FRS
() Etymol. magn. — @) Procl., in Tim. Com. 1. = © Harpocrat. , ir Lamp. = ® Strab., lib. XI, = Ÿ Etym. magn,
262 | BACCHUS è sent aux hommes . Le troisième jour des Apaturies, on sacrifioit une brebis ou une chévre à Hercule, et on lui offroit une mesure de vin : cette libation s’appeloit Oinisteria ©. Les rpotévdœ, c'està-dire, les prégustateurs ou parasites dont 1l y avoit un collège à Athènes et qui avoient la direction des banquets sacrés, présidoient aux repas donnés dans chaque phratrie le jour des dorpies : ils étoient à Athénes ce que Les Viri Epulones étoient à Rome. ®
Le second jour des Apaturies ne Anarrhysis, parce que ce jour-là on faisoit des sacrifices et on immoloit des victimes; suivant Scaliger Ÿ, évappue signifie dans l’ancien langage Sue, immoler : on appeloit les sacrifices de ce jour dvappuuara ", Les parens, suivant Andocide , portoient re enfans nouveaux-nés au pied des autels en y conduisant une victime, et là ils demandoient au prêtre de faire des libations pour appeler sur cet enfant la faveur des dieux. ©
Le troisième jour qui s’appeloit Curéotis, les
parens venoient présenter leurs enfans, et on les
() Tsœus. = 9 Hesyèh } VOC. Dies — Pollux, Lib. III, cap. 4
G) Sed, ut pontifices veteres, propter sacrificiorum multitudinem tres viros epulones es$e voluerunt, cum essent ipsia Numa ,
ut etiam illud ludorum epulare sacrificium facerent, institutr. *
( Cicer., de Orat., hb.1IIT, cap. 19. ) © Animadvers. J. Scaligeri in Euseb. Chronic., p. 57. — @ Proclus. = ® AÆpud. Meurs., Apat.
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inscrivoit dans la tribu ©. On coupoit leur chevelure qui étoit consacrée dans le temple du dieu en lhonneur duquel on déclaroit qu’elle avoit été portée. Les nobles personnages, c'est-à-dire , ceux qui se croyoient au - dessus du vulgaire, consacroient la chevelure de leurs enfans à Apollon Pythien, et d’après un ancien usage dont parle Plutarque dans la vie de Thésée, ils alloient à Delphes faire cette consécration ; mais le plus ordinairement elle étoit faite.à Diane °?. On ne pouvoit couper la chevelure de l'enfant admis dans la phratrie, avant que d’avoir fait à Hercule le sacrifice et la libation dont nous avons parlé . Il se donnoit ce jour-là un festin où se trouvoient rassemblés les péres des enfans et leurs plus proches parens; cest devant cette assemblée que les enfans disputoient les prix des rhapsodies et qu'ils leur étoient distribués : ils étoient décernés à ceux qui avoient mieux récité plusieurs morceaux de poésie . Solon avoit fait des vers pour cetle solennité , comme le prouve un passage du Timée de Platon. On inscrivoit dans les tribus non-seulement les enfans mâles, mais les filles nubiles : cette cérémonie s’'appeloit gamelia, de gamios , noces; mariage , comme la cérémonie pour les enfans mâles s’appeloit curiuma Le jour de l'admission des filles nubiles,
® Corsini, Fasti Atlict, T. III, p. 306. — ® Atben., bib. IV. — Hésych. = ® 3. Pollux, lib. ITT, cap. 4. = ® Plat, in Tim. —Proclus, Com. in Tim.— © Pollux, Onomastic., hb. 1, cap. 5.
les femmes faisoient i2 trivio un sacrifice à Gérés courotrophos, dans lequel il étoit défendu aux hommes d'intervenir. On a varié sur l’âge auquel les enfans étoient admis dans les tribus le jour des Apaturies , les uns ont dit la première ®, Les autres la troisième ou la quatrième année de leur naissance ® : suivant ceux-ci, c’étoit dans l’âge adulte ; mais on a confondu des choses trés différentes, que Samuel Petit a très bien distinguées . Outre la présentation des nouveaux-nés, qui se faisoit le deuxième jour des Apaturies, comme nous l'avons vu, il y avoit le troisième jour de cette fête deux cérémonies : dans l’une on faisoit l'inscription des -enfans en bas âge, et on inscrivoit sur le registre des adultes les jeunes gens parvenus à l’âge de puberté. IL y avoit une autre cérémonié le même jour , où les jeunes gens à l’âge de dix-huit ans étoient admis au nombre des citoyens, et où Les jeunes filles alloient se faire inscrire à un second registre, conduites par ceux qui devoient les épouser ; c’étoit la Gameélie : on appeloit aussi Gamélie le don du jeune fiancé qui précédoit les noces, et un souper qu’il donnoit à ceux de la tribu. À Athénes, la phratrie ou la troisième partie de chaque tribu, dont le chef s’appeloit phratriarchos, avoit un Du sacré appelé
Phratrios, où se rassembloient les principaux de
\ GW Etymol. magn., in Apaturia. = % Proclus , in Tim. Platonis. — ® J, Pollux, lib, VIIL, cap. 9.— Schol. Aristoph,,
ad Ranas. = ® Petit, Leg. Aitic., p. 150.
