‹ Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, et autres tissues précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen âgeChapitre 7 sur 38 · V. 6306. {Le Roman du Renart , tom. IV, pag · texte numérisé non relu

V. 6306. {Le Roman du Renart , tom. IV, pag

l'autre dans la Chronique de Bertrand du Guesclin^ quand le jeune héros, revenu chez sa t^nte,

Sur le marchié de Resnes voit dames à estai , Bien vestues de soie, de tarses^ , de cendal.

Tom. V% pag. 48, t. 368. .

Mais c'est surtout dans les poèmes anglais des xiv^ et xv* siècles qu'il faut rechercher l'étoffe dont il s'agit. L'auteur de l'un d'eux représente Gauvain vêtu d'une houppelande (l'un tarse de prix ,

Dubbéd in a dublet of a dere tars.

Sjrr Gawajm and the Grene Knyght, st. ly, v. 574 . [Syr Gawayne... by Sir Frédéric Madden , pag. 23.)

cum stellb et crescentiis aureis.... » Ihid,, pag. vi. — a Dalmatica de panno de Tharse, cum gallis et equitibus de auro fiectatis. » Ibid,, pag. vii. — « Item. Vestimentam ejusdem Uenrici (prions) de albo panDO de Tbar^, de opère de Turkj, » etc. IM. , pag. ix. — a Alba una cum panira de viridi panno de hiarse, brudata cum a^uilis et leonibus aureis , » etc. Ihtd, , pag. x. — a Iteiîi. Casula^le panno de Tharse, de tuly palliata. » Ibid., pag. xvi.

On disait aussi pannus Tarsenus, que je m'étonne de ne pas trouver dans le Glossaire de du Gange : V De pannU Tarsen. , de serico, de cindacis, de seta et aliis dÎTersis mercîbus, * etc. Pro mercatoribiu ejetraneîs , confirmatio cartœ, ann. D. 1328; apud Rymer, Fadera, conventîones^ etc., éd. lertia, tomi secundi pars m. et iv., pag. 16, col. 2. *

' Un Ms. porte tartre.

pays.

iC6 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET UUSAGE

Chaucer habiHe de drap de Tharse un roî de Tlnde , qu'il nous montre sur un cheval couvert de drap d'or bien diapré :

His cote armure was of a cloth of Tara,

Couched with perles, ^hite, and round and grete.

The Knightes Taie, dans The Canterhur^ Taies of Chaucer^ etc., édit. de MDCGCXxn, iii-8', tom. I*', pag. S47, ▼. 2463.

Tapis de Hiarsc. Et cc u'est pas Seulement des vêtements que l'on fabriquait avec ce tissu; on en faisait aussi des tapis \ à moins qu'à l'exemple de Sir Frédéric Madden', on n'aime mieux voir dans ce nom de Tars un pays d'où l'on tirait des étoffes pour habits et pour ameublements , peut-être différentes les

Où placer ce uucs dcs autrcs. Quel était ce pays? Du Gange le trouve dans le royaume de Tharsie'^ qu'Haython^ Sanut et un ancien géographe placent dans le voisinage du Cathai et du Turkestan ; M. Abel Rémusat pense que ce pourrait bien être le pays des Ouïgours, dont le nom (Tarsa) aurait été, je ne dirai pas corrompu, mais transporté matériellement dans les grandes Chroniques de France*, et je suis assez disposé à me

* Sjrr Gawajrn and the Grene Knjrgfii , st. nr, v. 77 (Syr Gawayne, pag. 6); st. XV, y. 898 {ihid,, pag. 33). Voyez encore le poëme 9S\kX'knXit Marte Jrthure ^ dans le Ms. de la cathédrale de Lincoln marqué A. 1. 17, fol. 87.

■ Syr Gawayne, pag. 415, col. 1.

* Gloss. med, et inf. Latin. , tom. Vï, pag. 511, col. 2, v* Tarsicus,

* Mémoires sur lies relations politiques des princes chrétiens avec les empereurs mongols , dans les Mémoires de V Institut royal de France , Académie des inscription» et belles-lettres, tom. Vï, pag. 438.

Dans un autre endroit de la Chronique de Saint-Denis , dont un passage fournit à M. Rémusat Toccasion de parler du pays de Tharse^ ce pays est indiqué comme étant celui des trois rois mages. [Les gr. CHron, deFr,, tom. lY, pag. 301, ann. 1348.) Ailleurs [ibid., ann. 1276, tom. V, pag. 55), le vieil historien racontant l'arrivée en France de messagers envoyés à Philippe III , nous dit que « ces messagers qui vindrent de Tharse , n'estoient mie tartarins, ains estoient géorgiens. » Voyez encore tom. IV, pag. 286, 292, 293, 295, etc.

ranger à l'opinion du savant lexicographe eldeThabile sinologue, quand je vois la vogue qu'eurent pendant le xrv* siècle les étoffes de Tartarie nommées par nos écrivains français tartairey tartre^ et par les écrivains latins tartara^ tartaricus\ tartariscus, tartarinus. Ainsi que cela résulte des cita- ^«lure

du tartaire ; usage

dons rassemblées par du Gange et par D. Carpentier', et que rouen comme je le suppose en voyant le prix qu'il coûtait', le lartaire rentrait dans la catégorie des draps d'or, et il fallait de l'habitude pour le distinguer du diapré et du samit\ Du reste, on l'employait aux mêmes usages, surtout au costume des personnes de c<»]dition, ou à des habits <le fête. Un écrivain faisant le récit de l'entrée du roi Jean II à Paris, en <350, au retour de son couronnement, nous apprend que, dans cette cérémonie, a les Lombards qui en ladite ville demouroient, furent vestus tous d'unes robes parties de deux Uirtares de soye , et avoit chacun sur sa teste chapeaux hauts, a^s, my-partis de mesme leurs robbes*. »

Avant d^'aller plus loin, je me demande si ces tar tares-là Doutes

, , • . . . - 111 surlapro\cnance

venaient bien de Tartarie; su n^ serait pas plus probable du tarare de «oie. que les Lombards établis à Paris eussent employé des étoffes

• Déjà, à la fin du xm» siècle, on trouve rexpression depanniu tartarictu : « Item unam albam cum gramitis et pectorali de panno tartarico albo. » Inpent. M$. thés, sedis jâposUy aiin. 1205. {Qloss, med. et inf. Latin,, tom, III, pag. 550, col. 2, V* Gramita.) *

• Gloss., tom. VI, pag. 511, col. 2, pag. 512, col. 1, v'« Tarlara, n° 2, et rartaruua.

' Comptes de V argenterie^ etc., pag. 328.

^ c Unam cappam de diaspro, aurisamito, vel tartarisco aureo, » etc. Vêtus charta apud Kocchum Pirrum in Episcop. Agrigent. {Gloss. med. et inf^ Latin., v* Tartarinus.)

• Les grandes Chroniques de France, éd. de M. P. Paris , tom, VI, pag. 3. — Le Cérémonial franeois ^ édit. in-fol., tom. I", pag. 149.

de leur pays, où Ton imitait, en leur conservant leurs noms,

toutes les étoffes d'Orient. Malheureusement je ne puis rien

Ktofîesiarhires répondre à cette question, si ce n'est qu'en Italie, au xiv* siè*

fonuuFS en Italie .•i//<o/'ii n

ail xiv Mècie. cle, on connaissait les etoIies véritablement tartares ; Boccace

en fait mention dans l'un de ses contes, où il les représente

comme tachetées et bariolées *, portrait qui se rapporte assez

bien aux étoffes de la Chine et de l'Inde.

RaisoDs Marco Polo , qui parcourait ces régions lointaines vers la

qui ont pu faire ^ j . .> , V , /..

donner le nom de fan du xiii*" siccic , iic manque pas , comme nous 1 avons déjà

ttirtttff «1 des

étoffe» de soie. VU , dc consigiicr dans sa relation les noms des endroits où l'on faisait dras de soie et dorés de maintes faisonz : de ce$ nombreuses mentions ce qu'il faut conclure, c'est non pas que du temps de l'illustre voyageur il se fabriquait des étoffes de soie, des draps d'or, en Tartarie et dans le céleste Empire, la chose n'est point en question , mais que la connaissance du fait se répandit en Europe avec sa relation , publiée au commencement du xiv® siècle; je ne serais même point étonné que les marchands n'eussent profité de la sensation qu'elle produisit, pour donner le nom de tartare à des étoffes nouvelles , ou à des tissus déjà connus sous un autre nom , que Ton espérait mieux vendre en les annonçant comme nouveaux.

Le dessin qui parait avoir été particulièrement affecté au tarlaire, dont il y avait de toutes les couleurs, était une suite de raies, souvent d'or. L'inventaire des biens de la reine Clémence de Hongrie , morte en 1 328 , contient un article portant « vingt-neuf aimes de tartaire roy et deux pièces ,

Couleurs

et dessins du

tartaire.

* «... sotto le ditela smaltato di sucidume , con più macchie, e di più colori , che mai drappi fossero tartareschi, o iDdiani, )> etc. // Decamrrone , giorn . VI, nov. X.

pr^ié 12 1. parisis'y » et, dans Pinventaire de Charles Y, nous rencontrons du tartare venneil changeant et rayé d'or*, du tartaire vert rayé de même', du tartaire azuré et rayé*, du tartaire violet rayé d'or à façon (fespremer*^ etc. En général , cette étoffe était employée pour l'ameublement Emploi des chambres, où eUe ne figurait quelquefois que comme doublure*; on trouve cependant une chapelle et une couverture de lutrin de tartaine vermeil^, et « ung estendart, » c'est-à-dire, j'imagine, une tente, « de tartaire vermeil, garni de courtepointe et de courtines '. »

Dans des comptes bien postérieurs , il est fait mention de xartryu,

* * tartaryii.

tartarjm^j et une pièce de cette étoffe est marquée comme ayant coûté dix-huit sous; mais là comme ailleurs, nous nous trouvons dans l'impossibilité la plus complète d'établir un prix et une comparaison avec ceux de nos jours.

* Mélanges de CUrembaut^ tom. XI (Bibl. nat.), pag. SO, n*" 383. Le rédacCeur ajoute : c Vend, sept aunes et demie 8'. TauDe... et 21 aunes et demie... 9^ par. »

* Mt. n* 8356, fol. iij«. j verso, n» 3534. Voyez encore n» 3544.

* ibid., fol. u]\ ij recto, n** 3536, 3539.

Les articles 3546 et 3593 sont relatifs i des chambres de tartaire vert , et le n* 3585 à des courtines de tartaire blanc.

* tbîd., fol.'iij*. ïïj recto, n* 3552.

* Ibid.,n" 3553. Voyez encore n« 3568.

* Ibid., foi. iif. iîij verso, n»« 3570, 3589.

' Invent, des biens,,, de la comtesse Ma/taut iT Artois ^ 1343. (Bibl. de tÉc. des Chartes, 3* série, tom. III, pag. 61 , 72.) Voyez encore Tinvent. des biens de la reine Clémence de Hongrie, pag. 40, n*" 287 . ■ Ibid.y fol. iij«. iiij recto, n» 3563.

* Fœdera, conventiones ^ etc. , tomi IV pars iv, pag. 116, col. 2. — The Ward" robe Âccounts of KÂng Edward the Fourth (1480) , à la suite des Privjr Purse Expenses of Elisabeth ofYorky etc. London : William Pickering, bidoccxxx., in-8'', pag. 117, 129, 135, 169. — L'Ordre observé à la création des chevaUen des Bains, cité par du Gange. (Gloss. med. et inf. Latin,, tom. III, col. 967, col. 3, v"* Kirt^.)

Déjà, au XIV* siècle, on employait l'expression de tartarinus et de panmu tartari^ ans. Voyez deux passages, l'un de 1344, l'autre de 1 388, rapportés dans le même II. ' 22

170 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATIOri ET LUSAGE

Mairamaa, Au xit"" ûècle , oous voyoDs également appandire deux

birr^th^i.' ëtofTes appelées mairamas^ arramas^ et mattabasj mathdxu^ de noms empruntés aux langues de l'Orient*, espèces de draps d or différents de ceux de Damas, et dont il est souvent question dans les Comptes de Targenterie, presque toujours Emploi pour faire des offrandes aux églises*, parer des autels ou des tombeaux'. Dans l'inventaire de Charles V, le premier de ces draps d'or figure comme étoffe d'ameublement, rôle que l'un et l'autre avaient joué seulement dans l'occasion % et nous voyons un dossier de marramas', un autre dossier pallé de marramas', et des banquiers, ou bancs, de la même étoffe^ Auparavant nous voyons aussi, par deux articles qui viennent à la suite de draps d'or d'outre-mer de plusieurs couleurs, de draps d'or de Lucques rayés du long, et de draps d'or de la petite mesure de plusieurs soies et de diverses couleurs*, qu'il y avait également des marramas « de plu-

'glossaire, le premier, tom. V, pag. 6i, col. 2 ; le second , tom. VI, pag. 512 , col. 1y d'après le Foulera de Rymer, tom. III, part, iv, pag. 22, col. i.

' Le mot mohremah ou mahremah ( X^yar^ ) désigne un mouchoir, us fichu. Voyez Histoire des sultans mamiouks de f Egypte, tom. II, 2* paît., pag. 76, 77, not. 29 ; un article de M. Cherbonneau (Journal asiatique , juin 1849, pag. 549), et une note de M. Defrémery. (Nouvelles Annales des eoyages, férrier 1 852, pag. 136.)

* « Et pour 18 antres draps d*or appelés marramas et maetahas, pièce 17 escuz, » etc. Comptes de Purgent, ^ pag, 120. Ainsi que le fait remarquer M. DoQët-d'Aroq, c*est en 1352, et comme Técn d*or était alors à 16* p., cela les met i 3* 12* la pièce.

' Courtes de targenterie, etc., pag. 325.

* « Item un ciel d'une salle de marramas k une bordure de marramas.., pour ballier à mètre sur la tombe madame.... d Inpont. des biens de la reine Clémence de Hongrie, tom. XI des Mélanges de Qérembaut, Bihl. nat., pag. 43, n*'317. Voyez aussi pag. 49, n« 371 .

'^ Ms. 8356, fol. iif . viij recto, n<> 3605. « I6id., fol. iif . vij verso, n*» 3599. ' I6id., n«* 3603, 3604, 3610.

■ /AiV., fol. yy>. iij reoto, n*« 1170-H72.

Camocas,

camboGas, quu-

rookau.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i7i

sieurs couleurs et de diverses façons \ » 11 faut croire qu'au x^ siècle le marramas et le mattabas avaient changé de nom 9 car on ne les retrouve plus une seule fois dans les comptes ^es ducs de Bourgogne. «

On y chercherait vainement aussi deux autres tissus dont nous n'avons pas trouvé trace avant le xiv^ siècle , et que l'on rencontre rarement dans le suivant. Je veux parler du camocas, cambocas', quamokau , et du zatouin ou zatouy. A s'en rapporter à la seule physionomie de ce dernier mot^ zatouio, utouy rétofie qu'il désigne ne serait autre chose que notre satin , et c'est là l'opinion de du Cange et de M. Douët^d'Arcq'; mais comme le samit subsistait encore, ou le zatouy en différait^ ou le samit n'était pas ou n'était plus du satin. Quoi qu'il en soit, on employait Tétofle en question à faire des cottes d'armes et des harnais de guerre *, ce qui indique qu'elle était forte ; on est encore fdus disposé à la juger telle en voyant le prix qu^elle coûtait en 1352 et 1353% prix à peu près double de celui du cendal.

Pour ce qui est du camocas, le prix n'en était guère moins élevé que celui des draps d'or% au-dessous desquels cependant on serait tenté de le placer dans la hiérarchie des tissus''.

Emploi de cette étoffe.

Pnx qu'elle coûtait

• Ml. 8306, fol. r'f. iij veno, n*» «78 et 1!74.

* t Item. Yestîmentain integnim , cam casubi de paiino de camboca, ex parte «aa oolom tnbrabeî, ex altéra crocei coloris. » Orn. ecei, in vest. eeei, Ch. Cant,^ etc., A. D. 1315. (The ffistorj and Antiquities cf the eathedrai Ckurck of Cênterèwy, etc., pag. xi.)

* Gioss. med. et inf. Latin. ^ tomr VI, pag. 931, col. f, ▼• Zatoay. — Comptes de targenteriê^ etc., pag. 408.

* Comptes de f argenterie, pag. 141, 14t, 144.

• /4irf., pag. 328.

• Voyez les Comptes de t argenterie, etc., pag.' 335, 341 .

' Le chroniqueur de Saint-Denis racontant, sons Tannée 1378, « comment le

Emploi On l'employait à faire des vêtements \ nommément des corda camocas.

sets% des robes d'avocats', des courtines ou tentures, et des chambres complètes % même des couvertures de livres * et

roy de France se parti de son palais pour aler k Tenoontre de remperenr son oncle» 9 nous apprend que les écnyers de corps et d*écnrie de la soite de Charles V étaient vêtus de camocas bleu, et les huissiers d'armes de deux camocas partis de bleu et rouge , tandis que les chambellans, les maîtres d'hôtel et ka dieyaliers d'honneur, qui avaient le pas sur les écuyers et les huissiers , étaient habillés de velours et d'écarUte partie. Les autres officiers , comme panetiers , écfaansons , valets tranchanu, étaient vêtus de deux satanins pallés de blanc et tanné, et, pour tout dire, jusqu'aux queux et écuyers de cuisine portaient des honpelandes de soie et des aumuces fourrées, avec des boutons de perles par-dessus. Voyez les grandes Chroniques de France^ tom. VI , pag. 309.

* Comptes de targenteriê, etc., pag. 8, 11 , 43, 22, 23, 48^ 57, etc.

> /^ii^.,pag.34, 35.

« Item un corset ront de camoqnois vyolet fourré de menu vair à pourfil, presié 24' par. -» Item un autre corset de camoqnois ynde... presié 20' par. > In»ent, des biens de la reine Clémence de Hongrie (1328) , dans le volume XI des Mélanges de Qérembaut conservés à la Bibl. nat., pag. 40, uf^ 290 et29f . Voyez encorele n* 294 .

> Patfaelin , an commencement de la fivoe de ce nom, répondant à sa femme Guilleroette, qui lui dit qu'il est passé maître en fait de fourberie, qu'au moins il en a ta réputation, s'exprime ainsi :

Si ont oealx qui de c^melos Sont vestnz et de eamoeas , Qoi dient qnHls sont advocas , etc.

