CHAPITRE IL
ÿr. Des grandes Dionysiaques , l’une des plus grandés solennités de la Grèce. —Epoque de leur célébration.
$ 2. Il n’y avoit que deux Dionysiaques , les petites, qui étoient annuelles, et les grandes qui étoient triennales. À
$ 3. Des différentes fêtes de Bacchus dans la Grèce.
$ 4. Bacchus Eleuthère.—Mysès.
$I. Des grandes Dionysiaques, l’une des plus grandes solen nités de la Grèce.—Epoque de leur célébration.
Les rites ; les cérémonies, les usages dont nous venons de donner le détail, étoient communs aux Anthestéries et aux grandes Dionysiaques. La seule
@ Apud Phot., Cod. 242.
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différence, c’est que ces cérémonies apres l’établisse- . ment des grandes Dionysies , étoient célébrées avec plus de pompe dans cette ne que dans les Anthestéries.
Les grandes Dionysiaques portoient le nom de äçuxa, peydla, urbana et majora ; souvent on les .appeloit Dionysia, par excellence. Ainsi, lorsqu'on
trouve dans les auteurs anciens le mot de Dionysia seulement, cette dénomination indique toujours les grandes Dionysiaques.
Les étrangers étoient admis aux grandes Dionysiaques, et ils ne létoient pas aux Lénéennes. Cette affluence augmentoit la solennité de la fête, et on devoit y mettre plus d'appareil en raison même de cette circonstance. Aussi les Dionysiaques étoient une des plus grandes solennités de la Grèce ; on cherchoit par la beauté des spectacles , à fixer l'attention des étrangers qui ÿ afiluoient de toutes parts . C’est à cette époque qu’on apportoit les tributs des villes soumises.
Les grandes Dionysiaques se célébroient en automne ; il y a eu une grande divergence à cet égard , je dois donc rapporter les preuves sur lesquelles ] j'ai fondé mon opimon.
Je tire mes preuves d’ Aristophane et de l'époque où ses pièces ont été jouées : les dates de ces pièces sont fixées par les paroles même d’Aristophane,
-® Aristoph., iz Acharn., v. 644.—Schol. Arist,, v. 377.— Ælian. , Hist, Div,, lib. I1, cap. 30.
par d’anciennes préfaces grecques sur ses œuvres, par les scholiastes , et par les raisonnemens que l’on peut tirer de ces choses réunies, et qui l’ont déjà été par ses commentateurs.
IL nous reste onze pièces d’Aristophane, quatre ont été jouées aux fêtes Lénéennes, les Acharniennes, les Chevaliers , les Guêpes, et Lysistrate ; six
ont été jouées dans les grandes Dionysiaques, les
Nuées, la Paix, les Obs ; les Thesmophories, les Grenouilles ei les Harangueuses ; quant à Plutus la date en est fort incertaine, on croit qu’elle fut jouée la quatrième année de la quatre-vingt-dixseptième olympiade ; mais on n’en a d’autre preuve que la préface grecque, et rien n'indique si elle a été jouée aux Lénéennes ou aux Dionysiaques.
IL est essentiel de remarquer qu’on ne trouve mi dans Aristophane, ni même dans les tragiques grecs, l’indication d’aucune autre fête de Bacchus que les Lénéennes et les Dionysiaques ; où Les pièces de théâtre aient été jouées : ce qui confirmé pleinement mon opinion sur le Pots des fêtes publiques de Bacchus à Athènes.
J'ai déja démontré que les anthestéries se célébroient tous les ans au printemps, et que le mois anthestérion correspondoit au mois de mars; j'ai maintenant à ürer des pièces données aux dionysiaques, la preuve qu’elles l’ont été en automne : et sans me livrer a la citation de tous les passages d’Aristophane et de tous les faits desquels je pourrois induire cette preuve, je me contenterai d’en citer
quelques-uns, en me bornant à ce qui sera nécessaire pour apporter la conviction. Je tire ma premiére preuve de la comédie des Grenouilles : on se rap pelle que dans cette comédie Bacchus voit passer la procession d’'Iacchus , et entend les initiés chanter le cantique pr que nous avons cité plus haut; or, les fêtes d’Eleusis se célébroient sur la fin de Pre , dans le mois d'octobre: l'apparition . de ce chœur se rapportoit donc au temps des Dionysiaques, et Aristophane établit ainsi l'identité d'époque des fêtes de Bacchus où fut jouée la comédie des Grenouilles et celle des fêtes d'Eleusis qui avoient lieu en automne.
