‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 31 sur 41 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bacchus Thébain adoré comme demi-dieu, et comme symbole du vin.

$ 1. Des attributs de Bacchus, considéré comme divinité natu- ® relle ou symbole du vin. — $ 2. Bacchus considéré comme demi-dieu. — $ 3. Noms divers de Bacchus.

6 1. Des attributs de Bacchus, considéré comme divinité naturelle ou symbole du vin.

Lés Grecs ne considéroient généralement Bacchus Thébain, que comme un demi-dieu; Hésiode n’en parle que dans deux passages de sa théogonie, et il ne le présente que comme fils d’un Dieu et d’une mortelle ”, 11 y a cette différence essentielle, dit Plutarque, entre Bacchus des mystères et Bacchus Dieu du vin, fils de Sémélé, que le second étoit mis au nombre de ces dieux qui étant nés mortels, ont été mis au rang des dieux, comme fler- | cule, après avoir mérité par leur vertu de quitter leur nature corruptible et mortelle; tandis que le premier étoit comme Jupiter, Apollon, une de ces | divinités qui n’ont pas été engendrées et qui subsistent éternellement ®. Cependant ce n’est pas le seul

() Hésiod., Theogon., v. 943. = ® Plut., Vi. Pelopi., cap. 17:

THÉBAINÉ Âoï aspect sous lequel ils l’ont adoré; considérant la propriété du vin, ils lui rendoient un culte comme à une divinité naturelle, c’est-à-dire, comme au sy mbole de la production du vin, ou comme au vin luiimême. |

C’est au Dieu du vin RAR à évidemment les attributs dont nous venons de nous occuper, le thyrse, la férule, la coupe, le lierre. Ces attributs ont été facilement appliqués au demi-dieu , Bacchus fils de Sémélé ; tous les autres attributs de Bacchus sont également appliquables à cette divinité, considéréesous l’un et l’autre aspect; sion trouvequelques différences dans ces attributs, qui avoient tous une grande affinité entr’eux, elles sont extrêmement légéres. Comme dut naturelle , Bacchus étoit représenté avec une figure de femme #, la poitrine nue, le front armé d’une mitre, la tête couronnée de vignes, et monté sur un tigre: autour de lui étoient trois animaux, le singe, le porc, et le lion. Ils étoient environnés d’un cep de vigne qui couvroit de son ombre Bacchus monté sur son tigre; cette vigne étoit remplie de rameaux, Bacchus tenoit un vase de la main gauche et de l’autre il manioit un rameau Chargé de raisins ®. Voici un passage d’Isidore sur la figure féminine et les cornes que Von donnoit à Bacchus ®: Quod idem Liber muliebri et delicato corpore pingitur; dicunt enim mulieres

Priap.carmin. XXNI.—Ovid., de Bacch., lib. III, v. Go7. = % Albric. philosoph. , fab, XIX , ap. bib latin. , cap. 11. = Origen. , Lib, VIII.

Vome II. 26

402 RACCHUS

ei attributas et vinum, propter excitandam libidinem; unde et frons ejus pampino cingitur, sed ideo coronam viteam et cornu habet, quia, cum grate et moderate vinum bibitur, lætitiam præstat; cum ultra modum, excitat lites, id est, quasi cornua dat. : Phurnutus dit aussi que les cornes sont le symbole des hommes ivres, se livrant à leur impétuosité, usant de violence, et extrêmement difficiles à retenir.

On le représentoit la poitrine nue, parce que les ivrognes meltent au jour tous les secrets de leur cœur. Îl est monté sur des tigres, parce que l'ivresse conduit à la férocité : les panthères lui étoient consacrées, parce qu’elles aiment le vin ©. Son char étoit traîné par des panthères, il les pressoit en leur versant du vin sur le corps au lieu de les fouetter: aussi disoit-on que le thériclée , vase dont 1l se servoit à cet usage, avoit été ainsi nommé des peaux de bêtes féroces ( Enpioy ) qu’on y figuroit ©. Plulostrate appelle les panthères, le symbole de Bacchus, et les poètes ont femnt que ses nourrices avolent été . changées en panthères. Leur amour pour le vin est tel que, suivant Oppien, les chasseurs ne se servent pas d'autre artifice pour les prendre, que de placer À leur portée un vase rempli de vin, dont elles ne manquent pas de s’enivrer. Aussi les anciens avoientils l'usage de placer aux pieds de Bacchus, dans ses statues, une panthère sur laquelle ce Dieu versoit du vin avec un vase qu'il tenoit de la mam droite.

