Tome II
ND
prenoit lEtolie, PAcarnanie , la Thesprotie et une parie de VEpire. Les petites inondations de la Grèce ont probablement donné lieu à la fable du déluge d’Ogysès et de celui de Deucalion. La chronique de Paros place le règne de Deucalion à l’année 1574 avant J. C. et le déluge en 1529, la chronique de Thrasyle en 1524, Eusèbe en 1730 et Cedrenus en 1948, 248 ans après Oerbé. Le nom d’Ogygès donné à ville de Thèbes et à une de ses portes, ville que Varron dit avoir été bâtie par Ogygès, ne permet pas de placer ailleurs que dans la Béotie le déluge qui porte son nom, déluge qu’on attribue au débordement du lac Copaïs, comme on attribue le déluge de Deucalion à l’inondation de la plaine o où coule le Pénée. 4
Du reste les Grecs n’ont eu que très tard l'idée dub déluge universel ; Platon contribua plus que personne à accréditer l'opinion d’un déluge qui lui étoit nécessaire pour donner quelqu’apparence de vérité à sa fable de l’île Altantique qu’on doit ne regarder que comme une opinion philosophique ©. Aristophane chercha à lier la tradition d’un déluge avec son système des Météores , d’où il faut conclure que cette tradition commençoit à prendre quelque crédit dans la Grèce à cette époque. Du reste Bérose est le seul auteur profane qui ait parlé d’un déluge véritablement universel : il compte dix générations entre le premier homme et le déluge , il marque la durée de ces générations en sares ou périodes de deux cent vingt-trois mois lunaires, c’est le cycle de Méton de dix-neuf ans et demi. L’histoive de Bérose fit donner de l'extension et contribua à embellir la tradition grecque des déluges d'Ogygès et de Deucalion. Néanmoiris les Grecs, même après Alexandre, eurent beaucoup de peine à s’accommoder de l’idée d’un déluge universel, et Apollodore qui écrivoit dans le commencement dn deuxième siècle avant l’ère chrétienne ne suppose pas l’u-
@ Fréret, Tom. XVI. p. 275. — ® Acad. des Inscr., T. XXXI, P- 132. |
PREMIÈRE SÉCTION. 4.99
niversalité du déluge quoiqu'il emprunte la circonstance de Varche de Bérose ®. Plutarque et Lucien sont les premiers qui aient ajouté en parlant du déluge de Deucalion, la circonstance des oiseaux à celle de Parche ® ; ils avoient pris ces détails dans Bérose et ses copistes : car il ne paroît pas qu’ils aient connu ni la religion ni l’histoire des Juifs.
(u) Pag. 174.
Avant Stésichore les chœurs , en dansant, tournoient autour de la statue du dieu, prenant leur marche par la droite, ce qui s’appeloit strophe ; et revenant par la gauche à l’endroit d'où ils étoient partis, ce‘qu'on nommoit'antistrophe, pour en repartir sur le champ sans s’y arrêter , et pour commencer un second tour ®; mais Sthésichore termina chacune de ces révolutions par une pause assez longue, pendant laquelle le chœur , tourné vers la statue du dieu, chantoit un troisième couplet du cantique ou dé lode, ce qu'il faisoit quelquefois: debout, quelquefois assis, on le nomma épode; c’est précisément catté pause ou station du chœur que désigne le mot stésichore ®, et ce fut le changement que ce poète introduisit dans les chœurs de musique et de danse qui lui valut son nom: il
s’appela d’abord Tisias , TL paroit que Stésichore introduisit la cithare dans les chœurs.
Dès le temps d’Aristote ® , les poètes dramatiques s’étoient mis dans l'usage de ne plus composer de chœurs exprès pour leurs pièces, mais de prendre çà et là divers morceaux de poésie, et de les insérer comme autant d’intermèdes qui wavoient pas plus de rapport avec la pièce que l’on jouoit
® Apollod. , Biblioth., lib., I, cap. 7.— ® Lucian. , de Dea Syria. —Plutarc., de Solertié animalium.— % Mar. Victor., Grammaticæ latinæ auctores antiqui, lib. I!, col. 5o1. — (® Académie des Inscriptions , Tom. X. p. 210.= (6) Suidas, voce Stesichor. — 6) Aristot. , Poët., cap. 18.
qu'avec toute autre. Ce fut Agathon qui le premier introduisif cet usage, et l’on peut accuser Euripide d’une pareille négligence.
