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digne; mais s’il n'avoit pas fait construire de galéres il lui étoit défendu par la loi de demander cette récompense. La proclamation de toutes ces couronnes se faisoit sur le théätre par la voie du héraut: la loi ordonnoïit de consacrer à Minerve la couronne d’or qui avoit été proclamée sur le théâtre. ?
$ X. Lacélébration des jeux scéniques avoit lieu le jour de la fête des Chytres.— Du théätre. — Les pièces dramatiques étoient particulièrement. consacrées à Bacchus.— Des acteurs.— Ils étoient aussi consacrés à Bacchus. — De l'Odeum.
I est certain, d’après le vers deux cent vingtunième de la comédie des Grenouilles ,.que les jeux scéniques qui avoient lieu le jour des Chytres, se célébrérent au Lénæum, d’abord sur de simples lanches que l’on dressoit pour cet usage, et ensuite sur le théâtre (bb), que l’on construisit en ce lieu après lacadent de Pratinas, ou plutôt lorsque la ville se fut embellie, car ce prétendu accident n’a d'autre garant que l'autorité de Suidas®. Ce théâtre, construit en pierre, étoit à l’angle sud-est de la citadelle : il étoit joint au temple de Bacchus ®. On ne connoit pas d’une manière précise l’époque où il a été construit; il étoit le plus ancien de tous, dit Pausanias ®. Il y avoit dans la même enceinte deux petits temples et deux statues de Bacchus; l’une étoit
Fi Aristoph., Ran., v. 299: — @) Suidas, v. party. — © Y1pian. Enar., tn Demosth., Orat. C. Midiam. = (4) Pausanias, : lib. L, cap. 20.
DIONYSIUS. 195 le Bacchus d’Eleuthére, l’autre, en ivoire et en or À étoit un ouvrage d’Alcamène. Les peintures qui ornoient ce lieu , représentoient divers traits de l’histoire de Bacchus.
On voyoit dans le théâtre d'Athenes les portraits de plusieurs poètes tragiques, et particulièrement ceux d’'Eschyle, de Sophocle et d’'Euripide. La tragédie étoit uniquement consacrée à Bacchus; alors il'étoit représenté sans la robe syrmate, mais 1l étoit chaussé du cothurne, ainsi que les bacchantes(®. La comédie étoit consacrée à Apollon; c’est pourquoi les comédiens avoient coutume de dresser un autel en l’honneur d’Apollon au milieu du Proscennium®, Ménandre appelle cet autel Aflios; néanmoins la comédie, chez les Athémens , ne jouissoit pas de la même estime que la tragédie ; une loi défendoit à tout juge de l’aréopage de faire des comédies, tandis que les auteurs de tragédies imprimoient une sorte de vénération qui tenoit du respect religieux. On les regardoit comme les favoris des dieux, on comparoit leurs poëmes et leurs discours au chant des sirènes , on regardoit leurs vers comme une inspiration divine. On racontoit que les Lacédémoniens ayant fait une irruption dans lPAttique au moment de la mort de Sophocle, Bacchus apparut en songe a celui qui les commandait , et lui ordonna de rendre des honneurs à la nouvelle Sirène. Eschyle,
» Schol. Arist,, Ran.,v. 406.—Tacite, lib. I. = ® Terent.. Andr.
dans sa jeunesse , s'étant endormi dans une vigne, Bacchus lui ordonna de composer une tragédie. La comédie ne fut pas d’abord admise, comme la tragédie, dans les fêtes publiques ; les magistrats ne commencérent à admettre des chœurs comiques que bien plus tard. Ceux qui jouoient la comédie étoient des acteurs libres et volontaires , qui donnoïent ces représentations sans ordre du magistrat.
Le drame satyrique qui avoit un rapport plus immédiat avec le culte de Bacchus , tiroil son nom des satyres qui en faisoient toujours lame et non de la satire qui a été bien postérieure aux poëmes satyriques, et qui, suivant l'expression de Quinuhien, étoit toute romaine. La matière ordinaire de ces pièces éloit Bacchus; comme la tragédie et, la comédie informes, elle étoit née de la liberté des fêtes célébrées par les paysans. Les vendanges, le bouc immolé , les quolibets de villages , la licence des paysans assez conforme à celle des satyres, furent. dit le P. Brumoy, les sources des spectacles qui amusèrent s1 long-temps Athènes...