() Oppian. , de Venat, IV. — % Athen., lib. XI, cap. 6.

Ïl étoit vêtu d’un habit de femme, embléme de la volupté que le vinexcite Ÿ : lasérique appelée Syrma, Crocota ou Bassara, habit de femme, étoit le vêtement de tous ceux qui se consacroient au culte Bacchus. Il étoit appelé Lyæus, parce que les esprits excités par le vin, se calment. On le reprédentont toujours jeune, parce que jamais les 1 ivrognes n’acquièrent de maturité. On le représentoit souvent nud, pour montrer l’oubli des bienséances, et la dissolution des mœurs qui suivent l’ivrognerie ®. Le son des cymbales et des tambours, que l’on employoit dansla célébration des mystères des orgies, désignoit le tumulte des ivrognes: Les bacchantes parcouroient les montagnes et recherchoïent la solitude, parce que le vin croît dans les champs. La pie, oiseau causeur et querelleur, étoit consacré à Bacchus. Il portoit une mitre fort étroite , afin de se préserver des maux de tête que le vin cause à ceux qui en prennent avec excés; les anciens disoient que c’étoit de cette mitre qu’étoit venu l’usage du diadéme des rois. Il portoit le nom de Mitrophore ®. Les bacchantes ceignoïient aussi leur tête d’une mitre, et elles l’attachoient sous le menton, de peur qu’elle ne tombât, si le vin les faisoit chanceler #. La mitre,

&) Tibul., Eleg. 4, hb. I.—Stat., Achilleid., v. 262, 263.

@) Proximus a libero patri intemperantiæ gradus ad inconcessam Venerem esse consuevit. ( Valer. Maxim., Lb.II, Cap. 1.)

@ Diod. Sic. , lib. IV, cap. 2.— Ÿ Propert., Eleg. 2, lib. IV. —Euripid,, Bacch., v. 855.

4o4 BACCHUS

comme tous les autres emblêmes de Bacchus, a été appliquée au Dieu des mystères: dans ce système elle représentoit dans sa forme ovelaire, l'œuf dé la création : cette forme étoit celle des bonnets des Dioscures, par lesquels les Grecs exprimoient la fable dé leur naissance. L’œuf dont accoucha Léda, et que lon montroit suspendu à la voûte d’un temple à Lacédémone, partagé par la moitié, faisoit la forme des mitres données à Castor et à Pollux. Bacchus étoit également représenté sous les traits de la vieillesse et sous ceux de la jeunesse, parce que le vin éonvient à tout âge, lorsqu'il est pris modérément : aussi étoit-il représenté tantôt barbu, tantôt sans barbe. Polémon, cité par Athénée ©, dans le 5e livre de l'ouvrage qu’il dédia à Adée et à Antigone, dit que Bacchus étoit représenté comme un homme d’un âge mur, assis sur un rocher, ayant à sa gauche un satyre chauve, qui tenoit de la main droite un cothon, ( vase à boire ) orné de losanges : les satyres et les silènes aimoient les rochers, les treilles et l'ombre des bois; c’est toujours au pied d’un arbre, ou d’une vigne, et à côté de Bacchus, qu’on les voit sur les antiques. Les anciens mettoient infuser dans des vins trop violens des baies de myrte pour calmer cettte violence ® : c’est ce qu’on appeloit le vin myrrhin ou myrüte. Les Romains, pour exprimer cette opération ; disoient que Bacchus fouctta Fatua sa femme, -avec une poignée de

G} Athen,, lib. XI, cap. 10, — @ Athen., lib. I, cap. 25.

+ THÉBAIN. 40 myrte, jusqu’à Ja faire expirer, parce qu’il l’avoit trouvée ivre.

