Tome III
reste, on remarque dans ce chaos de fables , le mélange de la mythologie grecque avec la mythologie orientale, et on y retrouve encore les idées que nous avons déja «eu occasion de présenter sur le commencement de la civilisation , sur l’établissement de l'agriculture et du culte, et sur les premiers progres des arts. Il est probable que la plupart de ces fables, et surtout la dernière, n’ont été inventées par les Grecs qu'à l’époque où ils allèrént s'établir dans la Gyrénaïque sous la conduite de Battus ; mais la source de ‘la mythologie d’Ammon appartient à l'Egypte, et tous les monumens de l'antiquité prouvent dans cette occasion conime dans toutes les autres ,.que la Libye sa été le pays intermédiaire qui a servi à établir la communication des cultes que l'Egypte inventa et:que la Grèce adopta. Hérodote (: cite une foule d’usages qui cioïent passés de l'Egypte dans la Libye et de là dansla Grèce, et qui sont des preuves in contestables de la communication entre ces trois pays. Il ne laissé aucun doute, suñtout sur Porigme ‘du culte de Jupiter Ammon : «Les Ammonéens, dit-il, » ont un temple avec des rites qu'ils ont empruntés ».ude celui de Jupiter.de Thèbes ; il y a enelfet à ». Thèbes, une statue de Jupiter avec une tête de » .belier ) » Parlant ailleurs % dés statues de Jupiter en Egypte, qui représentent 0e dieu’ avec
® Hérod., lib. IV.— ® 14., lib, IV, cap. 181.— @ Id., bb. 11, cap. 42. F1 L
une tête de belier , 11 dit que cette coutume a passé des Egyptiens aux Ammonéens. « Geux-c1, ajoute- » til, sont en effet une colonie d'Egyptiens et » d’Ethiopiens, et leur langue tient le milieu entre » celle de ces deux peuples. Je crois même qu'ils » s'appellent Ammoniens, parce que les Égyptiens » donnent le nom d’Ammon à Jupiter. Les habi- » tans de Thèbes regardent, par cette raison, les » beliers comme sacrés, et ils ne les immolent point, » excepté le jour de la fête de Jupiter; c’est le seul » jour de l’année où ils en sacrifient un; après quoi » on le dépouille et l’on revêt de sa peau la statue » de ce dieu, tous ceux qui sont autour du temple »se frappent en déplorant la mort du. belier. » Platon fait tenir à peu près le même langage aux prêtres d'Egypte dans son Timée. ©
Ammon étoit le dieu particulier de Thèbes dans l'Egypte supérieure; cette ville, chez les Egyptiens et même dans la Sainte Robe , ayoit recu son nom de sa divinité tutélaire; elle étoit appelée Amun ® ou Amon-No ® ou même No-Amun ®, c’est-à-dire, suivant l’étymologie du mot et son interprétation donnée par Jablonski ®, Pars et possessio Ammonis ®. Les Grecs appeloient aussi cétte
G plat. , Te III, p. 24.= ® Jérém. XLVI , 25. = ® Ezéch., XXX , 19. = Nabhum. IL, 8 — ® Jablonski, Panih. ægypt., Gb. 11, p. 162.= ® Dans les Martyrologes des Coptes, Thèbes est appelée locus Ammonis. — Quadraginta novem. martyres senes in deserls , quos Barbarï trucidarunt ad locum Amun, * id est propter urbem Amun vel. Diospolim.
ville Diospolis , ville de Jupiter, ce qui à été imité par les Septante ( ; Ammon avoit à Thebes un temple magnifique qui, si nous en croyons Artapanus ancien écrivain cité par Eusébe ®, fut construit par Cénéphrès roi de Thèbes, au temps de Moïse, avec du marbre tiré de la montagne voisine, ét dont les ruines excitent encore à présent l'admiration, quoiqu'il ait été détruit par Cambyse.
