‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 22 sur 41 · LA L · texte numérisé non relu

LA L

(1) Spanh., Not. in Ran. Arist.

railles. » Spanheim invoque encore à cet égard le témoignage de Démosthène dans'son discours contre Néera , où 1l dit que tous les ans le temple de Bacchus Limnæus étoit ouvert un certain jour, sans faire aucune mention des jeux scéniques ; cependant le second jour des Lénéennes, le jour des chytres, on donnoit des représentations théâtrales : Spanheim en conclut qu’elles étoient données au théâtre de Bacchus dans le Pirée, et non au théâtre de Bacchus Limnæus, et il ajoute : Ce fut à l’époque où les jeux scéniques , d’abord interrompus (nous avons vu qu'ils avoient été abolis par Cinésias, contemporan d’Aristophane), furent rétablis par Lycurgue, qu'ils furent transportés au Pirée. Samuel Petit pense aussi que les jeux scéniques furent donnés au Pirée, lors de leur rétablissement par Lycurgue. ® Thucydide ® et Xénophon % marquent d’une maniere précise la position du théâtre de Bacchus au Pirée ; 1l étoit proche du port Munychium. Cest là qu'après l'administration de Lycurgue, furent données les fêtes des Lénéennes qui, ayant été autrefois les plus célèbres et les plus solennelles d'Athènes, étoient déchues de cette splendeur pour faire place aux grandes Dionysiaques, qui furent toujours célébrées sur le grand théâtre et au temple de Bacchus, pres de l’Acropole. Les Ioniens avoient au contraire conservé cette fête comme la plus solennelle.

® Sam. Petit ; Miscell. 1H; 7;64b: 0. @) Thucyd., lib. YI j VIL.= ® Xénoph., Hist. Græc., lb. 11,= Ÿ Thucyd., lib. IT, cap. 19.

Tou. IIL., 16

Nous avons cité le passage de l’auteur ancien d’un des argumens de Démosthène contre Midias , qui affirme que les grandes Dionysiaques étoient triennales : cette opinion, adoptée par Meursius, M. de Sainte-Croix, Dupuis et beaucoup d'autres savans , est confirmée par l'autorité du scholiaste d’Aristophane® , dont le passage a déterminé l'opinion de Prideaux ©, par l'autorité de Plutarque ®, de Diodere de Sicile ® et de Sénèque © ; le passage de Plutarque surtout est remarquable ; et confirme d'autant mieux l'autorité de Diodore , qu'il s'applique à la ville même d’Athenes.

« Moi qui suis Athénien, dit Méragène un des » interlocuteurs du banquet , je vous déclare que , Cest le même dieu ( Bacchus et le dieu des Juifs ); » la plupart des preuves qui le confirment ne peu- » vent être communiquées qu’à ceux qui sont initiés » à la parenthélie , triétérique de Bacchus.» L’on sait qu'à Athènes 1l n’y avoit pas d’autres mystéres particuliers à Bacchus que ceux des Dionysiaques. Ce méme interlocuteur confirme les preuves que nous avons déjà données, que les grandes Dionyÿsiaques se célébroient en automne: Il dit plus bas, en parlant de la fête des Juifs: « La plus grande et » la plus solennelle de leurs fêtes se célèbre dans un » temps et d’une manière qui prouvent son analogie

( Schol. Aristoph., ad Pac. = Ÿ? Prid., ad Marm. Oxon. , p.36, 57. = ® Plut., Sympos. , lib. IV, Quest. V.— & Diod. Sic., Hb. IV. cap. 2.— (5) Sen., ir Herc. OEt. , act. IL, chor.

