Tome IL
làSH MYSTÈRES.
Egyptiens. C'est dans ce système que l'hiëfQphante représeatoit la puissaiice productrice et canservatjfiqe,^ que.le Dado^quq étoit l'image du solâl , etc. L^s représentations des mystères mettoi^ut en q|:ielque soçtç y 8QUS les yeujL d.es initiés , ce cyciç de fables relatives à Jupiter et à Cévèe^y à Pf^s^ppine, ^ son enlèvement par Pluton et à toutes les suites d^ cet eplèvement, à Bacçhus^ k h uw$9a«<^ dla^ ishns; ces scènes reoevpieiit des ei^pUc^tiops allégogoriques qui ne ^ous sout pa« conpue^ par de^ monumena authentique^ et d'une macère po^tive; maia suivant l'opinion la plu^ vraie et 1^ plu^ gén^^ rakment adoptée paç les écirivains d§ l'siiîtiqaite , ces aventures n'e'loient autre çho3e que hs grandes opérations delà nature personnifiée^, le^ r^pport^ du ciel et de la terre, ainsi qxie les j^liénomènes qu'ils produisent, représentés sous desèrablèoie^prisdela naissance, de la vie et de la mort de l'homme, de ses rapports naturels et sociaux, de ses affections, de ses passions et de sçs vice^. Quelcju'abus que l'on ^t fait de çç ^Sîtèmç rejigieux^ il e^t difficile de nier qu'il ait existé , surtout Iqç^ue l'on remonte à FEgypte, source de la mythologie des Grecs. ^>
te tableau imposant de Fujtiivers fournit aux lé-
» trouvent mêlées , et qu'il euseignoît aux autres Wëropbaotes » charges de présider aux orgies et aux initîatioiis. Ceux-ci , » cherchant k exciter l^étonnement des mortels, transmîreo» » fidèlement ces choses à leurs successeurs et aux initiés. » ^^ Sainte-Groix , Mystères du paganisme.
giskleurs l'idée de scènes aussi étonnantes que variées 9 d<Hit on donna le spectacle dans les sanc^ ttiaires. Le, monde étoit le premies* tableau qu'on ofiroit en masse aux regards de l'initié ^ sous ï'em^ idéme de Vfevtî ^^^. On eut aussi des emblèmes particuliers pour en retracer les différentes parties ; enfin on y exposoit non-^seulement des emblèmes et des symboles mystérieux, relatifs à l'ordre du inonde visible , mais on y désigna aus^ par des sigfies sensibles, la force inviâbleqtii le ment, ia puissance qui entretient Pordre merveilleux qu'on y observe. ^'^
S III. Les phénomènes de la nature et les bienfaits quelles hommes en reçoivent f leur inspirant naturellement t idée de la divinité, ce sentiment donna aux législateurs la pensée de contenir les sociétés par des liens plus forts que ceux qi£ imposent les lois , par la religion.
L'appareil de ces tableaux , le charme du mer- ▼eilleux, donnoient un nouveau poids atix vertus morales qu'on enseignoit aux initiés. Les fables mystiques présentoient encore moins les effets que les forces ou puissances^ de la nature ; quoiqu'elles ne fussent qu'une allégorie de ses principaux phénomènes , elles n'excluoient nullement l'action d'une divinité bienfaisante , productrice et conseyva-
^*^ SancboniaU, in Euseb, , Profp, Ev,, |ib. I, cap. 9. = ^' Porphyr., de Antro nymph. , p. io8.
'j6o mystères.
trice ^*\ L'idée de la divinité que font naître si naturellement dans l'esprit de l'homme le spectacle de l'univers et la dépendance où le mettent ses besoins des productions de la nature^ la joie et la reconnoissance que lui causent les bienfaits qu'il en reçoit^ la justice qu'il y a à rendre hommage à la cause des biens avec lesqueb il entretient
^^ « Elle esdste, oui, sans doute, elle existe, ceUe force, dît Cicëron , et s'il y a dans nos corps , dans cette humanité si foible, un principe de vie et de sentiment^ il est impossible qu'il n'y en ait pas un j dans le vaste et admirable mouvement de la nature entière ; dira*t-on qu'il n*existe pas , parce qu'il ne paroit pas et ne se montre pas aux yeux ? comme si notre ame elle-même y par qui nous pensons , par qui nous agissons , par qui nous faisons en ce moment tous ces raisonnemens et tous ces discours , nous pouvions l'apercevoir , la connoître et nous dire ce qu'elle est et ce qu'elle peut étrej C'est donc cette puissance suprême, oui, c'est elle à qui Rome est redevable de tant d'ëvénemens beureux , de tant de richesses , de tant de puissance ; c'est elle qui vient d'étouffer , d'exterminer ce monstre si funeste à son pays ( Clodius ), en lui inspirant la hardiesse d'irriter par ses violences, et d'attaquer le fer à la
main, Milon Cest à vous , objets révérés , c'est à vous , que
Clodius a satisfait par ce châtiment , subi devant vous , châtiment tardif, il est vrai , mais trop juste et trop bien mérité^ ou bien il faut dire encore que ce fut par hasard, qu'après avoir engagé le combat , il reçut la première blessure précisément devant le temple de la Bonne Déesse , bâti sur le terrain de Sextius Gallus, en sorte qu'onze peut plus dire qu'il ait été absous, dans ce jugement inique et sacrilège, mais qu'il fat réservé dès-lors à la punition éclatante qu'il vient de subir. ( Cicer., Orat. pro MU,, 5 3 1. )
