CHAPITRE PREMIER
Identité des mystères en Egypte et à Eleusis. — De robjety de V organisation , et de la doctrine des mystères. «3
J I. Les mystères égyptiens et ceux d'Eleusis avoiént une même origine 9 une même organisation et un même but. Leur premier objet fut la civiKsation des peuples. Les premières fêtes furent simples , la partie mystique n'y fut introduite que postérieurement.
$ 2. Les Egyptiens qui civilisèrent les Grecs, leur apportèrent leurs fables religieuses , qu'ik n'avoient créées que pour expliquer les principaux phénomènes de la nature.
53. Les phénomènes de Ja nature et les bienfaits que les hommes en reçoivent leur inspirant l'idée de la divinité , ce sentiment religieux , naturel à Thomme , donna aux législateurs la pensée de baser les institutions sociales sur la religion , et de contenir ainsi les sociétés par des liens plus forts que ceux qu'imposent les lois.
4. Les récompenses de Tinitiation étoient attachées à la pratique des vertus.
5 5. La croyance des peines et des récompenses de la vie future étoit l'objet principal des mystères d'Eleusis. La doctrine
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des mystères o£Eroit aux bommes les moyens dTélre heureux dès cette vie ^ar l'aveu de leurs crimes , et le retour à la vertu.
S 6* On peut ramener à trois points tout ce qui se passoit dans les mystères: i^ Les . traditions sacrées et les cérémonies commémora tives du passage de la vie sauvage à la^ vie civilisée , de rétablissement de Fagriculture et des arts ; 20 la représentation et l'explica^n de la nature et de ses phénomènes; 30 une doctrine et des cérémonies d'expiation, fon-. dées sur le dogme de l'immortalité de Tame «t d'une vie future : de cette croyance des peines et des récompenses de la vie future découloit toute la partie morale des mystères.
J y, La préexistence et l'immortalité de l*amc étoient enseignées dans les mystères. — La doctrine et les idées mystiques, des philosophes éclectiques sur Fame^ s'y introduisirent dans les temps postérieurs. ^
§ 8. Le dogme de la métempsycose a été vraisemblablement introduit dans les mystères à Fépoque ôà une partie de lat philosophie éclectique y pénétra ; mais it n'appartient pas aux mystères avant cette époque. Alors en- y enseignoit la doetiirne du Tartare et de l'Elysée dont on donnoit des représentations.
$ g. Le système du bon et du mauvais principe n'a jamais feit partie de la doctrine des mystères à ancane époque.
5 10. La fausset?é du polythéisme et le dogme de l'unité dé Dieu n'étoietrt pas enseignés dans les' mystères.
5' ir. Be la double dbctrine, publique et secrète , trait distinctif dfe F antiquité.
$ L Èa ewUimtion des peuples ,. premier objet de UékMissement des Mystères.
La comparaison des fables d'Osiris etdeBacchus, d'Isis et da Cérès, d'Horus et d'Iaçehus, met dajis tout soa jour la parfaite identité d,€ss deu^^ mytho-
ïogies , et ne laisse auctin doute sur la filiation de la fable grecque copiée sur la fable égyptienne. Les divinités étant les mêmes ^ il s'ensuit que les mystères établis^en l'honneur des uns et des autres sont aussi les mêmes. Ils avoient la même organisation^ les cérémonies qu'on y observoit étoient semblables, ils avoient une même ori^ne et un même but.
Le premier et le plus grand avantage qu'on ait retiré des mystères, a été de civiliser les hordes sauvages, d'adoucir leurs mœurs féroces, de les rendre sociables, et de leur procurer un genre de vie plus digne de l'homme. ^^^
Les chefs d!és colonies égyptiennes qui ont aboirdë dans la Grèce , y ont trouvé une reUgion comme on en trouve chez toutes les nations, quelque barbares qu'elles soient. Or, ces chefs de colonies, ainsi que tous les législateurs qui ont entrepris de policer une nation, n'oHft pu s'adresser aux hordes sauvages, que comme leur parlant dé la part des dieux qu'ils adoroient. Convaincus que la reUgioH d'un peuple civiUsé exige une intelligence supérieure à ^le du pur sauvage, ils ont conmiencé par préparer les esprits , par les Tendre capables de recevoir les instructions^ de la reUgion, et ils n'ont pu le faire que par l'établissement de la société ' civile parmi eux. Ainsi l'objet primâtif des fêtes et
^^ Arrîan. , €om, in Epictet. , lîb. III , cap. 2 1 . — 'Blnt. , de Is, et Osir* — Paasan. , in Phocid. — Cicer., in Leg,^ lîb. H.— f^eir. act. V.— Isocr. , Paneg* Alken, — Aristid. , Orat. in Ehus»
des cérémonies d'abord établies fut principalement de rapprocher les hommes sauvages , de leur faire quitter unç vie précaire, en leur montrant les calamités attachées à cet Etat et les avantages de la civihsation. Ces fêtes n'eurent d'abord rien de secret ni de mystérieux, ce n'étoit point un système de doctrine que les premiers colons égyptiens portèrent aux premières peuplades de la Grèce, ce furent les bienfaits de la civilisation et de l'agriculture. La joie, la reconnoissance, le désir de perpétuer la mémoire de cet heureux événement , donnèrent naissance à des fêtes simples^ dont les chants et la danse faisoient la principale partie , à des pratiques et à des rites sensibles et nullement mystiques.
