann. 13K1 ; éd. I..ond. 1640, pag. 8^» lin. 41. — Grande Chronique de Mattkteu Paris, etc., Paris, Paulin, 184^, in-8*, tôm. VU, pag. 246.

« Glôss. mêd. etinf. latin., tom. IV, pag. 992, col. 2, v^ Hutatoria^ n* 2.

* c Les cheraliers estoient vettns de dras de diverser couleurs. Une fois croient

Paiiot. Si nous avons été assez heureux pour déterminer le seii

des mots cangium, canceum, canzeum, il est fott à craindr que nous ne le soyons pas autant pour rendre compte de c Ëspiicatiou que Ton entendait à la même époque par pal/ot. Le confes 'pjri«**M™Sr seur de la reine Marguerite rapportant que saint Louis , dt puis son retour de sa première croisade, ne couchait jamai sur la paille ni sur la plume , ajoute qu'il reposait sur un li de camp, u sus lequel l'en metoit un materaz de coton cou vert de paiiot, non pas de soie^ » L'éditeur de cette relatîoi écrit en marge de ce passage : « Un matelas de coton couver d'un pavillon, ou d'une couverture qui n'étoit pas de soie; mais il me semble avoir fait erreur, Fauteur ne voulan mentionner que TétofTe du matelas, qui, en raison de li condition du personnage, aurait dû être recouvert d'uni enveloppe de soie*, et cette particularité que le saint roi ] couchait sans autre paille ou paillasse. Dire en quoi consis tait l'étofTe appelée paiiot me parait impossible , tant qu< Ton n'aura pas d'autres exemples de ce mot; en attendant ce qu'il me semble à propos de faire, c'est de corriger le glossaires de du Gange , de D. Carpentier et de Roquefort " où paiiot n'est pas seulement expliqué par étoffe, aorte de toffe, mais encore ^r pauillon, coui^erture, sens qu'aucui texte n'autorise à donner au vieux dérivé àe pallium ^ qui après tout, n'est peut-être que le mot paile habillé à h provençale.

en Tair et l'aatre en gris, en yen on en escarlate, et en plusieurs autres nobles cou Jeurs. » Les grande* Chron. de France, etc., éd. de M. Paris, tom. Y, pag. iO,

* Histoire de saint Louis^ par Jehan sire de JoinTille, édit. du LooTre» pag. 368

* Voyez Comptes de F argenterie, etc., pag. 186.

^ Gtoss, med. et inf. Latin,, tom. Y, pag. 31, col. 3; tom. YII, pag. âî)! col. 3. — Ghss, de la langue romane, tom. II, pag. 292, col. i .

Pliis prudent pour les mots carda . cardis, que Ton ren- card., cardis. contre dans un inventaire de la cathédrale de Saint-Paul de Londres dressé l\ la fin du xiii* siècle, trop prudent peutêtre, le premier, le plus illustre des savants que nous venons de citer, s'est borné à rapporter les passages où se trouvent ces mots, sans chercher à les expliquer. Venu après lui, D. Carpentier s*est hasardé à le faire en disant qu'ils sem* blent désigner une espèce d'étoffe. Nous sommes complète* ment de cet avis, sans pouvoir malheureusement rien y ajouter. Nous Ferons remarquer, cependant, qu'il résulte des carde» en hd,

bleues et jaunes;

exemples allégués par du Cangeet par les Bénédictins, qu'il copjeetM^ «ur

ywk * • ncbeaBc %t le

y avait des cardes en lin, pareilles à des étoffes de Venise, prix de cette qu'il s'en trouvait de bleues et de jaunes , et que ce tissu ne pouvait être ni bien riche ni bien précieux , puisque dans le tonlieu de l'église de Saint-Bertin et de Saint-Omer, la charretée de cardes est imposée à onze deniers \

Si, au lieu de nous borner à des recherches sur les étoffes de soie , les draps d'or et d'argent , et autres tissus plus ou moins précieux , nous eussions entrepris un travail sur l'industrie textrine en général, ce serait maintenant le moment de passer aux tissus de laine et d'en suivre l'histoire depuis récarlate jusqu'au blanchet*, au biset*, au rous-

* Glots. med. et inf. Latin, y tom. II, pag. 174, col. 3.

