‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 33 sur 41 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Culte de Bacchus dans les difjérentes parties de la Grèce. :

$ r. Culle de Bacchus dans le Péloponnèse. — $2. Culte de Bacchus dans les autres parties du continent de la Grèce. — $ 3. Culte de Bacchus dans les îles de la Grèce.

$ I. Culte de Bacchus dans le Péloponnèse.

L’Hisrorne de Bacchus nous a déja conduit à traiter de son culte en Béotie, dans lAttique et dans l’Argolide. Nous allons suivre la propagaüon de ce culte, d’abord dans le Péloponnése, et *ensuite*dans les autres parties de la Grèce.

La vie dure et laborieuse des Arcadiens avoit be=

soin d’être adoucie par quelque exercice agréable. L’austérité de leurs mœurs, l’air froid et triste qu'ils respiroient, rendoient ces exercices encore plus nécessaires; c’est pourquoi leurs législateurs mélerent la musique et la danse à toutes leurs institutions politiques. Les Arcadiens élotent accoutumés dés l'enfance à chanter sur certains nomes, des hymnes, des Pæans, dans lesquels chacun d’eux célébroit, selon l'usage de la patrie, les héros et Les dieux de leur pays. Ils montoient tous Les ans sur les théâtres,

pour former des chœurs de danses an son des flûtes, le jour de la fête de Bacchus. Les enfans y disputoient le prix avec les enfans, les jeunes gens avec les jeunes gens, les hommes faits avec les hommes faits. Pendant toute leur vie, ils assistoient ainsi aux assemblées publiques, s’'instruisant les uns les autres aux chants, sans le secours des étrangers. Cette fête étoit la même que les Dionysiaques : « Tout le monde sait, dit Polybe, que ce n’est ouéres que chez les Arcadiens que l’on voit les enfans chanter des hymnes en l’honneur des dieux et des héros de leur patrie, et y être obligés par les lois. Ge n’est aussi que chez eux que l’on apprend les airs de Philoxène et de Timothée, qu’en plein théitre, chaque année aux fêtes de Bacchus, on danse au son des flûtes, et que l’on s’exerce à des combats, chacun selon son âge; ils croyoient pouvoir sans honte ignorer toutes les autres sciences; mais ils ne pouvoient ni refuser d'apprendre à chanter, parce que les lois les y obligeoient ; nis’en défendre sous le prétexte de le savoir, parce qu'ils croyoient par

Ja se deshonorer. Ces petits combats donnés chaque année au sondes flûtes, selon les régles de la guerre, et ces danses faites aux dépens du public, avoient encore une autre utilité : les jeunes gens faisoient connoître à leurs concitoyens de quoi ils étotent capables. Ÿ »

Athénée nous a conservé sur la manière dont les

() Polyb., lib. IV, cap. 9

. Phigaliens célébroient les Dionysiaques, quelquesdé-

tails qu'il a extraits de l'ouvrage d'Harmodius de

Léprée, sur les usages des habitans de cette ville.

D’après les lois des Phigaliens, celui qui dans les fêtes de Bacchus étoit nommé président du repas, ou sttarque ; devoit fournir tous les jours trois conges de vin, une médimne de farine, cinq livres de fromage, et tout ce qui étoit nécessaire pour les cérémonies sacrées, D’après les mêmes lois, la ville fournissoit à chaque chœur trois moutons, un cuisinier, un valet qui portoit Les urnes d’eau, des tables, des bancs pour asseoir les convives, la vaisselle , et tout ce qui étoit nécessaire pour le service, à exception des ustensiles de cuisine, qui étoient fournies par le chorège. Le DH nocturne qui avoit été fixé par la loi, étoit composé d’un fromage, un phiste, une maze ou gâteau préparé dans des cistes d’airain, que quelques-uns appeloient, à cause de cet usage, mazonomes : outre la maze et le fromage, on avoit à manger une fressure avec du sel; c’étoit le prélude du repas. On donnoïit ensuite à chacun un coup à boire dans un kottabe (gobelet de terre), et celui qui le présentoit disoit : Que ce repas vous soit agréable et heureux! Ensuite on apportoit à tous en commun du bouillon et de la viande; chacun avoit à sa disposition des viandes de deux espèces dans tous les repas religieux, et, surtout dans ceux que l’on appeloit #2azoones, nom que lon donnoit aux assemblées dionysiaques. On regardoit comme une preuve de force et de constance de la part des

THÉBAIN. 429 jeunes gens, de manger beaucoup de bouilloh, de pain et de maze , tandis que l’on apportoit de la viande sur la table. Aprés le festin , les Phigaliens faisoient des libations aux dieux, mais sans se laver les mains, ils se les essuyoient avec des boulettes de pan, et chacun les emportoit chez soi. Apres les libations on chantoit un pæan en l’honneur des dieux.

Théopompe, dans la 46e de ses Philippiques, dit que les Arcadiens maîtres et esclaves mangcoient ensemble les jours de repas publics. On ne dressoit pour tout le mondé qu’une seule table; on servoit le manger en commun, on versoit aussi à boire dans le même vaisseau, et du même vin Ÿ. Dans cette même ville de Phigalie, Bacchus avoit un temple sous le nom d'Acrotophore; le bas de la statue étoit tellement couvert de lierre et de lauriers, qu’on ne pouvoit le voir : les parties qui se voyoient étoient enluminées de vermillon ©. Le mot acrotophore, d’aprés la définition de Varron, signifie proprement du vin pur. ® |

Bacchus avoit un temple à sept stades du bourg de Mélangée, ou les Arcadiens célébroient les Orgies. ©

À Cynéthéum, où il ÿ avoit un temple de Bacchus, les habitans célébroient la fête du dieu au milieu de

@® Athen. , lib. IV; cap. 13.— @) Pausan., lib. VIII ; Cap. 39. : —® £a minus sumptuosa vinea, queæ sine jugo ministrat À 00 rüpopoy otvoy, id est, vinum purum. (Varr., de Re rusticä.)

—=% Pausanias, lib. VIII, cap. 6.

Vhiver; les hommes se frotioient de graisse, puis 1ls venoient prendre au milieu du troupeau, le taureau qu'ils croyoient devoir être le plus agréable au dieu, et ils l’apportoient jusque dans le temple, ou ils le w sacrifioient. ©

La ville d’Aléa avoit trois temples considérables, . celui de Diane Ephésienne, celui de Minerve Aléa, et celui de Bacchus, dans lequel on voyoitune statue de ce dieu. On y célébroit une fête de Bacchus ‘qu’on appeloit Skiéria , eest-à-dire, ombre , parce que la statue du dieu étoit portée dans une espece : de tabernacle, qui la tenoit à couvert du soleil. Elle se célébroit tous les ans, et depuis un oracle de Delphes, une des coutumes de: ce culte étoit de fustiger les femmes sur lPautel du dieu, comme on fustigcoit de jeunes enfans sur l'autel de Diane Orthia à Sparte. ©

On célébroit encore les mystères de Bacchus, près la fontaine de Méliastes, située à une distance de | sept siades de Mantinée, d’où le dieu eut le surnom de Méliastes.

Pausanias dans ses Arcadiques, donne à Bacchus les noms de Politès et d’Axités. Il raconte que Hæreus, fils de Lycaon, fonda en Arcadie, sur la rive droite de l’Al:hée, une ville qu’il appela Hérée de son nom :il y avoit deux temples de Bacchus, l’un sous Le nom de Politès, et l’autre sous celui d’Axitès.

G) pausanias, lib. VIII, cap. 6. — @) Pausan., lib. VIII, cap. 23.

Lg = F

| g THÉBAIN. . "343x On y trouvoit un sanctuaire, dans lequel on s’assembloit pour célébrer les Orgies de ce dieu. Pan \ avoit aussi son temple.

À Mégalopolis on voyoit une statue de Bacchus, chaussée duü cothurne, il tenoit une coupe d’une main et de l’autre un thyrse, sur lequel étoit perché un aigle. Prés du théâtre étoit une fontaine consacrée à ce dieu: il y avoit aussi un temple.

Bacchus étoit très honoré en Achaïe. A Patras, il ÿ avoit un temple de Bacchus Calydonien, ainsi appelé parce que la statue du dieu y avoit été apportée de Calydon ®, comme nous le verrons à l’article Etolie.

À Egium, Bacchus avoitun temple près du théâtre; il étoit représenté sans barbe ®. Il avoit un temple à Phellore, sa statue avoit le visage peint de vermillon ®, Il nous reste des médailles de la ville de Phénée, sur lesquelles on voit Bacchus assis, portant un thyrse et un cantharus, et ayant un tigre à ses pieds. |

Nous avons déjà parlé du culte de Bacchus Lamptérius à Pallène, où les rites du Bacchus des mystères étoient réunis à ceux du dieu du vin. Le Tyrban étoit une fête de Bacchus chez {es Achéens : ils sacrifioient à Bacchus et à Pan sur une montagne située vers l'embouchure de l’'Erasinus.. "+

On voyoit à Corinthe sur la placepublique, deux REX

® Pausanias , lib. VII, Fr RDE ONE re Ibid, , cap. » 1 ee @ Jbid., cap. 26.

statues de Bacchus, faites en bois, dorées en entier a Pexception du visage qui étoit enluminé de ver-

millon. Voici la tradition sur ces deux statues: Pen-

thée, après beaucoup d’outrages faits à Bacchus,

eut l'audace d’aller. sur le Cithéron, épier la con- - , » CI

duite des femmes qui célébroient les orgies. Il monta

sur un arbre pour voir ce qu’elles faisoient : les femmes, l'ayant apercu, larrachérent, le déchr-

rérent tout vivant , et emportérent chacune un M

morceau de son corps. La Pythie, ajoutent les Gorinthiens, leur ordonna dans la suite de chercher cet arbre, et de lui rendre les honneurs divins; c’est par cette raison qu'ils en firent ces deux statues: À Sicyone, apres le théâtre venoit le temple de Bacchus : la statue du dieu étoit en or et en ivoire, et prés de luiétoient des Bacchantes en marbre blanc.