Les poëmes dramatiques ayant pris naissance, à Rome comme en Grèce, dans les chants et les danses, restérent toujours unis à la danse et au chant. Ovide écrivoit à un ami : Vous me mandez qu’on danse mes pièces sur le théâtre et qu'on applaudit à mes vers.
La vieille comédie avoit toujours des chœurs, elle n’étoit port partagée en cinq actes, seulement action étoit entrecoupée de temps en temps par le chœur. Il y en avoit de grands composés de plusieurs parties, qui toutes avoient leurs noms particuliers et étoient faites sur le modèle des chœurs des tragédies : les chœurs composés de plusieurs parties étoient de vrais entr'actes ; les autres étoient de petits repos entre les scènes , -et même au milieu des récits, pour donner aux acteurs le temps de respirer. Le retranchement des chœurs de musique fut un de ceux ordonnés par les lois chez les Grecs, pour la comédie Fiovane , parce que, dit Platonius, les Athéniens ne rusérent plus à propos de choisir des particuliers pour fournir à la dépense. Le chœur ne chanta plus de morceaux satyriques ; il s’entretint seulement avec les acteurs , et continua simplement de prendre part à l’action. Les comédies latines n’avoient pas de chœurs ; pour y suppléer et parce que le peuple étoit accoutumé à la danse et au chant, chaque pièce de théâtre eut sa musique particulière. Gi
On attribue à Ménandre la suppression des chœurs ‘4 le tragédie chez les Grecs. ?
(#) Pag. 180.
J LE D È no Il nous reste un monument célèbre de ce genre de prix accordé aux vainqueurs des jeux bacchiques, c’est la lanterne
() Academ. des Inscript., T. XI, p. 305. — ® Academ. des Inscript, , Tom. XXI, 149, 216. — (G) Donat.
PREMIÈRE SECTION. 901 de Démosthène, +0 oxväoe rod Asmoadéveoc , si improprement appelée de ce nom, d’après le préjugé qu’on a encore actuellement dans la Grèce, que ce monument. fut construit par ce célèbre orateur, et consacré par lui à la retraite et à l'étude. Spon et Weler ont décrit cet édifice Ÿ, ïls ont les premiers remarqué linscription gravée sur la frise, et ils en ont conclu
‘naturellement que le monument avoit pour objet de consacrer Ja mémoire d’un triomphe obtenu dans des solennités publiques. Stuart et Revett ont fait connoître d’une manière plus précise la destination de ce monument ©. Ils ont remarqué d’abord qu'il portoit originairement à son sommet un trépied, prix des vainqueurs dans les jeux publics. Ils ont reconnu en même temps que le bas-relief de la frise représente une des aventures de Bacchus; ce monument, de la plus belle exécution, est situê vers l'extrémité orientale de l’Acropole. Chacun des trois panneaux encore existans présentent deux tré pieds à anses, sculptés en bas-reliefs, probablement de l’espèce de ceux qu'Homère et Hésiode désignent sous le nom de Tperodes ormévres. Sur l’architrave qui, avec la frise de la colonne circulaire, est d’un seul bloc de marbre, on a gravé inscription suivante :
AYSIKPATHE AYSIOEIAOY KIKYNEYS EXOPHTEI AKAMANTIZ IAIAON ENIKA @LQON HYAEI AYZIAAHE AGHNAIÏIOZ EAIAAËSKE EYAINLTOZ HPXE.
« Lysicrates de Cycine, fils de Lysithides, avoit fait la dépense du chœur. La tribu Acamantide avoit remporté le prix par le chœur des jeunes gens; Théon étoit. le joueur de flûte , Lysiade, Athénien, étoit le poète, Evænète l’archonte. »
Il paroît , d’après le nom de l’archonte, que ce monument a été élevé plus de trois cents ans avant l’ère chrétienne, à Pépoque où vivoient Démosthène , Apelle, Lysippe et
G Welher, Voyage, T. U, p. 185. — Spon, Voyage, T. Il, p- 172.= ® Stuart et Revett., Antig. d’Aïhén., Part. TL, chap. 4.