* c Item pauperibus Qiruti fiant MM. tunicas ad induendiun eos de blancheto. > Nota tsttam. Guigon. daiph.f etc. (1333), apud Valbonnais, Histoire de Dauphiné^ tom. II, pag. 236, col. d. Cf. Gloss. med. et inf. Latin. ^ tom. I, pag. 698, 699, v** Blanchêtum^ blanehetus^ blanketus, èianquetut.

' Une gonnele de biset li dona.

Roman de Guillaume tPOrange^ Ms. n* 6986, foK 903 veno, col. 4, V. 36.

. L'italien avait une expression correspondante, employée par Arioste, Orlando furioso, cant. xin, st. 38. On disait aussi griset : « ... tuDica lata talari ^xgrîseto

lielleséliofiM.

set ^ ; mais , quelque interessanl qu'il puisse sembler, ce sujet ne rentre pas dans notre cadre, déjà si lai^e : nous laisserons donc le soin de le traiter à celui qui voudra le prendre, tout en regrettant de ne pouvoir encore dire un mot de ces draps d'Ahbeville déjà fameux au xjii* siècle', de ce vert de Gand et de Douai , cite dans le Roman du Renart*^ de ces bons pers d'Ypre, de cette bonne draperie de Bruges et de Saint-Omer que Tun de nos anciens trouvères a l'air de compter parmi les dras de pavage ^ et qu'il nous rejMrésente étalés à la foire de Troyes *.

Sans doute c'était le moment des foires que les maride cbands de belles, de riches étoffes, choisissaient pour venir

bene fiisco uterqae indutus erat,» etc. Chronique du Religieux de Saint-Dems, iiv. X» ch. i«% ajiD. 1339; tom. I", p«g. 588. Cf. Radulf. de Diceto, a Cangio laudat., tom. III, pag. 568, col. 3, Gloss. med. et inf. Latin.

' Étoffe de drap brun. Matthieu Paris, rapportant, sous l'année 1251, la mort de Cécile de Sanford, veuve de GoiUaiuiie de Garhain , chevalier, nous dit qu'après le décès de son mari, elle fit vœu de continence et re^ut Panneau de fiançailles et la robe de roustet^ pour les porter en signe de célibat perpétuel. Voyez VHistoria major, édic. de 1640, pag. 818, lig. 46.

On lit dans un ancien poème écossais :

A rou4t€U goun of hir awn acbo him g«if ApoB bi» ifreyd, ai ooverid ail ifae layff.

fFallaee^ bake fynt, t. 239, «dit. of mdqocxxx, in-i", pug. 8.

* Voyez le Glossaire de du Gange , au mot Aboviicy tom I", pag. 27, col. 2. ' Tom. rV, pag. 56.

4 Ni ja drapi deparatge poichas no Testino ,

Mas tapas groasas , bnioas, que mai» lor dnraran.

Bistoirm de iaeroisade contre les hàràtifmes mUn^eois, |Mig. 400, V. 1986.

* Delà Bourse pleine de mim» par Jehan li Galois d'Aubepierre, v. 74, 104, 173, 362. {Faèliaux et contes^ tom. UI » pag. 41, 42, 44 et 50.)

Dans le Bomem de Gann le lahereùn^ les oncles du jeune Hervis le gourmandant sur ses dépenses à la foire de Lagny, lui disent :

Por coi detpant et l'argent et Tor fin Que te chargait li tiem perea Tbieri«

dans un pays : indépendamment des affaires de leur commerce, ils y trouvaient des plaisirs de toute sorte, nommé- Musique ment de la musique pendant leur voyage * et leur séjour"; ""^ffj' néanmoins ils arrivaient quelquefois en dehors de ces ^^^^ époques. Tristan malade, désirant revoir Yseutf la Blonde, dit à Kaherdin, qui se charge de se rendre auprès d'elle :

Peraez [ijcest anel ou vus...

E quant en la terre venez , En curt marcheant vus f[e]rez R porterez bons dras de seie.

LeHomanJê THttan, fom. II,pag. 56, v. 4484.

Le fidèle Kaherdin

Meine bêle bachelerie , De seie porte draperie , Danrée d'estrange colurs

Por aporter à la foire à Laigni

Por «cbater «t del rair et del grn ,

Des dras de Flandres , des joalx de Paris ?

