‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 26 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Histoire de Bacchus T'hebain.

$ 1. Théophanie de Bacchus.— 2. Son histoire d'après les mythologues, comme demi-dieu.—$ 3, Nourrices de Bacchus.— $ 4. Suite de l’histoire de Bacchus. — Ses voyages.—Histoire de Lycurgue.— $ 5. Histoire de Penthée.—Etablissement du culte de Bacchus à Thèbes. — $ 6. Culte de Bacchus dans la Béotie.—( 7. Culte de Bacchus dans l’Argolide.— (8. Culte de Bacchus dans lAttique et dans la Mégaride.— 6 9. Voyage de Bacchus d’Icarie à Naxos. — Corsairés tyrrhéniens, — $ 10. L'histoire de Bacchus est l'expression poétique et allé-

gorique du bonheur que l’agriculture et la civilisation ont donné au genre humain.

ST. Théophanie de Bacchus.

Diopore de Sicile rapporte sur Bacchus Thébain

une tradition qui donne la clef du systéme reli-

gieux des Grecs en général, et qui fixe d’une manicre 20 *

certaine les idées que l’on doit se former de cette divinité dans la Grece.

« Cadmus, dit Diodore de Sicile, eut entre » autres enfans une fille nommée Sémélé qui, ayant » été séduite, depuis l’établissement de Cadmus » dans la Gréce , 'concut un fils dont elle accoucha » au bout de sept mois. Il mourut bientôt ; Cad- » mus fit embaumer son. corps à la maniere des » Egyptiens, le fit dorer, lui fit offrir des sacrifices, » et publia qu'Osiris avoit voulu encore une fois » apparoître aux hommes sous cette forme. Il attri- » bua cette renaissance à Jupiter : les principes de » la théologie égyptienne, qui étoient connus de » Cadmus, lui fournirent toutes les couleurs dont » il avoit besoin pour faire passer cette fourberie, » qui d’ailleurs flattoit l’orgueil des Grecs ®?. »

Les Grecs reconnoissoient donc deux espéces de divinités : les unes étoient éternelles et immortelles , les autres étoient de simples mortels parvenus aux titres et aux honneurs divins ®. Cette seconde doctrine étoit particulière à la religion des Grecs, elle formoit le caractère fondamental de l’hellénisme , dénomination que les premiers écrivains du christianisme donnent à cette croyance; on n’en trouve aucune trace chez les nations orientales, et aucun peuple ne croyoit comme les Grecs , que les dieux pussent être de la même nature que les hommes :

@ Diod. Sic., lib. I, cap. 15.— @) Diod. Sic., lib. VI, Frag., T.Il,p 632. — Euseb., Præp, Ev., Ub. LIT, cap. 2.

aussi les prêtres égyptiens firent-ils, dans une conférence avec Hérodote ® , le reproche aux Grecs d’avoir altéré la DR en donnant aux dieux les passions des mortels, et en croyant qu’un homme pouvoit devenir dieu après sa mort. Les Grecs ont mis les hommes au rang des dieux de deux manières; 1° par la théophanie, c’est-à-dire, en supposant l'apparition d’une ancienne divinité dans un corps humain, tel a été Bacchus, qui n’a jamais été chez les Grecs un personnage réel ; 2° par l’apothéose, c’est-à-dire, en associant un homme, ou si l’on veut, une ame humaine avec les anciens dieux. Tel a été Hercule, personnage véritable, qui a été mis ensuite au rang des dieux par les Grecs, à cause de ses grands exploits et des services qu’il avoit rendus à l’humanité : Homére nous a expliqué comment on concevoit l’apothéose chez les Grecs ®. Les dieux, pour récompenser la vertu des héros, séparoïent la partie divine de leur ame, la transportoient dans le ciel, se l’associoient et la faisoient participer à leur gloire et à leur félicité, mais ils laissoient dans les enfers lame animale; cest cette ame d’Hercule qu'Ulysse trouva dans l'empire de Pluton. Aïnsi dès le temps de Cadmus, on étoit persuadéen Grèce que les dieux avoient un corps semblable au nôtre, qu’ils avoient des passions comme nous , et que de leur commerce avec la race humaine sortoient des enfans qui méritoient d’être élevés an rang des dieux. Ceux qui ont

