‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 15 sur 41 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

178 BACCHUS On lit dans le Gorgias de Platon, que Nicias fils de Nicératus et ses fréres, avoient donné les trépieds qu'on voyoit rangés de suite dans le temple de Bacchus; Nicias gagna la faveur populaire en donnant des spectacles et des jeux dans lesquels il surpassoit en magnificence et en bon,goût tous ceux qui lavoient précédé et tous ses contemporains. Îl consacra aux dieux de nombreuses offrandes, et il plaça particulièrement dans le temple de Bacchus un petit temple (Megara ):et tous les trépieds qu'il dédia comme vainqueur dans les jeux ; car il fut souvent couronné et jamais vaincu. On raconte que dans un chœur de tragédie dont Nicias faisoit les frais, il passa sur le théâtre un de ses esclaves habillé en Bacchus qui, encore dans la fleur de Pâge, étoit d’une taille et d’une beauté singulières. Les Athéniens charmés de sa figure battirent long-temps des mains; Nicias s'étant levé, dit au peuple qu'il se croiroit coupable d’impiété , s’il retenoit dans la servitude un esclave que la voix publique venoit de consacrer comme un dieu , et surle champ il le mit en liberté. ®

Les Grecs portoient partout cet esprit de magnificence et de goût pour les combats dramatiques et les fêtes de Bacchus; à son retour d'Egypte en Phénicie, Alexandre fit des sacrifices et donna des fêtes solennelles, où des chœurs disputérent le prix de la musique et de la danse, et où l’on combattit

& plut., 7. Nic., cap. 5.

pour le prix de la tragédie. Ces fêtes furent remarquables non-seulement par la magnificence de leur appareil, mais encore par l’émulation de ceux qui en firent les préparatifs. Les rois de Chypre avoient fourni à cette dépense, comme le faisoient à Athènes, ceux qui, dans chaque tribu , étoient désignés par le sort ; et il y eut entr’eux une ardeur extraordinaire à se surpasser, mais personne ne se piqua de plus de magnificence que Nicocréon, roi de Salamine , et Pasicratés, roi de Soli. Le premier se chargea des frais dé Thessalus, le second de ceux d’Athénodore , les deux acteurs qui avoient le plus de célébrité à cette époque. Alexandre favorisoit Thessalus , mais il ne montra son intérét pour lui, qu'aprés qu’Athénodore eut été proclamé vainqueur. Athénodore ayant été condamné à l’amende par les Athéniens, pour ne s'être pas trouvé aux fêtes de Bacchus, pria Alexandre d’écrire en sa faveur; Alexandre n’écrivit pas, mais il paya l’amende pour lui. Un autre acteur nommé Lycon, de la ville de Scarphium, ayant eu le plus grand succés sur le théâtre , inséra dans son rôle un vers, par lequel il demandoit à Alexandre dix talents : ce prince sourit et les lui fit donner. ®

La fête des Dionysiaques exigeoit de grands frais; les chœurs isolés surtout étoient trés dispendieux , ils coûtoient beaucoup plus que les chœurs de tragédie ou de comédie. Toutes ces dépenses étoient déterminées par une loi; chacun savoit d’avance

( Plut,, Zi. Alex., cap. 14.

dans sa tribu ce qu’il avoit à faire, On ne négligeoit rien dans ces fêtes, tout étoit prévu, tout étoit réglé. ®

Pour soutenir ces frais , on prenoit le us re citoyen de chaque tribu ; et pour le dédommager de ses dépenses, on avoit statué que son nom, avec celui de la tribu victorieuse, seroit gravé sur le vase à trois pieds qui demeuroit attaché à la voûte du temple de Bacchus(v), Voici une de ces inscriptons tirée de Plutarque : La tribu Antiochide remporta le prix, Aristide Chorège fit les frais du chœur, et le poète Aristarque composa les tragedies. *

Dans le premier mois qui suivoit la céléDtaion des Dionysiaques, on nommoit ceux qui devoient pourvoir aux frais de la fête pour Vannée suivante;

1) Démosth., première Philipp.

