‹ Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, et autres tissues précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen âgeChapitre 6 sur 38 · II. ib · texte numérisé non relu

II. ib

ii4 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

Tn qui accompagnaient la figure du Christ assis sur son trône, on lisait dans la partie supérieure cette inscription , en lettres romaines, brodée à l'aiguille et disposée eu deux lignes : ^ S. Ungrorum R. E. Gisla dilecta sibi conjunx ; mittunt kaec rnunera domno apostoUco Johanni ^ Désignations Un pareil ornement valait aux étoffes qui en étaient dé-

des étoffes oracfs * ^ ^ * m* j

de légendes, corécs , Tépithète de litteratss^ que je trouve, au milieu de noms barbares de vêtements d'église, dans le testament d'un évêque de Léon en date de 988 , et dans un acte de donation de Tan 1 025 *, et je suis tout à fait disposé à considérer comme un équivalent à cet adjectif l'expression cum gramatisj que l'on rencontre à la suite d'un nom de vêtement, dans une charte de 1 1 97 * et ailleurs \ Il est vrai que, dans le grec du Bas-Empire, 'jfpafxt&a, comme gramiia dans la basse latinité', signifie frange ^ bordure; mais il y a toute appa-

* D. Theod. Rmnarti Iter litterarium in Alsatiam et Lotkaringiam , parmi les Ouvrage* posthumes de />. Jean MabUton et de D, Thierri Ruimart , etc. A Paris, BfDccxxiy, m-4*y tom. III, pag. 477.

* c Casululas X, una Termicula... aKa zamor yermicula... quarta de albaz-... Marahezes II cardeiuu.... Mantilia paria X , ex his literattos IIII. Sabano» paria X, ex his literattos IIII. » Espana sagrada, tom. XXXIV, pag. 455. — « Lectos pallîos quinqae, duodecim mntas inter Uteratas et litones de mensa... Casullas, uno ciolatone, et alia pîacmia, una adematica greciica, » etc. Bittoria del real monasterio de Sahagun, etc., por el P. M. Fr. Romualdo Escalona. Madrid, kdoclxxxii, itt-fblio, escrit. £xxrr, pag. 44S, col. î. Cf. Ghss, med, et inf. Latin., tom. IV. pag. 133, col. 3, V» Literatus, n» 2; et tom, V, pag. 94, col. 4, y» Parelius.

Peat-étre aussi faut-il attribuer la même signification au mot letratus d*un passage d'une charte de 832, cité par D. Carpentier, qui demande si ce mot ne serait point l'équiTalent de tapes. Voyez Gloss. med, et in/. Latin. , tom. IV, pag. 73, col. i.

«... unum camisum cum gramatis etfrisîs... duos amictus cum gramatis^ • etc. ïtalia sacra, tom. VII (Romœ, mdcux, in-fol.), col. 1275, A et B.

* Voyez Gloss. med. ^tinf. Latin., tom. III, pag. 350, col. 1, v« Gramata.

■ Voyez Gloss. med. et in/. Greeeit., tom. I, col. 264; et Gloss. med. et in/. Latin. ^ tom. III, pag. 550, col. 2.

rence que, dans ce sens, ce mot est dérivé des inscriptions que Ton avait Fhabitude autrefois de tracer dans cette partie des étoffes ou des vêtements. La même observation doit s'appliquer, ce me semble, aux mots bille, billettCj dont les glossaires n'ont donné qu'une acception, celle de ôillet, de cédille, de pancarte \ mais qui servaient aussi à désigner, dans les chapes d'église, une partie fréquemment « couverte de plusieurs lettres *. »

Dans une vie rimée de sainte Oria, qui vivait au xi* siècle, Antre robe on trouve un autre exemple d*une robe couverte d'inscrip- d'i^pS^o». tions ; il est vrai qu'elle n'apparatt que dans une vision :

£ra sobresennada de buena escritura...

Ayie en ella nombres de omes de gran vida y

Que sirvieron à Chrislo con voluntat complida , etc.

D. Gonzalo d« Berceo, F'ida de sania Oria, copl. 94, 92. {CoUeeion de poeêitu eastellaruu, etc., tom. II, pag. 446.)

Quoique je n'aie pu citer entre Âusone et Charles d'Orléans usa^e «nUque

• • 1 1 • 1 / • ^^ décorer ainsi

que cette robe vue en songe, une garniture de ht décrite par les yètement>,

, . . . pratiqué en Ceci*

un romanaer, une ceinture, un coussm, un suaureetune dent pendant le chasuble portant des inscriptions, je ne doute pas que Tu- ™**^*° **' sage antique de décorer des vêtements comme le faisait Sabina, ne se soit perpétué pendant toute la durée du moyen âge, où c'était la coutume d'inscrire des devises, des légen-

* Glois. med, et inf. Latin,, tom. I, pag. 682, col. 1, ▼'* Bilfa, n^" i, et Billeta; tom. Vn » pag. 63 , col. 9, v^ B'UkêU et BUUte, n* 1 , etc. Cf. Us grandes Chroniques de Framee, tom. yi,pag. 374, i75.

' « Une cfaappe de drap d'or violet... la hilte couverte de plusieurs lettres , donn^ par Uirlandre, evesque de Beanrais (mort en 1462). » Trésors des églises de Reims, pag. i05. — « Item troys chappes de drap d'or pert, dont Tune ha tièsbcAolx orfray^ fiiytz à paraonnages, et en la biliete ha une véronique environnée comae ose rote.... — Item deux aultres chappes de veloux vert figuré, semées de

ne SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

des, sur des vêtements^, surtout des ornements sacerdotaux', et sur diverses pièces du mobilier'. Cet usage se fut-il éteint, il se serait ranimé au contact des croisés avec les

plusieurs rosetes quarréez d*or, que clonna feu M* Jehan d'Estampes... èsqoelles sont ses armes es biUetez d*icelles. » Invent, des reliq, , vases sacrés et ornem, de t église de St.'HUaire le Grand, 20 noT. 1469. (Arch. du départem. de la Vienne, Saint- Hilaire, église n« 28. Cf. Bild. de tÉe. des Charles, 3* série, tom. l", pag. 496.)

• tf Une saye d*armes de velours.... bandé de toile d'argent et des escripteaux alentour. » Estât des meubles (du chasteau de Pau)... portés à Paris, etc. ( 1602) , ch. des hamois. (Arch. du dép. des Basses -Pyrénées, extr. de la liasse 427, n* li, fol. 8 verso. — a Une saye de velours... à bande de toile d'argent et escripteaux. » Ihid., fol. 9 recto.

* a Une chape de velours blanc. . . les orfrois à fond d'or gaufré, le tout chargé d'un grand arbre de Jessé, au bas de laquelle se lit en lettres brodées : Caroùts d^Jlliers deeanus Camotensis hoc me veste contexit 1 522 ; /Mzrca^ iltl Deus! t> Extr. d'un ancien in vent, qui se trouve aux arch. d'Eure-et-Loir, n^ 19. {Bulletin des comités historiques^ archéologie, etc., janvier 1891, pag, 17.)

Les citations qui précèdent, témoignent de l'usage ou étaient généralement les hauts dignitaires ecclésiastiques de donner, soit à l'église qu'ib étaient appelés à gouverner, soit à la métropole, une chape à la suite de leur exaltation. Eln 1307, un nouvel abbé de S(. -Pierre de Gloucester ayant été élu , le sacristain reçut sa chape de baudekyn avec son vêtement, suivant l'antique coutume de cette église. [Mon. Wigorn. Jnnal, de Reh. eccl. Wigom., ap. Wharton , Anglia sacra, pars prima, pag. 529.)

Elle existait pareillement à Sens, comme nous le voyons par l'Histoire des évéques d'Auxerre. L'un d'eux, Pierre VU, qui occupa le siège pontifical de 1363 à 1373, après avoir fait à Sens la profession accoutumée, donna, en place de chape de soie, un drap de soie ou d'or, que le doyen et le chapitre , après l'avoir refusé, finirent par prendre. (Hist. episc. Autiss,, cap. lxxx, ap. Labbe, Nov. Bibl. manusc, libr, Tom. /, pag. 517. Cf. pag. 513.) AEimbeck, tout chanoine, après sa réception^ était tenu de donner à l'église un baldaquin d'une valeur de plus de deux marcs d'argent. (Stat. Einheccens., ap. Ludewig, Reliquiœ manuscriptorum^ vol. X, pag. 106.)

Dans un inventaire de 1315 publié par Dart , que nous avons déjà cité , il y a tout un chapitre sous le titre de Capœ professionum episeoporum, suffraganeorum et abbatum. Voyez the Uist. and Antiq. of the cath. Church, o/ Canterbwy, append. n« VI, pag. V, VI ; et encore Gloss. med. et inf. Latin. , tom. II, pag. 119 , col 3, et pag 120, col. 1, aux art. Capa pro/essionalis, Capam solvere^ etc.

' a Un lit à histoire des satires... garny d'un dossier où il y a... deux pantes de soubassement toute d'escriture, » etc. Estât des meubles (du chasteau de Pau)...

Orientaux 9 qui, eux aussi, non-seulement écrivaient de temps immémorial leurs lettres sur de la soie', traçaient des vers sur leurs vêtements' et sur leurs tentes', et dont les étoffes de prix portaient le nom du khalife accompagné d'une invocation et de la date de leur fabrication *, quelque-

£xi»teui*e du même usugr

eu Onent,

à toutes le-i t'po-

qut*s.

portés à Paris, etc. (1602), ch. des cielz. (Arch. du dép. des fiasses-Pyrénées, extr. de la liasse 427, n"* il, fol. 2 recto.) — « Un daiz de drap d'or figuré de rouge où sont les tables de Moyze, et y a escript Finis : hgis : charitas. » lèitf,, ch. des daiz, fol. S recto. — « Ung dais de velours noir et de satin cramoisin, appelle le daiz des prisons rompues, où est escript : Uli spiriiuSy ibi libertas, 9 etc. Invent, des meubles du roj qwf sont dans le chasteau de Pau, etc., 1634, chapp***. des daiz, art. 1*'. (Arch. du départ, des Basses-Pyrénées, extr. de la liasse 427, n** 9, fol. 6 recto.) — a Premièrement dix pièces de tapisserie en satin noir, avecq broderie verte à feuUage d'or, où il a escript : Ubi spiritus, ibi libertas^ et autres escripteaux en chascune sur toile d'argent, » etc. {Ibid,, chapp^. des tapisseries de broderie, art. 1^, fol. 7 recto.) >- « Plus un autre grand tapis... où il y a escript spectatiomea incelis au milieu, et au coing, Deus laudetur, et en chiffres 1543,» etc. (Jbid., chapp^. destapis, art. 14, fol. 9 verso.) — « Plus ung lit de velours noir et violet cramoisin, concistant en ung fonds.... Il y a aussi en ce fonds quatre tables d'attente, où est escript nemo.,.. Conciste aussy... en trois pantes, où est aussy escript nemo, » etc. (Invent, des meubles du roi qui se trouvent au château de Pau, janvier 1635, extrait de la liasse 427, n^ 9, art. 3, arch. du départ, des Basses- Pyrénées, fol. 3 recto.) — « Plus un lict de satin violet, où est escript : yive la souris, en lettres fort difficiles à lire, » etc. {Ibid.^ art. 4, fol. 3 verso.) — « Plus ung antre petit lict, où est escript aussi : yive la souris y » etc. [Ibid., art. 5.)

t Et fut le pavillon du seigneur de Temant de drap de damas noir et bleu.. . et k l'entour des goutieres estoit escript en grosses lettres d'or, en brodure, un souhait tel : « Je souhaite qu'avoir puisse de mes désirs assouvissance, et jamais « autre bien n'eusse. » Mémoires d'Olivier de la Marche, liv. !•', ch. xiv, an. 1446; édit. du Panthéon littéraire, pag. 410, col. 1.

' Voyez le Livre des Rois d'Abou'lkasim Firdousi, tom. I*', pag. 567. Strabon dit, liv. XV, g xLvn, que les Indiens écrivaient leurs lettres sur des toiles bien battues. Voyez l'édition de 1620, pag. 717, et la traduction française, tom. V, 1819, in4*, pag. 85.

* Voyez les Mille et une Nuits ^ édit. de Macnaghten, tom. I", pag. 228, citées par M. Dozy, Dict, dét. des noms des vétem. chez les Arabes, pag. 372.

* Voyez Gulistan ou le Parterre-de-fleurs du cheikh Moslih-eddin Sadi de Chiraz, ch. vm; trad. de M. N. Semelet. Paris, Impr. royale, mdcccxxxiv, in-4*', P«ig.385.

* Voyez ci-dessus, tom. !•», pag. 289, le Dict. dét. de M. Dozy, pag. 355, en

us SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

fois même une profession de foi qui les couvrait tout entières, comme le voile de soie noire que le sultan des Turcs envoie chaque année à la Kaàba de la Mecque*. Vêtements por- Chcz nous, Ics principales pièces du costume qui n'avaient î^l^prop'iiéuin! pas de légende, portaient au moins le nom de leur possesseur y comme ce manteau de pourpre dont parle Vopisque dans une invective contre un de ses contemporains , et sur lequel on lisait le nom de Messala et de sa femme *• Nous savons du moins qu'au x\* siècle les francs archers portaient le nom de leur bailliage, ou bien une devise, brodé sur leurs habits '; et lors de Ventrée de François I* à Paris en 1 51 4, on vit un seigneur de la cour multiplier le sien sur son costume d'une façon vraiment remarquable : « Monseigneur le comte de Sainct-Pol, dit une relation du temps, avoit tout son accoustrement de veloux noir, plein de chapeaux à feuillages à l'antique, faits de toile d'or traict à broderie, lassez et liez en quatre endroits d'argent traict, en façon de courroye. \u milieu de chacun chapeau estoit sur le velours le nom dudict seigneur, qui est François de Bourbon ^ fait en lettres antiques, entrelassées d'or traict en broderie *. » Habitude des ar- Cc qui cst la dernière trace de cet usage, c'est l'habitude

listes d'inscrire . ,

des pemtres et des sculpteurs de mettre , soit le nom des

un nom on nne prière sur les Tétements de leurs figures.

note , et ths Histoiy of the Mohammedan Dynasties in Spain , tom. II , png. 434 , not. 27 au liy. VI, ch. ly.

' Le grand Désert , ou Itinéraire d'une caravane du Sahara au pays des Nègres {royaume de Haoussa), par Eugène Daumaset Ausone de Ghancel. Paris, Napoléon Chaix et 0\ 4848, in^«, pag. 127.

• n. Vopisc., Carin,, cap. xx.

* Suite des Clironiques de Monstrelet, tom. III, édit. de m. ocin., in-folio, folio 9 yerso. — Chronique de Jean de Troyes, ann. 1465. (Édit. du Panthéon littéraire, pag. 253, col. 1 .)

^ Le Cérémonial françois, édit. in-fol., tom. I", pag. 274.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 4i9

personnages, soit une prière, soit leur propre signature, sur le bord des vêtements de leurs figures. C'est ainsi que dans le premier i^olume des grans Postilles sur les epistres^ leçons y euangilles de tout le karesme^ Paris, pour Antoine Yerard, 1511 , in-folio, les personnages de la gravure du premier feuillet et de celle du deux cent septième, portent des robes et des ceintures où sont écrits leurs noms , et que l'un des personnages d'une décoration d'autel en pierre sculptée en haut relief, représentant le crucifiement de Notre-Seigneur, qui se trouve à l'extrémité est du collatéral nord de l'église Saint-Michel, de Bordeaux, a sculptée sur la firange de sa robe une inscription latine dont je n'ai pu lire que herbaSj sibus ac potus. Pérugin ne donnant à sainte Catherine qu'une palme qui ne suffit pas à* la distinguer, a brodé sur le bord de sa guimpe s. CHATsami.; Raphaël a signé son saint Michel sur le bas de la courte jupe qui est au-dessous de sa cotte, et sa grande sainte famille sur le bas de la

Tous ces détails de costume me rappellent la femme du lieutenant^criminel TardieQy et ces vers que lui a consacrés Boileau dans sa satire X :

Peindni-je son jupon bigarré de latin , Qn'ensemble compoaoient trois thèses de satin , Présent qu'en un procès snr certain privilège Firent à son mari les régents d'un collège; Et qui sur cette jupe à maint rieur encor Derrière elle faisoit dire argumentahor?

