Tome L
l3o ÇÉRÈS
Le même motif a fait appeler la terre par les Grecs ^ Demeter^ Dom qu'ils donnoient à Gérés : ^*^
Terra Ceres , cunotis mater ^ clans omnia large, ^
iy. Les Egjrpiiens oMribuèrent cette force généndHce non-seule' ment à la terre , mais à plusieurs grands corps de la mature , et particulièrement à la lune.
Les Egyptiens ne bornèrent pas cette vertu génératrice à la terre, ils Pattribuèrent à plusieurs grands corps de la nature , et principalement à la lune , opinion sur laquelle nous sonunes entrés dans de grands détails dans notre chapitre quatrième. Aussi Isis h'étoit-elle pas différente de la lune ; dans ses images,les cornes qu'elle porte désignent la lune dans
^^^ La terre , dit Plotîn , renferme en elle cette force végétative qui agit dans Torganisation des plantes : c'est en raison de la vie dont Ta douée le principe intelligent , qu'elle fut bonorée sous le nom de Cérès (FfoUn , Ennead. 4 y lib* IV , cap. a5^ 36, 27.). On remarque, dans cette expression de Plotin , la vie dont Va douée le principe intelligent , combien les éclectiques cherchoient à se rapprocher de la doctrine des Hébreux et des chrétiens , les seuls , comme dit Eusèbe ( Prœp. Ev. , lib. VII, c. 3.) qui regardèrent toutes les parties deFunivers^non comme autant de dieux , mais comme les ouvrages à^ Ja divinité ; les seuls qui reconnurent une substance intelligente supérieure à Tuni- ' vers et à toutes ses parties, qui leur donnoit la vie, qui en dirigeoit le mouvement , en régloit Tordre et en entretenoit Tharmonie , tandis que la théologie payenne ne reconnoissoit et n'adoroil que la nature en général , et chacune de ses parties en particulier.
<^ Orph.— Diod. Sic, lib. 1 , 5 12.
ISIS. i3i
son croissant; les voiles noirs dont on la couvre marquent les éclipses de celte planète, et Tobscurité dans laquelle elle tombe en cherchant le soleil ^*> : Cérès ëtoit aussi la lune , comme principe pasj(if ^ comme ayant la force génératrice ^*^* Les Egyptiens donnoient à la lune le nom de mère du monde y parce qu'elle répand dans Pair les principes v fécoodans qu'elle a reçus du soleil; c'est d'après l'opinion qu'elle influoit beaucoup sur la. formation du corps humain^ que J. Firmicus Maternus, dans la préface du cinquième livre de ses mathématiques, dit en s^adressant à la lune : O toi, la mère des corps ku^ mainsl et que les anciens disoient qu'elle étoit Fauteur et le maître du corps ^\ Les phases de la lune a voient conséquemment , suivant eux, une grande influence sur le développement des germes, et sur les accouchemens ; ce qui convenoit beaucoup à la dëesse Buto, qui en étoit l'emblème, l'Illythie des Grecs , la Lucine des Romains. ^^^
^** Plut., Ibid.^p. 129.
^^ Cesl pourquoi Virgile a dit ( Geor|[. I. ) : p^os 6 clarissima mundi Lumina y labentem cœlo quœ ducitis annum , Liber et aima Ceres. • Apulée wlib. XI. ) appelle la lune regina cœli^ Ceres aima , frugum parens originalis^ Les Lacédemoniens regardoient Cérè« et Diane comme une même divinité; le mont Taygète étoit consacré à Cérès comme il Téloit à Diane (Winck. , Mon. Ined,,
^'^ Selden. , de Diis Syr. syniag, , cap, i .= ^^^ Plut. , Sympos, , lib. III.
t3!i CÉRES
Les prêtres égyptiens avoient distingué }es phases de la lunej lorsqu'elle étoit nouvelle, ils Tadoroient sous le nom de Bubastis ^^^ : tous les ans on célébroit à Bubaste en Tbonneur de cette divinité des fêtes célèbres où on affluoit de toute l'Egypte ^^\ Lorsqu'elle avoit atteint la plénitude de sa lumière, ils l'adoroient sous le nom de Buto dont les Grecs ont fait leur Latone / et , lorsqu'elle décroissoit, ils l'adoroient sous d'autres noms et lui rendoient un autre culte j comme nous le verrons.