la phratrie pour la cérémonie de la présentation des enfans. Les parens qui présentoient leurs enfans pour être inscrits dans la tribu, étoient tenus d’offrir aux dieux de la tribu ( Sects oparpois ) une victime d’un certain poids ; lorsqu’on la présentoit, on s’écrioit par plaisanterie : Meïoy, peiov, moindre , et ceux qui l’offroient étoient appelés Meruyérar. Gette victime, qui portoit aussi le nom de phratrie , devoit être une brebis ou une chèvre; la brebis devoit peser quarante-huit mines, et la chèvre cinquante mines : l’action du sacrifice Ai perxywyet , et l’oblation du vin oicñpra ®, Le sacrifice que l’on faisoit de la victime s bot: encore curium, parce qu'il étoit fait à l’occasion de l’admission des enfans dans la tribu ou curie ® ; c’est par la même raison que le jour de ce sacrifice étoit appelé cureotis. Harpocraüon appelle les registres publics sur lesquels on inscrivoit les noms, xouvôy ypauuareioy ® ; on coupoit les cheveux-à ces enfans, et on offroit leur chevelure en sacrifice à Diane ®. Simplicius, Hésychius et Suidas ® , comptent un quatrième jour des Apaturies, qu'ils appellent éri6 dou ; mais le même Hésychius dit ailleurs, qu’on dit ainsi les jours qui suivoient les fêtes, quoiqu’ils n’en fissent pas partie ©. Les tribunaux d’Athénes vaquoient non-seulement
G°3, Pollux, Onom., lib. II, cap. 4, seg. 53— ® J. Pollux , lib. VIII, cap. 9; seg. 28. — ® Harpocrat. voce vor YOU. — MOMAiRen.. Gb TV: 2 Hésych.— (5) Simplicius, Com. in Arist. Physic., cap. 4. — Hésych., v. Apaturia. — Suidas , v. Ârar. et v. À vépp.=— ® Hesychius, v. Eri6dus.
pendant les trois jours des Apaturies, mais encore les deux jours suivans, comme on le voit par le décret que proposa Phocus\, sous l’archontat de Nausigènes , la premiére année de la cent--troisième olympiade ®. Le sénat des cinq cents vaquoit aussi pendant trois jours.
L'institution des Apaturies a nécessairement précédé la colonie ionienne, puisqu "Hérodote dit que tous ceux qui étoient originaires d'Athènes , et qui célébroient la fête des Apaturies, étoient loniens ©; or ils la célébroient tous, excepté les Ephésiens et les Colophoniens, qui en avoient été exclus à cause d’un meurtre. Aussi Larcher dit-il que la fête des Apaturies avoit été instituée à Athènes l’an 3524 de la période J ulienne , onze-cent-quatre-vingt-dix ans avant d. LCA et par conséquent soixante ans avant l’envoi de la colonie ionienne. ©
La Théodésie et l’'Astydromie étoient une même fête, dans laquelle ‘on honoroit Bacchus et les Nymphes : elle étoit l'emblème de la manière de tempérer le vin par leau &@, Suivant Philochore, cité par Athénée ® , ce fut Amphictyon, roi d’Athenes, qui mit le premier de l’eau dans le vin, et ce : fut de Bacchus même qu'il apprit à le faire. Aupara- . vant les hommes buvoient le vin pur et marchoient tout courbés, dès qu’ils l’eurent pris étendu d’eau, ils devinrent droits ; c’est pourquoi on éleva un au-
® Athen., lib. IV, cap. 21. — © Hérod., lib. I, cap. 147. A Lu Notes sur Hérodote , T. N1, p.205. —® Suidas, v Astydromia. — ® Athen., Kb. Il, cap, 2.
DIONYSIUS. . 267 tel à Bacchus orthos, droit, dans le temple des Heures, parce que les Heures nourrissent Île fruit de la vigne. Amphictyon, qui éleva aussi un autel aux Nymphes près de ce temple, parce que les Nymphes ont été les nourrices de Bacchus, vouloit apprendre par ce monument, que le vin devoit être tempéré par l’eau. Phanedème, également cité par Athénée, prétend que les nymphes ou sources d’eau ont été nommées nourrices de Bacchus, parce que l’eau mélée avec le vin en augmente la quantité ©. Amphictyon statua par une loi, que pendant le repas on ne présenteroit du vin pur aux convives, qu'autant qu'il en faudroit pour le goûter, que du reste on en boiroit avec de l’eau autant qu’on voudroit, en invoquant Jupiter sauveur ©. Séleucus prétend que l'usage de l'antiquité étoit de ne faire aucun extraordinaire, ni en vin, ni en aucun autre plaisir, à moins que ce ne füt en l’honneur des dieux ©. Platon dit, dans le deuxième livre des Lois : « L'homme arrivé à quarante ans, qui assiste à un » festin, invoquera les dieux; mais 1l adressera » surtout ses prières à Bacchus , lui demandant » d’être favorable à la fête et aux amusemens de la » vieillesse Ÿ, en faveur de laquelle il a donné le vin » pour égayer l’austérité de cet âge, et comme un » puissant moyen de nous rajeunir à un certain
Œ) Athen., lib. XI, cap 3. — © Athen., lib. IV , cap. 6.— G Athen., lib. IT, cap. 3.
® Mot consacré aux initiations des Dionysiaques; à quarante | ans on passoit dans la classe des vieillards.
» point, et de nous faire oublier le chagrin. » Ces plaisirs s’appeloient Soie , c’est-à-dire, qu’il étoit permis de faire couler le vin en l'honneur des dieux, OU Sala, ce qui signifie le plaisir de s’asseoir à un festin pour célébrer les dieux. Homère appelle dxéenv Saatay, un festin abondant en toutes choses. Ces traditions prouvent quelles mesures prirent les premiers législateurs pour tempérer les excès ét la grossiéreté des repas des premiers habitans de la Grèce; ils admirent la présence des dieux à tous ces festins, afin que tout y fût contenu dans les bornes de la décence et de la modération. [’intempérance ne pouvoit pas être portée aussi loin, lorsque la fête avoit les dieux pour objet, et que c’étoit pour eux seuls qu’il étoit permis de s’y livrer ; c’est dans cette vue que les Anciens n’avoient admis que des hymnes en l’honneur des dieux, pour les chants de leurs festins ; les éloges des dieux étant ainsi réunis à des chants mesurés, donnoient à chaque convive une élévation mélée de respect ?. Les dernières libations se faisoient en l’honneur de Mercure : « Et ne joi- » gnoit-on pas alors, dit Plutarque, le vin et la » raison, puisqu’au moment de se retirer, on adres- » soit ses vœux au dieu le plus prudent, qu’on » croyoit présent et témoin de tout ce qui se pas- » soit. » Les Anciens donnoiïent à Bacchus le nom de sage conseiller, et à cause de lui ils appeloient la nuit la déesse de bon conseil. Les Grecs, comme
% Athen., lib. XIV, cap. 6.