Ces vers nous montrent que l'usage d'imprimer sur soie existait déjà à l'époque dn grand critique. Plus tard, on a imprimé des volumes entiers sur étoffes de celte matière, comme les odes d'Anacréon, édit. de Bodoni, 1791, in-16, dont il a été tiré des exemplaires sur taffetas, Vlndice de'caratUri de Brogiotti, dont il existe un imprimé sur taffetas ou satin blanc , les poëmes de Goldsmith et de Parnell , Londres, Bnlmer, 1799, in-4o, dont on connaît un exemplaire sur taffetas, enfin comme le Club de James Puckle , réimpression de 1817, dont il existe sept exemplaires sur soie. Voyez le Manuel du libraire^ tom. I*', pag. 94, col. 1 , et pag. 468, col. 1; tom. II, pag. 426, col. 2 ; et tom. III, pag. 867, col. %.

d'Orirnt.

robe de la Vierge. Ces signatures en capitales romaines cessent d'avoir l'air d'une broderie ; mais dans l'art gothique les caractères plus difTërents, plus ornementés en eux-mêmes, plus proches du dessin d'ornementation , ont bien plus de vraisemblance comme broderie : aussi abondent*ils. Dans beaucoup d'annonciations, on trouve Vjéi^e Maria brodé sur le bord de la robe de la Vierge, comme, un peu plus tard, on l'a découpé en balustrades autour du toit de sa chapelle', dans les églises qui lui étaient particulièrement dédiées. iiniuitioii i>ar le» Quelquc chose de plus remarquable encore que l'habitude

Otciclenlaiix . . .

.j«s in*,riptions dc CCS inscriptious françaises ou latines, c'est l'imitation,

tiMCf'CS sur les ' \ *

.toiles apportées le plus souvcut iucomprise, des inscriptions arabes tracées sur la bordure des étoffes qui nous arrivaient d'Orient, inscriptions qui contenaient souvent des formules religieuses de l'islamisme, et que l'on retrouve ainsi sur des meubles et des étoffes ayant servi jadis au culte catholique. Tel est, entre beaucoup d'autres, un tissu d'étoffe blanche, brodée

' A Saint-Michel de Bordeaux , où nous étions tout à l'heure , et au-dessuB de la chapelle du Sacré-Cœur, il existe autour du comble une hauteur d*appui en pierre découpée à jour, dans le genre de celles que Ton remarque habituellement dans les monuments dits ^fAc^u^j, mais qui présente une particularité assez remarquable pour que Ton nous pardonne d*en avoir fait ici mention, bien qu'elle n'ait aucun rapport avec notre sujet. Cet accoudoir, dessiné par M. G. J. Durand, architecte, auquel nous devons ces détails, a onze mètres cinquante -deux centimètres de longueur, et il se compose de vingt-six panneaux consécutifs , contenant chacun un motif distinct d'ornementation. Les quatre premiers et les sept derniers offrent des ornements bizarres et variés ; les panneaux intermédiaires, au nombre de quinze , en présentent aussi d'étranges , mais qui ne jouent qu'un rôle secondaire. Le motif principal est une lettre ou un mot , combiné avec ces ornements accessoires, qui semblent avoir été ajoutés pour détourner l'attention des caractères alphabétiques, dont chacun a près d'un mètre de hauteur ; mais avec un peu d'attention, on les distingue facilement, et on lit sans peine: hbnay de vAXon VRAI o. On sait que sous Henri III, une des satires courantes contre lui était de dire que ce prince, semblable à un zéro en chiffre, n'avait aucune valeur par luimême , mais qu*il en donnait à ceux qui l'approchaient.

eu soie de couleur, tiré de l'ëglise du Vemet (Pyrénées- Orientales), dans lequel on avait autrefois enveloppé les reliques de saint Saturnin, et qui présente cette inscription : al moulk lîl/ah{\si puissance est à jéllah^ c'est-à-dire à Dieu)^ » Ces caractères orientaux, qui paraissaient si prodigieux à Longue dum de

, . i^ o cette imitation

DOS ancêtres ' , subsistèrent longtemps dans notre dessin dans noti« dessin

., . .1 «Il d^ornementation.

d ornementation , et il en est souvent question dans les comptes et dans les inventaires des xrv* et xv' siècles', où

* Voyez De r Emploi des caractères arabes dans t ornementation chez Us peuples chrétiens de t Occident, par M. Adrien de Longpérier. {Revue archéologique, etc., n* année, seconde partie. Paris, A. Leleux, 4 846, pag. 696-706.) — Lettre àM J. de Longpirier iur Remploi des caractères arabes dans l'ornementation chez les peuples chrétiens de POecident, par M. Henry, suivie d'obseryations de M. Adr. de Long* périer. *(/3i</., III* année, 1** partie, 1846, pag. 406-411.) — Histoire de rinstruetion publique en Europe.,, par Vallet de VinTille, etc. Paris, 1853, in-4«, M. 110.

* a ... pleures chart» înscriptv literis Arabîds et Chaldeis cnm prodigiotis caracteribus, » etc. Matth, Paris. Hist. major , snb ann. 1251 ; éd. Lond., pag. 824, Un. 43.

' c Item troys pièces de toille blanche de quoy les deux sont cousues ensemble, et sont à deux royes de soye à lettres de Sarrazin. » Inventaire de Charles Y, Ms. ik^ 8356, fol. ij*. iiij. verso, n^ 2285. — a Item une autre grant pièce de drap de soye jaune ouvré d'un grant compas ront ou mylieu, et est environné de plusieurs lettres de Sarrazins, » etc. Ibid.y fol. ij*. iiij" ix recto, n* 3388. Avant et après ces articles, il en est d'autres spécifiés comme étant en partie à ouvrage ou d ouvrage de Sarrazins (n^ 2284, 3387 et 3389 ) , /'/aûief ^ouvraiges et étymages de Sarrazins (n" 3386, 3390).

Dans un compte de 1427-28, sont décrits « vii habis de drap de soye de pluiseurs coulleurs et estrange fachon, propices à danser la morisque, et iceulx enrichiz d'ouvraige de peaux de bresil d'or et d'argent, de lettres sarasinoises et de tonrbettes faictes à manière de drap d'or, » etc. {Les Ducs de Bourgogne, II* part., tom. I*», pag. 252, 253, n» 868. )

Dans le testament de lady Bergavenny, qui est de 1434, il est question d'un meuble noir, rouge et vert, avec des morrys Utters, etc. Voyez Index and Notes to tke Wardrohe Accounts ofKing Edward thé Fourth, pag. 242, col. 2.

Un passage de la relation d'un voyageur contemporain indique clairement qu^il s'agit bien d'inscriptions arabes : c Les seigneurs de Damas, dit Bertrandon de la Brocquiere, allèrent au-devant de la caravane, par respect pour VJlkoran qu'elle u. 16

iSt SUR LE COMBiERCE, LA FABRICATION ET LUSAGE

l'on voit figurer également des habits et même des serviettes marquées âescriiare grégeoise^ en lettres âor^ escriptes en plusieurs lieux de lettres grégeoises, ou grecques \ aussi bien que des bocaux, des bassins, des bouteilles, des boussoles, des cadenas et des nefs , d'argent et de vermeil , décorés de la même façon'.

Cette imitation af&iblie des étoffes de TOrient musulman

^^t^^Z^T ou chrétien, que nous venons de constater pour les derniers

dlT^elTg?. temps du moyen âge , était bien autrement complète à une

époque plus ancienne. Alors nos artistes ne se contentaient

pas de copier plus ou moins fidèlement ces mêmes étoffes,

Imitation

avoit.... Il étoit enveloppé d'une étoffe de soie peinte et chargée de lettres moris^ ques, etc. Voyage d^ outremer,,, pendant les années 1432 et 1433. [Mémoires de tlnstitttt national des sciences et arts, — Sciences morales et politiques, tom. Y, pag. 500.)

' Voyez les Qironiqaes de Matthieu de Goussy, à Tannée 1453, ch. Lxxxvm (cdit. du Panthéon littéraire, pag. 146, col. 3; pag. 150, col. 1, etc.), et les Mémoires d'Olivier de la Marche, liv. I*% ch. xxix, ann. 1454 (édit. du Panth, /<</., pag. 489, col. 1 et 2, et pag. 491, col. 2), et liy. II, ch. iy, ann. 1474. (Ihid., pag. 560, col. 2.)

Dans des temps plus anciens, Pusage des caractères grecs parait avoir été plus commun qu'on ne pense. Pour m'en tenir à un seul exemple, D. Th. Ruinart parle d*un manuscrit de l'abbaye de Saint-Remi de Reims où le saint était représenté et désigné par cette inscription : CKC PEMIEFIGC. EIIC. OPB. PEMP. (Sanctus Renùgius episcopus urbis Renwrum,) Voyez Theoderiei Ruinarli Iter litierarium in Alsatiam et Lotharingiam, parmi les Ouvrages posthumes de D. Jean Mabillon, eic,^ tom. II, pag. 518-520.

* Bocalia duo migna argenti deaurata intaliata ad compassus cum literis Graecis. ... — Badlia duo magna argenti deaurata cum orlis intaliatis ad literas Graecas. . . . — Botadi duo argenti deaurati cum esmaiUb duobus in bottu, et cum literis Grccis.... Alia bussola argenti deaurata intaliata ad coronas et literas Grœcas.... Guardamanzari» du» argenti albi cum duabus testis leonum , et serratura intaliata ad literas GnBcas....—-Navi8 una deaurata cum orlis esmaldis ad literas Graecas.... — Bacile unum deauratum cum brevibus et literis Grecis in orlo.... — Bacile unum simile. » Inventar. jocal, P'alent. Mediolan. in Annal. Mediolan,, cap. cli, sub ann. 1389. {Ber, ItaL Script, , tom. XVÎ, col. 812 , A , B , C, E. — Codex Italiet diplomatUus , tom. III, col. 566.)

deux lise.

ils en imitaient encoi*e les dessins de manière à ne laisser

aucun doute sur la réalité de cette imitation. Par exemple, Grande porte

4 ' , •/!/ ^r> du tombeau de

la grande porte du tombeau de samt Remi eleve en 1537 et saintRemi copiée détruit en 1793, était ornée de pierres orientales et d'à* TylLntin/ gâtes, placées de façon à représenter des fleurs, des lions, des aigles , des éléphants , des tourterelles et d'autres ani- Hiaux. Si, comme d'autres parties de ce monument, elle ne if<enàit pas de celui qui fut élevé à saint Remi par Hincmar, sûrement elle en avait été imitée ', et l'artiste primitif avait certainement copié quelque /^a/V!^ byzantin; car nous retrouvons sur cette porte les dessins des étoffes orientales des vm* et IX* siècles décrites par Ànastase le Bibliothécaire. Dans une autre châsse , qui heureusement existe encore , Broderie*

/. * imitées dans l*or-

celle de Saint-Taurin d'Evreux, on remarque sur une estrade ncment de de

fenêtres dVglii

OÙ repose le pied d'une figure de Jésus-Christ, une jolie broderie de palmettes encadrées dans im double cercle ; broderie qui se répète sur la partie inférieure de la tunique du Sauveur , tandis qu'autour du collet en règne une autre plus riche, représentant une jolie quintefeuille encadrée de même dans un double cercle , et répétée dans la partie inférieure du manteau. Or, ces deux dessins se retrouvent exactement dans l'ornement semi-circulaire extérieur de deux fenêtres méridionales de l'église de Saint-Georges-de-Bocherville , bien connue par l'intéressante monographie qu'en a donnée M. A. Deville. Comme le fait observer M. A. Le Prévost, ces broderies paraissent n'être autre chose que des galons , et l'abondance de ceux-ci sur les vêtements , comme leur bon

* Le tombeau dû à la piété de Robert de Lenoncourt a été lithographie dans les Trésors des églises de Reims y où il &it face à la pag. 193.

chée

124 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE goût, sont remarquables et même caractéristiques dans les ouvrages d'art du xiii* siècle'.

£mûi Cette habitude d'imitation deviendra encore plus évidente

une étoffe bro- à Qui rccourra au grand recueil de Willemin, où Ton trouve, entre autres monuments , un email dont 1 auteur a évidemment puisé à la source que nous venons de signaler : « En étudiant la composition de ce rare assemblage, dit H. Pot» tier, on ne peut douter que les riches étoffes brochées de rOrient n'aient servi de modèle à l'artiste : l'introduction des perroquets dans ce genre d'ornement % la forme et la

• Mémoire sur la chdtse de Sai/ti -Taurin itÉvreux, dams les Mémoires de la Société des Jntiquaires de Normandie, ann. 1827 et 1828, pag. 327, 328.

* Rien de plus commun que de rencontrer des perroquets dans Tornementation de tissus du moyen âge : a Item capa de albo sameto, breudata cum rotellis.... —Item duao capa alb».... de duobus baudekinis, cum citacis. — Item capa alba, operata rotellis, facta de uno baudekino, cum ciucis. »

f^isit, facta in thés, S. Pauli Lond an. Grat. mcgxcy. (The Bist. of St. Faut*

Cath., pag. 317, col. 2. Cf. pag. 223, col. 2.) — a Item une chapelle blanche de samit, qui est à pappegaus, b etc. Inyentaire des biens meubles de Louis le Hutin , 1317. ^ cltem 4 tapis de laine ouvrés de papegaus et à compas, presié 20 1. par. » Invent. des biens de la reine Qémence de Hongrie, n* 318, pag. 44, tom. II des Mélanges de Qérembaut. — « Item une chapelle de camocas blanc d*ouldre-mer brodée k papegaux d*or et à fleurettes, » etc Inventaire de Charlesy,Ms.8356, fol. cxij. recto, n» 1076. — « Item une chambre de sortail... lozengée de papegaux, » etc. Ibid.^ fol. iij". iiij. verso, n^ 3565. — a Item troys tayes de carreaulx de veluiau vermeil brodées à dames et à papegaux , » etc. Ibid.^ fol. iij'. X. verso, n^ 3648. — c Item une autre salle yndee àlozanges et papegaux, » etc. Ihid.^ fol. iij*. xij. recto, n*^ 3665. — a Item una alla alba pro presbytero cum paramentis panni serici broderati per quarellos albos et virides super crooeo, ad aves papegos et alias aves. v Inventar. ann. 1419, ex tabul. eccl. Noviom. [Une Cité picarde au moyen dge^ etc., pag. 155). Cf. Ghss, med. et inf. Latin. ^ tom. V, pag. 66, col. 2, V* PapagaUus.

Dans l'inveutaire des joyaux de Téglise d'York dressé en 1530, on trouve deux suites d'ornements d'église ornés de perroquets : c Item una secta del baudekin operata cum le popingeas, » etc. {Monasticon Anglicanum, vol. VI, part, m, pag. 1209, col. 2.)— -a Item ima secta blod de satteyn, cum le popingeas de auro. > Ibid.

de Paris.

disposition des iSeurons , qui rappellent exactement certains types bien connus , enfin la ressemblance des lions et des griffons avec ceux que présente une étoffe orientale gravée sur la planche tiS, ne laissent pas de doute sur la réalité de cette imitation ^ »

Plus loin , le même écrivain revient encore avec plus de Fngmenis force sur la même idée, à propos de fragments d'étoffes taies c^^s orientales y que Ton conserve actuellement dans les archives dHa^^thédran de la cathédrale de Paris, et qui passent pour avoir été rapportés de la Palestine par saint Louis *. Nous n'avons pas vu ces fragments, pas plus que le morceau d'étoffe con*

L'église de Peterborough possédait aussi yers la même époque un ornement appelé the Popinjays (les Perroquets] , sans nul doute à cause de ceux que Ton Tojait dans le dessin de l'étoffe. Voy. Inventorf of the church'UtensiU o/the cathe* Jnd of Peterhurgh, on the ZO of November 1539, etc. (The History of the Church of Peterburgh,,. by Symon Gunton, pag. 60.)