@ Cet Aristide consacra , ainsi que le fit Nicias , des tr épieds dans le temple de Bacchus , comme un titre de sa victoire. On a donné ce fait comme une preuve qu’Aristide étoit riche; mais il a été démontré que depuis la guerre des Mèdes, jusqu'à la fin de la guerre du Péloponnèse , il n’y avoit dans les registres que deux Aristides qui eussent remporté la victoire dans les jeux qu’ils donnoient à leurs dépens , et l’un et l’autre n’étoient pas le même que le fils de Lysimachus. Les Grecs disoient : Cet homme parle du trépied , lorsqu'on disoit la vérité; ce proverbe est le même que cet autre qui appartient également aux Grecs : Vin vérité. Ce trépied étoit proprement le trépied de la vérité ; c’étoit une espèce de cratère qu’on appeloit Zebetas : il étoit propre à Bacchus à cause de la vérité qui suit l'ivresse, (Athen., lib. IL, cap. 2. |

c'étoit alors qu'on nommoit aussi Îles édiles de chaque tribu. Sous l’archonte Callias, on régla que ces frais seroient supportés par deux CHorbses au lieu d’un; ee qui donna à ces jeux plus d'abpateil et plus d'éclat , en donnant les de d'en augmenter les dpéass

Les hymnes et Les chœurs avoient été établis pour les fêtes de Bacchus, non-seulement d'aprés les lois relatives aux Dionysiaques , où l’on avoit consacré les rites antiques, mais d’après l’ordre des oracles qui tous enjoignoiïent aux Athéniens de former des chœurs, suivant leurs anciens usages, d’immoler des victimes dans les carrefours. Démosthène ® nous a transmis deux de ces oracles; le premier étoit un oracle de Dhs: :

« J’ordonne aux descendans d’Erechthée, habi- » tans de la ville de Pandion, qui sont fidèles a » observer dans les fêtes, les rites antiques; je » leur ordonne de ne pas oublier le dieu Bacchus, » de lui rendre tous ensemble, dans les carre- » fours, les honneurs accoutumés, d’immoler les » victimes sur les autels, la tête ornée de fleurs. » Le second étoit un oracle de Dodone.

« Le prêtre de Jupiter annonce qu'il faut immoler à Bacchus, protecteur du peuple, une » victime sans tache, l’honorer par des libations » et par des chœurs, faire porter des couronnes » aux hommes libres et aux esclaves qui s’abstien-

@ Démosth., ir Necr.

» dront de tout travail pendant un jour. » Divers auires oracles qui n’ont pas été cités par Démosthène, avoient été rendus sur le même objet.

$ IX. Des divers combcts l’ltéraires en l'honneur de Bacchus.— Prix de ces combats.

11 y avoit en l'honneur de Bacchus des combats pour tous les âges, pour les enfans, pour les hommes faits et pour les vieillards. Chacune de ces parties avoit son organisation particulière, ct cette organisation étoit la même pour chacune de ces classes ; il y avoit le Præbitor des enfans, comme celui des hommes faits et des vieillards : ce dernier chœur étoit composé de ceux qui étoient au-dessus de quarante ans jusqu’à soixante ®, Ainsi outre les chœurs de la comédie , de la tragédie et du drame satyrique , On distinguoit dans les chœurs isolés, les chœurs des enfans , ceux des jeunes gens, et ceux des hommes faits. Julius Pollux a prétendu que Tyrtée avoit établi chez les Lacédémoniens ces trois chœurs. Ce que J. Pollux attribue à T'yrtée, quelques-uns ont Cru que Plutarque en faisoit honneur à Lycurgue ; l’on sait qu'il entroit dans Vesprit des insututions de Lycurgue de favoriser l'art de la poésie, mais de cette poésie qui excitoit le courage , inspiroit un véritable enthousiasme, et enflammoit pour les belles actions : le style en étoit simple et mâle, dit Plutarque © ; les sujets graves

(& Lois de Plat. , bb. 1. = ® Plut., Vit. Lycurg.

DIONYSIUS. | | 183 et propres à former les mœurs. Dans les fêtes publiques, ajoute cet auteur, tous les citoyens étoient divisés en trois chœurs suivant les trois âges différents; mais Plutarque ne dit pas que cette division fût due à Lycurgue, et Meursius ? a trés bien prouvé que ce n'étoit ni Tyrtée ni Lycurgue. qui avoit inventé les trois chœurs des enfans, des hommes faits et des vieillards , mais que cet usage étoit ancien à Sparte comme à Athènes: du reste chez ces deux peuples, ces chœurs n’avoient ni la méme origine, ni le même objet; chez les Athéniens c'étoit les rites perfectionnés de l'ancienne joie religieuse des premiers âges; chez les Lacédémoniens , c’étoit une institution politique au but de laquelle le législateur vouloit faire concourir la religion.