Les Sicyoniens avoient d’autres statues qu’ils tenoient 4

cachées, et qu’ils portoient une fois par an, durant la nuit, d’un endroit nommé comesterium au temple de Bacchus; ils les accompagnoient avec des torches allamées , et en chantant des hymnes en usage dans le pays. La marche étoit ouverte par ce qu’ils nommoient Bacchius, statue jadis érigée par Androdamas,

fils de-Phlias, lequel Phlias passoit pour fils de Bac- M

chus. On portoit ensuite la statue de Bacchus Lysius $ que le Thébain Phanes apporta de Thebes par les

ordres de la Pythie ©. Nous avons encore des mé-

@ Pausan., Corinth., Mb. 11, cap. 79: = % Pausan-; lib. IT ,

cap: 2e L

: THÉBAIN. 433 dailles de Sicyone, qui représentent Bacchus debout. avec le thyrse et.le cantharus.

Polybe, déplorant la prise de, Corinthe , ajoute au récit des autres malheurs de cette ville , le mépris du soldat pour les ouvrages de l’art, et pour les monumens publics. Présent à cette catastrophe, il dit avoir vu des tableaux jetés à terre, sur lesquels les soldats jouoient aux dés. Parmi ces tableaux, il nomme celui de Bacchus, peint par Aristide, qui, a ce qu’on prétend, avoit donné lieu à ce PA bars Ce n’est rien en comparaison du Bacchus d’ Aristide. Strabon ditavoir vu ce tableau placé dans le temple de Cérès à Rome, ouvrage d’une-rare beauté, qui, a péri depuis, FE l’incendie de ce. temple.

Suivant une tradition des Eléens, Physcoa fille de la Basse-Elide, ét dela tribu d’Orthia, fut aimée de Bacchus dont elle eut un fils qu’on ap pela Narcée, Ce fils devenu grand, fit la guerre à ses VOISINS; devint fort puissant et bâtit un témple à Miner Nes sous Le nom de Minerve Narcéa. Il institua le premier des sacrifices à Bacchüs : en Y’honneur de Physcoa, il institua Le chœur de musiqué qui portoit son nom, et lui fit rendre plusieurs autres h ommages. Les seize matrones qui présidoient aux jeux célébrés

4 Strab. , lib. VIIT, cap. 7, 67. — Par vous, descendans d’Alétès ( Corinthiens ), aux fêtes de Bacchus, se montrérent dans tout leur éclat ces dithyrambes , que les Grâces se plurent à-embellir. (Pindar., Olymp., XIIL, v. 25!) |

Toue III. | 28

tous les cinq ans dans l'Elide en l’honneur de Junon, étoient chargées de l'entretien de ce chœur de mu sique , ainsi que de celui Re le chœur. SEAPRT damie. ®

A Olympie on voyoit auprès du bois sacré de Pélops, Bacchus et les Grâces, qui avoient leur autel en commun, dans le voisinage de celui des Muses et des Nymphes. On le voyoit dans la même ville, à côté d'A pollon Pythien : on y voyoit Mercure

ortant Bacchus. |

Le célébre coffre de bois de cèdre, un des plus beaux ornémens du temple de Junon à Olympie, représentoit toutes sortes dé figures; les unes en°or, les autres‘en ivoire, ehett sravées sur le cèdre même. Parmi ces figures l’on distinguoit Bacchus, couché tout de’ son long dans une grôtte; il étoit barbu, il tenoit une coupe d’or a la main, une longue tunique lui descendoit } jusqu'aux talons; des ceps de vigne, des pommiers et des Re sc tapissoient l'entrée de la grotte. ©

Dans V'Altis il y-avoit une statue de Bacchus; Près la rivière de Leucyanias, qui descend du mont Pholoé et quise jette. dans l'Alphée , il y ie un templé de Bacchus, sürnommé Leucyanite.-

À Elis, entre la place publique et le temple de Diane, étoit un vieux théâtre, etun peu plus loin le temple de Bacchus avec une statue du dieu, faite

G Pausanias, lib. V, cap. 16. = ® Jbid., cap: 17, 19:= ® Jbid., cap. 26. = ® Ibid. , lib. VI, cap, 21.

par Praxitéle. Les Eléens avoient une dévotion parti-

culière.à Bacchus; ils disoient que le jour de sa fête appelée Thyia, 1l daignoit les honorer de sa présence, et se trouver dans le lieu où ellese célébroit, à huit stades d'Élis. Les prêtres du dieu apportoient trois bouteilles vuides dans sa chapelle, et Les y laissoient en présence de tous ceux qui y étoient, Eléens ou autres; ils fermoient la porte de la chapelle, -et mettoient leur cachet sur la serrure : il étoit permis à chacun d’y mettre le sien: Le lendemain on re venoit, on reconnoissoit son cachet; on entroil, et l’on trouvoit les trois bouteilles pleines de vin. © : En allant de Pylos à Cyparissie, on trouvoit au sorbir de la ville et prés de la! mer ; une fontaine que Bacchus, dit-on, fit jaillir en frappant de: son thyrse contre terre. On l’appeloit la fontaine ‘de

Bacchus ©. Nous avons encore des médailles de

Cyparissie, où,Von voit Bacchus. avec le thyrse et un vase à boire. 38 Hnoiovobreoflitrn :rbe, culte de Bacchus avoit aussi été établi’en

Messénie. Suivant une tradition des Messéniens., le

mont, Evan qui étoit dans le voisinage de-la:ville

'ithome, fut ainsi nommé du mot. éoé , Cri des

Bacchantes, parce que, disent-ils, :Bacclius et .lés femmes dé.sa suite jetérent ce cri, lorsqu'ils vinrent pour la premiére fois dans ce pays. ® |

La ville de Coroné, autrefois Epéa dans la Més-

0 Pausanias, lib. VI, cap. 26.— 0

| Pausan., Bb. AV, Cap. 36.

— G Pausanias, PIN CDR Ts CR ur ,

sénie, avoit un temple de Bacchus où il y'avoit une statue en marbre de cette divinité Prés de la on voyoit le temple de Diane Mammosa , et celui d’Ino nourrice de Bacchus ; c’étoit en ce lieu qu’eHe étoit sortie de la mer, déjà reconnue déesse ; ét décorée du nom de Leucothoé. PLEUE

Vis-à-vis la place de Sparte, où l’on vendoit de menues marchandises, il y avoit un endroit nommé Colona, et un temple de Bacchus Golonate ; Vers ce temple une enceinte étoit consacrée au héros qui servit de guide à Bacchus, lorsqu'il vint à Sparte : les Dionysiades et les Leucippides sacrifioient à ce héros, avant de sacrifier au dieu lui-même. Onze autres fémmes nommées de même les Dionysiades, y disputoient le prix de la course, ainsi que l'avoit Sreserit l'oracle de Delphes ® : Hésychius prétend rw’elles devoient être vierges. |

Sur le trône d’Apollon Amycléen lon voyÿoit Bacchus et Sémélé debout, près de Jupiter ét°de Mercure, qui conversoient ensemble %; Ino'étoit à coté de Sémélé; Bacchus étoit , avec Apollon ji fa divinité la plus honorée à Amy clée : les Amycléens lui donnoient le nom de Ptilas (les Doriens disent

(@) Pausan. , Hib. IV, cap. 4. = @:Pausan., lib. IIT, cape 13.

PAT Ibid. , Cap: TO:

G) Que antiquissima , sunt apud Græcos ,. cum. Minervæ po- Tiadis, tum Apollonis delü, item Bacchi amyclæi. (Phalostrat.,

lib. III, cap. 3-

THÉBAIN. 437 ptila; au lieu de ptéra, ailes). Ils donnoient ce nom à Bacchus, parce que le vin élève l’homme, et rend son esprit de léger, de même que les Me élèvent les oiseaux dans es airs.

À: Gytlium, sur la place pb te il y avoit une statue de Bacchus prés de celles d’Apollon et d'ercule, que les habitans regardoïent comme les fondateurs de leur ville ®. Goltzius (in Thes. p. 216) donne une médaille de Gythium, où l’on voit d’un côté une tête de Bacchus, couronnée de lierre,-et de l’autre une Victoire placée sur la proue d’un vaisseau avec une couronne. La statue de Bacchus se voyoit encore à Las, à 4o stades de Gythium.

Au-dessus du Migonium, canton de la Lacomie situé sur le bord de la mer, vis-à-vis Pile Cranaé, s’élevoit le mont Larysium , qui étoit consacré à Bacchus. La fête de ce dieu y étoit célébrée au commencement du printemps: on racontoit différentes particularités de cette fête, et entr’autres qu’il s’y trouvoit du raisin mür. ®

Les habitans de Brasies, la dernière ville des Eleuthérolacons sur'le bord de la mer, prétendoient, contre la tradition de tous les autres Grecs, que Cadmus, ayant découvert que Sémélé avoit eu Bacchus de Jupiter, enferma la mére et l'enfant dans un coffre, et les jeta dans les flots; que ce coffre échoua sur leurs côtes; que trouvant Sémélé déjà morte, ils lui firent des funérailles magnifiques, et

() Pausanias, lib, IIT, capia2i. = À Ibid:, cape 22.