Ms« Mi tosos se sNMiv'UenBa'iB iHBcais b^ tSvv^ Iota .vî. recto col. 4, T. 44.

' Li marcheant n'ala pas à la foire ;

Oo Toille on non VÎTÎen i envoie; .oec. trossiax H a lÎTré d'emploite Et .eoee. de gent ifni soat coctoise.

Vienent à mer, si entrent as atoÏTres, En mer s'empaingnent et dreoerent lor Toilles. lÀ jugleor leanz les esbanoient , etc.

Les Enfances Fwien^ Bis. n* 6985, fol. 177 recto, col. S, v. 33.

* Dans un roman qoe nous citions toat k Pkeure^ le danoisel Hervis se donne ce divertissement à la foire de Lagny :

Après soper commence adonc à violer Et diancesons d*amors bellement et siief ; Et Herris Tesconta , li gntia et li bars... Un blial osterin doua à menestear.

Roman de Garin le Loherainy Ms. du CmmIs de Saint-Germain français n* 4244, Col. .sxj. verso, col. 4, v. 5.

précieux.

E riche veissele de ctirs»

Vin de Peito , oisels d'Espaigne , Pur celer e covrir s'ovraingne Cornent venir pusse à Ysolt , etc.

Ihid., pag. 61, t. 4 309.

En un port a sa nef ancrée , A sun batel en va amunt Dreit à Londres , desuz le punt ; Sa marchandise iloc descovre , Ses dras de seie pleie e ovre.

Ihùi.,p»g. 64, y. 4 374.

MarcbaodrusM DdDS UDC sHgd islandaise , cest un marchand russe assis, probablement dans la rue, si ce n'est au marché, et oflranl eu vente un manteau précieux entièrement tissu ou broché d'or, que se disputent les pourvoyeurs des rois de Norvège et de Suède *.

Admiration Ces vétements , ces étoffes, transportés par le commerce

des Occidentaux > i, • i i

poar les belles d 'Orient cu Occideut , ou 1 on avait la plus grande estmie

étoffes de f . , .

rorient. pour Ics articles ouvrés de mains de Sarrasuis^ ^ y excitaient

* Narratiuncula Je Hauko Hahroka, cap. i. [Scripta historica Isiandorum, etc., Tol. X, Hafnûe, 1841, in-8% pag. 184.)

U existe une dissertation de Rasmussen intitulée De Orientis Commercio cum Russia et Scandinavia medio avo^ etc. Hannîae» mdcocxxt, etc. , in-4° de soixante pages ; mais c'est bien peu de chose.

3 En mi aToit .i. escbequier

Paint à aznr et à fin or ; Par grant savoir le firent Mor.

Roman de Percevais Bfs. suppl. fr. ii'ébO, fol. 4 4M \fT<»o, col. 3, y. \Z.

Mont fu li très de grant valor...

Là s^adrederent li Romain...

Sans demander, le roi connrent As riches eevres ki i forent , As riches onrres de fin or ; Plus riches ne fisent aine Mor,

une telle admiration , que plus d'une Fois les trouvères les Les trowrhn»

les repréacDtent

représentent comme tissés par les fées, ouvrières fantas» fréquemment

comme tissées par les fées.

Ne plus ciere ne pins eslite N'isci del roiaume d'Egypte , etc.

lyAtis et de Prophelias, Ms. de la Bibl. nat. n«7l94, fol. 406 verso, col. 4, t. 20.

Li ciereciaos en fu tous d'or.

En Egypte le fisent Mor.

A cieres perres , k esmaus, En fu devant tous U frontans.

Ibid., fol. H 4 recto, col. 2, t. 17.

The pavyloun was wroutfa for sotbe, T wys , Ail of werk of Sarsynys.

Launfaly by Thomas Cbestre, part 4st, ▼. 265. {Ane. EngL metr. Rom. y vol. 1, pag. iSi.)

Froissart, parlant des engin» qui en 1345 battaient en brèche le cn&tean de la Réole, ajoute : « Mais trop petit Pempîroient; car ils estoient... oorrés jadis de mains de Sarrasins, qui iaisoient les soudures si fortes et les ourrages si estranges, que ce n'est point de comparaison avec ceux de maintenant. » Chroniques de sire Jean Froissart, Ht. !•'', part. ï", ch. ccxxxix ; édit. du Panthéon littéraire^ tom. !•% pag. 199, col. i .

