Tome III
146 BACCHUS | étoient foulés par des Satyres, chantant au son de la flûte la chanson du Pressoir. Silène étoit à la tête de latroupe , et le vin doux couloit tout le Tong du chemin. La joie des fêtes de Bacchus étoit toujours accompagnée de chansons et de musique : Homère, dans la description d’une vendange gravée sur le bouclier d'Achille, met au milieu des vendangeurs, un jeune homme qui joue de la lyre. Le goût et l'usage des chansons a été de tous les temps et de tous les lieux. Les Grecs n’avoient pas encore l’usage des lettres, qu'ils avoient celui des chansons, 1ls chantèrent leurs lois, cest ce qui, d’après l'autorité d'Aristote, a fait donner le même nom'grec ( vépor) aux lois et aux chansons. Ils chantérent aussi les événemens de leur histoire, et pour tout ce que la nation avoit intérêt à ne point oublier, ils employérent ce moyen naturel de le faire passer des pêres aux enfans. L'usage de chanter toutes sortes de sujets étoit tel dans la Grèce, qu'il continua même après que les lettres furent introduites ; tous les ouvrages des écrivains grecs antérieurs à Cadmus de Milet et à Phérécyde de Scyros, étoient des pièces de vers qui se chantoïent. Chaque profession dans la Grèce avoit une chanson qui lui étoit particulièrement consacrée, les airs du Pressoir étoient une de ces chansons, ils étoient célèbres et devoient être multipliés ; cependaït on ne trouve rien de particulier dans les auteurs anciens sur les airs du Pressoir, Athénée et Pollux n’en ont conservé que le nom péAOS ÉTLANVLOS.
Suivoit un autre char ( tous ces chars étoient menés par des hommes) qui portoit une outre de grandeur énorme, faite de peaux de panthère cou sues ensemble ; la liqueur en couloit lâchée peu à peu le long de la marche. Il étoit accompagné de Satyres et de Sylènes tous couronnés , qui portoient les uns des pots et les autres des coupes. Les outres éloient ordinairement faites de peaux de chèvre : celle-ci étoit de peaux de panthére, animal consacré à Bacchus. Les panthéres, dit Appien dans son poëme sur la Chasse, furent les nourrices du dieu des vendanges ; c’est pour cela qu’elles aiment le vin et qu’elles le reçoivent avec joie comme un présent de ce dieu, qui étoit souvent représenté couvert d’une peau de panthére. /
Près de cette outre on menoit un cratére d'argent, porté sur un char à quatre roues , qui étoit suivi d’une grande quantité de vases et de trépieds dont Callixène donne le détail et la description.
À la suite marchoit un grand nombre d’enfans ÿ vêtus de tuniques blanches, les uns couronnés de herre, les autres de pin. Ils portoient des conges , et différens vases propres au service du vin; ces vins ayant été mélés dans les urnes et les tonneaux , ceux qui étoient dans le stade le goûtoient avec modération. I on Callixène ajoute à tous ces détails, dit Athénée, des tables sur lesquelles on portoit beaucoup de choses dignes de remarque : on ÿ voyoil entr'autres le lit de Sémélé. | |
On voyoit encore un grand char sur lequel étoit un autre char fait delierre et peint en rouge , d’où jaillissoient deux sources, l’une de lait et l’autre de vin. Les nymphes qui entouroient ce char étoient couronnées; on y voyoit Mercure avec de riches ornemens.
Un autre char présentoit tout l'appareil de Bacchus À son retour des Indes. Il étoit assis sur un éléphant, vétu d’une robe de pourpre , avec une couronne de lierre et de pourpre ; tenant en outre un thyrse :1l avoit pour chaussure des brodequins. Devant lui et sur le col de l'éléphant , étoit assis un petit Satyre , couronné de branches de pin; de la main droite il sembloit vouloir donner un signal avec une corne de chèvre en or. A la suite marchoiïent de jeunes filles , vêtues de tunique de pourpre, et ceintes d’une tresse : celles qui étoient en tête avoient des couronnes de pin.