* La statue du Jupiter de Thèbes ou Ammon étoit revêtue d’une peau de belier; dans le temple même on nourrissoit un belier , vivante image d’Ammon, auquel on rendoit un culte religieux comme à Ammon lui-même ® : lorsque de Thèbes le culte d’'Ammon passa dans la Libye, le simulacre de Jupiter Libyen ne différa en rien de celui de Jupiter de Thébes, c’étoit également un belier, comme nous l’apprend Saint-Athanase. ©
® Un fait remarquable rapporté par Eustathe © et par Diodore de Sicile ©, prouve encore la liaison du
®) Ezech. XXX, 16. — Euseb., Præp. Ev., lib. IX, cap. 27:
G) C'est ce qui a fait dire à Strabon (lib. XVII.) et à S. Clément d'Alexandrie (Prorept., p. 25.), Saitæ ovem colunt et Thebæi. Photius a conservé un fragment du sixième livre de Fato , par Diodore de Tarse , qui a traité du culte des Thébains; on lit ces mots : Quæ genitura ægyptlium compellit, religiose ovem venerari, id est Jovem Ammonem.
GS, Athanas., Orat. adv. Gentes, p. 20. — 6) Eustath. Iliad. À, p.128. — ® Diod. Sic., lib. 11, p: 88.
culte d’Ammon à Thébes et dans la Libye : du grand temple de Jupiter à Thèbes on transportoit, suivant Eustathe , la statue de ce dieu et de plusieurs autres divinités dans l'Ethiopie, d’où l’on passoit dans la Libye où se célébroït une fête qui duroit douze jours. Diodore de Sicile ne parle pas dé la statue d’Ammon, mais du petit temple ou chapelle (vews, sacellum) de ce dieu, que lon transportoit le long du Nil dans la Libye et que l’on rapportoit en Egypte, au bout de quelques jours : ainsi Ammon étoit une divinité commune aux Egyptiens, aux Ethiopiens et aux Lybiens. Cette communauté du culte d’Ammon entre ces trois peuples subsistoit encore du temps de lempereur Théodose le jeune, comme latteste Priscus. ®
Les Grecs avoient fait, suivant leur coutume, de Thèbes en Egypte une fille de Jupiter : Jupiter, disoient-ils, avoit donné en présent à Thébé sa fille deux colombes qui parloient à à voix humaine ; l’une des deux s’envola en Épire dans la forêt de Dodone , où s'étant perchée au faïte d’un grand chêne , elle ordonna d’établir en cet endroit un oracle de J upiter Pélasgique : l’autre colombe vint en Libye où elle se posa sur la tête du belier, donnant un pareil ordre d'établir l’oracle de Tete Ammon % : Hérodote explique cette fable par l'établissement en Libye et à Dodone de deux oracles de Jupiter Ammon, qui avoient été portés de Thèbes
"® Priscus , ir Eclogis legationum, — ® Servius, Æneid. HE: vers 466.
en Egypte dans ces deux contrées ® ; c’étoit des prêtresses qui rendoient ces oracles, on en a fait des colombes, parce que les prêtresses de ce temple s’appeloient Peliades, et que ce mot, dans la langue des Théssalidns, signifie également prophétesse et colombe. ® :
Les nombreux vestiges des lois et des coutumes égypüennes qui ont été observés dans la Libye par Hérodote ® et par les autres écrivains de l’antiquité, confirment les anciennes traditions sur les établissemens égyptiens qui ont été formés, dès les temps les plus reculés chez les peuples ‘de cette contrée. Îl est hors de doute que les pasteurs, au temps de leur domination en Egypte, avoient fondé des établissemens dans la Libye; le culte de Neptune apporté dans la Grèce par la colonie d’Inachus ou de Phoronée l’un de ces pasteurs, étoit originaire de la Libye : or, l’époque de larrivée de cette colonie dans la Grèce, est fixée par Fréret à l’an 1970 , et par Larcher à l’an 1986 avant J.-C. Apollodore dit que dans le partage des états de Belus, | Danaüs obtint la Libye ©. Nonnus ® parle fort au | long du séjour de Cadmus et d’Harmonie dans cette contrée : suivant d'anciennes traditions, Cadmus
® Hérod. , lib. II, cap. 54. — ® Servius, Ecl. IX, 13. — | Quod ideo fingitur , quia, lingu& thessalid, Peliades et columbeæ \ et vaticinatrices vocantur. — % Hérod., Kb. AT, cap. r8. —
® Apollodor., lib. I, cap.1, ÿ 4. = Ô Nonnns Dionys., iib. XII, v. 335. |
DIONYSIUS. . 87 avant que de passer dans la Grèce, avoit formé quelques colonies sur les côtes de l'Afrique, le souvenir de ces colonies subsistoit encore au temps de Proeope et d’Eustbe, dans les lieux même qui en avoient été le théâtre © ; à cette occasion,, Nonnus rapproche les fables grecques sur Bacchus , des fables libyennes et de celles d’Ammon. IL fait entrer les Libyens, et tous les Africains dans l'expédition de Bacchus contre les Indiens; la fable de Bacchus racontée par Diodore de Sicile et par Servius, que nous venons de rapporter, a le même fondement que celle d’Hercule racontée par. Hérodote. Cette dernière appartient aux prêtres égyptiens, et c’est sur elle que les mythologues grecs, et à leur imitation les Romains, ont calqué la première. La statue d’'Eléphantine, décrite par Eusèbe ® qui représentoit les phénomènes naturels de l'Egypte au printemps, est la source où les Grecs ont puisé Pidée de leur fable du belier faisant jaillir la source d’eau ; car le signe du belier annonçoit les crues du Nil, comme ilest, dans les autres climats, le signe de l'humidité quiaccompagne le printemps. Les Arabes avoient aussi adopté ces idées et créé une fable sur ce fondement.