Les Egyptiens représentoient la nouvelle lune sous le symbole de Bubastis comme vierge^ et la pleine lune^ sous le symbole dje Buto , comme mène et nourrice. Les anciens çroyoient que plus cet astre approche de l'époque ou du phase que nous appelons la pleine lune, plus il a de force et de puissance ; ils appliquoient à la lune comme au soleil leur système de génération, d'enfance, de jeunesse et de vieillesse. Us divisoient le temps jusqu'à la pleine luife en trois intervalles de cinq jours chacun , les premiers cinq jours étoient regardés comme imparfaits , et la pleine lune étoit
^*^ Bubastis linguq ^œca dicUur Diana ( Herod., lib. I, cap. iS^.). jipollinem et Dianam Mgyptii dicunt Bacchi etlsi' dis liberos ; Apollo vero Mgyptiacè Horus diciiur : Ceres autem Isis, Diana i(ero Bubastis (Ibid, cap. i56. )'. =3'^^ Herod., Ub. II, cap. 60.— Ovid., Met.^ lib. IX, v. 687. Il paroît ^e du temps de SU*abon et de Juvënal les fêtes de Bubaste n'ëtoient pascëlëbrées (Strab., lib. XVII, p.472.— Ju vénal., iS/x//r. XV, T. 8.). La description qu'en donne Thëvenot, qui a vu cette fête, ne difiière point de celle qu'en fait Hérodote.
regardée comme parfaite. Ils regardoient la pleine lune comme la mère de ces rosées abondantes si: utiles pour les champs de l'Egypte y surtout dans, les mois de février et dé mars où là besoin de Feau du Nil commençoit à se faire sentir ^*\ Aussi Buto étoit une ancienne divinité de TEgypte : elle étoît • au. nombre des huit grsftids dieux ^^ j elle étoit adorée à Buto, ville importante et célèbre de TEgypte inté-* rieure , dans le voisinage de rembouchure Sebennetique ^^\ On y célébroit, tous les ans, dans un temple magnifique ^ un des ouvrages les plus admirables de l'Egypte ^^^ , des fêtes célèbres qui y attiroient une immense affluence de toutes les parties de ce pays; Horus, dont Buto avoit été la nourrice, étoit aussi adoré dans cette ville avec de grandes solennités. Proche le temple étoit le lac ou l'île de Chemnis que les Egyptiens disoient être flottante , légende que les Grecs ont appliquée à Apollon et à l'île de Délos ^^^\ aussi les interprètes Grecs des choses sacrées, établis par le roi Psaraméticus, ont déclaré que cette divinité étoit Latone. Buto étoit la nourrice d'Horus et de Bubastis , les mêm^ divinités qu'Apollon et Diane dont Latone étoit la mère chez les Grecs. ^^^ "
^^ Maxime enim plenilimio rorem jaclt aer coUigaius (Plut,, Sympas, , lib. II, in Jlne.), = ® ïïerod. , lib. ÎI , cap. i56. = ^^ Herod., lib. II, cap. 5g, i55, i56. -- Strab. , p. 55i* — Stepb. Bjz. Y. Bou^oç. = ^*^ Pomponîus Meia , de situ orbis, lib. I , cap. 9. = ^*^ Herod. , Ub.' II , cap. i56. = ^> «lurnutus, cfe Nat. deor.^ cap. 2/— Hësiod. , Jfieogon,
I 34 GERES
D'après cette croyance des Egyptiens sur la force géuératrice de la pleine lune , dont Buto étoit le symbole ^ les théologiens faisoient de Buto la même divinité qu'Athyr , cette Vénus des Egyptiens dont nous avons déjà parlé , et ils adoroient cette même divinité sous le nom d'Hécate ou Vénus Scotia, comme divinité des ténèbres et de la nuit mère de tous les êtres, ou comme l'emblème du cbaos primitif d'où tous les êtres ont été tirés. L'Hécate de Memphis étoit la même divinîj;é que la déesse Buto -, Hésycbiuâ confirme cette opinion par la signification qu'il donne au mot £uto : c'est, dit-il, les sépulcres où sont placés les cadavres des morts ^^K La musaraigne étoit le symbole des ténèbres , et Tirnage vivante de Buto , parce qu'elle étoit av^gle. ^^^
