SALINS
Déjà sous l'Abbé Odilon (mort en 1049) , Raynauld (?) avait donné à Uomainmotier deux vignes et un cheseau à Salins ; posant sa donation sur V autel à la vue des moines ^^^,
On se rappelle les tribulations de notre Monastère avec les sires de Salins (v. s.). Or, en 1084, Gaucher (II), par la grâce de Dieu, avoué du bourg de Salins, marri de ses iniquités et surtout de toutes les spoliations faites par ses serfs à Bannens, soit en son absence, âoit en sa présence: abandonne à Saint Pierre de Romainmotier une maison vacante (casam desertam) , jadis destinée à une Chaudière de sel '^^ et qu'Isingerius, son préposé, tenait en fief (in fevo tenebat). Gaucher donne encore à Romainmotier deux chars annuels de foin excellent*®*; et en général tout ce qu'il tenait du Comte Guillaume dans les terres du Couvent.
Si les hommes du siècle , dit un autre acte du même temps, font des chartes pour leurs héritiers charnels , à combien plus
sant tenir ces charges des religieux qui peuvent les leur 6ter à volonté^ et choisir d*aiitres mayors et receveurs. — Arch. Canton. 4280.
*'' Sous peine de cinq livres d*or au contrevenant : R. ajoute : « accipio autem » a senioribus loci 3 libras de vinea eo quod in congtiadio erat » (?)
^^ Quam rustici vulgarîter nuncnpant Michonem de Wuidric. — Or Isingerius a reçu du Prieur Etienne un cheval et a laudé le tout.
^' Duo plaustra feno optimo onusta^Tan de Pincarnation 4084, sous le règne de Henri, fils de Henry, la 2® année « romanse obsidionis ». — Aumône faîte « per » manum Willelmi, filiî Raynaldi , filîi Willelmi, Coraitum Burgundionum , ut » ipse sieut totius ipsiuê ecclesiœ îta et me» donationis actor sit et defensor » filiumque ejus post eum > . Cartam leyaverunt Richardus de Grantione ,etc .. Cartul,
forte raison les ecclésiastiques pour leurs successeurs spirituels***.— Or en présence de Willelm, troisième comte des Bourguignons**', se traita un différend sur une certaine chaudière de sel que les frères de Romainmotier avaient possédée , puis perdue. La mémoire de cette possession subsistait bien chez les serfs (servis) de Saint-Pierre et autres de Salins , quoique sans utilité , parce que le moment voulu de Dieu n'était pas arrivé encore. Mais au tems propice, le fidèle Prieur Etienne*** se rendit à Salins, lorsque s'y trouvait le Prince **^ pour lui exposer prudemment le tout , en présence du Vicomte (de Salins), Humbert de Monnet^ qui revendiquait la possession de cettç chaudière. Enfin, après beaucoup de paroles et une résistance de quelques jours, car un seul ne suffit pointa terminer le débat, les Juges et témoins comprenant que le tort était de son côté, ordonnèrent la restitution. Le Vicomte y consentit**®. Et le Prieur, pour détruire dans sa racine toute oppositioa future, fit à Humbert un présent de 50 sols.
Or Hugues, Abbé de Cluny**'', établit que le revenu des deux, chaudières (de sel) que le Prieur Etienne avait acquises au Monastère romain, devait être fidèlement employé à Tornement de cet établissement religieux***. Sauf que lorsque ce trèsfidèle gouverneur (provisor) du Couvent aurait fermé les yeui
^* Quorum auctoritas tanto felicior quanto diuturnior (!)
*^ « Burgundionum » fils â» Rainauld, fils de Willeim.
^^ « Sicut et in aliis multis qus ibidem , deo per illum opérante , nobilissimeadquisivit. »
^^ Qui hujusioci (Romani monasterii) tnnc ddvocatus jussione domini Abbati» (clunîac.) erat. — Il était Avoué supérieur.
^® Fait en Mars, en Carême , dans le temps du siège de la ville de Rome , ca 4083. Le Comte Willeim, Rainauld, fils de Willeim, le Vicomte Humbert, Rigald, le Vicomte Pontius, signent.
*^' Charte à peu près contemporaine de la précédente et sur laquelle nous reviendrons à l'occasion de quelques remarquables paroles religieuses.
*^^ < In utilitatem ornamenti ejusdem ecclesiae fideliter convertatur. »
(de hac luce migraverit) , on célébrerait ayec cette censé son anniversaire, avec un repas commun pour les frères (v. s.)*®*.
Une dernière cbârte sur cet objet est d'Humbert (III) fils de Gaucher (II) de SaJins, le même qui avait voulu empêcher R^iainmotier d'étendre ses possessions dans le Jura ^^. Frappé de Dieu, près de mourir (divine verbere attritus mortique jam proximus) et considérant tous les maux qu*il a fait à Romainmotier, il renonce entièrement à la chaudière de sel qu'on dit appartenir'^^^ à ce monastère^ ainsi qu'à tous les droits qu'il s'était injustement arrogé sur les Terres du Couvent, et enjoint à son fils Gaucher d'en faire autant, suppliant même son Seigneur rArchevêque de Besançon de maintenir cette aumône, et de ne pas mettre son fils en possession de son fief avant qu'il l'ait confirmée*^.