DIONYSIUS. 269 les Perses, traitoient leurs affaires à table: les banquets publics, chez les Crétois et les Spartiates , étoient de véritables assemblées de sages, où l’on traitoit les affaires les plus importantes ; à Athènes, le Prytanée et le repas des Thesmothètes n’étoient pas autre chose. Dans Platon Ÿ, cette assemblée nocturne des principaux citoyens versés dans la politique, et à laquelle on renvoie la discussion des affaires les plus sérieuses , est de ce genre. ©
Les Hérochies étoient la même fête que les Théodésies:: le traité entre les Hiérapytniens et les Priansiens, imprimé pour la première fois à Paris en 1635, dans les Notes de Pricæus. sur lApolosie d’Apulée, nous apprend que les Hérochies étoient une fête des Crétois. Les Théodésies se célébroient non-seulement en Crète, mais chez les Libyens: en Crète, Bacchus s’appeloit T’héodesius ®. Dans la Libye, on associoit les Nymphes'a Bacchus; il en étoit probablement de même en Crète. IL est parlé des Hérochies dans le traité entre les Hiérapytniens et les Priansiens, et des Théodésies dans celui entre les Latiens et Le Olontiens : ainsi il paroïît que ces fêtes, quoique de même nature, étoient célébrées en Crète à des époques différentes
Les Dionysiaques se célébroient à Brauron bourgade de l’Atuque, o domine, quantum habes proctopenteterida , dit Aristophane. Le poëte se sert
® Plat. , VIe livre des Lois. = ® Plut,, Sympos., lib. VII, Quest, 9. — ® Hésych. k. v.
de cette expression , parce que les Dionysiaques sy célébroïent tous les cinq ans. Meursius avoit attribué cette fête à Diane, mais Hémersthius a tres bien prouvé dansson commentaire de J.Pollux ®, l'erreur de Meursius (g£). Sans doute le culte de Diane étoit en grand honneur dans le bourg de Brauron , elle y avoit un temple fameux dont parle Strabon G) : 8a statue antique qui ÿ étoit adorée, excitoit un saint respect, parce qu'on croyoit qu’elle avoit été apportée dans la Grèce par Iphigénie à son retour de la Tauride ; où célébroït en son honneur des fétes annuelles où'6n lui immoloit une’ chevre comme à la déesse de la chasse, elles étoient cé— lébrées par de jeunes vierges qui ne devoient pas avoir moins de cinq ans ni plus de dix. Les Athéniens avoient décrété qu’aucune fille ne pourroit se marier, avant qu’elle n’eût fait un sacrifice à Diane Brauronienne; mais 1l ny à aucun rapport entre ces fêtes annuelles de Diane et celles de Bacchus qui étoient célébrées dans ce bourg tous les cinq ans, comme le démontrent les passages d'Hérodote, de Suidas, du scholiaste d’Aristophane, et de l’ancienne scholie du discours de Démosthène contre Conon, cités par Hémersthius, qui fait même remarquer que Meursius est tombé dans une étrange contradiction en attribuant dans sa Græcia feriata ces fêtes à Diane, tandis que dans son ouvrage 1 populis atticis , il les donne à Bacchus. Cette fête
G) j, Pollux, lib. IX, cap. 6, seg. 7h = ® Strab., Hib. VII.
de Bacchus avoit cela de particulier que les fonctions sacrées étoient remplies par dix sacrificateurs, tandis que dans les fêtes de Diane en général , et surtout à Brauron, elles l’étoient par des femmes. ®
Les Oscophories furent instituées par Thésée en l'honneur de Bacchus : voici les détails que donne Aristodème sur cette fête dans le troisième paragraphe de son ouvrage sur Pindare. À Sciros, sur le chemin qui conduit d’Eleusis à Athènes, leséphébes ou jeunes gens de l’âge de puberté disputoient entr’eux le prix de la course; ayant à la main, pendant qu'ils couroïent, une branche de vigne garnie de ses raisins ; la longueur de la course étoit depuis le temple de Bacchus jusqu’à celui de Minerve Scirade. Le vainqueur recevoit un vasé qu’on appeloit le pentaplaos , et il étoit admis au festin des jeunes gens: on appeloit ce vase pentaplaos, parce qu'il contenoit cinq choses, du vin, du miel, du fromage, de la farine et un peu d'huile; les jeunes gens étoient choisis parmi les plus nobles familles de chaque tribu , tous devoiént avoir leur pére et leur mére vivants. Le lieu du port de Phalère où étoit situé le temple Bâti par Sciros, s’appeloit Oscophore, é’ést ce qui donna le nom à ces fêtés ; d’autres disent qu’elles le tiroient de d6ym , branche de vignes que les jeunes gens portoient en courant dans la procession. Ges jeunes gens étoient suivis par deux autres habillés en femme et par un
G 3, Pollux, ibid, — Dinarch., Orat, adv. Aristog.