» avec celle de Bacchus : ils la solennisent pendant » la vendange. » Le passage de Sénèque prouve évalement, et que les grandes Dionysiaques étoient. triennales, ét qu’elles se célébroient en automne. ® Mais ce qui ne me laisse aucun doute sur la quesüon des Dionysiaques triennales, c’est la comparaison que J'ai faite des années où les comédies d’Aristophane ont été représentées ; pour mettre cette these dans tout son jour, je dois «entrer dans quelques détails. Quatre des comédies d’Aristophane ont été données aux Lénéennes , ét six aux grandes Dionysiaques. Celles données aux Lcnéennes ont été jouées, savoir : les Zcharniennes $ la troisième année de la quatre - vingt - huitième olympiade ; les Chevaliers, la quatrième année de 14 même olympiade ; les Guépes, la deuxième de la qyatre-vingt-neuvième , et Lysistrate, la première année de la quatre-vingt-douzième olympiade : ainsi il n’y a qu’une année d'intervalle entre les Acharmiennes et les Chevaliers , et un espace de deux an néés entre les Chevaliers et les Guépes. La comédie de Lysistrate a été jouée beaucoup plus tard : l’intervalle qui se trouve entre ces trois pièces établiroit, indépendamment de toutes les autres preuves , . que

(4) Nos Cadmæis orgya ferre Tecum solitæ condita cistis , Cum jam pulso sidere brumæ Tertia soles evocat æstas.

C’est aussi opinion de Servius sur le vers trois cent-deux de l’'Enéide : Libera sacra tertio quoque anno innovabähtur.

les Lénéennes étoient célébrées tous les ans. Voyons maintenant les pièces d’Aristophane qui ont étés jouées pendant les grandes Dionysiaques. Les Nuées ont été jouées la première année de la quatre-vingtneuvième olympiade; la Paix, la première année de la quatre-vingt-dixième; les Oiseaux, la première année de la quatre-vingt-onzième ; les Thesmophories, la première année de la quatre-vingt-douzième ; les Grenouilles, la troisième année de la quatre-vingt-treizième olympiade : ainsi il y a eu régulièrement trois années d'intervalle entre la représentation des quatre premières pièces, et six années entre les Thesmophories et les Grenouilles. Quant aux Harangueuses, cette pièce a été donnée beaucoup plus tard, dans la quatre-vingt-seizième olympiade.

Cette opinion a été adoptée parmi les modernes par des écrivains d’un grand poids, outre Meursius, Sainte-Croix et Dupuis: Mélanchton dit textuellement

que les Dionysiaques dont parle Térence dans.

V'Heautontimorumenos , se célébroïent de trois ans en trois ans, sans s’expliquer sur ces Dionysiaques. Mais en supposant qu’il ne fût pas prouvé que les

Lénéennes se célébrassent tous les ans, Scaliger dans son Traité de Emendatione Temporum ”, Casaubon dans son Commentaire sur Athénée *, et Selden dans son Commentaire sur les Marbres d’Arundel ®, prononcent que c’étoient les Astyques . Wé$calig., lb. 1. = @) Casaub., lib. VI, cap. 15. — () Selden, hb. II.

qui se célébroiïent tous les trois ans : Prideaux reconnoît aussi qu’il y avoit des Dionysiaques triennales , mais il prétend que les Lénéennes étoient la fête de Bacchus la plus solennelle, et que ce sont elles qui étoient triennales ; Prideaux avoit donc oublié le passage de Démos “ Je crois avoir prouvé ces divers points : 1° Les Lénéennes se donnoient au printemps , et les grandes Dionysiaques en automne ; 2° les premières étoient annuelles , les secondes triennales ; 3° il n’y avoit à Athènes que ces deux espèces de fêtes publiques célébrées en l’honneur de Bacchus. Je ne me suis attaché sur cette dernière question qu’à l'opinion de Rhunckenius, parce qu’elle a réuni des suffrages imposans, et que les nombreuses difficultés qui embarrassent cette matière, les autorités contradictoires et inconciliables qui l’obscurcissent, et qui ont peut-être éloigné un examen plus approfondi, paroissent avoir réuni en faveur de l’opinion de Rhunckenius l’assentiment de la plus grande partie des savans. Je ne parle pas des autres systèmes des modernes ; parce qu’ils sont très nombreux et tous contradictoires, et que la plupart de ces systèmes ne sont dûs qu’à la difficulté qu’éprouvoient leurs auteurs, en voulant concilier les diverses autorités relatives au nombre des fêtes de Bacchus à Athènes. C’est la judicieuse réflexion que fait M. de Sacy, en parlant du systéme de Fréret, qui a supposé que lon célébroit à Athènes quatre fêtes de Bacchus : 1° Les