Édit. de M.DOc.Lxn., pag. 48, 17.

* Yoar cnrtaines of camaca, ail in folde,

Yoor felyoles ail of golde.

The Squyr of lowe Degree , v. 836. {Ane. Engl.tnetr. Rom., tom. III, pag. 480.)

(( Item une chambre de camocas vert tout d'une soye à rosées et k lettres de Da • m9A..,. i> Invent, de Charles F, Ms. n* 8356, fol. iif . iij recto , n*> 3549. — « Item

une chambre de camocas à or sur champ azuré à oiseaulx et serpenteaulx vers n

Ibid., n° 3556. •— a Item une chambre de camocas vermeil ouvrée k oiseaulx tout d\inesoye goûtée d'or.... » Ibid.^ n^ 3557. — a Item une cliambre de camocas sur champ vermeil ouvrée de soye blanche i croissans. . . . » /^ûi., n" 3558. — a Item une chambre de camocas vermeil ouvrée de plusieurs soyes à façon de maçonnerie, àgrans royes à oyseUez vers dont le bout des elles est blanc, » etc. Ihid., n* 3559. Cf. Gloss. med, et inf. Latin,, tom. V, pag. 37, col. 1, v* Paiissus ; et Comptes de l'argenterie, etc., pag. ^55, coU 2,

• Comptes de targenteriê, etc., pag. 35.

des doublures de manteaux et de robes^, mais surtout des ornements sacerdotaux; à parer les autels et à couvrir des meubles d'église*. Il y avait du camocas blanc, noir semé de gouttes blanches, bleu, vert, rouge, violet, rayé, blondet, cendré, plombé, à couleur de fleur de pécher, vermeil avec de petits besants jaunes; il y en avait aussi dont les raies étaient d'or et d'argent*; mais cette étoffe représentait plus

Couleurs

et dessins du

camoca».

* « Item que non porton en mantels ni en autras raubas negunas folraduras de drap de seda ni de camocatz, » etc. Établissement des consuls de Montpellier de Fan v.GGC. Lxv. [Le petit Thalamus, pag. 163.)

* « Premièrement une chappelle cothidiane de camocas d*oultre-mer cendré, à grans ouvrages tout d'une soye , » etc. Invent, de Charles V^ fol. C xix. recto , ' n° 1133. Voyezencore fol. Cxiiij. recto, n"" 1088; et les Chapelles du roi Charles VI (1424], dans la Collection des meilleures dissertations^ etc., tom. XIX, pag. 230.

a Item une chappelle cothidiane pour les confesseurs, de camocas vert renforcé, tf etc. invent, de Charles V, fol. C xvij. verso, n« 1117.

' tt Item un dossier de camocas hlanc, » etc. Chapelles du roy Charles VI, dans !a CoUect. des meill, dissert,, tom. XIX, pag. 2i2. — « Une chappe à prélat de eamocas d'outre -mer blanc, « etc. lèid., pag. 225. — - c La graut chapelle blaiiche, qui est de camocas d*outre-mer.... Et y a avecque ladicte chapelle une tunicque et dalmaticque de camocas blanc d'outre-mer. . . et avec ce la couverture de l'autel , qui est de camocas sur champ vermeil à petis besans jaunes , » etc. liid,,

pag. 227, 228. — a Une chapelle de camocas blanc, » etc. làid., pag. 231.

c Une chapelle entière de camocas d*outre-mer azurée, » etc. I6id., pag. 229.

« Une couverture pour le siège le roy , qui est de camocas d'outre-mer royée, » etc. Ibid,, pag. 232. — a Item una casula, tunica et dalmatica de camocas nigro, guttato de guttis albis, pro oflficio defunctorum. > tnventar. S. Capellœ Paris. , ann. ' 1376^ ex Bibl. reg. (Gloss. med, etinf. Latin. ^ tom. III, pag. 544, col. 2, v* Gouttœ. Vid. infra Gutta, n*' 6). — «... une robe de 2 gamemenz, d'un qnamoquau plonquié, setc. Comptes de Forgent., pag. 22. Voyez encore pag. 23, 35, 48. — - « Pour 1 kamoquau vioUet. . pour faire un corset de char & la royne, 8^ b Ibid., pag. 35. — « Pour 3 kamokaus azurez. . . pour faire une cote et un mantel à la royne, 8' pour pièce, vallent 24^ a Jbid., pag. 57. — a Premièrement quatre pièces de camocaz d*onltre-mer à couleur de fleur de pescher, tout d'une soye. » invent, de Charles F, Ms. n« 8356, fol. ij*. iiij". iij. verso, n* 3311. — c Item quatre autres pièces de camocaz comme dessus', qui ont le champ vert à oisellez et à fleurettes de soye violette. » ibid.^ n** 3312. Voyez encore les Trésors des églises de Reims, pag. 110, et surtout la Notice sur les comptes de P argenterie, pag. xxvii.

ProTcnanoe de cette étofTe.

Etymologie

de camocaSf de

tnoeadetit de

moquette.

Dnp d*or.

Mentions d*étoffes aiiui désignées, an

du XIV* siècle.

habitueUemeut des oiseaux. Ed usage en Orient ^ si Ton peut ajouter foi à Mandeville et à Clavijo^ le camocaft venait non-seulement , comme nous l'avons vu [dus haut% de l'ile de Chypre, mais encore, sdon toute apparence, de la Grèce; du moins le terme xa\myiç y était répandu avec la signification de drap de soie ou de coton, &bric|ué à la fisiçon de Damas '. Je ne répondrais même pas que le nom de Fétofle ne vint de celui de cette ville, nommée Dimachk ( Jf^"^) en arabe. Ce qui me semble plus probable, c'est que les mots mocade et moquette^ p£ur lesquels on désigne d'autres étoffes, sont dérivés de camocas ^ ou plutôt de Dimachk ^ dont la première syllabe aura été vraisemblablement rejetée par suite de sa ressemblance avec l'article italien di.

Je suis assez disposé à croire que l'expression de drap d!or si usitée dans les xiv* et xv* siècles , et même plus tard , est un terme générique par lequel on désignait les étoffes précieuses dont nous venons de parler ; il est à remarquer, ce* pendant, qu'on le rencontre dans des inventaires où les tissus sont toujours spécifiés par le nom sous lequel ils étaient connus. Sans nous arrêter au drap à or dont parlent deux trouvères et un ancien historien ^ nous citerons les étoffes de cette espèce conservées, au commencement du xrv^ siècle,

• Gloss. med. et inf. Latin. ^ tom. VI, pag, 512, col. I. — Vida delgran Tamor- /<in, édit.deM.DCc.Lxxxn.^pag. liS, 128,154, 157, 158, 213, 214, 217 et218.

* Tom. II, p«g. 45. Au commencement du xn* siècle , époque à laquelle Attar parait avoir écrit, on fabriquait encore annuellement mille pièces de camocas, camuche dipiù sorte, n* 1000. Voyez Hist, compend. dei regno di Cipro, etc., Mt. du couyent de la Minerve, & Rome, coté X. rv. 46, in-4*, folio 68. Peut-être ces camucAe étaient-ils déjà de soie et de laine, comme Tétoffe italienne appelée camuca.

• Gloss. ad script, med, et inf. Grœcit., tom. I, col. 564, 565 — Gloss. med. et inf. Latin., tom. Il, pag. 58, col. 2, y*" Camoca, Camocatus.

* Roman d*j4nséis\ Ms. n* 7191, fol. 4 yerso, col. 2, dernier vers. <^ Chron.

à Rodez S les draps d'or de Turquie et autres maitionoés dans le compte de Geofïroi de Fleuri \ dans l'inv^Ditaire des

rim, deP. Mouskès, tom, II, pag. 43i,y. 28861. — Les gr. Civron. dêVr.y Charles ie Chanf, ch. vin, ann. 676 ; tom. III, pag. 41. Voyez eneore ci-4l«ttiiSy tom. I**» pag. 87, not. 1, et la Bihl, de fÉc, des Chartes^ 3* sér., tom. lY, pag. 36-38.

* t Item duos pannos aureos, quorum... alterum débet nxor JobannÎB de BaU ne, qnondamypothecarii dicd bni^. » Invent. de» reliqnet, de Pégliae Saînt^Amani deRode«, 13 juill. 1313. (Bibl.nat., coUect. Doat, tom. CXXXII, fol. 123 veno.)

Gomment expliquer la seconde moitié de cet article? L'épouae de Jean de Balzac devait-elle un drap d'or pour Tavoir promis et ne s'être point encore acquit^ tée, on bien avait-elle fait un emprunt, pour un besoin quelconque, au trésor de Saint-Amans? Je m'arrêterais plus volontiers à cette dernière supposidon, que rend vraisemblable l'habitude où l'on était, dans le même siècle, de louer jusqu'à des robes de dr^ d*or ponr «e marier. Une pièce des archives Joursanvault nous montre un fripier recevant , en 1 394 , le prix de la location d'une robe de drap d'or complète, louée par l'entremise d*un certain Savoye, tailleur de robes et valet de chambre de madame d'Orléans, a en laquelle robe, est-il ajouté, a esté espousée Guillemette de Tremagon, damoiselle de ladite dame. » Voyez le Catalogue anafytûpu des archives de M. le baron de JoursanvauU^ tom. I*', pag. 91, n** 599.

A Bordeaux , du moins dans le ressort de l'abbaye de Sainte-Croix de cette viOe, les fi<Me& qui n'avaient pas de drap d'or, de soie , de laine ou de lin , pour placer sur la bière des déitints, devaient l'emprunter au saoriitain, et oelui-oi était tenu de le leur louer. Voyez le passage des coutumes de l'an 1305, cité par D. Carpentier. [Glou. med. et inf, Latin,, tom. VI, pag. 488, col. 3,V Tahsa'^^Tahlaum.)

D'autres fois, c'était l'église qui empruntait ces mêmes étoffes , surtout quand il s'agissait des obsèques d'un grand dignitaire ecclésiastique. Richard Picque, archevêque de Reims, étant mort en 1389 , on donna huit sous au chasubUer a pour rassembler les draps d'dr et de soye pour mettre sur la bierre ; et, ajoute le rédacteur de l'inventaire des meubles dJu prélat, estoient prestes i l'église, pourquoi en lui donnoit plus d'argent. » Voyez l'édition des Bibliophiles de Reims, pag. 69.

' Comptes de f argenterie^ etc., pag. 18, 54, 65.

Qnelquefob on trouve l'expression de drap de Turquie toute seule : a Item. Alba ejusdem ( Johannis de Winchelese] , cum paruris et panno de Turkye. » In vent, de 1315. {ffist, of the cath. Chureh of Canterb.^ pag. xii.) — <r Pour 21 draps de Turquie... achatées de Gieffiroy de Fleury, » etc. Ce sont les despens faits pour cause de Fohit N. S, le roy Loys^ dans l'invent. de Louis Hutin (1317).

Vers 1296, ces draps de Turquie payaient deux sous d'entrée dans la ville de Paris, tandis que le drap de PArrest (voyez ci-dessus, tom. I*', pag 260. Cf. tom. II, pag. 388, not. 2) et la pièce de palios [ibid.^ tom. II, pag. 60) n'étaient taxés que deux deniers, et le drap de Montpellier un denier. La pièce de quatre samits (ibid., tom. I*', pag. 107-198} et le quartel d'outre- mer payaient douze deniers, le drap

Mentions

de draps d'or

dans le siècle

floirant.

i76 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

meubles du duc de Normandie S dans celui de Valentine de Milan% dans celui de Charles V, et dans celui de l'église de Canterbury, qui les précède en date*; nous signalerons encore un payement fait en 1383 a à Loys Bruuel, marchant de Lucques, pour plusieurs parties de drap d'or et de soie de luy prins et achetez*, >i et nous renverrons à la Chronique de Corneille Zantfliet pour la description détaillée d'une robe envoyée en 1 371 à Wenceslas, alors prisonnier du duc de Juliers au château de Nynderke, robe de drap d'or s'il en fut jamais '.

En 1 41 6y c'est une houpelande de drap tissu d'or ^; ailleurs c'est une pièce de drap d'or de Lucques délivrée par ordre de Philippe le Bon « pour couvrir la tombe de feu l'un de ses enfans*; » et en 1432-33 « certain dny> d'or que n'a

d*or de Venise {ihid., tom. II, pag. 19, en note), la quarteiU de Lucques et le camelot de Tripe f ou Tripoli, six deniers. Voyez Tarif des marchandises qui se vendaient à Paris à la fin du xm* siècle y par M. Douët-d'Aroq. [Revue archéologique , etc. , neuvième année , 4* livraison, 45 juillet 1852, pag. 934, 225.)

* Ms. de la Bibl. nat., fonds Mortemart, toI. LXXIV, fol. 32 recto. — Notice sur les Comptes de l'argenterie, pag. xxx.

* lurent, jocal. Valent. Mediolan. in Annal. Mediolan. (Rer. Ital. Script., tom. XVI , col. 809, E, — col. 81 \ , C.)

* a Item ungs paremens pour ledit oratoire, de drap d'or blanc, et quatre autres parements de drap d'or de soye, » etc. Ms. 8356, fol. ij*. xxx. verso , n* 2C0(>.

^ a Item. Tunica et dalmatica de nigro panno aureo, de opère de Turky. i^ The Hist. ofthe cath, Church of Canterbury^ the append., n*^ vi, pag. ix.

** Les Ducs de Bourgogne, 2* part., tom. I**, pag. 3, n** 10.

' « ... tunicam novam pretiosissimam sibi transniisit (ducissa Johanna, ejus conjux), qusB tam artificiose ac decenter erat aptata, sive complicata, ut propter immensitatem auri intertexti tunica ipsa sine quovis sustentaculo mutuato staret erecta, et nil praster aurum videri posset ab extra, non pannus aut ars ulla textrina. » f^et. Script, et mon. amplissima CoUectioy tom. V, col. 297, C.

' Les Ducs de Bourgogne ^ 2* part., tom. I*', pag. 144, n^ 453.

* Ibid,^ pag. 290, n<* 1024. Sur un autre tombeau, celui de l'aïeul de François I*', également surnommé U Bon, il y avait un grand drap d'or qui couyrait

guaires mondit seigneur a fait prendre et achetter de luy (Jehan Quentin, marchant lucquois, demeurant à Genève), et iceUuy délivré à GuiUemin le chasublier, pour en faire chasubles et autres aoumemens^ » Dans un tournoi raconté Hoasa» par Antoine de la Salle, messire Enguerrand de Servillon dr^pdwir parait précédé de a ses trois destriers sellez , et leurs seUes couvertes de mesme drap d'or dont ils estoient houssez, dont le premier destrier estoit housse d'ung très-riche satin figuré bleu, et broché d'or, à gransliourlets de fin gris. Le second destrier estoit housse d'ung aultre satin figuré bleu, et broché d'or à grans bouts de martres sebelines; le troisiesme destrier housse d'ung aultre très-riche satin figuré en couleur de pourpre tout broché d'or... et brodez d'ermines.... Après les trois destriers venoient douze chevaliers sur beaulx coursiers, qui portoient douze lances, dont les six estoient deux à deux de mesme drap d'or.... Après ces douze lances venoient les trompettes du roy, et après eulx le roy d'armes d'Aragon, qui... à son col portoit une moult luysante et legiere targe d'acier ourlée parties de trois draps d'or'. » Ce passage établit bien clairement que la dénomination de drap dor était, au moins du temps de l'auteur, un nom générique, puisque nous le voyons appeler ainsi des satins*. Il ne fallait

tout le monument jusqu'au bas. Voyez la Vit de Jetai é^Oriiansy etc., par Jean du Port. Angouléme, imprimerie de J. Lefraise et c'*, 185:2, în-8*, pag. 08. .

* Les ducs de Bourgogne^ 2* part., tom. I**, pag. 321, n« 1080.

* L'Histoire et plaisante cronieque du petit Jehan de Saintré^ ch. xxxiy; édit. de Ooeolette, tom. Il, pag. 243, 244.

* On lit dans VHutoire de Paolo Jovio, liv. XXIV (tom. II, pag. 41, C, de Téd. de M.D.LXxxi. , in-folio), que Teia d'Anguillara étant sorti à resoarmonche avec une saie de drap d'or fort visible , fut assailli par les ennemis ; sur quoi le traducteur, Denis Sauvage , fait cette remarque : « Il y a au latin aumto sagtdo , que cer-

<l« drap d'or.

peut-être pas moins d'une demi-pîèce de cette étofTe pour couvrir un destrier^ quand on réqùîpaîl pour uii tournoi *, et une couverture àe ce genre pouvait aller jusquli qùatîre cents ëçus d'or ".

Plus loin , le seigneur de 'Loiselénch , avant de prendre congé de Jehan de Saintré, « luy présenta son bel destrier aussi couvert de drap d^or.'.'. sûr lequel il avoit faictes sds armes avecques luy*; » et en se séparant a n'y eut ceUuy que ne donnast à Taultre , oiîltre le prix , dons des bagues, de draps d'or ou de soye, chambres de tapisserie*, » etc. D'autres passages établissent que c'était l'usage, parmi les clasises ^élevées, de donner des draps Jl'ôr en étrennés ou pour présents*. En 1372 , les bourgeois et le peuple de la Rochelle étant allés à la rencontre de rarmée royale , oRrirent au roi en la personne des princes ce ung oreçouert paré d^'un drap d'or et ung livre dessus* ; » et au couronnement d'Isabeau de **a*or ^ Bavière en 1389, les bourgeois de Paris, voulant sans doute

:min p«-8û9iiage, qpi peut avoir mémoire, m'a tomné par sajre de satin broché

d*or.*,. L'italien le rend par brocato ttoro, »

' « Ledit comte (de Sainct-Martin) estoit monté et armé comme en. tel cas il »«p|iaTti6at;.et ettoit ton destrier couyert d'un demv satpi yerd, » etc. Mé/nffires

d'Olivier de la Marche^ ann. 1443, liv. !•', ch. ix. (Ëdit. da Panth. Utt,\ pag. 586,

col. 2.) — « Le (joatrieme (cheval estoit couvert) de demy satin bleu, » etc.

Ibid,^ pag. 388, col. i. -— c Son cheval estoit couvert d*un demy satin rer-

rneàl, B etc. Ihid,, col. 2..