+ CNRS BACCHUS
chœur qui chantoit les louanges des premiers : ce chœur s’appeloit oscophorique. Des femmes les accompagnoient, portant sur leurs têtes des corbeilles, lon prenoit pour ces fonctions les plus riches de la ville; toute la troupe étoit précédée par un héraut qui avoit à la main un bâton entouré de rameaux %, Pendant les libations, on s’écrioit Eleleu, fou, Lou; voici l’origine que Plutarque donne à ces différents rites ® ; quand Thésée, de retour de son heureuse expédition contre le minotaure de Crète, fut près de lPAttique, transporté de joie, il oublia de mettre sur son vaisseau la voile blanche qui devoit être pour Egée Le signe de l’heureuse délivrance des Athéniens. Egée qui crut son fils mort, se précipita du haut d’un rocher et se tua; cependant Thésée étant entré dans le port de Phalère, énvoya un héraut à la ville porter à son pére la nouvelle de son arrivée. Le héraut trouva sur son chemin un grand nombre de e1toyens qui déploroient la mort du roi; néanmoins, on le reçut avec de grandes démonstrations de joie, et on lui présenta des couronnes pour lheureuse nouvelle qu’il apportoit. Il accepta les couronnes, mais au lieu de les mettre sur sa tête, 1l en entoura son caducée : à la nouvelle de la mort de son père, T'hésée etses compagnons monterent précipitamment à la ville, en gémissant et poussant de grands cris ;
& Schol. Nicaudr., Alexipharmac. — % Plut., Vit. Thes., cap. 20,21.
DIONYSIUS. ao
de là vient qu’encore aujourd’hui, dans la fête des Oscophories, on ne couronne pas’ le héraut, mais seulement son caducée, et qu'après les libations, toute l’assemblée s’écrie : Eleleu, Iou, Iou. Le premier cri est celui de gens qui se hâtent et qui sont dans la joie, le second marque l’étonnement et le trouble. Thésée n’avoit pas conduit en Crète toutes les filles qui étoient tombées au sort ; il avoit pris deux jeunes gens qui avoient les traits aussi délicats que de jeunes filles, mais qui étoient pleins de courage et de résolution : à son retour, il ordonna la fête des Oscophories à laquelle assistèrent ces jeunes gens habillés en filles. Des femmes appelées Deipnophores, étoient. associées à la fête et au sacrifice qui l’accompagnoit : elles représentoient les mères des enfans tirés au sort, leur apportant toutes sortes de provisions de bouche; elles débitoient des contes, comme le faisoient ces méres à leurs enfans, pour les consoler et soutenir leur courage. |
Quelques-uns prétendent que la fête des Oscophories a été’instituée en l'honneur de Bacchus et d’'Ariadne % ; mais Proclus dans sa Chrestomathie, dit que Thésée institua cette fête pour rendre grâces à Minerve et à Bacchus par la protection desquels il avoit délivré sa patrie du honteux tribut qui lui étoit imposé: ces deux divinités lui avoient , dit-on, apparu dans l’ile de Dia ou Naxos: II se
% plut., Vit. Thes., cap. 20, 21.
Tone III. | 18
servit de deux jeunes gens élevés dans l’ombre,
comme ministres, pour célébrer ces cérémomes
sacrées : aussi Meursius est-il d’avis | qu'au lieu de Bacchus et d’Ariadne, il faut lire dans Plutarque Bacchus et Minerve, Meursius prétend que les Os-
cophories et les Scirades ne sont qu’une seule et même fête: Corsini distingue au contraire ces fêtes, il donne les scirades comme une fête particulière à Minerve, ou selon d’autres, aux divinités éleusiniennes, et les oscophories, comme une fête particulière à Bacchus, qui diffère des scirades par le lieu et par le temps de la célébration. Comme les motifs qui fondent l'opinion de Corsini sont d’un grand poids et que J'ai adopté son opinion, Je vais les rappeler ici succinctement :
D'abord, la procession des scirades partoit de la citadelle d'Athènes, et se rendoit à Sciros qui est Situé sur la voie sacrée entre Athènes et Eleusis, tandis que la pompe des oscophories alloit du temple de Bacchus au temple de Minerve, non à celui qui étoit situé dans le bourg de Sciros, mais à celui qui étoit à Phalère. En second lieu , les scirades se célébroient le douze du mois de scirophorion ou au printemps, et les oscophories dans le mois de pyanepsion ou en automne : voici comment Corsini prouve ce fait qui est bien plus concluant encore que le premier. Gorsini argumente, pour la différence des temps, du fait même alé par Aristodème et rappelé par Meursius, que dans les oscophories les éphèbes disputoient le prix de la course,
ayant à la main, pendant qu'ils couroient, une branche de vigne garnie de ses raisins : Proclus ajoute ® qu’ils étoient dans leur fraîcheur. Or, il est certain que, si les éphèbes portoient des raisins dans leur fraicheur , ce rite ne pouvoit pas avoir lieu dans le printemps, mais seulement en automne : un passage décisif de Plutarque démontre la justesse de cette conséquence tirée par Corsini. Plutarque dit textuellement que ce fut Thésée qui établit les oscophories et qu’il Les établit à son retour de Crête : or, le même auteur ® fixe le retour de Thésée au sept du mois pyanepsion qui correspond au mois d'octobre. Le rite usité dans ces fêtes et qui subsistoit encore du temps de Plutarque de faire bouillir ce jour-la des légumes, venoit, dit-on, de ce que les jeunes gens que Thésée avoit heureusement ramenés, firent cuire dans une même marmite tout ce qui leur restoit de vivres et les mangérent ensemble. On ne sauroit nier qu'il ÿ ait une très grande ressemblance entre ce rite et celui qui avoit fait donner au second jour des Dionysiaques le nom de la fête des Chytres. On portoit aussi dans ces fêtes une branche d’olivier entourée de laine qui étoit semblable , disoit-on, à celle qu’avoit Thésée avant son départ, lorsqu'il fit sa prière aux dieux; elle éloit garnie de toutes sortes de fruits, et l’on chantoit l’hymne suivant : Rameau précieux , tu portes
® proclus, in Chrestomath.—® Plui. , in Thes., cap. 21.— & Jd., cap. 20. |
des figues et du froment; le muel déhcieux et l'huile salutaire découlent de tes branches sacrées ; nous cherissons en toi la source prospère , d'où découle ce vin, doux nectar, qui enivre les vieillards et qui leur procure un sommeil bienfarsant. On reconnoît dans cet hymne l'esprit des premières fêtes, qui n’avoient d’autre objet que Pagriculture et la reproduction; on y retrouve même le mot consacré dans les initiations des Dionysiaques, qui nous à déjà été donné par Platon : aussi dit-il que’ les oscophories se célébroient en l'honneur de Bacchus, parce que Thésée et ses compagnons arrivérent à Athenes, pendant la récolte des fruits. Les oscophories étoient donc une fête différente des scirades, les premières appartenoient plus particulièrement au culte de Bacchus, et elles étoient commémoratives du voyage de Thésée en Crète; tandis que les scirades appartenoient à Minerve Scirade, et avoient recu des interpolations du culte d’'Eleusis.