Le poëme satyrique n’a pris sa forme, comme la tragédie et la comédie, qu’à peu près. dans le même temps et de la même manière, c’est-à-dire, au temps d’Eschyle et par ses soins. L’inventeur du dialogue est sans contredit l'inventeur de tous les spectacles de son siècle. Les satyres et les silénes
U) Carmine qui tragica vilem certavit ob hircum Mox etiam agrestes satyros nudavit. (Horat.)
composoient le chœur des pièces satyriques; Thespis, contemporain de Solon vers la soixantième olympiade, fut le premier qui fit paroître des satyres dans son chariot, comme Horace semble le dire. La scène étoit conforme à celle des spectacles de cette nature, un rocher, un antre, des pâturages 2 des troupeaux. Les satyres se couvroient de peaux de chèvres ; les satyres eë les silénes vieux étoient distingués des jeunes par des masques srotesques , vraies têtes postiches ayant l'air de celles des chèvres. Ces espèces de casques les distinguoïent par la coiffure à longs poils ; une peau de bête couvroit négligemment les satyres. Les silènes étoient ornés de fleurs artistement tissues; les uns et les autres étoient quelquefois représentés par des acteurs grimpés sur des échasses, afin de mieuximiter leurs jambes grêles comme celles des boucs. Le spectacle consistoit ainsi que les autres, dans la poésie, le chant et la danse ; mais tout étoit plus gai dans le genre satyrique, surtout la danse qui avoit été de tout temps affectée aux satyres. Leur danse particulière se nommoit Sicinnis, soit à cause de Sicinnus son inventeur , ou du mot grec x UYNOLS qui signifie | mouvement : aussi étoit-elle vive, ainsi que la musique qui n’étoit nullement gracieuse, comme cela convenoït à un spectacle qui devoit se ressentir du genre grossier des paysans Ÿ (cc).
- Tous Les babitans de PAttique assistoient aùx
« Brumoy, Discours sur le ARE para”
108 BACCHUS a représentalions théâtrales, et la bouffonerie des drames satyriques étoit faite pour diverur, les paysans, en ieur présentant des farces dans le genre de la joie grossitre et agreste des campagnes.
Il y avoit deux autres espèces de poëmes qui étoient destinés uniquement au culte de Bacchus, les dithyrambes et les iobacchi. Les Tobacches étoient plus simples et plus naturels que les dithyrambes, on les nommoit ainsi du mot cobacche qui entroit à différentes reprises dans la composition de ces hymnes. Les poètes conservèrent même dans la suite, le genre dithyrambique, dans les piéces dramatiques qu'ils donnoient lors des fêtes de Bacchus; dans la comédie des Acharmiennes par Aristophane, linvocation à la muse Acharnienne est dans le genre dithyrambique, on y trouve tout le désordre attaché à cette sorte de poëme qui étoit consacré à Bacchus (dd).
L'usage des jeux scéniques étoit tombé dans Voubli, il fut rétabli par l’orateur Lycurgue qui fit. aussi achever le temple de Bacchus auquel il présida en personne. fl ordonna que tout acteur qui auroit remporté le prix dans la fête des Chytres, auroit le droit de cité : cette concession qui étoit nouvelle remit en vigueur un talent qu’en avoit négligé faute d'encouragement. Une autre loi de Lycurgue portoit qu'on éleveroit des statues de bronze aux poëtes tragiques, Eschyle , Sophocle et Euripide; que leurs tragédies seroient transcrites aux dépens du public, et que le secrétaire
de la ville les liroit aux acteurs : le but de cette lecture étoit d’exciter leurs talents en leur faisant entendre ces chefs-d’œuvre de art.
