Tome III. Es
parce qu'il faisoit naître les fruits de la terre. On lit dans Hésychius Bromius, satyre : ce satyre étoit Bacchus lui-même, suivant le commentateur d’Hésychius, et les Saturnales étoient les Bacchanales, car Sérupos, dit-il, est le même mot que Zazvpivos, et par
syncope, Zérupycs; Saturne, c’est-à-dire Bacchus ®.
L'on sent facilement les nombreux rapports qui
existent entre les Dionysiaques ou Bacchanales et les Saturnales ; c’est un sujet qui mériteroit d’être
traité particulièrement. L'interprétation, donnée
de ce surnom de Bromius, par Proclus et les
autres commentateurs d’Hésiode ®, peut paroitre
extraordinaire : ils prétendent que Bromius vient de Bruma, parce que les plus grandes solennités de
Bacchus se célèbrent dans cette saison ; je suis loin d'adopter cette interprélation , mais ne puis-je pas faire remarquer que ces commentateurs avoient la même opinion que moi sur l’époque des grandes so lennités de Bacchus? Phurnutus partage © l'opinion
générale sur l'étymologie de ce mot : al la üre a
sonitu, du bruit que font ceux qui s’enivrent dans
un festin ou ceux qui foulent le raisin dans les pressoirs. Diodore de Sicile la tire du bruit que fit le
tonnerre aw moment de la naissance de Bacchus, et
qui causa la mort de sa mére © ; c’est de la que Bacchus étoit encore nommé Brontés ou Bronunus.
@ Suidas, À. v.— InHesych., v. Bromios, p. 769: — @ Hésiod., Op. et dies. = ® Phurnut., cap. $0.= (6) Diod. Sic. lib. IV, cap. 5.
Le \ ‘A THÉBAIN. A19
Bacchus a été nommé Pyrigéne ou lénigene , Enfant du feu : toutes les étymologies qu'on a données à ce surnom ont la même origine, le feu. Suivant les uns, il fut donné à Bacchus, parce qu’il avoit été tiré du sein de Sémélé au moment où celle-c1 périssoit au milieu des flammes allumées par les foudres de Jupiter ; suivant les autres, parce que la chaleur est très favorable à la reproduction du vin, ou parce que le meilleur vin provenoit des pays brülés par des feux souterrains. Strabon Ÿ nous apprend
que le Catacécamnène, pays voisin de la Mysie et.
de la Méonie, étoit dépourvu d'arbres, mais qu il avait des vignes qui produisotent le vin nommé catacécamnénite ; ce vin ne le cédoit à aucun des vins les plus renommés. Les plaines de ce canton étoient couvertes de cendres, et les endroits pierreux et montagneux étoient noircis comme s'ils eussent été brûlés. Quelques-uns ont cru que cet état du terrain avoit été produit par des foudres et des tourbillons enflammés , et ils appliquoieut à ce pays la fable de Typhon. Il est probable que l’état de cette contrée étoit dù à d’anciennes éruptions volcaniques; ce territoire étoit semblable à celui de Catane en Sicile, qui est également couvert de cendres volcaniques , et qui produit en grande abondance du vin rémarquable par sa qualité : cette abondance avoit donné lièu à ce mot, c’est avec raison que l’on donne à Bacchus l’épithète de Pyrigène. On trouve dans une
® Strab. , lib. XIII, cap. 3, $ 14.
LA
420 BACCHUS épigramme d’Ausone le mot pyrogène, avec la même sispification que le pyrigéne de Strabon. |
Le poéte Anacréon appelle Bacchus Aïdiérouda, Ethiopium ; on regarde ce surnom comme la sionification du feu et de la couleur noire du vin. Quelquesuns ont appelé Diane de ce nom, Ethiopiam.
Bacchus avoit le surnom de Phleus, parce que, suivant Plutarque, ce dieu , aussi bien qu’Apollon, étoit doué d’une jeunesse immortelle: Phleus signihe, qui est dans la vigueur de l’'äge #. Suivant d’autres, ce nom tiroit son étymologie de view, id est, rnultos
erre fructus ; car comme nous l’avons déjà dit, Bacchus est le dieu des fruits, ce qui l’avoit fait encore appeler Protrygès, Staplulitès et Omphacités. Les habitans de la Laconie appeloient Proserpine ou Cérès mère de Bacchus, Phlean , donneuse de fruits.