Les Sthénies étoient une fête à peu près semblables aux scirades, Aristophane en parle dans les thesmophories ® : « Elle auroiït dü, dit-il, avoir » la premitre place aux Sthénies, aux scirades, » et aux autres fêtes que nous célébrons. » Les Sthénies étoient donc une fête que les femmes célébroient entr’elles, comme le remarque Suidas : « Les Sthénies, dit-il, et les Scires sont des fêtes
G@ Aristoph., v. 841.
rt fer à
» particuliéres aux femmes. » La nuit de cette fête, dit le lexique de Photius, les femmes se plaisantent et se raïllent les unes les autres : elle se célébroït au commencement du printemps, dans le temps que les bleds donnoient de grandes espérances, c’est pourquoi on se livroit pendant cette fête à la joie et aux railleries.
Il ÿ avoit dans l’Attique une fête appelée Pæo-
mes, comme le prouve ce vers des Acharniennes d’Aristophane :
AA oùxr vuyi thpepoy Tarwvia. (M At hodie, nunc haud celebrantur Pæonia.
On trouve chez les anciens une très grande divergence d'opinions sur la divinité à laquelle ces fêtes appartenoïent : le scholiaste d’Aristophane dit qu’elles étoient consacrées à Apollon; Pausanias nous apprend qu’il y avoit à Athènes une statue et un autel de Minerve Pæonia, dont parle Plutarque dans la vie de l’orateur Lycurgue. Enfin Hésychius dit que Bacchus étoit appelé Pæonien : il est facile d’accorder Hésychius avec le scholiaste d’Aristophane, puisqu'Apollon et Bacchus étoient souvent adorés comme la même divinité , mais il n’est pas possible de les accorder avec Pausanias ; d’après les deux premieres autorités, il faudroit admettre que les Pæonies n’avoient rien de commun avec Minerve Pæonia.
Le lendemain des Dionysiaques, on célébroit à
« Aristoph., ÆAcharn. , act. V, scen. 2, v. 1211.
Athènes les fétes de la Lune comme sœur de Bacchus qui étoit le Soleil sous certains rapports : ces fêtes s’'appeloient Pandia ®. Cicéron fait la Lune mère de Bacchus, il dit qu’elle est la même que Sémélé. Les anciens trouvoient encore d’autres rapports de la Lune avec Bacchus et même avec Cérès : ces trois divinités présidoient également aux fureurs. Nonnus ® dit, en parlant de la Lune :
Îoa dE Boéxyo Korpdyew pravins étepoppoyos.
Æqualis vero Baccho Regi furoris aliter sentientis.
On joignoit Cérès à ces deux divinités, et on les invoquoit toutes les trois pour éloigner les fureurs et la folie. |
On donnoit à Athènes le nom de Démétries ou Démétriades à la plupart des fêtes de Géres ou de Deméter; mais dans la suite, Démétrius traita la déesse en conquérant, et plusieurs fêtes du nom de Démétriades furent instituées en l'honneur de Démétrius par les Athéniens, qui poussérent la bassesse de la flatterie envers ce prince à un point incroyable. Ils lui donnérent ainsi qu'a son père Antigonus le titre de dieux sauveurs : ils nommèrent un prêtre des dieux sauveurs , qui devoit être réélu tous les ans, et dont le nom seroit mis à la tête de tous les actes publics.
® Démosth., adv, Mid. — Ulpian., Enar. — Nonnus, XLIV.
Lis décrétérent que les portraits de ces deux rois seroient brodés parmi ceux des autres dieux sur le voile de Minerve. Le lieu où Démétrius étoit descendu de son char, fut consacré; on y éleva un autel à Démétrius descendant du char. Ils ajoutérent deux nouvelles tribus aux anciennes, la tribu Démétriade et la tribu Antigonide : il devoit y avoir cinquante sénateurs de chaque tribu, et le sénat des cinq cents fut porté à six cents. Stratoclès l’auteur de toutes ces basses flatteries, fit ordonner que les ambassadeurs qui seroient envoyés vers Antigonusou Démétrius, auroient le titre de T'héores. Un autre flatteur voulant enchérir sur la bassesse de Stratoclés, ordonna que Démétrius, toutes les fois qu’il viendroit à Athènes, y seroit recu avec les mêmes offrandes qu’on faisoit à Cérès et à Bacchus, et que celui des Athéniens qui auroit surpassé tous les autres par l’éclat et la magnificence de ses dons, recevroit du trésor une somme d’argent dont il feroit offrande aux dieux : on changea le nom de Munychion en celui de Démétrion ; le. dernier jour de ce mois qu’on appeloit la ieille et la nouvelle lune , fut nommé Démétriade , et les Dionysiaques ainsi que les fêtes de Cérès, Cereala Ÿ , prirent le nom de Démétriades,
Mais ce qu'il y eut de plus étrange dans toutes ces flatteries, c’est le décret de Dromoclide, du bourg de Sphettie, qui ordonna que pour la consé-
blut., Vit. Demetr., cap. 13.