Les faits historiques prouvent la vérité de ces observations. Les grains et la connoissance de l'agriculture furent importés à Athènes avec le nom et le culte de Cérès, et l'établissement des cérémonies d'Eleusis eut lieu simultanément j mais ce qui forma dans la suite la principale partie des mystères d'Eleusis , la partie mystique ou le catharmos.^ la représentation et l'expUcation des phénomènes de la nature, n'y furent introduits que dans le siècle suivant. Les marbres d'Oxford rapportent l'établissement du catharmos à Orphée ^^^ , c'est à lui que se rapporte aussi l'introduction des idées mystiques à
^ c'est ce qui a fait dire à Marshamv: Cœterum mysleria non uno eodemque iempore omni ex parte perfecta et expletafuerunt, Religio paidatim solet exomari ; catharmos^ harum religionum
Eleusis. C'est le catharmos, c'est-à-dire, les lustrations^ les cérémonies expiatoires, les preuves même qui^ dans la croyance des mystères , garantissoient Famé de la contagion des choses mortelles , et la rendoient plus propre à la contemplation des choses divines. ^*^
Le premier objet des mystères, celui sur lequel il ne s'est élevé aucune contestation , a donc été de rappeler aux hommes les obligations qu'ils av'oient aux fondateurs des colonies ou aux anciens législateurs qui les avoient tirés de la barbarie ^^\
; pars prœcipua , initio sœculi proximi instilutus est, ( Marsham , Chron, Can., p. 253.)
^*^ Animas enim lustrationibus a mortaliwn reru^ contagione defœcatiores reddi , et ad divinarum rerum contemplationem magis expeditas effici credebant, ( Marsham , ibid,j p. 254* )
^^ «Les Pëlasges, djt Hérodote (lib. II, cap. 5i,), demeu- » roient dans le même canton que les Athéniens qui, dès ce » temps-là , étoient comptés au nombre des Hellènes , et c'est » pour cela que les Pélasges commencèrent alors à être réputés » Hellènes eux-mêmes. Quiconque est initié dans les mystères 9 des Gabires que célèbrent les Samothraces ^ comprend ce que )» je dis. » «
Il est évident par ce passage , qu'une partie de la doctrine des mystères des Cabires étoit relative à la vie sauvage des Grecs.
Dans les mystères Phrygiens on entretenoit les adeptes du service qu'avoient rendu à la société les Corybantes par la civilisation et l'agriculture : Hœc sunt telluris et matris magnœ prœclara mysteria , unde omnia referuntur ad mortalia semina et ad exereendam agricuUuram^ ' .
Us ne présentèreDt d'abord que les fêtes et les cérémonies commémorativqs de la découverte du bled , de sa culture et de Theureux événement qu'elles amenèrent : aussi Varron dit-il qu'on y enseignoit formellement plusieurs choses relatives à l'agriculture ^^\ Les personnes qui veulent savoir les fables de la vie sauvage, dit Proclus, la confusion et le désordre des anciennes lois , enfin l'état de l'homme avant la civilisation et les mystères, n'ont qu'à consulter ce qu'on enseigne à cet égard dans les sanctuaires. Les récipiendaires aux mystères d'Eleusis se couvroient d'une peau d'animal sauvage ou de faon qu'ils quittoient pour prendre la robe olympique ^ cette cérémonie faisoit allusion à l'état de rhomme, tel qu'il est par sa nature brute qui a été perfectionnée par l'agriculture , la civilisation et la religion.
Les premiers bienfaiteurs de la Grèce étoieût des colons égyptiens j or, les Egyptiens n'avoient créé leurs fables que pour expliquer les principaux phénomènes de la nature, ils n'avoient appliqué ces fables qu'aux puissances actives et passives de Tunivers , et à leurs productions ; car la contemplation des ouvrages de la nature et de ses phénomènes est la voie la plus propre et la plus à portée de la capacité des hommes , pour établir et conserver la connoissance de la divinité. Ces fables et ces cérémonies devant hâter les progrès de la civilisation par le moyen de la religion, les chefs des <x)lomes
0) varro, apudS. Augustin > de Civ. Dei^hh. VII , cap. 20.
transportèrent dans la Grèce délies qui y étant le plus à la portée des premiers Grecs , ne représentèrent d'abord que les tableaux les plus simples de « l'univers, et les vicissitudes que la terre éprouve dans le cours de l'année. Ce premier pas conduisit dans la suite à ces représentations mystiques qui , n'étant autre chose que le symbole des principales opérations de la nature, entrèrent dans la religion nationale, parce qu'on regarda ces phénomènes comme des effets produits par l'action des puissances actives et passives^ des principes bienfaisans^ comme une émanation du dieu producteur ou du premier Être ^\ 11 est impossible de douter d'après la lecture des auteurs de l'antiquité, que les mystagogues d'Eleusis aient adopté cette théologie physique des
^*^ On apprenoit à ODnnoître la nature dans les grands mystères, dit S. dément d'Alexandrie. (iS^rom., lib. Y, cap. 11, p. 689.)
La plupart des explications de Plutarque sont tirées de la nature , et dans tout son Traité â^Isis , il rappelle la mythologie égyptienne sur l'ordre du monde , sur la force qui le meut , sur la matière , sur la force de résistance que le Démiourgos trouve en elle. — Firmicus, en combattant les fables religieuses des Anciens 9 convient qu'ils en faisoient autant d'allégories sur la nature ( J. Firmicus, de errore Prof, relig. , p. 1 8. )• Cette opinion ëtoit celle de tous les pbîlosopbes anciens dont parle Cicéron dans son Traité de la nature des Dieux (Oicer., de Nai. Deor., lib. I, cap. i5.). C'est à la suite de l'exposition de cette doctrine que Sancboniatou ajoute : « Ce sont-là les leçons que le » fils de Tbabion, premier hiérophante des Phéniciens, tourna ^)» en allégories» dans lesquelles la physique et l'astronomie se