Dans T%e Sqvjrr oflotiw degree^ y. 707, le roi de Hongrie promet à sa fille une coiffure de drap d'or ayec des perroquets {Ane, Engi. metr, Rom,, tom. III , pag. 178), et plus loin, t. 838, il est question de rideaux avec des perroquets blancs et rouges (ièid., pag. 180). Enfin, un autre rimeur, décriTant le costume de Syr Gawayne , place des perroquets dans l'ornementation de son urLsoun, ou cointisef comme il plaira de l'appeler. Voy. Srr Gawayne and the Grene Knyght, T. 607. [Syr Gawayne.., by Sir Fred. Madden, pag. 24.)

Je ne doute pas que le nom de caméra papagalli et de papegay^ par lequel étaient désignées certaines salles d'apparat au moyen âge (Cf. Gloss. med. et inf. Latin., tom. V, pag. 66, col. 1, v* Papagalli), ne leur soit venu des perroquets reproduits sur les tentures ou peints sur les murs. U n'est pas inutile , non plus , de faire observer que le perroquet, originaire de l'Inde (Pline, Hist, nat., liy. X, ch. lxx), était connu en Europe , au plus tard , au milieu du xni* siècle. Il figure en effet dans la première partie du Rom/tn de la Rose , qui date de cette époque (voy. tom. I*', pag. 6, Y. 77 et 617); et on le retrouve dans Renart le Nouviel, sous le nom de Fredîaus li papegais, Voy. le Roman du Renart, tom. IV, pag. 190, V. 1914; pag. 225, v. 2569, et le Glossaire de du Gange, tom. Y, pag. 69, col. 1, au mot PappagaUus,

* Émail du xm* siècle de la collection de M. Mansard, etc. (Monuments françois inédits, tom. !•% pag. 65, col. 1 et 2, et pi. 108.)

* Mon.fr. inéd., tom. !•% pag. 70, col. 1 et 2, et pi. 119.

it6 SUR LE GOMMERCE» LA FABRICATION ET L'USAGE

!iervé dans le Musée de Lyon, que M. Grognier dit avoir été trouvé à Saint-Germaîn-des-Prés , dans le tombeau d'un chancelier de France mort au xii* siècle*; mais nous avons pu examiner chez M. Yemeniz le lambeau de drap d'or re-

ducabin^'^ produit dans la partie inférieure de la planche 118 du recueil de Willemîny qui Ta gravé d'après ce morceau d'étoffe. C'est en vérité un admirable tissu. Le fond est d'une finesse et d'une légèreté inconcevables, et pourtant on a pu bro* cher là-dessus des figurines d'animaux et des arabesques en fil d'or et en soie torse , dite cordonnet. Ce tissu est exécuté à deux faces et sans envers, ou, comme on disait autrefois, à deux envers *. La couleur jaune employée par Willemin , représente le fil d'or.

Extension Je parlais tout à l'heure de l'imitation des riches étofies

de rimiution drs - ,^ , . ... , . . ^

étoffes de soie. Gc 1 Oicnt par nos artistes : cette imitation mériterait a peine d'être remarquée si elle s'était bornée à la décoration de quelques ouvrages d'orfèvrerie, de quelques émaux; mais,

• Recherches,,, sur le mûrier, les vers à soie et la fabrication de la soierie, etc. [Archives historiques et statistiques du département du Ahàne, etc., tom. II. A Lyoo, chez J. M. Barret, 1825, in-8*, pag. 301 .] Au même endroit, M. Grognier dit que c Haudoin , roi de Jérusalem , ordonna en mourant que ses étofTes de soie fussent vendues, et le montant distribué aux pauvres. » Cest là un fait dont nous n^avons pu retrouver la trace dans les historiens des croisades. Enfin , un peu plus loin , notre savant compatriote avance , comme un fait incontestable, que la Morée doit son nom au grand nombre de mûriers qui, de bonne heure, ombragèrent son territoire : c'est là , comme on sait , un point encore indécis. On le trouvera discuté avec étendue par Zinkeisen, dans son Geschichte Grieckentands , etc. ^ tom. I*', Leipzig, Barth, 1832, in-8^, pag. 836-859. {Etwas ûber den Namen Morea und noch einige Bemerkungen tu Fallmereyer's Geschichte von Morea in Mittelalter.]

■ Voyez l'inventaire de Charles V, Ms. 8356, fol. ij«. iiij«. iiij. recto, n» 3321 . On lit sous le n« 33i9 : a Item deux pièces de drap de soye très-fines d'oultre-mer blancs, ouvrez à grans fueUlages et à pommes de pin ou mylien... ouvrez à deux euvres. » Mais comme le n^ 3321 porte bien à deux envers^ on ne saurait douter que, dans la rédaction du n* 3319 , il n'y ait erreur de copiste.

comme il ne serait pas difficile de le démontrer^ elle s'éteu'^ dait à bien d'autres objets. Par exemple, il est évident que les peintres de VOccident, en décorant les murs intérieurs des églises, n'avaient en vue que la reproduction des splendides tissus qui les recouvraient auparavant, et, suivant moi, le blason est né de l'adoption que firent les hommes de guerre du dessin des étoffes dont étaient faites leurs cottes d'armes, et souvent recouverts leurs écus^ à l'imitation des boucliers des guerriers de l'Orient*. Reconnus, désignés par ce dessin , ceux de l'Occident n'avaient plus , pour ainsi dire , la faculté de lui en substituer un autre , et ils s'approprièrent ainsi d'une façon définitive des signes qui précédemment faisaient partie du domaine public. Les monétaires aussi puisaient dans l'ornementation des étoffes pour celle de leurs monnaies : on n'en saurait douter à l'inspection de certaines médailles des ducs de Brabant et de Limbourg, qui portent, sur Tune de leurs faces, un lion à droite dont la queue est terminée par une sorte de feuillage, et derrière lui un arbre à quatre rameaux, ou sous ses pieds un arbuste à trois, quelquefois placé près d'un édifice'.

' Li Romans d^Jlixandre, pag. 120, ▼. 6. — Roman de la Violette, pag. 14i, T. 2812.

Dans un autre roman non moins ancien, celui d*Aye d*Avignon (Ms. n* 7080*, fol. 135 verso , dernier ver»), ce n'est point un tissu qui décore l'écu de l'un des personnages, mais une peinture représentant un miracle. On est donc autorisé à penser , avec M. Paulin Paris, que ce n'était pas encore l'usage de figurer sur les éctts les armoiries des barons auxquels ils appartenaient. Voyez de la Conqueste de Conttaniinohle^ par JofTroi de Villehardouin et Henri de Valenciennes , édit. de la Société de l'histoire de France, pag. 361 .

* Voyez le Livre des Rois , par Abou'l-Kasim Firdousi , publié. . . par M. Jules Mohl, tom. !•*, pag. 297.

* Voyez De Munten der vaormalige hertogdommea Brahand en Limburg, van de rroegste tijden tôt aan de pacificatie van Gend; door P. O. van der Chijs, etc. Har-

128 SUR LE œMMERGE, LA FABRICATION FT L'USAGE

Ce dessin, où Ton peut voir des armoiries pareilles à celles que Ton retrouve sur les monnaies du sultan Bibars et sur les monuments qui restent de lui', me paraît plus sûrement emprunté à quelque étoffe orientale', que Ton re* trouve imitée, partout, sur certains monuments du Poitou % et plus fréquemment encore sur les écus des chevaliers et Cette imiution dcs héros de romans \ Enfm Timitation des riches étoffes de

ga^e même la littérature. •

lem, F. Bohn, 1851, in-4«, pi. m, n«* 1, 2 et 3, monnaies d*Henri (1190-1235) , et de Geoffroi ( 1 106-1100 ).

* Vojez Extraits des historiens arabes relatifs aux pierres des croisades ^ par M. Reinaud , pag. 506, not. 1.

* Voyez ci-deMus, tom. I", pag. 41, et pag. 40, not. 3. Je trouve dans le Glossaire de dn Caoge , tom. IV, pag. 69, col. 1 , Tadjectif leomatus , que nous ayons déjà TU dans Anastase (ci-dessus, tom. P', pag. 19, en note], traduit par coloris leoninif interprétation' donnée à la suite de Part. Leonimam pallium^ qui yient après ; mais quelles que soient Tautorité des Bénédictins et la force qu'elle emprunte à la citation d'un passage du concile de Tolède de Tan 1582, je persiste 4 croire que ces deux épithètes Tiennent des lions retracés sur les étoffes ainsi qualifiées.

' Sur le portail de Saint-Porchaire, à Poitiers, se troure à droite un chapiteau ou sont représentés des lions , séparés par un arbre , et à gauche, un chapiteau semblable ayec la légende Leones. Pareil chapiteau se Toit à Saint-Hilaire de la même Tille, dans la nef à gauche, du c6té de l'entrée ouest. Ce sujet est, à ce qu'il parait, fréquent en Poitou.

* El cfaival monte comnt et abriTé , Et prant Tesca à lieon d*or firesé.

Roman de Garin le Loherain^ Ms. da fonda de Saint-Gcnnain français n* 4244, fol. .Ixxxiiy. Tcno, ool. 4, t. 7.

En r«8cn de Bon ool ot paint .j. Ijon blanc.

Chaneon ^Ajen la bêle d*Jvignon, Us. n« 7989S fol. «9 recio.

En Teacn de son col pent .j. lionoel bia. Ibid,, fol. 4 40 Tcno, t. 3.

Beiengier Tint poingnant à goiae de Franoon , En Tesco de son col aToit peint .j. lyon. Ibid.^ fol. 436 recto, dernier tcts.

Anaéis d'Auberine les perçnt maintenant; n reconat Garin sor Faurel le corant, A Tesca an lion et au gonfanon blanc.

Ibid., fol. 440 Terao, dernier tcts.

rOrient que nous signalons , g^gi^a même la littérature. En effet, un écrivain génois du xiii' siècle , voulant représenter Tardeur dont ses compatriotes firent preuve dans une circonstance, dit qu'ils ressemblaient moins à des hommes qu*à des lions, des griffons ou des aigles % empruntant ainsi une comparaison aux étoffes que les Génois importaient continuellement d'Orient en Occident , avec les épices dont on faisait tant de cas '.

Pendant toute la durée du moyen âge, il n'était pas, dans Riches étoffes les villes, de solennité où l'on ne déployât aux fenêtres les d'or^t'^d'arg^t, riches étoffes dé soie , les splendides tissus d'or et d'argent feu^'^nd»t dont on se trouvait être possesseur ; on le faisait autant pour " ^ «»»»»*«• fêter la journée que pour donner la meilleure idée de soi :

La cité font richement cortéir

De dras de soie et de vair et de griz.

La Mort de Garin le Loherain^ pag. 86, v. 4798.

Tbai nndede her goinfaynoon , With a bright glider and lyoan.

Arihour and MerUn, pag. 67, t. 4778.

Voyez encore ci-dessus, tom. I*', pag. 226, en note ; le Roman de la Violette , pag. i4l, y. 2818-21 ; Renart le Nouvel, y. 265 [le Roman du Renart, tom. IV, pag. 136) ; le Roman de Florimont^ cité par M. Paris dans ses Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi^ tom. III, pag. 35; jimis et jémiles, y. 215, 1649, 1658, éd. du D' Conrad Hofmann, pag. 7, 48; fVallace, Boke aucht, y. 1225, pag. 207, etc.

■ Bartholomœi Serihœ Annales Genuenses ai anno Mccxxiy. {Rer. /toi. Script., tom. VI, col. 447, C.)

' CD marinier sont riche de Gène et de Pûe,

Qui mainnent le narie par toute paienie As grant cités antis et à boors et à Tilles ; Acbatent la espices qaMl ont de maintes gnises , Et canelle et gingembre, ricoUce et baupine , O les bonnes racines dont ont {sic) fait médecines , Dont tote Lombardie sera bien replenie.

Chancon tPAjren la hele d^ Avignon, Bit. n* 7989^ fol. 4S9

Toinoignages )n\toi-iques relatifs a vet usage pendant les xiii', xrv*" et xv*»ièiles.

i30 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

Se là fubsiés , de toutes pars Yéissiés dras d'or estendu$ Et as fenestres pourtendus, De soie , de y air et de gris.

Roman de la Manekine, psg. S73, ▼. 8470.

L«s rues bordent et portendent Sor lor gens et sor les chevausj De samb blois et des cendaus , De tires et de dras et de pailes.

Le Roman de VEscouffle , Ms. de l'Arseiuil , B.-L. fr. in-i", n* 178, fol. 74 verso, eol. 4, t. 48.

Entretant lai ben adobar La vila et encortioar^ De bancals e de bels tapitz , De bels palis e de bel samitz.

Flamenca^ Ms. de la Bibl. de Carcassonae, fol. tu verso, v. G.

Mais pourquoi chercher de pareils détails dans les romans, quand les chroniques en sont pleines? Au retour de Philippe Auguste en France, après la bataille de Bouvines, « les moustiers estoient sollempnellement aornës , dedens et dehors, de dras de soye, les rues et les maisons des bonnes villes estoient vestues et parées de courtines et de riches garnemens V » Au couronnement de la reine Marie de Brabant, en 1275, <cles bourgois de Paris, dit Guillaume de Nangis, firent feste moult grant et moult soUempnel, et encourtinerent la ville de riches dras de diverses couleurs , et de pailes et de cendaux'. » Ils en agirent de même, en 1313,

* Voyez , sur le sens exact de ce nwt , le Glossaire de du Cange , à l'art. Incortinari, tom. III, pag. 803, col. 1.

* Les grandes Chroniques de France, etc., Phil. Aug. , ch. xx , édit. de M. Paris, tom. IV, pag. 197. Cf. Guilî. Armor. de Gcst. Phil. Aug., apud D. Bouquet, Rer. Gali. et Franc. Script,, tom. XVII, pag. 103, B.

* Les gr. Chron. de Fr., tom. V, pag. 40. Cf. Gesta Philippi III , apud Andr. et Fr. Duchesue, Hht, Franc. Script. ^ tom. V, pag. 530, A.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D*OR ET D'AKGENT. 13i

lorsque les fils de Philippe le Bel Turent faits chevaliers', et dans bien d'autres solennités décrites par nos anciens historiens. Par exemple , Froissart rapportant l'arrivée à Paris de quatre barons anglais chargés de jurer, au nom de leur maitre, en 1 360, de tenir le traité de Bretigny, dit que a furent, adoncques qu'ils entrèrent en la cité, toutes les rues jonchées et parées d'herbe, et entour parées de drap d'or*. » Vingt ans après , lorsque , à son retour de Reims , où il avait été sacré vêtu d'une robe de soie tout éclatante de fleurs de lis d'or, Charles VI entra dans Paris , les rues et les carrefours de la ville étaient tendus de tapisseries diverses {palliis i^ariis) conune des temples '. Plus tard , quand Charles VIII fit son entrée en la ville de Troyes au mois de mai 1486, « les grandes rues, dit une relation du temps, estoient au sujet de ceste entrée toutes parées de tapisseries et draps de soye*. »

Pareille chose avait lieu chez nos voisins dans des circon- Existence stances aussi solennelles ; nous en avons la preuve en mille chez nos "oùins endroits', et nous savons par Join ville qu'au xm* siècle les taux. musulmans en agissaient de même, avec cette différence qu'au lieu de se borner à tendre les tissus précieux aux fenêtres des rues par lesquelles le personnage de marque devait

* Les grandes Chroniques de France^ tom. V, pag. 198.

* Les Chroniques de sire Jean Froissart ^ lir. I**, part, n, ch. cxxxin ; édit. du Panthéon littéraire^ tom. I*', pag. 438, col. 1 et 2.

* Chronique du Religieux de Saint'Denjrs^ lir. !•», ch. ir ; tom. !•*, pag. 34.

* Le Cérémonial franf ois, édit. in-fol., tom. I*% pag. 676.