Digitired b^VjOOQlC
MYSTÈRES. a6l
son existence^ ces sentimens ont inspiré aux législateurs la pensée toute simple d'appliquer la religion à la politique et à la morale, et d'étayer les institutions sociales par les opinions religieuses ^ les législateurs profitèrent habilement du goût universel qu'ont toutes les nations anciennes et modernes pour les pratiques mystérieuses, goût fondé sur la nature de l'homme qui veut toujours s'élancer audelà de sa sphère, et lever le voile sous lequel sont cachées les choses dont la connoissance lui est interdite^ et ils firent des initiations, la partie morale de la religion. Les mystères eurent donc un but vraiment grand, celui d'améliorer notre espèce, de perfectionner les mœurs et de contenir les sociétés par des liens plus forts que ceux qu'imposent les lois. Leurs auteurs ont employé toutes les ressources que leur donnoient la contemplation et la science de la nature, pour perfectionner le sentiment religieux qui nous est naturel ; ils ont cherche à faire le bonheur de l'homme en épurant son ame des passions qui pouvoient y jeter le trouble, et par une suite nécessaire porter le désordre dans les sociétés ^^^ ; avec une t^onnoissance profonde du cœur humain, ils ont su mettre en œuvre les moyens de se l'assujétir en faisant mou-
^^' Les pythagoriciens, les platoniciens et les përlpatëticiens^ reconnolssent que les passions sont utiles , qu'il n*y a que Texcès de vicieux , et que la vertu seule peut purifier l'ame en chassant l'excès des passions. ( BrbL des philosoph, , T. I , p. i ^ 255. )
voir Jes deux grands ressorts des détermmatioos humaioes^ la crainte et resperanoe ^^^ L'amour de rbomme pour la justice et la vertu 0!est pas toujours désintéressé^ la vertu ne met 'pas foujours dans l'aisance celui qui la {pratique , elle vice ne rend pas toujours malheureux celui qui e^y abandonne: le dogme des peines et des récompenses à venir a donc fait le sujet principal des mystères; c'est en perpétuant les craintes et les espérances de l'homme au-delà du tombeau^ c'est par la doctrine de l'élysée et du tartare que les anciens attachèrent l'homme par son propre intérêt a l'observation des lois , au bon ordre et au maintien du bonheur des sociétés. ^*^
$ lY. Les récompenses de r initiation étaient attachées à la pratique des vertus sociales.
Les récompenses de l'initiation étoient attachées à la pratique des vertus sociales , et le caractère seul d'initié, comme quelques-uns l'ont prétendu, ne suffisoit pas pour jouir du bonheur promis dans l'Elysée. Quoiqu'en ait dit le cynique Dîogène ^^^ , s'il eut été dans la croyance des mystères que la seule qualité d'initié eût suffi pour mériter la félicité dans l'autre vie , l'initiation eut directement été
^^^ Sallust., Philosopha , cap. 12 , p. 267, — Cicer., de Leg. , Hb. n. — In P^err,, act. II,lib. V. — IsocraU ^ in Paneg. — Dupais, Origine des cultes, =5= ^^ Plat. , de Hep, , lib. II , p. 363. = ^^ Dlogen. Laer.^ lib. VI, cap. 2.
contX'e son but, elle eut àflfoibli les lois plutôt qu'elle ne les eût fortifiées , en sanctifiant^ poUr ainsi dire, le crim^ pat nh vain titté religieux* Dans là prethièt'e région des enfers dont Virgile dotitle la description , on trouve Polibétès qui étoit initié , té qui s'accorde avec ce (Jue Ton enseignait dans leà mystères que Tinitlation sans la vertu né servoit de rieii pout le bonheur de Fàùttè vie. Aussi Sôiirdtë dit-il ^^^ que, pour ^tre admis daris FElysée, Il y âvoit deuk coîiditioiîs k remplir , être initié et ^tre purifié de toute souillure : il explique cette purifi^atiôti^ t'est celle que donnent là verttt et k vérité, et il ajoute que c'est là tout ce qn'bnt voulu dire éniguiatiquement^ par le taot purifié ^ lén auteurs des ftiystères qui étoient des bomitles d*uttfe eàgesie pluô qu'ordinaire. Nous en avons une preuve dans léS cotidilions (Jû'on exigeoit de celtii qui aSpiroit à ^initiation. La pui-étê deii mofeurs et l'élévation de Fiesprit étoient prescrites aux initiés i M Lorsque voud îsi^&^ defe sacrifiées ^ dit Epidtêté^ » ou que vous adressez des prières aux dieux, » prépareE*-vous-y avec pureté d'esprit et de ocedr, » apportez-y les mêmes disposition» cjm celles qtii )) sont requises pour approcher des mystères ^^^ » On interdisoit l'entrée des ten^ples à tous lefi misur-» triers , lôrs même que le meurtre étoit^ îîîvom lontaire ^^ ; tout impie , tmil scélérat en éttJit
^^ Plat. , Phœd. = ^> Arrian., Dissert. , lib. III, cap. 2i<« = ^ Meurs., cap. 19, in Eleusin» — Theon, in Parad, — Isocr^^ in Paneg. — Apotlof}., lîb. It, cap. 5. — DiocJ. Sic,, lib. IV.