Les législateurs de la Grèce, voulant détruire les restes de l’ancienne barbarie et calmer une multitude inconstante et passionnée, non-seulement se servirent des moyens toujours puissans des fêtes et des réunions publiques, mais encore ils encouragérent la culture des arts, et les combats sur les ouvrages d'esprit entrérent dans leurs moyens ; ils en firent une des principales parties de leurs solennités. Il n°y a rien de si incertain que l’époque à laquelle ces combats furent établis: quelques-uns en font remonter l’origine jusqu'aux temps héroïques. Acésandre , auteur d’une histoire de Cyrène, cité par

© Meursius, Miscell. Lacon., lib. II, cap. 10.

Plutarque Ÿ , avoit écrit qu'Acaste, aux funérailles de Pélias son père , proposa un prix de poésie, et que Sybilla y remporta la victoire. L’on connoît le combat très douteux d’'Homère et d’'Hésiode aux funérailles d’OElicus de Thessalie et d’Amphidamas de Chalcis. Tous ces faits sont peu croyables sans doute; ce qu'il y a de certain, c’est que ces com- . bats, sans qu’on puisse déterminer l’époque de leur | création , avoient lieu dans la plupart des'jeux de la Grèce. Dans le trésor des Sicyoniens, à Delphes’, il y avoit un livre d’or consacré par Aristomaché; qui avoit remporté le prix aux jeux pythiques. Terpandre y remporta trois fois le prix de lalyre, qui consistoit à exécuter des odes et des élégies mises en . musique par les auteurs eux-mêmes. Suivant une tradition rapportée par Pausanias, les jeux pythiques consistoient anciennement en un combat de poésie et de musique, dont le prix se donnoit à celui qui avoit fait et chanté le plus bel hymne en l’honneur du dieu. L’on conroit les victoires remportées par Corinne sur Pindare à Tanagre. 11 y avoit prés d’Olympie un gymnase appelé Lalichmion, du nom de celui qui l’avoit institué, et dans lequel pouvoient se présenter tous ceux qui vouloient s'exercer dans les combats littéraires de tout genre; mais les plus célébres de ces combats étoient ceux des fêtes de Bacchus. Suivant Plutarque, les poètes tragiques ne connoissoient pas encore ces combats littéraires du

@ Plut., Sympos. , Ub. V, cap. 2.

DIONYSIUS. 189 temps de Thespis, qui vivoit vers la soixantième olympiade ®. Ce fut à peu près vers le retour de Solon à Athènes, de son voyage de l'Egypte et de l'Asie, que Thespis donna une forme différente à la tragédie. L’Alceste , une des premieres piècés qu'il : fit jouer, est placée par la chronique de Paros à la première année de la soixante-uniéme olympiade. On a prétendu que les marbres d'Oxford étoient en opposition avec lopimon de Plutarque, qui dit que l’usage des combats littéraires dans les fêtes de Bacchus ne s'établit que du temps d'Eschyle ét de Phrynichus. À la vérité cette chronique parle ® de la première représentation d’une comédie dont Susarion et Dolon Icariens étoient les auteurs : ils eurent pour prix un panier de figues et une barrique de vin qu’ils emportèrent sur un char. Les marbres . sont mutilés dans cette partie, la date de l’année et le nom de l’archonte sont effacés; cependant on peut placer cette comédie à l’époque de la première usurpation de Pisistrate à Athènes, c’est-à-dire ; dans l'intervalle des années 610 et 589 avant J.-C. , longtemps avant que Thespis eut donné son Alceste, dont les mêmes marbres placent la représentation à l’année 508 avant l'ère chrétienne ® : on y voit aussi qu'il reçut un bouc pour prix. Ces passages de la Chronique rie disent pas qu'il y eut concours : il est certain que Thespis fit jouer seul sa tragédie d’AL-

ti:

@ plut., Fit, Sol. , ÿ 40. = ® Chron., Ep. ho. = © Chron., Ep. 44.