L'intérieur des antres de Bacchus étoit tapissé d’arbrisseaux, de vignes, de plantes et de fleurs de toute espèce. Plutarque leur se dv l'antre du Léthé où fut conduit Lhespesius; ; 1l s’en exhaloit une vapeur douce et agréable, qui répandoit au loin une odeur délicieuse, et faisoit éprouver une sensation pareille à celle is vin : cette vapeur odoriférante dont les ames se repaissent, les pénètre de joie, et dans leurs transports, elles s’embrassent avec une tendresse mutuelle: ce n’est, partout aux environs de ce gouffre, que jeux, que ris, que chants et diverüssemens agréables. C'étoit par là que Bacchus étoit monté au séjour des dieux, et qu’il y avoit dans la suite conduit Sémélé . Socrate l’historien rapporte qu'Antoine séjournant quelque temps à Athènes, fit construire à la hâte sur le théâtre, un édifice qui étoit en vue de tous côtés, et orné d’une verdure épaisse, comme celle qui couvre les antres de Bacchus: il y ft joindre tout l’appareil des jeux bachiques, des tambours, des peaux de faon, et célébrant cette fête avec ses amis, il se mit à table au point du jour et s’enivra. Il ordonna que dès ce moment on le proclamât Bacchus par toute la Grèce; les despotes débauchés ont souvent pris le nom ct les attributs de ce Dieu: l'Empereur Caligula s’appela lui-même nouveau Bacchus: il sortoit assis absolu

W Plut., des Délais de la justice divine.

06 BACCHUS ment comme ce Dieu, et jugeoit même sous cet appareil. ©

L'on se rappelle ce que nous avons dit des rapports des satyres avec les centaures qui ne faisoient qu’une famille de buveurs. Aussi plusieurs médailles : représentent-elles Bacchus et Isis, portés sur un char par des centaures. Sur une médaille de Prusias roi de Bithynie, on voit un centaure sagittaire sous l'effigie de Bacchus © : dans une autre médaille de Julie épouse de Sévere, deux centaures de l’un et l'autre sexe, traînent Bacchus et Ariadne sur un char ®: il en est de méme d’une médaille des Nicéens, où Bacchus et Isis étgient traïnés sur un char par deux centaures. Suivant Euripide, une troupe de centaures vint aux noces de Pélée, ad convivium deorum et craterem Bacchi. ®

Tous ces attributs ont été interpolés dans le culte des mystères: c’est ainsi que, sur les médailles de Pergame, les centaures sont dadouques; c’est ainsi que la nébride tachetée ( peau de faon ) qui étoit un des attributs du Dieu du vin, et que les bacchantes portoient, avoit été appliquée à Bacchus Dieu du soleil, et qu’elle étoit l’'emblême de la variété des astres. Les panthères, les léopards, les lynx, consacrés au Dieu du vin, ont eux-mêmes été donnés comme les symboles de la vitesse du soleil. L'allégorie morale de Vénus, compagne du Dieu du vin, a méme été appliquée à un autre ordre d'idées:

@ Athen., lib. IV, Cap. 12. — @), Span. , Dissert. NV, = |

6 Seguin. = Ÿ Euripid., Zphig. in Aulid., v. 1060, 1061.

Vénus a été alors l’amante de Bacchus qui, sous ce rapport, n’est autre chose qu'Adonis , ou Eubulée, par qui Vénus est devenue mére du Mercure des enfers ; dans les idées des orphiques, Vénus ou Cypris, qui étoit la nuit, étoit le principe de toutes choses, dans le même sens que Gérés et Isis: et Bacchus qui étoit le principe générateur, jouait à son égard le même rôle qu'avec Cérès et Isis. Orphée donne les attributs, les vétemens, et les ornemens de Bacchus, comme la preuve que le Soleil et Bacchus sont la même divinité. ®

$ IT. Bacchus considéré comme demi-dieu.

Ces attributs, appliquables aux divers rapports sous lesquels Bacchus étoit adoré, le sont surtout au système de l’apothéose, c’est-à-dire, au culte de Bacchus, comme demi-dieu ou héros, culte que les Grecs n’ont jamais séparé de celui qu'ils lui rendoient comme divinité naturelle, c’est-à-dire , comme le symbole de la production du vin.