grandes Bacchanales au mois d’Anthestérion ; 2° les

petites Bacchanales au mois de Posidéon; 3° les petites Bacchanales de la ville au mois d’élaphobolion; 4° les Bacchanalestriennales qui se célébroient, dit-il, après les vendanges à Athènes, dans le lieu nommé les Pressoirs, et où l’on donnoïit des pièces comiques, tragiques et satyriques.

IL faut donc s’en tenir aux preuvés positives, qui démontrent qu’il n’y avoit d’autres fêtes que les Lénéennes et les grandes Dionysiaques. Les autres iôtes de Bacchus dans l’Attique n’étoient que des fêtes. particulières, ou la répétition de ces deux fêtes publiques hors de la ville d'Athènes. Chaque habitant de la campagne qui ne pouvoit pas prendre part aux grandes solennités d'Athènes, en faisoit les cérémonies chez lui, soit en commun par village, ou en parüculier par famille. C’est de ces fêtes parliculicres que:parle Isée®, lorsqu'il fait dire au peut-fils de Ciron : «Il ne, sacrifioit jamais sans ». nous, se.conduisant comme un aïeul doit le faire » à l’égard de ses petits-fils; nous étions présens à » tous ses sacrifices, et nous en partagions le soin ; ». dans, les fétes de Bacchus il nous menoit toujours » à la campagne. » Dans cette répétition des solennités d'Athènes, on conservoit plus ou moins les rites propres aux Dionysiaques, sur l'observation desquels 1l s’étoit introduit un grand nombre de modifications; car dans la Grèce, où il n’y avoit point de hiérarchie religieuse, chaque bourg, et

G) Tsée, Orat, de cirs hered. ET

DIONYSIUS. 247 même chaque individu, pouvoit, selon diverses circonstances , retrancher des rites du culte public ou y ajouter :telle est la cause de cette grande varicté de cérémonies qui se faisoit remarquer d’un lieu à un-autre dans des solennités du même genre. Madame Dacier remarque même sur ce vers de Térence ( Heaut. }: Dionysia hic sunt hodie , apud me sis, volo , que la même fête ne se célébroit pas en même temps dans tous les lieux, et qu’elle étoit célébrée aujourd’hui dans un lieu, demain dans un autre, selon les convenances locales, où même lorsqu’elle étoit une fête particulière, selon les dispositions de celui qui vouloit donner-cette fête. Les particuliers célébroient même des fêtes plus, fréquentes en l'honneur de Bacchus , ce qui étoit conforme à l’esprit des premiers âges; mais ces fêtes étoient purement domestiques, comme celle de Dicéopolis, quoiqu’on y suivit plus ou moins les rites des Lénéennes et des grandes Dionysiaques. Casaubon va même jusqu’à fixer, d’après le scholiaste d'Aristophane, l’époque de ces fêtes particulières ; 1l prétend qu’outre le temps de l’année consacré aux fêtes publiques de Bacchus, 1l ÿ avoit à la fin de chaque mois des fêtes particulières en son honneur ®. Les Athéniens faisoient encore des sacrifices à Bacchüs dans les occasions importantes : avant que de partir pour son expédition d'Égypte et de Chypre, Cimon offrit à Bacchus un sacrifice

G) Casaub. , ir Carm. Lycophr.

248 BACCHUS particulier", et Les victimes lui donnèrent de funestes présages. 4

Comme il n'y avoit pas dans l’Attique de fêtes de Bacchus qui ne fussent une émanation des grandes et des petites Dionysiaques » quels que fussent leurs noms et les lieux où elles étoient célébrées, nous devons les réunir ici, ou du moins rassembler ce que nous trouvons épars chez les auteurs de l'antiquité.

IIT. Des différentes fêtes de Bacchus dans la Grèce.