* Voyez la gnmde Chronique de Matthieu Paris, à Tannée 4236 (édit. de Londres, 4640, pag. 420, lîg. 39); la Chron. du Religieux de Saint-Denyt, iiv. XXX, ch. xra, ann. 1409, tom. IV, pag. 2ÎS8; the Knightes Taie, dans les Canierhury TaUi de CSumcer, t. 2567, tom. I*', pag. 263 ; et li Romans de Bauduin deSebourc, «h. n, ▼. 842, tom. V, pag. 57.

432 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

passer, a il li estendoient les draps d*or et de soie par où il devoit aler\ » Ce qui signifie, je crois, qu'on les étalait par terre , que Ton en tapissait le sol.

Emploi A l'ordinaire ces riches ëtofles de soie servaient, en Orient*

des riches étofTes . ^.-i . m. Ji i

de soie à tapisser cooime chcz noiis , a tapisser les appartements des classes «sappartementa. ^|gy^^g jj^j^ g^ ^^e sjècle , Fierrc Damicn reprochait à ses

contemporains le luxe de tentures de leurs chambres à coucher, dont ils dérobaient ainsi, dit-il, les murs aux regards, comme s'il se fût agi d'ensevelir un cadavre, et il s'élevait en même temps contre les tapis à sujets qui recouvraient les Palais royal siégcs OU Ic paTquet '. Nous avons vu qu'au couronnement

de Palerme tout tendu en soie, — — ■ ■ ■ ■ , . - . — . — ., ..i — .. — .—

' Histoire de saint Louis ^ édit. du lioavre, pag. i iO.

Voyez y pour un autre exemple de route couverte de tapis de soie , V Histoire des sultans mamlouks de F Egypte , tom. I", pag. 214; et le Livre des Rois, tom. I**", pag. 343. Dans ce dernier ouvrage, on voit en plus d*un endroit, par exemple, tom. II, pag. S>33, les maisons ornées d'étoffes précieuses pour l'arrivée de personnages illustres. Tom. I*', pag. 503, l'auteur s'exprime ainsi : « Tu dirais que tonte la ville n'est qu'uB temple d'idoles » qu'elle est décorée de brocarts de la Chine, et de roses comme pour un jour de fête. » Ici nous pouvons constater un rapport de plus entre l'Orient et l'Occident, où les égUses étaient pareillement ornées de tentures , surtout les jours de fête : parieies ecclesiarum cortinis et palliis adornantur, dit le moine de Marmoatier, rapportant Tarrivée à Angers de Geoffroi le Bel et de son épouse. Voyez Gauffredi ducis Normann, Hisi,, liv. I", pag. 21.

* Voyez le Livre des Bois, pag. 529 , 537 ; tom. lU , pag. 297, etc.

' « Ad hoc certe ditari cupiunt, ut quocumque deveniunt, presto cuhiculum operosis et mirabiliter textis cortinarum phaleris induant , sicque parietes domus ab oculis intuentium tamquam sepeliendum cadayer obvolvant. Mox etiam tapetis prodigiosas imagines praferentibus sedilia stemunt, peripetasmata laquearibus ne quid occiduum delabatur, opponunt. » S. Pétri Damiani opusc. XXXI, cap. vi.

Voyez, sur l'usage ancien d'ensevelir les morts dans des tissus précieux , ci-dessus, tom. I", pag. 115-126, et l'ouyrage de D. Martene, De antiqms Ecclesiœ Ritibus^ liv. III, ch. xn, n« vnr, pag. 556, 557, en y ajoutant, pour l'Orient, le Livre des Rois , tom. II, pag. 187, et VHistoria JherosoUmitana du moine Robert , liv. rV. {Gesta Deiper Francos, pag. 51, lin. 11.)

S'il faut en croire ce dernier écrivain, c'était, chez les musulmans, la coutume d'enterrer certains de leurs morts dans des étoffes de prix et avec des objets de va-

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i33

du roi Roger le palais des rois de Sicile, à Païenne, était tout tendu en soie * ; Tun de nos anciens trouvères est donc autorise à nous dire de ce palais :

Tôt entor fu encordnés De dras de soie à or ouvrés A oevres d'or et à paintures , A maintes diverses figures D'oisiax, de bestes et de gens.

Les chambres furent par dedens Paintes et bien enluminées *.

Roman de Guillaume de Palerme, M«. de la Bibl. de PArsesenal, B.-L. fir. in-4% n* 478, fol. 448 verso, col. 4, t. 4 5.

Après le milieu du xii* siècle , un roi du Nord donnait un Tentures

. 1 1* 1 1 • Il •> de soie de palsû

banquet splendide dans une immense salle entièrement ta- de rois du Nord. pissée en soie écarlate', et au couronnement d'Hacon le Vieux en 1217, le palais des rois de Norvège fiit tout revêtu

leur , comme chez nos soldats , de faire main basse sur ces dépouilles , ni plus ni moins que des larrons /oii/er/. *

Mais cette classe de malfaiteurs, dont il a été question, tom. I*', pag. 15i-i53, était-elle bien ainsi nommée à cause àt%foues qu'ils yiolaient? J'en doute depuis que j*ai troa?é le passage suivant :

Rume fil miison Dea : or est fosse à lamia.

LAen des h. Thoma» von CanUrhurjr, etc., pag. 40, t. 3.

Voyez un autre exemple du mot qui nous occupe , dans un conte dévot du xin* siècle rapporté à la suite de la Chronique des ducs de Normandie^ tom. III, pag. 520, ▼. 309; consultez enfin le Glossaire de du Gange, k l'art. Fossa ^xom. III, pag. 380, 381.

' Voyez ci-dessus, tom. P% pag. 78.

* Plus loin, on lit :

A tant sont venu en U chambre Qui painte fa et faite à Tambre, A riches pieres , à esmans.

Fol. 443 recto, col. 4, v. 8.

* Hisioria régis Magni ErUngi filii, cap. %iv. {Scripta historiea Islandonm^ vol. VII, pag. 296.) Magnus, fils d'Erlbig, monta sur le trône en 1162.

434 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

d étoffes de couleurs et de tapis de coton et de soie ëcarlate brochés d'or *.

Mention» Pour Dcu Quc ToD oarcourc les anciens romans , nos

de décoration i i i \ i

iiembiabie dans vieiUcs chansous de geste, on y rencontrera a chaque pas

nos anciens

poète*. des mentions de décoration semblable. Chrestien de Troyes, parlant d'une chambre, s'écrie :

Mais porcoi vos deviseroie Les paintures des dras de soie Dont li chambre estoit embelie ?

Erec et Enide, Ms. la Valliere n* 78, fol. 4 64 recto, col. 2, v. 4 4 .

Un autre trouvère dit de celles que la tille de Geri fait disposer pour recevoir Bemier :

Lors les fist bien conreer et joinchier, .Et bien portendre de bons pailes déliés*.

Li Romans de Raoul de Cambrai y coupL ccxlt, pag. 2*i0.

Dans un autre palais ,

Se dedens la chambre fussiez , Riens fors dras d'or ne véissiez ; Ne en comble ne en paroit Riens fors que dras d'or n'i paroit, rrà huis , n^à fenestrc ensement , N'a piler; nés le pavement Avoit-on de dras d'or couvert.

Losengiez ert d'or et de vert Li dras d'or que je vous devis, Qui sour le pavement est mis.

Li Romane de Cleomadee, M», da fonds de la Valliere n* bS , fol. 164 Tcrso, col. 4, y. 48.

• HUtoria Hakoms Hakomdœ^ cap. ccijv. [Scr, hist. IsL, vol. X, pag. 13.) ' Voyez encore le Romande Tristan , tom. !•', pag. 106, ▼. 2*8.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i35

Ailleurs , c'est une barque , et

A .j. cbief de la barge par deriere ert la chambre Richement porundue de bon paile d'Otrentre^

Chaneon tTAj-en la beU d'Avignon, Ma. a* 798»<, fol. 4 4 5 verao , demien vers.

Un autre poète parle aussi d'une chambre De dras d'or et de soie très-bien encourtinée.

Li Romans de Berte aus grans piés^ conpl. lxxxo» pag. 413.

Enfin Marie de France fait dire aux puceUes qui annoncent au roi la venue de leur maîtresse :

Rois , faites canbres délivrer

E de pailes encurtiner,

V ma dame puise descendre, etc.

Lai de Lanval, v. 487. {Poésies de Marie de France, lom. !•', pag. 238.)

^ Un peu plus loiu , fol. 120 verso , ▼. 8 , on lit ce curieux passage :

Lon mandèrent lor gent as nés et as dromons , Lor Toiles entaillies par pans et par girons Et bien enfigurées à testes iJe dragon , De derant ens el chief .icziiij. dragon : Ce fo seneflance que itant rois i sont.

Selon toute apparence, le poëte a voulu parler, dans les trois premiers vers , d'étoffes orientales ou indiennes, sur lesquelles on voyait déjà, du temps d^Apulée, des dragons, des griffons, des animaux d'un autre monde, imités avec un coloris très-varié. (Mefam., liv. XI.) Quant aux trois derniers vers, ils constatent un usage que jusqu'à présent on avait cru seulement répandu dans les armées anglaises , où le dragon, c'est-à-dire l'étendard royal, déployé jour et nuit devant la tente du souverain, indiquait sa présence. [Gloss. med. et inf. Latin, , tom. II , pag. 936, col. 2.) De là sans doute l'expression faire voler le dragon pour se mettre en campagne , que l'on trouve dans des lettres de rémission de Tan 1 383 conservées au Trésor des chartes, reg. 123, ch. 235, et dans les OEuvres complètes d'Ambroise Paré, édit. de Malgaigne, tom. III, pag. 52, col. 2.

L'emploi de riches étoffes pour voiles de navires , que nous avons déjà vu cidessus, tom. I**, pag. 355, n'appartient point exclusivement à la fiction. Sans remonter jusqu'à la voile de pourpre de Cléopàtre , dont parle Pline (Hîst. nat., liv. XIX, ch. v), je rappellerai le bateau du comte de Lodesme et sa voile de

136 SUR LE GOBIMERGE, LA FABRICATION ET L'USAGE Passage II v a doDc tout lieu de croire que ce luxe n'était pas rare

de Mathieu Paris '' .^ , . . • i- . i i i

contraire à ce qui ail ui* et au xui* sicclc , Di particulicr a tel ou tel pays, et de i*iisage général S etoDUcr de ce que dit Mathieu Paris à propos de Tarrivée prix pendant le à Loodrcs dc Tëlu de Tolède, puis d'Âliënory bru de

moyen âge.

Henri III , et femme d'Edouard son fils : « Quand cette très* noble bru, dit l'historien de Henri III, fut arrivée au logement qui lui avait été assigné, elle le trouva garni de draperies tout en soie {holosericis pallis) et de tentures suspendues qui lui donnaient l'apparence d'un temple ; le pavé était même recouvert de tapisseries, comme on avait déjà fait pour le loge*

drap d'oFy dont fait mention Philippe de Gommine^ (Croniquê du roy Loyt unziêsme, eh. xxxti), qui, plus loin (Croniquê du roy Chartes h^ictiesme^ ch. xxt)^ parlant des bateaux envoyés au-devant de Charles VIII à son amyée à Venise , nous apprend « qu'il y en avoit deux couvers de satin cramoysi et le bas tapissé. » Citons encore la nef d'Henri VIII (1530), qui a été reproduite avec ses yoiles de drap d*or, dans U Moyen Age et la Renaissance (Marine, pi. 1 èis), diaprés l'original de J. Holbein , existant en Angleterre.

' Pour le XIV* siècle, voyez , entre autres ouvrages , Renart U Nouvel ^ v. i 170 , 2410 et 2426 {le Roman du Renart, tom. IV, pag. 170, 218, 219) ; liRomans de Bawduin de Sebourc, ch. xvi, v. 706-708, tom. II, pag. 111 ; et VH'utoire de Charles VI ^ par J. Juvenal des Ursins, édit. de D. Godefroy, pag. 120, ann. m. cgc.lxxxxvt. Dans deux autres endroits du même ouvrage (pag. 393, ann. m.cgcc.xxi; et pag. 51 8f ann. m. cggc. xxxtv] , on voit que les vaisseaux aussi et les chariots qui devaient porter des personnages illustres , étaient décorés avec la même richesse. Ailleun , il est question d'un écbafaud tendu de tapisseries d'or. Voyez la Chromque du Religieux de Saint-Denys , liv. X, ch. vu, ann. 1389 , tom. I", pag. 614, sans négliger les passages relatifs à des sièges couverts de drap d'or, qu'on lit tom. II, pag. 570, et tom. V, pag. 513.

Un autre écrivain de la même abbaye, rapportant la visite faite à Charles V par Tempereur Charles IV et le roi des Romains , son fils , en 1378 , nous dit que ces princes avaient chacun un ciel de drap d'or, « et par-dessus ces trois , ajoute-t-il , en avoit un très-grant qui continnoit le lonc de la table, et tout derrière eux pendoit, et tous les piliers et fenestrages derrière la table , housses de drap d*or trèsrichement et le drap aussi. » (Les gr. Chron. de Fr,, tom. VI, pag. 384.) A la page suivante, on lit c que la sale du grant palais estoit continuée et parée de tapis de haultes liches à ymages , s etc. ; mais je crois qu'ici l'éditeur s'est trompé , et qu'il faut cortinée, sans égard au continuait de la première phrase.

ment de Télu de Tolède : c'étaient les Espagnols qui avaient pourvu à cet arrangement, probablement selon la coutume de leur pays; mais la superfluité de ce faste excitait la dérision et les moqueries du peuple ^ »

Si l'on ajoute foi à ce que disent les romanciers, les ten- Beauté

de oeb tentures:

tures de ce genre auraient été de la plus grande beauté, paMsged'anhû-

^ toonen oni cicura*

a 1 égal de ceUes que les chroniqueurs des siècles suivants «e odUnde > mentionnent avec admiration'; mais alors il faut s'inscrire en faux contre un historien italien qui nous donne à entendre que les tissus auxquels on donnait , au xi* siècle , une pareille destination, étaient des plus communs, souvent même des étoffes de rebut. Parlant de soieries comprises dans un payement comme valeur monétaire, le moine Aimé s'écrie : <( Quels deniers! correges de Indie, et las, et villissime paille , come voulist ciendre famés et vestir servicials, et aomer li mur o li paille '. »

Dans ce passage, comme dans bien d'autres de la même histoire *, nous voyons les étoffes de soie mises sur le même rang, pour les échanges, que les métaux précieux. U en fut de même bien longtemps après l'époque dont Aimé retrace

* Matth. Paru. H'utoria major,sub ann. 1255; éd. 1640, pag. 911, lin. 16. Voyez aussi la traduction de M. Huillard-Bréholles, tom. VIII, pag. 134.

' Voyez la Chronique du Religieux de Saint-Denjrs, liy. X, ch. i*', ann. 1389 (tom.I", pag. 588), etliv. XVIII, ch. x, ann. 1397, (tom. H, pag. 567); V Histoire de Charles Fil, par Jean Chaitier, ann. 1436 (édit. de Denys Godefroy, pag. 92); les Relations des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de France au xyi* siècle, tom. II, pag. 210, etc. , etc. Dans on traité de paix entre les comtes de Foix et d'Armagnac de Tannée 1377, il est quettioD d*nne chambre Tulgairement appelée seduy sans doate i cause de la tenture de soie dont elle était ornée. Voy. VHist. gêner, de Languedoc, édit. in-folio, tom. IV, col. 340.

> L'Ystoire de li Normant, Ut. VII, ch. xm; édit. de M. Ghampollion, pag. 202.

'* Voyez Ut. II, ch. m, pag. 36 ; Uy. FV, ch. xxxn, pag. 1 27 ; et Ut. V, ch. xxyn,

des étoffes de soie

aax métSDx

prédenz.