écarté ^^^ Le pieux et vertueux Antonin ^ pour se disculper de la mort d'Avidius Cassius , se fit initier aux mystères , parce qu'on savoit que personne n'y étoit admis qui pût être soupçonné^ avec la moindre apparence de justice et de raison^ de quelqu'acte odieux ou criminel ^^\ Les magiciens , les charlatans 9 ceux qui jouoient le rôle de possédés des mauvais génies étoient exclus des sanctuaires ^^\ Avant la célébration des mystères on avertissoit qu'il ne devoit y entrer que celui à qui sa conscience ne reprochoit rien , et qui étoit sûr de son innocence ^^^j on exigeoit de l'initié qu'il eut le cœur et les mains pures de toute espèce de souillures ^^^ : Porphyre veut que notre ame à la mort soit affranchie de toute passion et aussi pure qu'elle doit l'être dans les mystères ^^^ j enfin l'initié ne pouvoit prétendre aux faveurs des dieux ^ que parce qu'il respectoit les droits de la société et ceux de l'humanité. En général tous ceux qui avoient manqué aux devoirs de l'honnête homme et du bon
**> Philostr. , in VU. ApoU. , lib. IV , cap. 6. = ^ Julius Capitolinos, VU. Anton. — Dio Cassius.
^^ Sous rarchontat d'Eaclide , on prononça l'exclusion du temple de Cërès et de l'initiation, contre les bâtards et les esclaves (Isae, OnU. de Philip, hœred,^ p. io4, igS. )• La même peine fut prononcée dans la suite contre les fanmes de mauvaise vie.
^^ Lamprid. , in VU. Sever. = ^^ Libanius , Declam. 19.= ^^^ Porpbyr. , de Styg. , apudStob. , lib. I, p. i^n.
citoyen, étoient exclus des mystères ^^^ ; il falloit , pour y être admis ^ avoir vécu avec équité, et même avec assez de bonheur , pour que Ton ne pût pas être regardé comme un homm^ haï des dieux. ^^
Le but des épreuves souvent terribles que l'on faisoit subir dans toutes les initiations, étoit d'acquérir la preuve que l'initié avoit une ame vertueuse, hors de l'atteinte de toute passion et en quelque sorte impassible. En général, toutes les associations religieuses ont admis des épreuves; indépendamment de la nécessité du choix, on voulut encore éprouver et fortifier le désir qui s'irrite par la résistance et devient nécessairement plus ardent
$ V. £a croyance des peines et des récompenses de la viefuiure étoit l'objet principal des mystères d Eleusis ; elle étoit fondée sur T immortalité de Vame. La doctrine mystique qffroit aux hommes les moyens d^étre heureux dans cette vie , par Vaveu des crimes connus et le retour à la vertu*
On faisoit aux initiés un setmon sur la justice ^f , on lioit ainsi la justice humaine à celle des dieux, récompensant les actions des hommes ou les punissant , Suivant leur mérite , ce qui forme la base de l'établissement des mystères.
Cette théorie des récompenses et des peines de la vie future s'appuyoit *sur le dogme de l'immortaUté de l'ame j sans cette croyance de l'immortalité de
^^ Âristopb.y Ran, v. 362, 363. = ^^ Origen., contr, Cels. y lib. III. = ^? S. Justin., advers. Tryphiod, , p. 176.
a66 MYStÈRÉS.
Famé, si tout eut fini avec le corps , que devenoit la belle théorie des peines et des récompenses? que deveuoit le dogme de la providence dès dieux, si ses effets se bomoient à la courte dni^ée de cette vie, où le malheur des hommes vertueux et la prospérité des méchans auroient souvient acckisé la divi* nité ? Ces dogmes sont essentiellement liés les uùd aux autres ; sans cette liaison la théorie des mys-^ tères ne pouvoit subsister et tout Fédifice de k législation s'écrouloit. Il est humainement impos** sible d'établir une société civile, sans établir en même temps le dogme des peines et des récompenses d^une autre vie : Texistenc* d'un état , et la créance de ce dogme sont deux choses naturellement inséparables. Auifsi n'y a-t-il jamais eu de nation policée dont la religion n*ait eu pour dogme fondamental cette croyance; Bayle luî-méme le dit en termes exprès ;
« Toutes les religions du monde , tant la vraie » que les fausses, roulentsur ce grand pivot> qu'il y M a un juge invisible qui punit et qui. récompense » les actions de Fhomme, tant intérieures qu'exté- » rieures* ^*^ »
Il croit que Futilité de ce dogme est si grande > que dans Fhypothèse où la religion eût été une invention politique, c'est le principal motif qui eut animé ceux qui l'auroient inventée.
^^^ Bayle, Diction* HisU , arl. Spîâoâa. — On trouve feâ méMes principes dam Frëret, T. XX, p* 24^.
MY6TÈ&VS. s67
Les théologiens les. plus anciens qui ont donné ' des systèmes de rdiigion conformes aux idées et aux opink>ns populaires de leur temps ^ ont toas établi le dogme des peines ot des récompenses futures conmie un article fondamestaL Leurs successeurs ont suivi le menie plsoiy tous ont rendu liommage k ce dogme fameux.
« Jetez les yeux , dit Plutarque ^^^ , sur toute la » surface de la terre ; vous y pourrez trouver des )» villes sans fortifications^ sans lettres^ sans magi&- » trats' réguliers , sans babitations distinctes , sans » professions fixes ^ sans propriété y sans l'usage des >» monooies et daps l'ignorance universelle des beaux » arts ; mais vous ne trouverez nulle part une ville ^ sans la connoîssance d'un dieu e4 d'une religion, n
IL dit dans sa consolation à Apollonius y que (c l'opinion de la récompense des hommes ver-- » tueux après leur mdrt^ est si ancienne qu'il » n'a jamais pu en découvrir ni l'auteur ni l'ori- » gine. »
Dans les mystères où l'on établissoit le dogme des peines et des récompenses qui nous attendent , apr/ès la mort^ on donnait aux initiés la représentation des différentes destinas que les hommes subissait dans ce monde et dans l'autre ^\ Ainsi la doctrine mystique non -^ seulement donnoit aux hommes l'espoir du bcMoheur dans une autre vie , mais elle leur euseignoit et leur ofFroit les moyens
^*^ Plut., Tnê2é coF^re Colotès, = ^ Oiigcn., contr. Cels,, lib. III , YIII. — Origène et Celse sont d'accord sur ce point.