L’une de ces fêtes s’appeloit Ascolies ; les rites en étoient absolument les mêmes que ceux des jours des Choës aux fêtes Lénéennes. On sautoit sur des outres faites de peaux de chévre : le mot écxwlidéer signifie proprement sauter , et ce terme étoit principalement employé pour dire, sauter sur des outres, afin d’exciter le rire. Ces outres étoient enflées et frottées d'huile; ceux qui sautoient dessus tomboient par terre, comme le prouve ce passage d'Eubules (17 DURS ): et præterea utribus in medio positis , super eos salite, et ridete eos qui, dato signo , in terram labuntur. On appeloit äcxwebévrec ceux qui sautoient d’un seul pied en boitant de l'autre, et äoxwhéasuos celui qui sautoit tantôt sur un pied, tantôt sur un autre, ?

Ce que les Grecs appeloient éoxwldteu, les Latins l’appeloient cernuare , comme le prouve ce passage

4 plut., Vif, Cim.—=% Suidas, v. Aaxôg.

de Varron ® : Etiam pelles bubulas oleo perfusas percurrebant ; ibique cernuabant. Le scholiaste d’Aristophane ® dit que loutre étoit remplie de vin, et que celui qui avoit sauté avoit pour prix du vin. Les Ascolies étoient les mêmes fêtes que les Choës , célébrées sous un autre nom ; Îles Vinalia des Romains étoient les Choës ou les Ascolies des Grecs. Virgile rappelle cette fête dans cestermes: « Ni les frimats dont l'hiver blanchit les planes, » ni les ardeurs d’un brûlant soleil d'été, donnant » dans toute sa force sur les coteaux desséchés, ne. » furent jamais si nuisibles à la vigne que le venin » de la dent meurtrière des troupeaux, et leur mor- » sure imprimée dans le bois. Ce n’est pas pour un » autre crime que l’on immole un bouc sur tous les » autels de Bacchus ©. Delà ces premiers spectacles » offerts sur un théâtre, delà ces prix proposés au » génie par les enfans de T hésée, et ces jeux, dans » lesquels enivrés de joie, ils sautoient dans une » prairie, au milieu des vases remplis de vin, sur » des outres enflées et frottées d'huile. Nos bons » habitans de l'Ausonie, à leur exemple, célébrent » ces fêtes par des vers rustiques, en riant à gorge

® Varr., de Pit. pop. rom. , ap. Nonium , lib. 1.—% Aristoph., ir Plut. té

@ Servius , à cette occasion , s’exprime ainsi : Viclimæ numinibus , aut per similitudinem , aut per contrarietatém immolantur, per simililudinem , ut nigrum pecus Plutoni; per contrarietlatem, ut porca, quæ obest frugibus , Cereri; et caper, qui obest vitibus, Libero.

» déployée, ils se forment avec une écorce creusée » un hideux visage, ils invoquent Bacchus par des » chants joyeux, et suspendent à un pin de légers » oscilles Ÿ du dieu. Dèés-lors la vigne pousse des » grappes en abondance, laspect du dieu fertilise » les arides côteaux, les humides vallons. Honneur » et gloire à Bacchus ! célébrons ses fêtes , répé- » {ons à sa louange les hymnes de nos pères, offrons- » lui des gâteaux, les prémices des fruits, faisons » des libations en son honneur, que le bouc soit :» trainé par les. cornes sur son autel, et que des » broches de coudrier nous servent à faire rôtir les » entrailles de la victime ®. » Après avoir fait le tour des vignes, on retournoit à l’autel de Bacchus d’où l’on étoit parti, on offroit au dieu sur des bassins des victimes que Von livroit ensuite aux flammes; toutes les cérémonies terminées, on faisoit un repas en commun, d’où chacun se rendoit chez soi ©. Dans les Ascolies ou les Lénéennes qui se célébroient à la ville, des outres gonflées de vin et

% Nous avons déjà parlé de ces oscilles; c’étoit, comme nous Pavons dit, de petites têtes de Bacchus que les vignerons suspendoient à des arbres , persuadés que dans tous les endroits vers lesquels se tournoit cetie image , les vignes devenoïent fécondes. M. Holdsworth dit avoir vu le dieu de la vendange ainsi représenté sur une pierre antique de la collection du grandduc de Florence,

* ® Virgil, Georg. , lib. It, v. 376. — ® Nat. Com. Mythol., Hb. V, cap. 13, p. 5oo.