138 SUR LE OOBIMERCE, LA FABRIGAHON ET UUSAGE

les faits. Frëdéiic fiarberoosse , ayant battu Tempereur de Constantinopie , se fit livrer par hri une grande quantité de robes de soie^ outre cinquante cantars ou quintaux d'or^ avec le même poids en argent; et Tan 559 de Tbiégire, le grec Cahman , duc de Cilicie, ayant été pris par les soldats de Noureddin , se racheta au prix de cent cinqaante robes de soie'. Enfin, en 4428, le cbàteau de Mercuès ^tant assiégé par les habîtants de Cahors, fut rendu aux consuls de cette ville pour une pièce de damas et seize mîHe moutons d'or, monnaie de ce temps-là , qui valait environ vingt-quatre sous de la nôtre*.

Tributs n n*y a donc rien d'extraordinaire à voir figurer des étoffes

d'étoffes de soie. • . .1 ..^ ■•./• «i 1

de soie parmi les objets que devaient fournir les peuples soumis à payer un tribut, par exemple, les Turcs et les Arméniens quand ils firent alliance avec lesTartares, dans une circonstance rapportée par Guillaume de Nangis*. Comme on le pense bien , les romanciers ne manquèrent pas de

• Extraits des ftistoriens MraSes relatifs au* guerres des croisades, par M. Reinaud , pag. 276 et 277, en DOte.

• Histoire.., du Quercy, par A. de Cathala-Coture. MoDtauban, 1785, in-8*, tom. I'% pag. 3i5.

• Gesta S, Lud, IX ^ Fr. reg, , apud Dachesne, But, Franc. Script., tom. V, pag. 345, C, oit. lin. — Annales du règne de saint Louis , k la suite de l'histoire de ce prince, par Jehan «ire de JoioTille , édit. da Louyre , pag. 196. -— Les grandes Chroniques de France^ publ. par M. Paris, tom. IV, pag. 288, ann. 1245. On lit dans Tune des branohes du Roman de Guillaume d'Orange :

Db bone gnt la l^orpulla» pMplâ fit ée xMfcflMM garnis et anasM , fit li tTMs vaut ail jnars d*or pesés. Vint mais de poivre et ceat pailes roés. La Bataille d'JrUschans, Bis. n* 6985, fol. US recto, col. 2, ▼. 23.

Voyez, pour un autre tribm de trMs cents robas de soie» V Histoire des sultans mamlouks de t Egypte, tom. I*', pag. 217, 218.

ÏXS ETQFFfS 0B SOIE , 1>K)R ET D^ARGEI^T. 139

mettre oe détail en osuxre dans leurs rédts ; ruo d'eux kki^us naontre deux Sarrasins

Qai reviennent de Romme, au ¥m htera cotre ; SI apportent le im lev $ci^eni Vaaigté : Une gfiUe pUme de moulr gr^nt richeté»

Pailes y or et argent , et vin viel et claré , etc.

Le Lieupre du rojr Charlemaine , Ms. du Mnsée Britannique, Bibl. Kg. \ K. E. TÎ.-, lU. Ttx^ reoto, ool. 4 , r. 7I>.

Au lieu d'un tribut , s'agissait-il d'an présent? fl y avaft Habitade toujours de la soierie parmi ceux des musulmans. Deux soieries ch«x ii» chrétiens s étant rendus auprès d'un sultan d*Égyptc pour y prêcher TEvangiley ce prince, avant de fes renvoyer, « lor fist aporter or et argent et dras de soie à grant plenté , et commanda qu'il en prissent ce qu*il voudroient V » Un autre sultan du même pays, si ce n'est le même, ayant appris Tarrivée de l'empereur Frédéric en Syrie, Fan 1228, fui envoya , dit Matthieu Paris , de nombreux et magnifiques présents en or, en argent, en pièces de soie, en pierres précieuses, en chameaux, en éléphants, en ours, en singes et autres choses mirifiques , qu'on ne voit point en Occident *.

Sept ans auparavant, la commune de Montpellier s'étant Magnifique fait représenter au mariage de Jayme T^ roi d'Aragon, avec d^ôrofr^ii^r Eléonore de Castille, par une députation composée de m^^IL^ deux de ses consuls, leur avait donné mission d'ofinr au * d'Aragon.™

* Gm(l,,jyni Continuât. Histor^ belU sacri, cap. LX^vn. [f^et. script, et mou. ampl. ColUct,, tom. V, col. 690, C.)

* Matth, Paris. Historia major, édit. de IdiO, pag. 351 , lig. 22. Le même liiatorien mentioiiney aoos l'année 1336» des présents d^ Pemperenr d'Allemagne à Henri in, qui connstaient en dix-huit chevaux de prix et en trois mulets chargés de soieries et d'autres objets précieux; et il nous dit de ce dernier prince « sous Tannée 1251, qu'il aeiQfi eii^présents4'Q]C> d'argent et de soie, quatre miUç marcs. Voyez pag. 4>31 , Ug.45,etpag.830,lig. 27.

140 SUR LE COMBfERCE, LA FABRICATIOIV ET L'USAGE

nouvel époux , de sa part , une magnifique pièce de drap d'or, récemment apportée du Levant ^ Curieux de savoir le nom de cette étoffe, nous avons cherché, dans les archives de Montpellier, la pièce dont le vieux chanoine d'Aigrefeuille s'est autorisé pour énoncer le fait qui précède ; nos recher^ ches ont été infructueuses. Samit, siglaton oubaudequin, il est à croire que le présent de noces de la commune de Montpellier était réellement très-riche; autrement on n'aurait point osé le risquer dans un pays , je parle de la Péninsule , où il n'était pas sans exemple de voir les appartements tendus de brocart , et les planchers de velours^ s'il faut en croire l'une des romances du CidV UMg« Chez nous, mille passages témoignent de l'habitude où

chexnotancftTM. étaient nos ancêtres de couvrir le sol d'étoffes de soie dans mainte circonstance, surtout quand il devait être honoré par la présence de personnages illustres ou par Texhibition de reliques vénérées :

De la joie que l'en li fet , Li drap de soie sont fors tret Et estenduz el pavement; Et des tapis font parement Contre le roi qae il atendent.

Le Chevalier a» Uon, dans the Mahinogion , etc. , part, ic , pag. 464, ool. 3.

• Histoire civile de Montpellier^ etc., par d'Aigrefeuille. Montpellier, 1737, iiifolio, liv. V, ch. n, tom. I*% pag. 70. — Histoire de la commune de ItfontpeUier... par A Germain, tom. Il, pag. 12.

* Palacioa de la Galiana

Mandé el rey que estén compaestos , Laa paredes de brocado, T el snelo de terciopelo.

Romancero eastellano, édit. de 4844, tom. I•^ ^a^ 346, ool. 3, rom. 476.

Et Pépins a fait aporter Les sains en mi la praerie»

Sor le paile qui reâambie , Por faire jurer les vassaus.

Roman du Comte de PoitierSy pag. 48, t. -1422.

Ailleurs, c'est un paile de quartier sur lequel s'arme li Trac*»

r • 11 ,/ de cet usage dans

boins Danois Ogiers^y un drap de samit sur lequel on desarme notre anaenne deux autres chevaliers *, un paile à or battu sur lequel s'as- obscurité dis seyent deux barons •, un chier paile roé^ un paile bis^ un ««t question. drap de soie , que l'on étend devant un lit ou par terre pour s'asseoir dessus^; mais à part le passage qui nous fournit ce dernier renseignement % le plus grand nombre des textes que nous pourrions citer, n'indiquent pas bien clairement si ces étoffes étaient des tapis , comme celui que Gauvain fait étendre devant lui et sur lequel il s'assied pour se faire anner', comme encore celui sur lequel un trouvère nous

' La Chev. Ogier de Danemarche. Paris, Techener, tom. II, pag. 463, v. 11077.

* La Mort de Garin le Loherain, pag. 171 , ▼. 3657.

' Roman de Garin le Loherain, Ms. du fonds de Saint-Germain français n<> 1244, folio .cccxxxj. recto, col. 2, ▼* 17. Voyez encore folio .cccxxx. verso, col. 1, T. 32; le Roman dAwéis de Carthage, Ms. n"» 7191, folio 39 recto, col. 1, y. 32; et ci-dessas, tom. I", pag. 332.

* Roman de Perceval, Ms. suppi. fr. n? 430, fol. 135 recto, col. 2, ▼. 37. — Roman de Garin de 3Ionglane , Ms. de la Bibl. nat. , fonds de la Valliere n* 1 78, fol. 5 recto, col. 1, v. 17. — £« Romant de Rickart,JUs de Robert le Diable ^ etc., réimprimé en 1838, in-16, par Silvestre, sîgn A. îiii. recto. Voyez aussi le Livre des Légendes , pag. 244.

Uauteur d'une compilation arabe intitulée Us deux Jardins , citée par M. Reinaad , dans ses Extraits des historiens arabes relatifs aux guerres des croisades , pag. 261, en note, nous apprend que, dans une circonstance, Saladin, voulant fiôre honneur à £mal-£ddin , le conduisit dans sa tente et le fit asseoir k ses côtés sur le même sopha , avec un tapis de soie sous les pieds.

■ Voyez encore le Roman de Garin le Loherain, Ms. S. G. fr. n« 1244, fol. .liiij. verso, col. 1, v. 12.

* Le Roman du Chevalier de la Charrette, Reims, 1849, in-S^", pag. 180, v. 31.

Le roi Gaoor

et Aye aMÛteot,

sur un tapia, au

combat de deax

captifs.

Joli tableau d'in teneur prc-

Mnté par un uDcieo trouTèrc.

i4S SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION £T L'USAGE

montre le roi Ganor et Aye d'Avignon, assistant au combat de deux captifs*, ou si c'étaient des colères ^ que l'on étendait également par terre *, mais qui s'étalaient plus généralement sur des lits, où l'on s'asseyait aussi*. C'est peutêtre sur un lit qu'il faut voir le roi d'Angleterre Henri li, quand il nous est montré acousté sour une coûte ^, et le principal personnage d'un joli tableau d'intérieur que représente ainsi l'auteur du Cheifalier au Lion :

Apoiez fu deaor son coûte .J. prodome qui se gesoit Sor .i. drap de soie, et lisoit Une pucele devant li , En .i. romanz , ne sai de cm ; Etpor le romans escoiilttP, S'i estoit Tenue aoouter

* Tôt droit lor Àigmore, en .j. ▼ergier flori,

TruTerent rois Ganor, o lui bcs Aznbù; Et U et Aïe Offrent par desor .]• tapis. De derant loi faisoit .ij. checis escremir.

Ckançon d*Jjrm la heU d'Avignon, Ifs. de la Bibl. nat. n« 7989*, fol. ^9 Teno, y, 7.

' Voyez ci-d«iMU, tom. I**, pag. ISt, en note, un paiMge du Roman tTAnttU,

^ Kiente-^intes et tapis

Ot estendns desor ces Ks ,

Où il se sont assis tôt troi, etc.

Eree et Etude, Mb. k VaHÎMW n« 7a, fol. 4)9 reilo,ool. I, t 7.

En SOS des antres .i. petit

La mena seoir sns .i. lit. ^

Id Romaiu de CletmadôÊ, Ma. da fowla k VaUiere n« ftS, fol. C6 ^MTBO, ool. 9, ▼. 9.

En nn lieg basset son assis , E Bfargarida et JUis Segron el sol en nn eoissi.

FlauuÊtcOy Ms. de U Bib. publ. de CeruMs«, Cgi. ca Yerso, col. 2.

Voyez encore ci-detsuB , tom. I*', pag. 55.

* Chronique de Rains , publiée par Lovi» Paru , eh. u , pag. 15,

Une dame , mes c'iert sa nere, Et M |>reudoin ce ert son père.

J%e Mabinogion, part, n, pag. 791, col. 2.

On aura moins de peine à se le figurer^ après avoir lu cet

autre passage :

Seur un lit richement corert

De dras de soie jaane et vert ,

La dame à destre s^apuioit;

Et cil devant li seoît ,

Non pas trop près, un pou ariere, etc.

Lês Tournoie dé Chaupmei, déorits par Jmcfuei Èretex , 4 285. Imprimerie de A. Prignet, k Yalenciennes , 4885, in-8^, pag, 420, ▼. 2969.

La comtesse et Aubri le Bourguignon prennent peut-être place sur un lit , quand

Andoi s'asient sor une cote ovrée.

DerBomanvon Fierabras, etc., ]iag. 4 59, col. 2.

Autant on en peut dire d'Alexandre , quun ancien trouvère nous montre assis sor ù. pale broudé^^ et des personnages qu'un autre trouvère nous fait voir dans la même position ,

Sor une queute en bas qui fu à or bendée.

Roman de Garin de Monglane, tAs. la Yalliere n* 78 , fol. 34 verso , col. 4 , ▼. 4 2.

Ces coltres, queutes ^ ou kieutes^ comme disait encore Frois* coiir«s, sari', étaient souvent en drapd*or, comme dans l'antiquité,

quentirs, kieutes.

' Li Âamam ^JUsamlre^ pag. 48» v. 30. Voyez encore le Moman dg GuUUutme dOrmngt, Ms. n» 6085, fol. iSl recto, col. 3, t. 41; et, relatiwaent à rbabitnde de s^aMeoîr, aax xn* et xm* siècles, sur des lits et des tapis, k Âmmm de la Vio* iette,pag, 80, not. 2.

Liv. I*% part, n, ch. xix; édit. du Panthéon Uttéraire, tom. I**, pa^. 315, col. 2. Yoy. ci-desêos, tom. I*% pag. 85, 169, 189, en note, 904, 940, 250, 332

au moins depuis Hëliogabale ^; elles étaient encore en peUeteries y mais plus souvent peintes , c*est-à-dire historiées au métier ou brodées à la main% d'où le nom de courtespointes qu'on leur donne aujourd'hui, en dépit de Tétymologie. La encore il y avait une nouvelle source de Ancien uMge tissus précicux Dour les églises. En effet, autrefois il était

de léguer son lit ^ ^ ^ ^ ' .

à un couTçnt ou asscz d'usagc de léguer son lit à une maison religieuse ou à un établissement de charité. Agnès de Faucigny, mère de ]a dauphine fiéatrix^ donne, par son testament de 1 262, son lit à la maison où elle sera ensevelie : « Je doin ma courtre-pointe et mon cuverture lai où je serai sevelie , e mon lit de plumes ensemble. » On trouve un pareil don dans le testament de la reine Clémence, veuve de Louis le Hutin, dont les termes sont encore plus précis : c< Item , à la grand Meson Dieu de Paris, se nous morons en France, nostre lit où nous jarrons à Tbeure de nostre mort, ou, se nous mourrons autre part, quatre-vingt livres parisis'. » C'est la même princesse qui voulait qu'à l'enterrement de son cœur, il fût oc couverts de draps de soye jusques à la valeur [de] cinquante livres parisis\ y>

' Lamprid. in Heliogabal. Vid. Oujacium, lib. x observât. , cap. xvni.

* Voyez, sur les couTertures de lits au moyen âge, du Cange, Obteryations *ur P histoire de saint Louys, pag. 65, 66.

» Histoire Je Dauphine, etc. , par J. P. de Bourchenu de Valbonnaisy tom. II, pag. 62, not. a.

On trouve dans le testament de Raymond de Cornille, évéque de Cabors, en date de 1289, les dispositions suivantes : c Item l^amus bospitali de Croxia quatuor lectos munitos.... Item doniui leprosorum ejusdem loci unum lectum munitum. B (Stephani Baluzii Miscellaneorum Liber quartus, éd. in-S**, pag. 504.)

* Hist. de Dauphine, tom. II , pag. 217, col. 2, et 219, col. I .

On lit dans les grandes Chroniques de France, sous Tannée 1378, qu'à Tenterrement de la reine Jeanne de Bourbon , dont les Célestins eurent les entrailles et les

Ces ooltres ou tapis, qai donnaient tant de lustre à une chambre \ u étaient point seulement destinés à couvrir des lits ou le sol ; on les étendait aussi sur des cofires , qui serraient à la fois d'armoires elt de sièges. Dans le Roman de Garin le ù^rrminy le messager de Pépin trouve le comte de Flandre assis sur un cofTre ' ; c'est sur un coffre que les habitants de certain château reçoivent Gérard de Nevers'. Enfin, c'est sur un coffre ) si ce n'est sur un banc, que, dans l'églne de Siint-Oueu de Ilouen , l'empereur Othon et les principailx de 8on armée se placèrent en 946.; du moins Benoit nous dit :

li ereaque e li btroQ

Sor u^ uplz Tenneilat « bi>

Se sunt à une pari assis» etc.

