‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 13 sur 41 · Tome II. II · texte numérisé non relu

Tome II. II

du bouc ou des vendanges ; ce ne fut en effet rien autre chose durant un long espace d'années. On perfectionna le même genre, mais on ne le changea pas, et on ne trouve pi dans ces hymnes n1 dans les chœurs qui les chantotent, aucune trace de la véritable tragédie; Le P. Tournemine conjecture non= seulement que ces poésies devinrent graves, tou chantes et passionnées, mais qu’elles eurent pour objet la mort de Bacchus ou Osiris tué par Typhon, lorsque les Egypuens eurent apporté cette mythologie dans la Grèce. Quoiqu'il en soit, ces simples chœurs r’étoient pas des tragédies : ce qu’on nous raconte de Thespis barbouillant ses acteurs de lie, pour les rendre plus semblables à des satyres, les promenant dans des chariots, d’où ils lançoient des épigrammes et des plaisanteries aux passans ; donne bien l’origine du drame satyrique ; mais l’acteur unique qu'il introduisit dans ses chœurs, ne rend pas aussi bien raison de l’origine. de la. traédie. Cet acteur unique pouvoit-il jouer seul une tragédie ; il faut pour un drame un dialogue et. conséquemment deux interlocuteurs. L'introduction de cet acteur fut uhe heureuse innovation, 1l supposoit sans doute une action dont il faisoit le récit, mais ce ne fut qu'une ébauche fort imparfaite de la tragédie; les poètes se lassérent, à la fin de ces éloges bachiques qui devenoient fades comme Les louanges toujours répétées sur le même sujet, et le récit qui n’étoit que l'accessoire l’emporta peu, à peu sur le principal. Phrynichus, Chenllus et tous

DIONY SIUS. 163 ceux qui composérent dans le goût de Thespis, oubliérent presqu’entiérement la destination du chœur et ne parlérent plus de Bacchus; delà il arriva que la tragédie fut détournée de son but, et passa des honneurs rendus à Bacchus à des fables et à des re présentations passionnées #, Les prêtres s’en plaignirent, et leurs plaintes fondèrent ce proverbe: CeZa est beau, mais on ny voit rien de Bacchus. « T est surprenant, ajoute le P. Brumoÿ , que ni Aristote, ni ceux qui ont traité cette matiére, ne nous aiént pas montré les. divers changemens que récut la tragédie depuis sa naissance. Aucun écrivain, à l'exception de Philostrate et de Quintilien, ne nous ont dit net. tement qu’Eschyle fut le véritable inventéur de La tragédie proprement dite, chose qui résulte nécessairement des écrits de tous les auteurs de l'antiquité. Tous en effet s’accordent ä dire qu’il Joignit un second acteur à celui de Thespis; voilà des interlocuteurs, voilà un dialogue , et par conséquent le genre de la tragédie; avant lui, rien de tout cela, &’est déne Eschyle quirest: véritablement le père’ de: lac ta gédie. Ce futilui qui orna le théâtre de décorations convenables au sujet , il masqua le visage ‘iles ac teurs, 1} les haussa sur le cothurne!, et lés revétit de robes traînantes pour paroître! avec plus de majesté. [l fit élever le théâtre , il donnarà ges acteurs les formes et la taille des héros qu'ils réprésentoient et que les anciens croyoiént avoir ‘été d’une énorme grandeur ( Héreulé avoit huit peus”).

() Plut., Sympos. 08. É, Oeion,e! | rat

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Ainsi ils avoient une tête, des jambes et des bras postiches ; immense ouverture de la bouche étoit tellement figurée , qu’elle augmentoit le son de la voix ; ce porte-voix étoit nécessaire pour remplir la capacité du lieu, aussi bien que les vases d’airain placés dans les intervalles de l’amphithéätre. Il donna aux acteurs les nonces, les internonces, en un mot tout le cortège des héros. Aussi les Athéniens l’appelèrent-ils le père de la tragédie, et quoiqu'il fût mort, ils l’invitoient à haute voix à assister aux Dionysiaques. »