DIONYSIUS. 251 frottées d'huile étoient placées sur le théâtre, selon . le témoignage de Phurnutus. Ÿ |

Les fêtes Agrioniennes étoient consacrées à Bacchus, elles se célébroient la nuit, on s’y couronnoit de fu , et.elles avoient beaucoup de rapport avec les Nyctélies, c’est-à-dire, avec les Dionysiaques: on faisoit dériver leur nom du mot &ypès, champ, ou de la rusticité des premières fêtes de Bacchus ; d’autres tiroient son étymologie de la férocité que l1 ivresse donne quelquefois, du mot &ypus, féroce, sauvage®. Dans les fêtes Agrioniennes, les femmes, après avoir cherché Bacchus, comme sil s'étoit éloigné d’elles, cessent bientôt leurs poursuites, en Au qu'il s’est réfugié vers les Muses, et qu il se tient caché auprés de ces divinités ; ensuite, sur la fin du repas; elles se proposent Épe énigmes et des questions à résoudre. Ce rite, suivant Castellanus , est le symbole de l’établissement de la civilisation , dont les progrès ont été hâtés par le commerce des Muses ; qui ont fini par enlever les hommes à leur férocité et par adoucir leurs mœurs ®. Ges fêtes étoient célébrées à Orchomène tous les ans avec un singulier rite : le prêtre de Bacchus poursuivoit ,

% Phurnutus , de Baccho.

® Les hymnes attribués à Orphée donnent à Bacchus le nom d’Agrios, dans le sens de féroce, sauvage (Orph., Æymn. 29, v. 3.). Bacchus portoit même le nom d’Agrionien, dans le même sens qu’il portoit celui d'Omestes, féroce, cruel.

%) Castellanus , Syntagm. de Festis Græcor., v. Agrionia!

Vépée nue à la main, les femmes d’Orchoméne, que l’on disoit ürer leur origine des filles de Mynias ; 1l les obligeoit de s’enfuir promptement. Il avoit droit de tuer celle qu'il pouvoit saisir , et Plutarque dit que le prêtre Zoïle l’avoit fait de son temps; mais ce meurtre lui fut funeste ainsi qu’à tous ceux de sa famille , et ils furent obligés d'abandonner le sacerdoce, qu’on déféra à celui des citoyens qui en fut jugé le plus digne. Voici l’origine que l’on donne à cet usage : les trois filles de Mynias, Leucippe, Arsinoé et Alcathoa , étant devenues furieuses pour ävoir méprisé le culte de Bacchus ® , eurent l’affreux désir de manger dé la chair humaine , et trérent au sort leurs enfans. Il tomba sur Hippasus, fils de Leucippe , qu’elles mangéèrent après lavoir coupé par morceaux; depuis ce forfait, les femmes ‘issues de cette famiile furent chassées par le prêtre de Bacchus , qui s’armoit d’une lance contre elles.

Les Ambrosies, autre fête de Bacchus, étoient célébrées dans lAttique pendant le mois de lénéon; c’étoit la même fête qui les Lénéennes, comme l’ont remarqué Moschopulus , Proclus et Tzetzès sur Hésiode. Les Béotiéns célébroient aussi les Ambrosies dans le mois de lénéon.