De la Libye le culte de Jupiter passa, comme nous l'avons vu, dans la Crète où les Grecs placent la
® Procop., de Bello Vandal., lib. 1, cap. r0.—EŒEuseb., Chron., p. 11.=® Jablonski, Panth. ægÿpt. , lib. IE, cap. 2, p. 169.— G) Enseb., Præp. Ev., lib. HL, cap. 12. = Ÿ Murtadii , Liber de Mirabilibus Ægypti, pe 22, 23.
naissance de Jupiter ; de cette île , et des autres îles de la mer Egée, il se propagea dans le continent de la Grèce : quoique les Grecs eussent en général substitué leur Jupiter foudroyant à l'Ammon des Égyptiens et des Libyens, on retrouvoit encore ce nom et ces formes dans plusieurs parties de la Grèce, surtout dans la Laconie, en Arcadie et en Elide. Les Lacédémoniens qui avoient un temple d’Ammon à Sparte, paroissoient à Pausanias être ceux qui avoient le plus consulté oracle d’Ammon établi en Libye; les Eléens, dès la plus haute antiquité , avoient eu recours à cet oracle, et dans le temple de ce dieu, en Libye, on conservoit de petits autels et des inscriptions qui rappeloient leurs différentes consultations et les réponses qu'ils avoient reçues ® : aussi ces peuples ne se bornoïent pas au
% Pasiphaé, mère d'Ammon, avoit un temple dans la ville de Thalames en Laconie, et un oracle qui étoit en grande vénération ( Plut., ir Agid. et Cleom. , p. 799 , 807. ). Cicéron parle de cet oracle dans son Traité de la Divination ( lib. I, cap. 96. ). Dans ce temple on trouvoit deux statues , celle de Pasiphaé et celle du soleil : on y trouvoit aussi une fontaine sacrée.
@ Cest pourquoi la Haute-Egypte ou Ja Thébaïde étoit mieux connue des Grecs que la Basse-Egypte, sur laquelle ils n’avoient que des notions fondées sur des rapports très incertains. L’Egypte étoit un pays fermé à tous les étrangers ; on ne leur permettioit pas de débarquer dans ses ports, si ce n’est dans ceux au midi de l’île du Phare, parce que cette côte étoit inhabitée : il n’y avoit qu'un mauvais village nommé Rhacotis, situé dans le heu même où Alexandre fonda sa nouvelle ville. Psamméticus, qui régnoit vers lan 671 avant J.-C, , est le premier roi d'Egypte
culte des divinités grecques, ils sacrifioient aussi aux divinités des Libyens, à Jupiter Ammon, à Junon Ammonienne, et à Paramnon le Cadmille Lybien. |
On retrouve encore dans ce culte le système théologique des Egyptiens, la triade mystique ; Jupiter Ammon, Junon Ammonienne et Paramnon sont les mêmes divinités qu'Osiris , Isis, Horus , ou Bacchus , Cérèset Ilacchus: aussi Diodore de Sicile dit-il qu'Osiris étoit le même dieu qu'Ammon, aussi trouve-t-on ces vers dans l’oracle de Claros :
Dic omnium deorum supremum esse Tao, Quem hieme orcwym dicunt , ineunte autem Vere Jovem.