Comme demi-dieu ou héros, les Grecs représentoient Bacchus beau, bien fait, surpassant tous les autres hommes par les agrémens de sa personne ct de sa figure: beautés qui ont été célébrées par Orphée, Théocrite, Ovide, et tous les poëtes de l’antiquité ®.IL étoit fort adonné aux plaisirs de Vénus;

ay Orph., Hymn. 55, 56, 57.

o) Tibi enim inconsumpta juventa est

Tu puer æternus , formosissimus alto Conspiceris cœlo. ( Ovid., Met. , lib. IV.)

dans ses momens de loisir à table, il étoit le plus aimable des héros. Mais falloit-il agir, personne n’étoit n1 plus terrible, ni plus actif, ni plus ardent; guerrier redoutable, il avoit le talent de faire succéder la paix à la guerre, le charme des plaisirs aux fatigues des combats ®, Dans ses expéditions il étoit accompagné des muses qui le délassoient de ses travaux par le charme des beaux arts. A la guerre 1l portoit ses armes et une peau de panthère @. ; en temps de paix, et surtout Les jours de fête et de rassemblemens publics, il étoit vétu de riches étoffes, brillantes par leur finesse et l'éclat de leurs couleurs ® : ses beaux cheveux blonds flottoient sur ses épaules et exhaloient les plus doux parfums, son teint fleuri portoit l'empreinte de la gaieté, ses yeux avoient toutes les grâces de Vénus: leur éclat étoit encore relevé par la blancheur et la délicatesse de sa peau, tous les traits de sa figure étoient pleins de charmes, et inspiroient PAU et la volupté. Bacchus et Sémélé sa mère ont toujours été représentés avec une grande chevelure, d’où il est appelé S6boxéuns et edyairns dans une épigramme de l’antholosie, et edpuyairns par Pindare. Les bacchan-

w Sed idem Pacis eras mediusque belli. ( Horat., Od, 19, lb. II.)

@) Bacchus, comme Hercule, portoit aussi la peau de lion. L’habit de chasseur étoit encore celui de Bacchus. ( J. Pollux, lib. IV, cap. 18, seg. 118.)

G Diod. Sic., lib, IV, cap. 2. = Plut., if. Demet. Poliorc.

%es avoient un soin particulier de leurs cheveux: dans les orgies elles laissoient flotter leur belle chevelure au gré du vent, d’où elles ont été appelées RuoréQerpat par Nonnus, et pprÉaUyeves par Pindare.

Tant de charmesne nuisoient pasaux grandes qualités de Bacchus, non-seulement comme guerrier redoutable, mais comme bon général, qui savoit pourvoir aux besoins de ses troupes. On lui attribuoit le pain obelie qu'il avoit inventé dans ses expéditions; ces pains étoient d’une miedimne, de deux, ou tout au plus de trois: les vases dans lesquelson les faisoit cuire, appelés deu , leur avoient donné leur nom: dans la suite ces pains furent portés dans les fêtes publiques de Bacchus, sur les épaules des obéliophores. * |

Ainsi le culte de Bacchus Thébain lui-même, doit être considéré sous ces deux rapports: le premier est simplement le culte de Bacchus comme divinité naturelle, c’est-à-dire, comme Dieu du vin, ou comme symbole de la production du vin; le second est le culte rendu au fils de Sémélé: ce ne fut d’abord , comme nous l’avons déjà prouvé au commencement de cette Seconde partie, d’après la tradition rapportée par Diodore de Sicile, qu'une simple théophanie; dans la’suite les mythologues firent de Bacchus un personnage réel, un héros,

& Athen., lib. IIL, cap. 26. — J. Pollux, hih. VI, cap. 11, seg. 72. — Tzetzès, Chiliad. 7, x. 770.