Ce passage, comme un autre relatif à Carcassonne, qui se lit plus loin, part, ii, ch. XIX, pag. 316, col. 3, aon. i3S6, semblerait devoir se rapporter aux Romains, dont les constructions étonnaient nos ancêtres comme elles nous étonnent nousmême, et qui, en leur qualité de païens, étaient rangés parmi les Sarrasins (roy. Actes de C académie de Bordeaux^ quatrième année, 1" tri m., pag. 109-113). Mais on passage d*un auteur subséquent nous donne à penser que, dans Fesprit de Froissart, il s'agissait bien de ce que nous entendons aujourd'hui par Sarrasins, Berry, après avoir rapporté la triste aTcnture de Charles de Savoisy, en 1405, sa eondamnation et ses courses contre les musulmans, ajoute : « De plus, il fit construire son hostel ou chastel de Seignelay au pays d'Auxerrois, moult bel par des Sarrasins qu'il avoit amenés d'ontre-mer, » etc. Voyez YBistoire de Chartes FI^ rof de France^ par Jean Juyénal des Ursins, édit. de D. Godefiroy, pag. 414.

Un autre écrivain contemporain, après avoir parlé des danses sarrasines, c'estâ-clire sans doute de la morisque, que l'on exécutait à la cour de France, en 1393 (Chron, du Relig. de Saint'Denft, liv. XIII, ch xvi; tom. U, pag. 66), rapporte que les Parisiens ayant mis le feu à Bicétr/, hôtel du duc de Berry, la flamme dévorante le consuma presque en entier, à l'exception cependant de deux petites chambres d'ouvrage sarrasin, que miro opère et sarracenico subtiiiter sculpte erant, ( Md., lib. XXXII, cap. XXXI, ann. 1411 ; tom. IV, pag. 520.)

tiques que l'un d'eux nous montre vêtues de robes de se blanche, couleur affectée aux hôtes de l'autre monde * :

' Dq>iiis Pantîquitéy la couleur blanche a été inTariablement affectée au c tume des êtres surnaturels et des bienheureux. Sans parler de Dieu, apparu p d'une fois a long yestu de robbe blanche, et d'une hucque vermeille par-dessou {Journal du règne élu roy Charles ^11, à la suite de VHutoire de Charles VI^ \ J. JuTenal des Ursins, édit. de D. Godefroy, pag. S14), les anges étaient prii tivement représentés entièrement rétus de blanc, ou portant un manteau lîlanc une tunique bleue. C*est ainsi à peu près que les dépeint saint Grégoire de ^ zianze. ( Oral, XXIII et XXIV.) Deux écrivains monastiques latins d'une époq postérieure, nous font voir chacun un ange, l'un sur la sépulture de saint Outri et vêtu de blanc [VUa S, Austregili^ etc., n« itt, ap. D. Mabillon, Acta SS, or S. Bened,^ame. n, pag. 9S. Cf. pag. 147 } , l'autre, d'abord yètu de pourpre, pt de blanc (yisio Wetlni mon, Jug., A. G. Dcccxxiv ; i^'ù/., sec. iv, parsi, pag. 26 966. Cf. pag. 278 } , et un poète nous dit que les anges étaient vêtus de lin : a Ai gelicas vestes festo candore nitentes, - Veste profanari non patiuntur Ovis. De Comfi. Ovis et lUd^ ap. du IférH, Poès, pop, lai. émt. au xn» siècle, pag. 39; Dante noua montre im ange vèin dé bUno ( Del Pnrgatario^ eant. xn, st. 31 . C cant. n, st. 9). BbÉb, «d ancien po^te espagnol représente deux anges sous forme d'hommes vétoa detteare. [Loorm de Nnestra: 3e§iora , oopl. 133, ap. Sar chez. Col. de poes, eattell., tom. U^ pag. 360. Cf. la rida de santa Oria^ eopi. 4' pag. 441, et copl. 143, pag. 453; Us Mss.fr, de la Bihl, du Roi, tom. Il, pag. 2< et Iconographie des anges, par M. Didron, dans les AnmalesareMologitfues, tom X 6« livr., Paiîa, nov et dée. 1951, pag. 3SI6-3tt, III. ^ Costume des anges) , etc Le même poète attribne la oovkur blanoke à l'Ame, à laquelle il donne la forn d'une oolombe. (àftlagww de 19, S., oopl. 600; iàid,^ pag. 364. Cf. pag. 439, rk de santa Oria, copl. 30.)