Cet acte peut être fixé à 1135 environ, où Humbert, parti en 1132 pour Terre Sainte, revint mourir à Lausanne. — Son fils accomplit ses dernières volontés en présence de Pierre (le vénérable) , Abbé de Cluny , et renouvela sa confirmation à !lomainfflotier où son père fut enseveU'^^^.
Phisieurs chartes de la fin du 11' siècle doivent encore être mentionnées.
^' Ita sane ut fratribus nostris inibi deo Tacantibus pleniter refectlo fiât. — Ceci s'accorde avec un mot de la charte précédente qui nous fait connaître le revenu de la chaudière reconquise &ur Humbert de Monnet. « Blagnum procul » dubio munus kOscilicet solidos et unam prœelaram juxta morem lœi refeetionem 9 annoatim representantem > .
*90 Voyez acte de 14 36 plus haut, sur Waut, la vallée Qlen, le Mont des fours.
*'' Caldariam quae juris Romani monasterii esse dicitur ex toto dimilto.
*'' Filio non antea feodum tribuat quam clemosinam ut feci tribuat. — Fait à Lausanne , en présence de Bartholomeus , alors Prieur de Romainmotier, Il adresse une requête semblable au Comte (de Bourgogne) par Lambert Mayor d'Orbe.
**' En présence de Humbert de Vienne, Jordan de Salins, Lambert de Bannens, Pierre de Longevelle. — Voyez, sur la mort d* Humbert lll, Béehet, hittoire de SaUna^ l, 96. — L*acte est ai» Jrck» Canton.
Les Terres de Romainmotier à Salins avaient été usurpées par diverses personnes*^; le Prieur (rector) Etienne réclama justice auprès du Comte Renauld sur le mandat (ex jussu) de Guillaume son père ; or il fut décidé que l'état de ce différend serait prouvé par le combat de deux hommes (ut duorum virorum certamine probaretur hujus causse status). — Exemple positif, mais presque unique, d'un combat judiciaire soutenu pour k Couvent; en général on voyait avec répugnance l'Eglise recourir à ce moyen.
Aussi la même année un autre débat s'étant élevé sur des Terres à Salins , on n'avait pas de titre (paginam) à cause de la pauvreté de ce monastère en chartes , mais la mémoire de cette possession subsistait. On pensa d'abord au combat judiciaire , puis le Prieur mieux inspiré (altiori consilio) , termina à l'amiable le différend. — Nous ne nous serions guères doutés aujourd'hui de cette disette de chartes (indigentiam scriptorum) *®^
Gaucher (II) de Salins voulait réduire à l'état de servage une femme nommée Pontia ; mais celle-ci ayant été, par le témoignage desesparens, reconnue serve de Sainte Pierre , pour une censé de cire d'un denier ^ elle fut laissée à Romainmotier pacifiquement*®®. — Une conséquence importante ressort de chartes.
*^^ Cette terre, nommée le cham{^ Wauttier avait été usurpée par Bonfiis, et un certain Bernard, surnommé Balais, en tenait de lui une partie. — Açril 4087, l'année de Tinyasion des Espagnes du tems de leur roi Alphonse. Témoins: Humbert (de Monnet) le Vicomte , Tetbold de Frasne. Charte communiquée par M. Duçemoiê,
^^' Autre sans datOj Beroard et son frère Henry abandonnent à Romainmotier des Terres à Salins, avec serfs (cum servis) , et cela pour la guérison de leoi âme. Et les moines leur donnent deux chars de vin et un cheval.
*^® < Pontia quam in servitutem meam redlgere volebam , sed testimonio eonsan^ineorum suorum ancillam esse sancti Pétri cognitam , etc. » — Sous le Prieur Guiguon. — Témoins le Comte Renaud, Richard de Montfaucon, Maynard de Bannens, Turumbert de Bovonans, Albert, son fils, Mainier de Pont.— Cartvl'
semblables : c'est que alors déjà le servage de la glèbe n'était plus Vesclavage au sens propre. Le témoignage d'un esclave n'a, en effet, aucune valeur, judiciaire : le planteur de la Louisiane ne voudrait pas, sans doute, soumettre le fait de la possession d*un esclave au témoignage desparens de celui-d^^'^.
Il parait aussi évident par cette charte et par beaucoup d'autres analogues, que les charges des serfs n'étaient point variables suivant l'arbitraire de leurs Seigneurs , mais fixées par la coutume.
Enfin , en 1247, Jehanz, Cuens (Comte) de Borgogne et sire de Salins , pour le remède de l'amer , son père, et de la sienne et de la Comtesse, et de leurs antécessws^ donneàRomainmotier dix charges de grand ^o/ (sel), à prendre chaque année à Salins; et contre obligation '^^^ de faire leur anniversaire chaque année.