Dans les Thesmophories qui ont été de pendant les grandes Dionysiaques, Mnésilochus se plaint d’être entraîné hors de chez lui, dans li mauvaise saison, pai l’importunité d’Euripide son parent ; le valet d'Euripide annonce que son maître va paroître , car, ajoute-t-1l, on ne brille pas à faire des vers en cette saison, si l’on ne recourt à la chaleur du. soleil. Ün autre passage de cette comédie est encore plus positif, c’est le vœu qui est exprimé par un des. personnages du DE des hivondelles, c’est-à-dire, du printemps. *
La comédie des Nuées a été jouée sous l'archonte Aminias, cest ce que dit textuellement le scholiaste d’Aristophane sur Le vers 31 de cette comédie.
Quando tandem optalum veniet tempus , quo a molestis
hisce liberabor. Nous exprimons ce vœu à présent de la même manière. à
Da ER BACCHUS
Cette horrible et dégoütante satyre qui prépara la mort du plus sage des Grecs, fut donnée pendant les grandes Dionysiaques où il ÿ avoit un grand concours d'étrangers, puisqu’au nom du malheureux Socrate si fréquemment répété et à sa figure que les faiseurs de masques avoient parfaitement
imitée, les étrangers qui ne savoient pas de quoi il
s’agissoit , faisoient du bruit dans l'assemblée à force de demander quel étoit donc ce Socrate: 1l le remarqua , il y étoit venu sachant bien qu'il étoit le bouffon de la comédie ; car 1l n’alloit au spectacle que lorsqu'Euripide disputoit Le prix pour des tragédies nouvelles. Il s’étoit placé dans un lieu d’où il pouvoit étre vu de tous les spectateurs, il affecta de tirer les étrangers d’embarras: il se
leva et durant le spectacle, il se tint debout, tant.
il montra de mépris pour cette satyre et pour tous les Athéniens assemblés. Quand même lon révoqueroit en doute ce fait rapporté par Elien ®, il seroït prouvé par les passages suivans,-que la comédie des Nuées a été jouée devant les étrangers et conséquemment dans les grandes Dionysiaques. Le chœur dit Ÿ: primum Athenienses salvere jubeo eorumque socios. Dans les Acharmennes, le même Aristophane parlant des fêtes Lénéennes, dit ®.: Neque adsunt peregrini, neque tributa veniunt, nec ex urbibus , ( quæ tributa pendunt socii. } C’est
U Ælian., Var. hist., Gb. IT, cap. 13. = Aristoph., Nub., v. 609. = (Ÿ Aristoph., Acharn.,v. 505.
DIONYSIUS. 225 ce que confirme Elien, dans ce passage, à l'occasion même de cette comédie, et quippe, cum essent Dionysia, magna multitudo Græcorum confluxerat. Il faut se rappeler que par l'expression Dion ysia, les anciens entendoïent toujours les grandes Dionysiaques. ÎL est également établi qu'Aristophane à donné la comédie des Guépes aux fêtes Lénéennes , sous lemême archonte Aminias, et dansla même année qu'il a donné ses Nuées. Or, puisqu'il est prouvé que les fêtes Lénéennes étoient célébrées au printemps, puisque les Nuées n’ont pu être jouées aux Lénéennes, mais seulement aux grandes Dionysiaques, car 1l y avoit des étrangers à la comédie des Nuées, et ils étoient exclus des Lénéennes , ül s'ensuit que les grandes Dionysiaques n'étant pas célébrées au printemps, ont dû l’étre en automne : aussi le valet dans la première scène des Nuées, commence-t-1l à se plaindre de la longueur des nuits.
Je dis que les grandes Dionysiaques n'étant pas données au printemps, on doit en conclure qu’elles l’étoient en automne, et en effet quelqu’ait été le dissentiment des auteurs anciens et modernes, sur le nombre, le lieu, la nature des Dionysiaques, tous se sont accordés à reconnoître que la célébration de ces fêtes n’avoit lieu que dans deux saisons de l’année, le printemps et l’automne ; or, s’il est vrai, comme 1l n’y a pas à en douter, que les Dionysiaques doivent être réduites à deux, les Lénéennes étant célébrées dans le printemps , il s’en-
Tone IT. 15
396 BACCHUÜS
suivra que les grandes Dionysiaques ont été célébrées en automne.