Ailleurs , le même rimmnr parle du chsewr des martyrs eon sus amitos Mancot qui se rendirent en prooesiiêii pour recevoir saint MiUan. (rida de S, Millan copl. 306,' ap. Sandiexy tom. II, pag. 152.) News les retrouvons dans le Te Dew (Te martynuB candidatos^hindat excMitiia) , et, bien avanc D. Goncalo de Bercée saint Jéartme noua «vait montré Fermite sKint Pàvl montant au ciel, vêtu de blanc (ritaS. PauH eram., in S, E, Sieron, Op., tom. IV, pars ait. Paris., h.dcc. vi in-fol., eol. 73.) Un antre hagiographcy racontant pareillement la mort d'u saint, assimile la robe blanche à la béatitude étemeÛe. ( rita S, Remigii, se. a Hincmaro, cap. lx; apad Surium» ritmsanet., tom. I, pag. 200.)

Toutes les apparitions de saints, comme celles d'anges, se manifestaient en ha bits blanoa : « CcslioolsB terris parère legumur in albis; — Si qubties veniunt nuntîa hst» femnt. » De eonft, Ovis et Lini^ ap. du Méril, Poés. popul. ht. antét au xn* nèdot pag 394. Cf. Transi, et mirac. S, Johan, ahb. Reom., cap. i, ap. I) Mabillon,. Acta SS, ord. S. Ben., sa!c. i, pag. 639. — Revel, eorp. S. Àiutrem.

Les dames dont je di si estpient faées. Qui si très-noblement estoient acesmées.

ap. Labbe, Nov, BibL man, libr,, tom. Il, pug. 500. —^Quad. Mine, B. Zoyli^ cap. X. [Espana sagrada^ tom.Xypag. 514, trat, 33^ apeod. IV.) — Fita S, Sieph. Grandimont.^ cap. xxm. [Fet, script, et mon, ampl, ColUct., tom. YI , col. Ii06, B.) — Ermoidi Nigelli Carm. eleg,^ lib. IV, ap. Murator. , Rer, /tal. Script,, tom. Il pars ait., col. 77, C. — Chron, S. monast. Casin., lib. III, cap. xlv; iiid., tom. IV. pag. 461, col. %,ï), -^ Chron, dé Rùh. P^iscart^ Ut. I<r, ehap. XYin. [VYit, de li Norm., pag. 290.J — Chron, de Lanercost^ A. D. 1226, pag. 34. — Hist. Olavi Tryggvii filii^ etc., pars n, cap. ccxxxix. [Scripta hist. Island,<, vol. II , pag. ^^^. De Fistone Thorkelis Caudœ.) — D. Gonzalo de Berceo, Fida de S. Miilan, copl. 437, ap. Sanchez, tom. II, pag. 469. Dans une des romances daGd, saint Lazare apparaît au héros vêtu d'habits blancs. Voy. Rom, east., édit. de 1844, n« 90, tom. I*', pag. 1S4, eoL I. >

Dans une autre (Bom, de rom. cah. 4 hîM*^ éd. de D. Ag^ Duran, in-8®, part, n, pag. 149), le poëte dit que le Gd portait un burnous blanc qui lui donnait Tair d'un empereur : telle était, en effet, la couleur affectée aux empereurs romains, et à présent aux papes, sans doute par suite d*une apothéose anticipée : « Quam pntas, dit un historien des arcberâopBes de Trêves, soiosPannétf 1148, pompam processionis in die sancto fuisse, cum dominus (Ei]|^nius) papa cum nacco equitans, precedentibas cârdinalibus et episcoporum multitudine in equis albo coopertÎB, ad ecclesiam S. Paulini processît. » Fet. script, et mon, ampL Coliect., tom. IV, pag. 203, E, n« 75. Cf. Gloss, med, et inf. Lat.^ tom. III, pag. 68, col. 1, y Equus. Equi alhi ^ et adde Will. Tyr. arch., Hist. lib. XIII, an. cire. 1131, cap. xxvn(^«/a Dei per Franeos^ pag. 850, lin. 20); Rer, Ital, Script., tom. m, pag. 104, col. 2, not., etc.

