‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 35 sur 41 · HUM · texte numérisé non relu

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la divination, le devin par excellence, tandis que les mots ôverporéos, conjector, et ispsès, sacerdos, ne désignoient que les deux parties de la science du devin ® ; c’est dans ce sens que Virgile appelle Orphée :

Sacerdos nec non threicius longa cum veste sacerdos.

Tels furent les honneurs et le crédit dont jouissoient les devins , qu’on en vint même jusqu’à juger dignes du trône ces hommes qui transmettoient les ordres et les exhortations

célestes, non-seulement pendant leur vie, mais même après

leur mort, par exemple Mélampus. © À Athènes, les devins étoient entretenus dans le Prytanée ©,

. Ceux de l’Elide étoient les plus anciens et les plus renommés:

Ils étendoient souvent leur ministère au-delà de la divination: ils dirigeoient les consciences, on les consultoit pour savoir si certaines actions étoient conformes ou non à la justice divine. *

Quant aux oracles, ils eurent dans les temps postérieurs au siècles héroïques un tel crédit dans la Grèce, qu’on ne pouvoit faire aucune entreprise importante sans les consulter. Cependant à l’époque mème d'Hérodote, et aux époques qui suivirent, les philosophes, les historiens et les orateurs , ne craignirent pas de dévoiler toutes les fourberies des oracles. Thucydide népargna pas la pythie de Delphes; Démosthène disoit qu’elle philippisoit. C’est ainsi que se préparoit le discrédit général où tombèrent les oracles, après avoir long-temps réglé les destins des empires.

L'art de la divination et particulièrement les oracles, faisoient partie du culte qui a été apporté de l'Egypte dans la Grèce, et l’on remarque le plus grand rapport entre la manière de rendre les oracles à Thèbes en Egypte, et la manière dont ils se rendoient à Dodone en Grèce. Les Pelasses avoient érigé en divinités les chènes de leurs pays; on ne peut croire qu’un

@ Eustath., ir Iliad. , Gb. 1, p. 101. — ® Strab., lib. XVE,

p. 762. = ® Aristoph., i7 Pace, v. 1084.—Schol, Ibid. = () Plat., in Eutyphr.

“arbre est une divinité, sans lui attribuer un pouvoir au-dessus de la nature humaine; on doit donc, à ce qu'il semble, ètre bientôt porté à le consulter sur les points dont la connoïssance est au-dessus des facultés de l’homme, mais le pas qui paroït très facile pour l’ériger en oracle, n’est pas dans la nature de Vapathique sauvage, qui ne voit rien au-delà de ses besoins : aussi les oracles proprement dits , ne furent-ils en crédit dans la Grèce, que lorsque les cultes de l'Egypte y eurent été êtablis, et l’oracle de Dodone, le plus ancien de tous, y fut apporté de l'Egypte, comme le prouve la tradition qui nous a été transmise par Hérodote.

(b) Pag. 5.

Le nom d'Orphée se rattache à tous les ve) ; ce fut lui qui le premier enseigna l'astrologie, dit Lucien Ÿ , qui introduisit le culte de Bacchus dans la Grèce, qui établit à à Thèbes les orgies et les cérémonies orphiques , qui fonda la théologie

payenne, les expiations , les initiations , qui fit connoïître le

système de la génération universelle, et la force repro- ductive de la nature, à qui on attribue la fable des enfers, l’enlèvement de Proserpine, les courses de Cérès, la fable des Géans, les travaux d'Hercule, les rites des Cabires et des Corybantes, les oracles, le culte de Vénus et de Minerve, les lustrations et les divinations. C’est sous ce rapport que chaque peuple de la Grèce a célébré l’époque de sa civilisation, qu'il attribuoit à Orphée. C'est lui qui les a arrachés à l'état sauvage où ils vivoient, sans lois, sans asiles, à la manicre des bêtes sauvages, et qui les a amenés à un genre de vie plus doux, par la persuasion et par Le charme de ses discours, qui les a réunis dans un même lieu, leur a appris à fonder des villes, à obéir à des lois, leur a fait connoître le nœud du mariage, leur enseigna les arts de la civilisation.

() Herodot., lib. IL, cap. 55.= ® Lucian. , in Dialog. de Astrolog.

Tous ces bienfaits ont été attribués aux anciens poètes théologiens, et particulièrement à Orphée.

(c) Pag. 5.

Si Orphée n’a pas été le premier instituteur des mystères, il est du moins reconnu qu’un personnage de ce nom a introduit dans les mystères ou la religion des Grecs, les expiations et toute la partie mystique appelée le catharmos. Orphée est regardé comme le fondateur de toutes les pratiques religieuses, qui avoient pour but de contenir les hommes par la crainte de la divinité. Avant ce temps un meurtre, même involontaire , étoit la cause d’une infinité d’autres, parce que la vengeance ne trouvoit plus à s'arrêter, les lois ayant peu d’empire; aussi Diodore de Sicile ne dit-il pas qu'Orphée fut l’inventeur des mystères, il dit seulement que s'étant appliqué à l'étude des religions , et y ayant fait des progrès , il alia en Egypte où il acheva de se rendre profond dans cette science , de telle sorte qu'il fut le premier des Grecs dans la connoiïssance des sacrés mystères. Diodore de Sicile ajoute q'Orphée a rapporté de-son voyage les mystères, les orgies et toute la fable des enfers. ©

(d) Pag. 9.