Puis s’avancoient les bandes d'animaux consacrés à Bacchus ou qui lui avoient servi dans sa conquête des Indes, dés ânes montés par des Silènes et des Satyres , des éléphans, des chameaux, des boucs, des snaks, des Bubales attelés à des chars, montés par des enfans armés de thyrses et couronnés de pin ou de lierre ; des mulets traînoient d’autres chars où étoient placées des femmes qui représentoient les captives indiennes ; quelques chameaux portoient des productions de l'Inde, comme butin fait par Bacchus. Prés d'eux étoient les Ethiopiens portant leur présent : ils étoient suivis de deux chasseurs
portant des javelots et menant des chiens de l'Inde, d’hommes portant ou conduisant des animaux de l’Inde de toute espece.
Ensuite venoit sur un char Bacchus, Feprésailé au moment Où, poursuivi par Junon, il se sauva à V’autel de Rhéa ; Priape étoit debout, à côté de lui, couronné de lierre. On voyoit la statue äe Junon ayant une couronne d’or.
Un autre char portoit un thyrse et une lance d’une grande élévation.
Enfin venoit un Phalle d’une grandeur démesurée, chargé de différentes figures, entouré de guirlandes, et ayant un astre à son extrémité. Il étoit aussi trainé sur un char.
Suivoient les musiciens, puis les cortèges des autres dieux et celui d'Alexandre ; cette marche pompeuse étoit accompagnée de cavalerie et d’infanterie magnifiquement armées, et on ÿ donna dans cette fête des combats gymniques dont les prix portés triomphalement faisoient partie du cortège.
Masurius l’un des convives du banquet d’Athénée n’avoit d'autre objet, en faisant l'extrait de cette description de Callixène que de prouver qu'il n’y avoit aucun royaume aussi opulent que l'Egypte, et que Ptolémée Philadelphe fut.un des princes les plus riches qui eussent jamais existé. Il PE < donc que dans cette pompeuse cérémonie 1l na voulu parler que de ce qui pouvoit donner l’idée de ces immenses richesses, et qu'il n’a voulu présenter que les objets qui étoient en or, en argent,
ou en matières précieuses ; Masurius ne se seroit pas
aussi clairement expliqué sur ses intentions, qu’elles
eussent été facilement devinées, car il ne s’est fort étendu que sur les parties du culte de Bacchus relatives au dieu du vin, qui employant un plus grand nombre de choses matérielles telles que les vases, les euves, les pressoirs , les thyrses, etc., étoient plus propres à donner une haute idée des richesses de Ptolémée, que les parties mystiques qui n’exigeoient pas cet appareil. Aussi voit-on que Masurius a parlé avec une extrême concision de toute la partie mystique de ce culte ; 1l glisse pour ainsi dire sur la partie du cortège où se trouvoient les prêtres, les prétresses , les ministres et les interprètes des mystères, il parle à peine des Lichnophores, de Mercure, des troupes bachiques rela-
tives à la tragédie et aux arts, du Phallus et de’
Rhéa. I est regrettable qu’Athénée ne nous ait pas transmis les détails sur cette partie mystique , qui se
trouvoient nécessairement dans l'ouvrage de Cal-
lixène; maistel qu'il nous est parvenu, ce monument
n’est pas moins précieux pour la connoissance de la
procession des Dionysiaques, et quelqu’exagération que l’on y trouve, lon reconnoit facilement que celte exagération n’est relative qu’à la magnificence et à la richesse de cette fête qui y est portée à un point incroyable, mais qu’elle est étrangére aux détails du culte de Bacchus. A Athènes, au milieu de ces satyres, de ces pans, de ces hommes couverts . de peaux de faon, montés sur des ânes, déguisés
DIONYSIUS. 1ÔI
en femmes, mélant leurs cris au bruit des instrumens, se livrant aux convulsions de la fureur , ou aux désordres de l'ivresse, exécutant des danses, des vases à la main, au milieu de cette troupe de forcenés, s’avançoient gravement et dans un bel ordre les différens chœurs députés par les tribus, et une quantité de jeunes filles, portant les cistes sacrés, marchoient, parées de leurs plus beaux ornemens , et de toutes les grâces de la jeunesse et de la modestie. < |
Les mystes portoient tous des rameaux ; ces Dendrophories ou gestations de rameaux appartenoient à la partie mystique du culte de Bacchus ; elles étoient communes à tous les cultes dans lesquels entroit cette mysticité : elles appartenoïent à Dionysius , à Apollon, à Hécate, aux muses et surtout à Gérés, qui tous étoient caractérisés par des rites tenant de l’orgie ou du bachique, suivant l’expression de Strabon. Dans les Dionysiaques comme dans les fêtes d’'Eleusis, les jeungs canéphores, distinguées par la pureté de leurs mœurs, comme par la noblesse de leur naissance, portoient dans les cistes les symboles des mystères. ®
® Strab. , lib. X, p. 468.
