‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 25 sur 41 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

siaques , le mélange des deux cultes de Bacchus des mystères et de Bacchus dieu du vin, devoit se retrouver dans la fête des Romains comme dans celle des Grecs: aussi les Liberalia se célébroient-elles à Rome comme à Athènes, à l’époque où on sépare la lie du vin; aussi Bacchus a-t-1l été appelé Liber à Rome, comme il a été appelé Lyœæus dans la Grèce, parce que le vin nous délivre de nos chagrins, quia vinum curis mentem liberat et solvit , le mot Ziberare en latin , et le mot Aÿew en grec, étant le même. Bacchus a été appelé Liber , dit Sénèque , ou de la licence de la langue , ou parce que le vin rend les hommes plus libres, ou plutôt parce qu'il délivre l’ame de tous soucis et qu’il chasse la tristesse %. Les anciens, dit Fulgence ® donnent à Bacchus le nom de Liber, parce que le vin donne de la liberté à l'esprit. Pourquoi, dit Plutarque, les Romains donnoient-ils à Bacchus le nom de Ziber Pater? Est-ce parce qu'il est pour les buveurs le père de la liberté? Est-ce parce que ce dieu introduisit l’usage des hbations ® ? Les anciens, ajoutet-1l, donnoient à Bacchus Eleuthére ou Lyæus une grande influence dans'la divination, comme dieu du vin, non à cause des transports de fureur dont il agitoit les Bacchantes, comme l’a dit Euripide, mais parce qu’il affranchit lame de tout sentiment servile et terrestre ® ; dans le banquet des sept sages, Thales

Œ Senec., de Tranquillit. anim. — % Fulgent., Mythol., Hbs 1, cap.tx5 = Mipluts Quest rom A0 EN Plat, $ympos., Lib. VII, Quæst. rom.

: DIONYSIUS. 20 1 eñgage Bias à répondre aux problémes qui vontilui étre proposés par Nixoléne , tandis qu’il est à jeun Je connoïis, répond Bias, la puissance de Bacchus ; et surtout cette sagesse qui lui a fait donnet le nom de Lyæus ou qui délie: ainsi quand je serai plein de ce dieu, je ne crains pas de combattre avec moins d'avantages.

On trouve souvent dans les anciens ouvrages philosophiques , et particulièrement dans ceux des pythagoriciens , des platoniciens , des stoïciens et des orphiques , les surnoms de M lysès , Arsenothélès ct Diphyès, qui ont été donnés à Dionysius comme divinité mâleet femelle, Ces philosophes attribuoient à Bacchus les deux sexes, comme ils les donnoient à la plupart des divinités ® : voici l'origine de cette opinion. Les philosophes orientaux pensoient que de toute éternité l'Esprit ( preuma, mens ) avoit été réuni à la matière dans l’immense chaos > que l'Esprit avoit peu à peu donné au chaos la forme de l’œuf, et que lorsque cette forme avoit été à peu près amenée au point qui lui convenoit, l'Esprit avoit alors manifesté sa force et sa puissance, en séparant les élémens, et en créant avec ces élémens tout ce qui existe; que l'Esprit avoit en soi la na= ture nmasculo-féminine, c'est-à-dire , qu'il réunissoit les facultés ou la Puissance de toute la nature UE puissance active et la puissance passive, ec qua agit

1 . . . . . « & Dicunt utriusque sexus Participationem habere numina. (Servius, Æneid., v. 633.) ’

et qua palitur, parce que sans le concours de ces deux puissances rien ne peut être produit. Les philosophes grecs et romains ont quelquefois suivi cette doctrine’ énigmatique et symbolique des Orientaux : c’est de là que les nouveaux pythagoriciens , les nouveaux platoniciens et les orphiques ont conçu l'idée de leurs divinités masculo-féminines. Ils ont concentré dans le premier Être , comme principe de toute vertu génératrice, la force active et la force passive ; ils l'ont fait mâle et femelle, et ils Pont représenté sous des symboles qui tenoient de l’un et de l’autre, et quelquefois de tous les deux; tous les spéculatifs ont adopté ces idées avec une espèce de fureur, celte doctrine est surtout consignée dans quelques hymnes attribués à Orphée. ?

@ Apulée (de Mundo , p. 753.) rapporte des vers attribués à Orphée : c’est un portrait de Jupiter , dans lequel le poète concentre tous les dieux et toutes les parties de la nature; il le fait mâle et femelle : \ Jupiter et mas est, esique idem nympha Perennis. 11 donne également les deux sexes à l'Amour, dans l’hymne quatrième.