cration des boucliers dans le temple d’Apollon à Delphes, loracle fût rendu par Démétrius. Plutarque rapporte les propres termes du décret %; suivant Diodore de Sicile © , 1l fut décrété que tous les ans il y auroit des jeux publics, qu’on feroit des sacrifices, et qu'on célébreroit une fête religieuse en l'honneur de Démétrius. Cest dans cette féte que furent transportés les rites des Dionyslaques ; Démétrius y étoit représenté assis sur le globe terrestre ®: Meursius prétend qu’elle fut célébrée le 30 de munychion, et que la célébration des anthestéries fut remise à cette époque ; mails rien ne prouve celte assertion ; Corsini l’a rejetée avec raison comme nvraisemblable. Plutarque cité par Meursius, dit seulement que les rites des Dionysiaques furent transportés dans les démétriades ; du reste, Démétrius voulut être initié à tous les mystères à Athènes et affranchi de toutes les lois qui précédoient Vinitiation. © $ IV. Bacchus Eleuthère ou Liber.
Suivant une tradition rapportée par Diodore de Sicile ® , Bacchus rendit la liberté à sa patrie, d’où il fut appelé Eleuthère par les Grecs @, etil fonda une ville du même nom pour perpé souvenir de ce bienfait. L'éleuthérie signifie en gé-
néral la liberté, par opposition à la servitude :
( plut., Pit. Demetr., $ 15. = Ÿ Diod, Sic., lib. XX. — @ Athen., lib. XIT, cap. 9. — Eustath., 11, € — @ Harpocr., y. Averérepos.= ® Diod. Sic., hb.1V.— @ plut., Quest. roman.
tuer le
DIONYSIUS. 281 V'éleuthérie des villes grecques , dit Xénophon, ne” reconnoissoit point de supérieur sur la terre. Les esclaves qui avoient recouvré leur liberté, célébroient des éleuthéries particulières ®. Les Samiens etles habitans de Smyrne avoient une fête qu'on appeloit Eleutheria , c'étoit la fête de la liberté ® : à Trézène, on avoit élevé un temple au soleil Eleuthère, hommage bien mérité, dit Pausanias , que les Trézéniens rendirent à ce dieu, lorsqu'ils se virent à l'abri du joug de Xerxés et des Perses ©. C’est dans le même esprit et en mémoire du même événement , que les Platéens célébroïent tous les cinq ans en honneur de Jupiter Eleuthère, des fêtes pour la liberté qu’il avoit donnée à la Grèce. « Tout proche de Platée, dit Strabon, étoit Eleuthére : c’est là que les Grecs, réunissant leurs forces, exterminèrent Mardonius et ses trois cent mille Perses ; c’est là qu’ils consacrérent un temple à Jupiter Sôter (Libérateur ), et qu'ils instituérent la fête dite Eleuthérienne, où il y avoit un combat gymnique, qui portoitaussi lenom d’Eleutheria, et dont levainqueur recevoit une couronne de laurier #. » Après cette célèbre victoire, Aristide convoqua l’assemblée générale de la Grèce, où il proposa le décret portant que tous les cinq ans on y célébreroit les jeux éleuthériens ; ce décret ayant été approuvé, les
a Plut., Parallel, — Stuckius, Conviv., lib.I, cap. 22, P- 77 = ® Basilice, Eleutheria agio. ( Plaut. , Persa, act. TI, scen. 1, Ve 20.—% Pausan,, Corinth., cap. 31. — ® Strab,
1,49 os‘ lib. IX, p. 42.
Platéens de leur côté se chargèrent de faire tous Les ans des sacrifices -en l'honneur des Grecs tués en cette bataille. À peu de distance des tombeaux de ces Grecs, on avoit élevé un trophée en bronze , un autel etune statue de Jupiter Eleuthére® en marbre blanc, devant lesquels les Athlètes couroient armés. ®
Il y avoit dans la plaine même d’Eleuthere, un temple de Bacchus qui étoit particulièrement adoré dans cette partie de la Béotie. Les habitans d’Eleuthère se glorifioient de lui avoir donné naissance ® : c’est de là que Pégase, un de ses habitans, transporta le culte de Bacchus à Athènes où il porta l’ancienne statue en bois qui. étoit dans le temple d’'Eleuthère. Gelle qu'y a vue Pausanias n'en étoit qu’une copie ©. Cette ancienne statue fut placée dans le D Vs de Bacchus aux Limnes : tous les ans, le jour même des Dionysiaques, on portoit processionnellement cette statue de Bacchus Eleuthère dans le petit temple de Diane, qui étoit au Céramique, dans l'enceinte sacrée, où étoit aussi la statue de cette même déesse, surnommée tres bonne
, ® Jupiter Eleuthère avoit un temple à Athènes. C'est sous le portique de ce temple qu’on consacroit les boucliers des guerriers morts en combattant pour la patrie, avec une inscription en leur honneur. Sylla et son armée enlevèrent ces boucliers et leurs inscriptions ( Pausanias, Phocic., cap. 21. )- Jupiter Eleuthère , à Syracuse, étoit couronné de laurier.