Ordinairement le blanc était le symbole de la chasteté et de la virginité [ia Chronique de Rains, ch. xiv, pag. 104), comme le rouge indiquait la charité, le jaune la confession, le pourpre le martyre. [Ep. xxxn Ambros. Camald. ad Gas" par, mon,y ap. DD. Marten. et Durand., Fet. Script, et mon. ampl, CoHect., tom. m, pag. 190, D.)

Au rebours de chez nous, les habitants d'une certaine province de Tlnde dont parle Marco Polo (Forage de Marc Pol, éà, de la Soc. de géogr., ch. clxxxvi, pag. 210), préféraient le noir, réservant le blanc à la représentation du diable; bien difTérenU en cela des Tartares dont parle le même écrivain, auxquels 6îance vesteure semblait beneurose et bone. [Jbid,^ ch. lxxxix, pag*. 97. — Texte latin, liv. n, ch. XV, pag. 378.)

Chez les musulmans, les couleurs les plus approuvées èont le blanc et le noir, le blanc parce que le prophète a dit î « Dieu aime ks* vêtements blancs , et il a cféé le paradia bUnc* a Vm Jbiâlofîen ftfrionin dit m fti«a^t IVlo^^ du.preniicr loi d'Espagne , Abdorrahman P' : « Il portait des v4|£W^or^ bJimc*^ et ujpi. turban de

Leur cors furent plus blanc que n'est noif sor gelée % Et si très-chierement estoient atoumées , Car de couronnes d'or furent toutes dorées , Et de blans dras de soie estoient aoumées.

Extrait da Roman de Bntn de la Montagne, dans le Livre de$ Légendes, pag. S67.

dSr^anteau Dans UD autTc roman de la même époque , c'est un man- ^^iJt^t^ teau dont l'étoffe, fabriquée dans l'Inde par le moyen de la magie y avait été envoyée à la fille de Calcas :

En Inde la superior Firent .j. drap encanteour Par nigremanoe et par mervelle; N'est pas la rose si vermelle Con le jour est .v. fois u sis , Ne si blance la flor de lis.

Le jor est bien de .vij. colors^ Si n'a sous ciel bestes ne flors Dont on n'i voie portraitures , Forme , sanlances et figures.

même conleur. {Dict, dit. des noms des fét. chez les Jr., pag. 6, 7.)

En Espagne, pendant le règne des khalifes omayades, les yétements de deuil étaient blancs (i^i^., pag. 20]; ils le furent même plus tard (ibid., addit. et correct., pag. 434) , et cet emploi de la couleur en question n*a pas été inconnu dans notre pays, où les reines, comme chacun sait, portaient en blanc le deuil du roi leur époux.

Enfin, voyez des Couleurs spnboUques dans r antiquité ^ le moyen âge et Us temps modernes, par Frédéric Portai. Paris, Treuttel et Wûrtz, 1837, in-8«.

' Un autre trouyère témoigne en ces termes de la blancheur des fées, que Ton désignait également, comme on sait, par le nom de dames blanches :

C'est Aaliz , la cortoise henorée].

Une pacele, s'ott plus bUncbe que fée.

Les Enfances yivien^ Aïs. n» e086, fol. 200 Terso, col. 2, t. 3.

* Voyez dans le Livre des Bois, tom. I*', pag. i57, une mention de brocart précieux pareillement à sept couleurs.

Tos jors est frès , tos jors esl biax.

De ce drap fu fais li mandaus.

. J. sage poète i[n]diien ,

Qui o Galcas le Troiien

Ot esté longement apris ,

lÀ envola de son palis.

Ains hom ne V vit n'éust mervelle

Qui est ki tel cose aparelle ;

Car à si faite oevre bastir

Convient grant sens et grant avir.

Cest de Troies, lis. n* 6987, fol. 93 recto, col. 2, t. 67.

Au mariage d'Aubery, po*i« »i>p«i«i,

Desous .1. paile que fist fere une fée , **°* ■ **•• ^^•

Fu la roine benéite et sacrée.

Le Roman ^Ambery U Bomrfgoing. Roiiiu, 4849, in-S*, pag. 87.

C'était encore une fée qui avait fait la housse de cheval ainsi décrite par un trouvère plus ancien : Pour coi vous feroîe devis De sa sambue quele ele fii ?