* Histoire de Charles VII ^ roi de France^ par Jean Chartier, édît. de Denjs Godefiroy, pag. 357, ann. 1454. Cf. le Cérémonial fran^ots , tom. I*', pag. 106 eC 107 9 et ci-dessus, tom. P', pag. 186.

* VHist, et plais, cron, du petit Jehan de Saintré^ ch. uv ; tom. II, pag. 367.

* ihid,, pag. 38Î,

* Compte d'Anth. des Essarts (1400-10}, dans la ColUct, des meîll. dissert., tom...XIX.f pagr ^89^ 104. On y trouve nommés deux marchands de draps d or et de soie, dont l'pn e«t qualifié marchant de Florence.

* Chronique de du Guescliny etc. Paris, 1830, in-18, pag. 414.

CoaTsrtare

parer leur oflraDde, qui consistait en vaisselle précieuse, la jtfésentèrenl sur une table couverte d'un drap d'or \

Je citerai encore, avant de passer au xvi* siècle, deux robes de drap d'or que le duc de Bourgogne avait Tait faire ùug« de h. d. pour vélir les images de Notre-Dame de Toumay et de son «TfSLt. en&nt, le jour de la Sainte-Croix en septembre, l'an f412, r lesquelles ymaiges, est-Q ajouté dans le compte dont nous donnons un extrait, ledit seigneur a acoustumé chacun an faire vestir ledit jour de robes nouvelles*. » Je ne veux pas iuchetdra|»dw non plus omettre « ung grand drap sur or où sont les trois d«BoiirgosM. jpersqnnages de la Trinité et plusieurs images à panonceaux, » drap prisé , en 1424, 340 livres parisis, ni « un drap d'ôr à images où il y a un couronnement , au milieu , de N. D. a auréoles de perles, nommé le drap brun, » prisé 200 livres parisis'.

Enfin il y avait encore du drap d'or sur velours , article Drap d*or rare , ou qui du moms ne parait pas souvent , sous ce nom , dans les comptes et dans les inventaires *.

Avant de rechercher ce que Ton doit entendre au juste par ExpiientiMi cette désignation , je constate qu'elle concilie deux passages ^^.^u^St des Chroniques d'Ënguerrand de Monstrelet, relatifs tous mJ^SS^^ deux aux obsèques de Charles VU, et qui pouvaient paraître

' Chronique du Religieux de Saint -DenySf liv. X, ch. vu; tom. I*% pag. 614. Un pea pins loin , pag. 620 ^ râutèur raconte qiie Charles VI fit Éon eittirée à Lyttn tous un poAe de drap d'or attaché à quatre lances portées par quati^ demoiseUès.

■ Les Ducs de Bourgogne, î* part., tom. I*, pag. 64, n*» 213.

* Chapelles dû roj Charles FI, dant la CoUect. des meill, dissert., tom. XIX, pag. 232, 233. ' ' ■ i :

* c Pour Tui] aulnes et demye drap d'or faict sur velute cramoisy yermeil à asseoir sur ledict poésie (3^ mettre sur le corpi [de Charles* Vf!'] ^ Mèlùn), à xxx escus Taune. » Comptes de Tanneguy du Chastel (1461), dans la VoUêctrdes IMÎ27. i^ÎMerr, tom. ÛX, pag. 243. i • « » •• '»•

iSO SUR LE œMMERGE, LA FABRICATIOIH ET L'USAGE

couTcrtoK contradictoires. Dans l'un , il est dit que le corps du feu roi oonToiftmèb^ ayant étë embaumé, fut porté sur un chariot couvert de drap d'or, jusqu'à Paris en 1 église Notre-Dame*; dans l'autre» après avoir raconté le différend qui éclata entre l'écuyer d'écurie et les religieux de Saint-Denis pour la propriété d'un drap d'or vermeil moult bel, placé sous la représentation du défunt*, l'écrivain nous apprend que le comte de Dunois et le chancelier de France a remportèrent le drap de veloux noir à la croix blanche , lequel couvroit ledit charrioty » mais non sans avoir, suivant l'usage, abandonné à l'église un grand nombre des étofies qui avaient servi aux funérailles, d'abord le poêle en litige , puis des velours , des

* Chnn, itEnguerran de MonstreUi, éd. de x.DCin., toI. III, fol. 87 recto, ann. 1461. Voyez encore dans la Chronique du Religieux de Saint-Dei^s^ liy. XIX, ch. IX, ann. 1398 (tom. II, pag. 6!(8), le récit des ob8èc[ues de Blanche, reine de France , dont le corps fut placé dans une litière ornée de soieries tissues d'or, suivant un usage bien ancien, s*il est vrai, comme il est dit dans les gnmdes Chro' niques de France, tom. II, pag. !277, que le corps de Roland fut porté à Blaye sur deux mules, c en bière dorée couyerte de riches pailes de soie. » Le Religieux ajoute , pag. 662 , que Pabbaye n'eut pour tout profit, dafis la dépouille de la reine , que les tentures de soie tissues d'or qui avaient couvert son cercueil , et dont l'abbé de Saint-Denis fit faire des ornements d'église. Cest pour une destination semblable que la duchesse d'Athènes, morte en 1389, avait légué à la même maison les trois riches vêtements dont elle avait été parée le jour de ton premier mariage (liv. X, ch. v ; tom. I*', pag. 606), et qu'en 1409 le duc d'Orléans fit don de tous les riches vêtements laissés par son épouse ( liv. XXX, ch. x ; tom. IV, pag. 253). Après cela ^ que l'on se figure qu'il y avait des princes sans cesse occupés, comme le duc de Guienne, mort en 1415, à faire BaJiriquer des ornements pour les églises (liv. XXXVI, ch. xr?; tom. Y, pag. 588), et l'on n'aura aucune peine à comprendre l'immensité des richesses qu'elles possédaient en ce genre.

* Du Tillet nous apprend, dans son Recueil des roys de France ( Paris , 1607, in-4<', pag. 341), qu'aux obsèques royales asouloit estre l'effigie posée sur le cercueil où estoit le corps , afin , par celle représentation , d'esmouvoir le peuple à honorer ledit corps clos audit cercueil , » etc.

cendaux et des satins \ Maintenant que pouvait être ce drap Que faut-ii

entendre pur driip

d'or sur velours ? Si ce n'est pas la même chose que le ve- d'or sor veionn? leurs broché de fil d'or dont le cardinal d'Âmboise P avait une grande couverture ', et dont étaient faites les robes que François I" et Henri VIII portèrent le même jour'; si ce n'est pas non plus le velours nervé de drap d'or dont il est question dans la relation du tournoi qui eut lieu à Paris , en 1514 y pour l'entrée de Marie d'Angleterre , seconde femme du roi Louis XII *, je déclare mon insuffisance et laisse à d'autres le soin de mieux faire.

Suivant toute apparence, le drap d'or le plus usité était le Drmpd^or «s, drap d'or ras , que je n'ai pourtant trouvé ainsi spécifié que dans deux inventaires, dans une relation de la mort et des

* Chroniques dtEnguermn de Monstrelet^ toI. U, folio 93 recto. Voyez encore VH'utoire de Charles Vll^ par Jean Chartier, éd. de D. Godefroy, pag. 309, 320 ; et les ArtSi, car, de PHist. de Fr.^ l'« série, tom. XIV, pag. 389, où Ton voit que l'effigie da duc de Montpensier, mort en 1610, c estoit sar un lit de parade, gamy d'une couverture de drap d*or traînant de tous costez en terre , » etc.

Cette couverture était fréquemment l'objet de discussions entre les officiers du mort et le clergé , cpii se la disputaient comme la cbape à l'évéque , avec cette différence que le poêle de drap d'or restait presque toujours k l'église. Voyez le même recueil , tom. II , pag. 67 .

L'effigie du défunt ainsi couchée sur un lit de parade , me rappelle l'enfant de soie, image de Rustem, que l'on assied tout armée sur un cheval bai, et que des messagers vont porter ainsi à Sam le cavalier. Voyez le Livre des Rois, de Fii^ doosi^tom. I*', pag. 354.

Le lecteur curieux de connaître les cérémonies observées aux obsèques et funérailles des anciens rob de France, peut recourir au ^raj Théâtre d^honneur et de chevalerie t par Marc de Wlson , sieur de la Colombiere, sec. part., ch. ui, pag. 611-622.

' Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon , etc. , pag. 483. Cf. pag. 541.

' Mémoires de messire Martin du HeUay, ann. f 534. (Ed. du Panth. littéraire, pag. 505, col. i . )

* Ihid.y i^ part., ch. xn, pag. 181.

i82 SUE LE GOUMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

d^sèques de Henri II ^, et dans des mémoires d'une date peu ancienne ; mais peut-être était-il convenu qu'où le inot de drap dor se présentait seul , il fallait entendre cette étoffe. Quelle qu'elle smt, on voit que l'on s'en servait pour habits et pour meubles % qui sont quelquefois désignés simplement comme étant d'or trait'. Je laisse à d'autres le soin de décider Ratai. si le rataz « pour faire les karriaus du char (de la royne) , » marqué dans le compte de Geoffroi de Fleuri , au prix de 10 I. 10 s. la pièce \ doit son nom à l'adjectif ras^ qui formait aussi la dénomination d'une étoffe de soie en usage au Drap d'or XVI* sièclc ct bicu plus tard '. Quant au drs^p d'or racamaz tôt racamaz. indiqué dans un compte relatif aux couches de ValenUne de Milan 'y c'était ^ suivant toute apparence, un drap orné de broderie, ricamato^ mot italien devenu racaniaz^ par faute de copie ou d'impression, et dont les Espagnols ont fait

■ Arck, cmr, de tHist. de Fr , V série . tom. III, pag. 310.

* Autres tapiz velluz , pièces de tapisseries, couvertes, bauchiers et autres ckouzes mpoHées de Naples (30 janvier 1495) , dans la BibL de VÉc. des chartes^ 3* série, tom. I*', noyemhre -décembre 1849, 2* liTrais., pag. 166, en note.

Voyez, pour une chambre de drap d*or ras rouge et noir, en 1501, V Histoire du château de £lcis, par L. de la Saussaye, édit. de m pccç l ,. in,-! 2, p^. 1 33 .

* Hist, du chat, de Blois^ pag« 133.

* Comptes de t argenterie , «te, pag. 58.

' a ... ad templum majus elatum est tnnica, stola, ac manipulo.aujreis, co^cianentis purpnratis, calceis ex albo serico» bireto ex raso serico albo.. . leciics aureo texte regiis insignibus quadrifariam picturato contexte impositum, a baroni> •bas et equitibus atratis suffultum. » Selectio locorum quorumdam insignium consilio omissorum in lib. VI Rer. Sicanic. Maurolyci abb., etc. (Stephani Balnxii Misoellan. Liber second., pag. 323.) Cf. Gloss, med. et infs Latin, ^ y'** Raxium, Razy Raza, n"" 1 , tom. V, pag. 604, col. 2 et 3.

' Louis et Charles ducs d^OtUans, par Aimé ChampoUion Figeac, 1'* part., pag. 65. Le drap d'or racaniaz y est coté c au feur de xx frans la piesse. i

' Voyez ci-dessus, tom. I*^ pag. 369, et note 3.

DES ÉTOFFES toB S01E> D'OR CT D'ARGENT. )I83

Le drap d'or frrse paraît avoir été aussi fort répanda, ett Dr«pd'«rtt««. l'on remplirait plusieurs pages de oe livre lavec les indio^ tion's de ceux dans lesquels il efi est 'question. Comme Tautre espèce de 'dr«p d'or, on l'employait pour ornements d'église *,^oùr habits et fpotfr -atneublemfflit ••; on alla même, . ^'^.'^^ éh certaines occasions, jasqu'à en faire des tentes, comme pour le Ctimp du drap d}or^ où « les principales , "dit le maréchal de Fleurange , estoient de drap d'or frisé , dedans et dehors, tant chambres, salles que galleries, et tout pkin d'aultres de drap d'or ras, et toilles d'or et d'argent. »

Brantôme nous représente Elanche deMontferrat, duchesse

de Blanche de

de Savoie, habillée d'une £;rande robe de drap d'or frisé, et MoDifemten

montée sur une belle haquenée vêtue de drap d'or broché % broché. toutes choses que n'aurait pu se permettre une personne d'un rang moins élevé, surtout au xv* siècle : en effet, à en croire la vicomtesse de Furnes, les comtesses et les baronnes ne devaient pas porter robes ou vêtements de drap d'or frisé, ni avoir dans leur maison accoutrements de lits ou carreaux de cette étoffe*; mais elles devaient se contenter du ve-

' Arch, cur, de CHist. de Fr. ,' !'• série, tom. IV, pag. 280.

* Mémoires de Robert de hi Marck, seigneur de Fleurange, ann. 1520, cb. umi. (Éd. du Panth. litt., pag. 282, col. 2.) — Mémoire» de Martin du Bellay, liy. I**, ann. 1521 (iàid., pag. 336), etann. 1534 (îhid,, pag. 505, col. 1 et 2). Voyez encore ffisi. du château de Biais ^ par L. de la Saussaye, édit. de Mt>GCGi,, in-12, pag. 133, 134. J'ajouterai que quand Louis XII, auquelse rapporte cette dernière âuiion , épousa en secondes noces Marie d* Angleterre , la salle où se fit la cérémonie éuit tendue de drap d'or« (Mém. de Fleur. , ch. xuii» pag. 256, col. 4 .)

* Des Dames gaUantes ^ 4* discoiirs. {Œuvres complètes de- BrantSme^ édit. du Pamh, lût., tom. II, pag. 854, col; 2.)

* Voyez dans le Ms. de la Bibl. nat., n- 7015-7016 , qui est du x\« «iècle, foi. 55 recto et i 52 recto, les lits de la reine Alexandra et d'Hérode mourant , arec draps et couvertures ; dans le Ms. n" 6829 , folio 8 -verso, n<* 1 , un précieux modèle d'un lit du siècle suivant, et dans le Ms. n« 7231», folios 153 verso,

i84 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE Espièglerie lours, du damas et autre drap de soie^ Si Bussy d*Aniboise

<4e Boasy d'Am- . ^ .„__ , , • • j •

boiMeDi578. se permit, en 1578, de se présenter a la cour suivi de six pages vêtus de drap d'or frisé , c'était pour faire pièce aux mignons de Henri III , a autant ou plus braves que luy*. » D«uiiis Passant maintenant aux dessins retracés sur les draps

drâp.d»or. d'or, je dois constater, avant toute chose» qu'ils ne différaient guère de ceux que j'ai déjà signalés pour des époques

157 recto, des garnitures de lit de la même époqae. Au commenoemeut du XV* siècle , on vantait les coustûs champenoises :

Biais je me doubs que les grands aises. Les beaux lis, coostes champenoises...

Ne fsoe la cfaeTalerie Moalt redoabter et aleutir D'aler Tair de la mer sentir.

Le Chapel des trois feurs de lis^ Us. de la Bibl. nat. n« 7876, folio 826 recto, 4'* col., ▼. 16.

On est porté à interpréter ici coustes par draps^ en songefl&t à la réputation des toiles de Reims pendant le xiv* siècle. Voyez ci-dessus , tom. I*', pag. 08. On lit dans on poème anglais de l'époque :

Toor sheets shal be of doths of Rayne.

Sir Degore, etc. ( The Bistory o/£»glisk Poetry^ éd. de 4840 , tom.I«', pag. 480. Cf. not. C)

Les diverses parties d'un lit, au xi* siècle , sont énumérées dans un passage de Jean de Garlande cité par du Gange» Gloss. med. et inf. Latin. ^ tom. II, pag. i3i, col. 2, art. Capetum.

En Castille , on pouvait faire des garnitures de lits en brocart , en toile d'or et d'argent , et en rato , ou autres étoffes de soie ; mais il était interdit d'employer ce brocart et ces toiles à des ameublements ni à des tentures. Voyez la ntseva Ràcopilacion de las Uyes del reino^ liv. VII, tit. 13 , 1. 2, n« 2. Le drap d'or, appelé en Espague hrocado, brocat {Concil, ffisp, , tom. IV, pag. 192 ; Gloss, med. et inf. Latin. , tom. II , pag. 780, col. 2), y était apporté d'Italie {la rida i fuchos de EsteyaniUo Gonzalez^ etc. Amberes, vinda de Juan Gnobbart, 1846, in-4* esp. , fol. 145), et payait, à l'égal du camelot et antres étoffes « cinq maravédis pour cent d'entrée {Reeop, , lib. IX, tit. 22 , 1. 2). Le pins beau s'appelait brocado de mas altos. Voyez laperfecta Casada^ de Fr. Luis de Léon, § 2.

* Les Honneurs de la cour, à la suite des Mémoires sur Vancienne chevalerie, de la Gume de Sainte-Palaye, édit. in-12, tom. II, pag. 265.

■ Journal du règne du roy Henry III, éd. de le Ducbat, tom. !•', I^ partie, pag. 23.

antérieures. C'étaient toujours des lions ou des aigles à une ou deux tètes, souvent placés dans des rouelles ou cercles , quelquefois mêlés à des listes ou bandes , tissues à façon de trifoirej bandes qui parfois constituaient à elles seules, Torneraentation de Tétofie*. C'étaient encore des oiseaux , faucons, hérons, paons, et d'autres animaux, des feuillages, des épis, des fleurs, des rayons de soleil, des grains d'or, des pommettes d'or, des têtes d'oiseaux également d'or*, des

• y'uit.facta in tliesaur. S. Pauli Lond.^ etc. [The Htst. of Saint PauPs Cathédrale pag. 329, col. 2; Gloss. med, et inf. Latin., tom. V, pag. 236, col. 2, V Philetnan, et tom. VI, pag. 669, col. 3, t" Triforium.) — Inventar. ann. 1410, ex tahular. eccl. NoTiom. ( Une Cité picarde au moyen âge, etc. , pag. 155. ) Cf. supra, tom. I, pag. 49, 50; iiiTentar. S. Capella: Paris, aiui. 1376, apud dii Cange, tom. II, pag. 726, col. 3, v« Custos^ n" 7 ; et inventar. eccl. Camerac. ann. 1371, ibid., tom, II, pag. 62, col. 3, v^* Campania, n* 3.

