DEUXIÈME PARTIE.—PREMIÈRE SECTION
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La divination étoit un des principaux fondemens de la religion des Anciens : aussi le père de Cyrus lui conseilloit-il de se faire instruire dans l’art des augures, pour ne pas faire dépendre ses opérations de la bonne ou de la mauvaise volonté d’un prêtre soudoyé 4. Anaxagore, le premier chez les Grecs, fit servir la philosophie à combattre ces superstitions et à détruire l'autorité des devins. Il chercha à atteindre ce but en opposant l’étude de la nature au vain effroi que causoient les phénomènes dont le peuple ignoroit la cause. Cependant , comme parmi les préjugés des Anciens, il n’y en avoit peut-être pas de plus propre à porter à l’héroïsme que celui qui supposoit une communication des dieux avec les hommes, et comme ce préjugé admettoit une sorte de divination qui s’exerçoit par le moyen des songes et des inspirations , Anaxagore, admirateur d'Homère et marchant sur les traces de Pythagore , laïssa subsister cette ancienne divination ©. D’autres philosophes nièrent toutes sortes de divinations, maïs ils ne surent pas se tenir dans de justes bornes, et ils attaquèrent le dogme de limmortalité de l'ame; ce reproclre doit être adressé surtout à Xénophane. Démocrite, quoiqu'il fût un des plus grands partisans de la secte pythagoricienne, enseigna que les. songes m'avoient rien de divin. Ainsi, du temps d'Hérodote, les devins qui s’étoient multipliés et qui jouissoient d’une considération - qu'ils n’avoient pas eue même dans les premiers siècles, étoient * combattus par les philosophes, dont les uns renversoient
® Xénoph., Cyrop. = ® Plut., de Placit. philos., Lib. V. — 5) Bibl. des philosoph. — Dacier , Vie de Pythag., T. 1, p. 178.
47 G NOTES. | toute divination, tandis que les autres la réduisoient à la simplicilé antique.
Les oracles proprement dits qu’il faut distinguer des présages et des autres espèces de divinations , sont beaucoup moins anciens que celles-ci, ils n’étoient pas connus, où du moins ils n’étoient pas accrédités dans les siècles héroïques. Si des oracles eussent subsisté, Calchas, Nestor, Ulysse, n’auroïient pas manqué de les invoquer ou de les rappeler à la mémoire des Grecs , pour ranimer leur courage dans les situations désespérées où ils se sont trouvés. Les oracles concernant Jphigénie et Philoctète sont d’une invention postérieure. Les inspirations, les songes et les présages, étoient les moyens dont les dieux alors étoient réputés se servir pour annoncer leurs volontés aux hommes ; les inspirations n’étoient point un art comme les autres sortes de divinations ; Minerve, sous la figure de Mentès , annonce à Télémaque que son père reviendra bientôt : Je ne suis point instruit, dit Mentès, dans Part des divinations , mais les dieux m'ont inspiré ce que je vais vous dire.
Il y a deux sortes de divination, dit Cicéron, l’une naturelle et l’autre artificielle : la première est fondée sur les songes et les inspirations, c’est celle qui étoit particulièrement
en usage dans la haute antiquité; la seconde consiste dans la connoissance des prodiges, des entraïlles des animaux et des augures. :
On lit dans Pliade : Quare age, vatem aliquem consulamus, vel sacerdotem , vel conjectorem. Lie poète appelle conjectorem ovetsorckey, celui qui est versé dans la connoissance des songes et qui prédit l'avenir d’après ces mêmes songes qu’il interprète. Îl appelle sacerdotem, tsoëx, celui qui connoît la science des augures et qui prédit l’avenir à la vue des entrailles des animaux offerts en sacrifice , tel fut Tirésias; et 1l appelle vatem celui qui embrassoit en général la science de
Q Odyss., hib.1, y. 200.