Samis ne bon poille bofu Ne vausist à celui maaille.

La royne de Comoaille N'ot onques nul jour sa pareille.

De soie jaune, ynde et vermeille, Et fu toute ouvrée à Taguille.

Une fée l'ouvra em Puille A ses mains courtoises et bêles ; A fleur de liz et à rosetes Fu la sambue bêle et cointe , A Paguilette toute pointe , Desus le palefroy norois.

Boman de Pereeval, Mt. suppl. îr. n* 490, fol. 324, col. 4, T. 44.

Le manteau de la dame que Baudoin de Sebourg vit chez

70 SUR lE COMMERCE, LA FARPICATION ET L'USAGE

^le Vieux de la Montagne , avait été aus$i fiU)riqué dans une •in, fait duu une lie, sdus doute par une lee :

tie par one dame.

Le Viex de la Montagne à .iij. barons monstra Le noble paradis et le lieu qu'il i a. Bauduins de Sebourc , ossitost qu'il vint là , Regarde tout partout , pour savoir s'il verra Le plus bêle du monde que tant on li prisa. Sus un siège d'or fin une dame avisa... Une cote ot vestie, à che c'on me conta, Ouvrée de bourdure ; li maistre qui Pouvra , I mist trois ans , ou plus , moult grant avoir cousta. Les euvres furent bêles. Et le mantieus qu'elle a Fu fais dedens use iale que mer avirona. D'une ouvre sarrasine; une dame l'oMvray .vij. MIS i mîst au faire, chascun jour s'i hasu.

JU Hûmai^ de Bfmdum dfSfboure^ c^. va, t. 439; um, V^ pag. 361.

Maoteau Tout le monde a lu ce passage de V^^néide dans lequel le

décriu fugitif Énée, voulant reconnaître par d'autres présents ceux irgie. ^^ vient de lui faire Didon, lui envoie le manteau et le voile dont se parait Hélène : ' '

Munera praeterea , Uiads erepta ruinis ^ Ferre jubet» pallam signis auroque rîgentew , Et drcumtextum croceo velan^en ^çantho»

Omatus Argiv» Helenae , qpos îUa M7<^is, Pergama quum peteret inconcç«H>^^e jiiyipenaeofy Extulerat^ matris Ledas miri4>Â)^ doniipi,

p. Virgîl. , JSTneM , Ub. I , r, 6» I .

Deamptioa Uu poêtc allemand du xm* siècle , qui vraisemblablement

^rconrad de uc counaissait le chantre d'Énée que pouf en avoir entendu

°'^^' parler , mais qui plus sûrement avait lu le Roman de Troies

et la description du manteau de la fille de CalcaSy décrivit à

DES ÉTOFFES DE SOIE, D*OR ET D'ARGENT. 7i

son tour, dans son poéihe sur la guerre de Troie , une fobe et un manteau d'Hélène y qu'il représente comme faits de pliât f dansFlnde, par les nains et par emdiantement. Enrichie d'or et décorée de figures d'amimaoT, dé feuillages et d'autres ornements , également bonne contre la chaleur et contre le froid, l'étoffe de ces vêtements changeait de nuance sept fois par jour % de façon à dérober le secret de sa véri-

' Comme la brochure d*Oberlin est peu commune, et que le passage relatif au costume d'Hélène est curieux à plus d*un égard, on nous pardonnera de le donner

la en entier :

Sy trvoc Ton purpur eÎBe wat din wo de^ besfe plyit dM îe geucb kine oge ▼on golde totent bouge BÎht mohten in vergolle ban man ladi in sloifln Ynd tton nm golde an aUcn «nden Ex wax Ton wiaMn bcnden richeile nibt ventosen in India der grocen wart cr gewerket vnnd bcseit mit xoberlicber wiahcit ▼nnd mit 80 wrôntm Usten das sanrasin nocb kristen nie wap m> webes weirk In worbte ein beideni«b gattreik ▼nd lete vf in der konats font Dcr ex des tages siiben stant ▼eriuerte aine varwe Er wart geitellet gânre reibt ah ein Trisebe» roses rot Die meiatendiaft in dax gebot dio Ton xoober lau daraa dax er in biiender riite bran rné acb TerwaBdelt darin Damach Teikeret sinen scbin in oirxer wile nit xelanc ▼nnd wart gewerwet also blaoi* dax nie kdn lilige war so wis Dorcb siner wandelunge flis ▼ergax ein herze siner klage

Elle portait un babit de })oiirpre ,

c*était da meilleur pljrat

que Pon eût jamais tu ;

mille parures d'or n'auraient pas suffi

pour valoir sa dorure ;

il étinoelait d'or

d'un bout à l'antre.