5o2 NOTES.
Alexandre. Le bas-relief de la frise représente l'aventure de Bacchus et des pirates Tyrrhéniens. La figure de Bacchus, celles des fauneset des satyres qui forment son cortège au moment où ilfait connoître sa divinité, le châtiment des pirates, leur terreur et leur métamorphose en dauphins, tout dans cette- composition est de la plus grande élégance. Il ny à donc nul doute que ce monument ne soit un de ces petits temples. que lon consacroit à des divinités, et sur lesquels les vainqueurs plaçoient les trépieds,. prix de leur victoire. U y avoit autrefois à Athènes un grand nombre de monumens de cette espèce : il en existe encore un autre très intéressant au-dessus de l'endroit: où l’on croit que l’'Odéum avoit été construit. L'on trouve dans le rocher de l’Acropole une caverne ou une grotte qui à été convertie en une, église, chrétienne , nommée Notre-Dame-de-la-Grotte. L'entrée de cette grotte est entièrement fermée par ce monument choragique , dont la façade présente trois inscriptions destinées à perpétuer le souvenir des victoires remportées , soit à l'Odéum, soit au théâtre. Une statue mutilée lui sert de couronnement ; elle est l'ouvrage d’un habile artiste. L'inscription suivante est gravée au milieu de l’architrave : 9
@OPASYAAOZ @PASYAAOY AEKEAEEYS ANCOHKEN xoPHron etc.
« Thérasyllus, fils de Thrasyllus de Décéléia, a dédié ce mo- » nument après avoir, en qualité de chorège ; remporté le prix » avec les hommes de latribu Hippotoonthide. Evius, de Chal- » cis, joua de la flûte; Carchidamus, fils de Sots , composa » la pièce; Neæchmus étoit archonte :» cet archontat répond à la première année de la cent-quatorzième olympiade, trois-cent- .“ dix-huit ans avant J.-C.; cette inscription est la plus ancienne des trois. Il est hors de doute qu’elle fut gravée sur le monument à l’époque même de sa construction.
:@ Voyez les Monumens d'Athènes, par Stuart, T. I, p. kr.
Les deux autres inscriptions font mention de prix de même genre, remportés environ cinquante ans après , sous l’'archontat de Pytharatus.
Sur la face supérieure de ce monument on aperçoit , comme dans la lanterne de Démosthène, aux trois angles, des cavités dans lesquelles étoient probablement scellés les pieds du trèpied.
Ainsi les dépenses du chorège ne finissoient pas au moment de sa victoire, il lui restoit encore à faire la dédicace du trépied qu’il avoit obtenu , et à élever les petits temples ou monumeus sur lesquels ce trépied devoit être placé. Ona vu qu'il en avoit coûté cinq mille drachmes à Lysias pour les frais du chœur et ceux de la dédicace du trépied. Andocides fut chorège de a tribu, dans les jeux dithyrambiques, dit Plutarque (aux Dionysiaques ), et ayant obtenu le prix, il fit la dédicace de son trépied dans un lieu élevé, en face du Silène. de Porus.
(x) Pag. 180.
Plutarque raconte que Cimon , fils de Miltiade, ayant trouvé dans l'ile de Scyros le tombeau de Thésée, le fit transporter dans sa galerie, l'orna magnifiquement, et le conduisit à Athènes. Les Athéniens le reçurent avec d'autant plus de plaisir, que l’oracle d'Apollon leur ordonnoit de ramasser les.os de Thésée et de leur rendre les honneurs comme à un héros. Le peuple conserva toujours pour Cimon. de la bienveillance en raison de cette découverte , et sa joie fut telle que , pour conserver la mémoire de cet événement , il établit un combat célèbre de poètes tragiques; car ce fut alors que Sophocle, encore jeune, fit jouer sa première pièce ; l’archonte Apéphsion , voyant parmi les spectateurs de grandes brigues , ne voulut pas tirer au sort les juges qui devoient prononcer sur le mérite des
Q) Plut., Vies des dix Orateurs.