Les théologiens Grecs ont apphqué cette doctrine à Latone : ils disoient qu'Apollon et Diane étoient nés de Jupiter,paroe qu'il étoit l'architecte du monde, et, de la terre, parce qu'elle est la matière universelle dont le Hiaitre du monde s'est servi pour son ouvrage, et qui a reçu le nom de Xiatonedu verbe Xr;9£tv, latere, cacher; raT tout étoit caché dws le sein des ténèbres, avant que la lumière fut ^^^ ; les ténèbres précédant
^*^ Buti JEgjptiacb dicuntur loca in quitus morfui reconduntur (Hesych. ). = ^^ Murèm nraneum , clivinos honores reperîsse àpiid Mgyptios , aiunt eo quod cœcus sit, ( Plut. ) '
^^^ On trouve cette opinion toujours reproduire chez les anciens. Apollitiem et Dianam natos aiunt e Jove et Laiona ; ubi Jupiter est opifex nmndi : Latona est niateries universi quœ Ajjtw, sive Latona œno toO \riBevy dibta est j quoniam, antequarti iax
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toujours la lumière ^*^ , Apoiloa et Diane sont sortis du sein des ténèbres , comme des enfans sortent du sein de leur mère. ^^ '
Buto n'étoit pas une autre divinité qu'Isis ellemême : en eflFet Buto fut la nourrice d'Horus et de Bubastîs; suivant d'autres fables égyptiennes, Isis après avoir retrouvé Osiris, nourrit Horus et Bubastis : c'est pourquoi Eschyle qui avoit adopté ^^ cette doctrine , disoit que Diane étoit fille de Cérès. Isis nourrit Horus à Butos oùily avoit un lac considérable, dont les vapeurs tempéroient la sécheresse ^^^ , et où les nuages et les pluies feisoient croître et fortifioient
Jbret , omnia in tenchris delituerint ( Vossîus , de Orîgin, IdoL , lîb. II. cap. i^,)»tatona potest etiam a ^avôâvw, quod latere significat y deduci quia e tenebris Apollo et Diajia nati sont, e confusa scilicetrerwn naturd. ( Natal. Gom. y Myth, » lib. III , cap. 17.)
^*^ Nom tenebras tucù esse priores censent. ( Plut. )
^ FTHus Laionœ dicitur ApoUo^ id est^ noâtiSy videtur enîm sol ex nid, tanquam ex matre procreari. (Eustath., //îW.,lib. I , p. 2-1.)
^ La déesse Bubastîs , symbole de la lune nouvelle , étoit soos ce rapport la même divinité qu'Isis ; cependant la tbéo* logie mystique et symbolique des Egyptiens avoit mis une différence entr'elles : Bubastis étoit la fille d'Isis , car Isis désignoit la lune considérée dans ses rapports universels , elle élok l'en^bléme de sa force et de sa puissance y tandis que Bubastis étoit simplement le symbole de la lune nouvelle et de ses périodes d'accroissement jusqu'à la pleine lune. \
^*^ Quia aquosa et irrigua terra , maxime educit exhalationes , quitus siccitas restinguilur atque /«:i;a/«r.(Plut., de Isid, et Osir.)
l36 CÉRÈS
Horus emblème des productions terrestres ^*^ Ainsi d'après les dogmes des Egyptiens, c'e'toit de Faction combinée d'Osiris et d'Isis , c'est-à-dire, de Faction du soleil et de la lune^ dépositaires des qualités ignées et des qualités humides de la nature ^% que se formoit la génération , et que résultoit l'heureuse harmonie dont se composoit la température de l'année si favorable aux productions terrestres.