• Invent. ann. 1389. (Ber. ItaL Script., tom. XVI, col. 809, E, 810, C, E, et 811, A, B.) — • De Panno et harnesiis^ papœ ahsque custuma transmittendis ^ ann. D. 1388. (Fœdera, conventiones ^ etc., tom. III, pars iv, pag. 22, col. 1.) — Super lÀheratione diversis Prancia- ecclesiis,juxta testamentum Henrici[yï) nuper régis, ann. D. 1425. (Ibid., tom. IV, pars iv, pag. 16, col. 2.) — Compte d'Etienne de la Fontaine, du terme de Noël 1352. (Arch. uat., K. reg. 8, fol. 103 recto; G/oss. med. et inf. Latin,, tom. V, pag. 37, col. 1.) — Invent, des meubles du duc de Normandie, en 1363 (Ms. de la Bibl. nat. , fonds Mortemart, vol. LXXIV, folio 82 recto; et Notice sur les Comptes de rargenterie, pag. xxx), etc.

Dans la miniature frontispice du Ms. de la Bibl. uat. n* 7296, on voit Marie de Clèves, troisième femme de (Charles duc d'Orléans, veuve en 1465 et morte deux ans après, vêtue d'une robe de drap d'or parsemé de dessins en forme d'épis, comme l'étaient la chasuble et le parement spécifiés dans l'inventaire de sa bellemère ; et une autre miniature du commencement du xv« siècle , qui se trouve au fol. 39 recto du Ms. n<> 7275', nous montre une dame dont la robe est parsemée de fleur» d'or. Les curieux qui voudraient approfondir un sujet que je me borne à indiquer ici, feront bien de recourir aux miniatures et aux tableaux que mon exil en province et les règlements de la Bibliothèque nationale me rendent, pour ainsi dire, inaccessibles. Par exemple, il y a au Musée du Louvre quelques vieux tableaux où l'on voit des étoffes singulières, brocarts et autres. Parmi ces toiles, dont je dois la connaissance à une communication amicale de M. Prosper Mérimée , je citerai le n® 507, ancienne école d'Italie , où la Mère de Dieu a un manteau couvert d'une espèce de vermicel d'or; le n« 436, de Turino Vanni, qui a représenté II. 21

chardons ; des peignes*, et nombre d'autres ornements dont

les noms ne sont pas toujours faciles à expliquer*.

nidiesie Au xYi* siècle, les splendides étoffes dont nous parlons

"«"•^iècTJ!*" étaient devenues, s'il est possible, encore plus somptueuses :

c'étaient des draps d'or frisé et figuré de velours ou à fond

la Vierge et l'enfant Jésus flanqués d*aiiges, celle-là velue d'une robe rouge à pois ou à étoiles d*or, un peu plus petites que les ornements également d'or semés sur les robes vertes des anges ; le n^ 214, de Jean de Fiesole, dont le sujet est le même que dans le n** 505, c'est-à-dire le couronnement de la Vierge. Le trtee de Marie est couvert de brocart d'or sous lequel l'étofTe disparaît presque entièrement ; un évéque , que l'on voit de dos , porte un manteau blanc , sur lequel est une longue bande représentant quelques sujets de la Passion en broderie. Je signalerai encore le n* i23 , de Carpaccio , où le peintre a retracé une prédication de je ne sais plus quel saint en pays musulman. Les infidèles ont des dolmans à ramages or et soie noire. Maintenant dans l'école flamande je dois citer le n*> 595, Annonciation dans le genre de Van Eyck, dont l'ange a un manteau rouge avec des feuilles de vigne d*or. Au centre de chacune d'elles est une autre feuille noire , et le tout est d'un très-joli effet. Je me rappelle avoir vu un dessin semblable dans d'anciennes étoffes de Venise. Enfin, il ne faut pas négliger le n* 502, portrait de femme de l'école allemande ou flamande, où l'on voit un bonnet ressemblant à un voile d'or, avec broderies capricieuses de soie noire , posé sur un cône orné de perles et de lacets d'or, qui cache les cheveux et qui est retenu par un ru' an d'or passant sous l'oreille. Ce portrait est du xv« siècle. Pour ce qui est de l'école française, il y a une Descente de croix sans naméro, d'un peintre inconnu, dans laquelle Joseph d'Arimathie a une robe de brocart.

* In veut, des reliques, vases sacrés et ornements de l'église de Saint- Hilairele-Grand, du 20 novembre 1469. (Arch. du départ, de la Vienne, Saint- Hilaire, église n*" 28.)

* Je lis, par exemple, dans Finveutaire de la chapelle de Valentine de Milan , dressé en 1480 : « Planela una drappi brocati auro in campo rubeo, laborati ad copas, leoues, et alia animalia. » [Rer. Ital. Script.^ tom. XVI, col. 809, E.) Régulièrement par coptts il faudrait entendre des coupes, des hanaps ; mais il est bien plus probable qu'il y a là une faute de copiste et qu'il dut lire compas , comme porte un inventaire de l'église du Puy de l'an 1444, cité dans le Glossaire de du Gange, au mot Campiu ^ n^ 8, tom. II, pag. 73, col. 1, et au mot Triffoletum, tom. VI, pag. 669 , col. 2. Quant au sens à donner à compas , l'inventaire de Valentine de Milan l'indique assez clairement , ce me semble : a Cortina una... laborata ad ramam cum pluribus compatsibus dominarum. » [Rer. Ital. Script., tom. XVI, col. 811 , B.] Voyez, au reste, le Glossaire de du Gange, au mot Cornpastus^ n" 2; tom. II, pag. 493, col. 3.

de velours *, des draps d'or riche à fond d'or *, à fond d'or, frisé à double frisure •, frise sur frise *, d'or frisé , riches , or sur or, à frisure double ', riches à fond d'or trait*, damassés \ d'or frisé de damassure% frisé et diapré^, -ramages de rouge**, verts tous parsemés de flammes d'or ", des draps d'or frisé faits à quiUes", à fond d'argent**, sans parler de la toile d'or, dont toîIc dor.

* « Un autre carreau de drap d'or frizé et figuré de velours noir, et l'autre costé rayé à cbenx>ns d'or et de branchaye de fleurs bleues, n Estât diu meubles (du cbasteau de Pau)... portés à Paris ^ etc. (1602) , cbapitre des carrekux ; arch. du départ, des Basses-P^-rénées, extr. de la liasse 427, n^ 11, fol. 5 verso. -— « Un autre carreau de drap d'or frisé figuré de velours noir, et de l'autre cousté i chevrons -et branchage et armoiries de Foix et Bearn d'or sur fonds de velours bleu. » Invent, des meubles du roy quy sont dans le chasteau de Pau, etc., 1634, cbapp^ des carreaux, art. 5 et 6; mêmes archives, extr. de la liasse 427, fol. 6 verso. — «Un carreau de drap d'or frizé , fonds de velours noir doublé de irelia, a etc. Ibid. , art. 10. — a Item trois chappes de velours noir, orfroy de drapt d'or veloté rouge, de boguerant pers et ribans de riban de soye vert. » //iwent. des vases sacrés et ornements de la cathédrale d Auxerre (1531), arch. du département de l'Yonne, fonds du chapitre.

■ Obsèques et funérailles de feu le roy Loys xij (1515), dans la Collée t. des meill. dissert., tom. XOL, pag. 262.

* Ibid., pag. 263. — Arch. cur. de PUist. de Pr.^ 1" série, tom. II, pag. 79. Voyez pour les prix , pag. 80.

* Arch, cur. de CHist. de Fr.^ !'• série, tom. Il, pag. 324.

* CoUeet. des meill, dissert., tom. XIX, pag. 264.

. • Ibidem. ^ Arch. cur. de PHist. deFr.^ 1" série, tom. II, pag. 79.

' Mém. de Martin du BeUay, liv. IV, ann. 1535; édit. du Panth, litt., pag. 506, col. 1.

* Estât des meubles (du cbasteau de Pau)... portés à Paris, etc. (1602), chapitre d'autres petis meubles; arch. du départ des Basses-Pyrénées, extr. de la liasse 427, n« 11, fol. 13 recto.

» Arch. cur. de tHist. de Fr., V série, tom. III, pag. 317. Cf. pag. 318.

•• Le Cérémonial français , édit. in-fol., tom. I", pag. 443.

Dans le tableau du Musée du Louvre, encore sans numéro, représentant Juvénal des Ursins et sa famille , les prie-Dieu sont en brocart rouge et or ; l'or fait le fond , le rouge les dessins.

*■ Le Cérémonial français, tom. I", pag. 454.

•• /^m/., pag. 511.

«* /4m/., tom. II, pag. 849.

Yariétéi d« toile d*or.

TouailU de PlaÎMoce.

Dnip d'or d«Brcliii.

i88 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

on se servait pour doublure de vêtemeuts d'apparat \ pour robes*, manteaux' ou corps*, pour faire des applications de broderie*, et dont il y avait plusieurs variétés, comme, par exemple , de la toile d'or imprimée et gaufrée', d'or trait à carreaux \ et de la toile d'or à fleurs*. Nous ne savons si la toiiaiUe (le Plaisance dont parle l'un de nos anciens romanciers •, rentre dans quelqu'une de ces catégories, et bien moins encore si le drap d'or de Brelin, dont il est fait mention dans un inventaire de 1 469 '^, doit son nom au pays d'où on le

' Ohs. et funer. de feu U roj Loji xij^ daas la CoUect. des meiii. dhtert., tom. XIX, pag. 264.

• a Une robe de toille d'or frizé d'or et d'argent avec de la soye noire et envers damassé sur «oye rouge cramoisie. » Décharge des hahilUments que U roy de Navarre a porté du feu roy son père, au mois de mars 1581 ; exlr. de la liasse 35(5. (Arch. du départ, des Basses-Pyrénées.)

Dans les Mémoires de Marguerite de Valois , cett<* princesse nous montre la belle comtesse de Lalain a avec une robille à l'espagnole lic toille d'or noire... et un pourpoint de toile d'argent en broderie d'or, » etc. Voyez l'édit. donnée par M. F. Guessard pour la Société de l'Hist. de Fr., pag. 96, 97.

• ff Un manteau de toile d'or frizé d'or et d'argent, velouté de noir et l'envers damassé de cramoizin, avec les mancbes. — Un manteau de toile d'or noir frizé d'or et d'argent. » Estât des meubles.,, portés à Paris, etc. (1602), chapitre des robes du feu roy et autres accoustremens ; arch. du départ, des Basses-Pyrénées, extr. de la liasse 427, n« U, fol. 9 verso.

• a Un corps de toile d'or frizé d'or et d'argent sur la soye noiie. i Ibîd.

' Voyez Invent. des meubles du roy qui se trouvent au chasieau de Pau , janvier 1635, art. 7; arch. du départ, des B.-Pyrén., exlr. de la liasse 427, n" 9. Le n» 8 est relatif à « un grand ciel on dais de velours vert de broderie de toille d'or... avecq des armoiries au millieu , et , aux bords , des lettres de Damas porfilées d'or, s etc.

• Le Cérémonial français , lom. I", pag. 954. ' Ibid., pag. 275.

• Ibid., tom. II, pag. 851.

• L'Histoire... du petit Jehan de Saitttré^ cli. l; tom. II, pag. 330.

*• a Item ung aultre parement de drap d'or de Brelin , que donu \ feu mons' d« Berry, » etc. Invent, des reliques y vases sacrés et ornements de f église de Saint'Hilairele-Grand de Poitiers, arch. du départ, de la Vienne, Saint-Hilaire, église n«28

On lit auparavant : c Item deux cha|>es de drap d'or appellées les chapes de

tirait y pays qu'en tous les cas il resterait à déterminer, ou à tout autre circonstance , comme, par exemple, au nom particulier de Tomement qui en était fait*.

Quelque habiles que fussent les manufacturiers d'Italie , R«i>«

^ , , , àe Marguerite fl«

ceux de 1 Orient étaient toujours en réputation , comme par vdoi» en dr»p le passé, pour la fabrication des draps d'or, et les rédac- coMuntîBopu. teurs d'inventaires continuaient à spécifier la provenance de ces sortes d étoffes*. Brantôme, faisant le portrait de Mar-

Breltfi, lesquelles donna feu monseî^eur de Berrj', desquelles les orfraiz sont i parsomiages. — Item la chapelle de Brenin, de drap d*or, de mesmc les cliappes dennsd.,» etc.

* Voyez ci-dessus, tom. II , pag. 55, 56. Dans l'inventaire que nous venons de citer, il est fait mention de deux chapes , Tune de drap d'or rouge et appelée hel'OYsel, l'autre de velours cramoisi et appelée la chape de Jésiu,

* c Item deux chappes de drapt d'or de Turquie , gamyes d'orflroys à ymaiges de soyes... fort usées, » Inpent, des vases sacrés et ornem. de la catkédr, d'j4uxerre, enl53t; arch. da départ, de TYonne, fonds du chapitre. Voyez encore ci-dessus, tom. II, pag. 175, not. 3.

Dans le même inventaire, on lit encore cet article : a Item trois draps de veloux cramoîsy; en l*ung y a ung Cmcifiement d'or de Chippre avec des lettres p et r; ledenxieroe y a an Crucifiement marqué S. G. de Tangy; le m* y a une Annonciation d'or de Chippre, auquel y a des escussons de fordelis et au deux bot le roy et la reigne de drap d'or de Chippre, garnie le tabernacle d'or de Chippre, » etc. Le rédacteur de cet article a-t-il touIu parler d'un drap d'or fait dans l'ancien royaomt* des Lusignans, ou d'une étoffe ti&sue fiilleurs avec ce fil âe soie recouvert d'une lame métallique, qu'on appelait or de Chypre, et pour lequel cette ile était célèbre au xtv* siècle? U m'est impossible de le dire. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au commencement du xt*, cette marchandise se fabriquait à Gènes (No^ riee sur les comptes de F argenterie , pag. xxxii). Plus tard, l'industrie de l'or et de l'argent filés s'étendit i Florence , comme on le voit par une anecdote rapportée , sous l'année 1530, dans VHist. de Paolo Jovio, liy. XXVIII, tom. )I, pag. i5l , C, et à Milan, d'où elle passa en France avec un certain Turato de cette ville , qui monta è Paris, en Th^tel de la Maque, un établissement k filer l'or, façon de Milan. Voyez les^rcA. car, de mist. de Fr., !'• série, tom. XIV, pag. 223, art. 6.

En même temps que l'or et l'argent de Chypre , on employait pour les orfrois de l'or et de l'argent de masse , c'est-à-dire, à ce que j'imagine, de Damas, On lit dans l'inventaire cité plus haut : a Item deux chappes de damas pers... les ofProys d'or de masse,... — Item une tunicque , damaticque de yeloux pers figuré à feuil-

190 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

guérite de Valois , telle qu'elle lui apparut à Blois, à la procession, le jour de Pâques fleuries de Fan 1 571 , s'exprime en ces termes : a Son beau corps, avec sa riche et haute taille, estoit yestu d'une robbe de drap d'or frisé , le plus beau et le plus riche qui fust jamais veu en France , et c'estoit un présent qu'avoit faict le Grand Seigneur à M. de Grand-Champ, à son départ de Constantinojde, vers lequel il estoit ambassadeur... d'une pièce qui montoit à quinze aulnes , lequel Grand-Champ me dit qu'elle avoit cousté cent escus l'aulne , car c'estoit un chef-d'œuvre. Luy venu en France... la redonna à Madame , sœur du roy, Vjui en fit faire une robbe, qui, pour la première fois, s'en para ce jour-là... et la porta tout ce jour, bien qu'elle pesast extrêmement*. »

laige d*or de Chippre , et pour les imaiges fait à carreàulx , la damaticque gamye les poynctz d^argent de masse.,,, — Item trois cbappes de ▼eloux rouge cramo^^y, garnies d'orflroys de veloux pers, scemées de flordelis d'or de masse. . . . -—Item deux draps de soye blanche scemées de beufs et poires et autres fleurs dV de masse,... — Item ung autre drapt blanc de soye à bastons tortis scemés de rozettes par dedens, d'or tle masse.,,. ^-^ Item deux draps pers de soye... dont il sort des... tenans ung escriptean aborde masse.... — - Item un parement de soye perce... figuré d'oyseanU et de fleurons , où il y a plusieurs lyous meslés , le tout d*or de masse , » etc. D y avait même du drap d*or de masse : « Item une tunicque et une damatiopie de drap dor de mace et orffroys de tavelles d'or de Chippres, » etc. Citons encore l'article précédent , ne fût-ce que pour appuyer notre conjecture : c Item une chasuble de satin blanc feulleté d'or de Demase , l'orffroy large de la chasuble à grains ystoires de la Passion » la tunicque et damaticque de drapt semblable , et les orlTroys de tavelles de soyes, » etc. Dans tout le cours de ce long et curieux inventaire y il est à tout moment question à*orffroys ou à^ouffroys de taçelUsy galons dont nous ne pouvons pas plus rendre compte que de ceux qui , dans le même document, sont spécifiés comme étant d'or de bassin : « Item quatre chappes de taffetas ronge... garnies d'ouffroys d'or de bassin,... — Item trois cbappes de damas pers , Tune garnie d'orffroys d'or de Chippres , le champ de velous roge... et les offroys des deux autres, d'or de bassin k ymaiges, » etc.

• Discours sur la reine Marguerite, parmi les OEwres complètes de Brantâme , édit. de M. Monmerqué, tom. V, pag. 155; édit. du Panth. tiit., tom. Il,

Un pareil drap d*or peut passer pour une curiosité , et il Commefce ne serait point permis d'en conclure que les fabriques orien- rorient taies continuassent à faire concurrence aux manufactures " "*^* italiennes longtemps encore après l'établissement de celles-ci, si nous ne savions que des marchands allaient encore , dans le siècle précédent, chercher outre-mer des tissus précieux pour les vendre chez nous. C'était à ce commerce que l'un des plus illustres d'entre eux, Jacques Cœur, a\ait gagné sa fortune : « Sur la mer, dit un historien , il avoit à ses despends plusieurs grands vaisseaux, qui alloient en Barbarie et jusques en Babylone, quérir toutes marchandises, par la licence du souldaii et des Turcs inBdelIes; aussi, en leur payant treuage, il faisoit venir desdits pays des draps d'or et de soye, de toutes façons et de toutes couleurs*, » etc.

Nonobstant l'abondance de draps d'or et de soie pour la- Don

* de toile d*orfrUce

quelle la Turquie était déjà renommée du temps de Frois- àunambaMadeur

sari*, nos rois ne trouvaient rien de mieux que de lelles v^ Henri m.