pièces et adjuger le prix. Mais Cimon étant arrivé sur le théâtre avec les autres généraux , et ayant fait ses libations au dieu qui préside à ces jeux , l’archonte ne pernrit pas qu’ils sortissent, il les força à s'asseoir et à être juges; il leur fit prêter serment, car ils étoient dix, un de chaque tribu : ces jeux furent les plus beaux qu’on eût vus, à cause de la dignité des juges, qui donna une merveilleuse émulation aux acteurs. Le prix fut adjugé à Sophocle, ce qui causa un si grand chagrin à Eschyle, qu'il ne put souffrir davantage le séjour d'Athènes et se retira en Sicile. A s’en tenir aux mots de la phrase de ‘Plutarque , .il sembleroit que ces sortes de combats n’aient été établis qu’à cette époque, ét qu’il n’y en avoit jamais eu auparavant. Le peuple d’ Athènes établit, dit Plutarque , mais Îles faits suivans prouvent le contraire. Les brigues dont 1l parle, la coutume qui paroissoit établie de tirer les juges au sort , les fonctions de l’archonte , les innovations qui eurent lieu dans cette occasion, tout annonce que ces combats étoient établis auparavant.
(y) Pag. 191.
Dans toutes les villes Grecques, on célébroit des jeux qui m’étoient pas des ispot dy@vec, des grands jeux sacrés, et dans tous ces jeux le prix étoit un objet qui avoit de la valeur. Il n’y avoit que les quatre grands jeux de la Grèce où la récompense ne fut qu'une simple couronne. Les Grecs des temps postérieurs avoient suivi la coutume de leurs ancêtres des temps héroïques, qui, « Dans les prix qu'ils proposoient, » dit madame Dacicr , n’avoient pas seulement en vue l’ho- » norable, maïs encore l’utile ; une captive pour travailler, un » bœuf pour le labourage. » Aristophane dans les Acharniennes ® dit : « Dexithée concourant pour le prix, alloit » toucher un air béotien éri pocyw, pour un veau. » Le prix
( Aristoph., Acharn., scen. I.
du concours pour ceux qui touchoient de la cithare étoit un veau, et un taureau pour les poésies dithyrambiques.
Les jeux publics étoient peu communs avant le siége de Troie, l'irruption des peuples de la Doride les fit entièrement cesser %, ét peut-être en eut-on perdu la mémoire pour toujours, si Homère ne les eût fait revivre dans ses poëmes. Lycuigue qui connut ces poëmes et qui en sentit le prix, les apporta dans le Péloponnèse; de concert avec Iphitus il établit “en Elide des jeux semblables à ceux que le poète a si magnifiquement décrits, il y invita tout ce qui portoit le nom grec, et par là il jeta le fondement d’une sorte d’union entre des peuples qui étoient auparavant divisés. On a fait remonter létablissement des jeux olympiques et @es autres jeux célèbres de la Grèce à des temps très reculés, mais Homère qui s’est tant occupé de cette matière, ne parle pas de ces jeux, et tout prouve qu’il men a jamais existé avant Xphitus; les jeux dont Homère fait mention sont presque tous des jeux funèbres. Les funérailles de Patrocle surtout sont célèbres par ces jeux dans l’Iliade ©. Îls remontoient chez les Grecs, à la plus haute antiquité, Homère parle des prix obtenus par Euryale dans les jeux donnés à l’occasion des funérailles d'OEdipe roi de Thèbes %, il y en eut de semblables à la mort de Pélops Ÿ , et suivant Homère les Grecs célébrèrent sur le tombeau d'Achille des jeux plus pompeux, qu'ils ne l’avoient fait pour aucun prince ou Héros ®. Les Athéniens célébrèrent des jeux funèbres en lhonneur de Thésée ; les Lacédémoniens en l’honneur de Ménélas , d’'Hé-- Iène, de Lycurgue ; les Eginètes, en l’honneur d’'Eaque ; les Locriens èn l'honneur d'Ajax ; les Thessaliens en l’honneur de Protésilas, et tous ces peuples dont je ne veux pas augmenter la nomenclature, donnoient à chacun de ces jeux le
O Academ. des Inscript., T. IX, p.375. = ® Homer., Iliad., hib. XXIIT, v. 274.— G) Ibid. , v. 680. — ® Dionys. Halicar. , lib. V. = 5 Homer., Odys. XXIV, v. 85.