5 \I. Les Anciens donnaient encore la faculté génératrice à V étoile Sothis.
Cette faculté génératrice qui appartient à la terre , que l<^s anciens donnoient à la lune^ ils la donnèrent encore à l'étoile Sothis. Cette idée mystique tiroit son origine, du lever héliaque de cette étoile qui concouroit exactement avec les crues du Nil ^^^ : elle
^*^ Rursus , ubi Osirim Isis recipit et Horum nutrit et educat Buli y crescentem et roboratum exhalationihus et nebulis et nubibus ( Plut., de Isid. et Osin ). = ^' Diod. Sic, lib. I, C9p. 8, 1 1. . ^^ Le temps ëcoulë depuis le premier lever de Sothis jusqu'à son premier lever de Tannée suivante , avoit alors pour valeur exacte trois-cent-soixante-cinq jours un quart. Ce phénomène avançant régulièrement d'un jour tous les quatre ans dans Tannée civile , il passoit successivement du premier jour du mois thoth à tous les autres jours de l'année y et il revenoit au premier de tboth après quatorze-cent-soixante-une années vagues de trois-cent-soixante-cinq jours , qui constituent la période sotbique ou cynique. Elle servoit à mesurer les intervalles de temps très étendus ( Recherches sur les sciences et le gouvernement d^ Egypte i par M- Fourrier, p. 8o6.).*Cette période s'est
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ëtoit Fannonce de l'inondation , c'est-à-dire ,^ de la fertilité en Egypte, et on ne tarda pas à la regarder comme une des causes de cette fertilité (77). Les Egyptiens comptant les crues du Nil du lever de l'étoile Sothis, appeloient cet astre Hydragogue, et comme ils rapportoient ces crues à Isis , et qu'ils plaçoient la divinité dans chaque grand corps de la nature , l'étoile Sothis fut consacrée à Isis comme mère des générations, ou plutôt l'étoile Sotliis n'étoit autre chose qu'Isis elle-même qui en étoit l'ame ^^\ Etant ainsi identifiées et concourant au même effet, le nom de l'astre devint celui de la divinité à laquelle on donna le nom de Sothis et celui d'Hy dragogue , et le nom dé la divinité devint celui de l'astre qu'on appela l'étoile d'Isis.
Suivant Plutarque , le mot Sothis signifie dans la langue égyptienne xuetv , id est, utero gestare ,
reBonyielée , suivant Censorîn , le douzième àes calendes' d'août^ sous le deuxième consulat de l'empereur Antonin. ( Censorinus, de die naiali, cap. m.)