® Herod., lib, 1, cap. 131.— () Homer., Odyss, lib. XI.

paru sous le nom d’anciennes divinités recurent les honneurs divins, et on confondit dans leur culte leur nouvelle attribution de héros et leur ancienne puissance. Dans ce système on reconnoit La grossicreté d’un peuple barbare, qui aime à diviniser ses chefs; cest ainsi qu'Hercule et Bacchus, deux grandes divinités de PEgypte, furent réduits, l’un à l'état d’un fils d'Amphytrion, et l’autre fut confondu avec un enfant de la fille de Cadmus. De cette manière, plusieurs des plus anciens et des plus grands dieux de l'Égypte devinrent les plus nouvelles et les plus petites des divinités des Grecs, qui reçurent leur culte dans des temps différens, et qui , sans observer l’ordre qu’ils avoient entre eux, fixérent leur naissance au temps de leur admission: cette manie de diviniser des mortels ne paroït pas néanmoins avoir appartenu aux Grecs antérieurs à Cadmus ; car s'ils avoient eu ce goût, ils auroient mis au nombre de leurs dieux leurs premiers fondateurs. | La colonie dont Cadmus fut le chef, est la première colonie phénicienne qui se soit établie dans la Grèce; elle fut très nombreuse : la principale partie s’empara de la Béotie; les autres se répandirent dans les îles. Or, avant Cadmus , la Grèce connoissoit la plupart des divinités égyptiennes, elles y avoient été introduites par les colonies qui l'avoient précédé. Lorsqu'on consulta l’oracle de Dodone pour savoir si l’on devoit admettre le grand nombre de dieux d'Egypte, il ne fut pas

THÉBAIN. NE question de Bacchus qui parut plus tard. Au temps de Cadmus , le’ corps de la religion hellénique étoit formé, dit Fréret, et tous les emplois étoient partagés entre les À dont le culte étoit recu. À cette époque on apprit aux Grecs à cultiver la vigne, et on fit de la nouvelle divinité le dieu du vin. Nous verrons dans le détail que nous donnerons de la propagation de ce culte dans les différentes parties de la Grèce, quels obstacles rencontra son établissement. À une époque bien plus rapprochée il n’eut pas beaucoup de célébrité: Homère, Hésiode et Pindare lui-même n’en parlent que runs maniére trés succinte.

La théoplanie de Bacchus fut faite par Bale mus lui-même, mais dans la suite la fable de Bacchus recut un grand nombre d’augmentations; les poètes et les mythologues en firent un personnage réel , ils lui attribuèrent un grand nombre d’exploits, et il devint un héros, un demi-dieu, semblable à Hercule : il entra donc dans le système de lapothéose ; nous allons présenter ces additions d’après les mythologues eux-mêmes. * À

$ II, Son histoire d’après les mythologues, comme demi: dieu.

Cadmus eut quatre filles , Ino, “ fut Santé a Athamas, Autonoé à Aristée, Agavé à Echion, et Sémélé. Jupiter étant amoureux de Sémélé , alloit