un demi-dieu , dont ils firent l’apothéose, ils allérent même jusqu'a fixer l’époque de cet apothéose, mais cette époque n’est évidemment que celle de létablissement du culte de Bacchus à Thèbes. Euripide lui-même nous a conservé l’une et l’autre de ces traditions dans sa tragédie des Bacchantes, où Bacchus exhale ainsi ses plaintes ®: « Les sœurs » même de celle à qui je dois le jour, refusent de » reconnoitre ma céleste origine: elles osent accuser » Cadmus et Sémélé de rejeter sur Jupiter le crime » d’un simple mortel, et disent que c’est pour venger » sa gloire outragée, que ce Dieu la frappa de ces » traits embrasés, mais leurs outrages ne resteront » pas impunis. » Voilà le héros, le demi-dieu, qui recut dans la suite les honneurs de lapothéose; Penthée dit plus bas: « On nous annonce » un Dieu sous le nom de Bacchus, que Jupiter a » cousu dans sa cuisse, tandis que le Dieu du » tonnerre a fait périr le fils de Sémélé et Va con- » sumé avec elle. » Voila le fils de Sémélé mort en naissant, suivant la tradition rapportée par Diodore de Sicile, mort qui fut suivie de la théophanie, laquelle est prouvée par cette mort même, puisque Bacchus Thébain fut adoré comme dieu et comme fils de Sémélé.

Enfin ce culte de Bacchus Dieu du vin, ou fils de Sémélé, recut un grand nombre d’interpolations du culte du Dieu des mystères, comme ce qui pré-

u) Euripid: ; Bacch. v. 26.

"THÉBAIN. Aux

cède l'a déjà prouvé, et comme le prouveront les noms de Bacchus, dont nous allons donner la suite, où l’on retrouvera le mélange des différens Bacchus.

$ Itt. ZVoms divers de Bacchus.

Suivant Servius, Bacchus fut ainsi nommé de Pacchatio, folie : quelques mythologues ont imaginé ‘une nymphe Bacche , qui avec sa sœur Brome avoit nourri Bacchus sur le mont Nysa, et lui avoit donné son nom. Suivant Diodore de Sicile ©, on la appelé Bacchus, à cause des Bacchantes Ai l’acompagnoient. Nos critiques , dit Fréret ‘®, sont allés chercher l’étymologie du mot Bacchus ; jusque dans le fond de l’Arabie: il est plus naturel de le tirer du mot éolien, fdxyea, Bérpus, une grappe de raisin. Suivant d’autres il reçut le nom de Bacchus, ax roù Bdxyeu, id est, abincomposite vociferando : Eustathe dit textuellement que telle est l’étymologie de ce nom, Béxyew, qui signifie wlulare et incondite clamare, comme avoient coutume de le faire les Bacchantes. D’autres font dériver le nom de Bacchus d’une espèce de couronne, qui étoit appelée bacche: Bacchus, dit Varron, est le nom du vin, en Espagne. Quelques Grecs ont pensé que ce n’étoit pas le nom du Dieu, mais d’un de ses prêtres, et aussi le nom d’un rameau dont on se servoit dans

© Servius , ad Virg , Eclog. NX, 15.— ® Diod. Sic., lib. VI, Cap. 2. — GS Academ. des Inscript., T. XXII, p. 298.

Axa | RACCHUS les cérémonies de cette divinité, et sur lequel on chantoit ou on crioit Baxyé6ayos. Le mot Bacchæ signifioit aussi les couronnes de lierre que l’on portoit dans les fêtes de Bacchus : l’on appeloit encore bacchanal le lieu où l’on célébroit les fêtes de Bacchus, non ezo unquam, nisi hodiè, ad Bacchas vent,in bacchanal coqunatum ; les sloses d’Isidore en donnent la même définition: bacchanal Sacrarium Liberi patris. Hésychius dit au mot Bac-. chia que c’étoit une fête de Bacchus; il est probable que cette fête est la même que les bacchanales, la glosse græco-latine traduit le mot Baxy{a par bacchanalia.

Bacchus a étéappelé Thyoneus, de Sémélé sa mère qui avoit recu ce surnom : quelques-uns et parliculiérement le poète Panyasis ont fait Thyoné nourrice de Bacchus et non pas sa mére. D’autres font dériver ce surnom de Bacchus du mot grec Süw, id est, sacri- Jico , à cause des orgies et des mystéres sacrés de ce Dieu : ceux-ci le font dériver du mot So avec la signification ferveo, insanio, impetu feror; pour désigner la violence du vin pris avec excès. Thyoné est le nom de laterre, et ce ne seroit plus alors le surnom de Sémélé fille de Cadmus, mais celui de . Gérés, et son fils seroit le jeune Tacchus. Cette dénomination appartiendroit au Bacchus des mystères. Dans l’opinion de ceux qui regardent Bacchus comme Je vin seulement, ou comme une divinité naturelle,