Les acteurs eux-mêmes étoient consacrés à Bacchus, et comme les anciens soldats avoient coutume de consacrer leurs armes à Mars, les gladiateurs à Hercule , les bergers leurs flûtes à Pan, les femmes surannées leurs peignes à Vénus, aïnsi les artistes, lorsqu'ils quittoient le théâtre, consacroient leurs masques dans le temple de Bacchus 4 : es acteurs appelés reyvica diovuaiaxot, artistes ou ouvriers de Bacchus, formoient à Athènes un corps nombreux et important. Lorsqu’Aristion favori de Mithridate arriva à Athènes, au milieu des acclemations du peuple tout entier qui attendoit de grands bienfaits de ce prince , les ouvriers de Bcdhill alléreat audevant de lui, le prièrent comme envoyé d’un nouveau Bacchus, de se rendre à leur foyer commun, et d'y être présent aux priéres et aux Éatiôns accoutumées. On fit des sacrifices dans le terrain consacré des ouvriers de Bacchus, en présence d’Aristion, et les hbations furent annoncées par un héraut , the Vassemblée générale qui eut ‘lieu Île lendemain. Aristion engagea les Athéniens à abandonner le parti des Romains ::« Non, Athémiens, » léur dit-il, ne voyons pas avec indifférence la » voix de Bacchus réduite au silence, le vénérable
G Aristid., Fragm. apud Phrynich.—Quisnam dixerit puer ? Quod Bacchi templum , ubi personæ adperduniur.
» temple des divinités Eleusiniennes fermé , et les » écoles des philosophes sans maîtres et sans audi- » teurs © ! » Nicomachus, dans son Îlithyie , produit sur la scène un cuisinier qui l'emporte par sa fierté et son arrogante, même sur le corps des artistes. consacrés au culte de Bacchus. Ge corps avoit un grand crédit dès le temps même d’Alcibiade, comme on en peut juger par la faveur qu'obtint l'acteur Hegemon. Un insulaire avoit dirigé une accusation contre lui : Hegemon réunit le corps des acteurs et alla avec eux prier Alcibiade de le protéger. Alcibiade leur ordonna à tous de le suivre, il se rendit au temple de Cybele où éloit le registre des causes, et effaça l’accusation dirigée contre Hegemon. L’archonte offensé garda le silence !!! On donnoit des gages considérables aux acteurs qui avoient acquis une grande célébrité TS leur salaire se régloit sur le nombre de pièces qu'ils jouoient ; dès qu’ils se distinguoient sur le théâtre d'Athènes, ils étoient recherchés des. principales villes de la Grèce ; elles les appeloient pour concourir à l’ornement de leurs fêtes (ee).
Le théâtre s’ouvroit de très bonne heure: à la pointe du jour, dit Eschine, Démosthène conduisit au théâtre les ambassadeurs de Philippe; aussi donnoit-on par jour beaucoup de pièces dont on ne peut évaluer le nombre d’une mamiére précise.
Le prêtre de Bacchus, en raison de sa dignité ,
& Athen., Deipnos, Ub. 13. = ® Plut., ir X Rhetor.
occupoit dans le théâtre, la place la plus distinguée ® : en général les ministres des dieux avoient un grand crédit et tenoient un rang considérable à Athènes; quoiqu’ils n’eussent aucune juridiction , ils avoient des prérogatives qui les distinguoient , leurs ministères étoient sacrés, et leurs personnes inviolables.
Dans le voisinage du temple et du théâtre de Bacchus étoit l'Odéum. Andocide ® étant sur le vestibule du temple de Bacchus, disoit avoir vu plusieurs personnes descendre de l’Odéon. Vitruve démontre que le. portique de Mercure, le temple de Bacchus et lOdéum étoient placés à la gauche de ceux qui sortoient du théâtre; lOdéum avoit la forme d’un théâtre %., 1l fut construit par Périclès. Tous les anciens ‘écrivains ont célébré la grandeur et la magnificènce de lOdéum. Avant la construction du grand théâtre ou son rétablissement par Liycurgue , les poètes et les musiciens s’assembloient dans POdéum pour y jouer et y faire représenter leurs pièces : c’est ce qui le fit appèler Odéum, du mot 9% , cantus. On avoit placé à l’entrée une belle :statue de Bacchus : les Archontes y tenoient quelquefois ‘leur tribunal, et Pony faisoit au peuple la'distribution dés bleds et des farines , comme on les distribuoit. dans le Long Portique à ceux qui habitoient le Pirée. Le comble de cet
. () Aristoph., Ran., v. 209.— @) Andocid., Orat. in Myster: 1% Schol. nos ad Vesp.