& Apollod., lib. III, cap. #+

GEn BACCHUS

clandestinement jouir de ses faveurs à l'insu de Junon. Mais Sémélé , trompée par la déesse qui lui persuada que Jupiter la méprisoit, parce qu'il n’alloit la voir qu’en secret, demanda au maître du tonnerre qu’il vint chez elle avec toute la majesté qu'il déployoit lorsqu'il alloit voir Junon. Comme il s’étoit engagé à faire ce qu’elle lui demanderoit, et qu'il ne pouvoit manquer à sa promesse , il entra dans sa chambre sur un char et accompagné de foudres et d’éclairs. Sémélé, étant enceinte de sept mois, fut frappée de terreur, accoucha d’un enfant et mourut : Jupiter enleva sur le champ du milieu des flammes cet enfant, qu’il enferma dans sa cuisse. M. Heyne ® remarque que c’est une locution orientale, pour dire que quelqu'un est sorti des reins de son père ; cette locution a pu donner lieu à la fable. Hcinsius'a observé que la cuisse étoit prise là pour les parties viriles ® , d’après le plus grand nombre des auteurs. Les mythologues, en disant que Bacchus étoit sorti de la cuisse de Jupiter, ont voulu dire seulement qu'il étoit né de lui ©. Diodore de Sicile ® racontant à peu près de la même manicre la naissance de Bacchus, d’après les fables des Grecs, ne parle pas de la cuisse de Jupiter ; il dit seulement qu’aussitôt après la mort de Sémélé, il prit l'enfant et le donna à Mercure , avec ordre de le transporter

(@ Heyn. n. Apollod., p.227, ad. III, 4,2, 3.—%Heins., Arist., cap. x. = ® Lactant., lib. I, cap. 8. — Lactantius , ad Stat. , lib.1, Thebaid., v. 12. — Philost,, de Iconib., Ub.T, cap. 14° — ® Diod. Sic. , lib. IV, cap. 2.

LA

THÉBAIN. 313 dans l’antre de Nyse, qui est entre la Phénicie et le Nil; il le fit nourrir par les nymphes, et il leur recommanda de prendre un soin extrême de son éducation. Suivant Hygin, Junon, pour tromper Sémélé , prit la forme de Beroé sa nourrice, et elle la détermina, en lui disant qu’elle connoitroit le plaisir qu’il y avoit à coucher avec un dieu , ut in telligas que sit voluptas cum deo concumbere. ga

Tous les enfans qui étoient nés par un accouchement forcé, et que les Latins appeloient cæsones , passoient pour être consacrés à Bacchus, parce que Bacchus étoit né de la même manière. Charax , cité par l’anonyme de Incredibilibus , imprimé à la suite de Paléphate, dans le Recueil de Th.-Gale, raconte la naissance de Bacchus d’une maniere bien plus simple, et qui se rapproche de la tradition de Diodore de Sicile, que nous avons citée plus haut. Sémélé, fille de Cadmus, dit Charax , étant devenue enceinte sans étre mariée, fut frappée de la foudre au moment où elle accouchoit; elle fut tuée, mais l'enfant vécut. La manière dont Sémélé périt, la fit regarder comme-une divinité, et on la nomma Thyoné : Cadmus eut le plus grand soin de l’enfant. Mais reprenons le récit des mythologues. Jupiter ayant décousu sa cuisse au bout de neuf mois , en. tira Bacchus et le donna à Mercure, qui le porta à Ino et à Athamas, et les engagea à l’élever. Junon irritéelesrendit furieux : Athamas prenant Léarque,

\ Hygin, Fab. 167, 179.

l'aîné de ses fils, pour un cerf, le poursuivit et Le tua. Ino jeta Mélicerte, son autre fils, dans une chaudière bouillante ; elle prit ensuite son cadavre dans ses bras, et se précipita dans la mer avec lui. Apollodore dit que Jupiter changea Bacchus en chevreau , pour le soustraire à la colère de Junon , et Mercure le porta aux nymphes qui habitoient le

mont Nysa: Jupiter les changea ensuite en astres, et les nomma Hyades.

S III. AVourrices de Bacchus.

Nous avons déjà parlé des Hyades , nourrices de Bacchus, considérées comme le principe de Fhumidité et comme le germe de toute production; mais on ne s'accorde pas sur les nourrices de Bacchus T'hébain. Diodore dit qu'il fut confié à une fille d’Aristée qu'il nomme Wysa, et qu'Apollonius de Rhodes nomme Macris ®, Orphée la nomme Hippa; suivant une tradition rapportée par Etienne de Byzance ©, Bacchus fut nourri par Rhéa : c’est ce qui explique cette partie de la fête de Bacchus à Alexandrie > OÙ l’on voit le dieu se réfugiant à l'ombre de l’autel de Rhéa pour éviter la poursuite de Junon. Les variétés que les mythologues nous ont transmises sur les Hyades sont innombrables : Hésiode n’en nomme que cinq. Suivant Phérécydes, cité par Hygin Ÿ , elles

G) A poll. Rhod., Lib. IV, v.1131.—® Orph., Æymn., XLVIIL. nv, Méçavpa. = ® Hyg., Adstron. XXI. = Schol. Homer., ad Iliad, =, v. 486.