De savantes mains n'épargnèrent rien

pour le doter ricbement.

Dans l'Inde la grande

il fut tissv et par&it

par l'art de la magie

et avec des arti6çes si étranges ,

qne ni sarrasin ni cbrétîsn

ne tissit jamais d'ouvrage aussi fin.

Des nains payens le tissirent

et y mirent tant d'invention

qne sept fois par jonr

il changeait de couleur.

Uaintenant il était d'un rouge

aussi frais qne les roses :

c'était reflet de la vertu

de cet art enchanlMir qui ffUsait

qu'il brûlait d'un rooge florissant

et qu'il se diingeait en cette couleur.

Peu de temps après, sans trop tarder,

son éclat se cbaBgMlt ,' *

et il devenait tèllèitient blknc

que jamsfis fléor de lis ne fut si bluuirhc.

Par suite de ces c-hsngemfcnts,

nn cAur oubliait ses peines.

Habite de ClarmoiidiDe.

Ile habitée par les fées.

72 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

table couleur, aussi problématique que celle des habits de Clarmondine :

Vestue en d'un drap d'outre-mer Molt merveilleus et molt divers; Car il n'ert blans ne noirs ne peni Ne vers ne jaunes ne vermaus :

C'estoit uns drois adevinaus , Qu'à paines pooit nus sauvoir Quel ooulour il pooit avoir.

Li RomoHt de CUomades, Hb. du fonds de la Yalliere n" 52, fol. 457 recto, col. 2, y. 24.

Ces nains, ces fées, qui ne se bornaient pas à tisser, à broder de belles étoffes, mais qui forgeaient aussi et ciselaient des armes de prix ^ , habitaient , au moins les fées ,

sua endert er aieh aile Uge Ze uben ûten blanc g eaehen nmd se aiben ûten rot damit er was betwongen Zwiscben den wandelangen •cfaeiii ie denelbe plyat

daz mao geMch mit handen in al der welde landen nie Teber werk gd>ilden Dec nmen Tund des wilden ein wonder was daran geleit.

Das Btnond in glanlsen ricbeit gescbepfts als ei konde lieben Och waren loeber vnnd rieben dor Tf genat mit golde friicb Dax tier der TOgel Tnnd der Tisdi rtuont fî dem troch reine , etr.

De telle manière il changeait chaque jour qu*i1 apparaissait sept fois blanc et sept fois ronge :

c'est à quoi il était destiné.

Entre ces changements, !« même plyat arait Papparence d'être tellement brodé avec de la soie, qne Ton n'avait jamais Tn , dans tous les pays du monde , ouTrage pins fin fait à la main.

Tant apprivoisées qne sauvages (c'était là une merveille}, s*7 trouvaient, dans une brillante richesse , des créatures qne Ton aurait cm vivantes. Il 7 avait aussi des feuilles et des ceps de vigne, cousus dessus avec de Tor frais.

L'animal , l'oiseau et le poisson étaient sur le drap dair, etc.

DùUrib. de Conrado Berbipol,, etc., pag. 46.

Cele qui molt s'abandonna

A lui servir, si li donna

Unes armes honmw et bêles ,

Dont d'or et d'argent sont les nielles ,

Legicres et fon et deugiées ;

hors de l'Europe, une certaine île dont les trouvères ont négligé de nous donner le nom exact. Vivien d'Âigremont allant jouter avec Olivier,

Couvert fu d'un vert drap qui en mer fu ouvrer ; Nulz homs ne sceust pas dire , tant le saiche esgarder, Se il fu fait par maistre , par tiltre ou par lacer. Licez i avoit d'or pour mieulx enluminer.

I^ Lieu9re du rojr Charlemaine, Ms. da Musée Britannique, Dibl. Reg. 4 5. E. Ti, fol. xxij recto, col. 4, t. S6.

Il serait puéril , je pense , de rechercher si nos anciens Froûsart

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