‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 14 sur 41 · LA LA · texte numérisé non relu

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& Les fêtes Thargéliennes se célébroient dans le mois de juillet en l'honneur d’Apollon et de Diane , ou plutôt en l'honneur du soleil. ( Meursius, Græc. fer, lib. IV , p.879.)

» pouvant assister n1 veiller à son instruction , j’en » chargeai Phanostrate mon gendre. Je pris avec » lui Amynias de la Tribu Erechtéide, connu par » sa probité, que les citoyens de la Tribu ont » nommé pour rassembler les jeunes gens, et pour » veiller partout aux intérêts de la Tribu, et un » autre de la Cécropide, qui est aussi dans l’usage » de rassembler les jeunes gens de sa Tribu. Je » pris pour quatrième Philippe, que je chargeai » de faire les achats et toutes les dépenses que de- » manderoit le maître du chœur ou quelqu’ un des » trois que je viens de nommer. »

On voit qu’un chorège avoit le droit de forcer les citoyens de sa tribu de lui envoyer leurs enfans, et de prendre des gages qui lui répondoient de leur exactitude à les envoyer.

Ce plaidoyer prouve quelle ardeur on mettoit à s’intruire pour briller dans ces solennités. Un jeune homme de la troupe de ce chorège avoit pris une drogue pour se former la voix: cette drogue l’empoisonna , il mourut sur le champ; ce plaidoyer a pour objet de défendre le chorège de laccusation portée contre lui à cet égard.

Le chorège devoit avoir quarante ans passés, afn qu’il n’eût de liaisons avec les enfans qu'il formoit que dans un âge mûr."

On distinguoit à Athènes deux sortes de charges publiques onéreuses , les unes pour l'utilité, les autres pour le plaisir ; ces dernières étoient prin-

@ Eschin., Orat. in Timarch.

DIONYSIUS. 171 cipalement les charges de chorège; de gy mnaslarque et d’estiateur. On ne pouvoit pas être exempt des charges pour lutilité, mais l'exempton des charges pour le ‘plaisir étoit une des grâces dont les Athéniens récompensoient les services rendus à l'Etat. Les étrangers établis à Athènes, ou ceux qui ne demeuroient pas à Athènes, mais qui avoient été gratifiés du titre de citoyen, étoient obligés de remplir les charges de chorège, de gymnasiarque, el d’estiateur ; il falloit passer une fois pendant sa Le par ses charges, mais on n’étoit obligé d’y passer qu’une fois.

Le citoyen qui étoit revêtu de la fonction publique et sacrée de chorège , s’engageoit à former à ses dépens une troupe de musiciens et de danseurs pour célébrer les fêtes de Bacchus. Il paroît que chaque tribu n’étoit pas tenue de nommer tous les ans un chorège, car la loi ordonnoit de tenir un mois avant les Dionysiaques ;une assemblée des

chorèges de toutes les tribus, et cette assemblée ayant été convoquée selon l'usage, tous les chorèges s'y trouvèrent, excepté celui de la Tribu Pandionide ; Démosthène voyant la honte qui rejailliroit sur tous les habitans, si pour la troisième année ils ne pouvoient pas encore fournir un chorège, s’offrit pour l’être et recut les applaudissemens umiversels ; dans cette assemblée on tiroit au sort pour le choix ‘d’un joueur de flûte, le sort procura à Démos-

® Démosth., 2 Leptin.

thène Pavantage de choisir le premier, et il désigna

Téléphanes le plus habile d’entr’eux. Il y avoit

une grande émulation entre les chorèges des diffé-

rentes Tribus : celui dont la troupe étoit la mieux

formée et la mieux décorée obtenoit une couronne, et c’étoit un affront cruel pour le chorège que sa

troupe ne füt pas instruite, et qu’elle ne püût pas obtenir le prix.

Le chorège portoit une robe brochée d’or uniquement destinée à cet usage, et la troupe étoit décorée de couronnes d’or; du moins celle dont Démosthène fut le chorège portoit ces décorations. ®

$ VIII. Des Chœurs, — Ils étoient de deux espèces , les Chœurs isolés et ceux des pièces dramatiques.—De leur composition.