@) Pausanias, Bœotic., Calitu te Diod. Sic., lib. Il. = — ® Pausan., Atic., cap. 38.
et très belle ®. Le Bacchus Eleuthére de la B‘otie et d'Athènes, étoit done le même que Bacchus Dionysius, que les Grecs avoient recu de Pégase d'Eleuthère, et qu’ils adorérent plus généralement sous la dénomination de Dionysius que sous celle d’Eleuthère, tandis que le nom de Ziber fut universellement donné chez les Romains à la même divinité qui, ainsi que Dionysius chez les Grecs, étoit adoré sous les deux rapports du dieu des mystères et du dieu du vin : les Ziberalia à Rome étoient la même fête que les Dionysiaques à Athènes. Cest sous le rapport de principe producteur revêtu du caractère du signe du printemps, que Bacchus fut d’abord fêté dans les Ziberalia : aussi cette fête étoit-elle appelée Ægonium martiale, dans le chant des Saliens ®. Cicéron distingue Bacchus fils de Jupiter et de Sémélé , du dieu Ziber dont la divinité avoit été consacrée avec celle de Cérès et de:la déesse Libera ®. Ge sont les trois divinités des mystères, et Libera étoit le nom que les Romains donnoïent à Proserpine. Un temple avoit été élevé à Rome en l'honneur de ces trois divinités près du grand Cir-
% Pausanias , Attic.—Cum Dionysia essent et in Academiam deferretur in Ceramico Bacchi simulachrum, civibus pariter ac peregrinis potum præbeas ( Philostrat., in Herode sophist. ). Suivant S. Clément d'Alexandrie, Bacchus avoit dans Athènes un temple de Bacchus Eleuthère , qui fut détruit par Darius. ( S. Clem. Alex., Cohort, ad Gentes., p. 47.)
® Varro, de lingua latina, lib. V, p. 46.—Macrob. , Saturn. , lib,1, cap. 4. — ® Cicer. , de Natur& deor., lib. II, $ 24.
que; ce temple, qui avoit été bâti par A. Posthumius et détruit par le temps, fut reconstruit par Auguste, et achevé sous Tibére qui en fit la dédicace ), Sur toutes les médailles qui nous sont restées des jeux solennels célébrés chez les Romains en l'honneur de Cérès, on joint toujours à cette déesse Bacchus et Libera fille de Cérès, la même que Proserpine ®. Cicéron, nouvellement désigné édile, se glorifioit des fonctions qu’il avoit à remplir, pendant sa magistrature , dans les jeux donnés pendant les fêtes de Cérès, Liber et Libera ®. Une médaille de C. V. Varus Ÿ présente d’un côté la tête de la déesse Libera ® couronnée de lierre, et au revers un tigre et un thyrse, symboles de Bacchus, un autel qui marque la part que Cérès avoit à ces jeux, et sur cet autel un masque, pour signifier Les jeux scéniques qui faisoient partie de ces fêtes ®. On s’abstenoit
Œ Tacit., 4nn., lib. I1, Ç49.— Ÿ Gruter, p. 84, n°. 8.— Reimesius, TCHDE Class.X, n0 r10.
(3) Mihi ludi sanctissimi maxima cum ceremonia, Cereri, Libero Liberæque faciundi. (Cicer., in Verr., hb. V, cap. 14.)
&® Morel, Thesaur., tab. 1, n° 6.
® Quelquefois les Romains donnoïent Libera ou Proserpine pour femme à Bacchus. Dans Ovide, Bacchus dit à Ariadne :
Tu mihi juncta toro , mihi juncta vocabula sume.
Jam tibi mutatæ Libera nomen erit (Ovid., Fast., hb.1IT, v.5r1.). —Ovide est le seul auteur qui ait donné à Ariadne le nom de Iibera,
® Tertullien dit, dans son livre de Spectaculis Cobhs 10.), que Bacchus avoit institué les jeux scéniques qui furent appelés de son nom Dionysia, et par les Latins Liberalia.
de les donner lorsque la république étoit en deuil , parce qu’il falloit y assister avec des vétemens blancs : la nouvelle de la bataille de Cannes fit cesser la célébration de ces jeux ®. Les Ziberalia étoient à Rome des fêtes fixes, elles se célébroient chaque année au dix-sept de mars : c’étoit à cette époque et pendant ces fêtes; que les jeunes gens quittoient la robe pins pour prendre la robe virile. Cicéron écrit à Atticus que son frère l’a chargé de faire prendre la robe virile à son fils le jour des Liberalia Ÿ ; cette cérémonie de la prise de la toge virile se faisoit avec la plus grande solennité, cette robe étoit le symbole des citoyens et les plaçoit au rang des hommes libres Ÿ : « Pourquoi, dit Ovide, donne-t-on la toge libre au jour de ta fête, 6 Bacchus! est-ce parce que la jeunesse brille toujours sur ton front, et que tu tiens le milieu entre les deux âges ? c’est peut-être parce qu’étant pére , les pères recommandent aux soins de ta divinité, leurs enfans gages de leur tendresse, ou bien parce que
Alba decent Cererem, vestes cerealibus albas Surnite ; nunc pulli Veneris ie abest, (Ovid., Fast., hb. IV, v. Oro.) @ Tite-Live, lib. XXII, cap. 56. @ Cicer., ad Attic., lib. VI, Ep. 1 4 JInterea tacito passu labentibus annis, Liberior fratri sumta mihique toga est, (Ovid., Trist,, IV, Eleg. 9.) Quem non corrumpit pubes effrena .
novæque Liberlas properala togeæ. ( Stat., Se lib. V.)