438 BACCHUS prirent soin sie l'éducation de Bacchus : ce fut alors, continuoient-ils, que leur ville nommée auparavant Oréates, prit le nom de Brasies, à l’occasion même de cet événement. Et en effet le terme ecbebrasthaë s'emploie pour dire qu’un objet a été jeté par les flots sur le rivage. Les Brasiates ajoutoient qu’'Ino, alors errante et‘sans asile, étant venue dans leur pays, voulut bien être la nourrice de Bacchus. Ils montroientlantre où elle le nourrit, et ils donnotent à la plaine le nom de Jardin de Bacchus . Sur le mont Ilium il:y avoit un temple de Bacchus. Lycurgue, d’après l’ordre de l’oracle de Delphes, avoit divisé Sparte en six tribus ; la troisième tribu étoit celle des Limnates. Cette dénomination troit son origine d’une certaine partie de la ville qu’on appeloit Âmnæ, marais, partie d’eau stagnante , comme à Athènes. Cette partie fut dans la suite desséchée, et on y bâtit'un temple à Bacchus. © : À Brysée ; ville située au pied du mont Taygtte, il y avoit un temple et des statues de Bacchus : une de ces statues étoiten plein air; quant à celle qui étoit renfermée dans le temple, les femmes seules avoient la permission de la voir , parce qu’elles seules pouvoient célébrer Les mystères. Homère fait mention de Brÿysée ®. 11 ne faut pas confondre Brasies dont nous venons de parler, avec cétte ville de Brysée. La ville d’'Alagonie que l’on comptoit parmi celles

G) Pausanias , lib. LL, cap. 24. = ® Cragius, lib. [, cap. 6. raser (y Iliad. B. «

THÉBAIN. | 439 des Eleuthérolacons, avoit de remarquable le temple de Bacchus et celui de Diane.

Les Lacédémoniens adoroient encore Bacchus, sous le nom de Sycitès, Ficulneus , parce qu’il avoit trouvé et cultivé le figuier ©. Nous avons déja vu une tradition d’après laquelle la semence du figuier avoit été donnée par Cérès à Phytalus, comme récompense de l’hospitalité que la déesse en avoit récue, Mais Cérès et Bacchus sont ici la même divinité; c’est le principe ou l’agent de la reproduction. Comme inventeur du figuier, Bacchus étoit encore appelé Milichius, parce que cet arbre est appelé milicha. Nous devons remarquer néanmoins que les anciens écrivains appeloient les dieux Milichir , lorsqu'ils vouloiest exprimer leur douceur et leur bonté: Milichu, id est, Blandi, Placid, Mites, Jucundi, Mansueti, CÉnentes , Placabiles. Les habitans de Naxos faisoient les statues .de Bacchus tantôt de bois de vigne, tantôt de bois de figuier. En général, les anciens avoient toujours quelque motif pour employer dans la composition de leurs statues, une matière plutôtqu’une autre : par exemple lorsqu'ils vouloient faire la statue du dieu du vin, ils employoient le bois de vigne; lorsqu'ils voul » ent représenter l’emblême de toute autre productio à, ilsen employoient le bois. IL paroït que le bois de figuier étoit en général employé pour représenter les divinités comme symboles de la force reproductive de la nature; car

@ Athez, GEAIV, cap. 5.

la statue de Priape étoit en général faite de bois de figuier , ainsi que les Phalles. C’est ainsi qu’on avoit ésard, dans la structure des temples, à la nature et aux fonctions des dieux, pour lesquels ils étoient élevés. Suivant Vitruve, les temples de Jupiter Tonnant, du Ciel, du Soleil, de la Lune, devoient être découverts. On observoit cette même convenance dans les ordres d’architecture : les temples de Minerve, de Mars et d'Hercule devoient être d’ordre dorique, dont la majesté convenoit à la force de ces divinités. On employoit pour ceux de Vénus, de Flore, de Proserpine et des Nymphes, lordre corinthien. L’agrément des feuillages, des fleurs et des volutes, étoit en harmonie avec la beauté tendre et délicate de ces déesses. L’ordre ionique qui tenoit le milieu entre la sévérité du dorique et la délicatesse du corinthien, étoit employé dans les temples de Junon, de Diane et de Bacchus, en qui il ÿ avoit un mélange d'agrément et de majesté. Tous les ornemens d'architecture de ces temples faisoient aussi connoître la divinité qui ÿ présidoit.

Les Lacédémoniens adoroïent encore Bacchus sous le nom de Euyalius, qui étoit le surnom de Mars. Ils'le représentoient alors armé d’un javelot: Macrobe a traité, dans le 19e chapitre de ses Saturnales, de l'identité de Bacchus et de Mars. En même temps que Bacchus tient ce javelot, il a un thyrse qui n’est aussi qu’un petit javelot caché par le lierre : ce qui montre, dit Macrobe, que limpétuosité des guerriers doit avoir un frein; car le lierre

THÉBAIN. 441 a la propriété de calmer la chaleur du vin, qui sou- | vent pousse les hommes à la fureur. Ces deux effets étant les mêmes, on a voulu que Mars et Bacchus fussent la même divinité. Les Romains leur donnoient une dénomination commune, celle de Pater, Liber Pater, et Mars Pitrès, Mars Pater. Bacchus étoit le dieu de la guerre, puisqu'il fut le premier qui recut les honneurs du triomphe: Macrobe s'attache ensuite à prouver que Mars est le même que le Soleil, et conséquemment Bacchus. s

IT. Culte de Bacchus dans les autres parties du continent de

la Grèce.

Nous avons déjà parlé du culte de Bacchus dans l'Etolie, à l’occasion de Bacchus OEsymnète, de Bacchus Messateus, Antheus, Arœus.

Le culte de Bacchus étoit en grand honneur à Calydon. OEnée roi de Calydon recut le premier de Bacchus le fruit de la vigne. Voici quelques traditions sur le culte de Bacchus dans cette partie de la Grèce. ® R |

Hécatée de Milet, cité par Athénée ®, dit que Oresthée fils de Deucalion étant venu s'établir dans l'Etolie, sa chienne y accoucha d’un tronçon de bois : il le fit enterrer, et ce tronçon produisit un cep de vigne chargé de raisins. En mémoire de cet événement il nomma le fils qu'il eut ensuite,

Phytius (planteur). Phytüus fut pére d'OEnée, qui

# Apollodor. , lib. I, cap. 8. = ® Tiécat., LE: IT ; Cap. 28:

fut ainsi appelé , parce que les Grecs nommoient alors la vigne oëné, on. Suivant une autre tradition rapportée par PAR ® , OEnée roi d’Etolie, avoit un berger nommé Staphylus. Ce berger sétant apercu qu’une de ses chèvres s’écartoit du reste du troupeau pour paître, et qu’elle devenoit de jour en jour plus grasse, la suivit : ayant vu qu’elle mangeoit du raisin, il en goüta lui-même. Il trouva ce fruit si agréable, qu'il en porta à son maître; OEnée en exprima le jus, et en fit une liqueur quil appela oënos , et par reconnoïssance pour le Berger, il donna au fruit le nom de staphyle. Voici le récit d’'Hygin : Bacchus étant venu chez OEnée, devint amoureux d’Althée sa femme. OEnée s’en étant apercu, feignit d’être obligé de s’absenter pour un sacrifice, et les laissa seuls. Bacchus eut d’Althée une fille nommée Déjanire. Pour récompenser OEnée de sa complaisance, il lui apprit à cultiver la vigne, et donna son nom au vin. ©

Nicandre de Colophon, cité par Athénée, dit que ovos , mot qui signifie vin, est venu d'OEnée : OEnce ayant exprimé du jus de raisin dans des vases amples, donna son nom au vin.

( Servius, lib. I, v. 0.

® Silène ( Scèn. 1, du Cyclope d’Euripide. ), apercevant ses fils qui revenoient en dansant avec les troupeaux de Polyphème, s'écrie : Hélas! pourquoi ces danses légères ? croyez-vous donc aller au son des instrumens, comme autrefois, accompagner Bacchus dans <es expéditions amoureuses, dans la maison

d’Althée ?

Les habitans de Naupacte ent | les Dionysiaques. © Dans la Thessalicon célébroit les fêtes de Bacchus au pied d’une montagne nommée Drios, qui étoit située dans l’Achaïe Phtiotide ®, Le territoire de Lamia, ville de la Phtiotide , étoit trés fertile en vin ; 1l étoit consacré à Bacchus ®. Nous avons encore des médailles de cette ville, avec une tête de Bacchus, ceinte d’une couronne de herre, et au revers le Cantharus: les Fables des Titans qui jouent un si grand rôle dans l'Histoire de Bacchus, appartiennent à la Thessalie. C’est le mont Olympe, situé sur les contrées de la Thessalie et de la Macédoine, dont on a fait le théâtre de leurs exploits.

