II. Il
Descriptiod a«Urobed*Érec.
Représentation des sept arts
l'étoffe.
Géométrie.
Le roi Artu et la roîne.
Li rois Artu en l'un s'asbt, Sor l'autre Erec seoir fist , Qui fu vestuz d'un drap de Mulce.
Lisant trovons en Quique-Cuice La descriction de la robe , Si en trait à garant Macrobe , Qui ou descrire roist s' entente.
Que l'en ne die que je mente.
Macrobe m'enseigne à descrivre , Si con je l'ai trové el livre , L'ovre dou drap et le portrait.
Quatre fées l'avoient fait Par grant sens et par grant maistrîe.
L'une i portrait Gyometrie, Si com ele esgarde mesure, Con li del et la terre dure , Si que rien nule ne i faut , Et puis le bas et puis le haut , Et puis le le et puis le lonc ; Et puis regarde par selonc Con la mers est lée et parfonde :
Ensi mesure tôt le monde.
Tel ovre mist la premerainne ; Aridimétique. Et la seconde mist sa painne
En arimatique portraire , Si se poinne moût dou bien faire , Si con ele nombre par sens Les jors et les bores des tens Et l'eve de mer gote à gote , Et puis après l'arainne tote Et les estoiles tire a tire , Et bien en set vérité dire , Quantes fueilles en .i. bois a, Q'onques ombres ne F en boisa
Puis qu'ele i Tiiet entendre bien , Que jà n*en mentira de rien :
Tex est li sens d'arimalique.
La tierce ovre fu de musique , A cui toz li deduiz s'acorde , Chanz et deschanz et sanz d'acorde, D'arpe et de rote et de viele.
Geste OYre fu et bone et bêle , Car devant )i seoient tuit lÀ estrument et li desduit.
La quarte 9 qui après ovra, A moût bone ovre recovra; Car la moillor des arz i mist :
D'astronomie s'entremist.
Gelé qui fait tante merveille.
Qui as estoiles se conseille Et à la lune et au soloil ; En autre leu ne prent consoil De rien qui à faire li soit.
Gil la consoillent bien à droit De tôt ce qu'ele lor enquiert , Et quanque fu et quanque iert Li font certeinnement savoir Sanz mentir et sanz décevoir.
Geste ovre fu ou drap portraiie De quoi la robe Erec fu faite , A fil d'or ovrée et tissne.
La pêne qui i fu cosue , Fu d'unes contrefaites bestes Qui toutes ont blanches les testes Et les cols noirs comme une more ; Les dos ont toz vermaz desore , Les ventres vairs et la queue ynde.
Gestes bestes naissent en Ynde^ S'ont harbioletes à non ;
Musiqutr.
Astronomie
FouiTure
delà robe d^Ereu.
Bétes de Plode
noraroées barbiv
Une*.
84 SUR I£ COMMERCE, lA FABRICiLIlON ET L'USAGE
If e maiDJuent s'espioefl Don , Cannelé et girofle novei.
Richesse Que diroie plus don mantel?
du nuotevii
d'Éret*. Moult fu riches et bons et beax ;
Quatre pierres ot as tesseax »
De l'une parc .g. amadstes»
Et de l'autre .ij. crissoUtes, Qui furent asises en or'.
Boman JPErte et d*Emide^ M. de U Bibl. net. a* 7498-4, Cangé S«, fol. 48 Teno, ool. 4, ▼. 19.
. .*^« U°® ^^^^ pareille valait bien celles du duc de Normandie
du duc de rior- *
mendie et de la et de la comtesse de Poitiers, prisées cent marcs d'or cha-
comtesse de ^ *■
Poider». cuoc '; mais que dire de celle du dieu d'amour décrite dans le Roman de la Rose?
Description II n'avoit pas robe de soie,
de la robe du dieu .. i i »
d'amour, dans le Ains avoit robe de noretes ,
^'^f' ^ Fête par fines amoretes ;
A losenges , à escuciaus y A oiselés , à liondaus Et à bestes et à liepars , Fu la robe de toutes pars Portraite et ovrée de flors Par diverseté de colors, etc.
Édit. de Méoa, tom. I*', pag. S6, v. S62.
• Les sept Sages de Rome, chargés de l'éducation du fils de l'empereur de Constantinople.
En on yregié font me tour Assés plus blanche d*une flour; Li sept art i furent escrit.
lA Romane des eept Sages, cb. xm, ▼. $66, (Mg. \h. Comparez la description ci-dessus avec la BataiUe de* S9pt arie, qui se trouve dans le tom. II des OEuvres complètes de Rulebemf, pag. 41^^35, et avec le passage où Philippe Mouskès passe les sept arts en revue. Voyez tom. I" de sa Chro^ nique rimée, pag. 377, t. 9699 et suivants.
• Roman du comte de Poitiers, pag. 5, v. 84; pag. 6, y. 107.
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGEITr. 85
Cette robe, comme on voit, laissait bien loin derrière elle voUe deVems le voile tissu de Us qui couvrait Verus, quand ce prince était couché avec ses concubines sur un lit rempli de feuilles de roses dont on avait retiré le blanc ^
1^ robe de Richesse n^était pas moins splendide ; Description
' *• de lu robe
Richece ot une porpre robe. . . ^^i^e «^I^!fe ÎT
La porpre. fu toute orfroisie. Base
S'i ot portraites à orfrois
Estoires de dus et de rois ;
Si estoit au col bien orlée
D'une bende d'or neelée
Moult richement, sachiés sans faille.
Le Roman de la Rœe, tom. I*', pag. 43, ▼. lOftO.
Cu vêtement pareil pouvait bien exister, nous ne serions même pas embarrassé pour en signaler d'analogues dans des poèmes historiques'; tandis que la robe du dieu d'amour doit être mise au rang des tissus merveilleux , avec le pour- Pourpoint point que revêt Olivier prêt à combattre Roland : ii^»«.
Toz fuit de paile, ne crient quarel d'aciei- ?i'enamiéure ke le puist anpeirier.
Roman de Gérard de Fienme^ ▼. 49M. (/>tr Rmman von Fierabras, etc., pag. xxxo, ool. 2.)
A la rigueur, on comprend qu'un pourpoint bien rembourré ait pu avoir la vertu de garantir des flèches; on peut même ranger parmi les exagérations permises encore plus aux poètes qu'au reste des hommes, un passage de l'un de
' JEL. Spartian., Ml, Férus ^ cap. v.
^ Aorea latescit capiti, restitur et auto
CocGus aca mantiqne décor, Tariatque rigrateni Serica yestitiim byssus sub imagine PaCrutti.
Ceorgii eardin. de Canmiaotiene S. tetri Ggiestini , lib. II, cap. ^. (Metm eanetormm Mmi, l*ni. IV, pag. 479, col. 4, A, T. 85 )
Dnp îDosabie. nos FOiDaDS OU il cst parlé d'un drap inusable'; mais on ne
saurait se refuser à mettre au nombre des tissus merveilleux
orriiier l'étofTe dc cet oreiller sur lequel il suffisait de reposer sa
de la lee, maU ' '•
treMe de Gage- tête pour qu'cUe ue devint jamais blanche. Tel était celui qui garnissait le lit de la fée , maîtresse de Gugemer. Marie de France, après en avoir décrit les diverses parties et la courte-pointe , ajoute :
Les altres dras ne sai preisier; Mes tant vos di del oreillier, Ki sus i eust son cief tenu , Il ne l'éust jamais kenu.
Le covertur tut sabelin Tost fu du purpre alexandrin.
Lai de Gugemêr, ▼. 479. {Poésies de Marie de France^ tom. I*% p.g. «2. )
Vertu Avec une couverture pareille, le lit préparé à Tydeus avait
merreilleuse de «n i / if • «n
l'oreuier du Ut un orciUer doue d une vertu tout aussi merveilleuse ; pour * ^ *^' peu qu'il y dormit dessus, un blessé se voyait à l'abri des suites de la plaie et d*une foule de maux :
Molt fu rices li orilliers. . .
Nus hom n'en est bleciés tant fort ,
Pour qu'il ne soit bleciés à mort ,
En son pins maistre mandement Brt remperere avec sa gent.
Son oon si richement vestn D*nns dras qui sont de tel Tertn Qoe jà nul jor n*enriesiront Ne por vestir n'emjnerront.
Ne Tos pnis mie tôt descrixe Ne le façon oont» ne dire, Qui li donna, qui les fist faire.
Roman de Guillaume de Palerme, Ms. de la Bibl. de TArsenal , B.-L. fr. in.4% n« 478, fol. 405 verso, ooL 4, t. 9.
Que jà i fiere mauvais roaus , Goûte ne palasins mortax ; Por que il puist .i. poi dormir, Mar ara doute de niorir.
Nus n'a tant fièvre ne dolor, Que s'il dort sus , pus ait langor
JJ Romans de Tebes, Ms. n<* G987, fol. 41 Tcrao, col. 3, r. 30.