Dans l'hymne sur la nature, Orphée s'exprime ainsi : Omnium es pater et mater, nutrix quoque et altrix. : Dans celle à Minerve :

Vir genie, et mulier , genitric prudentia belli. Orphée donne à Bacchus l’épithète singulière de reine des priapes : Et priaporum regina.

Varron ( Apud 5. Augustin , de Civ. Dei, lib. VII, cap. 9.) cite ces vers de Valerius Soranus, ancien poète latim: «

Jupiter omnipolens , regum, rerumque , deümque

Les hymnes d’Orphée ont , en général, un caractère d’antiquité qui est incontestable ; mais un grand nombre a été interpolé par des nouveaux platoni- ciens, par des chrétiens et par des Juifs. Celui qui est relative à Bacchus Mysès, est évidemment de ce nombre: «J’implore Dionysius , ce dieu législateur, » armé d’une férule, illustre père d'Eubule; Je » timplore, souveraine pure et sacrée , vénérable » Mysés, tout à la fois homme et femme; Tacchus, » divinité à deux natures, soit que tu te plaises » dans le temple parfumé d’Eleusis, soit que dans » la Phrygie tu célèbres les mystères avec ta mère » vénérable, soit que tu cherches à Chypre l’ai- » mable Cythérée, soit que transporté de joïe tu » frappes le sein fécond de la terre, près du fleuve » sacré de l'Egypte, accompagné de la déesse à qui » tu dois le jour, de la vénérable Isis; viens, 6 » divinité bienfaisante , et protège nos travaux! » Cette interpolation a même été faite par une main peu habile. Car en donnant à Iacchus la qualification de divinité à deux natures, elle blesse non-seulement la doctrine religieuse des mystéres, mais, même l'opinion des philosophes qui r’attribuoient les deux sexes qu’à la puissance démiour-

Progenitor, genitrixque deüm , deus unus et omnis. Suidas dit de Bacchus : utriusque eliam sexus est in Libero : ut qui et virilia agat et muliebria patiatur. Aristide ( Orat. in Bacch. ), dit de Bacchus : Unde factum aiunt ut ulroque sexu deus sit prœditus, cum üli pater utramque naturam assumserit.

gique se fécondant elle-même , et non pas au jeune dieu emblème des productions ; dans ce système, le pouvoir générateur seul pouvoit étre représenté sous l’emblême des deux sexes.

Cette doctrine qui fut celle des Orientaux plutôt que. celle des Grecs, s’est introduite dans les religions de l'Orient, comme semblent le prouver certains symboles religieux, tels que le scarabée et le vautour auxquels on attribuoit les deux sexes et la puissance de s’engendrer eux-mêmes, et dont par

cette raison on avoit fait les symboles de létre suprême % ; tandis que dans la Grèce cette doctrine n'étoit que celle de quelques sectes philosophiques ®. Car il est certain que, si ces idées métaphysiques ont pénétré dans la mythologie vulgaire des Grecs, ce n’a été qu’à l’époque très récente où les principes des nouveaux Pythagoriciens et des nouveaux Platoniciens , appuyés sur quelques dogmes de la théologie orientale, ont prévalu partout. L'examen de toutes les autorités qui ont

@ On lit dans Horus Apollo : Ægyptiüs mundus constitutus esse ex rebus tum naturæ masculinæ tum femininæ. Minervæ autem appingunt scarabæum , Vulcano vero vulturem, quod, hi soli ex dis, apud ipsos mares sint simul ac feminæ. ( Horus APP lib. 1, He 15.)

® La Nomade de Pythagore étoit masculo-féminine énieiles, À cap.5 , de denario Pythagor.). L’anonyme ( 7 Theologomenis arithmeticis. ) , parlant de la Nomade, s'exprime ainsi : Wocart itaque eam non tantum deum sed et mentem, et apaevobñuy, viro

feminam. Le même auteur dit ailleurs : Velut semen denique omnium , marem ipsam el feminam statuunt.