Bacchus étoit surnommé Phlyus, parce que le vin rend gai, quoique quelques anciens écrivains aient prétendu que Bacchus avoit recu ce nom de Phliunte, ville du Péloponnése, située dans les montagnes de la Sicyonie, qui fut d’abord appelée Arethyrée, et ensuite Phliunte, de Phlius son fondateur, qu'Euenne de Byzance fait fils de Bacchus et de Chthénophyles. Les habitans de la Laconie appeloient Phliasius le mois qui donnoit les fruits.
Nous avons déjà dit que le surnom d'Evius avoit été donné à Bacchus, parce que dans le combat
W plut., Sympos., lib. V, cap. 8.
THÉBAIN. 42i
contre les Géans, Jupiter son pére l’encourageoit, en lui criant ed vit, courage, mon fils. Cétoit en général un cri de lamentation; C’étoit aussi quelquefois l'expression de l'ironie. Appliqué au culte de Bacchus, ce mot étoit l’exclamation mystique des bacchantes. Suivant Suidas, l'hymne que les bacchantes avoient coutume de chanter lorsqu'elles étoient possédées de la fureur poétique, commencoient par le mot Euwie : quelques-uns disent que dans la langue des Phrygiens ce mot indiquoit les mystes Euor où Saboi, Sabi. C’est du cri des bacchantes eÿoe , que Bacchus a été surnommé Euaster ”?; c’est de ce cri qu'il a encore été nommé Euan * : les bacchantes elles-mêmes étoient appelées Euantès , Hésychius dit que les Indiens appellent le lierre Æuas ; les Anciens appeloient les vignes Euiades : Orphée donne à Hippa, nourrice de Bacchus, le surnom de Euada. |
Bacchus fut surnommé Bassareus, de la longue robe Bassara que portoient les femmes des Bactriens, et qui étoit un des vêtemens donnés à Bacchus; elle
GW Pani rure degenti et Euasteri Baccho et nymphis , senex arcas Biton hæc dedicavit: ( Suidas, v. Euaster. — Anthols, hb. VI, cap. 7, Epigr. X.
® Nycteliusque, Eleleusque parens, et Lacchus et Euan.(Ovid.)
Bassaridum rotator Euan. ( Stat., Sylv.) Et a summis auditus montibus Euan. ( Theb. V.)
G Illa chorum simulans , Euantes orgia circum
Ducebat Phrygias. ( Virgil. ) Ecit ut Euantes dux Ariadra choros. ( Prop.) Non ille Euantis massylæ palluit iras. ( Silius. )
descendoit jusqu'aux talons : d’autres disent que Bacchus avoit pris ce nom de Bassara lieu de la Lydie, où la robe bassaris étoit en usage, et où
Bacchus avoit un temple. Les bacchantes étoient.
aussi appelées Bassarides. Suivant Pauteur de P£tymologicum magnum, qui cite Ly cophron , une femme de mauvaise vie étoit appelée bassara. Cet auteur fait encore dériver ce mot de ficou, parce que les bacchantes courent dans les bois, ou de Bacodpn , espèce de chaussure particulière aux bacchantes de Thrace. Suivant Bochart, bassar signifie vendangeur dans les langues orientales d'ou il tre ce mot. On a donné d’autres étymologies à ce nom : les Thraces appeloient les renards Lassares ; on prétend que les bacchantes prirent le nom de Bassarides, parce qu’elles portoient des peaux de renard aussi bien que des peaux de lynx et de panthére. D’autres ont fait dériver ce nom du mot grec Bäé£ew,elamare, à cause des cris et des hurlemens des bacchantes et de toute la'suite de Bacchus, ce qui le fit encore nommer Bactès. Ce dieu paroit souvent vêtu de la bassaris dans les monumens antiques. Au reste ne devoas-nous pas dire avec Pollux , hujusmodi nomina me citare existima, non judicare ?
Le surnom d’Æleleus vient du mot grec éleke5, cri de guerre, comme le remarque Hésychius. Le commentateur d'Ovide pense que cest le cri dont se servoient ésalement ceux qui se préparoient à célébrer les orgies, et ceux qui se préparoient au combat. Les bacchantes portoient aussi Le nom d’'Eleléides.