L’hérédité dans les fonctions sacerdotales étoit une coutume égyptienne. La première caste de l'Egypte étoit composée de familles sacerdotales qui, à Pexclusion de toutes les autres, s’occupoient des fonctions du culte. Afin d’inspirer plus de respect pour les ministres de la religion, les Egyptiens consacrèrent certaines familles par une inauguration particulière, et c’est à elles seules que les dieux sembloient avoir confié le soin de leurs autels. Le législateur des Juifs consacra la tribu

{) Diod. Sic., lib. IV.

de Lévi au ministère sacré. Chez les Grecs, à quelque titre que fût établi dans une famille la succession au sacerdoce, cette prérogative en supposoit l'illustration très ancienne. Thésée qu’on peut regarder comme le fondateur d'Athènes, avoit distingué différens ordres de citoyens, ce fut toujours du premier de ces ordres que dans la suite on tira les prêtres et les magistrats . Lorsque les Athéniens donnoient à quelques étrangers le droit de bourgeoisie, ïls exceptoient les sacerdoces héréditaires © : cette exception eut lieu même pour les habi= tans de Platée. Les races sacerdotales aïmoïent à s'unir entre elles; on voit dans la vie de lorateur Lycurgue, Pexemple d’une double alliance entre les Eumolpides et les Etéobutades, prêtres héréditaires de Minerve et de Neptune, comme issus de Butès, ancien prince royal, et le premier pontife qu’ait éw le temple consacré dans la citadelle à ces deux divinités. Aiusi deux sacerdoces différens se trouvoient quelquefois réunis dans la mème personne. [l paroît que les descendans par femmes élorent admis aux sacerdoces attachés à certaines familles , comme ceux de la ligne masculine. Dans certains cas ces dignités étoient la dot qu’une fille recevoit de son pèré, et qu’elle transmetioil en propre à som mari.

Le tribunal des Eumolpides formoit ce qu’on appeloit le sénat sacré , lequel s’assembloit à Eleusis ;, cependant on sait que le sénat et le peuple prononcèrent la condamnation de divers coupables d’impiété , le tribunal des Eumolpides ne jugeoit done qu’en première instance, ou bien 1l se bornoït à des recherches et à des accusations : ce fut l’hiérophante qui parka contre Andecide dans là grande affaire d’Alcibiade et de sés complices , ce furent aussi les Eumolpides qui voulurent s'opposer au retour de ce général.

Des quatre épimélètes, un devoit être nécessairement de la famille des Eumolpides , l’autre de celle des Ceryces , et les

(D) Plut., Pit. Thes. — ® Suidas, v. Eircauidas = (5) Plut., Vit. Alcib.—Thucyd., bib. VII.

Star autres choisis par le PRE parmi tous les citoyens d'Athènes. ©

(e) Pag. 9.

Les Anciens ont reconnu plusieurs Eumolpes ® : Apollodore © en fait un, fils de Neptune et de Chioné; il le fait vivre du temps d'Hercule , qui s’adressa à lui pour se faire initier dans les mystères d'Eleusis ®. Ister, cité par le scholiaste de Sophocle , attribuoit l’institution des mystères à un Eumolpe , fils de Deiopé, fille de Triptolème , et différent d’'Eumolpe de Thrace. Suivant Hésychius ®, les Grecs donnèrent le nom d’'Eumolpe à divers philosophes thraces , qui les charmèrent par la mélodie des hymnes où leur doctrine étoit exposée. Cet Eurnolpe , dit Strabon , qui tient sa dénomination de son talent ... : 1e nom d'Eumolpe signifie, qui chante bien. D’autres font d’Eumolpe un berger qui habitoit Eleusis, lorsque Cérès y arriva. Îl en est d'Eumolpe comme d’Orphée et d’autres personnages de ce genre: il seroit très difficile d’éclaircir son histoire, |

(f) Pag. 10

L'abus des preuves négatives a été funeste aux progrès de la critique; ce n’est pas qu'il faille les rejeter entièrement, . , e mais elles ne peuvent être admises comme preuves, que lors-

que des écrivains contemporains , ou du moins ceux qui, par.

leur position ou par l’époque où ils ont vécu, doivent faire | autorité , ont gardé le silence sur un fait ou sur un usage dont . ils avoient occasion de parler , et dont ils auroient récessaire-ment ou vraisemblablement rappelé le souvenir s’il eût existé.

O Harpocrat.—Suidas.— Demosth. , 27 Midiam.— ® Schol. Soph., OEdip. Colon., v. 1051.—%) Apoll., lib. ILE, cap. 15, $ 4.— (9 Jbid., lib.IL, cap. 5, $ 12. — ® Hesych., i7 Eumolp.— © Strab., lib. X, p. 471.

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