a68 MYSTÈRES.
d'être heureux dans celle-ci. Ce fut l'effet d'une haute sagesse dans les premiers législateurs , d'offrir aux hommes l'espérance d'efl&oer kiurs forÊdts ^ et de se soustraire à la vengeance divine par des prati^^ faciles^ mais qui supposoient toujours le regret, l'aveu des crimes commit, et le retour & la vertu ; pour que ces pratiques obtinssent le succès désiré, et qu'elles ne dégénérassent pas en de simples formalités ^ qui n'auroient plus inspiré )a crainte , apaisé les remords ni rassuré les consciences , il fallut les attacher à des rites particuliers qui^ par un appareil imposant, pussent captiver l'imagination. Platon dit que ces cérémonies purgeoient et délivroient des crimes pendant la vie et après la mort ^^^ : ces céiémonies mystérieuses, dit Pausanias ^^ , éervoient à expier les crimes , à purifier les coupables , et à apaiser la colère des dieux. Les mystères, dit Aristide ^\ nous procurent non-seulement des consolations dans la vie présente , des moyens de nous délivrer du poids de nos maux , mais encore le précieux avantage de passer après la mort à un état plus heureux. Platon et plusieurs philosophes de l'antiquité semblent penser que les purifications étoient la fin unique des mystères ; le savant Marsham remarque qu'elles étoient l'objet prindpal de l'initiation. Je partage l'opinion de ces hommes illustres : je pense que les purifications , et conséquemment le dogme
^*^ Plat. , de Repub. , lib. II. = ?^ ^ausan., Beot,, cap. 3o.= ^^ Aristid. , in Eleusin.
des peines et des récompenses dans une vie future , étoient le but principal et peut-être unique des mystères. On assuroit que l'initiation en efiaçimt toutes les souillures de Tame ,, disposoit les hommes à paroitre sans crainte devant les jug^s des enfers ^*\ Le dogme de l'immortalité de l'ame , des peines et des récompenses de la vie future fut toujours une opinion répandue chez les Grecs, les législateurs cherchèrent à fortifier^ par rétablissement des mystères et la doctrine mystique ^ cette croyance fondement principal de la société y la seule propre, comme nous l'avons dit , à suppléer à l'insuffisance des lois et à justifier la providence divine.
La doctrine des mystères ne consistoit pai^ dans les spéculations métaphysiques des philosophes sur la nature de la divinité et sur l'ame humaine , elle écartoit surtout ces discussions et ce doute philosophiques avec lesquels cette doctrine seroit restée dans le vague de l'incertitude. Un passage de Plu« tarque ^^ prouve même que dans l'initiation aux mystères , on prescrivoit aux adeptes ce qu'ils dévoient croire , et qu'on ne cherchoit pas à le leur prouver : « Je l'ai moi-même entendu parler sur )) ces objets avec simplicité^ comme on fait dans » l'initiation aux mystères , sans donner aucune
^*^ Mosbeim , 2Vb/. ad cudworth, System. Intell y T. I , p. 4 lo. = ^ Plbt., Traité. — Pourquoi les oracles ont cessé ^ T. V , p. 338.
uyo biystèubs*
» preaye de ce qu'il ayançoit^ ni ancDn motif poar
y$ le fiûre croire. ^*^ »
Toutes les religions ont procède et ont dà procéder de cette iQanièrè ; il est certain que la pkiparf des questions que présentent les dogmes les plt» essentiels à l'existence des sociétés^ sont envelo{q>ées d'une obscurité impénétrable : les philosophes les phis respectables , Gassendi ^*^ , Lodke , De*cartes ^' , de graves écrivains ecdésiastiques ^^^ y et de saints personnages ^^^ ont reconnu qu'il y avoit plusieurs questions trop élevées pour qu'elles pussent être comprises par notre raison. La lumière naturelle ne peut ^ par exemple , donner aucune preuve évidente de la spiritualité et de Finmiortalité de Fmne ; l'obscurité impénétrable de cette question hdsseroit l'esprit dans un état de doute funeste au genre humain. Ce dogme et plusieurs autres de cette espèce étant d'une nécessité absolue pour le maintien des liens sociaux dans tous les pajs , les législateurs ont appelé non-*seulement le secours de la religion , mais l'intervention de la divinité pour prescrire la croyance de ces dogmes. Aussi l'autorité de cette intervention divine que l'on retrouve dans
^^ DeUm crede^ aique cole, noli quœrere (PhileUs.). — S.Augustin a dit de riinpëuétrable nature de TEtre-Supr^e , melius scitur nesciendo, ^
^ Gassendi , Syntag. phUosoph. Epie. = ^ Lettres de Descartes t T. II, p. 173.= ^^ object. advers. Médit, Met,^ RenaU^ cart. 6. — Lamolhe-Le-Vayer. = *^ S. Thom. Aquinat., Summ^^ lib. I , cap. 5 , p. 12 , i3. — S. August. Retrat.