étoffes à donner aux ambassadeurs de cette nation. Je n'en

veux citer pour preuve que le présent fait à l'un d'eux en

1591, par Henri III, de douze aunes de toile d'or frisée •,

sans doute pour s'habiller à la façon d'un ambassadeur grec, Robe

qui reçut la visite du prévôt des marchands et des échevins ^mbiuad'ear"'

de Paris, vêtu d'une robe de toile d'or figurée à la iurquesse *. ^^'

Il est vrai que le présent royal comprenait aussi trente aunes

de drap d'écarlate, étoffe fort prisée des Turcs, non-seule- GoûtdetTun»

pour récarlate.

' Chronique* de Matthieu de Coussy, ann. L45i, ch. cix. (Édit. du Panth. litt.,

* Voyez ci-deasiu, tom. !•% pag. 98.

' Arch. eur. de CHist. de Fr. , i'« lérie , tom. X , pag. i73.

* MM., tom. m, pag. 454,

192 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

ment au temps d*Âraurath V'^ mais bien plus tard , s'il faut entendre ainsi ces beaux draps de Paris dont le sieur de Germigny, ambassadeur de France dans le Levant , écrivait à son maître, vers 1580, d'envoyer quelques pièces au Grand Seigneur, qui s'en montrait fort désireux^ Ptintare Généralement employé pour les vêtements et les meubles

•ur drap d*or.

des classes élevées, le drap d'or l'était aussi quelquefois par les artistes du moyen âge, qui y peignaient je ne sais comment; au dire du rimeur flamand qui nous apprend ce détail dans un épisode intéressant à consulter*, non-seulement la toile qui y figure, mais la peinture elle-même était dorée', ce que je ne m'explique pas davantage. Énoraie Cet emploi du drap d'or, je n'ai pas besoin de le dire, était

•OBSonmiation de .

cette étofTe. exceptionnel, à ce point que la réalité me fournit à peine un exemple à citer 21 côté de celui que je viens d'emprunter à la fiction. Toujours est-il que l'on faisait une consommation énorme de cette étoffe dispendieuse , dont le débit toujours croissant portait de si rudes coups à la fortune de notre noblesse : Martin du Bellay nous le dit d'une façon pittoresque, lorsque, parlant de l'entrevue de François 1*' et de

• jérch. eur. de PHut. de Fr., I" série, tom. X , pag. t75.

* Li Roman* de Bauduin de Seùoure, ch« u, v. 316 ; tom. I'% pag. 43.

> Une malette priai où l'istoire ert boutée ,

Li dna qui fa escria de paintare dorée.

Ihid., cfa. n, T. 953; tom. !•% pag. 60.

Il est peut-être superflu de dire que de bonne heure on peignit et on dessina sur soie ; mais il ne saurait Tétre de citer ici la notice que M. de Montaiglon a publiée dans la Bihl. de l'École des chartes, 3« série, tom. III , pag. 552-558, sur un parement d'autel en soie décoré de dessins k la plume et au pinceau, et de ren- Toyer aux statuts des peintres, tailleurs d'images , Terriers de la cité de Lyon, confirmés en 1466, art. 27. {Ordortn, des rois de Fr. de la troisième race^ tom. XX , pag. 566.)

Henry VIII entre Guines et Ârdres, au mois de juin 1520, assemblée connue sous le nom de Camp du drap (for *, il remarque que « plusieurs y portèrent leurs moulins , leurs forests et leurs prez sur leurs espaules *• » Nul doute, cepen- Dnjp,toiied'or dant, qu'au milieu de toutes ces riches étoffes si affection* nées de nos aïeux, il n'y eût du drap et de la toile d'or faux : nous en trouvons de mentionnés dans un inventaire du mobilier de la cathédrale de Péterborough en 1 539 , où quatorze aubes vertes sont décrites comme étant with coun^ terfeit cloth ofgold^^ et nous en voyons , à la même date , dans les comptes de dépenses de François P', où il est fait mention de toiles d'or et d'argent faux , employées avec d'autres étoffes, pour deux accoutrements de masques \ On comptait autant de sortes de draps et de toiles d'ararent Dnp$

* '^ ^ et toiles d'argent.

que d or. En effet, que l'on prenne la peine de parcourir le Cérémonial françoisy on y verra mentionnés de la toile d'argent damassée à feuillages rouges', damassée de violet', du

' Voyex une relation de cette asiemblëe dans U Cérémonial français, édit. infol.ytom. II, pag. 736-748.

* Mémoire* de Martin du Bellay ^ dans la collection de Foucault, tom. XVII, P«g. 285.

On se fera aisément une idée dn Inxe de Pépocpie en se rappelant qu'an contemporain dit du mariage de M. d'Angouléme avec madame Qaude, fille de Louis XII, qu'il 7 ayaic dix mille hommes habillés aussi richement que le roi ou que le nouTel époux, malgré que tout le monde fût en deuil de la reine. Voyez les Mémoires du maréchal de Fleurange, oh. xlu, ann. 4514; édit. du Panth. litt,, pag. 255, cbl.i.

* Tke History of thé Caihêdral of Peterburgh... by Symon Gunton, etc. London, HDoucxTi, in-folio, pag. 50.

* Jrck. eur. de tHist. de Fr.^ 1" série» tom. III, pag. 96.

* Tom. !•% pag. 389. Voyez aussi les Arch. cur. de tHitt. de Fr,, \^ série, lom. XIII, pag. 406, 4il.

* Le Cerem,fr., tom. 1**, pag. 39i. — Arch. car., etc., tom. XIII, pag. 414.

19i SUR LE GOMIiERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

drap d'argent frisé*, frise à lamages routes*, frisé d'or', de la toile d'argent à feuillages d'or^ à eodes^ comme ailleurs de la toile d'argent frisé d'or et d'^argeat^; mai^ il ep était feit moins souvent usage, cpmrae il en- est fait moins souvent mention que des toiles d'er : ce qui Jtient sans doute à rinconvénient qu'a l'argent de noircir, et à Tinfériorité de ce métal, principalement affecté aiir écuyera pendant le ipoyen ige'', comme encore aujourd'hui dans les universités anglaises, où les noblemen ont des robes. passementées d'or, tandis que les esquires admis -au rang d* fellow^commoners \fi% portent passementées d'argent.

cottume Cuvelier, parlant d'un secours tardif amené au captai de

d^iin éi:ayer an- *

guisà la bauiiie Buch après la perte de la bataille Àe Cocherel , ajoute que

deCocherel. ,, , •

1 écuy^r qm amena ce secours.

Quant du ditsttl pard , tout d'argent se sema , De grans perliss d'argent son tunicle aoma.

Chronique de Bertrand du Gtutelù^^ tom. I**, pag. 4 80» Tar. I .

* Le Certm. /r., tom. I**, pag. 526. — Inv. des meuH. du roi qui tetroupent «ut ehdt. dePau,\uky. 1635,art.9; arch. des B.-Pyrén., extr.de la liasse 427, n» 9, fol. 4 recto.

* Le Cérémonial fran^ois^ tom. I**, pag. 450. » Ibid., ^om. Il, pag. 227.

* Ihid,^ tom. I», pag. 446.

> Ibid., pag. 269.

* Etiat des meubles [du ç/uuteau de Pau)^ en 1602, oité plus haut, fol. 9 verso. — Invent, des meubles du roy qujr sont dans le chasteau de Pau^ etc., 1634, chapp'*. des daiz, art. 3 ; arch. des Basses-Pyréa., extr. de la liasse 427, n*" 9, fol. 6 recto.

' Voyez Mémoires sur V ancienne chevqUnP , édit. de k.dog.ux., tom. II, pag. 239, 234, not. 4 sur la m* part., et not. 7 sur la iv«.

Venait-il à décéder, l'écnyer était admis aux honneurs du drap d'or, que l'on aurait pu croire réserrés aux cheyaliers et jaux personnages de classe supérieurp. On le Yoit par cet article d*un compte de 1362 : t Solvit... sacriste Nem^usi pro panno aureo... posîto si^ra tahi|tem Rostagni de Blandiaco, olim scutifferi, dom corpus sunm fait pnssenutam ecdeai» sepulturandum. » Histoire. . . de Nismes^ par Menard, tom. II, preuves, pag. 255, col. 1. Voyez encore auparavant, pag. 244, col. 2, et le Glpssaire de du Gange, au mot Letricum, tom. lY* pag. 73, col. 1 .

Dans la suite de son podnie, Cuvelier raconte une anec- costame

de celui p«r qvi

dote qui mérite bien d'être citée, et que nous aurions déjà fut taé chaude. pu rapporter à propos de ce que nous avona dit sur Pusage de placer des clochettes sur les yétements :

Celui qui ot Chando navré dessus le pis,

Fa pris du bon Englois qui âvoit non Senris.

Quant son prison ot pris c'on nommoit Aymeris ,

Son jaque, qui estoit de clochettes garnis,

Fist tantost despoillier, et ptris fu révestis

A l'envers, à la fin qu^ ne fiist pas choisis;

Car du frère Chando éust esté occis.

A Chando demandoit son-frere dont je dn :

« Frère, qui vous a mort? nommez-moi ses habis. »

— « S'a fait, ce dit Chando, .i. escuier de pris,

A clochettes d'argent dessus son jaque assis. »

Adonc fu l'escuier entre les autres quis;

Mais par son maistre fîi de la mort garantis ^, etc.

Ibidem, tom. II, pag. S06, t. 49857. C^. Ckr. de du Guetelin, Paris, 4880, m-48, pag. 374, 872.

' Dans le même ouvrage, pag. 207, ▼. 19404, on Toit figurer un héraut d'armes oouTert d'une tunique d'or fin brodée de soie; mais, suiyant toute apparence, le héraut d'un baron n'était ainsi yètu que pour faire honneur à son maître. Ce qn'ily a de certain, c'est qu'à chaque instant on trouve des mentions de hérauts vAtns de drap d'or ou recevant des présents d'étoffes précieuses , sans doute pour s'en habOler, comme d'une sorte de livrée qui devait, j'imagine, témoigner non du droit des gens de cette classe à porter des étoffes de prix , mais de la richesse et de la générosité des personnes dont ils recevaient de semblables présents , observation qui s'applique également aux jongleurs et aux mâiestreb, fréquemment traités de même. (Voyez ci-dessus, tom. II, pag. 160.) Nous ne rechercherons pas ici comment, chez les hérauts, ce riche vêtement se conciliait avec le tabard officiel blasonné aux armes de leur maitre; nous nous bornerons à citer des exemples à l'appui de ce que nous Tenons d'avancer. En 1495 , nous rencontrons à un assaut l'un de ces officiers vêtu d'une rohe de drap d'or garnie de fourrures, qu'il devait à la libéralité d'un seigneur italien (Le f^ergier d'honneur, etc., dans les ^reh. eur, de tBist, de Fr., 1" série, tom. I", pag. 338), et dans la relation d'un tournoi qui eut lieu à Paris en 1514, on voit

196 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE Fréquentes PouF Dcu ouc Y OU paTcouré Ics comptes des ducs de

menticiDs dedraps dWgent daoft les ('(iniptes de

Bourgogne, d'argeot. On en voit donner en Ml 6 aux ambassadeurs

awgentdans Bourg(^e , on trouvera de fréquentes mentions de draps

deux hérauts c Tettiu de drap d*<yr, à cheval, » marcher après ua page, c couvert lay et le cheval de drap d*or et de noir, ib (Le vrai Théâtre tt honneur et Je chevalerie^ par Marc de Wlson, s' de la Colombiere , i** part., pag. 180.) Dans le Trtûté de la forme et delà manière des tournois à plaisance , par le roi René , il est dit que a fera hailler le duc de Bourbon au roy d'armes deux aulnes de drap d*or ou de velours velouté, ou satin figuré cramoisis, du moins. » (Ibid,, l'* part., ch. V, pag. 53») Enfin , plus tard, nous voyons Louis Xï faire donner en public à un héraut anglais , outre trois cents écus comptés de la main à la main , une belle pièce de velours cramoisi contenant trente aunes. {Cronique du roy Loys unziesme, par Philippe de Commines, ch. i.xx*)

Avec tout cela , cependant , on appelait hiraudie , heraudie , une mauvaise souqnenille, un habit usé :

Si li ooniint sa leabe Tendre Et cangier, coi que nos en die, A ane poTre hiraudie.

Du Chevalier au iarizel, r. 658. (Fabliaux et Contes, éd. de Méon, tom. I«, pag. 226.)

Cf. Gloss, med. et inf. Latin,, v'** Miraudus et Herreruelus y tom. III, pag. 665, col. 3, et 671, col. 1.

Le nom le plus habituel de la cotte d'armes , qui constituait Tattribut du roi d'armes ou du héraut, vêtement toujours en rapport avec le rang du maître de cet ofiBcier, était tunique^ tunicle^ ienicle, tournicle^ tunelle, thumulle, etc. (bas latin tunica^ tomiclum, tumiclia; ap. du Cange, Gloss., tom. VU, pag. 615, col. 1 ; pag. 697, col. 1 et 2 ; pag. 703, col. 4 . Cf. tom. VII, pag. 1 seqq. ; et Chron. de du Guesclin, Paris, 1830, in-18, pag. 134, not. 2), ou plutôt tabard, tahar (bas lat. tabardumy tabbardus, etc. ; ap. du Cange , tom. VI, pag. 476, 477), mot qui, pris au figuré, signifiait aussi secours :

Perdu aTeiz yostre tabar, Cest-à-dire rostre secours.

Cest la complainte a» roi de Navarre, v. 88. ( Œuvres complètes de Rutebeu/, tom. I", pag. 42.)

Si, fidèle à ses habitudes, le rimeur u*a pas cherché à jouer sur le nom latin de son héros, dont le substantif tabaldus se rapproche tant , il a* bien pu vouloir dire que la mort de Thibaut V laissait sans défense les populations placées sons son sceptre ; cependant il ne serait pas impossible qu'il n'eût fait allusion à Tusage où étaient les hérauts d'armer», qui avaient perdu leur maître, de se dépouiller de leur

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i97

d'Angleterre^, à Philippe Jossequin, garde des joyaux de Jean sans Peur% et à Jehan Dormoy, son écuyer d'écurie*. Plus tard, en 1432, Philippe le Bon donnait une pièce de drap d'argent à Antoine de Lannoy, écuyer \ et un drap d'argent à Henri de Courtavant, écuyer du roi d^ Espagne, « quant derrain il vint devers luy en sa ville de Bl'uges de par ledit roy', » un autre, « aux nopces de Baudin de Noyelle, son escuier d'escuierié, du pris de vi" vi liv, "; » enfin un autre encore « à Rubenges, escuier portingalois... pour une robe '. n Dans V Histoire du petit Jehan de Saintrë. ix»» ^

* * d'an drap d*ar^

la reine lui envoie une pièce d'un très*fin drap d'argent*. gentauiMïtiueMi Enfin, à la cérémonie de rinstallation de Tordre du Saint- costume

. ^w« d^ chevaliers du

Esprit^ en 1577^ il y avait vingt-six chevaliers et cinq oifi- saint-Esprit. ciers, tous vêtus de drap d'argent, qui s'assirent sur des ^J^"^"^^^^^ chaises de brocart d'or'; et la même année, les princesses et d'argentenit??.

cotte d'armes, de leur tabard, pour retendre sur son cercueil (voyez Arch, cur. Je rSut, de Fr:, 1» série, tom. III, pag. 34b, et tom. VIII, pag. 258 ; et Le Mtrc.fr., ann. 1610, tom. I*', fol. 47^ recto), indiquant par là que leurs fonctions devaient disparaître avec celui dont ils les tenaient. C'est ainsi, je crois, qu'il faut interpréter l'action du héraut de Talbot, qui, ayant reconnu son maître tué la veille, « des* ▼etit sa cotte d'armes et la mit sur sondit mautre 9 [HUt, de Charles VI, par Matthieu de Coussy, éd. de D. Godefroy, pag. 646), et non y voir une marque de respect potur on mort, semblable à celle qui a été signalée plus haut, tom. I***, P««. i27.

* Let Ducs de Bourgogne^ 2« part., tom. I", pag. 153, n« 490.

* /^m/., pag. 154, n» 405.

* Ibid.f pag. 143, n* 443. L'étoffe donnée à ce dernier est indiquée comme seulement figurée d'argent.

^ Les Ducs de Bourgogne, 2* part*, tom. I*% pag. 284, n* 1002. » Ibid.y pag. 290, n« 1028.

* /^ù/.,pag.286,nM007.

' Ibid,^ pag. 289, no 1019.

' C3i. xxTm; tom. II, pag. 210. Jean n'était encore qu'écuyer. Voy. aussi pi«.290.

* ^ojûf^e de Jérôme Lifpomano, etc. (Belations des ambassadeurs vénitiensy tom. II,

198 SUR LE COMMERCE, LA FABlICATiOlff ET L'USAGE

dames de la cour qui accompagnèrent Elenrî III ao mariage de

la fille de Glande Maiacel et du seigneur de Yiocmll, à l'hôtel

de Guise , s'y montrèrent^ vêtues pour la plupart de drap et

penoanages de toile d'argent \ ni plus ni moins que si elles ewsent écë

ta XVI* siècle.

mes de drap ' vîerges, comme les six jolies personnes costmiiées de drap •rgent. d^grgent et vert, qui conduisaieDt le Chevalier Verd au tour* noi*. Ce drap, comme on le voit dansles deux articles que noos Prix citions tout à l'heure, ooùtait, au moins en Flandre, aii com-

da drap d*argeiit ,^t / 11 i • ^

en Flandre au mencemcnt du XV* siècle, cinquante écus d or la pièce : oe qui n'apprend pas grand'choset alors que nous convertinoM cette somme en monnaie actuelle; car.nous ignorons Féten* due des pièces et bien d'autres détails qu'il nous serait utile de connaître pour nous cendre un compte satisfaisant de la Pris mardiandise. On sera certainement plus pràs d'y arriver,

?at et^d'w^r pour l'époque suivante et pour les toiles d'or et d'argenty en recourant aux ordonnances rendues en 1 578, par Henri III, sur le fait de la police générale de son royaume. On y voit la toile d'or et d'argent à un fil taxée à trois écus et un tiers l'aune, les deux fils à trois écus deux tiers, les damassées de toutes couleurs figurées à cinq écus, comme les toiles d'or et d'argent de Florence pleines et damassées à deux fils; on y trouve enfin les toiles fiîsées d'ordinaires cotées deux fois plus cher, et les frisées riches à poil au taux de vingt écus l'aune '.

pag. 404. ) Voyex etacore id Liprée et Véiteinênê ^eê ehevaUen da Samet*Éêprit , dans les Arch, eur. de tHist, de Fr., !■* gérie, tom. IX, pag. 298.