DIONYSIUS. 20) été recueillies sur ce sujet par J. AÏb. Fabricius et l'étude de tous les monumens , ne laissent aucun doute à cet égard; ces idées n’ont même recu une aussi grande vogue et une aussi grande extension parmi les philosophes que dans les temps voisins du christianisme. Jamblique avoue ingénuement qu’il a tiré cette doctrine des livres hermétiques, que les savans regardent comme étant l’ouvrage des nouveaux Pythagoriciens et même des Gnostiques chrétiens ; cette même doctrine a été adoptée à la même époque , avec avidité non-seulement par les Valentiniens, secte chrétienne ®, et par les Juifs cabalistes ®, mais encore par quelques auteurs ecclésiastiques, particuliérement par Julius Firmicus Maternus , et par Synesius qui étoit un grand parüsan de la philosophie orientale.

Quelques progrès que ces idées aient faits parmi les philosophes, elles ne se sont jamais introduites dans la religion des Grecs avant l’époque que nous

.® Fabricius , ir Cod. apoc. vet. test., vol. I, p. 361, 362. —® Et-esse hunc octonarium generis principium, radicem et Jundamentum omnium , quem quatuor complectuntur nominibus profunditate ; mente , ratione, et homine ; quorum unum quodque mas Ssimul sit et femina. (Yrenæus, IVum, 11, p.117.) —%) J, Croïi Part. II, Sacr. et Historic. Observat., Cap. 12. -=® Julius Firmicus Maternus, Prefat., ad lb. V, Mathes., ( Voyez la page 15. du premier volume de cet ouvrage, ) =— .Synesius, Hymne WI, dit en parlant de l'Étre-Suprême 3

Tu pater, lu es mater, Tu mas, tu femina.

206 BACCIHUS

venons de déterminer; on pourroit méme assurer que dans aucun temps, elles n’ont pénétré dans les mysières qui formoient la véritable religion des payens : elles étoient trop opposées à cette religion qui , comme nous l'avons démontré, avoit pour fondement lobservation de la nature telle qu’elle se présente à nos sens, une cause active agissant sur la masse génératrice, et les êtres produits étant le résultat de cette action. Les idées métaphysiques des philosophes sur le chaos, sur l’union de Pesprit à la matière avant l’existence du monde, peuvent entrer dans un système philosophique; mais elles n’ont pas pu faire partie de la doctrine religieuse des anciens qui étoit simple et qui réjetoit toutes discussions , surtout ces discussions abstruses qui . appeloient l’examen et la controverse sur l’origine des choses et sur la manière d’opérer de l’être suprême, questions dont les relisions anciennes ne s’occupoient jamais. Il y a plus, l’on sent facilement que cette idée bizarre des deux sexes attribués à l'être suprême n’a été imaginée qu’à la suite du système qui Va précédée sur la cause active et la cause passive dont tout atteste l’existence dans la nature ; certainement si la notion sublime d’un dieu unique et créateur s'étoit d’abord présentée aux anciens, ils lauroient émise dans toute sa pureté : c’est le besoin de se rapprocher le plus possible des principes des chrétiens, qui a fait sentir aux philosophes payens de cette époque le besoin d'admettre VPunité complète du premier Etre; mais ils ne pou-

voient pas dégagèr enticrement cette doctrine de celle du principe actif et du principe passif qui formoit le fondement de leur propre religion, ou bien il auroit fallu l’abandonner, tandis qu’ils combattoient pour elle. ls ont donc imaginé de fairé sur un même étre la réunion bizarre de ces deux principes ou des deux sexes: aussi, que l’on consulte tous les monumens religieux qui sont donnés pour preuve que ces idées métaphysiques étoient passées des écoles de philosophie dans la religion des Grecs, et l’on verra qu al n° y en a aucun qui soit antérieur à l’époque dont nous parlons.

Les monumens sur lesquels se sont principalement appuyés les partisans de l’opimon que le culte des divinités masculo-féminines faisoit partie du culte des anciens, sont les temples du dieu Men dans la Phrygieet la statue de Vénus à Chypre. On a fait du dieu Men le dieu Lunus, qui ne se trouve que dans Spartien , cet historien cité une fois l’a été mille ; c’est ainsi qu’à force de transcrire et de répéter sans examen ct sans critique, on parvient à consacrer les plus ir tn erreurs. Le besoin d'appuyer ce systéme n'a pas même laissé la liberté d’examiner les idées puériles qui se trouvent dans le morceau de Spartien, idées bien dignes de la superslition grossière qui régnoit au temps où Spartien écrivoit. « Caracalla, dit Spartien ® , méditoit une » seconde guerre contre les Parthes, et dans cette

% Spartien, Pit. Carac.

pue il se rendit à Carrha pour le culte du dieu

Lunus. » Sparten dit ensuite : « Puisque nous avons parlé du dieu Lunus, il faut savoir que tous les docteurs nous ont transmis et que les habitans de Garrha pensent aussi, que quiconque est dans l’idée qu'il faut donner un nom de femme à la lune est constamment l’esclave du sexe ; que celui au contraire qui en fait un dieu, maitrise les

femmes et n’a rien à craindre de leurs embüches.