À ces preuves de raisonnement qui me paroissent concluantes , aux inductions tirées des pièces même dAristophane, je pourrois joindre un grand nombre de preuves directes : Galien parlant de l’époque à laquelle il faut semer le platane, dit que c’est dans le mois appelé septembre à Rome, dmepéeperaior À Pergame, et dans lequel on célébre les mystères. Un passage de Philostrate est encore plus positif: il dit qu’il arriva au Pirée dans le temps que les Athéniens célébroient les mystères de Dionysius, solennité la plus fréquentée de la Grèce et qui a lieu en automne. Le scholiaste d’Aristophane dit textuellement ® que les grandes Dionysiaques se célébroient en automne. Le scholiaste d’Eschine © fixe cette époque d’une manière encore plus précise : La féte des Dionysiaques de la ville, à Athènes, dit-il, arrive au mois de posidéon; en appliquant cette date aux harangues sur la fausse ambassade , l’on y trouvera des preuves plus imposantes encore, que les grandes Dionysiaques se célébroïient en automne. Eschine dit dans sa harangue sur la fausse ambassade, que Démosthène de retour à Athenes avec les autres députés envoyés en Macédoine le huitième jour du mois, prononça un discours dans lequel il proposa de recevoir les ambassadeurs de
@ Schol, Arist., ad Achar., act. Il; scen. 2. = @ Eschin., Orat. in Timarch. |
DIONYSIUS. 5 E y)
Philippe, et de leur assigner une place pour les jeux dans les Dionysiaques. Eschine ne pouvoit parler que des grandes Dionysiaques , puisqu'il s’agissoit d’y donner une place à des étrangers; 1l ne nomme pas le mois, mais d’après le passage de son scholiaste que nous venons de citer, c’étoit le mois de posidéon. Eschine dit ensuite qu'ils arrivérent après les Dionysiaques urbaines le dix-huïtiéme jour du mois; ainsi, les grandes Dionysiaques se célébroient dans l'intervalle du 8 au 18 du mois posidéon : on se rappelle qu’il correspondoit à nos mois d’octobre et de novembre. Éschine rapporte un autre décret proposé par Démosthène suivant lequel il veut qu’àprès les Dionysiaques et l'assemblée tenue dans le temple de Bacchus , les Prytanes indiquent deux assemblées , l’une pour le 18 et l’autre pour le 19. Ces passages d’Eschine semblent autoriser à croire que, comme les Lénéennes étoient célébrées les 11, 12 et 13 du mois anthestérion, les grandes Dionysiaques étoient également célébrées les 11, 12 et 13 du mois posidéon. Dodwell dit qu’elles commençoient le 12, mais il ne rapporte aucune autorité sur laquelle il fonde son opinion; du reste il règne une obscurité impénétrable sur la durée des grandes Dionysiaques, et sur les cérémonies qui y étoient observées. Dans cette matière on en est réduit a des conjectures : nous rapporterons l’une de ces conjectures qui à été tirée d’un passage de Plutarque Ÿ, où cet écrivain citant l'exemple de plu-
% Plut., an Seni., T. Il, p. 785.
sieurs vieillards qui avoient conservé la vigueur de leur jeunesse, parle d’un acteur nommé Polus qui vivoit du temps de Démosthène , et qui à läge de 70 ans, avoit joué dans huit tragédies en quatre jours. Ce ne pouvoit pas être aux Panathénées, où du temps de Démosthène, on ne jouoit pas de pièces dramatiques; ce ne pouvoit pas être aux Lénéennes qui ne duroient que trois jours. Îl falloit bien que ce füt aux grandes Dionysiaques , et alors on en à conclu qu’elles duroient au moins quatre jours : on pouvoit en conclure avec plus de fondement qu’elles durotent bien davantage ; car une fête aussi solennelle dans laquelle les rites Eleusiniens et ceux du dieu du vin devoient être réunis , dans laquelle on célébroit des mystères, on faisort
des initiations et une procession solennelle, ne pou-
voient pas être remplis seulement par des représentations dramatiques: ces représentations, dans les Lénéennes , ne formoient que le tiers de la fête.