On distunguoit à Athénes'deux sortes de chœurs, les chœurs isolés et ceux des pièces dramatiques. Dans l'origine tous les chœurs. étoient isolés, ce n'étoit d’abord qu’une troupe d'hommes et de femmes, de jeunes gens et de jeunes filles qui chantoient et qui dansoient pour célébrer les fêtes et implorer la protection de Bacchus. Dans la suite Thespis, comme vient de nous le dire le P. Brumoy, introduisit un acteur qui donnoit au chœur le temps de reprendre haleine ; Eschyle Joignit un second acteur, puis un troisième qui lioient conversation entr'eux et qui créérent le dialogue, conséquemment

Œ Démosth., in Mediam,

une action et une pièce dramatique. Cette nouveauté eut tant de succès que le chœur employé exclusivement à chanter Bacchus, étant conséquemment le principal, devint l’accessoire ; ces chœurs ne chantérent plus que pour délasser le spectateur, et ils furent renvoyés aux intermèdes ; ou bien ils parurent dans la pièce comme, simples acteurs : ils devinrent agissans, tantôt nymphes, tantôt furies, quelquefois coufrtisans , souvent peuple , mais toujours intéressés à l’action. Eschyle jugea seulement qu'il étoit convenable d’abréger les chants du chœur, et ce fut par où il commença. Il fit donc un double usage du chœur; le coryphée entra dans l’action à la tête des autres personnages du chœur , au nom desquels il prenoit la parole : ses autres fonctions consistoient à chanter dans les intervalles , le chœur s’en acquittoit comme auparavant, en mêlant des marches graves et majestueuses au chant de toutes les voix réunies, avec cette différence que depuis l'invention de la tragédie, et même au temps de Thespis , il ne chantoit rien qui ne füt lié à tout l’ouvrage. C’est ainsi que, sans cesser tout à fait d’être ce qu'il avoit été, le chœur changea la matière de ces chants, et ne devint qu'une partie d’un grand tout. Les chœurs chantoient et dansoient comme avant Thespis ; quand le nombre de cinquante personnages fut réduit à quinze, 1ls paroissoient sur trois rangs de cinq, ou sur cinq rangs de trois, et de même à proportion

ae BACCHUS

lorsqu'on les réduisit à douze. II paroît que ce fut Eschyle qui. réduisit les chœurs à douze personnagcs, Sophocle les porta à quinze; ils faisoient ensuite diverses évolutions et prenoiïent des airs différens de joie ou de tristesse, selon l'impression que leur donnoit leur guide ou leur coryphée: le chœur alloit de droite à & gauche >» ce tour s’appeloit strophe ; ; il déclinoit ensuite de gauche à droite j c’étoit lantistrophe ou le retour, enfin le chœur s’arrétoit au miheu du théâtre pour y chanter un morceau. qu’on nommoit épode(z). Le chœur se divisoit quelquefois en deux parties, c’est ce qu’on appeloit Hpuyépre. |

On conserva méanmoins des chœurs isolés , c’esta-dire, des troupes de musiciens et de danseurs qui dansoient simplement , ou qui, en dansant, chantoient des hymnes en lPhonneur de Bacchus. Ges musiciens portoient le nom de Phallophores, d’'Ithyphalles , et Autocabdales.

Les Phallophores ne mettoient pas de masques, ils se ceignoient d’un plastron fait d’un tissu de serpolet, surmonté de feuilles d’acanthe : ensuite ils se mettoient une couronne épaisse entrelacée de lierre et de violettes et paroïssoient vêtus d’une canace, s’avançant les uns par l'entrée ordinaire, les autres par le milieu des chœurs , eten mesure , ils débutoient toujours ainsi :

« Bacchus, c’est à toi que nous consacrons ces » chants, variant nos accents sur un rhythme simple,

» mais ces chansons seroient peu convenables de » vant des vierges, nous allons commencer un » hymne nouveau. »

Après ce début, ils s’avançoïent en courant et persiffloient qui bon leur sembloit; Le coryphée des Phallophores marchoit tout droit et tout barbouillé de suie, |

Les Autocabdales prononcoient leurs chants avec lenteur, ils cherchoient à y mettre de la grâce, on les appela dans la suite Tlambes , eux et leurs pièces. Ils portoient une couronne de lierre.