Suivant Eustathe, le mot Ammon signifie père®, et suivant Hécatée , germe ou dieu caché qui se manifeste au-dehors. Hécatée d’Abdère dit que «les » Égyptiens se servent du mot Æmmon, comme » d’un nom qui est de sa nature appellatif, que ce » peuple qui croit que le premier des dieux est un » dieu caché et inconnu, invoque et le prie de se » découvrir à lui, en lui disant Æmmon ®, » Suivant Manethon, le mot Ammon signifioit secret ,
qui ait ouvert aux Grecs l’entrée de ce pays. Tandis que dès les premiers temps, allant consulter l’oracle de Jupiter Ammon, les Ammonéens , colonie égyptienne , avoient conservé un grand commerce avec ceux de Thèbes, et avoient donné aux Grecs la connoissance de la Thébaïde. (Plut., deIsid. et Osir., p. 354.)
(4 Diod. Sic., lib. I, p. 22.— ® Eustath., ie Dionys. , p. 212. — ® plut,, Traité d’Isis et Osiris.
Yy0 BACCHUS
caché, arcanum occultumque. Jablonski. fait observer au sujet de linterprétation que Manethon donne du mot Æmoun ou que ce prêtre égyptien s’est trompé ou que Plutarque n’a pas saisi le vrai sens de son explication, que ce mot n’exprime pas précisément l’action de se cacher, mais celle de passer des ténebres à la lumiere ; ilajoute que Pimterprétation d’Hécatée est beaucoup plus conforme à la doctrine égyptienne. Suivant Jamblique ® , le nom et la forme du dieu Ammon exprime la force intelligente et organisatrice qui se développe dans la nature , s’unit à la matière , laquelle union a pour résultat l’organisation des êtres ®. Eusébe nous représente le belier de Bacchus s’unissant au soleil pour faciliter l’accouchement de la nature : ainsi le belier passant à l’équinoxe du printemps étoit devenu lPemblême du soleil régénérateur ®. Le belier figuroit aussi dans les mystères de Gérés, dans le sein de laquelle Jupiter jette les testicules d’un belier, pour donner naissance à Proserpine.
Jablonski, Panth. ægypt., Wb. I, cap. 2, p. 180. = @ Jamblic., de Myster., cap. 39.
® Per Amun Ægyptü intellexerunt vim occultam toti naturæ insitam. Heæc igitur illis deus princeps «ac summus , nempe Pan, nomen aliud, sed idem numen. (Vossius, de Physiologia christiana & Theologia Gentili, Wb. VIT, cap.2, T. V, p. 720.)
® Euseb,, Præp. Ev., lib. IV, cap. 9, p. 58. — © Jupiter
Amun est symbolum solis efficientis œquinoctium vernale. (Jabl., Hb, II, cap.2, p. 169.
le P. Kircker ® cite ce passage d Abnephius auteur Arabe : « Les Egyptiens ont divisé le cercle du » zodiaque en douze forts ou constellations , dont » le premier est occupé par le belier ( Aries }. Le » dieu bienfaisant qui y préside est Ammon qui est » chargé de toutes les choses d’ici-bas , telles que » les élémens, les animaux, leurs propriétés, leurs » opérations, etc. » Jupiter Ammon étoit la même divinité que Bacchus, et Osiris son prototype. Dans l'ile de Crète, Jupiter est nourri par Amalthée, comme. Bacchus dans la Libye ; suivant Phurnutus, la corne d’Amalthée étoit remplie des bienfaits de Pan ® et étoit un de ses attributs. Cômme mère de | Bacchus, dans la théologie des Libyens , la statue d’Amalthée étoit surmontée de la vigne, et on pratiquoit dans ses fêtes beaucoup de choses relatives au culte de son fils. Les femmes en célébrant cette fête, couronnoïent leurs tentes de branches de vignes. Comme nourrice de Jupiter , elle devoit donner du lait au dieu enfant; c’est pourquoi le vin porté dans son temple, chez les Romains, devoit s’appeler du lait. Dans les fêtes de la bonne déesse, on permettoit des libations de vin ; mais il falloit l'appeler du lait et couvrir le vase qui contenoit cette liqueur ®. Aïnsi, dit Macrobe, la liqueur avec
G) Kircker, OEdip. Ægypt., T. IL, part. 2,p. 170.