Je pourrois multiplier à linfini les autorités qui établissent que les srandes Dionysiaques se célébroient en automne; je sais que l’on pourroit m'opposer des autorités respectables qui placent les grandes Dionysiaques au printemps. L’on ne peut concilier, sans doute, des autorités aussi contradictoires : quelque recommandables que soient celles que je viens de citer, je ne m'en prévaus pas; mais du moins lon doit céder aux régles de la saine critique et aux preuves de raisonnement qui, comme nous l'avons vu, nous démontrent que les grandes
DIONYSIUS. | 229 Dionysiaques ne peuvent pas étre placées dans un autre temps que l’automne, preuves qui ont d’autant plus de force qu’elles sont conformes à l'esprit de la religion des Grecs. C'est en automne que finissent les travaux de la campagne et les récoltes de tous les fruits , c’est alors que doivent être naturellement placées les solennités religieuses qui ont eu pour objet primitif de remercier la divinité de ses dons : aussi voit-on que tous les autres mystères étoient placés en automne, c’est ce qui faisoit appeler cette saison, puçnpioridus pas , le temps des mystères. On ne sauroit deviner le motif de Pexception qui auroiït été faite pour les Dionysiaques dont Pin: time liaison avec l’agriculture a dû au contraire les faire placer à cette époque: aussi les principales fêtes de Bacchus se célébroient-elles chez tous les peuples en automne; et ceux qui aiment à se rappeler leurs auteurs classiques, savent que celles de ces fêtes qui se célébroient sur le mont Rhodope, et qui ont été décrites par Horace , avoient lieu dans le mois d’octobre. |
G IT. Zl n’y avoit que deux Dionysies , les petites , qui étoient annuelles, et les grandes qui étoient triennales.
M. de Sainte-Croix ® déclare positivement que
( Fiebrum prospiciens , el nive candidam Thracen, ac pede barbaro |
. Lustratam Rhodopen. ( Horat., lib. III, Od. 25.)
® Sainte-Croix, Myst. du pagan., T. IL, p. 7.
les Athéniens ne distinguoient que deux Dionysies, les petites qui étoient annuelles, et les grandes qui étoient triétériques ou triennales. Je suis convaincu que M. de Sainte-Croix a raison , il n’est entré dans aucun détail ; je vais tâcher d’y suppléer et de démontrer la vérité de sa doctrine, quoiqu’elle ne soit pas maintenant suivie par la plupart des savans qui ont été séduits par la dissertation de Rhunckenius ?. L'opinion de Rhunckenius, n'a pour garant que l'autorité d'Hésychius qui, seul, parmi les anciens écrivains, reconnoît trois Dionysies à Athènes :
ro Celles des champs au mois de posidéon; 2° celles
de la ville nommées les grandes Dionysiaques au mois d’élaphébolion; 3° celles appelées anthestéries ou Lénéennes, qui se célébroient tous les ans le 12 du mois appelé anthestérion ou lénéon. Toute la doctrine de Rhunckenius, en la réduisant à ses termes les plus simples, n’est fondée que sur un raisonnement qui a pour base ces passages d’Aristophane; dans la comédie des Acharniennes, Dicéopolis dit ® : « Pour moi, libre de soucis, loin des » armes, je vais au milieu des champs célébrer » les Dionysies. » Le même personnage s'exprime ainsi ®: «Divin Bacchus, ayez égard à la reconnois- » sance qui préside à cette fête et aux sacrifices que » J’offre avec toute ma famille. Permettez qu’exempt » de service militaire, je célèbre sans accident les
@ Rhuncken., Auct. Emend., Hesych. , T. Il: — () Aristoph., Acharn., v. 202. — @ 1d,,v. 251.
» Dionysies des champs. » Dicéopolis dit encore ° : « Nous sommes seuls dans ce temps consacré aux » fêtes Liénéennes, pendant lesquelles l'étranger n’a » point d'accès ici; on n'y recoit même ni tributs » ni alliés. » Le chœur dit dans la scène neuvième de la même comédie: «Antimaque historien etpoëte, » nous a tristement:renvoyés sans souper un jour » des Lénéennes qu'il donnoit une grande fête. » Voici maintenant comment raisonne Rhunckenius : la scène de cette comédie est à Athènes , on tient des comices sur des objets de la plus haute importance, les habitans du bourg d'Acharnes ÿ assistent , et parmi eux Dicéopolis qui, fatigué d’une longue guerre , tandis que les autres en désirent la continuation, obtient des Lacédémoniens la paix pour lui seul ; transporté de joie, il vole d'Athènes à son bourg d’Acharnes , il célèbre les fêtes champêtres: bientôt de retour à Athènes, il célébre avec les Athéniens les Lénéennes dont il parle (vers 503). Il est donc certain, dit Rhunkenius, que ces passages d’Aristophane, loin d’affoiblir l'autorité d'Hésychius qui distingue les Lénéennes des fêles champêtres, la confirment.