136 BACCHUS cesie, et cela peut d'autant moins être révoqué en doute, que c’est la première pièce qui ait paru, et que jusqu'alors il n’y avoit eu que des chœurs, et cependant la Chronique dit qu’il reçut un bouc pour prix : ce prix n’étoit donc que la récompense de son travail, et non le prix d’un combat. On peut en dire autant de Susarion et de Dolon, comme le prouvent les termes mêmes dela Chronique: Æ4thenis comædia primum acta est in scena tabulata inventoribus Susarione et Dolone; il ne s'agit là

{ F que d’une seule comédie, dont Susarion et Doloh

étoient les auteurs ®. L'opinion de Plutarque, d’ailleurs si vraisemblable, conserve donc toute son autorité. Les combats entre les poëtes tragiques ne devinrent célèbres que vers lasoixante-dixiéme olympiade, lorsqu'ils commencèrent à se disputer le prix par quatre pièces dramatiques, qui étoient comprises sous le nom général de tétralogies. Les piéces dont se composoit la tétralogie étoient trois tragédies ct une quatrième appelée satyre, telle que le Gyclope d'Euripide , la seule de ce genre qui nous soit restée. Plusieurs critiques ® prétendent que le sujet des trois différentes tragédies qui entroïent dans la tétralogie avoient ordinairement quelque chose qui leur étoit commun. Ainsi , la tétralogie d’Eschyle ,

GW FL est naturel de penser que les prix ne furent établis que lorsque Vémulation eut multiplié les poètes , et que leur nombre eut amené une foule de prétentions opposées , et conséquemment des combats littéraires.

® Schol. Aristoph., ir Nub.

de

DIONYSIUS. 197 connue sous le nom d’Orestia, a été ainsi nommée, parce que la premiére deses trois tragédies étoit Agamemnon, la secende les Cœphores, la troisième les Euménides ; une tétralogie d'Euripide roula sur les affaires de Troie : ces tragédies furent Alexandre, c’est-à-dire Pâris, Palamède et les Troyennes : nous n'avons plus le drame satyrique intitulé Protée, qui étoit la quatrième pièce de cette tétralogie; ou bien ces trois pièces, quoique tirées d'histoires différentes , rouloient sur des faits d’à peu près même nature, telles sont celles du poète Xénoclés qui ; dans la quatre-vingt-onzième olympiade, obtint le prix de la tétralogie contre Euripide : il donna OEdipe qui tua son père, Lycaon et les Bacchantes qui égorgérent leurs enfans, suivies d’Athamas, drame satyrique Ÿ. Cependant cette règle n’étoit pas générale, car nous avons des tétralogies dont les sujets paroissent nw’avoir rien de commun : par exemple, on cite une tétralogie d’Euripide qui comprenoit Médée, Philoctète, Dictys et les Moissonneurs; un autre d'Eschyle comprenoit Phynée , les

Perses, Glaucus et Prométhée ®. Sophocle fut le

G Ælian., Hist, Variæ., lib. II, cap. 8.

@ Celles qui étoient sur le même sujet étoient les plus estimées ; on les regardoit comme plus difficiles. On donnoit à ces sortes de tétralogies un seulnom, celui du héros qui en étoit l’objet; c’est ainsi que l’on disoit*la Pandionide de Philoclès, l'Orestiade d’Eschyle. Les Romains n’imitèrent pas les tétralogies , ils se contentèrent de faire sur un même héros uue tragédie et une atellane. Aïnsi on voyoit le même personnage

premier qui, dans ces combats, commença à opposer tragédie à tragédie, sans faire de tétralogie : du reste ces combats entre les poètes tragiques devinrent si célèbres , que Thémistocle rmmortalisa la mémoire de celui dans lequel Phrynichus et lui furent couronnes , par une inscription qui est venue jusqu’à nous Ÿ. Dans la suite, soit que les génies se fussent épuisés, soit que les Athéniens eussent conservé un goût exclusif pour les anciens poëtes , on permit aux auteurs de porter au combat les pièces dés anciens auteurs corrigées, et Quintilien assure que quelques modernes avoient élé jugés is cette seule raison dignes de la couronne.