Une qualité non moins précieuse que possédait un autre Qu'i^té
* 111 ^ ^ iiQu moins prc-
oreiller décrit ailleurs , c'était la vertu dormitive , aurait dit «eusc d'un autre
oreiller.
Molière, dont il était doué :
Au lit faire vont les puceles...
Li keute fu par devison
Faite de soie et d'auketon ^
D'un brun pale li kaveçuel ,
Et d'un blanc kainsil li linçuel ,
Et li bouton del oreillier
Valent tôt le trésor Gaifier ;
Saciés qu'il est m oit poi de teus.
Dedens est emplis d'eurieus :
C'est .j. oisiaus dont il est mains.
Li orilliers n'est pas vilains :
Quant son cief tient deseur nul home ,
' Dans la vie d'une sainte du xiv* siècle, écrite par son confesseur, il est question d'une keute^ ou courte-pointe ^ de lin et de soie : « ...contigit eam lavare quoddain coopertoriam lecti. quod de lineo panno et bombyce conficitur, et vuigari vocabulo cultra vocatur. » Vita S. Catharinœ Senens. , pars III , cap. v, n" ?91 . (.4c ta sanctorum ApHUs^Xom. III, pag. 950, col. 1, A.)
Dans une autre biographie plus ancienne , c'est une couverture de cendal désignée de la même façon , dont fut couvert , pendant quelqiie temps , le tombeau d'un saint, comme Tétaient les biens des morts dans l'église du Puy. Voyez Vita S. Pétri Parentii, cap. ir, n* i (Ihid.^ tom. V Maii, pag. 89, vol. 2, F. Cf. n" 13, pag. 90, col. 1, C), et l'inventaire de 1444 cité dans le Glossaire de du Cange, au mot LavaJor, tom. IV, pag. 40, col. 2.
Jà por penser ne perdra some, Me jà n*est en travail n'en paine.
De BlancandUy Ms. a* 6987, fol. 257 rtnOy eol. S, ▼. 6.
da iudSlft>iii. ^ '^^ ^^ ^* comtesse de Flandre , amie d' Aubri le Bourîl^tf'IibîfTi S"'S^^°> Si\Bit encore une bîen plus grande vertu :
Bourgoigiioii.
Li lis la dame fu si aparilliés
Et si avoit tel vertu , ce saciés »
Que nus n*i gist qui lues ne soit haitiés ,
PTenrers sa feme ne vera autrui oorciés.
Que il ne soit molt tost joians et liés.
Ele se coche , et li dus est cochics ;
Tôt maintenant fu d'ire refroidies.
Der Roman 9on Flenrhnu, etc., pag. 46S, eol. 4 .
seu «ii^ff*»^»» Allégorie charmante qui nous enseigne qu'à la fin du jour de «Ht. le repos du corps ne tarde point à amener celui de Ta me, surtout que la réunion de deux époux dans le lit conjugal est le remède le plus certain, le plus efficace, contre les sentiments de colère ou de haine que Fun pourrait éprouver contre l'autre, et qui se fondent ainsi rapidement au soufïle de deux haleines.
Ce merveilleux lit, qui n'est pas le dernier de ce genre que nous pourrions citer^, aurait été bien placé dans la tente
Ea une canbre de gnnt audorilé Oot Ciit na lit aroeque» Pespoiué.
De la façoa dirai la Tenté : là pumd sont dUvore replane, A or trifore menuement orré.
Un oUiel ot sor cascun treejeté , Par jogement si faitemenl molle , Qoe tons jors cante et yrier et esté Tant dolœment bai et haut et soaé Que il n'est nos, tant ait grant enferté, Se il l*escoate , n'ait son mal oblié.
Et les espondes sunt d'argent sororé ,
DES ÉTOFFES DE SpiE, D'OR ET D'ARGENT. 89
d'Alexandra, dont l'étofTe n'avait pas aa pareille, si Ton peut s'en rapporter à un romancier que nous laisserons^ parler :
Del tref roi Alixandre voel dire la faiture : '
II ert et {^rans et lés et haus à démesure; '
L'estace en fu d'ivore , à rice entalléure ;
Quant ele estoit drecie,il nT paroit jointure.
Li ciés en estoit d*or, tous à noeléui'e ; '
,ii. pumikus i a (eus, kj bon sont par nature :
li .i. est d'un carboucle, qui luist par nuit obscure
Li aut^s d'un topasce, qui piere est nete et piii'e, ^
£t tempre del solel ardor, et fait froidure.
Après pores oïr quel est la couverture ;
Jà de millor nWés, tant com li sieoles dure, -
Quar tout li .iiii. pan estaient sans jointure.
De lin or espagnois estoient li paisçon, Et les cordes de soie, qui tendent environ; Si ot avoec niellé plume d'alenon , On ne les puet trancier de fier ne d'acier bon. Li .iiii. pan sunt fait de diverse façon ; ^
f L'uns est plus blans qu'ivoirs et clers com siglaton ,
Et li autres plus noirs que ne soient carbon , Et li tiers fu vermaus , tains de sanc de dragon , Et li quars fu plus vers que colet de plançon. lÀ roïne le fist, cou truis en la liçon, Que par sa gr^ns biautés déçut roi Salemon. ) Del poil fu d'une beste qui salemandre otvnon ; Tofts tans repose en fu et prent sa noreçon. Por cou ne poroit fus ardoir le pavillon ;
iTescription # de la tente d'Alexandre.
Pan de tente
fait d'étoffe de
poil de
salamandre.
A cusn» pieres ricenient siomc.
!)<• rii-e soie l'ont tout Résous cordé. . . De la *j»rtine redirai vérité :
Mainte bêle œvre i avoit porfilé Cil 'oui le flst par grant nobilité.
Le Roman d^Ansèis de Carthage^ Bis. de la BSbl. nat. n»,"* W, fol. 44 reoto, col. I, ▼. 14.
Épisode du Roman de Bauduin de Se^ bourc relatif amc salamandres et au tissu fait de leurs plumes.
Et quant il est ploies et mis en quaregnon ,
Se Tmet-on en .i. cofre qui fais est d'un Srifon *.
Li Romans d'Alixandre^ pag. 53, t. 27.
Nous avons là, comme ailleurs*, rindication d'un nouveau tissu en usage parmi nos aïeux. Disserter sur la salamandre et sur sa propriété incombustible, serait recommencer un travail qui a été fait avant nous avec succès ' ; nous nous contenterons de le compléter par ce curieux épisode, dont un trouvère du xiv® siècle place la scène dans le paradis terrestre :
Baudewins se regarde , et pluiseurs osiaus voit Privés et de bon ares; au mains on les prendoit , Et ch'estoient plus blanc que nuls mottons i soit, Vellut furent qu'aignel . . .
A Enoch demfinda dont tel beste venoit ; u Frère , che dist Enoch , chius oisiaus là endroit Sont sans père et sans mère , ne nuls ne les conchoit , For li rais dou soleil qui vie leur pourvoit.
Quant tanps est de morir, il moert en tel esploit *
QuUl font comme la baigne que feus art où que soit ,
' Les Grecs byzantins sont souvent appelés ainsi par les historiens du moyen âge. Voyez le glofsaire de du Cange à la chronique de G. de Villehardouin , pag. 363, et celle de Robert deBrnnne, pag. 451, 157, 459, 460, 465, 47^, 473. Dans le Roman de Richard Cœur-de-Lion, un ancien rimeur anglais dit que le héros, de sa terrible hache, *
The Griffons away fast rapped.
Voyez Tfie HUt. of Engl. poeiry^ sect. iv, vol. I*, pag. 460.
• Voyez Des Serpens d^Ynde, exlr. de V Image du monde ^ dans le Livre des /«'gendtSy par M. le Roux de Lincy, pag. 243; Partonopeus de Blois, tom. II, pag. 493, V. 40699, etc.
* Voyez les Traditions tératoiogiques y de M. Berger de Xivrey (Paris, Imprimerie royale, hdcccxxxvi, in-8"), pag. i57, 458, 460, 463 ; et un article de M. Duchalais sur T Apollon Sauroctone. [Revue archéologique, etc., vi* année, 2* partie. Paris, A. Leleux, 1850, in-S*, pag. 87-90.)
Et H rais du soleil en vie le' conchoit. Et ch'est de tel nature , chius oisiaus , s'il estoit Par dencoste un grant feu , car il se bouteroit Et que plus seroit grans et miex s*i nourri roi t ; Il est fais de chaleur, et feus bons li seroit. Et la plume sour lui , qui bien li fileroit , ' Sachiés que bêle toile et blanche on en feroit. Et se le toile en riens puissedi noirchissoit, Pour iauwe c'on boulli a , mais blanche ne seroit , Et ne poroit blanchir, s'en .j. grant fu n' estoit; Que plus seroit en fu , et plus i blancheroit. >»
Quant 6audei(vins Poï, forment s'esmervéilloit; Si dist que des oisiaus o lui emporteroit , Et que dechà le mer filer il en feroit. Seignour, il se dist voir ; puis en i aportoit Et en fi^ faire toile à Jherusalem droit, Et au saint apostele de Jlomme Tenvoioit. Et pour le dignité et le lieu dont venoit, « Le prist li aposteles qui adonkes regnoit , Et le saint Vinrounike dedens envffepoit. Encore est en le toile li suaires en ploit : Ch*est le dignes suaires que Vérone poirtoit Quant elle trouva Dieu qui en le crois pendoit , Où il avoit estait lanchiés au coer si roit Que li sans de son corps ensanglenté Tavoit. Veroine prist sa toile , qu'au marchié vendre aloit. S'en couvri le corps Dieu, dont grant pitié avoit. Là fu se fâche escripte, si qu'encore on le voit Droit à Romme le grant : fox est qui che ne croif.