De là vient que les Grecs et les Esyptiens, quoiqu'ils donnent à cet astre un nom de femme, disent mystiquement que c’est un dieu. »

Le dieu appelé Lunus par Spartien n’est donc

que le dieu Men ou Mois auquel on rendoit un culte dans différents pays de l’Asie mineure et particuliérement en Phrygie; ce fait nous a été transmis par Strabon dans les termes suivans. « Pytho-

doris, dit Strabon , possédoit le temple de Men surnommé Pharnace dans le.grand bourg d’4meria ; 1] est dédié à la lune, de même que celui des Albanes et ceux de Phrygie, savoir le temple de Men situé dans le lieu de ce nom, le temple nommé Ascæus près Antioche de Pisidie et celui qui est dans le territoire des Antiochéens ®. »

I faut rapprocher ce passage de Strabon de celui où il parle de la religion des 4lbani ®: « Les divinités,

ve)

dit-il, auxquelles les Albani rendent hommage,

4) Strab., Geogr., lib. XII, p. 375.

® Les Albani habitoient les bords de la mer Caspienne :

cette mer les bornoit du côté de l’orient , à l'occident ils étoient

» sont le Soleil, Jupiter, la Lune; ils honorent » particulitrement cette dernière, son temple est » voisin de l’Ibérie. Le personnage auquel on défere » le sacerdoce de ce temple, est après le roi le » premier en dignité ; ; il gouverne non- seulement » le territoire sacré, el est vaste et fort peuplé, » mais aussi tous les ministres du culte. » Strabon entre ensuite dans le détail des sacrifices que Pon fait tous les ans à la lune, à laquelle on immole avec les victimes ordinaires, un des ministres de cette divinité. |

Strabon parle encore du temple de Men Carus situé entre Laodicée et Caroura, qui pe d’une grande vénération.

* Les paroles de ce judicieux écrivain sont d’un Es poids , et en les examinant on voit quelle connoissance approfondie il avoit de l’histoire et du culte des contrées dont 1l parloit. On remarquera d’abord que Strabon ne parle ‘que du dieu Men, et du culte de Jupiter, du Soleil et de la Lune chez les Albani, et qu'il ne fait aucune mention du dieu Lunus , ni de cette divinité représentée avec les deux sexes : il parle toujours de la Lune comme d’une déesse; il dit seulement que le temple du dieu Men Pharnace étoit dédié à la Lune, et cette assertion est parfaitement en harmonie avec

bornés par les Ibères, au nord par les monts Cérauniens faisant partie du Caucase , au midi par l’ Arménie.

{0 Strab., bib. XI, p. 580.

le système religieux de ces contrées. Chez les Phrygiens comme chez les Grecs , le mot masculin Mer signifioit le mois lunaire d ; c’est cette divinité masculine que Spartien et peut-être quelques écrivains de la basse latinité ont exprimée par le mot masculin Lunus. Les Orientaux divimisèrent ce mois, comme ils ont fait du temps, de l'année , du jour , de la nuit et des heures, autant de divinités diverses ® ; dans leur système théologique , ils rendoïent à ces mesures du temps ou à ces effets les plus remarquables du soleil et de la lune, les mêmes honneurs qu’ils rendoient au soleil et à la lune euxmêmes, parce que ces deux astres en étoient les causes efficientes : ces hommages religieux étoient toujours-rapportés par ces peuples, à leur source; c’est-à-dire, au temps, et surtout au soleil et à la lune, qui par leurs mouvemens engendrent l’année, le mois, le jour, la nuit, les heures. C’est pourquoi le temple de Men étoit dédié à la lune, c’est pourquoi à Gadès, on avoit élevé des Lisaoe l’année et au mois en d'heiehé du temps ® qu’on adoroit

% Il existe des médailles de Nysa, avec l'inscription de RAMAPEITHE, Xamareïtés , un des noms du dieu Men, qui est dérivé de Run ou Rire , Qui en arabe ngnbe lune.( Strab.,

lib. XII, p. 557, not», Dr.

Q) Jamblicis Opuscul., vol. XI, p. 67, 72.