OS Plaut., Aulul. Eh Tia

| THÉBAIN: 413 la terre fut nommée par les Anciens Sémélé, c’està-dire, vénérable, our, à cause de la vénération que l’on portoit à la terre-mére , et Thyoné, de Svaix, sacrifices, à cause des sacrifices qu’on lui faisoit ©. Les Evhéméristes disoient que Sémélé navoit eu le nom de Thyoné , que lorsqu'elle avoit été reçue au nombre des déesses. Les Rhodiens appeloient Bacchus Thonidas, et lui avoient bâti un temple sous ce nom. Les Athéniens, suivant Hésychius, appeloient Bacchus Théoinios, et ses fêtes Théonies.

Bacchus a recu le nom de Dithyrambus , parce qu’il a vu la lumière par deux portes, le sein de Sémélé et la cuisse de Jupiter. ®

« O fille d’Achéloüs, auguste et fortunée Dircé, la » plus belle des nymphes, tu reçus dans ton onde » purele fils du grand Jupiter, lorsquece roi des dieux » ouvrit sa cuisse pour dérober aux flammes immor- » telles celui qu'il avoit fait naître, alorsil lui adressa » ces paroles affectueuses : « Que le corps de ton » pèresoit pour toi le sein maternel. Jeune Bacchus ! » Jinstruirai les Thébains à t’adorer sous le nom » glorieux de Dithyrambe. ® »

Diodore de Sicile, Origene et Eusebe, font dérivér ce mot de la fable de Gérés, mère de Bacchus, dont elle assembla les membres épars et à qui ce rendit la vie apres qu il eut été mis en piéces par les Titans : éxd toÿ dis is SÜpay dvabuivav, 1d est, a bis in

® Diod. Sic. , lib. ILI, cap.62.— ® Suidas, lib.V. — 5) Euripid., Bacch., v. 967.

Januamingrediendo. Suivant quelques-uns, Bacchus fut appelé Dithyrambe , parce qu'il fut nourri dans un antre appelé en grec fvpoy, ou parce que les . gens 1vres ne savent pas garder un secret, ou enfin parce que l'ivresse produit la fureur et 1 emportemens, origine qu’on a donnée à la poésie qui porte le même nom, et la plus raisonnable de toutes celles qu'a reçues ce nom auquel, sous le rapport de la poésie, on a donné tant d’étymologies forcées ; car le premier caractère du dithyrambe, que l’on supposoit avoir été composé dans les transports qu'inspire le dieu qu’il célébroit, étoit le désordre et la fureur bachique qui devoient s’y faire sentir partout, dans les danses et la musique , comme dans la poésie qu’elles accompagnoient.

Le surnom de Diméter ou Bimater donné à Bacchus, avoit la même origine que celui de Dithyrambus. Mb qui considéroient Bacchus comme une divinité naturelle , ou comme le vin lui- -même, prétendoient qu’il avoit été nommé Diméter par les Anciens, parce qu’il naît une premiére fois lorsque le plant de la vigne déposé dans la terre prend de l’accroissement , et pour la seconde fois lorsque le raisin sort de ce plant et acquiert sa maturité ®, ou, d’après les mêmes opinions , parce que Bacchus naquit deux fois de Jupiter ; le déluge de Deucalion ayant fait périr la vigne, les raisins furent reproduits une seconde fois à l’aide de la pluie ®. Le même

W Academ. des Inscript. , T. XXIIT, p. 258.— © Diod. Sic., hb. III, cap. Go.