MYSTBABS. 27!
toutes les rdigions sous des formes difi!érentes y qui non-seulement a donne une comioissance certaine de eea dogmes ^ mais qui en a Mt un article de £E>i^ doit étte mise au nombre des plus grands biettfaits qu'ait pu recevoir Fespèce humaine. ^*^
i VI. Ce qw w p($s^ifi â^m^ ks n^stkr^s peut être mmené : lo aux cérémonies ççnunénwratives du passage de la pie saur vage à la vie çiv'disée , à l'établissement de Vagrîcultupe et des arts; 1^ à la représentation et à VexpUcaiion deJa nature et de ses phénomènes ; 3° à une doctrine et des cérémonies d*expiation , fondées sur la croyance é^une vie future, C^est de cette croyance que découlait toute la partie morale des n^stkres.
On peut donc ramener à trois points principaux tout ce qui se pa^soit dans les mystères.
ip Les traditions sacrées et les cérémonies cornmémoratives qui rappeloient le passage de la vie sauvage à la vie civilisée , l'établissement de l'agriculture et des arts utiles apportés dans la Grèce par les propagateurs de ces nouveaux cultes , et qui se trouvoient liés avec ces cultes mêmes y le tableau des désordres antérijsurs à la civilisation et des
/*' Il faut donc convenir que ces paroles de S. Thomas d'Aquin sont d'une profonde philosophie : Salubriter ergo divina providit clementia , ut ea quœ ratio investigare nonpotest, jide t&nenda prmciperet$ ut sic omnes defaeiU passent divmœ cagmi* tionis participes 0S^ 9 et absqu^ dulnMwne et errore^ ( S. Thom* Aquinat. , Summa catholicœ fidei contra Gentiles , lib. I , cap. 4 p. 10.)
2t72 MYSTÈRES.
bienfaits dont les hommes étoient redevables à IV griculturci et aux lois.
a^ La représentation et l'explication de la nature et de ses phénomènes^ le tableau de l'univers^ les symboles^ les emblèmes* relatifs à ses différentes parties^ à Tordre qui y est établi ^ à la force qui le meut ; les fables mystiques relatives aux puissances actives et passives y et à leurs productions.
3o Une doctrine et des cérémonies d'expiation , accompagnées du regret et de l'aveu de ses fautes ; enfin le dogme de l'immortalité de l'ame et d'un état futur , où les gens de bien joi|iroient d'une félicité durable , et où les hommes vicieux ^ méchans ou souillés de crimes , expieroient leurs forfaits.
De ce dernier point ou de ce troisième objet des mystères a nécessairement découlé toute la partie morale dont le double but est renfermé dans ce vers
si fameux de Virgile
Discite justitiam monitiy et non temnere divos.
Ce but principal des mystères étoit donc; i» la justice , car c'est principalement sur le besoin qu'on eut d'inculquer aux hommes l'amour de la justice^ base indispensable de toute institution sociale^ qu'est fondée la théologie ancienne. 2^ La piété et le respect envers les dieux , car la religion prescrit toutes les. vertus publiques et privées; elle est la
Virgil.,iCnftti.,l>b. VI,
MYSTÈREà. 373-
bâseetle plus grand appuï de la législation, ''Mlé est le lien le plus sûr de Tordre social. ' *"' •' ^ •' On enseigna d'abord dans lés mystères^ les ^pre-î' lïners élëriiens de la morale^ ces vettilfe doiit PéflKl? est de calmer la fougue des'-pà^âidfti^'fet'd'amolîîf la rudesse du caractère. Ce §bnt dt?s Vertus qui font "^ de rhômme un bon père, Arf'bén fils, tin hùà citoyen j elles furent le préitiier dbjet et lë -plus universel de Tancienne législation y ce fut celui de^ myi^ères. Les progrès delà civilisation multiplièrent bientôt les rapports sociaux, créèrent de nouvfekux devoirs, et conséquemment de nouvelles vértusV la philosophie et la mysticité conçurent dans la suitte une perfection encore plus grande à laquelle joil pouvoit élever l'homme , mais quélqne 'iriétà-physiques que soient les idées adoptées dans les temps postérieurs par les théologiens , et quelque élevé qu'ait été le vol des mystagogties à travers les régions célestes jusqu'au monde intellectuel, l'origine première de toutes ces idées, la base sur laquelle elles reposoient , a été la morale fondée suif l'expiation actuelle des fautes, et le dogme des récompenses et des peines à venir. Porphyre rapporté quelques-uns des préceptes de cette morale sim^e dont on avoit soin dé recommander la pratiqué dans la célébration dés mystères, comme d'honorer ses parens , d'offrir laux dieux les prémices des fruits , de s'abstenir de cruauté , même envers les animaux ^*^- On y recommandoit également la bi^en-
^^ Porphyr. , de Abstinentia ^ 11b. IV, 5 ^2. T9ME II. ^^'
iai^nce,^ l'amour die h "^érité^ i'at^ur de la p^tri^^ les hautes vertus 4{Q'ell^ ^xige %t los Mrvîo^s quelle a le droit wd'attandre de tous se^ Noyées ^ 4aBsr les t^enf pf postéiieijirs ou chetdaa à perfeçtiominr ii^al^ki smi:^ simplu et primitive.
Les mystères éX^wA i^n.^es moyens 4'âmv«r <av pçrfectiono^meat de l'hoiw»e > :et, p«r tma swile né^ cessairif^ ^ felui) de La mafak et du bÏGSk des sociétés ^ la grande science qw l'cm y e|is«igm^ était pomr l'homme, ia x^omioisMoce de Boi^^sÉmm» de 4% grandeur de sa destioj^ , et 46 sa su|>érû>riU sur Los aoimdtucqui ne poHvoîeat arriver à Miette science I et auxquels l'homme ressemUoit 4ès ^u^ n'(ap[itolo&âissoit pas sa nature. C'étbit la cette gfiÈude leçoti qu'avoit donaée roMcle de Deiipbes à eeluî qiM le «consultoit ^ur les . mîoyeo^ d'^w htn^ iveux ^^^: Apprends àU^sQnwâtm^^i^ém^BeiX^l^maii qui éteit gravée aur le temple et <[tie l'on dî#dil d^soenduie du ciel.