nom du héros en l’honneur duquel ils étoient célébrés, ainsi les Athéniens appeloient T'heseza les jeux funèbres qu’ils célébroient en l’honneur de Thésée : cet usage fut suivi dans , les temps postérieurs, et on établit des jeux funèbres publics en l'honneur de Miltiade | Lysandre, Brasidas, Timoléon, Pausanias; Aratus et beaucoup d’autres héros obtinrent les mêmes honneurs %. Suivant Pausanias , cet usage passa des Grecs aux Romains. ©
Les jeux publics étoient le principal objet de ie gymnastique des anciens, et c’est à leur institution qu'est dü l’établissement de cet art et de celte profession, aussi l’appeloit-on asonistique. Les Agonothètes étoient les juges et les présidens des jeux, ils distribuoient les prix aux vainqueurs, ils veilloient à l'éducation et aux mœurs des Athletes, et à l’exécution des réglemens pour tout ce qui étoit relatif à ces jeux publics. Un grand nombre de savans ont écrit sur les fonctions de ces magistrats, et particulièrement Vandale, Spanheim et Monnaie À UE à je renvoie le lecteur. Je remarquerai seulement ici, que dans des temps postérieurs, et surtout sous la domination romaine, chaque temple avoit ses agonothètes qui étoient choisis à toutes les célébrations des jeux et qui pouvoient l'être plusieurs fois. ©
» Le quatrième jour qui suit les nones, dit Ovide & on » célèbre en l’honneur de Janus une fête qu’on appelle les » Agonales. Cette fête peut être nommée ainsi de la formule » ordinaire, prononcée par le sacrificateur, au moment où » les vêtemens relevés , il va rougir les couteaux dans le » sang de la victime. Ægirai-je, demande-t-il toujours, et » il n’agit pas sans ordre. » Senèque fait allusion à cet usage dans une de ses controverses , et Suétone dit que Caligula
@ Thucyd., lib, V.—Hérod., lib. VI. cap. 38.—Plut., Vis. Tim. = (® Pausanias, 4rcad.= ® Plut., Sympos., lib. VITE, Quæst IV, —Montfaucon, Supplem.,'T. IE, p. 4.— % Ovid., Fast., lib. E, x. 318. == () Senec., Controv., XI, lib. IT.
s’entrelenoïit ayec ses enfans, lorsque Cherée vint par. derrière et lui abattit la tête à ce mot frappe, comme sil eût immolé une victime sacrée ® : chez les anciens, les victimes s’appeloient Ævyones.
Ovide continue ainsi : « D’autres en ce nom de l’ac- » tion de pousser vers l'autel es animaux destinés aux » sacrifices , ils n’y vont pas d'eux-mêmes et ils ne cèdent ». qu'à la contrainte. Quelques-uns croient que les Ægonales » s’appeloient autrefois Ægnales en retranchant uue lettre. » ( subtilité fausse et ridicule, ce n’étoit pas une Agna quon immoloit, cétoit un Aries. )
» Ne pourroit-on pas, ajoute Ovide, dire aussi que ces », fèles doivent leur nom à la frayeur qui glace la victime, » lorsqu'elle aperçoit dans l’eau l'instrument de sa mort? » Plusieurs enfin veulent que ce jour ait été appelé ainsi » des jeux que célébroit la Grèce dans les premiers âges, et » que l'antique idiôme appeloit Ægoraux, Cette étymologie » me paroit la plus vraisemblable.
La première étymologie a été adoptée par Varron @, Dies Agonales > per quos rex in regia arietem immolat, dicti ab Agone , eo quod nlerrogatur a principe civilatis, et princeps gregis immolatur.
Festus avoit les mêmes idées que Varron sur l’étymologie du mot Agonia. Avonium dies appellabatur quod rex hosdiam imimolabat, hostiam enim antiqui agoniam vocabant. Ab agendo dictas unde agolum pastorale Baculum quo
(4) pecudes aguntur
. Ce grammairien célèbre dit ailleurs :
Agonia. sacrificia quæ fiebant in monte; hinc Romæ mons quirinalis ÆAgonus , et Colina porta agonensis , Agonium locus, 1m quo ludi initio facti sunt ob hoc dictum , quix Juerit sine angulo. Les Grecs appeloient un angle yovia.