édifice étoit construit des antennes et des mâts enlevés aux vaisseaux des Perses, et sa forme imitoit celle de la tente de Xerxès ®, Cet édifice fut brülé l’an de Rome 668, quatre-vingt-six ans avant l’ére chrétienne, pendant le siège d'Athènes par Sylla. Aristion qui défendoit la “ile pour Mithridate, craignant que le général romain se servit des matériaux de lOdéum pour attaquer PAcrôpole ®, y fit mettre le feu. Le roi Ariobarzane, deuxième dé nom. et surnommé Philopator, qui régna en Cappadoce depuis lan 690 de Rome, jusqu’en 703 ; fit rebâtir lOdéum ;, ce prince n’épargna rien pour rendre à l'édifice, sa première splendeur. . Strabon, Plutarque , Pausanias , qui ont écrit depuis son rétablissement , le mettent au nombre des plus magnifiques monumens d'Athènes : Hérode Atticus qui vivoit sous les Antonins , ajouta de nouveaux ornemens à l’Odéum; du moins c'est l’opinion de Wheler ® ; mais Stuart pense que l’Odéum d’Hérode étoit distinct de celui de Périclès: les anciens disent qu'Hérode bâtit l’'Odéum en l’honneur de sa femme Regilla, et non qu'il en restaura un ancien ©. Wheler prouve d’après le témoignage de Pausanias et par les circonstances locales, qu’on ne doit pas confondre lOdéum avec’le théâtre qui
% Vitruv., Lib. 5. cap. 0.— Théophr., Caract.,cap. 3.—Plut. — ® Appian., de Bello Mihrid. = ® Wheler , T. I, p. 165.
@ Dans la supposition de Wheler , l’ancien Odeum auroit été à droite du théâtre de Bacchus, tandis que, suivant Vitruve, il étoit à gauche. { Vitruv., Mb, V, cap. 9.)
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s'appelle encore le théâtre de Bacchus. Dans l'orchestre de POdéum étoit placé l'autel de Bacchus que lon appeloit Thymelé. Dans la partie antérieure du Palpitum ou Logeum que l’on appeloit aussi Thymelé étoient assis les musiciens et Îles choristes, comme on peut le conjecturer d’après quelques restes de sièges placés dans le roc, que l'on voit encore à présent au fond du Thymelé. Ces musiciens prenoïent le nom de Thymélici du lieu où ils étoient placés. « Les Thymélici, dit » Isidore, étoient des musiciens de théâtre, qui » s'accompagnoient avec des instrumens , des Lyres » et des cythares. On les appeloit Thymélict , parce » que placés autrefois dans lorchestre , ils exécu- » toient leurs morceaux de musique de dessus le » Pulpitum qu’on appeloit Thymelé ®. » D’après le passage du scholiaste d’Aristophane ( ad vespas ), l'Odéum étoit le lieu où se faisoient les répétitions des pièces de poésie ou de musique qui devoient être jouées sur le théâtre de Bacchus. ®
$ XI. Zmporiance que les Athéniens attachoient à la fête des Dionysiaques. — Lois et réglemens pour leur observation. — Les distributions d’argent au peuple se faisoient au théâtre pendant les Dionysiaques.
Les Dionysiaques étoient une chose st importante chez les Athéniens Mqu'on étoit dans l'usage de
(9 Hsidor., lib. XVIIT, cap. 48: — ® Zn quo soliti fuerunt pœmata pronunciare ante tllam pronunciationem in theatro.
compter le temps à parür de cette fête Ÿ. Cétoitpour ce peuple l’objet de ses désirs , ‘et le terme de comparaison pour tout ce qui pouvoit lui arriver d’agréable et d’heureux. ®
Leur solennité attiroit des spectateurs de toutes les parties de la Grèce et répandoit un esprit de vertige parmi les habitans d'Athènes; pendant plusieurs jours on les voyoit abandonner leurs affaires, se refuser au sommeil, passer une partie de la journée au théâtre, ne pouvant se rassasier des divers spectacles qu’on y: donnoit : ce plaisir étoit d'autant plus vif pour eux, qu’ils le soûtoient rarement.