@) Thucydide (lib. VI , $ 56.—Ælian. , Hist. lib. XI, cap. 8.), raconte qu'Hipparque , fils de Pisistrate, voulant outrager Harmodius , chassa honteusement sa jeune sœur qui s’étoit présentée pour porter le ciste mystique, en soutenant qu'elle m’étoit pas d’une naissance à remplir cette fonction. Harmodius et son ami
Le chœur des femmes dans la comédie de Lysistrate par Aristophane, dit: J ’ai fait les fonctions de Canéphore, quand j'étois grande et belle fille et j'avois une guirlande de figues. © |
Ce passage et celui de Plutarque que nous avons déjà cité ®, prouvent que, dans les fêtes de Bacchus , les Canéphores portoient des figues. Les figues étoient consacrées à Bacchus : parmi les tableaux d'Herculanum , on voit deux jeunes filles tenant de la main droite une corbeille de figues et de la gauche un vase penché. Les éditeurs des antiquités d'Herculanum ont reconnu que ces deux jeunes filles offroient à Bacchus les prémices des figues ; on voit dans ces mêmes tableaux plusieurs autres figures de femmes qui portent des figues dans un petit plat, et les présentent à Bacchus le jour de sa fête.
Les cistes qui, dans les premiers temps, étoient simplement de jonc, d’osier. ou de. bronze, furent ensuite d’or suivant le témoignage du schohaste ‘d’Aristophane & ; parmi les objets mystiques que
Aristogiton , indignés de cet outrage, s’en vengèrent par la mort d’'Hipparque. À Les Romains faisoient au contraire peu de cas des cistophores , si l’on en juge par une épigramme de Martial : Dum te posse negas , nisi lato, Gellia, clavo Nubere, nupsisti, Gellia, cistifero. (Martial, bb. V Ep: 17, V3.) di - D Kayavnpopouy rot oÙca Has xaln , Exova” Lyddev opuabov. (Arist., Lysistr., v. 647.) @ Plut., de Cupid. div. = ® pit. d’'Erc., tav. 22, 23. = ® Aristoph. Schol., in Achar.
contenoient les cistes dans la fête des Dionysiaques, l’on distinguoit les rameaux de‘myrte, les férules , les gâteaux de diverses espèces , le sel, les pavots, le serpent, le couteau des sacrifices ; mais Vobjet principal -renfermé dans ces cistes étoit le Phallus. Cet emblême de la génération ne figuroit pas seulement dans les cistes, il étoit porté triomphalement dans la procession des Dionysiaques. Dans les Acharniennes d Aristophane , Dicéopolis quitte l'assemblée des Athéniens pour venir célébrer cette fête avec sa famille ; le Phallus étoit un rite tellement, essentiel dans ces solennités , qu'il n’étoit pas omis même lorsqu'on les’‘célébroit en particulier dans l’intérieur de la maison. « Attention, atten- » tion ! dit Dicéopolis; vous Canéphore, soyez » plus avant, et que Xanthias tienne le Phallus » élevé; posez-là votre ciste, ma fille, pour que » nous commencions. Ma mére, passez-moi la cuiller » pour queje passe la farine sur le gâteau. Voilà qui » est bien préparé: maintenant, arai Bacchus, » ayez égard à la reconnoissance qui préside à cette » fête, et aux sacrifices que j'offre avec toute ma » famille | Permettez que je célébre sans accident » les bacchanales des champs! allons, ma fille, jolie » comme tu les, veille à porter joliment le ciste, » les yeux fixés sur le tymbrophag se ( le Phallus }; » vous Xanthias , tenez-vous près de la Canéphore ; S
% C'étoit un petit glaive appelé xxvoç, du mot xavsi, occi-
A suivant Suidas ( Suid., v. Kavoüv.), ce qui avoit fait donner le même nom xzxvoùy au ciste,
» portez toujours le Phallus élevé, je vous suivrai » en chantant Phymne à ce dieu ;ma femme, observez » la fête de dessus la dns,
Les Phalles étoient faits d’un morceau de bois oblong ayant à sa sommité un membre viril de cuir. Le membre viril fut fait, dans le principe, de bois de figuier; dans la suite, il fut fait avec des peaux, on l’attachoit au col; dans les Dionysiaques on le faisoit mouvoir et on le sautoit.