G Gadibus aram unam anno , alleram mensi erectam esse ; in honorem temporis cum brevioris , tum longioris. ( Ælian:, apud Eustath., in Dionys. Perieget., v. 453.)

comme divimté principale ® ; du reste lopimon erronée qui s’est répandue sur les deux sexes du dieu Lunus, a sa source dans une règle grammaticale des langues Orientales. En général les Orientaux ne distinguoient pas dans leur langage , le sexe de leurs divinités, ou plutôt ils mettoient indifféremment leurs noms au genre masculin et au genre féminin : c’est ce que prouve la lecture même de l’'Écriture Sainte, qui donne aussi souvent le genre féminin que le genre masculin aux

dieux Baal, Moloch ct autres. Bochart, après avoir cité ce passage d'Euthymius, Zdolum Baccha , ismakeek dicium , miseros barbaros adorare jussit ® , ajoute : « Cette divinité Baccha est-elle la » même que Bacchus dieu des Arabes, que les » uns ont appelé Durotal , les autres Dusarès? rien » ne s'oppose à ce que cela soit ainsi, pas même » la terminaison féminine de Baccha , car le mot » hébreu Æoheleth, qui signifie ecclésiaste, et le » mot arabe Calipha , qui signifie empereur, ont » aussi la terminaison féminine ®. » C’est pourquoi le nom de la lune chez les Orientaux étoit tantôt du genre masculin, tantôt du genre féminin : les

Non tempus tantum ut deum celebrant , sed et diem ipsum , et nociem et mensem dixtrunt et annum. ( Proclus , Kb. IY p.251, in Timæum.)

@) Euthymius , in Maomethicis , Cap. 8 = (5) ler r Geogr hb.IV, cap. 12, p.214, 215.

302 ÉACCHUS Egyptiens lui donnoient même préférablement le genre masculin. & » s

Tout ce qu’on a débité sur la statue de Vénus à Chypre, a pour fondement une semblable erreur; Macrobe, chaud partisan de l’opinion philosophique qui donnoit aux dieux les deux sexes, apres avoir dit que cette statue de Vénus avoit de la barbe, des vétemens de femme , un spectre et la stature d’un homme , ajoute : On croit que cette divinité étoit mâle et femelle ®. Il cite ensuite un passage de Philochore (in atthide) d'apres lequel les hommes faisoient avec des vêtemens de femme et les femmes avec des vêtemens d'homme des sacrifices à cette Vénus que Philochore affirme être la même que la lune. Macrobe conclut de ce bizarre usage que cette divinité étoit regardée comme mâle et femelle; Pontanus soutient au contraire que cet usage tire son origine de la coutume des Parthes qui donnoient à la lune un nom masculin ®. Hésychius s'exprime ainsi sur celte statue de Vénus à Chypre: « L'auteur inconnu de l'histoire d’Ama- » chonte dit que la déesse Vénus avoit a Chypre la

® Ægypti nomine masculini generis lunam rominare consueverunt.

@) Putant eamdem marem ac feminam esse. (Macrob., $aturn. , ib.1II, cap. 8.

= ® Hoc est quod Parthi eam lunam coluerunt , nomine quoque masculo.

» fioure. d'un homme barbu ®. » I n’y a donc aucune preuve positive que cette statue eût les deux sexes : aussi la conjecture de Macrobe est fondée sur des inductions qu'il tire de faits qui ne sont pas assez positifs, pour prouver l’existence d’un pareil culte ; du reste, Macrobe lui-même semble appuyer son opinion moins sur ces faits que sur, des passages des auteurs anciens, passages qui l’ont fait adopter par Servius.

Servius qui vivoit à la même époque que Macrobe, c’est-à-dire, du temps de Théodosele Grand, affirme que Vénus et Junon avoient les deux sexes, et il Vaflirme uniquement parce que Virgile a dit en parlant de Vénus ducente deo, et en parlant d’Alecto ou Junog, nec dextræ erranti deus abfuit. Servius s’exprime ainsi sur ce dernier passage: ®. 4lecto deum dicit, nam numina utriusque sexus videntur ideo, quia incorporea sunt, et quod volunt assumunt corpus. D'abord Servius s’est certainement. éloigné du système des philosophes qui admettoient les divinités fémino-masculines, en prétendant que c’éloit parce qu'ils étoient incorporels, que les dieux prenoient la forme qui leur plaisoit. Ce système philosophique des divinités masculo-féminines tenoit à un ordre d'idées bien autrement mystiques et métaphysiques, et, on ne sauroit s’empécher de

@ Jpcertus rerum Amathuntiarum scriplor ail deam Venerem figuram in Cypro habere viri barbati.