Nous avons déjà parlé du culte et des fêtes de Bacchus dans la Macédoine et dans la Thrace. Nous avons vu avec quelle ardeur Olympias célébroit les rites de ce dicu. Athénée cite une lettre de cette princesse à Alexandre, qui lui avoit demandé un homme expert dans les sacrifices: « Recois de ta mère Pilé- « gnas, recois-le bien; car il sait tous les rites des sa- « crifices de tes ancêtres, ceux des Orgies et des fêtes « de Bacchus ®, » Il paroïît néanmoins que le culte de Bacchus fut négligé en Macédoine dés le temps d'Alexandre, et qu’il le fut par Alexandre lui-même;

(9 Suidas, v. Dionysia. — ® Diod, Sic., lib. V, cap. 31. — © plin., Hisé. IVat., lib. IV, sect. 14. — % Athen., lib. XIV cap. 22. :

444 . BACCHUS car Ârrien ® , racontant le meurtre de Clitus, dit qu'il arriva le jour consacré par les Macédoniens aux fêtes de Bacchus, qu’Alexandre avoit coutume de célébrer tous les ans; mais négligeant le culte de Bacchus, il avoit consacré ce jour aux Dioscures. Aprés le meurtre de Clitus, les prêtres répandirent qu’il falloit ici reconnoître le courroux de Bacchus, indigné de ce qu'Alexandre eût négligé son culte. Trop heureux de pouvoir rejeter son crime sur la colère céleste, Alexandre sacrifia à Bacchus. L’on remarque aussi que les monumens anciens, consacrés à Bacchus, sont rares pour la Macédoine, tandis qu'ils sont tres nombreux pour les autres parties de la Grèce. Cependant Alexandre faisoit célébrer les Dionysiaques, comme nous l’avons vu, probablement à cause de la pompe des jeux Scéniques. © Bacchus avoit un temple à Aphyte. Ce temple fut visité par Agésipolis, roi de Sparte, lors de ses expéditions contre Olynthe et Torone.Dansles grandes chaleurs de l’été une fièvre brülante le saisit ; ik voulut revoir les bocages touffus et les eaux fraîches et limpides du temple de Bacchus. Il y fut porté encore vivant; mais le septième jour de sa fièvre ik mourut hors du temple. ®

® Arrian, , Expedit. Alexand., Kb. IV, cap. 8, p. 167.

6) Ce prince, ou selon d’autres Prtbo à Catane, fit célébrer ces fêtes sur le Loin de l'Hydaspe. On représenta fi pièce satyrique ayant pour titre l'Agen, qui avoit été compss pour cette fête. { Athen., lib. XIII, cap. 7.)

Li, apple Hist. Græc., lib. V, cap. 3.

THÉBAIN. 44 Bacchus étoit surtout honoré dans la Thrace. Les montagnes de ce pays étoient toutes couvertes de lierre; c’est peut-être la vérilable origine de l’usage où l’on étoit de représenter Bacchus et les Bacchantes avec des couronnes de lierre. Suivant Pisander , cité par Suidas, les Agathyrsi, peuple qui habitoit Pinlérieur du mont Hæmus, avoient été appelés de ce nom, des thyrses de Bacchus. © | Dionysiopolis , ville placée par Pline dans la partie dela Thrace que baignoit le Pont Euxin, étoit appelée autrefois Cruni, où la Fontaine. Elle prit ensuite le nom de Dionysiopolis, parce que la statue de Bacchus y fut apportée par mer, et que son culte s’y établit, Maronée, ville de la Thrace maritime, fut surtout célèbre par ses vins dés la plus haute antiquité. Nous avons vu que les mythologues tiroient l’étymologie de son nom, de Maron , compagnon de Bacchus. Ron bol At 1ls D n Bacchus, mais ils adoroient encore Vénus, comme épouse de ce dieu, ainsi que le prouve une ancienne inseriplion rapportée par Gruter ®. Ils adoroient encore Bacchus sous la dénomination. de Bacchus Soter. Nous avons plusieurs médailles de Maronée, ainsi que de la ville d’Adrianopolis dans la Thrace à qui représentent Bacchus debout avec. un thyrse et un vase à boire. Il est de même représenté sur celles de Philopopolis.

Bacchus étoit adoré à ren ou Hétadlde dont

® Suidas, v. Agathyrsi=® Gruter , p. 69.

4,6 RACCHUS

les médailles le représentent debout avec le thyrse

etle cantharus. F3 Dans l’intérieur de la Thrace s’élevoient l’'Hæmus,

le Rhodope et l'Orbélos, montagnes célébres par.

les fêtes de Bacchus. ©

Il ÿ avoit entre la partie de la Macédoine, qui {ouche aux frontières de‘la Thrace et Pallene, un promontoireappelé Gigonida.Artémidore et Etienne

de Byzance disent qu’il y eut une ville de ce nom .

sur ce promontoire. Hérodote ® et Thucydide © placent la ville de Gigone sur les frontuéres de la Macédoine et de la Thrace, non loin de Potidée. Ce promontoire ct cette ville furent ainsi appelés, non duroi Gigon vaincu par Bacchus , comme le prétend Etienne de Byzance, mais de Bacchus lui-même, qui étoit surnommé Gigon et qui étoit adoré en ces lieux. | if

Les Thraces avoient trois divinités : Mars dieu de la guerre, Bacchus dieu du vin, et Diane déesse de Ja chasse. Lés rois y joignoient Mercure qui présidoit à leurs conseils, qui étoit le principal objet de leur culte, et dont ils se disoient descendus. ©

Les poëtes ont donné à Bacchusle nom d’Edonius, des Edoniens, peuple de Fa Thrace ; et les Bacchantes portoient le nom d'Edonides où d'OEdoneæ.

@ Pomp. Mela, hib.IT, cap. 2. — ® Herod., Kb. VIE,

cap. 123 = ® Thucyd., Hb.1, p. 140. = Ÿ Herod., Hb. V,

cap. 7.

@ Non ego sanius bacchabor Edonis. ( Horat., Carm. XI.)

CTHÉBAIN. 447 /

Darius étant sur le point de faire son expédition dans la Scythie, fit ériger sur les bords du Bosphore, deux colonnes de pierre blanche ; il fit graver sur Vune en caracteres assyriens, et sur l’autre en lettres grecques, les noms de toutes les nations qu'il avoit à sa suite. Depuis cette expédition des Perses, les Byzantins ont transporté ces deux colonnes dal leur ville, et les ont fait servir à l’autel de Diane Orthosiène, excepté une seule pierre qu’on a laissée auprés du tea de Bacchus à Byzance. Bÿzance avoit un temple de Bacchus, comme le prouve ce fait r'apporté par Hérodote ®. Du reste cette ville avoit tous les symboïos de l’abondance qu’elle devoit à son heureuse position, à la bonté de son sol, à son com merce et à sa nayigaUon, comme le prouvent les médailles de Byzance, où l’on voit les fisures d’Apollon, de Diane, de la Fortune , de Cérès, les attributs de Cérés et de Bacchus, des Bacchantes, des branches de vignes, des cornes .d’ iéRnee des épis de froment , Neptune, son trident , desvaisseaux, des agres de vaisseaux, des proues, des dauphins (4 des victoires, Pallas, Mercure, des Caducées.

Il y avoit ce les Budins, nation scythe , une ville de Gélonus qui avoit des temples consacrés aux dieux de la Gréce. Ces temples étoient, bâtis à la manière des Grecs, et ornés de statues, d’autels et de cha | pelles de: bois. Tous’ les trois ans les Gélons célébroient les fêtes de Bacchus; aussi étoient-ils Grecs

® Herod., lib. IV, cap. 87.

448 BACCHUS d’origine. Chassés des villes grecques du Pont-Euxin, ils s’établirent dans le pays des Budins: leur langue éloit un mélange de grec et de Scythe. ©

IL existoit au pied du mont Hæmus dans la Thrace, un bois avec un temple qui avoit été consacré de tout. temps à Bacchus. On raconte qu'Alexandre, après s’êlre ouvert le passage du mont. Hlæmus, et après avoir pénétré dans la Thrace, voulut y sacrifer à Bacchus à la manière des barbares : comme 1] jetoit, du vin dans le feu, la flamme fut si forte qu'elle passa le faîte du temple, et.s’éleva dans les airs ;, ce qui fut regardé comme un présage que la gloire d'Alexandre n’auroit d’autres bornes que les cicux. © |

$ IL. Culle de Bacchus dans les Îles de la Grèce.

Si du continent nous passons aux îles de la Grèce, Naxos se présente d’abord comme celle où le culte qu’elle rendoit à Bacchus étoit Le plus célèbre, Les habitans de Naxos prétendotent que ce dieu avoit été toujours chez eux ©; que leûr île lui avoit été tou jours chere : c’est pourquoi on l’a appelée Dionysiade. Quelques-uns font même dériver le nom de Dionysius de Dia, ancien nom de Pile de Naxos, qui fut consacrée à Bacchus aprés son mariage avéc Ariadne: ils

… W'Hérod., Hb. VI, cap 87: — G) Quint. Curt., Kb. I, cap. tt. —=® Naxon ; ait Liber, cursus advertite veslros : p Illa mihi domus est, vobis erit hospita tellus. ( Ovid., Het.,

lib. IL.)

CTHÉBAIN. 449 racontent que Sémtlé ayant été consumée par la foudre, Jupiter sauva son fruit en l’enfermant dans sa cuisse; que Le terme de sa naissance étant arrivé, il choisit Naxos pour cacher cet enfant à Junon, et qu’il en confia le soin à trois nymplhes de cette île, Plulis, Coronis et Cléide. Ces peuples se vantent d’avoir été récompensés de l’éducation qu’ils ont donnée à Bacchus, par la longue félicité de leur ile ; ‘ils donnent même l’excellence de leur vin comme une preuve évidente de la reconnoissance et de la faveur de Bacchus . Les Naxiens adoroient aussi Bacchus sous le nom de Milichius, parce qu’il leur avoit fait connoître le figuier : la tête de Bacchus des mystéres étoit de figuier, au lieu que la tête de Bacchus dieu du vin étoit de bois de vigne. © L’ile de Naxos a été, comme on le sait, Le théâtre de l’histoire de Bacchus et d’Ariadne abandonnée par Thésée : cette fable est trop connue pour que nous ne soyons pas dispensés de la rapporter. Hésiode parle d’Ariadne en ces termes : « Bacchus à la cheve- » lure d’or fut uni à la belle Ariadne que Jupiter » rendit immortelle, et qu'il exempta des rides

G) Diod. Sic. , Lib. IV, 51. — Suivant une fable des Grecs : rapportée par'Asclépiade , les femmes de Naxos accouchoiïent au bout de huit mois. Junon, suivant les uns, après s'être réconciliée avec Bacchus, leur fit ce don; mais le plus grand nombre croyoit que c’étoit parce que Bacchus étoit né dans le huitième mois. Ils disoient encore que dans cette île il y avoit une fontaine qui donnoit un vin très agréable. (Steph, Byz., y. Nééoc.—Suidas, v. Naxos. — % Athen., lib. III, Cap. 5.