On ne sauroit nier la justesse de ces réflexions que j'ai tirées du discours sur l’origme de la tragédie par le P. Brumoyÿ. Ainsi, suivant ce savant et judicieux écrivain, le hasard et Bacchus donnérent les premières idées de la tragédie en Grèce ; cependant au lieu de restreindre l’origine de la tragédie au bourg d’Icarie , au hasard d’un*bouc immolé par les habitans de ces contrées, à leur joie et à leurs chants autour de la victinieÿhistoriette qui ‘n’a peut-être été créée par les Athéniens que parce que ce bourg avoit vu naître Thespisslije trouve bien plus sûrement l’origine de toute poésie en général et conséquemment de la tragédie, dans le caractere et l'esprit des premiers âges. Lorsque les Pélasges se rassembloient pour offrir aux dieux les prémices des grains et des vendanges , ils exprimoient leur joie et leur reconnoissance par des danses et par des chants ; ces assemblées étoient composées surtout de jeunes gens des deux sexes, qui en for-

DIONYSIUS. 165 moient la plus belle et la plus nombreuse partie ; le culte religieux prenoit empreinte de la gaieté bouillante d’un peuple vif et turbulent. Ces fêtes étant particulièrement consacrées à Bacchus, ceux + qui, parmi les jeunes Pélasges, avoient le plus d'imagination , échauffés par les présens du dieu qu'on célébroit, composoient des chants en son honneur. Mais après la formation des premières peuplades chez les Grecs, les assemblées solennelles des Pélasges, leurs chants, leurs danses n’eurent plus seulement pour objet Padoration de leurs divinités , mais la célébration de quelqu’événement : heureux , par exemple d’une victoire remportée sur les ennemis. Le récit qu’on en faisoit donnoit un nouvel aliment à la joie publique : l’on sait que la danse des anciens, comme celle dés barbares de notre temps, étoit une représentation mimique de quelque fait ; la narration de cet événement heureux étoit donc accompagnée de la représentation de la chose même par la danse, par un chant approprié au mouvement du corps, par le son d’un instrument de musique qui, en même temps qu'il marquoit et régloit les mouvemens du corps, régloit aussi ceux du discours; le discours luimême étoit cadencé et tenoit de la poésie, il devoit fixer, d’une manière frappante, le fait dans l’esprit des auditeurs : cet ensemble d’abord grossier se perfectionna dans la suite, et fut soumis à des règles qui devoient naître de l’expérience même, puisqu'on remarquoit les choses qui déplaisoient et

celles qui faisoient une impression agréable. Chaque année On célébroit l'anniversaire de cet heureux jour et le récit se renouveloit; mais chaque année aussi on y faisoit entrer des circonstances nouvelles, et le fait principal, vrai et certain d’abord, ne fut bientôt qu'une fable : les chefs de famille les plus récommandables étoient placés par ces récits au rang des héros ; les louanges des dieux, qui aupavant formoient le seul objet des solénnités, furent amalsamés avec les hauts faits de ces héros. L’on reconnoît l’origine du poëme épique et même de la tragédie dont les sujets furent puisés dans ces récits, c’est-a-dire, dans l’histoire et dans la fable, on reconnoit le germe de la poésie en général qui s’éleva par la suite à un si grand point de perfection chez les Grecs. De là il arriva qu'ils eurent un géme qui leur étoit propre, génie qui a eu une PAT influence sur leur système religieux.

Après la fondation d'Athènes l'art de la tragédie qui avoit pris naissance dans les fêtes de echo 2 à la campagne, passa dans la ville en y traïnant un cortège qui fit toujours reconnoître son origine ; le drame satyrique particulièrement , dont les chœurs étoient composés de satyres , étoit un spectacle uniquement consacré à Bacchus, et que les poëtes avoient été obligés de joindre à leurs tragédies perfectionnées, .dans le dessein de contenter le peuple qui s’écrioit toujours en voyant ces pièces nouvelles, Quid ad Bacchum ‘”. Les jours désignés pour la

() Oidey mpoç Toy Atovucoy. On a donné diverses étymologies

DIONYSIUS. 167 représentation des piéces dramatiques annonçoient encore le dieu qui leur avoit donné naissance , pulsque ce n’étoit que dans les fêtes de Bacchus que ces spectacles étoient dorinés à Athènes. Aïnsi la tragédie et la comédie restérent toujours diées à la solennité de ses fêtes, tous les théâtres et tous les jeux scéniques lui étoient uniquement consacrés ; c’est pourquoi les combats sur le théâtre ont été appelés Dionysiaques. Les acteurs étoient aussi appelés drevvoramoi rérvrra , Ouvriers de Bacchus. On ne représenta d’abord des pièces qu'aux fêtes Lénéennes