étoient au nombre de sept, et auparavant elles étoient les nymphes Dodonides : leurs noms sont, Ambrosie, Eudora, Phésyle, Coronis, Polyxo, Phaæo , Thyène. Suivant une autre tradition ®, elles étoient filles de l'Océan , et au nombre de six : c’étoient les naïades Cisséis, Nysa, Erato, Eriphia, Bromie, Polyhymno. L’Océan obtint de Médée (Heinsius ® a pensé qu’il falloit lire Thétis au lieu de Médée) qu’elle les rajeuniroit , etelles reCOUVrErent leur jeunessé. D’autres mythologues, en rapportant la même tradition, ont varié sur les noms : suivant Diodore de Sicile, les nourrices de Bacchus s’appeloient Philia, Coronis, Cléis, et elles n’étoient que trois. Euripide n’en reconnoissoit également que trois; cette opinion étoit commune à ces poèl:s et aux habitans de l’ile de Naxos. Certains mytlologues veulent que les Hyades aïent été nourrices de Jupiter, d’autres de Bacchus; quelques-uns assurent que c’éloient les Hespérides elles-mêmes ®. Gette fable des Hyades a été interpolée avec celle d’AUlas : Atlas eut de Pleione ou d’Océanitide douze filles et un fils nommé Hyas qui , ayant été tué par un sanglier ou par un lion, fut tellement pleuré par ses sœurs, qu’elles périrent par leurs larmes. Cinq d’entr’elles furent mises au rang des astres, placées entre les cornes du taureau; leurs noms sont les mêmes que ceux donnés par Phérécydes : Phésyle.

O Hyg., Fab. 182. = % Ovid., ad Met. = ® Servius, ad Virgil, , Georg. 219.

Ambrosie, Coronis, Eudora et Polyxo , qui furent appelées Hyades, du nom de leur frère, et que les Latins appelèrent Suculæ , comme le leur reproche l'affranchi de Cicéron, Tiro, dans son ouvrage de Pandectis, cité par Aulu-Gelle ®. Quelques-uns prétendent qu’elles ont été nommées Hyades, parce qu’elles ont la forme d’un Y; d’autres parce qu’en se levant, elles amènent les pluies : ÿay en grec signifie pleuvoir. Les autres filles d’Atlas furent appelées Pléiades , et placées au rang des astres. Alexandre faisoit les Hyades filles de Hyas et de Béotie; Nonnus, filles du fleuve Lamus; Myrüle, filles: de Cadmus; Euripide, filles d’'Erechthée:mais le plus grand nombre des mythologues les font filles de Océan et d'OEthra. Dans toutes ces variétés de la fable des Hyades, lecaractère de Bacchus qui dominele plus ; c’est celui de principe de l’humidité, conséquemment le germe de toute reproduction. Gette fable des nourrices de Bacchus , comme la fable entière de sa naissance et de son éducation, peut bien aussi être, considérée comme n'étant qu'une simple allégorie relative à la culture et à la propagation de la vigne et à l’art de faire le vin. Il naquit avant terme pendant un tonnerre violent ; ce sont les orages qui font tourner le raisin. Pour achever de le màrir il a besoin d’être grossi par les pluies; ce sont les Hyades ou nymphes pluvieuses que l’on donne pour nourrices à Bacchus. Fréret a encore vu du rapport entre