Mais que prouvent ces passages d’Aristophane ? ils donnent seulement la preuve qu’à l’époque où les Lénéennes se célébroïent à Athènes, Dicéopolis, comblé de joie par la faveur parüculiére qu'il venoit de recevoir, alla célébrer dans son intérieur la fête de Bacchus. Mais quelle étoit cette fête ?
Mira. v. 503.
celle des, Lénéennes : les détails qu'il en donne luimême ne laissent aucun doute à cet égard, il observa dans son intérieur les mêmes cérémonies qu’on observoit publiquement aux fêtes Lénéennes. La fête célébrée par Dicéopolis n’étoit donc pas une fête publique, ou célébrée publiquement, mais une fête domestique , et cette scène:même en donne la preuve. Les habitans d’Acharnes qui veulent la continuation de la guerre, sont furieux contre Dicéopolis partisan de la paix, qui a obtenu un traité de paix particulier pour lui; et tandis que, libre de soucis, il célèbre les bacchanales dans son iniérieur, les Acharniens le cherchent, questionnent tous les passans sur cet homme, ils veulent s’en saisir , 1ls tâchent de se procurer quelqu'indice sur la route prise par ce porteur de traités. Les uns croient qu'il a pris la fuite , qu’il s’est évadé, et ils veulent se mettre à sa poursuite; enfin ils entendent Vhymne Ithyphallique, et ils découvrent, Dicéopolis. Ils le menacent : « Oh! oh! qu'est ceci, dit Dicéopolis ? 1ls en veulent à mon chytre, à ma marmite ; point du tout, disent les Acharniens!, nous en voulons à ta tête, scélérat.» Peut-1il y avoir maintenant aucun doute sur la nature de cette fête, surtout si l’on réfléchit que c’est la fille de Dicéopolis, qui est la Canéphore, que c’est encore elle qui répand la farine sur le gâteau, et qui fait toutes les autres cérémonies, que c’est Xanthias valet de Dicéopolis,; qui porte le Phallus ; que est la femme seule de Dicéopolis qui est placée sur la
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DIONYSIUS. 233 plate-forme avec le flambeau, que Dicéopolis est le roi de la fête, chante l'hymne, énonce textuellement son objet ? c’est la reconnoissance envers Bacchus qui préside à cette fête et aux sacrifices qu’il offre avec toute sa fanulle , et quelles inductions /peut-on ürer en faveur du système d’Hésychius, d’une fête semblable à laquelle les habitans du bourg d’Acharnes ne prenoient aucune part, de la célébration de laquelle ils n’ont pas été avertis, et dont toutes les cérémonies étoient imitées des Lénéennes ? Nous avons contre l'opinion de Rhunkenius lautorité du scholiaste d’Aristophane qui a tiré une conclusion toute opposée, de ces paroles de Dicéopolis : « Quant aux Acharniens, je leur » Lire ma révérence, je vais dans le fond de ma °» campagne célébrer les Bacchanales. » Îl en a textuellement conclu que les Dionysiaques champêtres ou célébrées dans les champs par Dicéopolis étoient les mêmes fêtes que les Lénéennes ; assurément Rhunkenius et Brunck ont vu dans ce passage ce qui n’y est pas, lorsqu'ils ont dit que Dicéopolis retenu à la ville, n’a pu célébrer les premières fêtes de Bacchus à la campagne dans le temps marqué, et qu'il profite pour cela du premier moment qu'il a de libre. Dicéopolis dit au contraire bien plus naturellement ; après avoir accepté le traité de paix qui lui est apporté par Amphytéus pour lui personnellement : « Je me retire dans le fond de ma
Doro re cette campagne qu 1l est si empressé de evoir }, je vais y célébrer les Bacchanales que lon
célèbre à Athènes, mais loin des amis de la guerre.» Ainsi cette fête qui, comme on ne sauroit trop le répéter , étoit particulière à Dicéopolis, qui étoit célébrée dans l’intérieur de sa maison, sans que le bourg d’Acharnes y prit aucune part, et où tous les rites des Lénéennes étoient observés, peut-elle former autorité pour l'admission d’une troisième espéce de Dionysies , les Dionysies champètres ? ce sont les Lénéennes qui étoient les véritables Dionysies champêtres, c’est à elles que ce nom étoit appliqué parce qu’elles avoient pris naissance dans la joie des campagnes, qu’elles avoient été transportées à Athènes et célébrées au Limnæ après la fondation d’Athenes par Thésée. Aussi Théophraste ne distingue que deux Dionysiaques, les premières et les secondes qu’il appelle Rurales ® : ce qui confirmeroit ces autorités , si elles avoient besoin de l'être, ce sont les oracles cités par Démosthène que nous avons rapportés , lesquels ordonnoient le rétablissement des fêtes de Bacchus à Athènes. Ces oracles ont voulu
Œ Le diseur de rien vous apprend, dit Théophraste, qu’au printemps, où commence l’une de ces deux bacchanales , la mer devient navigable. Dès que Théophraste a dit que la mer étoit navigable après les Dionysiaques, il a entendu nécessairement parler des Lénéennes, puisqu'elles seules se célébroient au printemps, et qu’en effet la mer ne devenoit navigable , comme l’atteste Aristote, qu'après l’équinoxe, au vingt-un mars : dans ces temps où la science de la navigation étoit si peu perfectionnée, les mers étoient fermées pendant tout l’hiver. (Théophr., Caract. cap. 2.)