Les Ithyphalles étoient des prêtres de Bacchus quisuivoient le Phallus, revêtus d’habits de femmes. On appeloit aussi ithyphalles les hymnes que lon . chantoit en dansant en Fhonneur du Phalle élevé. ®
. La pompe ithyphallique marchoit en public au milieu des femmes les plus recommandables ®. Cette pompe étoit appelée Periphallia; ceux qui portoient la machine ithyphallique s’appeloient Phallophores ® , Je cantique du chœur, s’appeloit Phal.licon Asma , Cantilenam de pene accinam. La foule, dit Strabon, suivoit la pompe du Phallus , en portant des branches d’arbre et en dansant. © ;
Les honteuses flatiteries des Athéniens envers Démétrius Poliorcète sont célèbres ; lorsque ce prince revint de Leucade et de Corfou à Athènes, on alla au-devant de lui avec des ithyphalles qui dansoient en suivant la mesure des hymnes. Ils s’arrétoient par intervalle au milieu de la foule, dan-
( Suidas, v. Phalloi=—® Suidas, v. Ithyphalloi.—® August. Civ. Dei, lib, VII dé 21,22, = W Athen,, Lib. XIV De 2 4. — ® Str me , lib. X
Là
soient , répondoient aux hymnes chantés en lhonneur de Démétrius, dans lesquelles ils faisoient une partie. Athénée nous a conservé l’hymne Tthyphallique chanté en l'honneur de Démétrius ®. Il n’a aucun rapport avec l’emblême de la génération, objet des hymnes chantés dans les Dionysiaques , mais 1l ne fait pas moins connoître la nature de ce genre de poésie : les notes de Casaubon sont fort curieuses à cet égard.
Le chant DO HA MN ter consacré exclusivement à Bacchus comme le Péan à Apollon.
Le passage d’Aristophane que nous avons cité, où Dicéopolis ordonne à sa femme d’observer de dessus sa plate-forme la fête des Dionysiaques qu’il célèbre, semble indiquer ‘que les plates-formes des maisons étoient couvertes de spectateurs et surtout de femmes, et si l’on rapproche ce vers d’Aristophane d’un passage d’Athénée ® , l’on verra que de leurs plates-formes ces spectateurs tenoient des lampes et des flambeaux pour éclairer la pompe qui défiloit presque toujours pendant la nuit . Socrate de Rhodes dans son troisième livre de la guerre civile, cité par Athénée, rapporte qu'Antoine étant part de la Cihcie, où Cléopâtre qui étoit venue à sa rencontre, lui avoit donné un repas célébre, séjourna quelque temps à Athènes, et qu'il célébra les Dionysiaques dans tout leur appareil. IL joua le rôle du
% Athen., lib. VI, cap. 15. — ® Athen., lib. IV, cap. 12.— - ® Sophoc., Antigon., v. 1161.—-Pausan. , Corinth., cap. 3%.
dieu, et se fit proclamer Bacchus, il se rendit à la citadelle, éclairé par les flambeaux que toute la ville tenoit allumés sur les plates-formes. D’après les rites prescrits par les oracles de Delphes qui avoient ordonné le rétablissement de l’ancien culte de Bacchus, la procession devoit s'arrêter dans les places et dans les carrefours pour y faire des Iibations en l'honneur de Bacchus pour la prospérité de la ville, et pour y immoler des victimes. %
Il est probable que l'initiation précédoit cette procession, puisque la nuit étoit employée à cette solennité et aux autres cérémonies mystiques , et que le lendemain étoit le jour des chytres où l’on s’occupoit des jeux scéniques qui le remplissoient tout entier. Dans ces mystères on employoit les mêmes moyens qu'à Eleusis pour remplir lame des initiés d’une sainte horreur. Le récipiendaire étoit probablement soumis à peu-près aux mêmes épreuves, et aux mêmes obligations ; comme les cérémonies d’Eleusis sont amplement détaillées dans un grand nombre d'ouvrages et surtout dans ceux de Meursius et de M. de Sainte-Croix, et que je n'ai rien trouvé dans les anciens qui fût particulier aux initiations des Dionysiaques, je crois inutile de répéter ici, ce qu'ont dit des ini- Liations d’Eleusis ces savans ; ce qu’il y a de certain c'est qu'il existoit une très grande analogie entre les fêtes d’Eleusis et les Dionysiaques, ou plutôt les
A jo Démosth., Oral. in Medim.