4 Aulu-Gel. , lib. XIIL, cap. 9:

THÉBAIN. 317 la double naïssance de Bacchus et l’art de provigner la vigne: on couche, dit-il, et on enterre les jets, auxquels on veut faire prendre racine, avant que de les conper et les replanter ; ; alors les branches ont, pour ainsi dire deux méres, dont Pune est le cep d’où elles sont sorties , et l’autre est la terre où elles ont pris racine avant que d’être détachées du cep. Diodore de Sicile explique Te nom de Déméter donné à Bacchus , parce qu’il nait déux fois : la premiére lorsque la plante déposée dans la terre en sort et prend de l’accroissement , la seconde lorsqu'elle donne des fruits. Hi explique le mot meros par tôuos auméhou; tTüs xalduns xühoy, Seomentun ou sarmentum vilis , calami internodium : il signifie aussi cuisse, et cet équivoque a pu donner naissance à la fable de Bacchus enfermé dans la cuisse de Jupiter, fable que Fréret croit n’être pas très ancienne. Ge savant conjecture que le mot de Sémélé pourroit venir de spa, mot employé dans Théophraste pour marquer les jets ou pousses qu’on conserve en taillant la vigne, et qui doivent porter des grappes; mais suivant Diodore de Sicile, la terre étant naturellement regardée comme la mére de Bacchus , qui n’est que le fruit de la vigne produit

par la terre , fut nommée Sémélé par les Anciens, à cause de la vénération et du respect qu’on lui Lite toit, et Thyoné à cause des fréquens sacrifices qu’on lui Fa et des prémices des fruits qu’on lui offroit. Voici, suivant Fulgence ®, l’allégorie sous la-

© Fulgent., Mythol., lib. IT, cap. 15.

quelle se présente la fable de Bacchus et dés quatre filles de Cadmus , Ino, Autonoé , Sémélé et Agavé. Ces quatre noms signifient les quatre degrés d’ivrognerie : 1° l’enivrement, ou la première pointe de vin, en grec oivos, Îno ; 2° l’oubli des choses , aùtoyén, Autonoé ; 3° le libertinage, gopauoy , Sémélé. Bacchus est né de Sémélé, parce que le libertinage produit livrognerte ; 49 Ja folie, àyäun (M, Agavé est tellement livrée à la folie, qu’elle coupe la tête de son propre fils. L'histoire des Myniades, dans Elien® , est semblable à celle d’Agavé ; celle de Lycurgue, roi de Thrace, voulant violer sa mère © est la même : on trouve dans Plutarque une pareille histoire de Cyanippus le Syracusain. ©

Les Hyades, nourrices de Bacchus, présentent aussi une allégorie, mais elle est toute différente. Les Anciens disoient que Bacchus avoit eu plusieurs nourrices, parce qu’il falloit que ce dieu, nourri et formé par beaucoup de nymphes, en devint plus traitable et plus doux ®; c'est-à-dire, qu’il falloit méler le vin avec. beaucoup d’eau. Plutarque a encore cité cette allégorie dans son Traité sur l’art de lire les poètes : mais poursuivons l’histoire de Bacchus. |

() Euripid., Bacch., v. 1112.—Ovid., Met., v. 712: 7 13:— C) Ælian., ar. hist. , lib. TT, cap. 42.—Lucian., Dial. Junon. et Jov. = Hyg-, Fab. 132. — Ÿ Plut., ir Parallel. = G plut., Sympos., lib. III, Quæst. 9.

$ TV. Suite de l’histoire de Bacchus —$es voyages.— Histoire de | Lycurgue.