' Journal des choses memoraUes advenues durant h règne de Henry ///, etc. A Cologne, chez les hériders de Pierre Marteau, snxxntx , in-S*, tom. I*, 1** part. , pag. 2i. Yoyes encore pag. 28.

* Clariodus , etc. Edinbnrgh, m.dooc.xxx., in-4*, boik II, t. 1715, pag. 105.

* jtftk. cur. de PHUt. dé fr., f §éiAt, tom. IX, pag. 214 , 212.

MIS ÉTOFFES DE SOIE, D'Oïl ET B'ARGYm.

Un détail que je ne dois point oublier, parce que les rédacteurs de comptes et d'înTeotaîres ont en général soin de Findiquer, c'est que, comme les draps d'or, ces draps d'argent étaient s w I» fond de couleur, et qu'il y en avait, à ce qu'il semble, de toutes les miances. Aipsi nous trouvons trdîs robes d'argent vermril dans im compte de 1432-33 S comme un drap d'or de vermeil dans un inventaire des reliques et ornements de la cathédrale de Beauvais dressé en H72', comme up drap d'or cramoisi, un drap d'or bleu dans les Honneurs de la cour de la vicomtesse tle Fumes '• Il est ài p^^ près sûr que le fond de ces étoffes était invariablement de soie ; cependant nous trouvons dans un inventaire des vases ^crés et ornements de la cathédrale d'Auxerre , que nous avons déjà bien des fois cité, troia chapes a de drap d'or en laine de satin pers , figurés d'oyseaux , de serfs et de chiens, p

Après les draps d'or et d'argent, viennent les velours, quç l'on rangeait parfois dans la même catégorie \ et qui, comme

Fond

de couleur de

ces étoffes.

Drap d*or en laine.

Velours.

• Les Dues de Bourgogne, 2* part., tom. !•% pag. ?98, n® 1058.

» JSuUÊim motmm€iU*l^ etc.» ▼ol« X^ a" ^, 1B44» p«£;. 34^. Ce drap d or eftt in- ^ÊKfaà ctaame aemé dff rois tenant clui^n ua bâton , et «a bout une ^uie embrothée; maîâ mom tgnoreo» «ifoe bi^opre objiet était tisaé on brodé.

» Mémoiru sur rancUium ckôPuUrie^ ete. , i^* édk., tom. II, pag. 221 , 229, 231 .

Dans le tnisksme $oUam de PMi»toir§ ecciesiatiique des églises re/orm^'es au reyaamerde Fsmnee, pag. 320, ann. itt62, Théodore de Bèze fait mention d'un ootain Chastaameof, anmoauié Nez de veiours. Si un pareil sobrî^aet venait du ion prit pour dérober la vue d'une inimnité, on autre qu'un gentilhomme auraît-tlp«> oem ans auparavant, employer du yelours ? Ce que je sait, c'est que la même année Ait tué à Paria un archer qui portait un nez d'argent. Voyes^ les Areh, eur.dêfHin, de M» tom. IV, pag. 61^, et tom. VI, pag. 38.

* Un éonvain raeontai|t les obsèques de Charles VII, nous dit que sur le oorp^ il j avait c un grand drap d'or de qnekpie deux pieds de hauteur, de velours bleu semé de grandes fleurs de lys d'or de Chypre par-dessus i> ( Chroniques de Mai-

Rang éleré de cette étofTe, affectée aux nobles et aox cbcvalien.

100 SUR LE œMMERGE, LÀ FABRICATION ET L'USAGE

ces riches étofTes, désignés d*uiie manière ou d*une autre pendant les premiers temps du moyen àge*^ avaient fini par recevoir, au commencement du xiv* siècle^ le nom qu'ils ne devaient plus quitter. Ainsi placés sur le même rang que les draps d'or et d'argent, les velours étaient de même exclusivement à l'usage des classes élevées : ce Ou avoit, dit Sainte Palaye, interdit la soie aux bourgeois et aux |;ens du com-

thieu de Coussy^ ch. cxxv; édit. du Panth, litt.y pag. 232, col. 2, ann. iiOf ), tandis qu'un autre , après ayoir dit que le corps du roi était porté en une litière par les henouars^ ou porteurs du grenier à sel de Paris, ajoute que cette litière t estoit couverte et assemblée d'un moult riche drap d*or qui bien pouvoit Taloir mille ou douze cents escns d*or. » Voyez le Livre des faits advenus au temps du ni Louis X/f par Jean de Troyes, ann. 1461 . (Ibid., pag. 241, col. 1.)

Voyez encore ce que nous avons dit ci*dessus, tom. II, pag. 170, relativement an drôp d*or sur velours , et le testament d'Anne d'Armagnac de l'an 1472 , cité par D. Carpentier [Gloss, med, et inf. Latin. ^ tom. I, pag. 557, col. 1, V* Balosius), qui renvoie au mot Vahs (tom. VI, pag. 731, col. 2j, dont l'explication n*est pas plus satisCeûsante ; et cependant rien qu'à lire les passages où l'on rencontre ce terme et son équivalent latin , il paraît plus que probable qu'il s'agit de velours , aussi nommé velludellum , velludlum, velluetum. Cf. Gloss. , tom. VI , pag. 756, col. 3, et pag. S33, col. 3, v« ViUosa.

• Voyez ci-dessuSy tom. I*', pag. 164-171.

* On pourrait reculer cette époque de quelques années en considération de cet article d'un inventaire de 1206 : « Item capa... de indico velvetto, » etc. Voyez The Hist, of St. Pattts Cath., pag. 318, col. 2.

Dans un autre inventaire de la même époque cité dans le Glossaire de du Cange, an mot Carpita, tom. II, pag. 105, col. 2, c'est un tapis de drap de soie velu, imam carpitam de pahno serico veliuto. Au dire de Denis Sauvage , l'expression piUoso e sericOf qu'il rencontre dans le XXXIV* livre de l'Histoire de Paolo Jovio, signifierait de velours. Voyez les Annotations en tête du tom. II, pag. 203, lig. 15, de la traduction française. Au baut de la page, il est question d'une quadidrème de la flotte d'André Doria , destinée à Cbarles-Quint pour son expédition de Tunis, galère qui était couverte d'un voile « entretissu de drap d'or et de veloux cramoisi, estans les rameurs fort bien accoustrez de hoquetons de soye, » etc. Cest ce même Doria , qui , en 1 533 , avait reçu l'empereur en son logis des jardins du faubourg de Gênes , « lesquels il a voit si bien parez en tout appareil royal... car c'estoyent tontes tapisseries de soye, et licts entretissus de drap d'or et.de veloux cramoisi, avec médailles, et tableaux d'ouvrage exquis, s Voyei liv. XXXI, tôpaai. II, pag. 232, 1.

mun : encore étoit-elle dispensée , entre les chevaliers et les écuyers , avec un sage ménagement. L'attention à ne rien confondre alloit si loin^ que, dans les cérémonies, lorsqu'on voit les chevaliers vêtus de drap de Damas, les écuyers ne le sont que de satin y ou si les derniers ont des habits de da* mas, les premiers sont habillés de velours ^ » A ce témoi- sunpiicité

de costume de

gnage j'ajouterai celui de Jean du Port, biographe du comte '«an d^oriéan».

* Mémoires sur t ancienne chevalerie^ etc., part, nr, tom. I*', pag. 291. Voyex aussi la not. 13, pag. 342, 343.

Les obsenrations de Sainte-Palaye sont confirmées par un passade d'Olivier de la Harche, qui se rapporte à Tan 1454. Voyez liv. I**, ch. xxix. (Édit. du Panth. iitt.^ pag. 490, col. 2.) On peut également les appliquer aux femmes, comme le pronyent des yers de Martin Franc :

Ces chapperons d'bonnette coatenanee Des dames sont de Telours oa satin , Et les bonrgeoises les ont par difierence De beau drap noir ou rouge à leur plaisance.

Le Parement et triumphe des darnes^ etc. , ch. zxiii; édit. de Paris, pour Jehan Petit et Michel le Noir, s. d., petit in-4», fol. signé J, recto et Tcno.

A la fin du moyen âge, les bourgeoises ont encore des chaperons de drap; mais elles les doublent de yelours, ou elles portent des robes garnies de bandes de cette étoffe :

Lear soing est de chercher un yeloars par figure Ou nu Telours rasé , qui serre de doublure Aux chaperons de drap que tonsjours elles ont.

Discours nouveau sur la mode. A Paris, dies Pierre Ramier, M.DC. xra., iii^«, pag. n . Cf. First Part o/King Benrjr IF, act m, se. X.

Bientôt la femme de condition moyenne

Voudra des cotillons d*un tafetas changeant.

De veloors, de damas, ou satin esclatant. . .

Brassières de satin quand madame est en couche ,

Sans oublier encor les coëffes de Telours ,

La robe de damas, aTCC tous ces attours. . . .

Il faut en outre aToir de superbes patins

D'un Telours cramoisi , ou de mignards multlns , etc.

5c(xi« menifpée contre les femmes , etc., par Thomas Sonaet. A Lyon, pour Vincent de Gnorsilly, 4623, in-6«, pag. S8. II. 20

SOS SUR LE œMBIERCE, LA FABEICATION ET L'USAGE

Jean d'Orléans, mort en 1467 : u II ne portoit, dit*U , Umm les jours, en hyver^ qu'une robe de long drap gris de Rouen, ou de bure, comme portoient lors les prebstres; et Testé le portoit de camelot, avec un pourpoint de treillii:', ou de satin les fesles, sinon qu'aux plus grandes de Tannée il portast robes de velours; enoores n'avoit-il oncques porté accoustrement de velours, jusques à ce qu'il fust faîct cheva» lier... et ne vouloit permettre que les gentilz-hommes ny autres de sa suite en portassent , s'ils n'estoient chevaliers", » etc.

Magnificence 11 j aVaît des velours d'une grande magnificence, et les an-

de certains tclonrs mentionnés dans les andan» ' '

comptes.

' Après ayoir montré le cardinal de Lonûne à U journée de Renty, avec une jupe rouge de velours, c'est-à-dire en contraTention aux prescriptions ecclésiastiques (yoir ci-dessus y tom. II, pag. 47, not. 1), ranteor deVffist, part, de la court de Henry II décrit le costume de C3iarles-Quint en i5S6, et nous apprend qu'il portait un pourpoint de treillis d'Allemagne noir. Voyez les Arch, cur. de l*H'ut. de Fr., l«sér., tom. III,pag. 294,302; etVHût, de P. Jotfio,\iY, XL, tom. II, pag. 501, C.

* La Vie de -Jean tTOrléans^ etc. , ch. v. (BuU. de la Soc, archéol. et histor, de la Charente^ tom. III. Angouléme, 1852, in-8*, pag. 78 et 79.)

Bien différent de son grand-père , François I** arait tous ses maîtres d*hÂtcl Têtus de yelours, et les cent Suisses de sa garde habillés de pourpoints de la même étoffe, pendant que Charles-Quint pouvait envoyer à Passant d'une ville sept ou huit cents hommes, a tous ayans casaques de velours. » [La Prinse et délivrance du roy [1524-1530] dans les Arch, cur. de VHUt, de Fr., !'• série, tom. II, pag. 327 ; Mémoires de messire Hfartin du Bellay , édit. du Panth. liti,, pag. 505, col. 2, et pag. 776, col. 1. Cf. Hist. de P, Jovio, liv. I", tom. I«% pag. 30, A ; liv. II, pag. 45, B, C; et liv. XV, pag. 333, A.) En 1560, le duc de l'Infanude, commis par PhUippe II pour aller recevoir sa nouvelle épouse, Elisabeth , fUle de Henri II et de Catherine de Médicis, se présentait suivi de quarante pages habillés de sayes de toile d'or à bandes de velours cramoisi nervé de satin blanc , le pourpoint de satin jaune et les chausses de velours cramoisi à bandes de toile d'or, le bonnet de veloiu^ cramoisi orné de plumes, et avec vingt-cinq laquais à collet de toile d'or bandé de velours cramoisi, chausses, bonnet et cape de la même étoffe bandée de toile d'or. [Arch, cur. de rH'ut, de Fr.^ !'• série, tom. IV, pag. 43.) Enfin, en 1575, toutes les personnes de la maison de l'ambassadeur Jean François Bf orosini portaient des livrées da velours d'un grand prix. (Melat. de» amh. vénit., tom. II, pag. 258.)

ciens comptes en maitioanent souvent de brochés d'or. Je lis dans Pinventaire des joyaux de Pierre de Gaveston, dressé en 1313 , l'indication « d'un drap de velvet vermaU besaunté d'or ' ; D dans un inventaire des meubles du duc de Normandie, de Tan 1363, cité par M. Douét-d'Arcq , <c deux veioors veluiaux verds, ouvrez à arbres d'or*; » el dans l'un des comptes de la cour de Bourgogne, en 1 41 2, deux payements, l'un de 820 fr. , à Bauduche Trente, marchand demeurant à Paris, « pour la vendue et délivrance de v pièces de veluiau noir figuré, broché d'or*; d l'autre de 726 fr. au même et à Bethin Dathis, qualifiés marchons de Lucques^ demourans à Paris ^ « pour deux piecheset demie de veluiau noir, figuré degrans fueillaiges, dont lesdits fueillaîges sont my^partis de veluyau cramoisy et de vert, et de petites fleurettes blanches parmi brochées d'or.. , au pris de vi" escus la pieche \ » Le premier de ces deux velours avait été acheté pour faire trois houpelandes à mi^ambes pour le duc de Bourgogne et deux autres seigneurs des mieux qualifiés , et le second avait été employé à servir d'étoffe pour une robe de Jesm le Bon.

Ailleurs, nous trouvons ce ung drap de vdueau sur velueau noir, brochié d'or... au pris de ex escuz d'or la pièce, » acheté en 1416, de Barthélemi Bettin, marchand de Luc* ques, demeurant à Bruges'; « une longue (liouppelande) de velueau Ueu figuré et brochié d'or, une à mi-jambe de ve*

* Wadtra^ eonpentionos, etc., éd. m*, tom. II, para i et n, pag. 31 , col. 2.

* Notice sur les Comptes de Cargenterie^ pag. xxix.

* Lês Dues de Bourgogne^ 8* pu^., tom. I*', pag. 66, n^* 215.

* Ibidem.

* Aid,^ pag. 133, n" 408. Plus loin, pag. 298, n* i6H2 , on troaye mention de trois robtt de Velonrt sur velours noir broché d'or, pour Philippe le Bon.

204 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET UUSAGE

lueau vermeil cramoisy figure et brochié à grans feidles d*or, une autre à mi-jambe de velueau violet cramoisy, figuré et brochié d'or à grans feulles d'or et à pommes ' ; » enfin une seconde houpelande « de velueau vermeil cra* moisy, figuré à hault et bas poil , et brochié d'or à grans feulles et à pommes *. n Abondance Nous u'eu finirious pas si nous continuions à donner le d'écofTe dam la détail de tous les vêtements de cette même étoffe que ren* ^du<^'drBoiir-^ fermait la garde-robe ducale * : c'est sans doute à Taugmen- '°*°* 1er qu'était destinée la pièce et demie de velours cramoisi brochée d'or fin, mentionnée dans un compte de 1416 , et dont on dit que « y avoit florettes d'argent parmi. » Nous ignorons ce qui en rendait le prix supérieur à celui du velours noir, pourtant bien riche, vendu quatre ans auparavant par Bethin Dathis et Bauduche Trente ; mais nous devons constater que le velours cramoisi , acheté en 1 41 6 de Marc Guidecon, marchand de Lucques demeurant à Bruges, coûtait vingt-cinq écus de plus.

A la même époque , je veux dire dans la première moitié du XV* siècle, il n'était pas rare de voir, chez nous, du velours bleu semé de fleurs de lis d'or; Charles Vil, par exemple, se montre plus d'une fois sur un cheval couvert de pareille étoffe, notamment dans deux circonstances rapportées par Enguerrand de Monstrelet^, qui a soin de spécifier quand

Velours

bleu atmi de

fleurs de lU d'or.

' Les Ducs de Bourgogne, 2* part., tora. I***, pag. 136t v. 41 i.

• IhU., pag. i36, n» 413.

> Voyez pag. 138, 139, n«* k±h, 426, 437, 438; pag. 143, 144, n*' 449, 450, 451, 453.

* CAroff. d^Eng. de Monstr., anii. 1437 et 1449; éd. de m.Dcin., tom. II, fol 147 vettOj et tom. ITI, fol. 33 recto. Voyex encore le Cérémonial françois,

de Yeloon.

cet ornement était tissu ou brodé j distinction que Ton est étonné de rencontrer ailleurs que dans un inventaire \ Moins précis que cet écrivain y un clerc de la Chambre des comptes , ayant à parler de cotte et de chausses de soie vio- Étoffe lette décorées de même , nous dit qu'elles étaient brodées àé^âtt^. ou tissues partout de fleurs de lis d'or*.

En continuant à parcourir le catalogue des velours, nous variété* en trouvons de figurés , avec ou sans mention d'or ou d'argent*, de veloutés*, ce qui équivaut peut-être à velours sur

tom. I«% pag. 660, 667 ; ce VHist, de Charles r/i, par Jean Chartier, édit. de D. Godefroy, pag. 181.

' f Item deux draps de soye vyolette de satin moictié fillet et soye , fort usée , scemée de fordelis d*or fait au mestîer.... — Item une chasuble de taffetas ormoysée bleu, tunicqne et damaticque soemées de for de lis d*or dictes au mestier, » etc. £str. ut un inveni. des vases sacrés et ornements de la cathédrale é^Auxerre en 1531 ; arch. du départ, de P Yonne, fonds du chapitre.

' Reg. Cam. comput. Paris., sîgn. Pater^ fol. 163 y*. [Gloss. med et in/. Latin., tom. VI, pag. 174, col. 1 , T*" Secca, n« i .)

*Bist, de Charles Vil, par Jean Chartier , éd. de D. Godefroy, pag. 178, ann. 1469, et pag. 317, ann. 1461. Parmi des flacons conyerts, comme des livres, de drap d*or et de yelours, qui se trouvaient dans le mobilier du cardinal d*Amboisel*', on en trouve un couvert de velours cramoisi figuré d'or. Voyez Comptes de défenses de la construction du château de Gaillon , pag. 496. Cf. pag. 497 et 539.