On ne connoît pas très bien les lois et les juges de ces combats, qui ont subi divers changemens, suivant l’usage et éncore plus suivant la diversité des lieux et des temps. D’apres Hésychius il . avoit cinq juges pour les pièces de théâtre, d’après Lu-

dans Les deux pièces; c'est ce qui a fait dire à Horace :

F. erum ila risores, ita commendare dicaces Conveniet satyros , ita vertere seria ludo,

. Ne quicumque Deus , quicumque adhibebitur heros , Regali conspectus in auro nuper et ostro,

Migret in obscuras humili sermone tabernas,

Aut dum vitat humum , nubes et inania captet. ( Horat., Art, Poetic., v. 225.) | % plut., èr Themist. — Voici cette iécriptions 6 Thémistocle, du bourg de Phrear', étoit chorège : Phrynichus avoit composé la pièce , Adimante éloit archonte. Cette inscription étoit placée sur une table consacrée par Thémistocle, à l’occasion du prix même qu’il avoit obtenu,

DIONYSIUS. 189 cien il y en avoit sept ®, d'aprés Plutarque dix (x) : ils étoient tous tirés au sort ® ;-1l paroït même que. dans les temps anciens, le jugement des ouvrages de poésie, de musique, et même de peinture et de sculpture, étoit abandonné à la multitude : celui des concurrens pour qui plus de mains s’étoient levées en signe d’approbaüon étoit déclaré vainqueur. Cet usage fut sagement réformé, on nomma des juges, et il ne resta de l’ancienne coutume que ce qu'il étoit bon d’en conserver, la présence du peuple à l’examen des ouvrages et à la proclamation des jugemens ; ces juges éloient choisis dans chaque inibu , ils avoient des places distinguées , ils étoient assis sur le premier banc, ils prétoient serment de juger selon le droit et équité, sans cabale ni sans aucune faveur. On prenoit toutes les mesures nécessaires pour mettre le jugement au-dessus de tout soupçon, et en général on 2 avoit grande confiance. « La foule, dit Timothée à EH G, suit tou- » jours le suffrage de ceux qu’elle regarde comme » d’excellens juges; c’est à ce pelit nombre que » vous devez plaire. Dans les jeux publics, le grand » nombre des spectateurs peut bien applaudir ou » sifller , mais ceux qui décernent le prix ne sont » qu’au nombre de sept ou de cinq, plus ou moins.» Dans certaines occasions ces juges montroient la plus grande.sévérité; on voit par l'exemple d'Evangelus, cité par Lucien, qu'ils étoient en droit de

® Lucian., Harmosts = ® Plui., in Cimon. = ® Lucian. , Harmonid. x

punir et même de faire battre de verges, ceux qui étoient assez téméraires pour se présenter au combat sans avoir les qualités requises.

Il y avoit ordinairement plusieurs prix dans les combats entre les poëtes tragiques où comiques , comme le prouve l'argument de la Médée d’'Euripide , donné par Aristophane le grammairien, où 1l dit que cette pièce fut représentée sous larchonte Pythiodore, vers la quatre-vingt-septième olympiade: Euphorion obtint le premier prix, Sophocle le second, et Euripide le troisième. Médée, Philotecte, Dictys et les Moissonneurs, drame satyrique, formoient la tétralogie que fit jouer Euripide. On voit aussi dans le second argument des Grenouilles d’Aristophane , que cette comédie fut jouée sous l’archonte Callias , lors des fêtes lénéennes, et que cette pièce fit donner à Aristophane le premier Prix, Phrynichus obtint le second pour sa comédie intitulée les Muses, et Platon le troisième pour sa comédie de Cléophon. D’après les lois de lAthénien Lycurgue, on inscrivoit sur le tableau des citoyens ceux qui avoïient remporté la victoire.

Dans les jeux publics de la Grèce, on ne combat-

(@ 1 paroît que le jugement des pièces dramatiques étoit prononcé devant tout le peuple , et pendant les fêtes pour lesquelles, ces pièces avoient été composées. Ce qui arriva à la représentation des Nuées en donne la preuve, le peuple ap- ‘plaudit avec transport, et voulut forcer les juges à prononcer en faveur d’Aristophane, cependant Cratinus et Amipsias eurent les deux premiers prix. (Arg., Nub., p. 50, 51.)