^*^ jEgyptii Sothim Isim esse asserunt , Grœci hanc ad Sirium stellam referunt , et Sirium ianquam canem Orionis venaiores pingunt ( Damascius , in Vitd Isidori , apud PhoL , BibL , cod, 242. ). — Est autem apud eos Isis sidus, quodjEgypiio quidem nomine Sothis, grœco vero astrocyon dicitur (Hor. Apoll., Hiero^yph,, lib. II, cap. 3.). Canis habet in capite stellam, quam Isis suo nomine statuisse existimatur, et Sinon appelasse propterjlammœ candorem, quodejus modi sit, utprœter ctete^ ras lucere videatu^ (Hjgin, lib. I, Poet. astron.j lib. II, cap. 36. )
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gras^iditas , grossesse , d'où a>^c le temps est né le mot Kuwv , canis , chien ^^ aiûsi le mot Sothis signifîoit proprement Tunion d'Isis^avec Osiris , union après laquelle elle devenoit enceinte ; c'est le débordement du Nil qui couvre toute l'Egypte : Jablonski a prouvé que la langue copte oonfirmoit cette interprétation ^^. 'Jablonski tire encore
^*^ Il remarque néannioios que cette explication àe Plutarque ne peut être considërëe que comme une ingénieuse conjecture, surtout à cause des chaugemens qui sont arrivés dans la langue des Egyptiens à Vépoque des Ptolémées. Aussi , chez les Grecs et chez les Romains , n'y a-t-il qu'incertitude sur Tétymologie des noms de leurs dieux; dès l'époque de Psamméticus, et surtout sous les Ptolémées , les lettres grecques devinrent d'un usage très commun en Egypte; elles remplacèrent les anciennes, et elles apportèrent une grande confusion , surtout dans les choses d'érudition. Cependant Hérodote ( Lib. II , 5 g. ) assure que tous les noms des dieux sont venus d'Egypte, et il ajoute qu'il a vérifié la chose. A la vérité les noms grecs et les noms égyptiens de ces mêmes dieux ne paroissent avoir aucun rapport entr'eux ; mais ces noms n'en ont pas moins une origine égyptienne , si les Grecs ont rendu par des mots propres à leur langue la signification des mots égyptiens , ou même , si sans s'arrêter à la valeur intrinsèque des noms , ils en ont inventé de nouveaux pour exprimer l'idée qu'ils s'étoient formée de* divinités qu'ils adoptoient. Isis, par exemple, étoit chez les Egyptiens la terre , mère nourricière de tous les êtres , la nature passive f les Grecs, en donnant à cette déesse le nom de Déméter, rendoient parfaitement l'idée àes Egyptiens. Il en est de même lorsqu'ils ont donné à Osiris le nom de Dionysios; aussi Hérodote dit-il qu'Osiris rendu en grec est Dionysios , et Isis Démêler. (Plut., de Isid. et Osir.'-^Hhlomski,Panth.jËgjrpt. lib. III, cap. 1 1 , S 10.)
rétymologie du Etom Sotfais d'un mot du dialecte de la.Thébaïdè, qui signifie^ principium rerum , principe des choses. Ce qui confirme cette étymologie, c'est que non-seulement les Egyptiens faisoient de Sothis le commencement {principium) ou le premier jour de Fannee, des mois, la première heure du jour, mais ils en foisoient le commencement {principium) du monde; leurs prêtres disoient que c'étoit le jour de la naissance du monde ^^K Cette première heure ou ce principe soft des choses ou du monde, soit de l'annéô, soit des mois, a été appelé par plusieurs, soth ou sothis, et par d'autres, thoth. Cette conjecture paroît d'autant plus probable, que l'étoile Solhis se levé le premier jour, du mois que les Egyptiens appeloient thoth, qui est lui-mémp le premier des mois égyptiens, et que c'est par lui que commençoit l'année de ce peuple : ainsi, dans leur langue, le mot thoth pouvoit très bien être dit le principe du temps comme le principe des choses. Au lever de l'étoile Sothis, les Egyptiens croyoient connoître à certains signes si l'année seroit fertile ou non, et ils avoient coutume de prononcer leur jugement sur ce point ^^\ Les pronostics relatifs à la fécondité de l'année pouvoient être fondés, car, au
^^ Prima mensis dieé ipsis est Sotheos ortus , qui generationis mundi ducit inîtium (Porphyr., de Antr. ]}^'mph,,p. 264» )• — Hoc tempus sacerdotes naialem mundi judicaruni (Solin.,cap. a.)- — Hora prima sive dieiy sive mensis^ sive anni^ sive totius mundi» ( Plut. , de Isid, et Osir, )
^ Jn hujusce sideris' exoHu, ea signis quibusdam obser-
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lever de la canicule, les crues "du Nil étoient déjà sensibles; mais les Egyptiens étendirent les pronostics et ne les bornèrent plus aux productions de la terre : de là sont nées la science des augures et ses nombreuses erreurs. Ils disoient que Famé d'Isis, après sa mort^ etoit entrée dans Tétoile Sothis ^^'' ; et, dans une inscription que Diodore de Sicile nous a conservée,'^ on faisoit dire à Isis'qu'elle se levoît avec l'étoile de la canicule ^\ Ils croy oient également que Famé d'Isis étoit allée résider dans le globe de la lune au sortir de cette vie.