Dans V Histoire du petit Jehan de Saintré, ch. xxx, tom. II , pag. 223, 224, il est question d'un tabart de velours figuré noir, et, quelques lignes plus haut, d'une t très-belle et riche robbe de velours bleu figuré , et très-richement brochée d'or, » l'un et l'autre donnés à un roi d'armes.

Voyez une mention de velours vert figuré, dans la Confession catholique de Sancy^ liv. II, ch. i", et du velours figuré en 1614, dans le Cérémonial francois^ tom. II, pag. 339.

^ « ... très-riche drap de veloux velouté cramoisy, broché à grans ouvraiges de fin or, 9 etc. Bist. de Jefuxn de Saintré, ch. XLin, tom. II, pag. 289. — « ... luy et son destrier housse d'un très-riche veloux cramoîsy velousté et broché d'or, » etc. Ibid,, ch. L, tom. II, pag. 329. — «... une pièce de veloux velouté cramoysy en pourpre et très-richement broché d'or sur or... une aultre pièce d'ung beau ve. ionx velouté d'azur, broché d'or, » etc. Uid., ch. liv, tom. II, pag. 366. Voyez encore pag. 367.

106 SUR LE GOfifMERCE, LA FABRIGATIOlf ET L'USAGE

velours \ du velours noir à ramages', de vermMls, de verts', de jaunes, de violets, d'azurés, d'iodes ou bleu sombre % de cramoisis, de pleins cramoisis, de cramoisis empourprés ', des velours graine, en cramoisi trèsHriche ', des velours cramoisis haute couleur % du velours incarnadin d'Espagne', des velours coquets', des v^ours à ondes

* c Pour I. aulnes et demye de Teloux sur yeloux noir... à yij escus l'aune , » etc. Comptes de T. Ju Ckastel (iMi)^ dans la CoUeet, des meiU. distert.^ tom. XIX, pag. 243. Yoy. aussi iei Dues de Bourg.^ V part., tom. I*', pag. 202, n"* 690; pag. 283, n» 1002; pag. 289, n» 4020 ; pag. 298, n« 1052; pag. 459, n« 1758.

* Le Cérémonial francois^ tom. I*', pag. 946.

* Voyez, pour une chambre appelée de Tdours -vert , à cause de ses tentures , les Comptes des dépenses de la construction du château de GaUion^ pag. 534, 535. Cf. pag. 543, 544.

^ Compte de Geoffirm de Fleuri (1316), dana les Comptm de targenturie^ pag. 13» 14, 48, 56, 58, 64, 65, etc. — Chapeliês du roj Charles f^/ (1424), dans la Collêct. des meUl. dissert,, etc., tom. XIX, pag. 222, 223, 225, 226.^ ElfeGcissimo Viaje del principe don PheUppe^ etc., por J. Ch. Calrete de Estrella. Amberes, Martin Nucio, 1552, pet. in-fol., fol. 32.

Paolo Joyio , racontant la prise de Tunis par CSiarles-Quint , nous dit que les Espagnols « trouyerent plusieurs monceaux de ce bleu transaarîn... qui lait la couleur perse. » Voy. Ut. XXXIV, tom. II, pag. 315, B.

* L'Histoire du petit Jehan de Saintré, di. xun, tom. II, pag. 290; ch. ur, pag. 365 ; cb. i.XTin, tom. III, pag. 541. Dans les MJmoins d'Olipier de la Marche, Ut. II, cb. nr, il est fait mention de pourpre en Telours. Voy. Tédit. du Pmmth. /i/«.,pag. 559, col. 2.

* Compte de 1432-33. (£ef Ducs de Bourgogne, 2* part., tom. I**, pag. 289, n» 1017. — Compte de 1426. (Ihid.^ pag. 244, n<» 824.)

' c Une robe de Tellours cramoisy baulte couleur, toute couTerte de broderye de canetille gasesaus et fil d'or, les paremens de frise ou pane d'or, s Décharge des hahUkmentê que le roi de Navarre a portés du feu roi son. père, au mois de mars 1581 ; arcb. du départ, des Basses-Pyrénées, extr. de la basse 356.

' a J'aUois en une Utiere hâte à piliers doublés de Teloors incamadin d'Espagne, en broderie d'or et de soie nuée à devise, » etc. ( Mémoires et Lettres de Marguerite de ralois, publ. par M. F. Guessard, pag. 90, ann. 1577.)

Je ne parle pas du rite de ce pays*, ne l'ayant pas trouTé mentionné avant 1680, date d'un tarif où le rizo noir haut de Tolède est taxé quarante^piatre réamx l'aune. Voyez Diceionario de la lengua castellana, tom. V, pag. 625, col. 2.

* Compte de Geoffroi de Fleuri, parmi ceux de l'argenterie, pag. 48, 59. « Je

lïES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGEin. 307

comme le labis^, d'une couleur sur champ et d'une autre par-de8SU8*y de deux coul^uirs' et de^ rayés ^,. du velours

ne saurais dire, fait obserrer-M. Douët-d*Arcq , pag. 407 , si cette épithète s*appfiqoe à une couleur ou à nu genre de fiibricatioB. »

c Premièrement 5 pièces de veluaos ooqoès Tend, enaamble 196' par. » Invent, des biens de la reine Clémence de Hongrie, en tète du second volume des Mélanges de Glérembaut, Ms. de la Kbl. nat . n* 567, pag. 49.

' Le Cérémonial francois, tom. I*', pag. 269.

Voyez, rdatiTement au t<ibisy ci-dessus, tom. 1**, pag. 244, 245, et le grand DîctionBaire de la langue castQlane, tom. YI, pag. 903^ col. 9.

s u Barthélémy de Montecles, marchand de Lueques, fournit au duc d*Orléans plusieurs pièces de veloux sur champ noir^ figf^ré de veloux cramesf pardessus (1400). s Catalogue analytique des archives de M, le baron de Joursanvault, tom. I**, pag. 94, n*" 6i2.

' c Bethin Dati... Tend au duc d'Orléans une pièce de velours moitié blanc, moitié noir, à faire feuilles d'ortie pour broder sur certaines robes, » etc. (1412-1413.) Ibid,, pag« 97, n*» 623. Cette inditoation me conduit à citer un article de l'inventaire de Charles V, ainsi conçu : « Item une paire de draps que l'on dit estre d'orties, » etc. Ms. 8356, fol. ij'. iiijxi. xij. verso, n^ 3430. On sait que les fibres de ré«avoe de ro!rti&-gnèche pcnvent remplacer fe chaaTrc , et sont employées , sons ce rapport, dans le nord de l'Asie , d'où Tenaient sans doute les draps de l'inventaire de Charles V : « L'ortie , dit OliTier de Serres , rend une exquise matière , dont sont laictes des belles et desliées toiles ; mais il y en a si peu , qu'on n'en peut faire autre estât que pour la curiosité, s Le Théâtre tPagricukure , «te. , 5* lieu , ch. xTi. A Paris, an xit [1805J, in-4«, tom. II, pag. 148 , col. 2. Cf. pag. 483 , col. 2 , et le Dictionnaire universel de commerce ^ de Savary, art. Ortie et IbUes.

Enfin , il n'est pas jusqu'à k soie des araignées que l'on n'ait essayé de filer. Voyez Bon y Dissertation sur riHiOté de la sofe des araignées y etc. Paris, 1710; Montpellier, 1 726 ; Avignon » m. d. oc. XLvm. , in-8*.

On sait qu'il y avait une espèce de drap a|^ielé iraigne, sans doute en raison de sa finesse, qui le rendait semblnble à une toile d'araignée : Hancelin Coc , fou du roi Charles YI , était habillé d'imbue , comme la chaise percée de son maître. (Cotip tTçiU sur les médailles de plomb, €^c., par M. C Leber. Paris, J.S. Merlin, 1833, m-8<*, pag. 146.) v Item, lit-on dans un con^e de 1414, de la Giktyraigne et.d« hlanchet, pour fiiire des chosses. » Louis H Charles ducs d'Orléans, 2* partie, ch. m y pag. 295. Cf. Gloss. med. et inf, Laiin., y'' Marmea, tom. III, pag, 625 , col. 2 ; et table des mots techniques an comptes de l'argenterie , pag. 3S5, col. 2.

* Feukm^ comfantùmasy etc., éd. tertia, tom. II, pan i et n , pag. &i, col. 2. — Cùmptu de CargeiUerie, etc., pag. 324. — ÙoUeet. dot meill. dïssert,, tom. XIX, pag. 159. — Pragmàtiea de tassas ^ ano 1627, fol. 3. [Dkeion. de la Img. casteli. . tom. VI, pag. 282, coi. 1 , v» Ttrela.)

Î08 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE blanc nervé de velours veit% du velours cramoisi sandale', du velours ciselé '. Et ce n'est pas encore tout : il y avait des velours sur fil *, article sans doute peu commun , car nous ne l'avons trouve mentionné qu'une seule fois^ des velours hauts et bas % des velours à double poil ', à haut et bas poir, des velours tiers poil *, ou à trois poils, dont l'Italie et l'Espagne ont conservé le nom plutôt que le souvenir, du velours velu, à un poil de satin ', etc. Drap crunoûi, Avant d'en finir avec ce dénombrement, il faut y joindre, broebéàgnuuiM ce mc scuible, ou bien placer dans le précédent, le « drap cramoisy à hault et bas poil, brochié à grant chines d'or, » qu'un duc de Bourgogne donna, à Calais, au duc de Glocester. Ce drap, consistant en trois pièces moins demi-aune, fut payé à Marc Guidecon, dont nous avons déjà vu le nom, 440 écus, de 30 gros l'écu, ou 660 livres *'.

Le nom de ce commerçant , comme celui des autres four-

* hB Cérémonial françois, tom. I**, pag. 849.

* /^û/.,pag. 481.

' Trésors dts êgiises Je Reims ^ pag. 130, i31 .

^ « ... trois pièces de Yelueaux azurs sur fil pour coimrir les chaieres de mon* dit seigneur, achetez au pris de xv escuz d*or la pièce, ]» etc. Compte de i4i6. (Les Ducs de Bourgogne^ 2* part., tom. !«*, pag. 445, n<^ 458.)

* Compte de 1424-35. (Ibid., pag. 202, n« 600.)

* Compte de 1454-55. (Ihtd,, pag. 458, n* 175#.) ' Compte de 1446. [Ibid,^ pag. 145, n* 462.)

* Comptes de Tanneguy du Chastel (1461), dans la CoUect. des meiU. tUssert.^ tom. XDC, pag. 242. — Fomudaire fort récréatif,,, fait par Bredin le Coeu, édit. des Jojeusetez, pag. 57. — Kenil^vorth, ch. xxir. — The Momasterj, ch. xynx.

* Compte de 4396. (Louis et Charles dues d Orléans^ V* part., ch.xn, pag. 112.) A la page suiTante, c'est « une houppelande de veluau noir sigmé (lisez /^vre),

à arondes yers, et y sont les ti couleurs de mondit seigneur entaillées à tîz; et en la manche senestre de satin noir , tonte rachie d'or, de brodeure ; et y a loups , ours et marguerites ouTrées parmy, comme tissu parmy l'or, s •• Les Ducs de Bourgogne, 2« part., tom. !•', pag. 135, n» 411.

Disseurs de soieries des cours de France et de Bourgogne ^ ProTeMm» aussi bien que la qualité de marchands de Lucques qui leur tés cha no» aa est habituellement donnée dans les comptes, tout cela suffit ^ sied*. pour indiquer qu'ils débitaient surtout des tissus fabriqués en Italie; cependant il nous venait aussi des velours d'Orient, si l'on peut tirer une pareille conclusion d'un article d'un compte de 1 41 6, où je trouve trois pièces de velours alexan- veioun drin, broché d'or fin, à ousfrage de chaintures de cordellier^ au prix de 440 écus d'or la pièce ^ Nous savons aussi par Uzzano, auquel nous devons une liste des prix courants des marchandises qui se débitaient à Alexandrie , qu'il s'y vendait des velours de toutes sortes*; et que l'on ne s'autorise pas du passage auquel nous renvoyons, pour dire que ce mot ^alexandrin servait peut-être à désigner une nuance du vert : dans un compte de 1387, nous trouvons du veloux azur alexandrain^ sur fil oj-seP^ c'est-à-dire sur filoselle^, espèce de grosse soie ou de fleuret. Il ne faudrait pas croire non plus que ce fond fût pour quelque chose dans la dénomination que nous tentons vainement d'expliquer ; car on voit, dans un compte de l'an 1 391 , du velours alexandrin

* Les Dues de Sourgo^, 2" part., tom. I^, pag. 145, n? 461.

* c Mettiyin (in Alessandria ) Telluti d' ognî sorta, grossa dî grana , verdi >^/ejsandrinij gialli, e più zetani avellatati verdi a figure bianche, rosse, e nere, » etc. DeBa Décima e délie altre gravezze^ etc., tom. IV contenente la Pratica délia mercatua scritta da GioTanni di Antonio da Uzzano nel 1442. lisbona, e Lucca, JÊDOcixyiy in-4«, ch. xt, pag. 110.

* Notice sur les comotes de l'argenterie ^ pag, xxjx. Une demi- aune de ce veloun est payée 40 sons parisis.

*Ce mot, omis dans le Dict. étym. de Ménage, vient, à n'en pas douter,

de l'italien JUugello. Dans la basse latinité, on disait filadîsserium et firœellum.

Voyez le Glossaire de du Gange, tom. III, pag. 206, col. 2, et pag. 30S, col. 1 ; et

la dissertation xxx de Muratori. {Jntiquit, Ital, med, œvi^ tom. Il, pag. 896.)

flO SUR LE œMMERGE, LA FABRICATION ET L'USAGE

Fabrintioii sur soies \ Quoi qu'il en soit, il est certain que Ton fabri-

Tui^e?^ quait du velours en Turquie', peut-être même en Chypre, à

^cbypi^\r la fin du XV* siècle, bien qu'Attar, qui écrivait à cette époque,

n'en dise rien*; et il n'est pas moins sur, je le répète, que

ces produits des manu&ctures orientales venaient dans les

pays méridionaux de l'Europe *. Qui sait même s'il n'y arri-

Yeiowtde Perte, vait pas du vdours de la Perse, contrée où nous trouvons

des manufactures de cette étoffe à une époque bien plus

reculée*, et qui, dans tous les temps, a été renommée par ses

fabriques de draps d'or et de soie'?

' Despence faicte,.,pour Ufaict de la gesine et reUvaUUs de Madame la duchesse de Totirairte, dans la publication de M-GhampoUion, intitulée Louis et Charles tt Orléans, 1" part., pag. 65. Ce ¥eioax alisandrin eit ooté c an feor <le va fraas la pîes«e. •

* En 1540, nous voyons Soliman II remettre aux ambassadeurs hongrois, entre autres présents destinés au jeune roi Jean , une robe longue de velours cramoisi k la royale , entrctiMue de fil d*or. Ces ambassadeurs avaient apporté an sultan, ontre dix coupes d'or et cent de vermeil, a excellemment mis en œuvre, 9 quarante robes traînantes à la turque, c de drap de soye cramoisi et violette, et de drap d*or figuré en ouvrage de tissoterie. » Voy . VHUt» de P, Jovio^ trad. par D. Sauvage. A Parisy chez Gabriel Buon, m. d. lxxxi., in-folio, liv. XXXIX, tom. II , pag. 453, E, et4dl,D; et encore liv. XL, pag. 479, C, et liv. XLIU , pag. 562 , 1.

* Voyea ci-dessas, tom. Il, pag. 45, 46.

* Le Vergier tT honneur ^ etc. (jirckives curieuses de t Histoire de France, {*• série, tom. I**", pag. 355.) Voyez encore, pour les richesses de Naples tombées aux mains des Français en i495, VHist. de P. Jovio, liv. III ; tom. P% pag. 85, A.

' Voyez un passage de l'Histoire de Mirkhond, dans le 'HU. d'Otter, fiibl. nat., supplément persan n<» 20, tom. V et VI, foL 77 recto. Ce passage, dont je dois la connaissance à une note de M. Quatremère (Histoire des Mongols de la Perso, etc., tom. I**, pag. 452, note 30), est ainsi conçu : «aÎIâ. X ^Jcj ôLàjU t^J Jji' A w-5^ j^ V^'^ vj'^ Ler*^, c»est4^ire : a Demain l'empereur (des Mongols de la Perse, Abaka) se dirigera vers la ville (d'Hérat, dans le Kboraçân), afin d'examiner l'atelier de tissage du velours, d Le mot traduit par velours est Lâ^ , kemkha^ ou, comme écrivent plusieurs voyageurs, kinkah. L'époque où ce fait se passa se rapporte à l'an de l'hégire 667. (1268-69 de J. C.)

* Voyez ci-dessus, tom. I*', pag. 316.

Au XVI* siècle, on rencontre chez nous de fréquentes mentions à» la soie de

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. t44

Reste à parler des prix des velours. Au milieu d'une aussi ^x

r r des veloiin en

grande variëtë, il est difficile de déterminer ces prix par |^~*^^i^

catégorie et par époque ; tout ce que je puis faire , c'est de

donner un extrait des tableaux dressés par M. Douêt-d'Arcq S

sans oublier de remarquer avec lui que les pièces avaient peu

de longueur, observation importante si Ton considère que

les prix des velours sont, en générât, donnés par pièces :

ceux dont il est question dans un inventaire de Tan 1363,

avaient de trois à six aunes*.