à ce proverbe. On rapporte qu’Epigènes de Sicyone, ayant fait une tragédie sur Bacchus , les spectateurs lui crièrent, quid ad Bacchum ? mais il n’y a rien de si invraisemblable que ces relations , et en général que l'existence de ces tragédies et de leurs auteurs avant Thespis :

Ignotum tragicæ genus invenisse Camæncæ Dicitur, et plaustris vexisse poemala Thespis. (Horat. , de Arte poet. ) l Sur quelle autorité peut être fondée l'existence d’un Théomis,

que l’on dit être le contemporain d’Oreste , et dont les tragédies : furent imitées par Minos et par Auléas, ainsi que celle d’'Epigènes de Sicyone, qui étoit séparé de Thespis par seize générations ? D’après une tradition beaucoup plus vraisemblable, les combats littéraires en l'honneur de Bacchus commencèrent par les pièces appelées Satyriques, peu à peu on en vint aux tragédies, dont les sujets étoient puisés dans l’histoire et dans la fable, sans qu'il fût question de Bacchus, d’où quelques-uns s’écrièrent , quid ad Bacchum ? Suivant Plutarque , ce proverbe fut appliqué à Phrynichus et à Eschyle , comme nous l'avons vu: en général on appliquoit ce proverbe à ceux qui s’éloignoient du but qu'ils s’étoient proposé. (Suidas, v- OÙdev. )

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et aux Dionysiaques de la ville ®, ensuite on donna des représentations dramatiques aux Panathénées ; Samuel Petit assure qu'avant la troisième année de la quatre-vingt-tréizième olympiade qui eut Callias pour archonte, les poëtes donnoient trois représentations par an. »

Si l'observation de Samuel Petitest vraie, il faut que le plaidoyer de Lysias pour un citoyen accusé de s'être laissé corrompre par des présens, ait été fait aprés la troisième année de la quatre-vingt-treizième olympiade ; ; car dans la péroraison de ce plaidoyer qui nous estrestée, 1l fait direà ce citoyen : « Inscrit dans le catalogue des citoyens sous: l’ar-

chonte Théopompe et nommé Chorège pour les » tragédies , je Uürai trente mines de ma bourse ; » trois mois après, pendant les Thargélies, jobtns » le prix avec le chœur d'hommes faits, et il m'en » coûta 2000 drachmes ; plus de huit cents sous l’archonte Glaucipe, pendant les grandes Pana- » thénées; sous le même archonte, dans les fêtes » de Bacchus, je remportai le prix avec le chœur » d'hommes faits, dont les frais avec la consécration » du trépied, montèrent à cinq mille drachmes ; » ajoutez trois millesous l’archonte Dioclès, pendant » les petites Panathénées pour une troupe de musi- » ciens, danseurs... Sous l’archonte Euclide , » j'exerçai la fonction de Chorège dans des comé- » dies : Céphisodote étoit chef du chœur, je vain-

LA Le

Œ) Scholiast. Arist., Ach., v. 503.

DIONYSIUS. | 169 » quis mes rivaux ; et je dépensai seize mines avec » la consécration des habits , plus sept mines dans » les petites Panathénées, pour une troupe de -» jeunes danseurs. » Ainsi à l’époque où ce discours fut prononcé , il y avoit des représentations dramatiques non-seulement aux grandes et petites Dionysiaques, mais encore aux grandes et petites Panathénées et aux Thargélies. | Antiphon fait dire aussi au Chorège pour lequel il fit un plaidoyer : « Lorsque je fus nommé chorege » dans les fêtes Thargéliennes ®, et que le sort » m’eut donné Pantaclée pour maître de chœur et » m’eut assigné la Tribu Cécropide, outre VErechy» téide dont je suis, je remplis ma charge avec » tout le zèle et toute l'équité dont j'étois capable. » Je commençai par disposer, pour instruire ma » troupe, de la salle la plus commode de ma mai- » son, qui m’avoit déjà servi quand j’étois chorège » dans les fêtes de Bacchus; ensuite je format la » meilleure troupe que je pus sans faire de peine » à personne, sans enlever des gages de force , sans » me faire haïr. Tout se faisoit de la maniere la » plus satisfaisante et la plus avantagëuse pour les deux parties, j'engageois les citoyens par la voie » de la douceur à m'envoyer leurs énfans: ils me » les envoyoient d’eux-mêmes et sans contrainte , ma troupe de jeunes gens étoit formée, mais ne

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