$ VII. La lune, dans son déclin , en parcourant les signes inférieurs , étoit une divinité des enfers; c^ étoit Isis vengeresse des crimes; on Vadoroitsous le nom de Tïthrambo; elle étoà la même divinité que Proserpine , Hécate ou JS^émésis chez les Grecs, Caractère général de ces divinités.
Il ne faut pas perdre de vtte que les anciens Egyptiens ont considéré le soleil et la lune, comme des corps d'une grandeur, d'une teauté, d'une majesté
vamus, quœ toto anno eventura sunt, ( Hor. ApolL , Hierogljrph. , lib. I , cap. 3. )
^^ Plut., de Isid. et Osir. — Suivant Sanchonîaton , Astarté fut placée après sa mort dans la planète de Vénus, c'est-à-dire , qu'on crut que son ame animoit cette planète > comme on crojoitque Famé de Gronos, son mari^ ayoit été transportée dans celle de Satui'ne. On la prît aussi pour la lune, de même que Crooos fut pris pour le soleil ; c'est pourquoi Jérémie l'a désignée par reine des cieux. (Jérem. VII, i8.)
^^ Ego sum quœ in Canis sidère oritur.
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admirablei^^ qui ont été créés par Tesprit infini, que cet esprit pénètre, vivifie tout entiers, à qui il imprime le mouvement, qu'il dirige j de là il suit que, d'après cette ancienne doctrine, tous les effets de la lune étoient rapportés à cet esprit suprême qui se sert de ces corps comme d'instrumens par lesquels il met à exécution les décrets de sa volonté. Isis, même considérée comme la lune, étoit regardée par les Egyptiens, cobfime le symbole de la justice, qui est inhérent à la nature de l'Etre suprême, et suivant laquelle tous les péchés des hommes doivent subir les peines qu'ils méritent ^^K La lune, sous le nom d'Isis, recevoit en Egypte, comme le soleil, sous le nom d'Osiris, difierens noms des effets divem qu'elle produisoit ou qu'on lui supposoit, et en raison de ses rapports variés avec les divers corps de sa nature. Noufs avons déjà vu queJorsqu'elle sortoit des rayons solaires et qu'elle paroissoit nouvelle, elle étoit adorée sous le nom de Bubastis ^^ j et que, lorsqu'elle donnoitla plénitude de sa lumière, on l'adoroit sous le nom de Buto : c'est dans ces deux phases que les
^^ Jablonski , Panth. Mgypt, , lib. I , cap. 5.
^^ On peut voir Jablonski ( Panth. MgjrpU , lib. III , cap. 3^ $ a. ) sur le culte rendu en Egypte à Bubastis , dans la ville de Bubaste. C'est surtout à Bubastis que les Egyptiens avoient consacre' la cbatte comme symbole de cette déesse. Bubastis y étoit adorée sous la figure de cet animal , tantôt en ayant le corps entier , tantôt n'en ayant que la tête avec un corps bumain. Dans la guerre des dieux, Diane > la même divinité que Bubas^ lis, prit la forme de la cbatte.