Quoi qu'il en soit, en 1316, date du compte de Geoffroi de Fleuri , le velours azuré était à quinze livres la pièce, le

Pêne , de l'iuage qn'en faûaieDt les peuples de ce pays , et des villes où le commerce de cette denrée était florissant. Voyex , par exemple , le livre XIV- de Vlfutoin dt Paolo Jop'ta, tom. !•% pag. 990» A, E, etpag. 305, B. Daaa le passage auquel se rapporte ce dernier renvoi, le savant évéqne de Nocera parle, sous Tannée 1514 , des villes de Gomum, Cassanum et Hiesdnm , « cognnes aux mardiana, à cause du trafic des drapa de soye. » Ces trois villes, du moins Yezd et Cachan, comme aussi la capitale de la Perse, Ispahan, renfermaient encore au xvm* siècle les plus beaux métiers des étoffes de soie, de brocart et de velours fin frisé. Voyez le cfa. xvm de la Description générale de la Perse, de Chardin , dans ses Voyages, édit. de Langlès , tom. IV, pag. 151-154. Cf.tom.HI, pag. 3. Comme le fait remarquer Péditeur, on trouvera des détails fort curieux sur trois espèces d*étofEes de soie et d'or qui se fiibriquaient à KftohAn, dans le troisième Tokme, pag. 163-175, édit. in-12, des Voyages de PUtro délia Voile,

Pour ce qui est de Tauris , j*ignore si cette ville conserva la réputation qu'elle avait du temps de Marco Polo pour les draps h or et de soie ; mais je sais que quand elle fut saccagée par Soliman II, ce prince emmena avec loi en Turquie des familles renommées en ouvrages de draps de soie, comme autrefois Roger I"* après son expédition de Grèce , et Timur-Bek après la prise de Damas. Voyez VHist^ de Paolo JopiOfUy. XXXIII, tom. XI, pag. 294^ I; et la Vida delgran nnnforlan, de Ruy Gonzalez de Clavijo, édit. de m. dcc. Lxxxn., pag. 190.

En 1812, i rentrée d*Achmet I" à Constantinople, fambassadeur de Perse fit jeter sur le passage de Sa Hautesse cent pièces de soie, qui furent ramassées par les gardes du sultan. Voyez Première Continuation du Mercure françois^ fol. 501 recto.

' Comptes de l'argenterie^ etc., pag. 335, 343.

* Notice sur les comptes de F argenterie^ pag. xxix.

fi2 SUR LE COBfMERGE, LA FABRICATION ET L'USAÛE

jaune à onze livres dix sous , le coquet ordinaire à quarante sous Faune, et le grand à quatorze livres la pièce, le velours vert à quarante sous Taune et à onze livres dix sous la pièce, comme le velours violet; enfin le velours vermeil coûtait quarante-huit sous Taune. En 1352, époque où Etienne de la Fontaine dressait le compte publié par M. Douét-d'Arcq , les prix variaient entre six et huit écus Faune, et le fin t^eluiau en graine valait quarante écus la pièce, tandis que le vehUcui paonnace était à douze livres seize sous. Quant au velours vermeil , dont il y avait sans doute plus d'une sorte , il fallait le payer de sept à huit écus Taime.

A la fin du xvf siècle, nous voyons dans les ordonnances de Henri III sur le fait de la police générale de son royaume, le velqurs de Reggio, façon de Lyon, Milan et Avignon, des moindres sortes, et le velours demi-fin de Gènes, taxés deux écus et un tiers l'aime , le velours renforcé deux écus deux tiers; le poil et demi, les deux poils, le velours à ramages, et le velours de toutes couleurs de Gènes renforcé, trois écus; le velours à fond de satin pourfillé, de la même provenance, un tiers d'écu de plus; les trois poils, trois écus deux tiers; le velours cramoisi, violet, poil et demi de Gènes, et le velours cramoisi haute couleur de Florence et de Lucques , quatre écus ; enfin le velours cramoisi brun de Gènes, six écus '. Pris Dans une liste d'objets laissés à un monastère anglais par

A^gw^a^ un abbé , nous avons Festimation des ornements en velours qui y sont portés ' ; mais ces ornements étant brodés , pour

* Arck. eur, de tHUt. dâFr., 1*« série, tom. IX, pag. 211.

* c ... unum par vestimentonim. . . embrowdatum cum aquilis de auro de Cypre, et le chanmpe de blew velveto, cam capa, dalmaticiBy et xxx** albis cum pamris de eùdem aquilii. Et aliud par Tettimentornin dt TÎridi velvetto embrow-

époqu

la plupart, et n'étant plus neufs, on sent quMl est impossible de rien baser là-dessus. Nous nous en tiendrons donc aux calculs de Sir Harris Nicolas, qui pense qu'en Angleterre , à la fin du xvi* siècle, le prix du velours était de 10 shillings à 10 shillings 6 pence la verge ^

A la suite des velours, il semble, au moins si Ton se laisse Ticw«iin. guider par lenom, qu'il faille ranger le tiercelin; d'un autre côté, l'emploi de cette étoffe, principalement réservée, comme nous l'avons déjà vu, à des doublures, proteste, pour ainsi dire , contre un pareil honneur. D'ailleurs , on peignait des étendards sur tiercelin ', et je doute que la peinture sur velours fût alors connue. 11 est probable que l'étoffe en question était une espèce légère, qui , après avoir été du cendal tiercelin^ ^ sera. devenue du tiercelin tout court. Il ondai tiercelin. n'est pas moins vraisemblable non plus que les tercenales Tercenai, dont parle Ruy Gonzalez de Clavijo *, les terceneles nommés twcianeia. dans une ordonnance de Castille , de Fan 1 442 , comme devant payer trois cents maravédis de droits par pièce", et la

dat. cum capitibns cervinis, cnm capa, dalmaticis, ciiin iiij. albis de eodem.... — Pretinm Testimentomm de blew velvett. Ix*». — Pretium yestimentornm de viridi velvett. xx'*. » Good Deeds of Nieholtu Hereford prior of Evesham ^ A. D. 139i. ( Monast, Anffic.^ tom. II, pag. 7, col. 2, not. d,)

' Prîvy Purse Expenses of Elizttbeth of York, etc., pag. 228, col. 2.

* Compte de 1454-55. (Les Ducs de Bourgogne^ 2* part. , tom. I*% pag. 431, n* 1580.) On trouye un escusson de tiercelin dans les Chroniques de Matthieu de Couagjy ann. 1461, ch. cxxv; édit. du Panth, litt.^ pag. 233, col. i.

^ « Une demie pièce de cendal azuré appelle tiercelin , contenant trois aunes. » Lettres de rémission de Tan 4382, dans le registre 121 du Trésor des chartes, ch. 100. Voyez ci-dessus, tom. I»', pag. 215-217.

** « É el bastimento... es... de panos de seda setnnis é camocanes é cendales é tafetaes é tercenales ^ que se facen alli (en Samarcante) muchos , » etc. f^ida del gran Tamorlan, édit. de x. dgc.lxxxu, pag. 190.

" jipéndiee d la Crénica nuevamente impresa del s* Rey D. Juan el II, etc. , por el P. Fr. Liciniano Saez, pag. 108, art. 34.

Tenanelb,

aercianela mentionnée dans un tarif de 1 680 \ aussi bien que b ierzanella et le (erzanello des Italiens, ne fuss^it des tiercelins. A en croire D. Carpentier, le nom de cette étoffe lui venait peut-être de ce qu'elle était formée de trois fils d'es* pèce diverse ".

Draps de D«n«s. Nous aborderous maintenant les draps de Damas, que Ton appelait aussi damas tout court. Grande était la variété de ces précieux tissus, que Ton trouve à chaque pas dans les anciens comptes *. Les moins communs paraissent avoir été les damas blancs ^, qu'un poète du xvi* siècle considère

Variétés de damas.

* Le rédacteur de Tan. Tercianela dans le grand Dictionnaire de la langue ca»-> tillane, tom. YI , pag. 252 , col. 2 , ayant de dter la Pragmdtica de tassas , dont ■ous Tenon» de parler, définit ainsi le mot en question : « Tela de aeda seBwjanic al tafetan ; pero mas doble , y lustrosa. a Une pareille définition nous donne à penser qu*îl était bien difficile de ne pas confondre le tiercelîn avec le satin , dont au reste on faisait également des pennonceause. Interrogée sur la maidère de ceux des gens d*armes et autres gens de guerre qui combattaient avec elle, Jeanne Darc répondit : a Oestoit de blanc satin, et y enavoit eu aucuns de fleurs de lys. » Voy. Chronique et proeès Âe U Pucelle d'Orléans , édit. du Pantk, litt.^ pag. 47$ , ool. 2.

* doss. med. et inf. Latin.^ tom. YI, pag. 587, t* Tiercelluâ.

* Au dire d'un sayant, qui malheureusement ne cite pas ses autorités, Hugues III, duc de Bourgogne, étant mort en Orient en 1 192, son corps fut embaumé et ense- Teli dans plusieurs étoffes de soie, de damas noir et de moire blanche, par les soins de son ^>ouse Béatrix , qui plus tard fut ensevelie elle-même de la même façon dans des étoffes de soie et de serge noire et blanche , et mise auprès de son mari. Voyez Description historique des principaux monuments de Vabbayé de CUeaux ^ dans les Mém. de CAcad, royale des inscr. et bell^^lettr.^ tom. IX, pag. 200» 201 .

Plus humblement traité» le corps de Baudouin I"", roi de Jérusalem, mort pendant le cours d'une expédition, fut cousu dans un cuir et enveloppé de tapis, après avoir été salé à Tintérieur et à Pextérieur» aromatisé et embaumé. Voyez Albert d'Aix» liv. XII, ch. xxvra. {Gesta Dei per Franeos, pag. 379, lin. 3.J

* « Pour une pièce de drap de damastz blanc pour servir à la chappelle de mondit seigneur, du pris de xx escuz d'or, s Compte de 1416. {Les Dues dm Bourgogne^ 2* partie, tom. !•», pag. 153, n« 488.) — «Pour xj aulnes et demye de damas blanc, à iij escus et demy Tanne, a Comptes de Tanneguy du Gbastel (1461), dans la Collect, des meill. dissert, ^ tom. XIX, pag. 243. Yoyez encore VHist, du petit Jehan de Saint ré ^ ch. xxn; tom. I*', pag. 182.

de

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 2i5

comme destinés à la royauté ^, et les plus usités les damas Doirs '. Quelquefois ce dernier était à menu ouvrage, comme les trois pièces qu'en 1416 Philippe le Bon commanda de liyrer à Philippe Jossequin , garde de ses joyaux , et qui valaient vingt écus d'or pièce \ 11 y avait encore des damas nuuc« dwerbes vermeils^, verts, bleus', violets", cramoisis^ des violets cramoisis*, des jaunes % des rouges capharts'% des gris", des

' Ce beau coraet, je le Tueil pour noblesse

D*img blanc damas de blancheur nettt et pure : C*est ung habit de rojalle Testure.

/> PeuremeiU et Ttiun^he des Dames , etc. Paris , pour Jean Petit et ISicbel le Noir, s. d., in-4*, ch. Ti, 3* feuillet recto de la signât. G.

» Compte de 1427-28 (les Dues de i)o»r^., 2* part., tom. I^jpag. 253, n« 870);

opte de 1432^3 (ié., pag. 290, d"* 1021, 1027 ; pag. 203, n«> 1038 J 039), etc.

■ Les Ducs de Bourgogne^ 2* part., tom. I", pag. 153, n» 489.

On ne voit pas trop clairement ce qu'il faut entendre par l'expression menu ou' pmge: pettt«étre le rédacteur voulait-il parler d'une broderie plus ou moins aem^ blable i celle qui décorait deux longues houppelandes de damas noir, esmailU de ^rodeure , dont l'une était ornée sur le côté d'un tigre sur une roche , se mirant en one fontaine. Voyez nn compte de 1396, dans Vouis et Charles ducs ti^ Orléans , I" part., ch. xn, pag. 112, 113.

^ Us Ducs de Bourgogne^ 2* part., tom. I«% pag. 246, n^" 828.

« Uid., pag. 133, n* 408 ; pag. 287, n« 1010, etc.

« Ibid., pag. 273, n« 966 ; pag. 285, n^" 1005; pag. 289, n^ 1017 et 1018.

' Ihid. , pag. 254, n^ 871 ; pag. 290, n« 1026. Voyez aussi YHist. du petit Je/tan de Saimtré, ch. xi, tom. I", pag. 105; et ch. xun, tom. II, pag- 290.

* Caiai. anal, des arch, de M. le baron de Jourstuwauày tom. I*', pag. 98, u<^ 627.

' Imreni, des meubles du.,, chasteau de Pau^ etc., 1634, chap'** des rideaux, art. 1''; arch. du départ, des B.-Pyrén., extr. de la liasse 427, n" 9, fol. 5 recto.

** c Pins trois rideaox de damas rouge caphart. » Uid, •— « Ung autre pavillon de damas caphart vert, » etc. Invent, des meuble^.,, apportez de Pau à Nerac, etc. (NoT. 1578); ibid.^ extr. de la liasse 375, n*" 14, fol. 6 recto. Voyez aussi fol. 7 reoto. — < Les satins de Burges et damas cafard* , qui sont estoffes fort légères et eoBamodes et de grand unge et débit, ne se faisoient en France, » etc. Becuetlpres€Hté au Boy y de ce qui se passe en f assemblée du commerça,,, à Paris. FaUt par ^Z* /ejsMu, etc., art. 22. {Arch. cur. de CHht. de Fr., !'• série, tom. XIV. pag. 232.)

<■ Les Ducs de Bourgogne^ V part., tom. I*', pag. 289, n« 1016; pag. 292, n* «034 ; pag. 293, n* 1037 ; pag. 294, n« 1045.

DaioM

brochés d'or et

d'argent.

Dnps d*or de Domasqoe.

Î16 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

damas sur fleur de pécher * et sans doute de bien d'autres nuances. On en vendait aussi de deux couleurs*, comme bleu et blanc , vert et violet * ; mais les plus chers étaient les damas brochés d'or et d'ai^ent , qui rentraient alors dans la catégorie des draps d'or et d'argent , et qui en portaient quelquefois le nom * ; à moins que l'on ne veuille voir, entre autres, dans les six draps d'or de Domasque du compte d'Etienne de la Fontaine, cotés 50 écus la pièce, et dans celui que le duc de Bourgogne donna à Charles VI en 1396, et qui valait 3000 écus d'or *, des étoffes indiquées comme provenant de Damas plutôt qu'appartenant à la catégorie de celles que l'on désignait uniquement par le nom de cette coDieiin viUe , surtout célèbre par ses bonnes lames *. Des plus riches

cl dessilla d6s

^ffesjkroTenaiit tissus dc Cette dcmière sorte il y en avait de toutes les couleurs, des damas verts ^, des damas bleus % des cramoisis*, des bleus cramoisis **, des noirs ^, et certainement de toutes les

de Damas.

* Mémoires tPOiipter de la Marche^ liy. I*', ch. ziy« ann. 4AM; édit. da Païuk, &'//., pag. 413, col. 1.

* Les Ducs de Bourgogne^ 2* pait.^ tom. I*% pag. 246, n« 828.

* Ibid. , pag. 203 , n* 690. — Cotai, anal, des arch. de M» le baron de Joursan^ vauli, tom. I"*, pag. 91, n" 601.

* Comptes de F argenterie, etc., pag. 420 et 326.

Un écrivain du xn* siècle distingue le drap d*or du drap de Damas : c Et estoient, dit-il, les unes d*iceUes (housseures) de fip drap d'or... les autres de yelonrs... de drap de Damas, d'orferrerie, » etc. Liçre des faits advenus an temps du roy Loys JT/, ann. i461 ; édit. du Pan/A. litt.^ pag. 242, col. i .

* Chronique du Religieux de Saint-Denjs^ liv. XVII, ch. x ; tom. II, pag. 446.

* Voyez la Chanson des Saxons^ tom. I*', pag. 179.

' Catal, anal, des arch, de M, le baron de Joursanvault, tom. 1**, pag. 90, n^ 595. Voyez aussi les Ducs de Bourgogne, 2* part., tom. I**, pag. 133, n" 408.

* Les Ducs de Bourgogne, 2* part., tom. I**, pag. 285, n« 1004; pag. 290, BM022;pag. 295, n* 1047.

* VJBtist, et plais. Cron. du petit Jehan de Saintré, ch. xxxx, tom. II, pag. 264. *<^ Les Dues de Bourgogne, 2* part., tom. I*', pag. 207, n* 1012.

" lbid,y pag. 136, n« 412.

nuances connues à Tépoque. Certains même étaient noirs brochés avec des feuilles d'argent et figurés de soie verte * ; d'antres décorés de losanges et d'oiseaux , avec le cliamp rouge; d'autres enfin , de losanges et à lettres*. On employait princi- Emploi paiement le damas à faire des vêtements pour les deux sexes ' ; cependant il n'était pas uniquement affecté à cet usage , et nous trouvons, entre autres, dans un compte de 1432-33, deux pièces de drap de Damas, broché d'or, très-riche, acheté de Paul Melian , marchand de Lucques , demeurant à Bruges, pour couvrir la sépulture de deux fils du duc de Bourgogne , depuis peu décédés \ Nous avons vu plus haut une pièce de drap d'or de Lucques affectée au même usage^ et le document des archives de Joursanvault, auquel nous venons de renvoyer, parle de drap damasquin de Lucques. Drap

^ uio lit

* Us Ducs de Bourgogne^ 2* part., tom. I**, pag. 138, n« 424 \ pag 141, n* 439. Voyez aussi le Cérémonial françoit, tom. II, pag. 742.

' Inçemt, des meubles du duc de Hormandie^ Ms. du fonds Mortemart, vol. LXXIV, fol. 32 recto. — Notice sur les comptes de rargenterie, pag. xxx. Toutes ces étoffes soot appelées draps et or de Damas,

' Catalogue analytique des archives de If, le baron de Joursanvault , tom. I*', pag. 95, n* 616. - Respuesta de Alfonso Alvares de ViUasandino^ dans le Cancionero ie Baena, édit. de Leipzig, tom. II, pag. 255, col. 1.

* Les Ducs de, Bourgogne^ 2* partie, tom. I", pag. 292, n* 1030.

* Tom. II . pag. 176. Voyez encore , sur Thahitude d'étendre de riches étoffes sur les tombeaux, tom. I*', pag. 137-143. Cette habitude, à ce qu'il parait, existait encore en Italie ; du moins Paolo Jovio , racontant la course d*Hariadan Barberousse sur les côtes de Naples et d*Ottie en 1534, noui dit que les infidèles s'étant emparés de Fondi, dépouillèrent l'église , arrachèrent les parements des sépulcres des membres de la maison de Colonne, et déchirèrent aussi les étendards de guerre. (Uist. de Paolo Jopio,liv . XXXIII, tom. Il , ()ag. 265 , B , delatmduct. de D. SauTage.) J'ai déjà rapporté, tom. I", pag. 139 et 1 42, not. 2, de» exemples d'étendards placés sur des tombeaux ou donnés à des églises; je renverrai encore à VHisioria Iherosolfmitana du moine Robert, liv. JX (Gesta Dei per Francos , pag. 80, lig. 9), où il est &it mention d'un étendard du prix de vingt .marcs, offert au saint sépulcre par le duc de Normandie.

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