9 Virgil., Æneid,, ib. VHI.

304 | BACCHUS le reconnoitre, bien plus élevées. Cette idée que Servius prête à Virgile n’a certainement pas été celle de ce grand poête ; Virgile a seulement 1imité les Grecs qui font Ses des deux genres, comme le prouvent une foule de passages d’Homéere, de Sophocle et de Platon. Virgile, comme la plupart des poètes et des auteurs latins, ont suivi la méme locution que les poètes grecs qui en parlant des dieux de quelque nature qu'ils soient, disent rt Seou; c’est pourquoi Aristophane appelle Vénus Aphroditon. On trouve une foule d'exemples de ces imitations non-seulement dans Virgile , mais dans presque tous les pottes latins, et surtout dans Lucain et Claudien. Ennius a dit : respondit Juno Saturnia , sancta deorum , et Varren, dit en parlant de la déesse Palés : Jie Pales. L’on se rappelle que Stilpon le Mégarien , ayant nié la divinité de Pallas, fut accusé d’impiété ; il voulut se justifier en disant qu’il avoit nié que ce füt un dieu, eivxt Sedv, mais qu'il n’avoit pas nié que ce füt une déesse, eva Sedy : l’aréopage proscrivit cette justification comme une plaisanterie déplacée dans une chose aussi sérieuse , et il le condamna à Fexil. Vossius, après avoir cité ce passage d’'Hésychius

( Servius a encore fondé son opinion sur ce passage de Licinius Calvus, poète et orateur contemporain de Cicéron : Pollentemque deum Venerem. Mais Vossius a très bien prouvé que deum étoit là au génitif pluriel, et qué Licmius Calvus a dit de Vénus, pollens deum , comme Horace a dit de la même déesse pollens ,Cypri. | s

DIONYSIUS. 80€ qui a été répété par Phavorinus, adagoos , deus quispiam apud phryges utroque sexu præditus, remarque avec raison que tous ces écrivains ont puisé Leur opinion dans le livre Platonicien et demichrétien, ayant pour titre Pœmander, où l’on trouve ces expressions sur l'esprit éternel qui a engendré un autre esprit , vos ou logos, mens etiam sive deus quia, mas et fenuna est, vita et lux, enixa est verbo alteram mentem opificem. Vossius pouvoit ajouter que ce système n’a jamais fait partie de la religion nationale des payens, puisqu'il n’auroit pu y être admis qu’en renversant l’ancienne croyance religieuse.

% Fréret, qui connoissoit si bien l'antiquité, a porté sur

cetie doctrine le même jugement que Vossius. On voit par la manière dont il s'exprime sur le dieu Lunus, qu’il n’a pas même cru devoir s'arrêter un instant sur l’idée fausse qu'ont eu certains écrivains, d’en faire un dieu mâle et femelle. « Stra- » bon, dit Fréret, nous apprend ( XII. 157.) que le dieu » honoré sous le nom de Pharnack, dans l’Ibérie et dans le » Font, étoit le même que le dieu Lunus, ou que l’intel- » ligence qui présidoit au cours de la lune, Ce dieu avoit un » temple célèbre à Cabira ou Sébastopolis, sous le nom de » My Dépvaos : et les sermens qui se faisoient, en joignant » Son nom à celui du roi régnant, passoient pour inviolables. » Strabon ajoute que le dieu Tunus avoit des temples en Phry- » gie êt en Pisidie, sous le titre de Mhv À oxxtoc. On voit dans » Haïm , sur une médaille de Sardis, le buste de ce dieu coiffé » d’un bonnet phrygien, et porté dans un croissant, avec le » titre de My Aoxnvos. Il y à beaucoup d'apparence que la » figure en pied qui se voit au revers des médailles de Phar-

Toue HI. ù 20

306 DACCHUS DIONYSIUS.

» nace et de son fils Mithridate, est celle de Mhv bapuaxos où » du dieu Lunus de Cabira, représenté à peu près comme » on le voit sur plusieurs médailles publiées par Vaillant, On » compte dans les médailles grecques des empereurs jusqu'à » dix-neuf villes de l'Asie mineure, de la Thrace et de la Syrie, qui ont mis ce Dieu Lunus sur leurs médailles. (De l’Année cappodocienne, Xe partie in fine. )

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