Joue Lil. 20

» de la vieillesse (. » Tous les poètes qui l'ont suivi se sont emparés de cette fable, et l'ont augmentée de mille manières. Outre cette fable, on a débité sur Thésée, Bacchus et Ariadne, une foule de traditions contradictoires : suivant une de ces traditions, Ariadne , que Thésée avoit sacrifiée à une nouvelle passion ® , fut conduite par des matelots dans lîle de Naxos, où elle épousa Onarus, prêtre de Bacchus. Quelques écrivains de Naxos ont suivi une autre tradition : il y a eu, suivant eux, deux Minos et deux Ariadnes, l’une épousa Bacchus dans leur île et fut mére de Staphylus; l'autre, moins ancienne, fut enlevée par Thésée qui Vabandonna; elle aborda à Naxos où elle mourut. Les fêtes qui se célébroient en l'honneur de la pre- . micre étoient accompagnées de jeux et de réjouissances; les fêtes de l’autre étoient de deuil et de tristesse ©. Nous ne croyons pas devoir rapporter les nombreuses traditions sur la couronne d’Ariadne, qui lui avoit été donnée par Thésée et qui fut placée parmi les astres, dans lesquelles traditions Bacchus joue presque toujours un rôle. Nous ne parlerons pas davantage de l’histoire de Glaucus; de celle de Psalacantha, nymphe de l’île d’fcaros ; des enfans qque Bacclius eut d’Ariadne; de cette autre tradition d’après laquelle Ariadne ne fut pas abandonnée | par Thésée, mais enlevée par Bacchus, en pleinemer, :

( rrésiod., Theog., v. 949. — ® Gravis enim eum vexabat amor Panopeidos Ægles. (Hésiod., Theogon., v. 949.) 6) plut., Vi. Thes., cap. 18.

CTHÉBAIN. 451 des bras de Thésée, qui fut obligé de céder aux forces supérieures de Bacchus; du songe de Thésée, où Bacchus lui ordonna d'abandonner Ariadne , et ou 1l fut obligé de céder à l’ordre et aux menaces du dieu; nous ne nous arréterons pas au naufrage de Thésée et d’Ariadne sur les côtes de l’île de Chypre, à la mort et à la sépulture d’Ariadne dans cette île, aux cérémonies sacrées qui y furent instituées en son honneur, et qui y étoient célébrées le deuxième jour du mois de: Gorpiæus, fable qui fut ensuite transportée dans l’Arsolide où nous avons vu le tombeau d’Ariadne ; toutes ces variétés sont dues à l’imagination des poëtes et des mythologues , et sont fort étrangéres au culte de Bacchus.

Nous avons des médailles de l'ile de Naxos qui représentent Bacchus avec des vétemens de femme j le thyrse et un vase à boire.

Il y avoit près de Rhodes une petite île appelée Dionysia dans laquelle Bacchus transporta, dit-on , Ariadne depuis Naxos, lorsqu'elle étoit poursuivie par son père Minos. ®

- Le temple de Bacchus dans la ville de Rhodes étoit célébre. Îl étoit situé dans la partie basse de la ville; car, dans l’une des trois inondations dont parle Diodore de Sicile ® , les eaux, suivant cet historien j remplirent toute la partie basse de la ville, d'autant plus que l'hiver étant passé, on ne sétoit pas

® Steph. Byz., v. Donysia. = ® Diod Sic., lib. XIX , $45 | je

452 BACCHUS pressé pour la réparation des canaux qui devoient porter les eaux hors de l’enceinte des murs ; aussi la place appelée le deigma et le temple de Bacchus furent bientôt inabordables. La ville de Rhodes étoit décorée d’un grand nombre de monumens dont on voyoit la plus grande partie dans le temple de Bacchus et dans le gynmase ®. Lucien parlant de Rhodes dans le Livre des Amours, dit : « Me prome- » nant sous les portiques du temple de Bacchus, je » jouissois d’un plaisir inexprimable à contempler » les peintures qui les décorent; elles retraçoient à » mon esprit les fables héroïques. » Ges peintures éLoient de Protogène. |

Pline parle de trois statuaires dont les ouvrages étoient dans l’île de Rhodes : Boéthus, auteur d’une statue de Minerve à Linde; Acragas, auteur de statues de Bacchantes et de Centaures, qui étoient dans le temple de Bacchus à Rhodes même, d’une chasse qui avoit une grande réputation ; Mys, auteur d’un Siléne et de statues d’Amours, qui étoient dans le même temple de Bacchus. ®

Les Rhodiens célébroient les Dionysiaques avec

une grande pompe, et dans le même esprit qu’a 0 Fr A Le |

Athènes. Lorsqu'ils se préparérent au siège fameux qu'ils soutinrent contre Démétrius Poliorcete la 4e année de la 1 18e olympiade, ïls déclarèrent que les enfans, les pères et mères des citoyens morts au service de la patrie, seroïient nourris aux dépens du

GO Strab., lib. XIV, cap.2,9 4. — ® Plin., His. natur., lib. XXXIIT, cap 12.

THÉBAIN. 453 trésor public; que leurs filles seroient dotées ausst avec les deniers publics, et que leurs fils parvenus à l’âge de porter les armes, recevroïent publiquement aux fêtes de Bacchusle présent d’une armure complète.

Théopompe prétend que les habitans de Chio ont les premiers planté et cultivé la vigne, et fait du vin noir; ils l’apprirent d’un des fils de Bacchus: et d’Ariadne, Ænopion, qui peupla cette île. Tliéopompe ajoute que ce furent ces insulaires qui en communiquérent la culture aux autres hommes ©. Un habitant de Chio, Dion, passoit pour avoir le premier joué sur la cithare les chants des hibations qu’on faisoit aux fêtes de Bacchus. ®

Le vin de Lesbos étoit célèbre; il a été chanté par tous les poètes. Voici un passage remarquable du poète Alexis cité par Athénée ® : « Oui, Bacchus » est aimable; il a exempté du tribut les Lesbiens » qui portoient à Athènes leur vin, et 1l a ordonné » qu’on saisit à son profit, les biens de celui qu'on » surprendroit à faire passer de ce vin dans une » autre ville, ne seroit-ce qu'un verre. »

Non-seulement les vins de Lesbos étoient tres bons, mais cette île en produisoit abondamment. Pittacus avoit fait une loi pour contenir les Lesbiens ; il avoit ordonné qu’on punit doublement une faute commise dans l’ivresse. # |

Quelques-uns ont fait dériver Méthymneus, isur-

G Athen GbiE, ap 20 Se) Athen. , lib. XIV, cap, 9h OÙ Ibid, bib, 1, cap. 22. = % Plut,, Aristid.

nom de Bacchus, de Méthymne, ville de Lesbos, fameuse par ses bons vins. Suivant une ancienne tradition de l’île de Lesbos, des pêcheurs de Méthymne ayant jeté leurs filets dans la mer, en relrérent une tête faite de bois d’olivier; cette tête ressembloit assez à celle d’un dieu, mais d’un dieu étranger qui-étoit inconnu aux Méthymnéens. Voulant savoir quel étoit ce dieu , ils envoyérent consulter la Pythie cui leur ordonna de révérer Bacchus Cephallen. As firent dé cette tête l’objet de leur culte; mais ils en envoyèrent une copie à Delphes, où on Pavoit placée aprés la statue de Scyllis.

Une médaille de Lesbos nous donne les deux divinités sous la protection desquelles étoit l’île de Lesbos: ce sont Pallas, Lesbiorum virgo, et Bacchus avec le cantharus; au milieu est le dieu Terme assis sur la proue d’un vaisseau. Différentes autres médailles de cette île nous donnent Bacchus seul avec une ceinture, un thyrse, un cantharus, et un tigre à ses pieds.

Le vin de Thasos étoit un des plus renommés de toute la Grèce : on possède encore des médailles des Thasiens sur lesquelles Bacchus est représenté couronné de lierre et barbu. Nous avons une médaille ‘de Thasos où l’on voit la figure d’'Hercule Tyrien, et au revers, celle de Bacchus avec une couronne dé liérre. Goltzius ® donne Bacchus sculpté avec

© - 4) Pausan. : lib.X, cap. 19. = © Goltzius Jnser. Græc., tab. XII.