Le respect pour ces fêtes étoit tel qu'il r’étoit permis de les troubler en aucune mamére; un créancier ne pouvoit pas même exiget de l'argent de son débiteur ; les Athéniens ne laissoient pas punir dans ces solennités les injustices qui avoient précédé ; ils abandonnoient pour ce temps aux débiteurs condamnés , les biens adjugés aux créanciers par une sentence. Voici le texte de la loi rapportée par Démosthène : » Lorsqu'on célébrera les » fêtes de Bacchus, il ne sera point permis, dans les » jours consacrés à ces fêtes, de prendre des gages,
Zx eo ferè tantum effluxit temporis, quantum à Dionysus. —% Sperans , si pax esset, spectacula Dionysüs celebraturum tri. —Fædera jucundissima et Dionysüs dégna.— Oh Dionysta ! hæc quidem fædera ambrosiam et nectar reddent. ( Suidas, v. Dionysit = % Barthélemy. , Voyage du J: Anacharsis, TU,
p:197, chap. x1.
» de rien exiger de ceux même qui seront en retard » pour LE Ar d’une sentence ; quiconque en- » freindra cette loi, pourra être accusé par ceux » qu'il aura forcés ; on pourra porter des plaintes » contre. lui dans l’assemblée du temple de Bac- » chus, on l’accusera comme ayant violé la fête, » on le jugera comme on juge tout violateur de la » fête. »
Les insultes faites à Athènes à un simple particulier étoient poursuivies par les voies ordinaires ; mais si elles étoient dirigées contre un homme public et particulièrement contre ceux chargés des solennités religieuses, l’action étoit publique : une insulte faite à un Thesmothéte , à un choreège, étoit punie de l’infamie, elle étoit considérée comme étant faite aux lois, à la religion elle-même, et au dieu dont on célébroit la fête.
Il paroît que les désordres occasionnés par le tumulte de ces fêtes et par la jalousie des tribus et des personnages qui y recevoient quelque distinction , y avoient été portés à un tel point qu’on avoit été ob de faire cette loi, car elle étoit nouvelle du temps de Démosthène. |
La loi pour les mystères d’Eleusis étoit la même que pour les Dionysiaques ; un certain Evandre de
® Cette loi ajoute : « Lorsqu'on célèbre les fêtes de la lune » et du soleil , il ne sera point permis , etc. » Ulpien remarque , . A 19 » : 3 à cette occasion, que la fête de la lune se célébroit après les Dionysiaques , parce que la lune étoit la sœur de Bacchus, que l’on sait avoir été considéré comme le soleil.
Thespies fut condamné pour avoir violé les mystères, parce qu'ayant obtenu une sentence contre Menippe de Carie dans une affaire de commerce, et n’ayant pu jusqu'alors mettre la main sur sa personne, 1l le saisit aux mystères de Gérés : on vouloit le punir de mort, mais laccusateur qui étoit Menippe lui-même , s'étant laissé fléchir , laccusé fut seulement condamné à perdre la somme de deux talents que lur devoit Menippe, et à dédommager celui-ci de tout le temps qu’il avoit perdu à Athénes pour ce procès. Le père de l’archonte Chariclés qui étoit l’assesseur de son fils, alloit étre condamné pour avoir lui-même chassé du théâtre avec violence, pendant les fêtes de Bacchus , un étranger qui sy étoit emparé d’une place; 1l mourut avant que de paroitre au tribunal. Un certain Ctésiclés fut condamné par tout le peuple a la peine de mort , parce qu'il célébroit les Bacchanales armé d’un fouet, et qu étant ivre, il en avoit frappé quelqu un qui étoit son ennemi ; on jugea qu 711 avoit violé la fête, qu'il avoit eu l'intention d’outrager son ennemi , et qu 11 s’étoit servi du prétexte de la fête et de l'ivresse pour traiter les hommes libres comme les esclaves Ÿ. Il étoit défendu aux étrangers de paroïtre dans les chœurs ; cependant si le chorège les citoit quand ils étoient sur le théâtre, on le condamnoïit à une amende de cinquante drachmes. S'il les forcoit lui-même de se
(1) Démosth., ir Mid.
DIONYSIUS. 907 retirer , l'amende étoit de mille drachmes : la loi autorisoit seulement le chorége à citer devant le juge, avant qu'il parüt sur le théâtre, ou après qu'il y avoit paru , l'étranger qui se mettoit parmi les personnages du chœur. Cette loi a le même principe, le respect pour ces solennités.