Baudewins de Sebourc point ne s'i arresta , .ij. salemandes prist ^ ensi on les clama.
Li Romans de Baudtnn de Sebourc^ ch. xt, v. 328; tom. I'%
Toile incombustible dont est enveloppée la véronique, , à Rome.
Ces étoffes en poil àe salamandre, qui vraisemblablement
étaient passées des fables des marchands dans celles des poètes, venaient de loin, comme ceux qui avaient par là beau jeu pour mentir. On en faisait aussi des manteaux ; du moins celui de dame Jafite, du Roman de Gui le Gallois^ en était :
Manteau Ëinen mantel truc si zobelin,
en p«il d« »ala- «. » « <. .•
mandre, apporté Bedaht mit einem pfelle.
VeiTC braht «ber se.
Die wurme stlamandere Worhten in in dem viiire.
^igalois der Ritter^ etc., pag. S74, v. 7434 .
» Elle portait un manteau de zibeline Couvert d'une étoffe de soie.
, Ce manteau lui avait apporté son compagnon (amant)
De loin d*outre-roer.
Les vers salamandres L'avaient fait au feu. •*
Marco Polo il était i^éscrvé à un voyageur qui a été souvent accusé de
fable» débitées mcnsongc , de s'élever le premier contre les fables dont les
étofresinpombus. étoffcs incombustiblcs du moyen âge étaient Tobjet. Écoutez
tibles dS moyen ^^ r\ i •^ i» i • • »
itge. Marco Polo, il vous dira que les tissus qui passent pour être
faits du poil de salamandre , ne sont autre chose que des toiles d'amianthe^ substance minérale qui se trouve dans une montagne sur les confins d^une province de la Tartarie, et, après s'être étendu sur la manière dont on extrait cette veine et sur la fabrication de la toaille de salamandre , il ajoute : fr Et ce est la vérité de la salamandre que je voz ai dit , et toutes les autres chouses qe s'en dient sunt mensogne et fables ^ » Il termine en nous expliquant de la façon la plus
* Voyage de Marc Pol, ch, lx; édit. de la Sociéfe de géographie, pag. 57, 38. (Texte latin, liv. I", ch. xLvn; pag. 343, 344.)
DEfe ÉTOFFES DE SOIE, P'OR ET 1» ARGENT.
simple', comme la plus satisfaisante, Thistoire du saint suaire ExpiicaUoA (le Rome qui vient d'être rapportée : le khan dés Tartares rStoiredu laim
, •! 1) • 1 suaire d« Rome.
avait envoyé au pape une toile d amianthe/;or grarit présent^
et la précieuse relique y avait été mise dedans, autant à cause
du prix de l'étoflfe qu'en raison de la propriété qu'elle avait
d'^étre incombustible : ce qui semblerait indiquer une légère
défiance dans les vertus de la'véronique*, no<n d'un voile véronique.
dont la légende s'est emparé pour en faire ensuite le nom
d une femme.
k côté, aa-dessus même de ce suaire, il convient de pla- Suaire cer , ce me semble , au nombre des tissus fabuleux , le saint de -sotre-seisuaire de Notre-Seigneur, qui avait ete mis sur sa tête dans puifTe;.se8yerttis. le sépulcre. Il donnait la richesse à ses possesseurs, sans leur faire tort des récompenses célestes. Les juifs même, entre les m^ins desquels il vint à tomber après la cinquième génération de son premier maitrô, qui se l'était approprié par un larcin, avaient vu l'opulence arriver dans leur maison , où ils avaient honorablement placé le précieux tissu *.
Un trouvère nous apprend le nom de celle qui avait filé ^^»^
1 • I • I ^ f 1 • I 1 11 o de l'auteur du
le saint sjrdoine , c est-a-dire le suaire dans lequel le Sauveur «"^"t suaire. fut enveloppé :
^ Dante Tappelle ainsi :
Qaale è colui ehe forse di Croazia Viene a veder la veronica nottra , Cbe per Tantica fama do si sazia , ete. Del Paradisoy cant. xxx, st. 3b.
Voyez sur cette relique, Act. S, Amator.^ ap. BoUand., Acta sanctorum Augustin tom. IV, pag. 24, col. 2, D ; le Musœum Itaiicitm de Mabillon, tom. 11, pag. 122 ; et surtout Lettre à M. Raoul Rocket te... sur téty moto gie du nom de Véronique ^ etc., par Alfred Maui^y. {Revue archéolog., vu* année, 2« part., 1851, pag. 484-495.)
* Adamnaniabb, Hiiens. Lié. très de Loc, sanct., etc., A. D. Dccv, cap. x. [Actn sanct. ord, S. Bened., sec. m, pars sec., pag. 306, 507.)
94 SUR LE C0M1V1ERCE, LA FABRICATION Eï L'tJSAGE
Ele a voit non Ciloiida. •
« » Li Romans des sept Sagpsy fh. m, pag. 3, t. 71.
A quelle source le rimeur a-t-il puisé ce renseignement ? Mérite-t-il sur ce point la moindre confiance ? Four ma part, je suis assez disposé à ne lui en accorder aucune, bien que je ne pense pas que ce nom de Cilofida soit éclos tout seul de son cerveau. Arculf, qui visitait les saints lieux dès le commencement du vin*' siècle et qui en a rapporté si long à son secrétaire Tabbé Adamnan, ne dit rien, sur ce suaire, que nous n'ayons rapporté plus haut; mais, quelques lignes Suaire plus bas, il déclare avoir vu, à Jérusalem, un second suaire,
attribuéà la sainte ,, ,. , , .
Vierge; orne- quc 1 OU disait tissu par la vierge Marie, et qui, en raison de
mentation de ce * . , . i * / •
linceul. cctte circoustance , était tenu en grande vénération par le peuple entier. Sur ce linceul, de deux couleurs, rouge et vert, la divine ouvrière avait représenté, avec la nave|te, les portraits des douze apôtres, et Timage de Noire-Seigneur luimême*.
Exemplaires Comme ricu dc pareil ne se voyait sur les divers exem*
du saint suaire i.i. • ^^r* n^i
plaires du saint suaire conservés a Besançon , a Cahors , a Carcassonne, à Compiègne', dans Tabbaye de Saint-Bernard à Paris *, dans une église de Turin ^, dans la Camara santa *
* Adamn, abbat. Hiiens, Lib, très de Loc. sanct.^ cap. xi. {Acta sanct.ord. S, Bened,, 8«c. ni, pars sec, pag. 507.)
* Vita B. Simonis com. Crespeî. et mon,^ aut. anon. squali. (Ibtd., sac. vi, pars sec. y pag. 390, n" 16.)
* Histoire de Charles F'f, roy de France^ par Jean Juvenal des Ursins, édit. de D. Godefroy, pag. 139, ann. M. ccc.lx^xxix.
* P'ita Gabrielis Palœoti cardin. et Bonon. archiep.^ apud DD. Marten. et Durand., Fet. script, et mon, ampL CoUect.^ lom. IV, col. 414, D, n« 46.
" Pelagii Ovet. episc. Histor, de Arcœ sanctœ transi,, etc. (Espana sagrada^ tom. XXXVII, append. xv, pag. 357.)
Nombre d'ouvrages ont été publiés sur les saints suaires ; voici les principaux ,
\ conserves en divers endroits,
d'Oviedo, et ailleurs*, je suis porté à croire, pour ne parler que de la relique décrite par Ambrosio de Morales', ou que c'est le premier des linceuls dont parle saint Arculf, ou un troisième exemplaire du saint suaire, qui n'existait plus à Jérusalem, ou n'existait pas encore du temps du pieux pé> lerin. Ce qu'il y a de sur, c'est que le sancto suilario d'Oviedo n'a pas donné la richesse à cette cité tombée, qui eût eu bien des chances d'obtenir la visite et l'argent des étrangers, avec une œuvre d'art attribuée à la sainte Vierge dès le m* siècle.
Parlerons-nous de ia rol)e de Jésus-Christ, que la tradi-
que Falconet (catal., tom. II, pag. 193, n<^ 14230-40] avait presque tous : Pkilib, F'wgoniVSindon evangelica. Aug. Taur. 1581, in-4*. — Esplicatione del sacro Lenzttoh ovefu invoUo il Sîgnhre, di Alf. Palcotto. In BologDa, 1599, £0-4**. — Histona délia S, Sindone di Christo^ del Prospero Bonafamigiia. Roma, 1606, in-8**.->- Histoire du S. Suaire de Turin, par l'V. Viclon. Paris, 1634, iii-8*. — DeU'Imagijte edessena Libri due, coii osservat. \\vsl. d'Agostino C^alcagnino. Geuova, 1639, in-4*. — Marci Ant, Dominicy de Sudario capitis Ckristi Liher. Cadurci, 1640, in- 4**.