Lorsqu'il étoit de mode , il y a quelques années, de tout ex-
(1) Suéton. , Pit. Calig., cap., 58. — ® Meursius, TV, p. 530. = ®) Varr., de Lingua latina, p. 46. = ® Festus, v. Agonalia.
pliquer avec le culte du soleil, on a fait un merveilleux usage de ce passage de Festus. On choisit, disoit-on, pour célébrer les jeux, le sommet des montagnes, parce que la forme de ces lieux présentoit une idée de l’astre auquel on rendoit hommage, et les Grecs considérant tant la forme de ces lieux, que la figure et le cours du soleil, donnèrent aux jeux en général , le nom d’4gon , sans angle; et les fêtes de Janus ne furent appelées Agonales, que parce qu’elles étoient les fètes du soleil , du dieu sans angle , du dieu dont la marche est circulaire , etc.
On reconnoït dans toutes les étymologies du mot Ægon données par les auteurs latins, le désir qu'ont toujours eu les Romains de trouver dans leur langue létymologie de tous les mots ; ils allèrent plus loin, ayant fait dériver le mot Ægonia du verbe agere , ils créèrent le dieu Agonius qui présidoit aux travaux (®, Mais son, &yüv, est une racine grecque qui signifie proprement combats, d’où sont dérivés les mots 4gonia, jeux publics , où on livroit des combats, et les autres mots grecs qui signifient lieu ou emplacement de ces jeux, spectateurs, spectacles publics, courses , luttes, cirque, rassemblement, débat, contestation, procès, poursuite en Justice, plaider, jouer son personnage , chaleur dans la dispute, véhémence, mouvement , action dans un discours , concours pour les prix, dispute, alarme, vive inquiétude, anxiété d'esprit, péril, agonie ou combat contre la mort, chose sacrée, temple, etc. Ainsi toutes les conjectures des auteurs latins sur . Pétymologie de.ce nom sont fausses; les modernes en ont cherché un grand nombre dont la plupart sont encore plus ridicules, nous venons d’en citer un exemple.
(aa) Pag. 191.
Aristote et Ariston le péripatéticien cité par Athénée, disent que les anciens ayant cru éprouver qu’un lien serré autour
G) Festus, voce Agonius.
des tempes, les soulageoït dans les maux de tête produits par l'effet du vin, imaginèrent de se bander la tête lorsqu'ils étoient dans cet état, et que généralement ils choisirent le lierre, parce qu’il soutient une tension assez considérable ; dans des temps bien postérieurs , ils y ajoutèrent quelques ornemens et ils se firent une couronne. ®
Les couronnes étoient d’un grand usage dans la relision, on en ornoit les temples, les autels, les statues des dieux. Mais dans les temps héroïques on n'en offroit qu'aux dieux , et Homère ni Hésiode n’ont jamais connu ni les couronnes des jeux, ni les couronnes de la victoire ni les couronnes des festins. On proposoit pour prix des trépieds, des vases et d’autres choses précieuses ou utiles. Mais lorsqu'on eut trouvé le moyen de mettre à profit l’amour propre des hommes pour les faire concourir plus aisément et à moins de frais au bien de la société dans les combats du corps et de lesprit, et les esprits s’élevant à mesure que les mœurs s’'épurèrent , on ne combattit plus que pour la gloire, et des couronnes furent distribuëes comme seul prix de la victoire. La couronne de lierre appartenoit aux poètes, et particulièrement aux poèles Iyriques. Mais cette couronne n’étoit pas faite de toutes les espèces de lierre; c’étoit le lierre noir, dont la feuille a la couleur du safran qu'on appeloit le lierre Nyséen, Bachique ou Dionyséen. A
Les Thraces et les Juifs avoient pour loi d’être couronnés de lierre dans toutes les cérémonies sacrées. Les Egyptiens préféroïent aussi le lierre pour les couronnes. Les Thraces nonseulement se couronnoient de lierre, mais ils en ornoient leurs boucliers et leurs épées dans leurs cérémonies religieuses.