@ Suivant d’autres traditions, Amalthée étoit femme de Pan, dieu de la génération et un des compagnons de Bacchus ( Hyg MDiAL Stand xAi) @ Plut., Quest, rom., T, II, p. 268. — Arnob:, adversus Gentes ; lib. V , p. 168.
liquelle on faisoit des libations, désignoït tout ensemble Bacchus dieu du vin, et sa mère dont le lait nourrit Bacchus et Jupiter. Cétoit du vin réellement et du lait nominativement, c’est-à-dire, sous l’expression mystique; on enveloppoit le vase qui le contenoit pour déguiser sa nature ®.
La chévre, ue les Romains, étoit appelée bonum -numen ® ; le lever de l'étoile de la chèvre Amalthée, donnoit le signal de la célébration des fêtes de la bonne déesse, ou la déesse de la fécondité, dont les mystères , dit Plutarque, avoient de nombreux rapports avec les cérémonies de Bacchus, dans lesquelles le bouc et la chèvre jouoient un grand rôle © . Lesanciens avoient établi de grands rapports entre la constellation de la chèvre Aiualthée et la culture de la vigne; ils lui sacrifioient pour détourner ses ficheuses influences sur les raisins. Sa statue étoit en consé-
® Mâcrob., Saturn 7, lib. 1, cap. 12, v, 219:
® Cette idée du génie bars appliquée à la chèvre , est consacrée dans les monumens des Indiens, comme on peut le voir par un manuscrit de la Bibliothèque royale, où sont dessinés et enluminés des figures qui représentent les incarnations de Vichnou. On voit souvent ce dieu avec une petite . chèvre sur le doigt : il est représenté dans la figure première sous le titre de dieu bienfaisant qui domine surle monde ;il porte sur un deses doigts une petite chèvre. A la table trente-deuxième on voit Isproun, dieu bienfaisant, descendre du ciel pour exterminer le monstre Tiperant qui ravageoit la terre; il tient d'une main la petite chèvre, et de l’autre il perce le monstre
son ennemi. ( Dupuis, QE 4 des culles, T. II, p. 142, 143.) G) Plut., Pit, Cœsar.
quence élevée dans la place publique des Phliasiens, qui lhonoroïent comme mére de Bacchus. ®
La mythologie d’Aristée à qui Jupiter confia l’éducation de Bacchus aprés sa naïssance ® , appartient à la théologie hbyenne. Cet homme, disent les mythologues , recommandable par son génie, sa sagesse, son intégrité et sa haute science , éloit né en Libye ®. Nonnus le présente comme un des principaux chefs de l’armée dans la guerre des Indes où il joue un grand rôle, et où 1l commande les Africains. Dans la Grèce son histoire se rattache à celle de Cadmus , et elle donne une preuve nouvelle de la communication des deux pays et de la liaison de leurs traditions religieuses; étant venu de la Libye dans la Béotie, Aristée épousa Autonoé ® fille de Cadmus de laquelle il eut Actéon si célèbre dans la mythologie grecque. C’est surtout dans l’histoire d’Aristée que l’on voit se développer d’une maniére plus étendue et plus marquée que dans aucune autre peut-être, le système des anciens sur Punion des cultes religieux, de l'établissement de
() Pausan., Corinth., p. 56. es ® Suivant les traditions libyennes, Ammon, pour éviter la jalousie de Rhéa, fit élever secrètement Bacchus, par Nyse fille d’Aristée, dans un antre près de la villede Nyse. Apollonius de Rhodes donne aussi pour nourrice à Bacchus la fille d’Aristée, mais 1l la nomme Macris, et il dit qu’elle l’alaita et l’éleva dans l'île d’Eubée.
* ® Diod. Sic., lib. UT, 669. — Ÿ Dionys., lib. V, p. 1553. —Servius , ë Georg., lib, I, v. 14.—Pausan., lib, X, cap. 17.