— Hist. du S. Suaire de Turin, par Foumier, Paris, 1 641 , in-lâ. — Hist. du S, Suaire et du sacré bandeau de lesu^Cftrit notre rédempteur, transportez de V Orient dans Cabbt^e de Cadoiiin, de tordre de CCteaux au diocèse de Sarlat en Perigord.^Mîse en luaiiere j^lt le soin des prieur et religieux reformez de ladite abbaye. A*Parîs, chez Jean Bessin, m.dc. xuni., in-8°. — Histoire du S. Suaire de Compiegne^ parD. Jacques Langellé. Paris, 1684, in-lâ. . -
Voyez, sur les divers saints suaires, Jo, Jac. Chifjietii de Linteis sepulchralibus Ckristi servatoris Crisis historica. ÀntuerpJs, ex officina Plantiniana, m.dc.xxiv., in-4^. Traduit en français, 'cet ouvrage a reparu sous ce titre : Hierotltonie de Jésus-Christ, ou discours des saincts suaires de Nostre^cigneur, par J. Chifflet, Paris, 1631, in-8*.
* 9§irac. S, P. Bened., auct. Rodulfo Tortario, cap. xxvn, auu. 1095. {jécta 'sanct. ord. S, Bened. ^ szc. rv, pars sec, pag. 409.) — Chronic. Cornel, Zantjiiet^ sub ann. mcccgxi.ix. (f'et. script, et mon. ampl. collecta, tom. V, col. 461 , C et seq.)
— Histoire ecclésiastique des églises reformées au royaume de France, etc. (par Théodore de Bèze.) De rimprimerie de Jean Remy, à Anvers, 1580, in-8", liv. V, ann. 1561. !•' vol., pag. 845, etc.
• Viage de Ambrosio de Morales, etc., pag 78-80.
Robe de J. C.
attribuée à sa
nère, et cooser-
▼ce en diverses
églises.
tion donnait comme une œuvre de sa mère ? C'était encore là une relique que plusieurs églises se vantaient de posséder exclusivement. Trêves, Rome la montraient avec orgueil, ce qui n'ébranlait en rien la ferme confiance qu'avaient les bénédictins d'être les seuls propriétaires de la fameuse robe R«*^ sans couture *. A les en croire, Charlemagne ayant reçu cette
^ans couture de u y *
l'abbaye d'Ar- précicusc rcliquc de l'impératrice Irène, vers Tan 800, l'aurait donnée ^ l'abbaye d'Ârgenteui) , où il avait mis sa sœur Gisèle et sa fille Théodrade; mais, nouvelle difficulté , les Grecs ne voulaient point entendre parler d'avoir aliéné un pareil trésor ; du moins on montra à Ruy Gonzalez de Clav<^teiiient vijo, peudaut son ambassade à Constant) nople, à la Qn de
<ie J. C. «onaervé J ^ * /
à <:oDsti<ntinopie Tautomnc de 1403, le vêtement de Jésus-Christ que le$
en U03. . . \ , , . ,
Sa dcs.Ttption. soldats .dc Pilate jouèrent aux dés. 11 était doublé de dimite rouge, qui différait peu du cendal', et ne semblait pas tissu.
• Voyez r Histoire de la robe sans couture de Aostre Seigneur Jesus-CIwiU, qui est retirée dans V Eglise du Monastère des Religieux Bénédictins €tj4rgenfeiiil.,, par ï)oia Gabriel Gerberon , etc. A Paris, chez Helie Josaet , m. dc. Lxxvn., in-lâ, de 114 pages, plus douze feuillets de préliminaires.
Il existe >ur cette sainte tunique, une dissertation par Gab. de Gaumont^ Pans, 1667, in-12'. Je ne l'ai jamais vue; mais elle est mentionnée dans le Catalogue des livres de la èihliotkèque de feu M. Picard, etc., pag. 119, n* 957.
Dans celui de Falconet, tom. II; pi^. 193, n" 14238, je trouve le titre soivaut : Jo. Georg. Dorschei Tunica Chris ti inconsutUis explanata, cum confutatione fabuUe de ejus asservatione apud Treviros, Rostochii, 1658, in-4*.
* Ce tissu, dont le nom a déià passé plusieurs fois sous no« yeux (tom. I*', pag. 82, not. 1 ; pag. 171, 172 et 193), n'a pas toujours été de soie; en eflet, sans recourir à Titalien dimito , que les dictionnaires traduisent par sorte de gros drof^ ni à Tanglais dimity qui désigne du hasin^ nous pouvons citer un passage d*où il résulte qu*à nne certaine époque le dimit était de lin : « Item... Guallar* das de Florenssano... fecit fieri iHiam infulamcum tunica et dalmatica debysso seu timeio viridi, » etc. Historia abhatiœ Condomensis , apud D. Luc. d'Achery, Spicileg., in-4*», tom. XIII, pag. 509 ; edit. in-fol., tom. Il, pag. 602, col. 1.
Ainsi que le donne à entendre M. Henschel (Gloss, med et inf, Jjatin., tom. Il, pag. 350, col. 3) , ce mot a été mal lu par le savant Bénédictin, qui Técrit eimeto;
mais fait à l'aiguille , et les fils paraissaient comme tordus trois par trois et très-serrés ^
Clavijo omet de nous dire de quelle matière était la robe sans couture ; tout porte à croire qu'elle était conforme à la description ^de saint Isidore de Pélusé*, qui dit quelle n'était pas d'une étoffe fine, mais de celle dont usaient les pauvres de Galilée. Sur quoi ceux qui en ont écrit assurent que ce célèbi^e vêtement n^était ni de lin ni de coton, encore moins de soie, mais de laine; et en effet nous voyons que la rflique autrefois conservée dans Téglise des Bénédictins d'Argenteuil, en était tissue. Quant à la couleur de cette sainte robe , conformément au témoignage de Nonnus ", qui en parle comme étant de couleur de vin , c'est-à-dire d'un rouge obscur tirant sur le violet, elle présentait chez nous, comme à Constantinople, la même nuance : en effet, du Saussay \ qui a vu l'exemplaire d'Ârgenteuil déployé, et qui a soutenu contre Calvin que c'était la véritable robe de Jésus- Christ; a déclaré qu'il était de couleur de rose sèche, témoi-
Matièrc*
de I:i robe sans
couture.
Couleur
de cette sainte
robe.
et da. Gange se trompe encore plus grandement en proposant de le remplacer par bruneto. Il nous a para suffisant, comme ci-dessus, tom, I**", pag. 35f , en note, V. 6, de changer le <r en /, par une substitution qu'autorisent les manuscrits, où rien ne distingue ces deux lettres Tune de Fautre.
Voyez encore, pour un autre exemple du mot dtmitum, qui semble avoir été mal lu, le Glossaire de du Gange, à Part. Limes Cekst'u^ tom. TV, pag. 118, col. 2.
* Historia del gran Tamorlan, é itînerârio y enarracion del viage, y relacîon de la emhajada queRuy Gonzalez de Clavijo le hizo, etc., segunda impresion , à la suite de Crânîca de don Pedro Nino , édit. de m.dcc. ucxxn. , in-^", pag. 65, lig. 2i.
* Lib. I, epist. 74. (*l9iS(apou toO Il^Xoii^eoTOU 'ËnifftoXûv BtfiXîa icévxe, etc. Parisii», suroptibus £gidiiMoreIH, m. dg. xxxym., in-fol., pag. 24, B.)
* Gap. XIX. (Novvoii navoicoXiTOV M(Ta6oXi^ loû xaTà 'IwdvvTjv àfiow EuaipreXtou, com not. P. Nicol. Abrami. Parisiis, sumptibus Sebastiani Gramoisy, m. dc. xxni., iii^% pag. 214, V. 15.)
* Panoplia clericalis.,. libris XV ^ etc. Lutetiœ Parisiorum, m.dc. xlix., in- fol., pars secnnda, lib« IV, chap. rv, art. 1 , pag. 622.
98 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATlOIf ET LUBAGE
goage assez conforme à celui que rend Clavijo de la relique qui lui fut montrée.