Diodore de Sicile, qui admet deux Bacchus, le fils

de Jupiter et de Proserpine , et le fils de Jupiter et de Sémélé, donne dans ce système l’explication suivante du mot Diméter. On attribua au jéune Bacchus toutes les actions de l’ancien; la postérité trompée par l'ignorance de la vérité et par la ressemblance du nom, a cru qu'il n’y avoit eu qu’un Bacchus, et Bacchus fut appelé Diméter, parce que les deux Bacchus étoient nés du même pére, mais de deux mères différentes ®. C’est par la même raison, suivant Diodore de Sicile, qu’on lui attribue deux corps, parce qu'il y a eu deux Bacchus. Quelques-uns , ajoute le même auteur, prétendent qu’on lui attribue deux formes à cause des différentes dispositions qu’on remarque dans les ivrognes, qui sont ou gais ou furieux,

Ris fut surnommé T ANt ER > parce qu’en revenant des Indes, il est le premier qui ait recu dans sa patrie les honneurs du triomphe ®. C’est en son honneur qu’ont été écrits les premiers vers chantés autour du char des triomphateurs, lorsqu'il revint de lInde, monté sur un char traîné par des ügres, et c’est de la qu’on fait dériver le mot de triambus. On appeloit thriasis la fureur poétique , soit du mot thria, nom de la feuille du figuier, qui

® Diod. Sic., lib. IV, cap. 4.

@) Comme on peignoit ses statues avec du minium, ce fut à leur imitation que les triomphateurs se peignoient le corps de la même couleur. ( Plin., lib. VII, cap. bn.

416 BACCHUS étoit consacré à Bacchus, soit parce qu’avant l’invention des masques , les Anciens se couvroient la figure avec des feuilles de figuier, et débitoient des vers iambiques, et que les soldats eux-mêmes , imitant les jeux de la scène et se couvrant la figure de feuilles de figuier, lançoient aux triomphateurs des mots piquans et Je plaisanteries injurieuses : dans quelques villes de la Grece c’étoit l'usage, lorsque le figuier fleurissoit , que les enfans arrachassent ces fleurs avec les feuilles, en jouant et en récitant des vers iambiques. Quelques auteurs font dériver le mot triambus de Spot, accunere, et tau- Gttev, maledicere.

Bacchus étoit adoré comme médecin, c’est en cette qualité qu'il portoit le nom de Æ [rgtates : quoi en effet de plus salubre que. le vin pris avec modération! C’est sous le nom de Hygiates que la Pythie ordonna qu’il fut adoré, comme nous l'avons vu.

On lui donna le surnom de Problastus, du mot grec Blacoi, branches de vignes, qui lui étoient consacrées dans ses fêtes.

Érebinthius , un de ses surnoms, présente également l’idée d’une plante légumineuse , le pois chiche, et des parties sexuelles. Sous ces deux rapports, cette dénomination a été donnée à Bacchus, soit comme producteur soit comme inventeur 4 l'agriculture. Quelques-uns ont prétendu que Bacchus a été appelé Erebinthius, parce que les peuples où le vin manquoit, y suppléoient par une boisson qui se üroit de plantes légumineuses.

ve “THÉBAIN. 417 Bacchus étoit surnommé Maroneus. | Cette dénomination paroît lui avoir été donnée

comme à une divinité naturelle, c’est-à-dire comme au vin:

Nec curavi tantum Marona , nec bibi.

C’est ainsi que les Grecs l’appeloient Oïvos , qui signifie proprement le vin.

Hi surnom de Melones signifie furieux , cest ce qui avoit fait donner aux bonté le surnom de Moœnades. Par le même motif, Orphée appelle Bacchus dans ses hymnes , Maude.

On a donné diverses étymologies à son surnom d’Eiraphiotes : les uns le font dériver de #5aç0eu, parce qu’il a été enfermé dans la cuisse de Jupiter ©; les autres de épsoûu, qui signifie étre couronné ; ceux-ci de épéoou, parce qu'il avoit été nourri de lait de-chèvre ; quelques-uns de #udo, c’est-à-dire disputes , querelles, qui sont souvent excitées par Pivresse. Cest cette derniére étymolog re que l’on donne aussi à ces deux surnoms : Épiépouos , et Épe= Gpeuirns, 1d est, perstrepens et multisonus, dénomi-' nations qui conviennent trés bien à Bacchus. ® Suivant Suidas, Bacchus étoit appelé Bromius,

® Victa Maroneo fædatus lumina Baccho, (Tibull. , liv. IV, Eleg. 1,7. LAC a Hesych., v. Etpagpiornc.

® Ipse ego sum Dionysios Eribromios , edidit ipsum , Me mater Semele ; summo commixta tonanti. ( Hom. ; Hym

Page 1