DIONYSIUS. 191 toit que pour la gloire ; lesprit d’'émulation étoit un des traits distinctüifs du caractère des Grecs. Du temps de Pindare les prix des vainqueurs, tant dans les exercices du corps que dans ceux de l'esprit, ne consistoient que dans une simple couronne( y) d’olivier, sauvage aux jeux olympiques, de laurier aux jeux pythiques, d’ache vert aux jeux néméens, et d’ache sec où de pin aux jeux isthmiques (aa). Les poètes qui étoient vainqueurs aux panathénées , outre une couronne d’olivier de ceux qu’on appeloit sacrés Où popla, recevoient encore un vase plein d'huile ; et quoique la loï défendit le transport de lhuile hors de l’Attique, il étoit permis à ceux d’un autre pays d’emporter celle qu’ils avoient reçue pour prix. Dans les fêtes de Bacchus on donnoït aux poètes vainqueurs, du vin nouveau ; maïs ces dons étoient d’un prix si mince qu’ils n’avoient pour objet que le dieu sous les auspices duquel ils avoient vaincu , c’étoit une distinction qui pouvoîit seulement flatter Le vainqueur : ils recevoient une couronne de lierre, plante consacrée à Bacchus, que les poëtes reconnoissoient aussi pour une des divinités qui les inspiroient ®. Ges prix étoient accompagnés de tout ce qui pouvoit flatter Pamour-propre des gens de lettres et exciter leur émulation ; aussi les recherchoient-1ls avec une ardeur incroyable > et lorsqu'ils les avoient obtenues , il donnoient à leurs amis un grand festin qu’on appeloit orvéuer.

G) Ye doctarum hederæ præmia frontium Dis miscent superis. ( Horat., Carm. , lib. I » Od.T, v. 29.)

= Les citoyens qui avoient bien mérité de la patrie, qui avoient fait une action courageuse, où dont on vouloit récompenser la vertu , recevoient.une couronne qui leur étoit décernée , soit par le sénat, soit par de peuple, soit par leurs bourgs en particulier. Une loi citée par Démosthène régloit la mamière dont ces couronnes devoient être proclamées. Voici Le texte de cette loi: « Les couronnes.que décerne- » ront les bourgs, seront proclamées dans chaque » bourg particulier , mais si le peuple ou le sénat » décernent des couronnes, on pourra proclamer » celles-ci sur Île théâtre aux fêtes de Bacchus ®. » Eschine prétendoit au contraire que les couronnes décernées par le sénat devoient être proclamées dans Le lieu de l'assemblée du sénat, que ceux couronnés par le peuple devoient l'être seulement dans le Pnyx, leu de l'assemblée du peuple, et qu’il étoit défendu de les couronner ailleurs. L’infracton à celte loi a été un des motifs de l’accusation d'Eschine contre Ctésiphon, qui avoit proposé de proclamer sur le théâtre pendant les grandes Bacchanales, au jour des nouvelles tragédies, la couronne décernée à Démosthène, à cause de sa vertu et de sa fermeté courageuse , à cause du zèle dont il étoit animé pour le peuple d’Athenes, et des services qu'il avoit rendus à la patrie. « Quant à la proclamation.sur le » théâtre, réplique Démosthène , mille couronnes » furent mille fois proclamées , et moi-même jy fus

( Démosth., Orat. ir Coron.

» couronné plusieurs fois.» Il cite particuliérement l'exemple des généraux Nausiclès, Charidème et Diotime, dont la couronne d’or fut proclamée aux fêtes de Bacchus et aux grandes Panathénées.

Parmi les motifs qué donne ce décret, de l’'honneur rendu à Démosthène, lon voit que lorsqu'il présidoit aux dépenses du théâtre, il avoit ajouté généreusement cent mines pour les sacrifices, à la somme tirée de toutes les tribus ; il paroït que chaque tribu contribuoit à l’instant même pour les frais des sacrifices. |

Non-seulement on décernoit sur le théâtre des couronnes d’or à des citoyens pour récompenser leurs services, mais un peuple décernoit des couronnes à un autre peuple par reconnoissance des services qu’il en recevoit; c’est ce que prouve un passage d’'Eschine, dans sa harangue sur la couronne. « Ne » seroit-il pas bien triste, que dans un jour qui étoit » consacré aux couronnes étrangéres, où le théâtre » étoit rempli de couronnes, on couronnât dans ce » même jour, et sur ce même autel, Démosthène » qui est cause, par son administration , que vous » n'êtes plus couronnés Ÿ ? » Démosthene rapporte le décret par lequel les Byzantins, les Périnthiens et les peuples de la Chersonèse, décernérent des couronnes au peuple d'Athènes, qui les avoit secourus contre Philippe ®. Le peuple récompensoit le sénat d’une couronne d’or ; lorsqu'il l’en jugeoit

G) £schin,, Orat, in Coron. = ® Démosih. , ir Coror.

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