Tradition Saus doutc il suifisalt que ce vêtement eût appartenu au
qui représente ce -, »-i <•* i / / •
vêtement comme Sauveur pour qu il fut tenu en grande vénération ; mais une
rnajrrage de U . . ^ - -
Vierge. autrc circonstance concourait a en augmenter notablement
le prix : suivant une tradition soutenue du témoignage de
nos anciens auteurs, c'était la Vierge elle-même, que Tuu
d'eux nous représente à Nazareth gagnant sa vie a à tendre
et à ouvrer de soie \ » qui avait travaillé , non pas à l'aiguille
comme quelques-uns Font cru , mais sur le métier, la robe
sans couture de son fils : ce qui n*'empéche pas un poète du
moyen âge de nous la représenter comme envoyée des cieux
et . douée de vertus merveilleuses % à peu près comme les
Bouts de manches dcux petîts bouts dc manches de tafietaa violet que Ton
parldis à saint disait avoîr été apportés du paradis par un ange à saint jMar-
. tin, pour lui couvrir les poignets, alors qu'il voulait^ ayapt
les bras à demi nus , lever la sainte hostie \
Tunique Ou attribuait encore à la sainte Yiei^, je ne dis pas la
fnvoyée à saint
Germain par la mère de Dieu.
' Con^siihn de la Saincte Eseripture, M«. de laBibl. nat. n« 7036, fol. 9 reCto» col. 2. — - Les Manuscrits JrancoU de la BiUwtkèque du Roi^ tom. IV, pag. 8.
* Mittitnr e oœlîs paero dignissimft Teftt)»;
Hœc inconsutilis , mira oolore fait.
Hanc pBler n ecelia aiitit, nott fiemijia nerit , Long» fit atque brevii, paero crtaeenlie KcreTÎt, Temporis aequevi staminé toata levi.
Poime de Gotko/redns de Fiterhe^ st. ix. {Poésies latines populaires du moyen dge^ par E. du Méril, pag. 322.)
Il me semble convenable de signaler ici Une autre roV.e sAns couture dont la mémoire s'est conservée : c'est celle que Nicéphore, évdque de Gonstantinople, envoya à Léon III, avec d'autres ornements. Voyet Mer. ital» Script., tom. IV, pag. 429, col. 2, not. 4.
• Histoire ecclésiastique des crises reformées au royaume de France, etc. (pa| Théod.de Bèze), Anvers, 1580, in-S', Uv. VII, ann. 1563, vol. II, pag. 583. — Remarques de le Duchat sur le eh. vu, liv. II, de la Confession de Sancy.
confection , mais Tenvoi de la tunique qu'avait reçue saint Germain au moment où il voulait célébrer la messe, relique précieusement conservée autrefois dans la cathédrale d'Auxerre , comme on le voit par un catalogue dressé vers l'an 1430, et cité par Fabbé Lebeuf^ Celle de Tolède ne vètemem gardait pas avec moins de respect la chasuble, d'autres piionse tiré pur disent 1 aube, que la mère de Dieu avait tirée du trésor de de son eu son fils et donnée à saint Udephonse, archevêque de ce siège , pour le récompenser d'avoir vengé sa virginité des attaques dirigées contre elle *; et Ton montrait avec orgueil , à Germont, la chape à la fois magnifique et miraculeuse ciiap«-
, \ -^ / miraculeuse d«
dont saint Bonet , evéque de cette ville , désigné par la sainte «unt Bonet, èvé-
- , quedeClcmiont.
Vierge pour célébrer la messe, avait été revêtu par les anges*.
Enfin sainte Agnès reposait, à Rome, dans une tunique Tunique
de sainte A^oès.
* Mémoireê concernant P histoire.,, de la vUU dAuxerre^ etc., édil. in.4*, lom. !•',
A la page précédente, il est question des habits de saint Germain de Paris, que l'on oonservait autrefois dans la cathédrale de cette ville et dont voici Tinventaire dressé en 625 sous Qotaire II : « ... casnla fuscana renelana I, sagia fusca I, caligas alhas FV, sagia de haira I, calcias filtrinas paria I, calcias renelanas paria I, pallaa TV, antemanicias paria I, supersellio vdilono I, capsella eu m reliquiis de ipso Domno Germano. » Vita S, Tetrici episc. Autisiodor.^ observât, prsv. (Acta sanct. ord. S. Bened.^ saec. m, pars prima, pag. 102.)
* tt Ipsum pallium quod dédit ipsa Regiiia cœli Ildefonso, ToletansB sedis archiepiscopo , pro laudihus în honore sanct» ipsius -virginitatis oelebratis, ubi ipse sanctns episcopus gloriose contnlit adversus herenarohas Helvidium, atque Jovi* nianum, sic dicens illi circnnstantibna tam angelorum qnam et sanctorum multiplicibos choris, inenarrabili Ince cijroanscriptis : < Accipe hoc munus, quod tibi « de thesanro filii mei attuli. » PelagU Ovctensis spiieopi Uistoria de Arcœ sanciœ translatione, sub era Mcx. {Espana sagrada^ tom. XXXVII, apend. xv, pag. 357.) Cf. Acta sanctor. ordin. S. Bened.,NBC. n, pag. 522, 523*
* De saint Bonet qui fu evesque de Clermont ^ Mb. de la Bîbl. nat. u<> 7024 , fol. 102 recto, col. 1. — De un Evetque de CUrmont, Ms. du fonds delà Valliere n* 85, fol. 120 recto, col. 2. — Les Manuscrits francois de la Bibliothèque du Boi, tom. IV, pag. 69.
blàDche^ de matière inconnue , que Ton supposait être celle qui lui avait été apportée du ciel par un ange ^ ÊtofTes Je ne parle pas des riches étofîes dont fut orné le chemin
qui décorent le ^ , ii • i > • •
riiemin par OU saïut Benoit alla au ciel après sa mort. Âimoin nous
fait bien observer que le paiU dont est décorée la voie qui
mène au royaume sans corruption , ne saurait être tissu de
main d'homme ' ; mais il nous laisse ignorer si Ton conservait
quelque part un spécimen de ces étoffes acheiropotètes.
Colle de Gtiard II couvicnt dc placcr encore au nombre des tissus merde ISevers. . ^
veilleux la cotte de Gérard de Nevers,
C'ùutre la mer fist une Escote , Rainse^ ki fu mère Talas.
Roman de la f^ioleite, pag. 89, ▼. 1769.
RaiMJiu» ËQ attendant que nous sovons plus avancés dans la con-
de croire celte * * F
coite d»armes uaissancc dcs traditions chevaleresques relatives aux héros
I ouvrage a une ' •
Grecque. (Jes romaus du cycle breton, je suis tenté de croire que cette fameuse cotte d'armes, qui recouvrait un hauherc treslis ou à mailles j autrefois la propriété d'Alexandre, et qui avait pour compagnon, dans la même armure, un écu fabriqué à Lyon ', était plutôt l'ouvrage d'une Grecque que d'une Écossaise ; du moins je le soupçonne en voyant le sens de raXà-
' « Ad haec brachia cum corpusculo... tam stricta tunica de materia ignota, sed candida, Tesdebantur, quod nullus vldentium dubitaret banc esse vestem de cœlo per angelum sibi allatam. » Cfironicon de Lanercost^ etc. Impressum Edinburgi : M. occc. XXXIX., ixi-4% pag. 131, sub ann. 1286.
' Aimoin, monach, Fioriac, Hist, Franc., lib. II, cap. xxn. (Bist. Franc. Script.^ éd. And. et Fr. Duchesne, tom. III, pag. 39, A. ) Cf. Us grandes Chroniques de France, édit. de M. Paris, tom. I", pag. 110.
* Cil escuz fu fiez a Lymoges...
Cil vint de Lyon sur le Rosne...
Se fu, par une grant desserte, Doné Tallas de la Déserte.
Le Roman du Chevalier de la Charrette, png. 156, v. ^H.
I*atèn«', oiilitf,
diadème, .selle,
lit, de fabrique
(Tioç , qui signifie oui>rier en laine , sans ignorer, cependant , qu'il existe parmi les héros des romans de ce cycle, au moins un personnage nommé Taulas *. ^
Les Grecs, chacun le sait, et, au besoin, le dernier céiébnté vers d'un long passage du Rornan d Alexandre que nous toHemoyen avons cité plus haut en ferait foi , les Grecs furent célèbres iiXiètriilnlT^s pendant tout le moyen âge, pour leur liabileté dans les arts, " '
qu'ils cultivaient avec succès depuis l'antiquité. Sans remonter aux artistes de cette nation qui se trouvaient à Rome du temps de Carin et qui , dans une circonstance , reçurent jusqu'à des vêtements de soie % récompense magnifique qu'Héliogabale accordait à l'inventeur d'une sauce nouvelle *, nous signalerons la patène de fabrique grecque que le roi saxon Athelstan, qui régna de 924 à 941 , offrit au tombeau de saint Cuthbert avec maint autre objet de prix *, le calice ^'^^^^'^ grec de l'église de Saint-Paul de Londres', qui possédait également une petite châsse d'argent ornée d'inscriptions grecques % le diadème de Guillaume le Conquérant décrit par Gui, évêque d'Amiens"', qui proclame l'auteur aussi
' « En la forest du Moroys avoit une grande montaigne, et sus ceie montaigne avoit nng chasteau forl de grant manière fermé , et estoit à ung géant qui Taullas estoit appelle. » Iss grandes Proesses du... chevalier Tristan,., nouvellement imprimé à Paris y Tan mil cinq cens xxxiii, in-fol. gotb., fol. C. crii verso , col. 1 .