THÉBAIN. 455 le cantharus (vase à boire ). Les Amphores à pied étoient appelés Stamnium Thasium. Credo si Thasium forte infunderes merum , a dit Aristophane ®. Le poète $’exprime ainsi, parce que le vin de Thasos rendoit une odeur suaye. On a dit que Staphylus, ami de Bacchus, habitoit l’île; c’est pourquoi elle avoit été favorisée par Bacchus qui avoit rendu son vin excellent. ®

Bacchus étoit très honoré à Andros : les habitans de cette île prétendoient que, durant les fêtes de Bacchus qui se célébroient tous les ans, le vin couloit de lui-même dans son temple. Pausanias © ne parle pas de fontaine, mais Pline dit que Mutianus avoit écrit comme chose dont il étoit persuadé, que dans l'ile d’Andros, au temple de Bacchus, il y avoit une fontaine qui pendant sept jours, avoit toujours le goût du vin ; on lui donnoit le nom de Auèe Ocodosta, c’est-à-dire, consacrée au fils de Jupiter; Pline ajoute que ce vin perd son goût et redevient eau si on le transporte ailleurs %. Tournefort est allé visiter les ruines de Palléopolis, l’ancienne ville d'Andros, qui étoit fort grande ct avantageusement située sur le penchant d’une montagne dominant toute la plage; il en reste encore des quartiers de murailles très solides , surtout dans un endroit remarquable, où Dub Len étoit la citadelle dont parle Tite-Live ®. Outre les vieux mar-

G) Arist., Plut.—® Suidas, v. Evéyeis.= ® Pausan. , lib. VI, cap. 26. = % plin., Ub. I, cap. 105.—Lib, XXXT, cap. 2. G Tite-Liv., lib. 111, cap. 48.

bres renversés dans ces ruines, on y trouve de belles colonnes, des chapiteaux, des bases et quelques inscriptions dont Tournefort déchiffra celle qui étoit la moins effacée ; il y est parlé du sénat et du peuple d’Andros, des prêtres de Bacchus; ce qui. lui fit conjecturer que cette inscription avoit été placée sur les murailles ou dans l’intérieur du fameux temple de ce dieu. Tournefort n’a pas trouvé la fontainé dont parle Pline, mais il observe qu’elle à pu se perdre dans les ruines d’Andros. |

À Egine, il avoit un temple où il étoit représenté avec une barbe; la statue du dieu étoit vêtue. ?

Le vin de Chypre a été célèbre dans tous les temps. Platon fait mention dans son Adoms d’un

oracle rendu à Cyniras au sujet d’'Adonis son fils :

« O Cyniras, roi des Cypriotes! il Cest né un fils » qui est à la vérité le plus beau et le plus admi-

» rable de tous les hommes, mais il sera possédé de

» deux démons.» L'auteur entend Vénus et Bacchus; car, dit-il, Pun et l’autre ont aimé Adonis. ©

À Julis, patrie de Simonide, dans l’île de Céos, on célébroit en l'honneur de Bacchus une fête dans laquelle on lui'immoloit un bœuf. C’étoit un jeune homme qui devoit le frapper avec une hache. ©

Le culte de Bacchus étoit aussi en grand honneur x Samos. On raconte que Bacchus fit la guerre aux Amazones ; poursuivies par lui, elles s’enfuirent

@ pausan., lib. IL, cap. 29, 30. — ( Athen., lib. X, cap. 21. — @ Athen., lib. X, cap. 22.

TILÉBAIN. : 457 d'Ephèse dans Pile de Samos. Bacclius ayant construit une flotte, passa le détroit, leur livra bataille, et en fit périr un si grand nombre, qu’on nommoit Panema (tout de sang) le lieu où s’étoit livrée la bataille ®. Hésychius dit que Bacchus étoit adoré, dans l’ile de Samos , sous le nom d'£uorchos , terme qui marque la force du principe générateur. C’est ce dieu quelesSamiensinvoquoient le plus ordinairement dans les grands périls dont ils étoient menacés. Plutarque raconte qu’Antoine étant à Samos, y rassembla tous les acteurs, tous les musiciens et tous les ouvriers du dieu Bacchus. Pendant plusieurs jours, Vile retentit du son des instrumens de musique; tous les théätres étoient remplis de chœurs qui disputoient le prix dés divers genres de poésie. Chaque ville envoyoit un bœuf pour les sacrifices, et c'étoit entre les rois une grande rivalité de faste et de magnificence. © :

Suivant la fable, l'ile de Corcyre étoit appelée Macris, du nom de la nymphe qui allaita Bacchus. Toutes les traditions de cette île relatives à Cérès et à Bacchus appartiennent à l’établissement et aux progrés de l’agriculture. Gérés habita , dit-on, jadis dans cette île, et apprit aux habitans, en faveur de Macris qu’elle aimoit, à moissonner les épis nourriciers. Alcinoüs fit préparer le lit nuptial de Jason et de Médée dans l’antre sacré qui servit autrefois de re-

Wplut,, Ouæst.Græc., cap. 56. —= % blui:, Pa Ant, cap, ôr.

traite à la nymphe Macris, fille du tendre Aristée qui fit le premier connoître aux hommes le suc que compose l'abeille, et le jus onctueux de olive. Macris habitant de l’Eubée, recut entre ses bras le jeuneBacchus, et abreuva ses lèvres desséchées par le feu dont Mercure venoit de le retirer; maislanymphe, chassée de l’'Eubée par Junon, se retira dans une grotte de l'ile des Phéaciens qui, par ses bienfaits, se virent en peu de temps comblés de richesses. ©

Suivant Thucydide, Bacchus y avoit un temple: Ja réputation du vin de Corcyre, aujourd’hui Cor- : fou , subsiste encore à présent. Les médailles de cette ile présentent la statue de Bacchus avec une grappe de raisin et le cantharus. |

On voit dans Spon une médaille de Zacynthe réprésentant Bacchus, tenant une grappe de raisin de la main droite, et un thyrse de la main gauche. Strabon dit que l’ile’de Zacynthe étoit trés fertile en vin ©; sur d’autres médailles de Zacynthe, Bacchus est demi-nu , avec les mêmes attributs, ou bien habillé, avec la ceinture.

Les Crétois célébroient tous les trois ans l’anniversaire de Bacchus. Saint-Clément d'Alexandrie et Julius Firmicus ® racontent l’histoire de Bacchus dans l'ile de Crète; c’est à-peu-près celle de Bacchus tué par les Titans adaptée à Jupiter, prétendu roi de Crète, et à Junon son épouse, également jalouse

% Apoll. Rhod., cap. 4, Fe 134. Strah., lib.X, p. 498. — ® Clem: Alex,, in Protrept., p. 12.—3.Firmicus, de Errore

prof. relis., cap. 6.

THÉBAIN. 459 et persécutrice du jeune Bacchus né d’une maitresse du roi: Junon livra Bacchus à ses gardes qui le mirent à mort, dispersèrent ses membres. Minerve, sœur de la reine, garda le cœur de Bacchus et le remit à Jupiter, qui le plaça dans une statue parfaitement ressemblante à Bacchus. Les Crétois célébroient tous les trois ans ses fêtes funéraires , dans lesquelles ils représentoient toutes les circonstances de sa mort. Ils déchiroient un taureau vivant et dis- : persoient ses membres ; ils couroient les boïs en jetant des cris horribles; ils portoient dans leurs courses la corbeille où Minerve avoit déposé le cœur de Bacchus, ainsi que les joujoux qui avoient séduit le jeune Fabre on retrouve dans cette fête Lo" ce qui faisoit partie des autres fêtes de Bacchus.

Il nous reste un grand nombre de médailles de Crète, appelées cistophores, parce que les cistes de Bacchus étoient gravées sur leur revers. ©

On voit sur les médailles de Cydon, une louve allaitant un enfant, et au revers, une tête de Bacchus ceinte’ de la couronne de ini @:; d’autres représentent Bacchus avec la couronne du pampres. . Les vins de Crète étoient autrefois des vins de Prix, comme ils le sont encore à présent.

Les habitans de Délos célébroient les Dionysiaques, comme on le voit par l’ancienne inscription rapportée par Gruter ® et par Montfaucon .

Œ Goltz., Insul. Græc.. Tab. II, 7. 5,6, 7, 8.— G) Patin., p. 5o. — % Gruter , à Thes., p. 45.— Ÿ Montfaucon, Diar. Italic. , cap. 3, p. 45.

Eubule de Marathon, fils de Démétrius, habitant de Délos, fut nommé l’intendant des spectacles, du temps de Parchontat d’Aristæchmus; il distribua les prix aux Panathénées avec la plus grande impartia- Lté; il proclama, sur le théâtre de Bacchus qui étoit dans la ville de Délos, une couronne d’or en l’honneur des Athéniens qui étoient dans l’île :1l fut

nommé d’abord prêtre des grandes divinités, ensuite:

dEsculape, puis le chef des prêtres de Bacchus, et en celte dernière qualité, 1l fit à ses frais des pompes, des cérémonies publiqueset des sacrifices ; c’est pourquoi le sénat lui décerna la couronne sacrée du dieu a cause de ses vertus et de ses bienfaits envers le

peuple; car il avoit encore rempli avec honneur diverses ambassades, et il avoit fait plusieurs choses utiles au peuple : ce décret devoit être inscrit sur un cippe élevé dans l’Heracleum.

Mégyste, île grecque de la mer de Lycie, étoit fertile en vin; elle adoroit Bacchus. Golizius rapporte des médailles de cette ile où l’on voit la tête de Bacchus ceinte de licrre, et au revers, une grappe de raisin. ©

Cette divinité étoit aussi adorée dans Pile ou presqu’ile de Leucade, sur les côtes de l’Acarnanie, comme le prouvent les médailles de cette île où lon voit Bacchus debout, avec Le thyrse et le cantharus, ayant à ses pieds un satyre d’un côté et un ügre de l’autre.

6) Plin., hh. V, sec, 35.

Nous avons également des médailles de Ténos où il est représenté avecses attributs ordinaires, et qui prouvent qu’on lui rendoit un culte dans cette île.