On ornoit de couronnes les autels, les statues, les temples des dieux , on ornoîft aussi la victime d’une couronne faite de à \ feuilles de l'arbre qui étoit consacré à la divinité à la qu’elle DTE q
(G) Atlien., lib. XV, cap. 4.
on l’immoloit ; le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule, le pin à Pan, le cyprès à Pluton, le lierre à Bacchus et souvent les feuilles de vigne et les rameaux de figuiér; on dit qu'il triompha, avec ces couronnes après Ja défaite de ses ennemis. On couronnoit aussi la poitrine et lon y versoit des parfums, c’est là qu'est le siège du cœur. Tous les arbres qui ne porloient aucun fruit, éloient regardés comme élant d’un mauvais augure ( érfaustæ ) dans les sacrifices, et ils étoient proscrits dans les c'rémonies religieuses. Chez les Perses , nonseulement le sacrificateur et la victime, mais tous ceux qui assistoient aux sacrifices, portoient des couronnes. « Plus on » est paré de fleurs , dit Sapho, plus on est sûr de plaire aux » dieux en offrant un sacrifice , ils se détournent de ceux
» qui n’ont pas de couronnes. ‘” »
(bb) Pag. 191.
Ïl est assez probable, dit Plutarque ®, que ce mot théâtre qui est d’un usage plus récent, et celui de théorein , qui est beaucoup plus ancien, et qui veut dire étre spectateur, ont tiré Vun et l’autre leur origine du mot théos ; qui siguifie Dieu.
Les cérémonies religieuses fournissoient aux peuples les principaux spectacles, avant que les théâtres fussent établis , et ces spectacles m’avoient que la divinité pour objet. Cependant le mot #héan, théatai, qui signifie regarder , élre spectateur , est d’une origine aussi ancienne que #héos, et ces deux termes n’ont rien de commun pour létymologie et la signification. Les savans. disent que les Grecs ont pris leur verbe Se4w, Séw , S4w, des orientaux, en hébreu le mot #Laha » sisnifie regarder, admirer. #
( Athen., Jib. XV, cap. 5.
Le24 pa pe
(ec) Pag. 197.
.… Suidas dit formellement que Pratinas fut le premier qui fit des pièces satyriques. Ce Pratinas commença à paroître vers la soixante-dixième olympiade, peu d'années après la mort de Thespis.
Il falloit, dans ces pièces satyriques, que le poèle se souvint toujours qu’il faisoit une espèce de tragédie, et qu’il évitât de tomber dans de basses railleries. Dans le Cyclope d'Euripide, Silène raille Ulysse en conservant la gravité de la -tragédie. Les Romains imitoient ces drames satyriques dans les pièces qu’ils appeloient 4£ellanes.. La seule différence qu’il Y eût entre les atellanes et les pièces satyriques, c’est que dans celles-ci 1l y avoit des satyres ou autres personnages ridicules, comme Autolycus, Barris, etc., et dans les atellanes il y avoit des acteurs bas et ignobles, comme Maccus : i2 atellana personæ obscenæ ut Maccus.
Les aiellanes, comme les pièces satyriques, recevoient les grands personnages de la tragédie, les dieux comme les x rois et les héros. | é
Les Romains n’imitèrent pas les tétralogies , ils firent seulement sur un même héros une tragédie et une atellane : ainsi on voyoit le même personnage dans ces deux pièces. Voilà pourquoi Horace Ÿ recommande avec tant de soin de faire ensorte que Le héros qu’on a vu vêtu d’or et de pourpre, n’aille pas, dans la deuxième pièce, tenir des discours bas et ram pans. |
(dd) Pag. 198.
Aristote assure positivement que la tragédie tire son origine des Lt etes que l’on chantoit en l'honneur de Bacchus. IL n’y a aucune espèce de poésie plus ancienne que la poésie
@ Horat,, Arf. poet,, v. 228.