' Vopisc., Cari/ï., cap. xix.
* SX, Lamprid., Anton. Helîogabal., cap. xxvm.
* Testament, Ethelstan. reg. ad tumbam S, Cutkberti, M». Cotton. in Mus. Bp- Un., Caaud. D. IV, fol. 22 recto.
* Vua,fact. in thesaur. S. Pauli Lohd., an. Grat, Mccxcv. (The Hist. ofSt. PauCs Cath.^ pag. 313, col. 2. — Gioss. rned, et inf. Latin, ^ tom. III, pag. 548, col. 1 , v« Grœciscus. Cf. pag. 467, col. 2, v" Galnape.)
* risit.fact. in thés. S, Pattii, eic. (The Hist. of. St. PauPs Cath,, pag. 312, col. 2.)
' Miait Àrabs aurum , gemmiis a flumine Nilus ,
Grecia prudentem dirigit arte fabrura ,
vèreSy comme étant des ouvrages dus à des artistes grecs*. j ISSUS imcieux, Souveiit uii tissu, déjà précieux par lui-même, empruntait d.- personnagf's Une nouvclle valeur , que le propriétaire ou son historien
illuslns.
faisait sonner bien haut ^ à cette circonstance qu'il avait appartenu à un personnage illustre. Telle était Iji courtine, ou rideau, dont un trouvère donne la description, après avoir
Et les Toies et li ««ntiar,
Et dansela et ceraUer.
De totet aatres créatures l
Sont el tref paintes les oatures...
Li rois David ne Salemons
N'ot tant aigle ne pavillons , *
Tant i ot pieres naturaus , ,
Tant caUidones, tant esmax ,
Tant es(Taji>oele çler ardant, •
Et tant jagonee reluiant , élu!
Li Sièges de Tehes, Ms. de la Bibl. nat. ti« 6987, foi. 45 vmo»
. fx>l. 4, T. 40.
Quant aux recettes attribuées à Salomon, aoiu o*eii citerons qa*tuie seule, pour laquelle nous reoTerroiu au Ms. de la Bibl. nat. n^ 731 b*, fol. 1H6 verso, col. 2. ( Ce sont les vertus de t aiguë Salemonde,)
* Clirestien de Troyes, après avoir décrit une selle de prix, sur les arçons de laquelle étaient retracées en relief des scènes tirées de l'Enéide, ou plutôt du^Aoman (tEneas, ajoute :
• Le Ml. lA Vaiiiér* Un» greï* tailKeres , qui la fist,
lint boni. Que nule autre oerre nVntendi.
Roman ttErec et (tEnide^ Ma. de la Bibl. nat. n" 7 4S)8*, Cangé 26, fol. 38 verso, col. 2, v. 23.
Oa lit dans li Sièges de Thebet : }
En mi la sale avoit .j. lit, , Onques nus hom plus cier ne vit ;
Plus i aToit de .c. mars d'or.
Kaius, qui fn fiex Agenor...
Le fist ouvrer à .j. Griois ; Des .ij. frontes fist à esmax ; Jagonces , pieres et cristax ^ Avoit assés en l'or assises, etc
Ms. n» 6987, fol. 49 rerto, col. 3, v. 37.
Voyez encore ci-dessus,, tom. !«', pag. 44, 330-H32.
fait celle d'une magnifique salle et d'un riche lit qui s'y trouvait :
Desas avoit une courtine Rideaux de Ut
Qui fu Sébile la roïne ' ; à U «iôrs^He"
Moût en fu Tuevre rice et biele.
Le lit aclot entour et cuevre.
' Je soupçoime fortement que cette reine Sybille , sur laquelle il reste un poëme hollandais, que M. Ferd. Wolf /era connaître sous peu, comme il a &it pour la version espagnole ( Ueàer die neuesten Leistungen der Franzosen fur die Herausgabe ihrer national'Heldengedichte , etc. Wien, Fr. Beck, i833, in-8*^, pag. 124-159. Cf. j4etes de Vacadénùe,,,. de Bordeaux^ 4' année, 1*' trimestre, pag. 00-99), doit d'être nommée ici à la conformité de son nom avec celui de Sévîlle, nommée Sébile dans nos anciens poèmes {Li Romans de Cleomades, Ms. du fonds de la Valliere n* 52, fol. 48 verso, col. i, v. 21 ; fol. 56 recto, col. 2, T. li; fol. 170 verso, col. i, v. 6. — Partonopeus de Blois ^ tom. II, pag. 78, V. 7314, etc.], etSièilia dans des lettres d'Edward III en date de 1348 {Fœdera , conventioneSf etc., edit. tertia, tomi tertii pars I, pag. 39, col. 2], que Matthieu Paris appelle Sybilla^ SibelUt^ et dont il vante les richesses. Voyez son Historia major, sous les années 1248, 1251, 1253; pag. 750, lig. 12; pag. 817, lig. 5.
De même quand, après avoir décrit une riche tente, l'auteur du Roman dAubri le Bourguignon (Ms. de la Bibl. nat. no 7227*, Baluz. 375, fol. 114 verso, col. 1, V. 6} nous dit que Lanbert tembla Vempereor Otkon, il n'y a rien, ce me semble, de déraisonnable à supposer que la tradition qu'il a évoquée, devait sa naissance à la ressemblance que présente le nom de cet empereur avec le mot grec 606vt), qui signifie ffoiie de vmsseau , linge , serviette , ou plutôt avec 666vtov, qu'Arrien emploie en parlant des mousselines de l'Inde, notamment des toiles fabriquées par les Sères indiens , et qui s'en est servi aussi pour désigner les étoffes de soie de la grande Sérique. Noyez Histoire de la gravure, par Éméric-David, édit. de H.DOGc.xui., pag. 148, not. 1.
Je suis encore tenté de rattacher an même tronc la tradition relative aux trésors d*Octavien, signalée par Guillaume de Malmesbury [De Gestis regum An^orum^ lib. II, cap. X, ap. Henric. Savile, Rer, Anglie, Script. post Bed, prœcip., Francof.. M.Dd., in-fbl., pag. 66, lin. 40), par le trouvère auquel nous devons /« Cou^ nmnement Renart (v. 470. — Le Roman du Renart, édit. de Méon, tom. IV, pag. 18), et par bien d'autres écrivains. Peut-être aussi toute cette réputation de richesse vient-elle de la monnaie d'Othon le Grand , qui avait cours en Provence, en Languedoc, et même en ItaUe, pendant le xi* siècle. Voyez le Glosnire de du Gange, aux mots Oto, Otonùnei Denarii et Ottelini, tom. IV, pag, 748, col. 1 et 2 ; et Antiquit, Ital, med. avi, tom. II, col, 587-588, n<^ ix-xn. u. 14
J06 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
Ensi corn la conrdine ataînt , Ot molt de sens del monde paint , De biautés et de courtoisies Et des engiens et des envies ; De maintes coses les natures I devisoient les pointures.
jyAtu et de Pnphelias, Ms. de la Bibl. nat. a* 74 04 , M. 4 29 veno, col. 4, T. 34.
Toilette Ce que j'ai dit plus haut s'applique également à la ceinture
* de oSlrd *dT* de soie, vraiment impériale *, qui entrait dans la toilette splen- ^^' dide et quelque peu fabuleuse de la belle Euriaut, amie de Gérard de Nevers , oii nous trouvons une autre relique encore plus ancienne et plus merveilleuse :
Biinut Les .ij. puceles Oriaut
de h jeune 611e. çy^^ ^^ maintenant .j. Uiaut;
Lor damoisiele ont esyillie, Si l'ont molt bien apparillie
' Matthieu Pans, parlant, êow Tannée i2bl, de la cour da roi d'Angleterre Henri III, dk que ceux qui la peuplaient ne faisaient oat des présents offerts, que s*ils étaient précieux et somptueux, comme par exemple, des ceintuns impérimles et autres choses semblables. VoyetïMist. major, pag. 807, lig. 30.
Ces ceintures Yenaieat probablement d*Orient, oà déjà du temps de saint Jérôme , on en Toyatt d'une grande beauté employées «lu costume sacerdotal : « Textum est antem sub tegmine cocci , purpura , hiac^nthi , et staminé byssino , ob decorem et fortitudinem : atque ita polymita arte distinctum, ut dirersos flores ac gemmas artificis manu non textas, sed additas arbttreris. » Mfist, Hieron. ad Fmàiolam de veste tmcerdotalit inter opéra ejns, tom. Il, Paris., m. dc. xcix., infol.,col.579.
Vers l'époque à laquelle écriTait Matthieu Paris^ les consuls de Montpellier défendaient les ceintures de soie à leurs administrées : € Item establem que neguni hom non fassa assa molber gatnacfaa de céda, o pdissa coberta de céda, ni sortenha (lis. soroenha) neguns nuurists, que aquelas que aras an las porton dayssi enans ; empero .i. blizaut de oeda puesca portar tota domi, ab que non y aia aur ni argent, s etc. Établissement de Tau ■. ce. lxtih. [Le petit Tkaimmta de MontpeiUer, pag. 144. Voy. aussi pag. 145.)