Il étoit adoré dans l'ile de Gyzique : une médaille de cette île nous le représente monté sur un char traîné par deux panthéres; 1l est précédé d’un villageois portant sur sa tête un calathus rempli de grappes de raisin, et ayant un bâton à la main gauche ; Bacchus est armé du thyrse : l’on voit une tour au milieu de laquelle est placé un homme vêtu d’une cotte d'armes, et portant un javelot à la main. Nous avons vu que c’est surtout à Cyzique que Bacchus étoit adoré sous l’emblême du taureau. Les monumens anciens nous représentent souvent ce symbole, et ces taureaux sont en général de la plus grande beauté. Les artistes anciens ont toujours fait le taureau dionysiaque furieux, indompté, plein de mouvement, d’ardeur, de force et de vie, présentant le front avec fierté, frappant du pied contre terre, musissant : ce nest pas un simple taureau, c’est Bacchus lui-même; c’est le dieu générateur, c’est Le dieu du vin: l’animal pose souvent sur le thyrse; le lierre Jui sert de ceinture. |

Il n'entre pas dans notre sujet de présenter le culte de Bacchus dans toutes les parties du monde où il a été établi; cette discussion exigeroit un volume : nous devons seulement présenter rapidement son culte dans les contrées où les Grecs ont établi des colonies. La Sicile, peuplée de tant de colonies grecques, avoit en grand honneur le culte de Bac-

452 BACCEUS

chus. À Syracuse, il avoit un temple, le Morychium, où 1l étoit adoré sous le nom de Morychus; ce nom est, dit-on, un mot oriental qui signifie vigne ferile, jus d'un fruit qu üre au clair, chant, etc., idées relatives à la vendange et à ses plaisirs. Lorsqu’on célébroit la fête de Bacchus Morychus, on barbouilloit sa statue avec du vin doux et du jus de figues ® : cette statue se plaçoit hors du temple, sous le vestibule, en plein air, d’où est venu le proverbe grec, HOPUTE POS Mopuyov, c’est-a-dire, plus fou que Morychus, qui quitte sa maison pour demeurer en plein air ®, On a donné au mot morychus une étymologie qui me paroît plus vraie que celle tirée des langues orientales. On le fait dériver du verbe grec popuéat , fœdare, inquinare, parce que les vendangeurs ont coutume de se teindre la figure avec le mouût de raisin, etc. Nous avons en Bourgogne un raisin qui porte le nom de Moricho; 1l rend un Jus très coloré et 1l teint fortement, Dans le patois de cette province, on appelle m#oricho non-seulemient les vendangeurs qui se sont teints la figure avec le jus ou le moût de raisin, mais on a étendu cette expression à tous ceux qui ont la figure teinte de quelque manière que ce soit. C’est, chez leshabitans de la campagne, une expression dereproche de toutes les mères lorsque leurs enfans ne se sont pas nettoyé

la figure. rte On célébroit à Arbéle, ville de la Sicile, une fête

O Virgil, , Eccl. VI, p.22, = ® Suidas, v. Mwporepos.

THÉBAIN. 463 de Bacchus appelée Agrypnis, parce qu’elle se célébroit pendant la nuit. *

Mégare en Sicile, dont le territoire étoit fertile en vin, adoroit Bacchus, comme on peut le voir dans une médaille qui a été donnée par Spanheim ©. 11 donne encore une médaille d’Agyre, autre ville de la Sicile, qui présente Bacchus avec une seule corne, et au revers le Minotaure.

À Catane, le culte de Bacchus étoit aussi en grand honneur ; on voit sur les médailles de cette ville les attributs de Bacchus, et Bacchus lui-même, conduisant un char attelé de deux tigres ou deux panthères, et souvent réuni à Cérèés.

Les habitans de Sélinunte, avant leur destruction par les Carthaginois , avoient consacré dans V’Altis à Olympie un trésor à Jupiter Olympien où l’on voyoit une statue de Bacchus dont le visage, les mains et les pieds étoient d'ivoire. % .

La ville de Téos en fonie rendoit un culte particulier à Bacchus; elle a fait représenter cette divinité sur un grand nombre de ses médailles. Les Téiens, vers lan 195 avant J. C., déclarerent par un décret solennel , que leur ville avec son territoire consacré à Bacchus, étoit sacrée et inviolable. Ils firent adopter leur: décret par les Romains, par les Etoliens et par plusieurs villes de la Crète. D’anciennes inscriptions Ÿ rapportent les décrets de

® Hésych. , v. Agrypnis. = ® Spanh. , de Prest. et usu numism., T.1, p.556. — ® Pausan., Elid. , cap. 19. = ® Chishull,, Antiq. asiat,, p.r11, 115.

confirmation donnés par ces différens peuples. Ces inscriptions nous font connoître l’étendue et Les effets du privilège d’Asylie: il mettoit une ville à Pabri du pillage et de‘la guerre. |

A Téos, les arcades du théâtre subsistent presque entières encore à présent; mais il ne reste rien des sièges où se placoient les spectateurs : 1l étoit construit sur la pente de la colline, au midi, usage adopté par La plupart des architectes anciens. Il n’étoit pas fort grand, autant qu'on peut conjecturer par ses Tunes. Pococke croit avec assez de vraisemblance, que le même théâtre servoit quelqueïois de naumachie; un ruisseau qui est dans le voisinage fonde cette conjecture. Le temple de Bacchus, ouvrage célèbre de l’architecte Hermogéne, n’est plus qu’un amas confus de débris, couvert d’une épaisse plantation de vignes et d’oliviers; ces débris prouvent encore l'étendue et la magnificence de cet édifice. Les champs voisins sont semés de tronçons de colonne ionique, de morceaux de marbre, de jaspe; de briques et de poteries tres fines.

Lébédos servoit d'habitation et de lieu de réunion à tous les artistes de Bacchus en lonie. Ils célébroient tous les ans dans cette ville des jeux en l'honneur de Bacchus. Ils habitoient autrefois Téos, mais ils furent forcés par une sédition de se réfugier à Ephèse; ils allèrent de là à Myonnése, et ensuite à Lébédos, dont les habitans les recurent d'autant

) Constant., 4nc. el fnoder., TL, p. ot, 58.

THÉBAIN. 465 plus volontiers que la population de Lébédos étoit tort affoiblie , Nous avons dés médailles de Lébédos représentant Bacchus debout, avec un thyrse ét un vasé à boife.

Bacchus étoit adoré à Lampsaque Fu Priape ; à qui cette île étoit, pour atssi dire, consacrée, y étoit honoré comnie fils de Bacchus ét de Vénns : oti en domnoit une raison purement relative à la produetion des plantes et des arbres; Priape étoit le dieu des jardins, Bacchus étoit la É productive des fruits et des plantes, il donnoit et conservoit les arbres.

Nous avons déjà parlé du .culte que Priapérum È ville de Hellespont, rendoit à Priape et à Bacchus. Nous avons des médailles de cette ville, où Bacchus est représenté debout avec une ceinture, le thyrse et le cantharus , et au revers Priape. Sur d’autres monumens lon voit des bacchantes évoquant Bacchus: la statue du dieu de Lampsaque se voit souvent prés de l’autel du dieu du vin, où se font ces évocations : $ et comme Priape et Ha ddhr « avoient à peu près le même culte, on y voit des cotyles > des cuves, et d’autres attributs de Bacchus. Les ministres de Bac chus étoient admis dans les fêtes de Priape; quant à Vénus , lors même que les mytholog oues ne fxisoient pas Hide son amant où son époux , ils disoiént que ce dieu se plaisoit beaucoup avec elle. Ceite

® Strab. , lib. XIV, p. 943.— % Athen. > Bb. I, cap, 23, —— Pausan. , lib. TX, cap. 32.—Diod. Sic,, lib, IV, cap. 6. Tome IIL 30

466 BACCHUS déesse lui avoit fait présent d’un cratére d’or, ouvrage de Vulcain “lon sacrifioit à Vénus et à Bacchus en commun. Apulée ® nomme Bacchus V'eneris armiger. Orphée © appelle Vénus Paredre de Bacchus, Bérxyow mépedpe. Anacréon en fait l'amant de Vénus et le père des Grâces. ©

Bacchus avoit à Myunte un temple de marbre blanc; c’est le seul beau monument que l’on remarquât dans cette ville. ® | |

Bacchus étoit honoré à Smyrne. On y célébroit les Dionysiaques, comme on le voit dans Aristide et dans Philostrate. © |

C’est en célébrant la fête de ce dieu que Les Eoliens perdirent Smyrne. Hérodote raconte que des Golophoniens ayant eu du désavantage dans une sédition, avoient été obligés de s’expatrier. Les habitans de Smyrne leur donnèrent un asile : ces fugitifs ayant observé que les Smyrnéens célébroient hors de leur ville une fête en l’honneur de Bacchus, en fermèrent les portes, et s’en emparèrent ?. Smyrne et Cnide produisoient de tres bon vin, et en abon-

@ Non., Dion., lib. XIX, ve 118, 119; 192. — © Apul., Met. , lib.l1, p. 46.— @ Orph., Hymn. LIV, v.7.—= «w Anacr., Od. XL1. = © Pausamias, lib. VII, cap. 2.

@ Jocant enim te primo vere Cum aguniur Dionysia, dit Aristide : Pompa fertur mense anthesterione , sublimis triremis, in

forum, quam dirigit Liberi patri sacerdos ut gubernator, dit Philostrate.

() Hérod., hb. I, cap. 151

| THÉBAIN. 467 dance ®. À Cnide il y avoit deux belles statues de Bacchus; l’une de Bryaxis et l’autre de Scopas. ®

On voit sur quelques médailles de Smyrne, Diane, c’est-a-dire la lune avec son croissant, au milieu d’Hercule et de Bacchus , avec leurs attributs. Plusieurs autres médailles de Smyrne représentent Bacchus debout avec un thyrse et un cantharus.

Les habitans de Perperme, ville de l EÉolide, adoroient Bacchus, comme le prouvent leurs médailles où l’on voit ce dieu avec une ceinture, le thyrse et le cantharus, et un tigre à ses pieds.

Bacchus étoit aussi adoré à Apollonie de l’Ionie, où il avoit un temple, dans lequel il étoit représenté avec le thyrse et le cantharus.