Bacchus étoit appelé Æyalicus, comme dieu des plaisirs de la table; Pericionius, du mot grec reptxuda, id est, ab uv. Amphietés, des mots grecs duoi et ëtos, dénomination qui lui a été donnée comme représentant le solal, pour marquer ses différens changemens pendant le cours de l’année. Quelques écrivains l’appellent encore Androgyne, parce qu’il avoit les qualités qui conviennent aux hommes et celles que possèdent les femmes ®, où plutôt comme mâle et femelle.
Bacchus, Apollon et Mercure portoient le surnom d’agyæus: on appeloit agyia un lieu qui indiquoit le chemin pour conduire à la ville; dans ces lieux il y avoit ordinairement des statues dédiées à Bacchus ou à Mercure, elles étoient placées sur des chemins, et elles étoient sans pieds et sans mains. C’étoit souvent de simples colonnes; on en voit une isolée sur une pierre gravée ®, à laquelle sont attachés un flambeau, et un cep de vigne et qui porte un vase, attributs de Cérès et de Bacchus. Ces deux divinités sont placées ensemble sur le même char, ou plutôt sur une espèce de chariot ou voiture rustique tirée par un Lion et une lionne. Bacchus sous la figure d’un vieillard barbu, lève le bras et agite un thyrse; Cérès assise entre les bras de ce Dieu, porte une corne d’abondance d’où sortent des pavots: l’on a conjecturé que c’éloit l’équipage dans lequel les gens de la campagne promenoient les simulacres
G) Suidas. À V.— % Mariette, n0 32, ? 3
424 BACCHUS de ces deux divinités autour de leurs champs, pour en obtenir une bonne récolte; les agyiæ étoient aussi des obélisques dédiés aux Dieux, et particuliérement à Apollon et à Bacchus, ou à tous les deux ensemble : ces obélisques étoient placés soit dans le vestibule des temples, soit dans celui des maisons; lorsque les citoyens recevoient quelques heureuses nouvelles, ils se rendoient près de ces obélisques et sacrifioient aux Dieux auxquels ces colonnes étoient consacrées. C’est ce que démontre ce passage d’Aristophane dans sa comédie des Chevaliers, où le chœur parle ainsi à Agoracrite :
Quam bonam| et quam lœtam famam adfers hac de causa diis in vestibulis stantibus sacrificabimus. ® |
On appela Bacchus Charidotès, qui inspire.la Joie; non-seulement Bacchus Charidotès inspiroit la joie, mais il étoit toujours accompagné des Grâces. Bacchus Charidotés et les Grâces avoient un autel commun : Euripide® dit: Bromie, Bromie, Bacche deus, illic sunt Gratiæ. ° |
On l’appela Oraios ®, c’est-à-dire fleurissant de jeunesse et de beauté, ainsi qu’il est représenté sur les marbres et les médailles antiques. ©
On Pappela Philogélos, qui aime à plaisanter.
® Steph. Byz , v. Agyia. = ® Euripid., Bacch., v. 412.= 5) Aristoph., Ran., v. 397.
® At parte ex alia florens volitabat. ( Catull., Æ£pith. Thet., v. 251.)
THÉBAIN. Aa5
. Julien, dans les Césars, donne ce nom à Bacchus, ainsi qu’à sa suite. On lit dans l’Anthologie : Évepcuyélor Avaiw, risum excitant Baccho.
Nous avons vu dans le cours de cette dissertation tous les noms de Bacchus ou du moins les plus im-. portans, leurs étymologies et les faits mythologiques qui leur appartiennent ; il en a beaucoup d’autres encore, mais ils lui ont été donnés des lieux ou il étoit adoré, du culte qui lui étoit rendu dans ces lieux, de certains faits particuliers à ces mêmes lieux: c’est ainsi qu'à Thebes il étoit appelé Ogygius, Æmonus, Ismarus, Cadmeus. Nous aurons occasion de faire connoître ces diverses dénominations, en nous occupant du culte rendu à Bacchus fils F Sémélé, dans les différentes parties de la Grece, comme nous l'avons fait de Bacchus Jacchus et des divinités d'Eleusis.
420 BACCHUS LIPSLLLLIEUER VER LR LR LUE LL URL UVLVL LL LÈLEALVLLULLULLLILUELILRLARUVUS