DES ÉTOFFES D£ SOIE, D'OR ET D'AUGEIfT.
D'un bliaut ynde crasiltiée A merveilles bien enUilIié; A son col ont mise une afice (Ensi com li contes m'afice , Les jûeres valoient Plaisenche), Che fu la roîne Flourenche Qui empereres fu de Romme.
Qui Ta au col , chou est la somme y Jà par homme n'ert vergondée.
Lonc tans ot Pafiche gardée.
Une soie ante Margerie, Qui roîne fu de Hongrie , L'avoit envoiée Eniiaut.
Très par deseure le bliaut A eaint .j. centuridi de soie.
En quel onques lin que je soie , Oseroie dire pour voir Que n'esligast de son avoir Le tissu li quens de Toulouse :
En la chainture ot tel jagouse , Tel mbin et tele esmeraude.
Rollans Tenvoîa la biele Aude. . .
£1 chief ot .j. chapiel à pieres, Qui précieuses sont et chkrea.
Un mantiel hermin ot au col , Plus vers que n'est fuelle de col , A flouretes d'or eslevées , Qui molt bien estoient owrées ; K'il ot en chascune flourete Atachie une campenete Dedensy si que riens n'i paroît.
Et si trè»-dauchemeDt sonnoit Quant el mantel feroit li vens , Si TOUS di bien par tel couvens.
Harpe , ne viele, ne rote,
antrefou la propriété de Pimpératrioe Florence ; vertiiedecebijou«
Ceinture
desoied'Euriaat,
don de Roland
à la belle Aade.
Cliapeau orné de pierres précieuses. Manteau d'hermine garni de sonnettes d*or en forme de fleurs.
Ne rendent pas si douche note Con les escaletes d'argent'.
Roman de la VioUtU^ pag. 42-45, ▼. 8H-853.
Éper^ier ^cïï de plus DatuTel , ce me semble , que de placer ici la
^^,^t^^ description d'un épervier^ ou rideaux de lit, sur lequel un
musique.
* Comparez la description de cette toilette avec celles de Mélior et des dames dans Partonopeus de Blois, tom. II, pa^. 83, t. 7447; pag. 191, t. 10641; pag. 193, T. 10691 ; et arec celle de la reine dans le Roman de la Mànehine , pag. 74, y. 2206 ; pag. 76, y. 2248. On lit dans un antre roman :
Une cbemûe blanche com flor àt pré
Ont Ion Testoe Beatri an ris cler.
Pois li Testirent .i. blial d*or OTré
Et ane gipe de gri« sens armter.
Et puis li ont .i. mantel aflnbé
D'un diîer diapré , molt par fut bien foré.
Roman de Garin le Lokerain, Bis. du fonds de Saint-Ocrmain français n* 4344, fol. .Tiij. recto, col. 3, t. 3.
Dans nn autre ouyrage de la même époque, des Flamandes qui se rendent à un tournoi, sont représentées yétues de clochettes {VEist, du Chat, de Couey^ etc., pag. 23, y. 683 et suiy.), ornement dont a estoit toute entour, par droite noblesse, pourpendue » une cloche ou manteau , décrite dans le Roman de Perceforest ( le vraj Théâtre d^honneur et de chevalerie^ par Marc de Wlson de la Colombiere, 1'* part., ch. XXI, pag. 288), et plus tard Charles le Téméraire en portait dans son costume ; nous yoyons du moins dans son inyentaire « une escharpe d'or, gamye de pluseurs fiisilz d'or... où il y a pluseurs cloichettes en manière de hobe- Ions, » etc. {Les Ducs de Bourgogne^ sec. part., tom. II, pag. 126, n^ 3427.)
Le cor enchanté dont nous parlions tout à l'heure , était aussi garni de clochettes. [Le Lai del Com, y. 59. — Uêber die Laisy etc., pag. 328, 329.)
Mais c'était sur.tout aux harnais des cheyaux que les clochettes étaient prodiguées. Yoy. d'jimaidas et d'Idoine, Ms. 6987, fol. 326 yerso, col. 3, y. 40; d*j4' fis et de Prophelias, Ms. 7191, fol. 114 recto, col. 2, y. 18 ; les romans d'Âgolant et d'Aubri le Bourguignon, en tète de celui de Fierabras, pag. 163, col. 2, et 183, col. 2; Renart le Nouvel^ y. 530 [le Roman du Renart, tom. IV, pag. 146); Fla^ menca, fol. xiy recto, y. 24-27; la Branche des royaux lignages, parmi les Chroniques nationales françaises, tom. VIII, pag. 409, y. 10,628; Syr Gawayne and ihe grene Knyght,y. 195 (.^T^r Gawayne , etc., pag. 10); ^ bone Florence of Rome, y. 166 [Ane, Engi, metr, Rom,, tom. III, pag. 8); theCanterb. Taies, prol., v. 169, et 14800; Thomas the Rymer, part. Ist, st. 1; les Chroniques de Monstrelet, yol. I*', ch. I.XIX, et de Matthieu de Coussy, sous l'an 1453, ch. Lxxxym (édit. du Panthéon littéraire, pag. 148, 149) ; les Mémoires d'Oliyier de la Marche, liy. II, ch. ry (édit. du Panth, litt. , pag. 538, col. 2; pag. 545, 546, 547, col. 2;
artiste habile avait retrace les plus belles chansons du temps, paroles et musique :
Le lit tout entour pourprenoit Li espreviers que je vous di ; Et selonc ce (pie j'ai oî, Puîs-je bien pour voir tesmoingnier
pag. 548, col. 2 ; pag. 549, col. 1 ; pag. 351, col. 3 ; pag. 553, col. 1 ; pag. 555, col. 2 ; pag. 556, col. 1 et 3, etc.); le Livre des faits advenus au temps du roy Louis XI, par Jean de Troyes, ann. 1465 (édit. du Pantk. litt,^ pag. 364, col. 1 ), etc. Voyci encore The Mistory of Sngiish Poetry.., by Th. Warton, etc. London : printed for Thomas Tegg, 1840, in-S**, vol. I, pag. 167, not. j.
Ces sonnettes, ces grelots, que le troubadour de Marsans recommande de placer à la bride et à la selle des chevaux, afin d effaroucher tennemi , sont encore en usage en Orient, comme le fait remarquer M. Léon de Laborde, dans un article remarquable intitulé VOrient et le mojren âge. Voyez la France littéraire, tom. IX, 3* année, X« livraison, Paris, 1833, pag. 333.
On sait que dans le costume du grand prêtre des Juifs, il y ay&it un vêtement de couleur d'azur qui lui descendait jusqu'aux talons , au bas duquel étaient attachées des clochettes et de petites grenades d'or [Exod,, ch. xxxix, vers. 35 et 26) : c*esl sans doute en imitation de ce vêtement, qu'une riche chape, toute or, perles et pierres précieuses, don de Guillaume le Conquérant à l'abbaye de Quny, avait été garnie partout, dans le bas, de clochettes d'or (Anonym. de Mirac. S, Hugon. ahhat. Cluniac, ap. D. Martin Marrier, Biblioth. Cluniac, col. 453, D). Les tuniques ainsi décorées portaient, s'il faut en croire le CathoUcon de Jean de Gènes, le nom de Machil.
Nous avons déjà vu, tom. I*', pag. 130, le pape Urbain Y faire son entrée à Montpellier sous un dais orné de clochettes d'argent doré; ajoutons que l'on trouve dans l'inventaire du mobilier du cardinal d'Ambotse I*', c treze pièces de taffetas blanc... à broderie avec ung ciel de damas blanc fait k la mode d'Italie, à rondeanlx et clochettes dorées, servant à la chambre de monseigneur, » etc. [Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon, etc., pag. 488. Voy. encore pag. 541] , et qu'une étole ainsi qu'une manipule du monastère de Saint-Florent de Saumur, qui dataient au moins du x* siècle, étaient ornées de clochettes d'argent, (f^et. script, et mon. ampl. Collect.^ tom. Y, col. Ii06, A.) Un obituaîre de Saint-Martial de Limoges (Ms. de la Bibl. nat. n* 7887, fol. 3 recto) mentionne deux objets semblables comme étant d'or et garnis de clochettes. Enfin, dans un document de l'an 1369 , il est question de « une bonrsete à sonnetes d'argent. » Yoyez le Glossaire de du Gange, au mot Doreloteria, tom. II, pag. 937, col. 3, et tom. YI, pag. 591, col. 3; au mot Tinniolum;if^9L%. 592, col. 3, à Ttntinnohuium ; pag. 697, col. 1, à Tunica, etc.
UO SUR LE GOMlfERCE, LA FABRHIJLTION ET L'USAGE
K'aioft nus ne vit tel ne si cbier.
La façon en deviserai Au plus adroit que je porrai :
De soie est ouvrez par maistrie, D'uevre cointe , noble et jolie.