Chronique des ducs de Normandie^ tom. II, pag. IS7, t. 49861 .

Les tapis proprement dits, qui ne pouvaient avoir d'autre Tapi» de» caoïes destination que de couvrir le sol , les murs d'un appartement usités «o ood-

j ,, rv-»* M, c • **•"* pendant l«

OU des meubles, se tabriquaient encore, comme autrefois, moyen â^. dans les Gaules , dont les ouvriers, sous ce rapport, rivalisaient déjà , à répoque romaine, avec ceux de la Perse \ ce*

Gordeliers le coeur, il j eut « moult beaux draps d'or sur les sépultures, tant dodit cuer comme des entrailles, b Voyez Tédit. de M. Paris, tom. VI, pag. 417.

* En la cambra foTon tbins Yengodas qk*el]as non pesStron t Trop ben gamida la tnAntxtim

£ de tapitz e de bancals £ de bels cubertor* riais, De Tcrdiers e de gaminena.

Flamenca^ fol. en recto, t. 24.

* XdihmaiÊê d0 Ga/im le Lohtnin, pag. 214, not. 3. ' Eoman de la Violette, pag. 80, y. ISSfi.

* Piin,, Miu. «tf., lib. VIII, cap. mobdb.

lèbres de toute antiquité ^ Pendant le moyen âge, il en venait aussi beaucoup de ce pays. A l'aurore de la monarchie française , nous entendons un Gaulois élégant s'écrier dans Descnption, uu accès d'eutliousiasmc bachique : « Apportez les briUants ^siio"^!^™ coussins, les brillantes étoffes de pourpre que Tonde méli<> de fUc Tsujeu. bécnue bouillonnant dans l'airain teint deux fois d'une pure et riche couleur*. Que sur des tapisseries étrangères nous trouvions retracés les sommets de Ctésiphon et du Niphate, et des bétes sauvages courant avec rapidité sur une toile vide, excitées, dans leur fureur, par une plaie habilement feinte, d'où coule un sang imaginaire comme le trait qui les a percées. Qu'on y voie encore , par un miracle de Tart, le Parthe aux regards farouches et la tête tournée en ar^ rière, voltigeant avec son coursier, s'échappant, revenant pour lancer son trait, tour à tour fuyant et mettant en fuite ces bétes féroces dont il poursuit les simulacres*. ))

■ Voyez y rar let tapîf ns et yeloatét , fabriqué* à Baliylone et à Alexandrie, V Histoire dt la pxtpure d*Emeric-Dayid , pag. 147. Tout le monde a lu, dans la Guerre des Juifs, de Josèphe, liv. V, eh. xiv, une curieuse description du Toile babylonien qui était devant le temple de Jérusalem. Théophraste, dans son portrait du complaisant (mpl liixpo^aoTiiiCac ) , énumérant les curiosités dont la maison de ces gens-là est toujours remplie , cite des tapis de Perse à personnages : iul\ «OXaCav Ixouffov H^p^ai; ivuçaaiilvouç. Enfin l'un des personnages du Stîchm de Plante ramène avec lui d'Orient, avec des parfums, des tissus de pourpre, et des musiciennes d'une merveilleuse beauté, des tapis de Babylone. Voyez act. II, se. n, V. 56 et suiv. Cf. Plutarch., M, Cat,, eap. iv.

• Voyez, sur la pourpre de Méiibée, l'Enéide, liv. V, v. 251 , et le poëme de Lucrèce, liv. II, v. 499.

» C. S. A, Sidon, Epist., lib. IX, ep. xm, carm. 2.

Ammien Marcellin, racontant, liv. XXTV, ch. vi, de son Histoire, le séjour de Julien sur le territoire de Ctésiplion, parle des scènes de cbasse et des combaU que Ton y voyait sur les murs des édifices : ce qui doit s'entendre, à mon avis, des tapisseries dont ces murs étaient revêtus.

Suivant Firdousi , ce fut un ancien souverain de la Pei»e , Thamouna, qui en-

A une grande distance de là, un troubadour nous montre Tapis de feutie son héros couché devant un moine ^ sur un tapis de feutre doce. ouifre de Cappadoce^^ pays dont le nom n'est évidemment vaau sous sa plume qu à l'appel de la rime. Dans la chambre principale d'Âdrastus , roi d' Argos , dit un trouvère , Tenture

d'Egypte, featre

Tendu i ot une courune ^i^^^ d^

Qac H tramist une renne, ^«"* ancien»

Semiramis Peu nonmer ; D'Egipte l'envoia par mer.

Ne fu cose si mervilleuse , Ne ne fu riens tant périlleuse, Ne fu cortine si tissue y Et fu toute d'oevre menue.

iÀ Sièges de Tebee, Ma. de la Bibl. nat. n* 6987, fol. 38 Teno, col. 4, ▼. 27.

Un autre poète raconte que

Sour .i. fekre sarasinois.

Qui plus ert blans que nule nois , D'or et de soie estoit ouvrés , S'asist Prians comme sénés '.

Cest de Troies, Ma. n* 6987, fol. 89 yeno, col. 3, ▼. 37.

seigna l'art de tisser des tapis. Un autre tourna pendant cinquante ans ses pensées ▼ers la Saibrication des vêtements. Voyez ie Livre des RoUy tom. I*', pag. 43. ' Ges Avigno deaobr' el Roine ,

En una cambra Toata , pencha al joine , Don so Ihi capital Termeilh sadoine, Lbi pilar de leos e H coloine , Lbi cave e Ihi cstel for* en marmoine Ben entalah a Polnra râ Salomoine, Dcaobre un feltre obrat de Capadoine Se jatx lo coma .G. devan un moine.

Roman de Gérard de RouiUo»^ Ma. dn fonds de Cangé n* 48 , fol. 9 recto, t. 4 .

' Voyez deux autres passages du néme poëfe , ci-dessus , tom. l*', pag. S39 et 314, en note.

de

148 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE Ci«aiuii>ii De ces passages que conclure ? lUen de plus , oe m^ sem-

a tii«r de» |M»- loi

rages qui pré- bfe , si Ce n*6st que pendant toute la durée du moyen âge , les étoffes d'ameublement venaient d'Orient, comme l«s Réputacioii tissus de luxe. N'oublions pas non plus qu'à cette époque

.l'Asie Mineure A r" T r T

pour M» «pis 1 Asie Mineure, comme l'Egypte et la Syrie % était réputée par ses étoffes de soie, ses toiles de coton, ses tapis aux couleurs vives, que l'on fabriquait , comme aujourd'hui, à Konieb, Akséra, Broussa, Gallipoli, Kara^-Hissar , Pergame, Sébaste*, etc. Ces tapis se débitaient chez nous sous le nom de tapis d'outre-mer, ou de Romanie', et, selon toute apparence, on y voyait surtout des scènes de chasse, analogues à celles que décrit Âpollinaris Sidonius^

* Voyez ci-dessus, tom. I", pag. 277-3S8, U7, B48.

Les antears arabes consultés par M. Reinaud (Extr, des hist, arabes relatifs €uix croisades^ pag. 277 , en note), noos apprennent qu'à Tripoli senlement, à l*époqae où les chrétiens furent chas^ de «ettc vîUe« c*est-à*dire en M9 deThégire, on comptait jusqu'à quatre mille métiers à soie. Voyez, pour ce qne dit sur le ver i soie un auteur arabe de Syrie nommé Azz-Eddin , dont M. Garcin de Tassy a donné une traduction. Us Oiseaux et les fleurs , pag. 110 et suîv.

* Pegolotti, pag. 16, 17, 40, etc. — Bertrandon de h firocquiere, Ms. de la Bibl. nat. n? 10025*, fol. 108 recto. — Mas-Latrie (J7i^/. d« rÉcole des chartes^ 2* série, tom. P', pag. 305). — Defrémery [Nouv. A nu. des voyages^ etc., 5* série, 7* année, 1851, pag. 270 ; et pour la soie d*Akséra, avril, pag. 22 et not. 1). Voyez encore Djiban-Numa, tom. It, pag. 1909, et les voya^urs modernes.

' a Item 2 tapu velus d^outremer presié 8'. s Inventaire des biens de la reine Clémence de Hongrie^ en tète du II* vol. des Mélanges de Clérembaut (Bibl. nat.) , pag. 44, n^ 325. — a Item un tapis velu de Roumeniey vendu à messire Franc. 60' par. » Ibid. , pag. 60, n<> 471 .

* « Item 8 tapis d*une sorte à parer un« cbambire, à yafeaget et i arbres de la devise d'une chace, dont il en y a 6 de 4 atanes de lone^ et T de 7 aunes de lonc, et 7 de 4 aunes de lonc, touz de 2 aanes de lé, montent 68 âmes carrées, presié 64^ par. , vend, à messire Pevesque de Laon. » IM, , n* S2I.

Dans l'Inventaire de Richard Picque, pa^. 26, on trouve c un Uppis à un serf et à un chien , » prisé 20 s. , et « deux tappis vermaux à licorgnes , » qui provenaient sans doute de quelque fabrique Ofîetale. On Met ^ue les Arabes désignent par le mot thardhwech les étoffes sur lesquelles sont retracées des scènes de chasse.

BBS ÉTOFFES DK SOIE, D'^l ET D'ARGEOT. i49

Tous les tapis 9 comme je le disais tout à Theure, ne ve- Aaciennei^ naient pas d'outre-mer; bon nombre, depuis le x® siècle, au ""dû tt^J^»'''' moins, sortaient de nos fabriques, que nous avons déjà fiicti^'dT''poïvues à l'œuvre à cette époque *. Nous ne reviendrons pas ^"^m] »Ûjeu" sur ce que nous avons dit plus haut des manufactures de î^tl^°!^i'!![i Poitiers et de Saumur, si ce n'eat pour signaler deux belles ***'"'"'*"' tentures de chœur représentant des scènes de TÂpocalypse, et des tapisseries d'une rare beauté , sur lesquelles on voyait des sagittaires, des lions et d'autres animaux , sorties les unes et les autres de l'atelier de Saint-Florent*. Nous ajouterons encore que l'historien de ce monastère, après avoir parlé des tapisseries que l'on y avait fabriquées et de certains ornements sacerdotaux que l'on y conservait , par exemple , d'une chasuble de pourpre et d'une aube dues à la piété du roi Robert et de Constance sa femme, consacre une mention à deux tapis considérables, envoyés d'outre-mer par une certaine reine*.

Nos ouvriers en tapisserie ne se bornaient pas à repro- scènes de guem duire des sujets sacrés, des animaux et des arabesques; déjà nspnêentû sur au xm* tiède, ils retraçaient encore des scènes de guerre aa^»<kie. ou des tournois 9 comme cela semble résulter d'un passage de ruD de BOS^Aiiciens romans :

UéU |Mr fu Blaocandins yaillans , Et ta n'ftvmtqoe .xiiij. ans.

Voyest ci-de8sas, tom. !•% p&g. 268> et YHistowt des suttûm mandovks et P Egypte, tom. H, 9* part. , not. 99, pag. 9èy 70.

* Voyez ei-dessiis, tom. I**, pag. 17, not. 1 ; et pag. 7i .

• But. monasi. S, Plor, Sabnur., cap. trrn. (^et. script, et mom. an^. CoUett., tom. V, col. 1130» E.)

> md., eap. XX1T. (/M., ool. 1106, B.)

150 SUR LE œMMERGE» LA FABRIGAHON ET L'USAGE

. J. jor entra en une cambre Dont li pavemens fa de l'ambre...

Dedens le cambre la roîne Avoit pendue une cortine; Toute ert plaine de chevaliers, Des cevaus et des escuiers.

D'une part fu li poignéis » Et d'autre part li capléis; Si com il traient les espées Et com il douent les colées...

Et com il ont les lances Traites.

De Blaneandin, Ib. n* 6987, fol. S54 reno, ool. 8, t. 3.

Fréquente» Faut-îl Favouer? Le désir d'illustrer les vers qui précè-

meotions, dans / / . . i * ^ i ^ i,

nos anciens dent , a ete sur le point de nous entraîner a parler de 1 em-

romane, de cham-

bres, de palais ploi de Fambre dans la décoration des appartements , de Tart

paTCS d ambre, a

l'ambre. ouTrés de le travailler, de rimiter avec des verres colorés et d'y

à Pambre. i /» i ^

tracer des ornements et même des figures avec des matières vitrifiables*; mais si Éméric-David n'a point voulu s'arrêter

' Theoph., lib. U, cap. xi; lib. III, cap. uz, un et lit.

A s^en rapporter au traducteur de la Chronique du Religieux de Saint^Denys^ les chàMes qui renfermaient les restes du saint patron et de ses compagnoDs, auraient été d'ambre ; mais en recourant au texte , qui porte in scriniis electrinis, archiva electrina (liy. II, ch. n; tom. I, pag. 94. — Lit. III, ch. x, pag. 176. — Ut. m, ch. xm ; tom. III, pag. 440 ), on Toit que M. Bellaguet on son collaborateur, n*a pas complètement saisi le sens de ces expressions. Uelectrum^ auquel Pline a consacré le chapitre x^in du liTre XXIII de son Histoire naturelle , est , non pas de rambre , mais de l'or à 0,800 et au-dessous , jusqu'à 500 euTiron , en un mot de l'or argental , et c'est justement de cette matière qu'étaient faits les trois vaisseaux tPeleuire {tria uasa argtntea ^ dit Rigord] qui formaient les châsses de saint Denb et de ses compagnons. Voyez les grandes Chroniques de France ^ aux années 1186 et 1191, tom. IV, pag. 39 et 83; le Recueil des historiens des Gaules, tom. XVII, pag. 19, B, 35, B, G, 361 , B, et pag. 375, D, où D. Brial a en la singulière idée de transcrire vases de f antre et de lente; Toyez enfin le recueil de Duchesne , tom. V, pag. 342, A , et le Glossaire de du Gange , au mot Eleetrwn, tom. III , pag. 32 , col. 1 .

Les erreurs que nous venons de signaler dans un travail d'ailleurs estimable, ne

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. I5i

à cet emploi y à ces procédés , comme trop éloignés de la véritable peinture % à plus juste titre dois-je passer outre. Je demande toutefois à Taire remarquer que rien n*est plus commun 9 dans nos anciens romans , que les chambres , les palais pavés d'ambre, à l'ambre^ ouvrés à Fambre :

nies est issus de la cambre , Entre el palais pavé de l'anbre.

lyYtU et de Galeron, Ms. n* 6987, fol. 4 98 recto, col. ^t. 42. Cf. Renart le Nouvel, ▼. 457. (Le Botnan du Renart^ tom. HT,

Moult furent li dois bien garni...

Et Keu issi hors d'une chambre , Parmi le palais fet à Pambrc.

Roman de Peroeval^ Ma. soppl. fr. o* 480»fo]. 92 recto, col. I,t. 39.

Son chief à ses mains desarma , Et vit la sale à or music Painte et de ciprès lambruisie...

.J. bel estre i vit à l'ambre, Voutis et fet com une chambre.

/W., fol. 449 Terso, col. 9, t. 4.

La hache prent, entre en la chambre, Qui toute estoit ouvrée à l'ambre.

Ihid,, fol. 4 63 recto, col. 4, t. 5. Cf. le Couronnement Renart, T. 2459. {Le Roman du Renart, ton. lY, pag. 78.)