Poiu* partenir è ce^ cowMlislaiMe de ^iHûéne > Voneî;e»Ene théologie qui a^oit ednw )e dogme de le piiaexisteiuGe ^ de l'immoptalité <de »l;am^# près* Qiriv^oit d'^s^fi^ihlir l'action de U mi^tiè^ fsm l'Orne ) cir cW la (matière qui , swiv^t elle,, est ie ^kri»* eipe des psrssioos <{«i troublent sa radian ^ «lemU^tt sa paretë y -ce sent les li^is du >cp^ '^i l'e»^ eliainenti ^ ^nt les xxtemVres molt^l^ qm^ou^wt soti activité et émxMusseirt son à^te^igênge ^^^. JU
^*> Cicer., lib. I, cap. 9. = ^ Virgil. , /Eneid., lib. YI,
religion employç^t comité fnpve;)s ^^ T^ÇJ^à^r^ ^ rame le libre exercice de soi} intelligence /et d'eçfjf Jg^ ' tput ce qufpeut lai souiller, J^s piif^fjiç^tipp^ . Jgs lustrationsf 1 les expi^t^on^, le$ jejipçs e|; Ja ÇQnfir n^pce. La pfëp^rabon ^e l'âme popf }es Bij^t^r^ ^«.^stpit npwrs^éitlepieRt 4#u$ }>!?«tip^c^, jp^ da»§ rel9tigpei«^nt <îe tpjiteç p,ep§<fes et 4g fpuç discours profanes^ danâ le silence et la méditation ^*\ Toutes ces pratiques religieuses eurent, dans lepmeipe, Iëib but respectable; mais il fut bientôt écarte parles excès ^ par les superstitions ridicules, par tous les abus et J^oi^tes les e;'reurs de Ja mysti/cité. i»
J yij. fa préexistence et V immqrfalipé cfe l'arfiç çnffiign^^^ ^an^ les mystère^, fxt doctrine et /^/ i4,ées r^^sllifi^sî fil^f philosqpf^s écl^ijues fy infrpduisfr^t ^ar^f f^es ^er^i^r^ tffff^fis,
La prëexistence et l'immortalité de Famé que l'on enseignpit dans les paystèf-çs, etoi^ntune copséqupncé
4es pr^çifiçs 4ps m^m» m ^m^\^ihi^^
wiiYer'Selle. Cependant il oft ^certain que la Jod^mu phUosophique et toutes les idées mystique relatives à la nature des âmes, à leur union avec la matière, aux révolutions qui doivent les purifier àos soiiil-
p. £ i9.e-*-.(|.. Augustin > de Cié^, i^%lib.U4, cap. x. — Mactob., Somru €dp. , iib. XHi , p- Sa.
^ jéd 4^i>os caste adeunto ^ pieiutem adi^benlo,
ajÔ MYSTÈRES.
lures qu'elles contractent par cette union , à leurs transmigrations , aux épreuves , aux voyages auxquels elles étoient soumises avant que de se réunir à leur premier principe et de retourner à leur première demeure ^*^ , ne sont pas ^ de Tessence des mystères et qu'elles y ont été introduites très tard. Ce sont les pliilosophes éclectiques ^^ qui parvinrent
^^ Ub passage d'Hérodote (tib. IL ) prouve ^e cette théorie des âmes étoit connue dans la Grèce à une époque reculée , qu'elle y formoit une opinion philosophique > qui étoit étrangère aux mystères. « Tout le roman de Famé , dit Hérodote , et de 3» ses transmigrations, a été inventé parles Egyptiens, et ré- » pandu dans la Grèce par les hommes qui s'en sont prétendas » les auteurs^ je sais leurs noms> mais je veux les taire (Hérod., lib. II. ). » Cicéron y supplée en nous apprenant positivement que ce fut Phérécyde, maître de Pythagore (Gcer., Tuscid.y lib. I, fi i6. ). Elle se trouve dans un grand nombre 4e philosophes antérieurs à l'époque oii elle s'est introduite dans les mystères. « Les soins qu'on preûd pour sa patrie, dit Cicéron , » facilite à l'ame son retour vers les dieux et vers le ciel, sa » véritable patrie (Cicer., Somn. Scip.ycstp^ 3, 9.)». Les philosophes ont inventé la métempsycose , suivant Hiéroclès , pour prévenir les mauvais e£fets qu'auroit pu produire leur dogme favori de la réfusion de l'ame dans son principe.