î4î^ cÉais
Egyptiens en aitendbient des bienfaits^ éi qu'elle e'toit adorée comme divinité bien&isante ^*^j mais, lorsqu'elle étoit dans son déclin, ou qu'elle parcoujrpit les signes inférieurs ^^, ils la considéroient comme vengeresse des crimes; ils Tadoroient sous le nom de Jithrambo ^^ , mot correspondant à celui de Brimo^ qui avoit la même signification chez ks Grecs;i et que portoit Gérés lorsqu'elle étoit consi* dérée comme divinité infernale ^^. Cette divinité chez les Egyptiens, étoit laméme quelhroserpine et Hécate
*** Le NîUcommençoît à croître au commencement tfu printemps , à là nouvelle lune après le solstice. Cest à cette époque ipie les habilans attendoîent et conunençoient à compter les . crues : d'ûu est venue l'opinion superstitieuse que les crues du Nil dépendoient de cette nouvelle lune , et étoient données par elle. Ils lui attribuoient aussi la mesure et les vicissitudes de ces crues.
^ Proserpine est la lune, lorsqu'elle est sous notre hémisphère , dit VdtTon ( de lingua làtm, , Mb. IV. ).
^> S- i^iphane appelle Hécate Xitbrambo : TUhrambo , « nom^n hoc GrcBcè interpretari velis , est Hacate* ( Ëpipb. , adv. hœreSf \ih^ III, p. logZ, )
^*^ Amob., adversus Gentes,hb,V f p. 179. Le surnom de Brimo étoit donné chez les Grecs à Proserpine j et plus particulièrement encore à Hécate ; Ton sait que ces deux déesses étoient les mêmes que Céi-ès , considérée comme déesse des enfers. Brimo infbrmis , dit Lycophron en parlant d'Hécate ( m Cassandr. ^ v. 1 176. ). Tzetzès fait cette remarque dans ses Scholies sur ce passage de Lycophron : Brimo eadem est , quœ et Hécate dicitur. Appellata estaïUem Brimo ,idest, irafrendens» Etiam nomine eadem Proserpinam compellant, Videturvero hœc et Hécate una eademque esse. Le scholiaste d'Apollonius de Rhodes ( Argon. , lib. III , v. 860. ) s'exprime ainsi : Poeta
chez les Grecs, une déesse nocluriïe et ténébreuse j c'étoit Isis elle-même, mais Isis, déesse des enfers; c'etoit Gérés infernale > c'étoit la déesse Némésis, q^e les Egyptiens avoient mise au rang de leurs divinités ^^^ , et à laquelle ils avoient consacré la planète de Saturne ^^ Tithrambo, la Némésis des E^ptiens, fut c^mme la Némésis des Grecs, la vengeresse des crimes, le ministre de la justice divine, la déesse toujours irritée contre les méchans et surtout contre les superbes: Les Grecs et les Egyptiens avoient créé une divinité particulière pour Fexécution de la vengeance divine ; ils ne Fattribuoiçnt pas directement à l'Etre Suprême qui devoit être juste et conséquemment punir, mais qui devoit être impassible, et ne ressentir jamais le mouvement de colère: ils'regardoient donc comme étant peu dignes de la majesté divine les moyens d'exécution de cette vengeance, la colère et la passion qu'ils entraînent nécessairement, et ils les rejetoient sur une divinité subalterne qu'ils créoient ^^^ ,
Hecatefu Brimo appèllat ^ quoniam formidanda est, et terrorem inculit^ ac larvas quoque immittit , quas vocant Hecateas , sœpè etiam forrnam mutât unde Empusa nuncnpata fuit. Tzelzès prétend que Brimo et Obrimo dtoient des noms qui appartenoient également à Froserpine , à la terre et à la mort. ( Tzetzès , ad Hesiod, , Op, et dies , v. 1 44* ) ^
^*^ Plin,, lib. XXVI , cap. i3. = ^ Satumi stellam , Mgfpt'd vocant Nemesis stellam, ( Achil. Tatius^ in Isagoge in Arat. , Phœnom, , p. i36. Uran, Petavii. )