Par tout avoit chançons escrites , Les meillours et les plus eslites C*on péust nule part trouver Au tans dont vous m'oes parler.
Tout estoîent lî chant noté, N'en i avoit nul oublié; Et s'crem fûtes sî à ihfoit Les Tetres , que riens n'i failloit , D'uevre si très -fine et si riche, Cou ne doit pas tenir à nice L'ouvrier qui le fisc, ne celui Qui tel le fist faire pour lui.
Dou celé de la chambre issoit Une main d^or^ à quoi pendoit Cil espreviers movlt gentemcnt; Et tendoit si faiticement, Que nus n'i péust amender, Jà tant s'en séust bien pener.
ÂÀRoauuude Cieomades, lis. ék la Bibl. naC, fonds de 1« ¥atta», B« 5t, IdL S7 Tene, ool. 4 , v. 24.
ciianM)n A côté dc cct épcrvicr et de la robe harmonieuse d'Eu-
brodé« sur la . , • ii i 11 i
robe de Charles , riaut, vieiit tout dussi naturellement se placer celle de Charles, duc d'Orléans, sur les manches de laquelle était « escript de broderie tout au long le dit de la chanson Madame^ je suis plus joyeulx , et notté tout au long sur chacune desdites deux manches. » Oo n'avait pas employé moins de cinq cent soixante-huit perles, ajoute l'ordonnance de payement dont nous tirons ces détails, a pour servir à former les nottes
de ladite chanson, où il a 142 nettes, cest assavoir pour chacune notte 4 perles en quarré '. »
Mon intention n'est pas de signaler la richesse de cette vers tissé* robe, que laissaient bien loin derrière eux d'autres habits, des objets d'ameublement décorés de même et appartenant à des époques postérieures * ; je veux seulement faire remarquer que cette manière de couvrir une robe d'inscriptions, n'était point uu pur caprice, mais la suite d'un usage antique. Un poète de la décadence, Ausone, après une épigramme De Sabina textrice et carmina faciente^ continue ainsi dans deux autres :
Fers tissés dans tute robe sur la même Sabine. Que l'orgoefl des OrieBlaux se glorifie des toiles de la Ferse ; que les
' CMalogue de* libres et documtns historiques.., composant la bibliothèque de M. de Comrcelles, etc. A Paris, chez Leblanc, 4B35» in«8% pag. 419, aan. 1414.
• Je veux parler de la a robbe de drap d'or semée de perles et de pierrerie moult riche, » présentée, aTec une autre pareille, à la reine de France et à sa fille, par les ambassadeurs du roi de Hongrie, en 1457 (Chrotûques dEngutrram do MonstreUty édit. de M.Dcm. , tom. III, fol. 70 recto), de Thabit en broderie de perles du marédial de Bassompierre , dont fl est parlé dans ses Mémoires (édit. d'Amsterdam, M.Dccxxm., in-12, tom. I**, pag. 195, 196], et de a la robbe de la reyne (Marie de Médicis), estoffée de trente-deux mille perles et de trois mille diamans, b qu'elle porta au baptême des enfants de France» en 1606. {Le Céremoniai françois, tom. pI, pag. 179, 180.) Cette robe, estinsiée soixante-cinq mille écos, était si pesante, que la reine , qui, d'ailleurs, était enceinte , ne put la >étir une autre fois. (Ibid.^ pag. 191.)
Dans Tun des inventaires d'Anne de Bretagne, on trouve mentionnés, sous le titre de Tappicerie de Millan, « ung ciel, doulcier et couverte d'un lit de satin cramoisy, semez de broderie ; et a chascune desdictes pièces, y est-il ajouté, cinq lyons £ûctz de perle», et Icsdictz lyons heanlmez, et eM «toscan lyon environné d'ma chappeau semé de tout finiis, j> etc. Détails sur lu fie prhée dAfme de Bretmpu, eh. w, pag. «0.
Ces précieuses pièces d'anemblemeat, qui, disaîf-oa, avaient bien coAté de qu»-' rante à ânqvame mille dnesfts, se troueraient, en 4501 » dans la chambre du seignear de Bourbon. Yoyet lé Cenmomalfra/teoiSf édit. ïn^foL, tom. Il, pftg. 792 ; et V Histoire du château de Hlois, pag. 435, 436.
il2 SUR LE œMMERCE, LA FABiUCATION ET L'USAGE
Grecs emploient un or âexible à brocher le tissu de leurs manteaux , pourvu que la renommée ne célèbre pas moins la Sabina d'Ausone, qui, sans grandes dépenses, les égale en talent.
Sur la même Sabine.
Ceux qui tissent la toile et les vers offrent leurs vers aux Muses , et leur toile à toi, chaste Minerve; mais moi, Sabina, je ne séparerai point deux choses inséparables : mes vers sont écrits dans mes tissus ^
i>grnde> Daos Ics premiers temps du christianisme , il était assez
iuscritn sur !«».,, - 11/
oinemeots sacer- ordmaiTe de tracer sur les ornements sacerdotaux des le-
dotaux .
gendes analogues à l'invocation inscrite sur Tétole de saint Martin*, et des fidèles pratiquant le précepte de Moïse, qui avait ordonné aux Hébreux de porter des franges aux quatre coins de leurs manteaux , faisaient ces franges très-larges et y inscrivaient des passages de TÉcriture, ce qui mettait saint Jérôme dans le cas d'écrire à Népotien , vers Tan 394 : a Je ne veux point qu'à l'instar des pharisiens, vous mettiez de larges franges à vos habits; il vaut mieux avoir TÉcriture dans le cœur que sur le corps*, » etc. , usage qui se perpétua néanmoins , comme on le voit par mi article de l'inven-
* D. M. Aiuon., epigr. xxxvn et xxxvui.
^ Cest , dit Schannat , une bandelette de couleur blea&tre , large de trou doigu et longue de trente-six palmes , sur laquelle on lit, d*un côté comme de l*autre, ces mots élégamment tracés en caractères romains k de certains interyalles :
□r HOMIKE DÎrl OBA PSO MS.
Voyez H'uioria epUcopaitu fFormatietuit, etc., tom. I", pag. 136- ' a Nolo te dilatare fimbrias, et ostentui habere phylacteria ; et... pharisaica ambitione circumdari. Quanto melius erat hsc non in corpore, sed in corde ges* tare... 1 Inde pendet Evangelinm : inde Cmx et Prophetas ; sive sacra Apostolica doctrina. Melius est enim bsee omnia in mente portare , qnam in corpore. s Ep. xxxiY S. Hieron. ad Nepotian. de Vita clericor. et monach. (S, Hieron. oper. Tom. IV, Paris., m.dgc. yi., in-foL, col. 264.)
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. ii3
taire des meubles de Charles VI, consacré à une ceinture H d'un tissu de soie^ où est escripte TEwangile saint Jehan ^ »
Au ix^ siècle, c'est un coussin de soie rouge sur lequel ven tracés sur Alpaïde, sœur de Charles le Chauve, avait inscrit en lettres desoie^a^^Mi» d'or huit vers en l'honneur de saint Rémi, dont il devait * Rei^!*"* supporter la tête. En 1 646 , quand on ouvrit la châsse du bienheureux , ce coussin fut trouvé , comme le suaire et le corps, dans un tel état de conservation, qu'on jugea à propos de le replacer sous la tête qui y avait reposé pendant si longtemps, de préférence à un autre coussin de soie précieux que l'abbesse de Saint-Étienne de Reims avait fait faire pour la cérémonie de la translation des reliques du saint dans une nouvelle châsse '.
Le suaire lui-même, du moins l'un des voiles qui cou- Saaire
^ , , y , ^ , du même saint
vraient le visage du saint, pièce de satin à deux envers violet omé d'une in-
, . j . scription.
et vert, portait une inscription que nous avons reprodmte plus haut '.
Le trésor de Saint-Àrnoult possédait, au rapport de D. T. cbasubie
. , 1. • . d« Saint-Arnoult
Rmnart, une chasuble de soie rouge que la tradition assurait décorée
f / 1 / 1 / •• /^® même.
avoir été donnée par le pape Léon IX , qui avait consacre cette église au milieu du xi* siècle. Outre les noms des nombreux personnages brodés sur ce riche vêtement , et l'A et
* Comptes de F argenterie, etc., pag. 356, col. 2.
• Jnnales ordinis S. Benedicti, lib. XXXIV, n*» xlo, tom. III, pag. 19, 20. — Ree. des hist. des Gaules, tom. VII, pag. 318, C. Voyez encore le Tombeau du grand saint Ren^^ pag. 199 et l'avant-dernier feuillet à la fin.
Cette habitude de placer des coussins de soie sous la tête des morts considérables, était générale pendant le moyen âge. Quand on ouvrit la bière de sainte Etheldrila , on trouva le corps , ptdviUo ierico ad caput apposito. Voyez JViU. Mabnesh. de Gest. pontif. Anglor., lib. IV. [Rer. Anglic. Script, post Bed. prœcip., éd. K.DCi.y pag. 293, lin. 52.)
» Tom. r% pag. 123, not. i.