l'agriculture et des arts, et des premuers bienfaits de la civilisation, Aprés la mort de son Actéon , Aristée cédant à sa douleur quitta la Béotie, et les mythologues grecs lui font parcourir diverses contrées; partout il civilise les habitans ou il leur fait faire de nouvelles découvertes, partout 1l forme des établissemens utiles. Dans lile de Géos où 1l se rendit d’abord, il inventa l’art d'élever les abeilles et de faire le miel, de cultiver l'olivier et d’en extraire l'huile . Il enseigna la manière d'élever des troupeaux % , honneur qu'il partagea avec les dieux;
Jupiter lui-même eut le surnom d’Arisiée, Apollon
et. Bacchus reçurent le surnom d’Ægresüs, Pastoralis. apprit aux habitans de cette île à sacrifier à la canicule, sacrifice qu’ils répétoient tous les ans, et par lequel ils croyoient obtenir les vents étésiens qui tempérent les ardeurs de la canicule ; c’est pourquoi les poètes, les mythologues disoient qu'Aristée ramenoit les vents étésiens et que cest lui qui avoit procuré ce bienfait aux mortels : il éleva un temple à Jupiter Pluvieux ®. On disoit même d'Aristée qu'il avoit appris aux hommes à connoitre le lever et le coucher des astres qui pouvoient les diriger daus les travaux de l’agriculture, à observer les solstices et le lever de Sirius ©; dans la Sardaigne et dans la Sitile, il enseigna Part de cultiver
W) Apoll. Rhod. — ® Pindar. — © Apoll. Rhod., 4rgon. ;
cant. Il, v.230.—Hygin ,hb, II, ir Boote.= pe Justin, hb. XIII, Cap: 7:
DIONYSIUS. [0 1 la terre et plusieurs autres choses utiles à la vie : il fut mis au rang des dieux. H étoit honoré à Syracuse dans le même temple que Bacchus ® : dans la Thrace, il apprit de Bacchus ses mystères et toutes ses autres découvertes ; 1] avoit été nourri par les nymphes qui l’avoient instruit dans toutes les parties de l’agriculture , et qui lui donnérent trois noms, Nomuios, Agréus, Aristée ®, Suivant d’autres traditions , les Muses ® lui enseignèrent l’agriculture, da RÉ et la médecine : aussi remplis- Mia a l’armée de Bacchus les fonctions de médecin ; il administroit les remèdes pour les maladies et 11 guérissoit les plaies. Suivant Pindare, Aristée civilisa une parte de la Libye et lui donna des lois; il fut le premier qui immola des bœufs aux dieux, ce qui a été attribué à Cécrops et à Prométhée ® : enfin Arisiée disparut aux yeux des hommes sur le mont Hémus ©”, et à cause de ses bienfaits en: vers le genre humain et des commodités de la vie qu'il lui avoit procurées , 11 fut placé au rang des dieux et il reçut les honneurs divins de toute la terre: Ÿ: Ge personnage mythologique est comme
Les anciens artistes , imspirés par Pindare ; ‘ont fait plusieurs-belles statues d’Arisiée (Pindar., Pyth. 14.7). Celle qui étoit dans le temple de Bacchus à Syracuse avoit été enlevée par Verrès, et faisoit partie de sa galerie. ( Cicer., Ferr. 4, 9h05 280,"
@) Apoll. Rhod., Ærgon., cant. Il, v. bor., = ® Diod. Sic. — ® Euseb , ir Chronic. = ® Diod, sic.
& Diod. Sic. — Virgil., Georg., Gb. 1. — Id, lib. IV. —
96 j EACCHUS
tous ceux dont on a fait le symbole des premiers progrès de la civilisation : 1l parcourt toute la terre, il verse sur les hommes ses bienfaits, et il reçoit l’immortalité pour tant de services rendus à l’humanité. On a chargé le nom d’Aristée comme celui de tous les personnages de ce genre, d’une foule de fables quelquefois contradictoires qui appartiennent à des temps et à des lieux différens, c’est un chaos où chaque peuple a jeté ses traditions : aussi dis-' üngue-t-on plusieurs Aristées. Néanmoins toutes ces traditions et tous ces personnages ont le même caractére, l'établissement de la civilisation; du reste la fable d’Aristée et de Cyrène sa mére, me semble être une création des Grecs, qui allérent s'établir sur le mont Cyra en Libye sous la conduite de Battus qui lui-même s’appeloit Aristée, et qui n’avoit le surnom de Battus que parce qu’il étoit bégue. L’imagination féconde des Grecs aura été facilement excitée par le nom du lieu qui leur avoit servi d’asyle et du chef qui les conduisoit.
Gormanicus (ir Phœnom. Arat. ) dit qu’Aristée possédoit tous les arts, et que les Anciens le placèrent dans le ciel sous le signe du verseau, ce qui tient aux idées des Egÿptiens sur le Nil, qui commençoit à déborder au lever de l'étoile Sirius , qui fait partie de la canicule,
LR
LODEL LR RARE LR LR /E De 4 D 0 4) 0 00) 4.4) 0 4) 4 6) 4 D 0) 6 0 0) 0 0 à 0 6 à 0 4) 0 4 2