Tome III. | F
refusé le combat singulier avec Xanthius . D’après la mêmé tradition , Mélanchthus avoit fait vœu d’établir en lhonneur de Bacchus des cérémomies gacrées, s’il pouvoit tromper Xanthius, et on donna À Bacchus le ri6in de Mélanégide, cest-àdire, couvert d’une peau de chèvre noire, parce qué le second combattant que Mélanchthus feignit de voir derrière Xanthius pour l’assassiner pendant qu’il se retourneroit, étoit, avoit dit Mélanchthus , - couvert d’une peau noire, ou plutôt, si l’on en croit célte même tradition, parce que Bacchus, dans le commeticement du combat, apparut à Mélanchthus derrière Xanthius, sous la forme d’un jeune homme imberbe, revêtu d’üné peau de chevre noire ©): ainsi la fête des Apaturies tireroïit son nom de érérn, fraude , troniperte. Xénophon donne à cette fête une origine beaucoup plus noble et beaucoup plus vraisemblable : elle avoit, suivant lui, pour but, de se réjouir de Pacquisition que l’état faisoit de nouveaux citoyens ; les parens et les alliés des péres et mères qui donnoient des sujets à la république, sé joignoient à éux pour célébrer cette féte © , et on lui donna le nom d’Apaturies, du mot grec éuorarépia dont on a fait dratépua, parce que les pères éonduisoient leurs énfans pour les faire inscrire sur les registres de la tribu. On y obsérvoit lés rites dés fêtes de Bacchus, et elle
(4 Suidas, v. Apaturia.= % Conon, ap. Phot.= &) Xénoph., de Repub. Atheniens.
DIONYSIUS. 259 étoit elle-même une fête consacrée à ce dieu; un passage d’Alciphron prouve qu’elle étoit la même fête que les Dionysiaques Ÿ. Le scholiaste d’Aristophane dit que cette fête se célébroit dans le mois de pyanepsion qui correspondoit aux mois d'octobre et de novembre. On y exécutoit des danses comme aux fêtes de Bacchus, et un des parasites d’Alciphron assure y avoir dansé la cordace , sorte de danse exécutée par des gens qui étoient ivres ou du moins dans la joie des festins et des plaisirs. Les Apaturies, ainsi que les Dionysiaques, se célébroient la nuit, comme le prouve l’histoire rapportée par l’auteur de la vie d'Homère ® : ce poëte voulant passer en Grèce, se rendit à Samos; les Samuens célébroient la fête des Apaturies , un habitant de cette île qui l’avoit vu à Chio, l'ayant reconnu à la sorte du vaisseau, courut en diligence, faire part à ses compatriotes de l’arrivée d’Homére. Les Samiens lui ordonnèrent de l’amener prés d’eux; Homère s'étant mis en marche avec celui qui l’avoit invité, rencontra sur sa route des femmes qui offroient dans un carrefour , un sacrifice à Courotrophos, c’étoit le surnom de Cérès . La prêtresse l’ayant aperçu, lui dit d’un
G 4pud eum contingat oblectatio , dum Dionysiavel Apaturia celebrantur. ( Alciphr., Epist. 9. lib. I.)
@) yit. Homer. , cap. 29, 30, 31.
@ Frésychius, en disant que c’est Cérès , traduit le mot de courotrophos par puerorum nutrix , et Pausanias , en parlant du temple de Courotrophos et de Chloé, qui étoit dans la citadelle d'Athènes, dit que c’étoit le temple de Cérès, puerorum nufricis. | 17 *
260 BACCHUS air lugubré: « Homme, éloigne-toi de nos sacri- fices ! »-Quand il fut au lieu où la Phratrie prenoit son repas, il s'arrêta sur le seuil de la porte: il improvisa des vers où il vantoit l'agrément du feu qui brille dans une maïson un jour de froid, ce qui détermine l’époque de cette fête; ensuite 1l entra et s'étant mis à table avec ceux de la phratrie, ils lui témoignérent de grands égards et beaucoup de respect : il passa la nuit en ces lieux. On avoit élevé à Athènes un temple à Bacchus Mélanégide, et il y avoit en son honneur des combats annuels de poésie, de natation, et des combats nautiques, dit Pausanias ©. Les Apaturies comme les Anthestéries, étoient célébrées pendant trois jours: les Athéniens appeloient le premier jour Acpriav, jour du repas nocturne. Ce-jour-là, ceux du bourg ou de la tribu se traitoient , dans un repas dont les andouilles faisoient probablement le mets principal ; car Aristophane © dit en parlant de Sitalcès roi de Thrace : « Son fils que nous avons » fait Athénien, souhaitoit fort de venir manger » des andouilles pendant les Apaturies, » La tribu se divisoit en trois, et on appeloit phratrie la troisième partie d’une tribu ; le repas du premier jour des Apaturies se donnoit par tribu, ceci rappelle la coutume dont parle Pausanias © : dans PAttique
chaque tribu avoit ses dieux tribules qui étoient -
: & Pausanias , Attic. — ® Holstenius, ad Steph. Byzant., p. 142. = ® Aristoph., Acharn., act. I. = (4 Pausan., Aéic.
DIONYSIUS. ; 261 adorés par chaque phratrie , indépendamment du culte qui leur étoit rendu en public. Chaque phratrie avoit aussi ses prêtres particuliers qui étoient appelés ieposxémous; c’est pourquoi on trouve dans les *auteurs et dans les monumens anciens, que les Apaturies étoient célébrées en lhonneur d’un grand nombre de divinités différentes, de Jupiter Tribule, de Minerve, de Bacchus Ÿ, de Diane ?, de Vulcain ® , d’'Hercule, de Gérés, de Vénus qui avoit le nom d’Apaturia à Phanagorie ville grecque chez les Scythes des Palus Méotides ©, c’est-à-dire, que chaque tribu ou chaque phratrie célébroit la fête des Apaturies en l'honneur de la divinité sous le patronage de laquelle elle s’étoit placée, et quoique les Apaturies fussent plus généralement célébrées en. l’honneur de Bacchus , et qu’elles paroissent avoir été calquées sur les Dionysiaques, on y retrouve, en les prenant dans leur généralité, des rites appartenant au culte d’autres divinités, rites qui avoient probablement passé d’une tribu à une autre par limitation. Cest ainsi que dans toutes les Apaturies, on sacrifioit le second jour à Jupiter Tribule et à Minerve © : dans cette fête, les Athéniens revêtus des plus beaux vétemens et portant des torches allumées à la main, chantoient, en courant , les louanges de Vulcain, pour célébrer l’invention du feu dont il avoit fait pré-