Dont l'en ont mené en la chambre , Qui toute estoit ouvrée à P ambre ,

sont malheareuMment pas les seules ({a*il nous faille dénoncer. Après avoir (Ut. I", ch vn ; tom. P% pag. 54 ] fautivement traduit pallia par manteaux , M. Bellaguet rend plus loin (liv. V, ch. n, pag. Zili) pailium par tapis, ce qui n'est pas plus exact. Enfin , dans la description d'une riche châsse offerte en 1400 à l'abbaye de Saint>Denîs par le duc de Berri , il traduit capitelUs par draperies^ sans que rien l'y autorise. Voyez liv. XXI , ch. x; tom. II, pag. 780. ' Histoire de la peinture au moyen dge, édit. de MDGOCXLiiy pag. i05.

Et d'or mvftiqae pmturée, Et de fin or toute listée, Et pavimentée d'argent.

SomtM de Perteval, Ms. sappl. fr. n* 490, fol. 472 Tcno, col. 3, r. SO.

A tant Renier sans atargier...

L'evesqne mande en sa mesgnie...

Pour congié prendre au chevalier,..

Et dlz y viennent maintenant...

Et s'en montèrent en la chambre Où Renier est. bien painte tPiwér^,

La Livre des trois Maries, Bis. d^ U BiUiotiièqiw nationale, fonds de la Valliere n* 22, folio 248 Teno, ool. 4, t. 2.

sigDi£catioB Od disdit aussî aUunbru pour exprimer la même idée ^ :

des mots o/iom^ru * *^

et maginois. ^j désarmer Cation ont entendu. . .

Désarmé Tont sor un paile tissu , Par le palais qui fu gr«as alamim.

U Romans d'Anséis^ Ms. n* 74 91, fol. 6a *eel», col. 2, t. 8.

Un autre passage du même roman nous appnend que Ton disait également maginois d'un palais dont les appartements étaient peints à fresque :

Puis sunt monté el palais maginois.

Ibid.^ fol. 47 recto, col. 2, ▼. 4 0.

• Je ne suis pas lûr, cqwiida«t, qn* moê trouvères n'aient point ▼oulu parier d'albâtre^ qu'ils appelaient alambastre, et dont ils faisaient au besoin un adjectif pour l'employer comme ahanbru ;

En celle chambre n*oit noieax De chaux , d'areine , de cimenz. . .

Tôt entière fol alambastre.

De la Guerre de Trojres, Ib. dté par D. Caipentier. [Gloss. med. «ê istf. iMim., tani. I, pag. 459, «ol. 4, f AMaustum,)

Voyez, dans le Knightet Talk de Chaucet, v. 1042, la mention d'un oratoire Of alabastre white , and red corail , autre SAbstance ^e ^e crois i^eeonnaîlte danft le gimm éfAwmarU , q^ Ofoult U» anneau d'or dcmt parla l'auteur de la €^mns^n ^^xn d?Ayigmn* i^k^ n* 3999^ fol. 131 recto, T. il.)

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i53

Cette expression parait même avoir été plus répandue que celle dont nous citions tout à l'heure un exemple; car l'épiihète maginois se retrouve fréquemment accolée à palais et à * chastel depuis le xii'' siècle, époque que Ton peut attribuer, sans se tromper de beaucoup, à la Che\falerve Ogier de Da^ nemarche^y jusqu'au xrv*, qui vit naitre le Roman de Bauduin de Sebourg^j et la Chronique de Bertrand du Guesclin^ généralement considérée comme la dernière de nos chansons de geste'. '

Dans les plus anciens comme dans les plus récents de ces Décoration

, , . .11 <*** appartement»

poèmes, on voit que su était de, mode, parmi les classes pendant le moyen ' élevées de la société, d'orner les appartements de tentures de soie à sujets , tous cependant n'étaient pas décorés de cette manière. On en peignait aussi à fresque, surtout dans notre pays\ ou on les ornait de mosaïques, à la manière orientale *,

« Voyez tom. I", pag. 89, v. 2150.

* U Romans de Bauduin de Sebourc^ ch. ï", y. 84; tom. P% pag. 3. — Gh. vi, T. 675; tom. I«, pag. 170. — Ch. xix, v. 792; tom. II, pag. 207.

» Voyez tom. II, pag. 68, t. 15299.

* c . . . li Franchois font maisons grans et planiers et paîntes , et chambres lées , por aToir joie et délit, » etc. Trésor (fa^Brunetto Lditini, ch. gxxiy; Ms. delà Bibl. nat. , n" 7066, fol. 65 verso, col. 2. — Les Manuscrits francois de la Bibliothèque du Roij tom. IV, pag. 362.

' On sait combien Tusage de peindre sur mur était répandu en Orient. Suivant Firdousi, Siawusch , Pun des anciens rois de Perse, fit couvrir sa salle d'audience de peintures représentant des rois , des fêtes et des scènes de guerre. ( Le Livre des Rois, tom. Il, pag. 351.) Cf. Hist. de PaoloJovio, liv. XVIII et XXXIII ;trad. de D. Sauvage, tom. !•% pag. 399, A, et tom. II, pag. 284, 1.) Marco Polo, parlant du palais de Mangalai, roi de Quengianfii (Chang-ghian-fou, ou Ghin-kiang-fon) , nous dit: « Il a maintes bêles sales et maintes belles canbres toute portraite et painte à or batu. » Voyage de Marc, PoL^ ch. cxi, pag. 122. (Texte lat.. liv. II, ch. xxni, pag. 395. ) Plus loin , il rapporte la même chose d'une autre grande salle dans la cite de Quinsai (Hang-tcheourfou), ajoutant : c Ethi a maintes estoires et maintes bestes et hosiaus et chevaliers et dames et maintes merveilles. Il est moût bielle viste à garder, car en toutes les murs et en toutes covreoure ne poroit Ten veoir n. 20

quelquefois même on reunissait ensemble les draperies et la peinture , comme on le voit par les reproches adressés à •Hugues Aubript'y et par un passage du poème de Cuvelier'; mais il est probable que le poète a entendu parler des pein* tures qui ornaient le plafond , et, avec c^a , il ne faut pas oublier que nous sommes à la fin du xn^"" siècle , c'est-à-dire à jioe époque où bi^i des habitudes des xii" et xm"* siècles étaient tombées en désuétude , ou avaient subi des akérations notables.

p«mtiiKt Au xii'' et au khi", disions-nous tout à l'heure , les cham-

cio» chambres à

) époque, bres étaient la plupart du ievap$ painturées* ; on en trouve la preuve en mille endroits :

che pintnres à or. » MiV/., ch. cui, pag. 172. — «... et tota îlla sala est picta ad arzununcvm ranltis pulcns istoriû, et nichil potest videri in mûris nisi au m m et arzurum. » Jtinerw. Marci PauU, lib. II, cap. lxv, pag. 429.

Voyei dans la Description de CÂsie Mineure, de M. Ch. Texier, deuxième part., deuxième vol. (Paris, Firmin Didot, 1849, in-folio, pi. 101 et 103), les plandhes coloriées consacrées au palais de Konieh , dont les lambris conservent encore aujourd'hui dans tout leur éclat miHe arabesques d'azur, de sinople et d'or.

' Je vis ta chambre bien parée

De riches dras moult noblement ,

Et ta maison bien paintnrée

Et hauU et bot oonmaoèlniMit , etc.

£Ht rimé pour Muguee jâmèriot , prev^ de Paris, pnbl. par M. P. Paris à la soite des gniMdes Chroniques de France, tom. YI, pag. 479.

' De drapa à fleon de Us oaTréet à onnier

Ftt la chambra tendue, qui ta painte à onnier.

Chronique de Bertrand du Guesclin, tom. II, pag. 4 5i, v. I7ft4 7.

Duis an autre poème presque rontemporaÎD, il est parlé d'nne riche cambre qui fu painte à ormier^ et tPune cambre paeie qui ut paimie à argent. Voyez li Ma^ mans Je Baudoin de Sebourc, ch. m, v. 7S, tom. I'% pag. 65; v. 1000, pag. 92.

* Voyez a Romans d^Alixandre, pag. 380, v. H ; et le Baman d'Aubri le Bourguignon, à la suite de celui de Fierabras, pag. 159, col. I . On disait aussi painte : En une chambre jut la nuit pointe à flor.

Amis et Amiiesund Joardainsde Biaivies, eUi. Eriangcn, Terlag von Theodor Blaesing, iUi, ia^% |Mig. 80, t. 2768.

Remest dedens la sale enclos, Qui toute estoit celée à clos, Dorées et peintes les mesieres De boenne oevre et de colors chieres.

Le ChùvalUr a» Lion^ iUm le Matimogion, ate. , part, i,

Intren s'en el {lalaitz que fetz Queutz; Totz fu penhs a muzec e Tares \olutz.

Roman de Gérard de Bossillon^ fol. 4 5 recto, ▼. 34 .

En una cambra pencha d^azur e d'or Estan a las fenestras davas le sor.

Ibid.y fol. 98 verso , v. 45. Cf. fo). 9 recto, ▼. 3.

Il serait curieux de savoir en quoi consistaient ces peinturés sujets

des peintures inn—

murales , au xii* siècle , c'est-à-dire à Tépoque à laquelle on raies «u xu«

peut attnbuer nos plus anciennes chansons de geste. L une

d elles nous renseignera peut-être sur ce point ; il est question

du palais royal de Constantinople : *

Li paleis fu listez * de azur e avemant

Li Chastelaina prent à monter En la salle qui fo inetk pointe.

L^Bistoire du Châtelain de CoucjTy pag, 45, ▼. 4S4.

* Cette expression y cpie nous ayons vue plus haut, se rencontre fréquemment dans nos anciens poèmes comme épithète de palais, de chambre et de *aUe :

Je vons ay chy mandet en ma cambce UsUe.

Le Chevalier au Cygne, tom. I*% pag. 30, ▼. 597.

Et li rois Orians et son riche bamé Estoit droit as feniestres de son palais liste, Ihid,, ▼. 4745, pag. 76.

On disait aussi peint à liste :

Li rois fn dans la sale bien paintnrée k liste.

Li Ronuau de Berte aus gmns Piés, pag. 435, conpl. xcn.

On lit paUiys listrat dans le Moman de Fierahras , pag. 83 , ▼. 273i $ pag. 99, ▼.3298; pag. 146, y. 494$.

156 SUR LE œMMERCE» LA FABRICATION ET L'USAGE

Par chères peintures à bestes e à serpenz , A tûtes créatures e oiseaus volanz.

CharUmagneU Travels^ etc., p«g. 44 , t. 844.

Le rei tint par la main , en sa cambre le menât , Voltrue, peint à flurs e à pères de cristal.

Ihid., pag. 47, t. 424.

, Empranu Ccs dcux passages me semblent témoigner clairemenf des

roccident aux empruiits que les peintres de TOccident faisaient aux produits de rindustrie textrine des Orientaux. En lisant la description des décorations du palais du roi de Constantinople, qui n'est en réalité que celle des peintures murales de quelque palais de France ou d'Angleterre, ne semble-t-il pas que Ton voie ces dessins brochés des étoffes qui nous venaient alors des rivages du Nil ou du Bosphore, après y avoir été apportées de ceux de la mer Caspienne, ou qui , nous arrivaient d'Espagne?

coop d*œii Nous allons passer aux noms d'étoffes que Ton vit appa-

sur le luxe en •\ * « i • ii* i-^

France antérieu- fattrc au xFv^ sicclc ct plus tard ; mais avant de dire adieu a siècle. ceux qui lont précédé, qu'il nous soit permis de faire observer combien sont vaines les déclamations des écrivains qui prétendent qu'au bon vieux temps , la noblesse présentait l'exemple d'une simplicité patriarcale : u Les barons , si larges au temps jadis, dit le prieur du Vigeois, faisaient usage de draps grossiers , à ce point que l'évéque Eustorge , le vicomte de Limoges et celui de Combom , étaient quelquefois vêtus, dans leurs courses, de peaux de mouton et de renard , qu'après eux des gens de médiocre condition rougiraient de porter*, » etc.

• Chron. Gaufr. prior. Vouent, pars i, cap. utxiv (De/ormitas vestium) , apud Labbe, Nov, Bibl. manuscript. libr. Tom. i/y pag. 328.

Un misérable rimeur du xviii* siècle , dont les vers sont sorement peu connus, s'exprime ainsi dans la descri{)tion d'une foire célèbre :

Dans le temps du roi Guillemot, Le noble portoit le sabot Et le jupon de tiretaine , etc.

V Embarras de la foire de Beaucaire en vers hurUsqu^s], eic. A Grenoble, chez François Champ, m. dcc. zti. , in-4 2, pag. <3,v. 40.

Je crois sans trop de peine à la simplicité de mœurs et de costume des barons du Limousin , qu'à l'extérieur peut-être rien ne distinguait des vilains, comme ces nobles qui vinrent, en 1389, à la rencontre' de Charles VI « vestus en habits de vachers et bouviers, encores que ce fussent des plus nobles gentilshonunes qui fussent au pays de Foix \ » Mais dire que ceux des autres provinces de France marchaient sur leurs traces, serait s'exposer à être contredit par mille témoignages historiques. Après tout ce qui a été rapporté plus haut , il me semble que je pourrais bien me dispenser d'insister sur ce point; j'ajouterai, cependant, que les Lu» des dames dames normandes du xi^ siècle sont représentées par Orde- au x/slède. rie Vital comme délicatement vêtues d'habits de soie et d étoffes italiennes, sericis ifestibus et Caimsinis pellibus délicate indutas^y et que bien auparavant Guillaume au court

* Hutoire de Charles FI, roy de France, par Jean Juvenal des Ursins, édit. de Denys Godeiroy, pag. 77, ann. 1389. Voyez encore Chronique du Religieux de Saint'Denjrs, tom. !•% pag. 630.

' Ord. FittU. Hitt. ecelesiast,^ \Sb, vin; éd. August. le Prévost, tom. III, P«g.450.

La laine dite Cùnusina, dont font mention Pline, Martial et Vopisque, était des plus renommées dans l'antiquité à cause de sa couleur fauve. Voyez Toiius Lati-

188 ' SUR LE œHMERGE, LA FABRICATION ET L'USAGE

Nez , au moment d'embrasser la vie religieuse dans le monastère d'Aniane^ déposa sm* Tautel ses vêtements tissus d-or pour revêtir la livrée du Christ : ... auro textis depositis ifestibuSy christicolarum habuit habitum^ . Luxe sous C'était au temps de Charlemagne , si simple dans son cos-

\n Cnrolingiras. i i • i i i • r»i n

tume habituel ', et dont le petit-fils, 1 empereur Louis le Germanique, se montra toute sa vie , à l'exemple de son aïeul , ennemi du luxe dans les armées , proscrivant l'usage de la soie, l'emploi de l'or et de l'argent*, répandus à l'époque, même dans les maisons religieuses^; mais d'aussi louables efforts ne purent prévaloir longtemps contre le faste, dont le goût ne se fait jamais plus sentir que chez les peuples d'une civilisation peu avancée , et à la chute des Carolingiens, si ce n'est même plus tôt, les étoffes proscrites reparurent comme de plus beUe. Ne voyons-nous pas , en effet ,

nitatis Lexicon^ cons. et car. Jac. Facciolati, etc., éd. inGennania prima, tom. I, pag. 385, col. i .

• f'ita S. Bened. aùh. Anian., cap. xxn. [Acta sanctor, ord. S, BeneJ., wec. iv, pars I, pag. 208.) — Annal, vet. Franc, ^ sub ann. DGCGTl.(Fef. script, et mon, ampl, CoUeet.f tom. V, col. 910, B.)

* Voyez ci-deMUA» tom. I^^ pag. 65.

' Monacki SangaU, Lib. Il de Rébus beUicis Caroli Magni, cap. xxvn. (Rec, des hist, des Gaules^ tom. V, pag. 133, C.)

^ c En oe temps estoient moines en l'egliae Saint-Martin de Tours.... Ces moynes... avoient robes de soie et sotdiers dorés. » Les grandes Chroniques de France j tom. II, pag, 170, ann. 800.