^ Ce qu'on appelle éclectisme consiste à extraire des diverses doctrines , par un choix raisonné et une sage critique , ce que chao«ne d'elles peut:avoîr d'utils. Ce qu'on appelle syncrétisme, coii^iste' à assembler, à confondre, en un seul tout,, par un besoia excessif de tout concilier , les élémens les plus.hétérogènes de ces mêmes doctrines. La seconde de ces deux désignations est celle qui convient véritablement aux philosophes
a faire passer leur théorie sur Famé et leur spiritualisme dans renseignement des mystères (b). Toutes les idées des éclectiques sur l'ame n'étoient que le long et énigmatique développement de la doctrine sur le retour des âmes à cet état de perfection d'où elles étoient originairement descendues pour s'unir à la matière. Le caractère dominant de la philosophie éclectique étoit la contemplation ^ l'illumination céleste , dont elle faisoit même l'origine unique des connoissances. Dans le système platonicien , l'ame ne peut obtenir la lumière qu'en remontant à la source de laquelle elle est émanée; elle doit s'affranchir des sens, concentrer ses forces en elle-même par un profond recueillement , et se mettre en communica-^ tion directe avec la nature divine. Les faits , l'observation et l'expérience sont écartés comme autant de choses matérielles dont Fesprit doit se dégager ; les systèmes spéculatifs et les extases mystique^^ cet état qu'ils regardoient conune sublime , cet état si longuement décrit par Plotin, étoient la perfection morale de l'homme, l'origine de toutes les connoissances ^^^ et le but de la philosophie. Par la nature même des opinioiis de leur secte, les éclectiques durent chercher à concilier avec la philoso^ phie, l'ancienne et primitive doctrine des mystères
auxquels on a donne le nom à* Eclectiques. ( Degerando , HisL comparée des Systèmes de philosophie , T. I , p. 1 8a. )
^^^ Suivant les principes de la philosophie éclectique , Fignorauce rend les âmes impures. (^Tambl. , de Afjrsten , $ i , cap. 1 1 . — Porpfajr. y Epist. ad Annebon^)
ëi îèà Idëéi ttrièiilëlfei i feût Vléritàfelfe ^mttè * il* âp^li(Juèt)ènt âlittfe doclWhé loutt à^îmùèHë(ér),rkù« Bleônë dôtAtiôe stti^ lés ptiiâ^ncëii àfclivé^ et jîà^felves de là hàtttre el èùr sfeî$ ^lléhôUiênfeî^. Gés ëflfbïfe fui-éht à*téâblfes ààx Hiyilâgôèttè^ qtii add{Jtèrehtk ^lui gi*àhdè partie dû SyslêMë de tfês kïoUVëatit Plà^ ttthitiehfei là jJrèttvte flbUfetéti ërt fbtlMliè pàf Ëtlttaphii, t^tti ht)Us àpptiétld qiie i'ertipéfeûi^ Julifeti délirant àVoii^ iiit te syfetèhle A^à philosophé» Meà^ tH^iiës, Àe j^lnè gtàb^ 'étilàit^îsSetaéùk ({Ué fceîii qU'U àVôil puisas dâttfe l'è^ Cùn^rsatlotiè d'EdéSîùS, de ChVy^àMhe et de Mâiitne , M obligé dte t*éètttif ir à nïiehit)h^hle d'Ël'eùrfs '^^>.Lte éloges ptodighés pàf feS ttiëihès ^hilbsô^htèfe àui mystèréfe teii gêhéM , et à eéixti'Eléùsis lèti paftttulîfe^ fWUVent feùcttVè ^tt'îfe avôùblèht It* dôgméS q\il y ëfcoièùt èù^^és. « Qui ^ouf rblt s^ttkpéfcbèï^ dé côïlii^tlit , h^criè A Prdclus , que fes myèlèi'eé let les iûilîàtibû* ûè i) Atiteht les ^ttltt de «efcte ite màtMièllé fet ftiùirn '^éîte ^¥ lè§ TH^ilir àùk^eùXi, èl tju^ib fa'éfikàôtit f) -fcfe qù'felfes l*èlenôieht d'îghoranclë tet de sôlti^, )èh ft e'daîrarit bôk è^spiits et *étt âissif)ant thè* lëà 55 àdfè]ptfe^lesté*èbfef* fJàVré'ôlàt delàdmnité?'»* m ti Lfei ttiittë* ^ùt tayètèrtîs d'Eleusis , dit le ftréttiê * ï^ôtlùs ^> pribfettt les lAterix de fôîïè fifait pôti^ » eux le cercle des géaérations, durai^t lequel leurs » amés sont errantes., et de faire eu sorte qu^Us
Po/iïic. , p. 569. = ^> Proclus, w iîm., !ib. V^ j>. 33o,
19 pmêieat reipiref , énSxk âtfrafnchis t!è Uatteitite
Un passage d'Hiérodè^ Bât ea^ore plu» précis : « Parmi les cboses cjui peuvent opérer notre perr n fectiôu, les unes ont d'abord été trouvées par H les philosophes, puis l'art <ies mystagogues «'est » joint à Vesprit philoiOf^que pour compléter 1) son ouvrage ^^K » Un fragment de Pallas rappQrtépar Porphyre ®% dit qu'à Tépoque des nouveaux Flatonieiens on représenta dans les mystères plusieurs nouvelles cérémonies symboliques , et que ces représentations avoient principalement pour objet , les différentes transmigrations de l'ame et son séjour sur la terre. Suivant le système des Platooiciens , les âmes qui étoient parvenues à la perfection de la vertu , étant encore unies au corps de l'homme^ retournoient vers Dieu dès qu'elles étoient séparées du corps; celles qui avoient porté la méchanceté jusqu'au comble étoient livrées au feu et aux ténèbres ^^ , et les âmes moyennes qui formoient le phis grand nombre ^^ , achevoient leur pu-
^^ Biëroclès , Com, sur Pyih. , p. 309. =: ^ Porphjr, , de ^bêtinenl. , lîb. IV*, 5 6, — Ouvareff, Essai sur les Mystères y p. 58.
^ EUefetMrent, dît Socf aie dans le^ddon {BiM, desphi^ lo$Qphea^ T^iy, p«4i3*)» «otonr des tombeaux oà Ton a va des fantômes ténébreux, et dans des lieux impurs, oii elles portent la peine 4e leur première i^. = ^ Fhotius , Codex y p. 179- ) '
a8o MYSTÈRES.
rificaUon. C'e^t ^ur le g/eni^ dç ce* purifications qu'il y a eu divers systèmes, l'un des plus célèbres a été celui de la métempsycose^
J VIII. // est vraisemblable que le dogme de la métempsycose a ' été enseigné dans les mystères ,à V époque oh Une partie de la ' philosophie éclectique s? y introduisit; mais H n'appartient pas aiiv n^stères avant teUe époque.