Les Thalysies étoient célébrées après la récolte des fruits , en action de grâces de la fertilité de l’année. On rendoit ces actions de grâces à toutes les divinités en général et surtout à Gérés

® Ovid., Metam., lib. IV.

cet à Bacchus, comme inventeurs de lagriculture ®; car les anciens rapportoient à Bacchus l’art de semer et -de labourer ®. Il y avoit dans l’Attique une autre fête du même genre qu’on appeloit Aloa ; Eustathe ® dit positivement qu’elle étoit consacrée à Cérès et à Bacchus, c’étoit une. fête champêtre : les cultivateurs se rassembloient autour de l'aire de la grange , en tiroient les prémices de la récolte et alloient les offrir au temple d’Eleusis, Cette fête se célébroit dans le mois posidéon ou novembre ® ; Suidas dit qu’elle a été appelée aloa, du mot &wxs, aire de la grange où l’on bat le bled. Cette fête qui rappeloit les temps anciens où les Grecs habitoient la campagne, se célébra ensuite dans l’intérieur même d’Athènes, comme le prouvent deux passages d’Alciphron ; Ménandre écrit à Glycère : Les Haloennes n'0bligent à rester à la ville; et Thais écrit à Thessala : Nous touchions aux Haloennes , et nous étions toutes assemblées chez moi pour célébrer la veille de la fête. La veille de chaque fête se célébroit avec une très grande solennité, et lorsqu’on y observoit certaines cérémonies qui faisoient partie de la fête même, elle rassembloit une grande affluence dans

© Etym. magn. | @) {rationis el sementis multi deum Bacchum existimant fuisse primarium auctorem. (Diod. Sic., lib. TITI. ) Anpnrpt, #ai ro Atovuaio , où yewtpot Ta JakUGLX , Cereri et Baccho thalusia agricolæ.

6) Eustath., Iliad. 1. — () Harpocrat.

le voisinage des temples. La fête des Haloennes duroit plusieurs jours , car Ménandre dit à Glycère: aussitôt après la fête des Haloennes , viens'me réjoindre sur le champ ; le sacrifice étoit fait par des femmes , et il ne devoit sé composer que des fruits de la terre, comme le prouve ce passage du discours de Démosthène contre Néera : Vous devez vous rappeler , Athéniens, que vous avez puni Archias qui avoit été pontife et qu'on avoit convaincu d'impiété dans un tribunal, pour n'avoir pas sacrifié selon les anciens rites ; entr’autres faits impies qu’on lui imputa, il fut accusé d’avoir fait conduire pendant la fête des Haloennes, la victime à l'autel par la courtisane Sinope qui limmola aux divinités d’Eleusis, tandis qu'à cette

solennité on ne devoit présenter que les fruits de

la terre, que ce m’étoit pas à cette femme à faire ce sacrifice , mais seulement aux prétresses d'Eleusis , ct que ce sacrifice ne pouvoit pas avoir lieu ce jour-là. Si les sacrifices des prémices des fruits qui devoient avoir lieu dans cette fête , n’ont pas pu se faire au jour dont parle Démosthène, on doit en conclure qu'ils se faisoient un autre jour, ce quiest une nouvelle preuve que ces fêtes avoient plusieurs jours de durée. Ce passage démontre encore que ces sacrifices ne se faisoient pas par des hommes, mais par des femmes.

Les fêtes que les habitans de la ville d’Athenes appeloient Dionysies , les peuples de lAttique les célébroient sous le nom de Théomies : c’est ce que

PRE an Pt

DIONYSIUS. 255 prouve le passage d’'Harpocration 1à xart duos Auovdoix Ocotma &kéyero. Phurnutus appelle Théonies les Dionysiaques célébrées dans les villages. ©.

« Les Dionysiaques que les peuples de lAttique » célébroient, étoient appelées Théonies, et Bac- » chusavoit le surnom de T'héoinos, dit Suidas.® »

Les Néonies , autre fête de Bacchus, étoient célébrées dans le témps du vin nouveau ©, comme l’in: dique son nom. Les anciens Latins célébroient la méme fête qu'ils appeloient Meditrinalia; en ce jour , ils rendoient grâces aux dieux en buvant le vin nouveau , et ils prononçoient cette formule : vetus novum vinum bibo , veteri novo morbo medeor. Cest ce qui avoit fait donner par les Latins a cette fête le nom de Meditrinalia ; le jour où elle se célébroit portoit le même nom. Mnésithée d'Athènes cité par Athénée ®, dit que la Pythie ordonna aux Athéniens d’honorer Bacchus médecin, parce qu'il nourrit, fortifie le corps et l’ame , et qu'il met dans une assiette tranquille ceux qui boivent modérément. Le même Athénée cite un autre oracle de la Pythie, rapporté par Chaméléon poète tragique : vingt jours avant lu canicule et vingt jours après, prends Bacchus pour médecin en te tenant à l'ombre de ta maison. C’est donc