Les Ithyphalles portoient un masque qui étoit celui des gens ivres. Ils avoient la tunique talare ( robe trainante } qui étoit bigarrée moitié de blane, et ils fixoient , avec une ceinture , une tarentine qui les couvroit jusqu'aux talons ; leurs manches de diverses couleurs et toutes couvertes de fleurs leur tomboïent sur Les mains. En entrant par la grande porte ils marchoient en silence , et lorsqu'ils s’étoient avancés jusqu’au milieu de l’orchestre , 1ls se tournoient vers le théâtre.et disoient :

« Rangez-vous, faites place au dieu, car le dieu » veut passer droit, sur la chaussure dont ik a fes » pieds ceints. © » |

Athénée ® fait la description du repas que Caranus donna en Macédoine pour ses noces, et

G) Athen. , Hb. XIV, cap. 3,4.—Suidas , v. Phallophoroi.— @Y Athen. , Zibid.—Si l’on veut avoir plus de détails sur Les Ithyphalles et leur origine, il faut voir Eudocie, dans les Ænecdotes Grecques de M. Villoison, p. 4r2. =} Athen., kb, IV, cap. 1.

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il raconte que tout-àa-coup la troupe de ceux qui venoient de célébrer à Athènes la fête des chytres, fit une irruption dans la salle , ils étoient suivis des Ithyphalles, des Skeropaiktes, (c’étoit la troupe de ceux qui disoient des injures, skeros , injure , maibeuv, badiner ). | $

Il y avoit encore d’autres chœurs tels que les Hilarodes qui portoient des habits blancs d'hommes et des couronnes d’or, qui chaussoient des sandales et dont les chants étoient accompagnés d’un instru- ‘ ment à corde : on donnoit une couronne pour récompense à l’hilarode ‘ou au chef de ces chœurs. Les Magodes et les Lysiodes. chantoient des vers de même espèce, et ne différoient qu’en ce que les uns portoient des habits de femmes et les autres des habits d'hommes. Ils avoient avec eux des tambours et des cymbales, entreméloient dans leurs rites une espèce de magie. Il ÿ avoit aussi les chœurs orbiculaires, qui chantoient le dithyrambe , et qui dansoient au chant de cette espèce d’hymne, en l'honneur de Bacchus, les mains tantôt libres, tantôt entrelacées.

Démétrius de: Phalère introduisit des rhapsodes sur le théâtre. Chaméléon cité par Athénée dit dans son ouvrage sur Stésichore qu’on chantoit non-seulement les poésies d’'Homére, mais même celles d'Hésiode, d’Archiloque, et celles de Mimnerme et Phocylide : Simonide de Zacynthe chanta les vers d’Antiloque sur le théâtre, y étant assis. Le Khapsode Mansion déclamoit des vers iambiques de Si-

DIONYSIUS. 177 monide dans les pompes publiques. Hégésias déclama des morceaux d’'Hérodote sur le théâtre, et Hermophante, des morceaux d’Homère. Le dialogue de Platon intitulé Zon ou de la poésie, prouve que les Rhapsodes disputoient le prix sur le théâtre , en récitant les tirades les plus intéressantes des grands poëmes. ASE ;

Il y avoit quatre personnes principales dans les chœurs, le chorège yopnyés qui étoit chargé des frais de la troupe; le maître du chœur qui linstruisoit et Le formoit, 6 rod yopoèc Ddtoxmy ; le coryphée xopuoatos , il étoit le chef de la troupe, c’est ui, qui la conduisoit; enfin le joueur de flûte avlntis , celui qui lui donnoit le ton. fl ÿ avoit ensuite le président de la partie droite du chœur j le président de l'aile gauche, et le président du centre: du reste plusieurs écrivains et particulierement J. Pollux ® nous-ont donné de longs détails sur la composition et la division des chœurs ; ainsi que sur le lieu appelé Chorægium où l’on plaçoit tout ce qui appartenoil aux personnages du chœur et aux acteurs, les ornemens et les décorations de théâtre. Ces détails sont intéressans , mais ils nous éloigneroient trop de notre sujet : chaque tribu (et elles étoient au nombre de dix} avoit des chœurs qui disputoient à l’envi, le prix de la musique et de la danse; ce prix étoit un vase à trois pieds, le chorège vainqueur consacroit ces trépicds à Bacchus.

® 3. Pollux, lib. IV, cap. 15 et sub.

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