A une époque bien éloignée de la période carolingienne , il parait qu'il était d'usage , cfoand on "voulait railler quelqu'un , de fietire allusion , je ne dirai pas à la mollesse des anciens moines de Tours , nutli k certaines robes de soie du clergé. On lit dans des lettres de rémission, de Tan l45i,coUtferTéesan Trésor des charte», reg. 185 , ch. 120 : a Iceilui Polin, par manière de desri&ion ou moquerie, dist au suppliant qu'il alast à Paris vestir les robes de soye , aussi comme s'il voulsiit dire que ledit suppliant estoit filz de prcttore. » Voyez le Glossaire de du Gange , tom. y, pag. 78â , col. 2.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i59

vers le commencement de la troisième race , et dans la pre- Ricb«s«.

,^ , <ics habits de Go-

miere croisade. Godefroi de Bouillon et les autres barons «ieiroi d« b.>iiîi.

f' -s . Ion et des»

français se présenter à Constantinople devant l'empereur comiMgooos. Alexis Comnène couverts de riches habits et de pelleteries précieuses, telles, dit Albert d*Aix, quen usent surtout les princes français ' ? Ce luxe en vint à un tel excès dans les f^^^ somptuHirc

*^ * de Philippe Aa-

arraées , particulièrement dans les guerres d'outre-mer, que «"*»' cent ans après la première croisade, et vers Tan H90, Philippe Auguste défendit que Ton se servit à l'avenir de vair, de martre zibeline ni d'écarlate', étofTes dont l'usage était

* Albert, Aquent., Ub. II, cap. xyi. ( Gesta Dei per Francos^ pag. 303, lin. i .)

* « Stdtuium est etiam quod nullus vario , vel sabellinis , vel escarletis utator. 2> Guillelmi Neubrigensis de Rebut AnglicU 3ui temporis , lib. III, cap. xxn.

On lit un peii plus loin : c Statutom es| etiam... quod nullus habeat pannos decisos Tel laceratos. » Ibid.^ cap. xxm. Ces découpures étaient, à ce qu'il parait. Fort à la mode à la fin du xm* siècle : roye* le Roman de la Rose , ▼. 827>!l9 ; tom. I*', pag. 34. Saint Louis ayant adressé une ambassade au kban des Tartares, t leur euToia, dit Join-ville, une cbapelle... d*escarlate, et... leur fist entailler en la cbapelle tout Aostre créance, l'annonciacion de Tangre, la natÎTitè, le bauptesme dont Dieu fu baptizié, et toute la passion et Pascension et TaTenement du Saint-Esperit, » etc. Hist. de S. Louis ^ édit. du Lou^Te, pag. 99. L'auteur du Roman de Garin, décriyant un cor, ajoute :

La guige en est d'an yert paUle entailU.

Gloss nud, et ulJ. Lot., tom. VI, pag. 851, col. 3, V f^irola.

On peut juger de la fureur de cette mode en voyant le dixième canon du concile de Montpellier, tenu en il 95, défendre aux clercs l'usage des habits entaillés on découpés en forme de langues dans le bas (Sacrosancta Concilia , stud. Philip. Labbei, et Gabr. Gossartii, tom. X, col. 1798, D. — Concilia Galliœ Narbonensis, éd. Siepb. Balurio, pag. 36) , contre lesquels le prieur du Vigeois s'élète avec force dans son chapitre sur la laideur des vêtements, qse nons avons dté plus haut.

Voyez dans l'Histoire ecclésiastique d'Orderic Vital (Historiœ Normawmontm Scriptores aniiqui^ pag. 682; Histoire littéraire de la France, tom. XII , pag. 199- 201], une description des mœurs et des modes du xn* siècle, dont se plaint égale» ment Guibert de Nogent dans son traité de Vita tua^ liv. I*', cb. xi (éd. de D. Luc d*Acfaer>', pag. 468, col. 1, A).

160 SUR LE œMMERCE, LA FABRIGAIION ET L'USAGE

devenu une source de ruine pour la noblesse , même pendant les loisirs de la paix. £n effet, enfermés dans leurs châteaux, les princes et les barons recevaient fréquemment la visite de jongleurs et de ménestrels, dont ils récompensaient les talents par des dons de prix ' : « Si avons-nous veu aucune fois, dit le chroniqueur de Saint-Denis, ou plutôt Rigord qu'il traduit, qu'aucuns riches honunesfaisoientfestes . et robes desguisées, par grant estude pourpensées, par grant travail labourées, et par grant avoir achetées, qui avoient par aventure cousté vingt mars d'argent ou trente; si ne les avoient point portées plus de cinq jours ou de six, quant les donnoient aux menestrieux à la première voix*, » etc. ^ simpïidté Mais Philippe Auguste faisait encore mieux que des règle-

ce roi. ments, il prêchait d'exemple. Les comptes de sa dépense particulière pour les années 1 202 et 1 203 , publiés par Brussel ', nous montrent le roi et les princes de sa maison changeant de vêtements trois fois par an , à la Saint-André , à Noël et à la Notre-Dame d'août. Tous ces vêteipents , toutes ces robes étaient assez simples; les enfants du roi couchaient dans des draps de serge , et leurs nourrices étaient vêtues de robes de laine appelée *brunete. Le seul article où il soit fait mention de pierres précieuses, est relatif au manteau royal en écarlate.

'«(... eqnos seu vestes , quas sepe mutare consuevenint principes , b etc. Rigord. de Gest. Phîlippi Angusti. {Rec, des hist, des Gaules ^ tom. XVII , pag. 21, D.) Comparez ce passage avec ce que nous avons dit plus haut, tom. II, pag. S9y sur le sens du mot mutatoria appliqué aux vêtements.

* Les grandes Chroniques de France y Phelippe Auguste, ann. H 86; tom. lY, pag. 46, 47. Rigord dit : a Vidimus qnondam. quosdam principes qui vestes diu excogitatas et variis florum picturationibus artificiosissime elaboratas , » etc.

• De rVsage des fiefs en France, tom. II, pag. cxxxix. — Les Femmes célèbres de Cancienne France.., par M. le Roux de Linc^-, 1'" série, ch. vi, pag. 315.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i6i

Le règlement de Philippe Auguste durait encore du temps Étoffes

J..W. j •/» • . >i. des rol>es de saint

de samt Louis , ou du moins fut remis en vigueur a la suite Loais. de la troisième croisade : « Après que le roy fu revenu d'outre-mer, dit Jdinville , il se maintint si dévotement que onques puis ne porta ne vair ne gris ne escarlate, ne estriers ne espérons dorez ; ses rpbes estoient de camelin ou de pers, ses pennes de ses couvertouers et de ses robes estoient de gamites ou d^ jambes de lièvres*. » A vrai dire, le saint roi n'avait pas toujours été aussi modeste dans ses habits , s'il faut en croire l'historien arabe Nowairi, qui, après avoir rapporté l'emprisonnement du monarque, ajoute que le sultan, en écrivant au gouverneur de Damas , envoya avec la lettre X^gpfjdrah du roi de France à l'émir Djemal-al-din. Celui-ci s'en revêtit; elle était faite d'écarlate rouge, fourrée de petitgris, et ornée d'une figure avec une rose d'or'. Je rappellerai encore que lorsque le roi s'embarqua pour Acre, il « vesti

• Histoire de saint Louis, édit. du Louvre, pag.'140. Geoffroi de Beaulieu dit presque textuellement la même chose en latin. Voyez Historié Francorum Scrip^ tores^ éd. Andr. et Franc. Duchesne, tom. V, pag. 447, A.

Si nous interrogeons maintenant Guillaume de Nangis , suivi par le rédacteur des Chroniques de Saint-Denis, nous enten<lrons le contraire, au moins en ce qui touche l'étoffe dite brunette .* a De ce jour en avant , lit- on dans ces annales sous Tannée i248 , il ne voult puis vestir robes d'escarlate ne de brunette ne de vair, ne de couleur qui ftist de grande apparisence ; ainsois vestoit robe de camelin brun ou de pers, » etc. ( Le* gr. Chron. de Fr.y tom. IV, pag. 290.) — « Ab illo cDim tempore nunquam indutus est squaleto, vel panno viridi seu brnnelo, nec pellibus variis; sed veste nigri coloris, vel camelini, seu persei. » (Gesta S. Lud. IX^ etc., apud Duchesne, Hist, Franc. Script., tom. V, pag. 34G, B.)

Le lecteur curieux de se rendre compte au juste de ce que nos ancêtres entendaient par le mot brunete , devra recourir au Glossaire de du Gange, art. Sntneta, Brufietum, top. !«', pag. 788, col. i, et art. Jiurnetum, col. 2*, sans négliger le Roman de la Bose^où. ce mot fle trouve en quatre endroits : tom. I*', pag. H, ▼ . 214 ; tom. II , pag. i5, v. 4^48) pag. 326, v. 9119; etiom. III, pag. 294, V. 21197

' Dictionnaire détaillé des noms des vêtements chez les Arabes ^ pag. 317. II. 21

162 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATIOPî £T L'USAGE

le3 robes que le soudanc li avoit fet baîUer et tailler, qui estoit

de samet noir, forré de vair et de griz, et y avoit grant foisou

Simplicité de Doiaus touz d'or*. » Toujours est-il quliabituellement

.aint*^reTdeiL saîut Louls ëtaît de la plus grande simplicité daus ses vêtements : en quoi il était imité par tous ses barons *, et Join ville rapporte que tant qu'il ftit outre-mer av«c ce saint roi, il ne vit pas dans son armée une seule cotte brodée. La différence des conditions était même marquée parmi les Français par les différentes étoffes dont on s'babillait, comme on le peut Discussion, voir par la discussion qu'eut «naître Robert de Sorbonne avec

enb^^^M-^b^rt ^^ mémc sire de Joinville, auquel il reprocha en présence du

?c sIredcToy-' ^ûi €t de plus de trois cents chevaliers, qu'il était mieux vêtu que ce prince. Le bon sénéchal lui répondit, ainsi qu'il ^e rapporte : « Mestre Robert, salve vostre graoe, je ne foiz mie à blasmer se je me vest de vert et de vair, car cest abit me lessa mon père et ma mère ; mes vous faitez à blasmer, car vous estes filz de vilain et de vilaine , et avez lessié l'abit vostre père et vostre mère, et estes vestu de plus riche camelin que le roy n'est. » Là-dessus prenant le pan de son surcot et de celui du roi , il ajouta : ^r Or esgardez se je diz voir*, w piohibiûon A la même époque, D. Jaime P*", roi d'Aragon , prohibait

et d'argent par Ics étoffes d'or ct d'arscut, et en firénéral les^articies de pa-

I). Jaime !•% roi o ? u et d*Aragon.

' Histoire de êmnt JLotiis, pag. -85.

* n est à croire, cependant, qu'ils, se départaient quelquefois de cette simplicité, surtout dans des occasions semblables & celle où Lmûs IX arma son frère chevalier, et où , nous dit un chroniqueur , c les barons et les cheyaliers firent gkmt feste et furent veslus de samit et de soie. » Voye» les grandes Chnoniques de France^ publiées par M. P. Paris, tom. IV, pag. 266, ch. xxvn des Gestes le roy Loys, ann. 1341 ; et Compte des dépenses de la ehevaUrie d Alphonse y comte de Poitiers, dans la Bibl. de PÉcole des Chartes, 3' série, tom. IV, sept. oct. 1852, pag. 2î».i2

* Histoire de saint Louis, pag. 8.

j DES ÉTOFFES DE SOIE, D*OR ET D'ARGENT. i63

rare, par une ordonnance en date de 1234 *, qui ne précéda que de huit ans la première des deux que D. Alphonse le Savanl rendit en 1 252 et i 258-

On a vu à quel point, dans les églises, en était venu le luxe des tentures, des voiles de toute espèce, des ornements sacerdotaux. L'esprit de réforme se montrait d'autant plus sévère, que le faste était quelquefois excessif. Les deux pre- u réformr,

' * T T ^ * ^ à Cîteaux, exclut

miers abbés de Ctteaux bannirent de leur église tout ce qui i« images tissue» offipait l'apparence de la richesse : Qs ne permirent qi/e des croix de bois, des chandeliers de fer ; point d^images tissues en soie et en or, même dans les habits pontificaux '. Saint JSemard, qui sortit de Cileaux pour fonder Clairvaux en 1 f 1 5, se montra encore plus rigide , si c'est possible ; toutefois il faut remarquer, avec les auteurs du Voyage littéraire^ que si fancienne chasuble qu'on leur montra dans cette abbaye Ancienoe

* chasuble attn-

comme ayan^t appartenu au saint fondateur, a été à son buée à saint Ber. usage, les religieux de Clairvaux n'étaient point si ennemis delà soie et de la dorure dans leurs ornements, puisque lacroix est d'un gaton d'or*.

,• « Item statuimiis qaod nos nec aliquis subditus nobis non portet vestes incias, listatas, vel trepatas, nec portent in vestibns avrum vel argentum , nec auri* fn^m^Dec auripellum, nec sedam sudam,» etc. Marca HUpanica^ etc., col. 1430. — Bisforia del Luxo, tom. I*^, ]lag. 73, en note.

■ Orig. Cisterc. ord., cap. xvn; apud Labbe, Nov, Bibl, manutcript, li6r., ''«-- A pag. W6.

' Voyage littéraire de dtux rtligieux Unedictins, tom. I", l"part., pag. IM.

lY.

Histoire Nous alloDS ciitrer maintenant dans le xiv* siècle, et parler

des tissus pri*-

cieux au xrv«= tout d abord du drap de Tharse. A la rigueur, nous aurions dû le placer immédiatement après les tissus précieux dont

Drap de Tharse. Qous avoHS déjà rctracé rhistoirê, car celui dont il va être question est déjà nommé à la fin du xiii^ siècle '; mais coomie c'est dans le suivant qu*il en est surtout fait mention , nous avons pensé qu'il trouverait mieux sa place ici.

En 1 31 3, nous voyons figurer dans l'inventaire des joyaux de Pierre dé Gaveston , le favori tombé d'Edward II , « dis pièces d'orfreis de Tars, deus dras de Tars vermeaux diasprez'. » Mais pour un article de ce genre, nous en trouvons nombre dans uti ancien inventaire de l'église de Can-

Nuancîes diverses lerbury, qui nous présente des draps de Tharse de toutes les nuances® : ce qui ruine l'opinion que Ton aurait pu se faire

* a Item capa magistri Johannis de S. Qaro, de qaodam pauno Tanico, viridis coloris, cum plurimis piscibus el rosis de auriiilo contextis. » risit. facta in thesaw. S. Pauli Lond., etc., Jn. Grat. hccxcv, etc. (The History of Saint Faut s Cathedral in London^ etc., appendix, n** xxvni, pag. 318, col. 2.) — « Item tunica depanno indico Tarsico b^santato de auro.... — Item tunica et dalmatica dequodam panno Tarsici coloris, tegulato cum besantiis et arboribus de aureo filo contextis.... — Item casula de panno Tarsico, indici coloris, cum pisculis et rosulis aureis.... — Item casula de quodam panno Tarsico, cum rubeo pa|ino diasperato auro, cum arboribus et cervis de aurifilo contextis, » etc. Ibid., pag. 323, col. 3.

* Pœdera, conventîones y etc., accur. Thoma Rymer, éd. tertia, tomi secnnJi pars I. et n., pag. 31, col. 1.

' c Gisula subrubea de panno de Tharse. — Casula una de rubeo panno de Tarse, cum nucibus pini auratis. — Casula de panno croceo de Tharse. » Ornamentain vestiario ecclesiœ Cantuar., A* D. 1315. (The History and Antiquities of the cathedral Church of Canlerhury..., by the Révérend M. J.«Darl, etc. , the appendix, n<* vr, pag. iv.) — a Par^num de panno de Tharse coloris de painazi

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. lori ^

au vu des passages cités plus haut. De même on pourrait croire que la dénomination qui nous occupe n'était répandue qu'en Angleterre : ce serait une erreur. Il en est égale- t^age ment question chez nous, quoique moms fréquemment. Je «i France ei en dois même dire que je n en ai trouve que deux mentions : Tune clans Renart le Nouvel^

La dame ot viestu un maotiel '

D'un drap de Tarse ^ d'or bendé, etc.

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