^^ On trouve la confirmation de celte. théorie dans Timëe de Loçres ( De Anim, mundi in fine, ) : « La dispensation de ces
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mais qu'ils pourvoy oient de l'attribut correspondant^ la justice, qui est de l'essence de l'Etre Suprême; aussi ces divinités étoient-elles placées au nombre des dieux auxquels on a donné le nom d^Averrun-ci ^^, c'est-à-dire qui détournoient les malheurs dont les hommes innocens étoient menacés. La déesse Isis avoit elle-même le surnom è^Averrimca (rr) : le caducée étoit alors un de ses attributs, et le caducée étoit un symbole de bonheur et de paix ^'^\ fcis Averrunca étoit, comme Hécate, représentée ayec trois têtes iss)y emblème sous lequel elle étoit considérée conune divinité céleste, terrestre et infernale. On appliquoit aussi ce symbole à la lune, dont la puissance embrassoit le ciel, la terre et les enfers ^^ Toutefois, celte représentation d'Isis Averrunca par une statue à trois visages et à trois corps adossés les uns contre les autres ^^^ , avec les monstrueux attributs dont elle étoit accompagnée ^^^ , ne paroît pas appartenir aux temps anciens de la théologie égy p-
» châlimens est commise à Némësis la vengeresse , conjointe- » ment avec les furies^ qui sont chargées d'inspecter les actions D humaines, et auxquelles le souverain seigneur de toutes choses » a donné ce département. »
<^) Les dieux Averrunci étoient représentés avec un bâton à la main. Le mot averruncare signifie détourner.
^ Begér {Thés. Brand.^ T. I, p. 82.) donne une médaille antique d'Isis, avec le calathus qu'elle porte ordinairement et le caducée. Dans la pompe d'Isis , décrite pw Apulée , on portoit le caducée de Mercure. ( Apul. , Met. , lib. I. )
^ Prudent, contra Syntm, , hb. I. = ^*^ Schol. Thcocr. ad Idyïl. II, V. la. = ^^^ Euseb., Prœp. Ev.^ lib. I, p. 101.
tienne et grecque j Hécate ne fut d'abord représentée comme Isis, qu'avec un seul corps et un seul visa^-e ^^\ Alcamène^ qui flovissoit vers Fai^ 44o avant J. C. fit le premier de ces statues monstrueuses d'Hécate ^^, qui furent appliquées à Isis considérée sous le même rapport. Hécate avoit le caractère général de la divinité bienfaisante, ainsi qu'Isis, mais elle avoit son département propre et spécial; autrement toutes ces divinités, sans cesse confondues/ n'auroient eu ni un crédit assuré, ni une existence durable; et c'est en embrassant tous ces rapports,' que Ton peut concilier les traditions variées qui nous sont restées sur Hécate. Les uns l'identifient avec Isis, les autres avec Gérés, ceux-ci avec Diane ceuxlà avec Proserpine, mais tous en font une divinité infernale ^^^; c'est son caractère particulier. La lune ayant pris, chez les Grecs comme chez les Egyptiens, des noms et des attributs divers qui parurent en faire une divinité différente d'elle-même sous d'autres formes, Diane fut la lune parcourant la partie la plus élevée des cieux, et conséquemment une di-
^'> Tous les ans les Eginètes cëlëbroient des mystères en Thonneur d'Hécate : ils disoient tenir cette initiation d'Orphëe. Dans Tenceinte sacrée étoit une chapelle et une statue d'Hécate ouvrage de Myron , où la déesse avoit une forme simple et ne présentoit point la divinité à trois corps et à trois têtes , connue sous le nom de triple Hécate, que les Athéniens appeloient Ebigyrdie. ( Pausan. , Corinih. )
^^> Pausan. , Cor//i<A. , cap. 3o. == ^^ Tzetzès, SchoL Lycophr. , Alex. , v. 1176.