Ce dieu passa ses premières années au milieu des chœurs de femmes, dans le sein des plaisirs et des jeux ; ayant découvert la vigne, Junon le rendit furieux. Dans le Cyclope d'Euripide, Silène ouvre seul la scène par ces mots : « Hélas! Bacchus, com- » bien jesouffre, et combien j'ai souffert pour toi » dès ma tendre jeunesse! Rappellerai-je d’abord le » temps où , agité par les furies que envoya la ja- » louse Junon, tu quittas les nymphes des monta- » ges qui t’avoient élevé ? Rappellerai-je nos dan- » gers dans la guerre des Géans? Glorieux souvenir! » Siléne étoit à tes côtés ! Tu le sais, je signalai ma » valeur; et, sans vanité, je perçai de ma lance » Encelade , malgré son énorme bouclier. » Siléne fait le fanfaron pour amuser le peuple, car les silènes et les satyres étoient représentés comme des lâches dans ces pièces ; mais Euripide ne rapporte pas moins des traditiôns reçues , à l'exception du coup porté à Encelade par Silène. La Terre irritée du malheur des Titans, eut d’Uranus les Géans, qui lancoient contre le ciel des rochers et des chênes enflammés. Il étoit dans les lois du destin que jamais les Géans ne serolent vaincus sans le secours de deux demidieux Ÿ , et les dieux appelérent Hercule et Bacchus. Suivant Apollodore , Bacchus combattit

® Schol. Pindar., Nem., Od. I, v. 100.

comme les autres dieux, et il tua Eurytus d’un coup de thyrse; c’est pourquoi les poëtes repré sentent toujours Bacchus armé du thyrse menacant.

Dans les peintures antiques, on le voit souvent menaçant de son thyrse ©. Bacchus, qui combattoit avec vigueur et avec succès, étoit sans cesse animé par le cri de Jupiter: Evohé! bene sit ui; ce cri devint celui des bacchantes. ;

Hésiode ne dit rien du combat des Géans avec

les dieux. Suivant ce poîte , la terre ayant reçu les gouttes de sang qui découlérent de la blessure d'Uranus, lorsqu'il fut mutilé par son fils , produisit les Géans : on ne trouve même aucune trace de ce combat dans Homere. | Bacchus parcourut presque toute la terre: 1l se rendit d’abord en Egypte, et fut reçu par le roi Protée. Comme Homère avoit placé Protée en Egypte, les écrivains postérieurs ont nommé Protée lorsqu'ils ont eu à parler d’un roi d'Egypte; les Grecs avoient mis ce nom dans la liste des rois de ce pays. Bacchus se rendit ensuite en Syrie, et delà à Cybéle dans la Phrygie , où il fut purifié par Rhéa, ui lui enseigna les mystères. On reconnoît ici le mélange de la fable du dieu des mystères et du dieu du vin. Partout il poliçoit les nations , et les combloit de bienfaits; aussi on lui a rendu partout de

@ Parce, liber , parce, gravi metuende thyrso. (Horat., IT,

grands honneurs. Il recut de Rhéa la robe longue et prit son chemin par la Thrace ; Lycurgue , fils de Dryas, roi des Edones, qui habitoient prés du fleuve Strymon , le chassa de son pays après lavoir outragé; | c’est-à-dire que Lycurgue s’opposa à l’introduction du culte de Bacchus dans son pays: Bacchus se réfugia dans la mer auprés de Thétis, fille de Nérée , à à qui il fit cadeau d’un vase d’or, qui servit dans la suite à renfermer les restes d'Achille. Suivant quelques mythologues , cette fable de Bacchus s’enfuyant et se jetant dans la mer , étoit le symbole d’une ancienne manière de faire le vin ; on y méloit de l’eau de mer; parce que cette eau le rendoit plus agréable ®. On lit dans Plutarque © que des pêcheurs reçurent ordre de plonger Bacchus dans la mer , et que ceux qui étoient loin de la mer mettoient dansle vin du plâtre de Zacinthe cuit au four, pour ôter au vin sa rudesse. Pline ® parle de plusieurs moyens employés par les Anciens pour âppréter les vins, et il dit que les Grecs fortifioient les leurs avec de la poudre de marbre , du sel ou de l'eau de mer.

Les bacchantes et les satyres qui marchoient à sa suite furent faits prisonniers, mais ils furent bientôt délivrés, car Bacchus rendit Lycurgue furieux. Dans sa fureur il tua Dryas, son propre fils, d’un coup de cognée, croyant couper un cep de vigne; il lui coupa ensuite les extrémités des pieds et des

() Athen. » Bb. I, cap. 20, — ® plut. y Quœst, natur. 10. — ) Plin., Æist. Nat., lib. XIV, cap. 29.

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