DIONYSIUS.. 197 Dionysiaques , comme nous lPavons dit, w’étoient qu'un mélange des rites d’Eleusis et de ceux du dieu du vin. On peut conjecturer avec quelque fondement que lorsque le culte du dieu du vin fut apporté dans VAttique par Pégase d’EÉleuthére, cette divinité présentoit des formes trop déterminées par l'identifier avec Cérès, sans la faire déroger à son caractère ; Bacchus Tacchus étoit le seul qui pût être uni à Ca. aussi son culte se perdit entièrement dañs celui de cette déesse. Les Dionysiaques ne furent probablement imaginées par Pégase que pour pouvoir fondre ces deux cultes sans nn faire sortir de leurs attributions respectives, aussi il y avoit une communauté singulière entre le culte d'Eleusis et les Dionysiaques. Il est très probable, par exemple, que les fonctions de l’hiérocéryx dans les Dionysiaques étoient remplies par l'Hiérocéryx d’'Eleusis, êt que le dadouque d’Eleusis assistoit également aux Dionysiaques. Nonnus qui étoit si versé dans les connoissances mythologiques, et qui connoissoit si bien toutes les nuances du culte de Bacchus, a consigné le fait de cette analogie dans son poëme. « La déesse Pallas, dit-il ,remit aprés sa nais- » sance l'enfant Hanchus aux prétresses d’Eleusis. » Les nymphes de Marathon, couronnées de lierre , » formérent des danses autour du jeune facchus, » pour célébrer sa naissance , elles agitérent pen- » dant la nuit la torche attique.... Elles instituérent » des sacrifices en l’honneur de l’ancien et du nou- » veau Bacchus, et en adressant un nouvel hymne
» au troisième... Athènes célébra de triples mys- » téres.....»
$ VIT. Féle des Chytres , troisième jour des Anthestéries—C’est le jour des Chytres que se livroient les combats dramatiques. Leur origine. |
Le troisième jour des Anthestéries étoit le jour des chytres; cette fête se célébroit done le lende. main des choës, le treizième du mois anthestérion : elle ne duroit qu’un jour puisqu’elle faisoit partie des anthestéries qui n’en duroient que trois. Le mot grec yürpor, XÿTpæ, olla, signifie marmite, chaudière : la cérémonie qui avoit fait donner le nom de chytres à cette fête consistoit a faire cuire dans une grande chaudière ou marmite, les herbages , semences ou grains de toute espèce en l’honneur de Bacchus et de Mercure Chthoniens : lori= gine de cette cérémonie remontoit , dit-on, à la plus haute antiquité; elle avoit été instituée par ceux qui, ayant survécu au déluge de Deucalion, offrirent loutes les graines et toutes les semences qui avoient échappé au déluge, à Mercure Chthonien ou Terrestre, pour se le rendre propice, obtenir de lui les fruits de la terre, et pour qu'il fût favorable à ceux qui avoient été submergés sous les eaux ®. I] n’étoit permis à personne par respect pour le dieu de toucher à cette offrande ; aucun prêtre même ne pou-* voit ÿ goûter, elle étoit dispersée par les cam-
% Harpocr., Philoch, oper, de Festis. = ®Suidas, y. Xv- Thot.