5ra NOTES.
dithyrambique. C’étoit une espèce de poëme que l'on stpposoit
avoir été composé dans l'ivresse et les transports qu'inspire le
dieu qu’on y célébroit , il falloit que la fureur bachique sy
fit sentir partout. Les dithyrambes étoient accompagnés de
danses de même genre que les vers; elles étoient vives, tur-
bulentes , elles étoient le plus souvent exécutées en rond, et ceux qui exécutoient cette musique, ressembloient fort à des
furieux , aussi disoit-on , plus fou qu'un poèle dithyrambique. Aristote rapporte © que Philoxène ayant voulu essayer de faire un dithyrambe sur le ton dorien, ne put jamais en venir à bout, et qu’il fut toujours ramené au ton phrygien, qui , comme le plus violent et le plus propre à exciter les passions , étoit le seul convenable à cette espèce de poésie. Héro-
dote et Suidas veulent qu'Arion ait été l'inventeur du dithÿyambe ©; d’autres attribuent l'invention du dithyrambe à Terpandre, qui vivoit vers la trente-cinquième olympiade ; ceux-ci à Lasus d'Hermione G, Suivant le scholiasie de, Pindare , ce poète, dans les chansons qu'il avoit faites “pour être accompagnées de danses , disoit que le dythyrambe avoit été inventé à Naxos, et au premier livre il prétendoit qu'il Pavoit été à Thèbes; mais au vingt-cinquième , vers la treizième olympiade, il pensoit avec Hérodote, que ce genre de poésie avoit été connu pour la première fois à Corinthe. Il est probable que cette espèce de poésie éloit aussi ancienne que le culte de Bacchus, et que l’époque de son origine étoit entièrement inconnue aux Grecs , les poètes qu’ils regardoient
comme les inventeurs de ce genre de poésie, l’avoient seule -
ment perfectionné. On ne peut douter que les premiers dithy-
rambes ne fussent continus, puisqu'on n’avoit inventé m1 les
strophes , m les antistrophes, ni les épodes. Mais après que ces . mesures eurent été inventées, les dithyrambes furent plus
Q) Aristot., de Repub., lib. VITE, cap. 8. — (2) Herodot. lib. I, cap. 23.— ( Clem. Alex., Strom., Ub.I,T.I, p. 355. — (4 Schol. Pindar. , ad olymipic. XIE, v. 25. :
propres que toute autre poésie à les recevoir, tant à cause de la fureur et de l’audace de leur composition , que parce qu’étant chantés par des chœurs , ils s’ajustoient mieux à cette variété de mouvemens et de figures. (?
On donnoït aussi le nom de dithyrambes aux vers de ce genre de poésie, et c’est dans ce sens qu'Horace emploie ce mot : ÿ
Seu per audaces nova dithyrambos Verba devolyit , numerisque fertur Lepe solutis. ?
Philochore , cité par Athénée ® , nous apprend que les Anciens n’employoient pas les dithyrambes dans leurs libations ! mais qu’ils les réservoient pour celles qu’ils faisoient à Bacchus, ayant la tête échauffée par les fumées du vin. Athénée cite ensuite ce passage d’Archiloque : Oui, je sais entonner un brillant dithyrambe en l'honneur de Bacchus , lorsque j'ai le cerveau foudroyé par le vin.
Et cet autre passage d'Epicharme dans son Philoctète :
It n'y a pas de dithyrambe où l’on ne boit que de l’eau.
Le ditlyyrambe qui aime: les cris confus , dit Eschyle , est Jait pour accompagner le cortège de Bacchus.
Le dithyrambe qui étoit écrit en l’honneur de Bacchus , tiroit son nom de ce dieu, qui portoit le nom de Dithyrambus. Euripide ® fait dire à Jupiter : « Entrez , 6 Dithyrambe ! en- » trez dans mon sein; par mes seins , Thèbes célébrera votre » nom. » 3
Celui qui remportoit la victoire au dithyrambe , avoit pour prix un bœuf : Pindare appelle le dithyrambe Poniérne, boves agens ®. On voit dans le Lexique d’Apollonius , qu’une génisse étoit donnée pour prix du dithyrambe. ©
Dacier, Préface sur Horace, p. 34.— ® Horat., lib. IV, Od.I1, Y. 10. = ® Athen., Deipnos., lib. XIV, cap. 6. — (® Euripid., ir Bacch., v.515.= 6) Pindar., Olymp. , Od. XIXE, v. 25. — © Apotlonti Lexicon Homeri, p. 796. Voc. Taÿpos,