Ulpien prétend que pendant les Dionysiaques on ouvroit les prisons, et qu’on permettoit aux prisonniers de se promener librement dans la ville.
. C’étoit l'usage que dans les querelles survenues au
sujet des fêtes de Bacchus, le peuple assemblé tumultuairement dans le temple de ce dieu, prononçât d’abord sur les délits qui étoient ensuite portés à un tribunal plus tranquille, aux Prytanes qui s’assembloient le lendemain des fêtes de Bacchus. Dans cette assemblée on traitoit d’abord des objets de la religion, ensuite on s’occupoit de juger les querelles qui étoient survenues dans les cérémonies de Bacchus. 4
C’étoit au spectacle, pendant les fêtes de Bacchus , que se faisoient les distributions d’argent au peuple. Isocrate, dans l’éloquent discours qu’il composa pour faire sentir à ses compatriotes la nécessité de faire la paix avec les villes de Chio , Cos, Rhodes et Byzance qui s’étoient soulevées contre Athènes, ( ce qu’on appela la guerre des alliés ), Isocrate reproche aux Athéniens leur conduite envers les alliés. « Ceux qui nous gouvernoient, dit-il, sembloient
8) Démosth. , in Midiam.
» né s'occuper qu’à nous rendre odieux; en vertu » de leurs décrets , l'argent qui restoit des contri- » butions des alliés étoit distribué à chaque spec- » tacle, pendant les fêtes de Bacchus; les alliés » étoient témoins de ces largesses du plus pur de » leurs biens par des orateurs mercenaires. © »
L'argent ainsi distribué portoit le nom de T’héorica. Comme il arrivoit souvent que .dans les jeux des Dionysiaques , il s’élevoit des rixes violentes, et que les étrangers s’emparoient des places tandis que les citoyens en étoient privés, le peuple d'Athènes décréta que le spectacle ne seroit plus gratuit et que chaque citoyerpayerait sa place ; mais comme les pauvres souffroient de cette mesure, puisque les riches en y mettant un prix élevé eussent pu prétendre exclusivement à ces places, on régla que chaque citoyen ne payeroit qu’un drachme , et on appella aussi cette rétribution Théoricon : il y eut un magistrat chargé de la recevoir et il en porta le nom. Eubulus, à l’approche des Dionysiaques, ayant distribué de l'argent pour les sacrifices, afin que tous les citoyens pussent célébrer la fête, et que personne ne füt privé du spectacle à cause de son indigence, on étendit le nom de T’héorica à V'argent que lon distribuoit au peuple, pour les spectacles, pour les sacrifices et pour les jours de fête.
W Jsocr., Orat. de Pace. — Ÿ Suidas, v. Theorica.
DIONYSIUS. AE et
Démosthène , Plutarque ® et Justin ©, se sont élevés contre l’abus et le luxe des spectacles et des Bacchanales à Athènes, fêtes qui, dit Démosthène , absorbent plus d'argent que vous n’en dépensez pour aucune de vos flottes, qui surpassent en pompe et en magmificence celles du reste de la Grèce. « Le fonds des armemens de terre et de » mer, dit Justin, se dissipe en jeux et en fêtes. La » paie dé soldat se distribue au citoyen oisif, les » représentations du théâtre l'emportent sur les » exercices du camp. La valeur et la science mili- » tairenese comptent pour rien, on napplaudit plus » aux grands capitaines; il n’y a d’acclamations » que pour les bons poëtes et les excellens comé- » diens. » Tel est le tableau que Justin fait des Athéniens après la mort d’Epaminondas ; mais le passage de Plutarque où il fait le paralléle des généraux et des poëtes, est bien plus remarquable, surtout. par les détails qu'il présente. Plutarque fait avancer les poëtes avec leurs instrumens de musique, en chantant : «Qu’ilsse présentent, dit-il, » avec tout leur attirail, leurs masques, leurs » autels, leurs machines tournantes ( pour faire » descendreet monter les dieux, dit Amyot),etleurs D trépieds récompenses de leurs victoires; qu’ils y » joignent leurs acteurs, décorateurs de ha: tragédie » qu'ils parent à la manière des femmes somp-
& Démosth. , Philipp. X. — % Plut., de Glor. Athen. — S Justin, lib. I, cap. 0.