pagnes. Dans la Grèce cette opinion d’un déluge fut généralement répandue dans les temps postérieurs à Pindare, et on trouve un grand nombre de cérémonies qui rappellent cette catastrophe (4), À Hiérapolis on donnoit comme un rite commémoratif du déluge, l’usage où étoit un homme de passer sept jours et sept nuits sur l'énorme Phâällus que l’on disoit avoir été élevé par Bacchus lui-même à l’entrée du temple, parce que ledéluge obligea les hommes à chercher un asyle contre les eaux, sur le sommet des montagnes et le faite des arbres ; un autre usage commémoratif du déluge se pratiquoit dans ce même temple, à un certain jour de l’année: chacun alloit puiser de l’eau dans un vase à la mer, et apportoit ce vase fermé avec de la cire et cacheté, Le vase étoit présenté à un galle qui habitoit au bord d’un lac sacré, peu éloigné du temple; le sceau étoit vérifié par lui et le cachet levé, ensuite tous les vases étoient vuidés dans une ouverture pratiquée sous le temple, et par laquelle, disoit-on, s’étoient écoulées les eaux du déluge ®, À Athènes même, dans le temple de Rhéa , il y avoit un lieu consacré sous le nom d’Olympias: on montroit en ce lieu un trou par lequel, disoit-on,
% Sacra sunt instituta diis falsis a regibus Greciæ, quæ memoriam diluviüi, et ab eo liberationis hominum, vitæque tunc ærumnosæ modo ad alta, modo ad plana migrantium, solemni celebritate revocaverunt. — Telle est l'explication que S. Augustin donne des lupercales, ( S. Augustin, de Civ. Dei, lib. XVIT, Cap. 12.) — % Lucian., de Dea Syria, $ 12, 18, 28, 20.
s’étoient écoulées les eaux du déluge sous Deucalion, tous les ans on alloit y jeter en cérémonie des grains d’orge et de miel . On ajoutoit que c’étoit Deucalion qui avoit bâti ce temple, et on se servoit de cet argument pour prouver le séjour de Deucalion à Athènes ®. On montroïit même près de ce temple le tombeau de Deucalion ; dans lile de Samothrace il y avoit sur les hauteurs des autels qui y avoient élé dressés, disoit-on , en mémoire de ce que l’ile submergée par un déluge avoit été délivrée de l’inondation , et tous les ans on offroit sur ces hauteurs des sacrifices aux dieux en mémoire de ce bienfait. ©
C’est le jour des chytres que se livroient les com bats dramatiques , voici la tradition qui nous a été conservée par Athénée sur leur. invention : « C’est au vin, dit Athénée ® , que l’on doit l’in- » vention des pièces dramatiques; elles furent ima- » ginées à Icarie, bourgade de l’Attique, pendant les » vendanges. » Les partisans d'Evhemère prétendoient que Bacchus avoit lui-même inventé les théâtres et les pièces dramatiques, qu’il avoit établi des écoles de musique, qu'il exemptoit de toutes fonctions militaires dans ses armées, ceux qui s’étoient rendus habiles dans cet art, et qu'il avoit formé des compagnies de musiciens qui Jouissoient des plus grands privilèges. ®
4) Pausanias, Aütic., p. 16. — Ÿ Hygin appelle Deucalion , Cécrops. (Hygin, lib. Il, cap. 30.) — ® Diod. Sic. ; Hb£ NE p.223,—% Athen., lib, II, cap.3.—% Diod. Sic., lib. IV, cap. 2.
Icarie étoit une montagne de l’Attique habitée par des peuples de la tribu Egéide. Cette montagne avoit un bourg de son nom qui fut le lieu de la naissance de Thespis; les habitans de ce bourg sacrifiérent les premiers à Bacchus un bouc qui avoit ravagé les vignes. De là est née la fable d’Icarius qui donna le nom à cette contrée : il avoit appris de Bacchus lui-même l’art de cultiver la vigne , et rencontrant un jour un bouc faisant du dégât dans ses vignes , il l’immola à Bacchus son bienfaiteur. Quoiqu'il en soit de cette fable, les paysans, acteurs ou témoins du sacrifice du bouc, se mirent à danser autour de la victime en chantant les louanges du dieu : ce divertissement passager , dit le P. Brumoy, devint un usage annuel, puis un sacrifice public, ensuite une cérémonie universelle, et enfin un spectacle profane ; car ‘comme tout étoit sacré dans l’antiquité païenne, les jeux et les amusemens se changèrent en fêtes religieuses ; et les temples à leur tour se métamorphoscrent en théâtres ; mais cela n’arriva que par degrés. Les. Grecs venant à se polir transportérent dans leurs villes une fête née du loisir de la campagne. Les poètes les plus distingués se firent gloire de com= poser des hymnes religieux, et dy ajouter tout ce que la musique et la danse pouvoient ÿ répandre d’agrémens. On établit des prix de poésie, et ce prix, au moins à la campagne, étoit un bouc ou une outre de vin; depuis long-temps l'hymne bachique étoit appelé tragédie, c’est-à-dire, chanson