Adramytium dans la Mysie étoit aussi une colonie d'Athènes où Bacchus étoit adoré : € ’étoit Bacchus Tacchus, comme le dit textuellement Arrien. ®

Il étoit aussi adoré à Milet, colonie d’Athènes ; ses fêtes y étoient célébrées avec une grande solennité. Dans la 4e année de la 93e olympiade, quelques habitans soutenus par Lysandre et par les Lacédémoniens, qui aspiroient à l’oligarchie, anéanürent le PIE populaire. Îls saisirent l’occasion des fêtes de Bacchus que l’on. célébroit dans leur ville, pour piller les maisons des principaux citoyens

% Cnidus, Smyrna , aliaque obscuriora loca vino excellunt, sive ad jucumditatem, sive ad usus medicos requiras. ( Strab., lib. XIV, p. 637.) = Plin., Hisé. nat., lib. XXXVI, cap. 1.

® Arrian., de Exped. Alex., p. 88.

468 BACÇCHUS qui s’opposoient à leur ambition ; ils en égorgèrent quarante. ©

Cléarque:, tyran d’'Héraclée, fut tué en allant à un spectacle des fêtes de Bacchus, la 12€ année de son règne, et la 4e de la 106e olympiade. ® Hi

Ce fut aussi pendant la fête des Bacchanales que Mithridate s’'empara de cette ville. Elle se gouvernoit alors par ses propres lois, et elle venoit d’élire pour son premier magistrat un de ses citoyens nommé Lamachus, qui étoit attaché depuis long-temps à Mithridate. Le prince envoya une personne affidée proposer à Lamachus de le recevoir dans la ville avec ses troupes. Lamachus promit de laisser ouverte la nuit une des portes de la ville, pendant le festin pubhic qu'il alloit donner aux habitans, à l’occasion de la fête de Bacchus. Le roi se tint dès le soir em embuscade fort prés d'Héraclée, et aussitôt qu'il entendit le tumulte des Bacchanales, il se saisit de la porte, et fut maître de la ville avant qu’on y eut le moindre soupçon de son arrivée. Le lendemain 1l harangua le peuple en termes pleins de bienveillance , s'excusant de la surprise dont il avoit usé, ur la nécessité des circonstances; il laissa dans la place quatre mille hommes de garnison , et retourna à Sinope ; capitale de ses états @, Mithridate surprit Héraclée en automne.

Nous avons donné les détails de la fête de Bacchus

@ Diod. Sic., lib. XIII, $ 104. = @ Diod. Sic., lb. XVI, 6 36. — @ Zist. Rom. , Sallust., Desbros., T. IT, p: 128.

Fa us

THÉBAIN. 469 à Alexandrie. Nous rappelleronhs seulernent 1c1 que Polybe parle du théâtre de Bacchus dans cette ville, à l’occasion du récit de la chute d’Agathoclés, ministre de Ptolemée Philopator . IL dit qu'au commencemenñt du soulèvement, tout le terrain d’autour du palais et de la place étoit couveft de toutes sortes de gens, et surtout de ceux qui fréquentoient le théàtre de Bacchus. D’après Eusèbe, un des Ptolemées a pris le surnom de Dionysius. Ce fut Ptolemée 4° du nom : singulière manie qu’eurent les princes grecs d'Egypte et d'Asie, et dans la suite les empereurs romains, de prendre le nom de Bacchus, et de se faire rendre les honneurs dus à ce dieu. Nous avons déjà vu ceux rendus à Ptolemée Soter, à Antigone, à Démétrius Poliorcète, à Antoine, à Néron et à Caligula. Lorsque Mithridate eut fait égorger en unë nuit cent mille Romains dans l’Asie, ses partisans publièrent que Bacchus étoit descendu du ciel, et qu’il s’'étoit manifesté dans la personne du roi de Pont. Aussitôt on éleva de toutes parts des temples et des autels. Les collèges de prêtres firent couler le sang des victimes en l'honneur de Bacchus; le princé prit le nom de Dionysius. La défaite et la mort de Mithridate anéantirent les honneurs ét le dieu. Lorsqu'Antoine se donnoit pour le nouveau Bacchus où Osiris, Cléopâtre paroissoit en public avec la robe d'Isis. Antiochus Epiphanes est représenté sur les monnaies de Gaza avec une couronne de lierre. Je

& Polyb., bib. XV, cap. 5.

pourrois citer une foule de princes grecs qui ont montré cette folie; elle peut avoir eu deux causes. Bacchus étoit le bienfaiteur de l'humanité, et ces princes vouloïent qu’on les reconnût comme les pères, les bienfaiteurs, 12s conservateurs de leur pays, quoiqu'ils en fussent les fléaux. 2°. La florissante jeunesse de Bacchus, ses guerres, ses triomphes éclatans, ses exploits, ses longs voyages, les plaisirs, la joie, le bonheur qui l’accompagnoient partout, flattoient leur orgueil, lorsqu'on leur en faisoit l'application.

Les Grecs avoienteu plusieurs colonies en Italie ® : Tarente avoit été fondée par les Lacédémoniens , Ils avoient également fondé Crotone et Locres, sur le promontoire Zéphyrium ®. Les Tyrrhéniens habitérent long-temps avec les Lacédémoniens le mont Taygète, et les environs de Ténare; ils habitérent même Athènes, suivant Thucydide ® ; ils demeurérent aussi à Lemnos, ainsi qu’à Imbros © où les cérémonies Cabiriques étoient en grand honneur. 11 est hors de doute que les Tyrrhéniens apprirent pendant leur séjour dans la Grèce, les religions des Egypüens et des. Phrygiens qu'ils importèrent en Italie, comme le firent les colonies grecques ellesmêmes. Les Tyrrhéniens surtout durent les faire connoître à ceux de leurs compatriotes qui habitoientles bords du golfe Ionien : c’est de la que les Bacchanales,

% Firmicus, de Errore prof. relig. = % Strab., lib. VI. — Hesych. , v. Turas.— ® Pausan., Lacon. = Thucyd., lib. TV. — ® Théoph., ibid.—Plut. , Quest. Græc, XXI.—De Virt. mulier., cap. 8.

Fr co li

THÉBAINI, 471 les Dionysiaques, et toutes les fêtes de ce genre, quelque soit leur nom, passérent chez les Eiraques Campaniens, de qui os Romains empruntérent tous leurs rites et toutes leurs cérémonies religieuses. S. Clément d'Alexandrie a donc eu raison de dire que c’étoient les Gorybantes qui avoient été la source d’ou ce culteétoit passé en Ltalie Ÿ. Néanmoins c’est en ltalie et a Rome surtout qu ’est soigneusement marquée la différence des Dionysiaques et des Bacchanales. Les premières furent toujours en trés grande vénération, tandis que les Bacchanales excitérent la sévérité du sénat, et furent proscrites par un décret rendu l'an 567 de la fondation de Rome, 186 ans avant Jésus- Christ. Depuis long-temps elles avoient été apportées en Etrurie par un Grec tellement obscur, que Lite- Live lui-même ignoroit son nom: c’est de cetterégion qu’elles passèrent à Rome, mais elles n’avoient jamais été introduites dans le culte public, tandis que les Dionysiaques en faisoïent partie, et qu’elles en étoient la partie la plus brillante, comme on en peut juger par le récit de Denys d’Halicarnasse, dont nous allons présenter ce qui. est relatif-au culte de Bacchus. La procession étoit composée des principaux magistrats de Rome, qui partoient € du capitole; ils étoient précédés par toute la Jeunésse, les fils des

chevaliers à cheval, et les autres à pied, tous marchant en ordre. Après eux venoïent ceux qui conduisoient les chars à deux et à quatre chevaux, et

GS, Clem, Alex. , ir Protrep., p. 16.

ceux qui montoient lesichevaux de selle, et que les Grecs appeloient célètes: Cette troupe étoit suivie des athlètes , après lesquels marchoient les chœurs divisés en trois; le prérñier des hommes faits, le second des jeunes gens, et le troisième des enfans , suivis des joueurs de flûte et autres instrumens. Chaque chœur étoitiprécédé par un homme chargé de mener et de régler la danse qui étoit toute guerriere. Après ces danseurs et musiciens marchoient des chœurs de satyres, qui dansoient une danse à peu prés semblable à celle que les Grecs appeloient sicinnis. Geux qui représentoient les Silènes étoient vêtus de tuniques de peau, et portoïent des chapeaux de fleurs ; ceux qui figuroient les Satyres avoient des peaux de bouc, et de grandes aïgrettes de crin sur la tête. Cette troupe deSatyres contrefaisoit les mouvemens des danseurs et les tournoit en ridicule. Gette bande étoit suivie d’une nouvelle troupe de joueurs de flûte et d’autres instrumens. Aprés les sacrifices on ouvroit la lice pour la course des chars, le combat des athlètes et les jeux scéniques, an milieu desquels on couronnoit les bienfaiteurs de Rome, et l’on étaloit les dépouilles prises à la guerre. Les comédiens , à Rome , comme en Grèce, étoient consacrés à Bacchus. La divinité que les Romains appeloient la Bonne Déesse, étoit la mère de Bacchus. La plupart des faitsmythologiques que nous avons présentés dans cet ouvrage, avoient passé à Rome. Outre les grands jeux et les Ziberalia , les Romains

avoient deux espèces de Vinalia, les unes appelées Priora, qui se célébroient le neuvième des kalendes de mars ; elles avoient été inslituées pour la dégustation du vin nouveau : les autres, appelées Posteriora, se célébroient en automne ©. Mais nous ne devons entrer dans aucun détail sur le culte de Bacchus à Rome, et nous terminerons là notre travail.

(% Plin,, Festus ir Vinalia et calpar.

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