® Phurnutus, de Nat. deor. 30. — % Suidas, v. Theonia = ® Hesychius, v. MVeonia. — Longus, lib. IL — ® Festus, v. Meditrinalia, — ® Athen., lib. 1, cap. 19. |

aussi comme dieu du vin que Bacchus étoit adoré comme médecin ; c'est dans ce sens que Mytilène poète lyrique, disoit : arrose ton poumon de vin, car la canicule fait sa révolution ; c’est un temps pénible , buvons pendant que cet astre parcourt sa période. Cest aussi comme dieu du vin que Bacchus étoit adoré sous le nom de ÂVéos ; dans Nonnus, Erynnès s’écrie : « Qu’Athènes se garde bien d’ho- » norer /Véos, que ce dieu nouveau n’usurpe pas des » honneurs égaux à ceux qu’on rend à Dionysius » Eleusinien. Ÿ » à

Les Protrygies étoient une fête commune à Bacchus et à Neptune, c’est-à-dire, qu’elle étoit consacrée au principe générateur de la substance humide ®; Bacchus avoit le surnom de Protrygés. Pollux donne à Neptune et à Bacchus ce surnom, comme présidant à la production des fruits : 1l tire cette étymologie de rpiyn, frumentum ®. Acbilles Tatius qui a donné de grands détails sur les eé— rémonies et l’origine de cette fête chez les Tyriens(gg)®, fait dériver ce mot de rpvydw, vindemio, dator vini; cest par la même raison et comme principe de la substance humide, que Pindare l’a appelé Dendrites , protecteur des arbres. Tous les Grecs lui sacrifioient sous le nom de Dendrites auquel Pindare fait allusion par ce vers : O Bacchus,

G} Dionys., p. 786., lig. 30, in-40. — ® Hesychius. v. Ipo- TpÜyES. — ® pollux, 1, 24. — Ÿ Achill. Tat., de Clitoph. et Leucip, amor. , lb. TT, cap. 2. |

source inépuisable des plus doux fruits, müris les moissons de nos vergers! Que les pommes soient un présent de Bacchus, dit Athénée ® , c’est ce qui est confirmé par ce passage de Théocrite : 27 gardoit dans son sein les pommes de Bacchus, ayant sur sa tête une couronne de peuplier, arbre consacré & Hercule. Néoptolème de Parium, cité par Athénée ® , rapporte dans sa Dionysiade, que les pommes et en général tous les fruits ont été trouvés par Bacchus. Bacchus a été appelé Sycitès, parce qu'il passoit pour avoir donné le figuier aux hommes. Athénée cite Sosibius de Lacédémone qui dit que les Lacédémoniens adoroient Bacchus sous le nom de SYycitès, parce que le figuier avoit été inventé par lui ® : Hésychius lui donne le même surnom, quoiqu'il ne fasse pas mention des douar

Les Apaturies étoient consacrées à Haeobtie au

1 y portoit le nom de Mélanégide; suivant une ancienne tradition rapportée par Chariclés, les Athéniens avoient établi la fête des Apaturies et élevé un autel à Bacchus Ménaléside, en commémoration de la victoire qui avoit été remportée par Mélanchthus sur Xanthius de Béotie, ou plutôt de Vassassinat commis par Mélanchthus qui tua Xanthius par une infàme trahison, ce qui lui valut le trône d'Athènes et l’enleva à Thymétès qui avoit

® Athen., ib.1, cap. 21.2 ® Ibid. = ® Aristoph., Acharn., act. I. = ® Proclus, ir Tim. Com. 1

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