te nommant Liber, c’est sous tes auspices que lon prend le vêtement libre et qu l’on commence une carricre plus indépendante; n'est-ce pas plutôt par-
ce que dans les siècles où nos ancêtres se livroient à l’agriculture avec plus d’ardeur, où le sénateur labouroit lui-même le champ de ses péres, où le consul quittoit la charrue pour prendre les faisceaux, dans ces temps où on ne rougissoit pas d’avoir les mains endurcies par le travail, le peuple des
campagnes venoit assister à la célébration des jeux |
en l'honneur des dieux ? le dieu de la vigne avoit
alors, à un jour fixe, ses jeux particuliers qu'il
partage maintenant avec la déesse armée de flam- “beaux ; et afin que les jeunes gens pussent célébrer ces, jeux, On crut ne pas devoir prendre un auire jour pour les revêtir de la toge. »
Ovide fait bien connoître un des premiers objets de ces fêtes, l'établissement de la religion , de la culture et ile la civihsation : « Avant ta naissance, dit-il, les autels étoient sans culte, et l'herbe croissoit au milieu des foyers glacés; le premier tu offris au grand Jupiter les prémices de tes conquêtes, le cinnamome et l’encens. Les objets des libations ( Libamina) et Îles gàteaux (Liba ) que l’on pré-
sente en partie sur les foyers sacrés tirent leur nom de celui de leur auteur ( Liber) ; ; on offre des gàteaux au dieu, parce qu'il aime leur äouceur , et ue le miel a été découvert par lui. Étant sur le Rhodope et sur les côteaux fleuris du Pangée, les compagnons de Bacchus font entendre le" son de
[re ie à
PR PRAL en. >
DIONYSIUS. | 287 leurs cymbales ; tout-à-coup excitées par ce bruit retentissant, des abeilles ( 70ovæ volucres \ sas semblent et suivent le son de l’airain : Bacchus les réunit et les enferme dans le creux d’un arbre, le miel fut le prix de sa découverte... Cest avec raison que nous lui présentons le miel blanc versé dans les gâteaux brülans. »
Les gâteaux dans cette fête représentoient les offrandes en général, suivant l’esprit des premiersâges.
Le dieu Zaber étoit surtout le dieu de la reproduction: dans les Ziberalia , on portoit les symboles de la fécondité sur des chars de parade ; on les promenoit dans les champs, on les conduisoit dans la ville. À Lavinie ils étoient exposés un mois entier, et lorsqu'on les mettoit à leur place, la femme la plus respectable et la plus vertueuse les couronnoit publiquement . C’est alors qu’on célébroit des jeux publics, qu’on donnoit des représentations théâtrales et que l’on dressoit des tables dans les rues pour les repas communs: on exposoit les parties viriles de l’homme et les parties sexuelles de la femme dans les temples de Ziber et de Zibera. Saint-Augustin cite un passage de Varron qui nous en donne la raison: dans l’esprit des plus anciens théologiens romains, les divimités Liber et Libera présidoient à la formation des hommes et à l’émission des semences , chacun d’une manière analogue à son sexe ® ; Isidore re-
Os, Augustin, de Civ. Dei, hb. VII, cap. 21.
@ Jiberum a liberamento appellatum volunt, quod, quasi
288 BACCHUS produit la même idée ®, c’est pourquoi on joignoit toujours le nom de Pater à celui de Liber, et celui de Mater à celui de Libera : cette déesse avoit des cornes, comme Îsis, Cérés et toutes les déesses mères. ju
Dans les vases étrusques ®, Liber Pater est re-
résenté avec un membre viril en érection, comme
symbole de la force reproductive de la nature © ; dans leurs cérémonies sacrées, ils l’adoroient comme dieu conjugalis. Cette dénomination de Pater fut commune à tous les dieux mâles ® , mais elle fut préférablement donnée à Bacchus Liber ® , comme dieu de la reproduction. |
Toutes les étymologies que les anciens ont données du mot Liber appliqué à Bacchus, prouvent q\’ils le considéroient comme le Bacchus des mys-
mares, in coeundo, per ejus beneficium, emissis seminibus, liberentur; hoc idem in feminis agere Liberam, quam etiam Venerem putant , quod et ipsam perhibeant semina emullere , et ab hoc Libero eamdem virilem corporis parlem in templo poni, femineam Liberæ. (Varr., apud S. August., de Civ. Dei , VI, cap. 9-) :
@ Jsidor., lib. VIII, cap. 2. — ® Spanheim, de Usu et præstantia numismat., Dissert. = G Passer. vasa etrusca , n° 201.
@ Liber pater, per quem plantarum Virius significatur, vis efficax et genitrix eo excitetur.
& Jeteres omnes deos patres dicebant. (Servius, Æneid, , hb.1, v. 187.)
© @ Pater licet generale sit omnium deorum nomen , tamen proprio Libero semper cohæret. (Servius , ad Georg., hb. II, v. 4.)
téres, Servius a fait dériver le mot Ziber de Ziberare, qu'il rapporte à la purification des ames , dans l'application théologique qu’il fait de cemot. Bacchus avoit encore.été appelé Ziber par les Latins, parce qu’il représentoit le soleil qui est libre et errant © comme 1l avoit été appelé Dionysius chez les Grecs $ parce que par son mouvement journalier d'Orient en Occident, il fait la course entière du ciel > àTÔ toÿ iévusar. Nous venons de voir que les habitans de Trézène désignoient le soleil sous la dénominaton d’Eleuthère : on donnoit aussi à Bacchus le nom d'Eleuthére, & bene faciendo, comme on lui donna celui d’Évergète, parce qu’il étoit le bienfaiteur de Vhumanité; la liberté étant le plus grand bienfait que les hommes puissent recevoir de la divinité, les Romains lui donnèrent le nom de Ziber, comme dieu de la liberté. I] étoit adoré dans toutes les villes où elle régnoit, et Marsyas son ministre fut aussi honoré comme en étant le symbole, l
Les Romains: ont adoré dans Ziber non-seule ment le dieu producteur, mais encore le petit dieu symbole des productions > le fils de Cérés , Le jeune Jacchus ::sed quod ex nobis natos liberos appellamus , idcirco Cerere nati nonunati sunt Liber et Libera. ® |
Les Liberalia étant les mêmes que les Diony-
® Quod Liber et vagus est. ( Macrob., lib, I, p- 512. }= ® Cicer., de Natur. deor., Lib, IT, Cap, 24,