que les fêtes de Bacchus fussent rétablies à Athènes d’après les anciens rites , c'est-à-dire , telles qu’elles étoient célébrées dans les premiers âges et à la campagne avant la réunion des habitans de l’Attique par Thésée : les cérémonies étoient absolument les mêmes, il n’y avoit aucune différence entre ces fêtes, soit qu’elles fussent célébrées à Athènes, soit qu’elles le fussent dans d’autres villes de l’Attique , ou à la campagne , soit qu’elles le fussent dans l'intérieur des familles; tandis qu’on les célébroit à Athenes avec plus de solennité, elles l'étoient soit publiquement , soit particulièrement avec plus de simplicité dans le reste de VAttique. Ces Dionysiaques qui avoient la même origine et les mêmes rites, ne doivent pas plus être considérées comme des fêtes différentes parce qu’elles étoient célébrées hors d'Athènes et dans des lieux différens, que nos solennités religieuses ne sont des fêtes différentes, parce qu’on les célèbre à Paris et dans les autres parties de la France.
Pour admettre que ces fêtes fussent différentes , il faudroit des autorités positives, et loin de la, toutes les autorités sont contraires à ce système : on ne trouve, dans aucun auteur ancien; aucune trace de cette troisième espèce de Dionysiaques créée par le grammairien Hésÿchius ; tous, comme Théophraste, ne parlent que des grands et des petits mystères de Bacchus. Aristonhane lui-même dans cette comédie des Acharniennes dont a argumenté Rhunkenius, ne distingue que deux solennités publiques
236 RACCHUS
en l'honneur de Bacchus : « Je sais, dit-il, ce qu'il » m'en coûta pour ma comédie de l'an passé; Cléon » me traîna au tribunal des Athéniens avec un bruit » effroyable , il déchargea sur moi des torrents » d’impostures et de calomnies, et je pensai périr » dans le bourbier où il me plongea. » La comédie dont parle Aristophane étoit celle des Babyloniens qui est perdue. Comme cette pièce avoit été jouée aux grandes Dionysiaques en présence des alliés, Cléon en prit occasion d’aceuser le poëte d'avoir livré les citoyens et l’état à la risée des étrangers, En jouant la comédie des Acharniennes pour les fêtes Lénéennes où les étrangers n’avoient pas accès, Aristophane dit qu’il n’est plus dans le même cas. Aristophane distinguant deux fêtes de Bacchus où l’on jouoit des pièces dramatiques, ne parle que des grandes Dionysiaques où étoient admis les étrangers, et des Lénéennes où il n’y avoit que des citoyens d'Athènes. Nous avons déjà remarqué que toutes les comédies d’Aristophane mavoient été jouées qu'aux grandes Dionysiaques ou aux Lénéennes , et qu’en scrutant avec scrupule tous les passages de ce poète où il parle de la représentation de ses . pièces, et tout ce qu’en ont écrit les scholiastes et les commentateurs , on ne trouve la trace d'aucune autre fête de Bacchus. Aux autorités précises. de Théophraste et d’Aristophane, nous nous contenterons d’ajouter deux passages qui sont positifs sur la question qui nous occupe, l’un du scholiaste sur le vers 503 des Acharniennes : «Le combat littéraire
>, PIN el.