H n'est pas sans vraisemblance que le dogme de la métempsycose ait été enseigné dans les mystères , à répoque où une partie de la philosophie éclectique s^j introduisit. La nécessité de la purification des âmes étant un sentiment que ne désapprouve pas la raison, les théologiens philosophes ont dû juger que l'équité de Dieu ne lui permettoit pas de livrer aux suppUces des enfers les âmes moyennes à la fin d'une seule vie et d'une seule épreuve j ils ont pu croire que la providence les renvoyoit après la mort en certains lieu:^^ comme en de nouvelles écoles, pour y être châtiées selon leur mérite et purifiées par le châtiment ^*^ : telle est la conséquence que les philosophes Pythagoriciens et Pla^ toniciens , et probablement les Mystagogues des derniers temps, ont tirée du sentiment raisonnable de la nécessité de la purification des âmes. Il y a assurément de puissantes objections à fidre contre le système de la métempsycose réelle, même dans les principes de- la philosophie religieuse des an-
^^ Baauso^re , Hist» du Manichéisme ^ 1^* I^ ^v. YII, c«p« 5^
5 6,iio 3,p;494, 495,
MYSTÈaES. a8l
ciens; il présente surtout des conséquences ridicules : mais ce dogme ëtoit une suite des principes métaphysiques de l'ancienne philosophie platonicienne , et c'étoit toujours par des principes de métaphysique que la philosophie grecque , qui étoit subtile etspéciJative à Fexcès, se décidoit. Quelque absurdes qu'en fussent les conséquences , elles n^étoient pas capables de vaincre l'impression que ces principes faisoient sur les esprits, ni de les tirer de l'erreur dont ils étoient préoccupés. ^^^
Quoiqu'il en soit , il est certain que là métempsycose n'appartient pas aux mystères avant l'époque
^*^ Cependant les philosophes pythagoriciens et platoniciens ne croyoient pas tous à la métempsycose. On lit dans Timëe de liOcres ce passage : « Lorsqu'on ne peut retenir les esprits par » la vérité , qu'on y joigne la terreur de ces dogmes étrangers » qui font passer les âmes des hommes moux ou timides dans » des corps de fenmies , que leur foihlesse expose k Tinjure ; » celle des meurtriers dans des corps de hêtes féroces ; celle » des hommes luhriques dans des sangliers ou des pourceaux j » celle des hommes légers et inconstans dans des oiseaux; 1» celle des paresseux, des fainéans, des sots, dans des pot»- » sons. » ( Timée de Ix>cres , de l'Ame du monde ^ cap. 6,$ m,)
Timée, comme on le voit, ne croit point à la métempsycose; mais Platon n'a pas voulu renfermer ce système dans les bornes d'une Crainte utile pour arrêter le vulgaire : il traite cette idée comme un dogme positif > d'oU il part , dans le Tïmée^ pour expliquer sérieusement l'origine des antres espèces d* animai»^ des femmes , des quadrupèdes , des oiseaux , des reptiles , des poissons y tons animaux qui ne sont ^ dit-il , que des hommes coupables, condamnés à cette dégradation, pour expier les crimes d'une vie antérieure. ( Plat. , Tim, , p. 90, 91. }
tlês nouteaui Plàtônicieâ» ; tktohy stmoil excbttVèttïéiit là dotitrine de l'Élysëô et du Tàrtare de ràtideûne n^thôlogie gtecqtie, dorit on dùùttoii même ded reprësentaticmà tltéâtraks. Où fai^oit la t^présentatiûii des enfers dans un lieu soutôtram pratique pôut cela au-dessous du graud tseuiple : un passage de Platott ^*> pirouve que la reptésentatîon des peines de Tetifer fkisoit partie de la eâAration des mystères,
w Le temple s'ébranle , la -foudre annonce la » présence de la divinité ^ un bruit sourd se fait ^ entendre du fond des abymes de la terre, Vé- » difice des enfans de Cécrops mugit , les serpents » de Triptoléme sifflent, au loin paroit la triple M Hécate. ^^ »
Apres la proclamation du héraut qui ordonnoit ên% profanes de s'éloigner > les aspirans étoient plongés dans les. horreurs des ténèbres , que Luden compare à celles qui enveloppent ceux qui descendent aux enfers : « je me vis , dit Apulée , aux portes de la mort , je foulai dé mes pieds le seuil du palais de Proserpine ^^^ ». Les aspirans approchoiei^ du
^ plat. ) ^e Lêj^iha , lib. IX > T. II , p« 670. ^ ^> CtoidM., , eb Jtd^é Prosèrp, , lib« I , v. 7, t5.
^ Ï.Hmtlatk»n ««x gnands inyMères^ dit encore Apdés^ -mx le «îiavfcftcre d'une mort volontwe et da ludat de i'jMne. **« Méurif) dît Fiatarqwe, o'eit être initié iaux grands mjmkrtê* Vmttè ié{)roiive k la fenix^t ce cpi'dle rfssent dans iee inkktîoi»* C'est ^omrqoot numrir oa élt^ initie s^ei^mne pmr d«s «enaet semblables ( ies «lets répendevt atix mots > oomme les ehoies
sâncltlàke , ^aisià déthiûbks, ne Sàdh&nt où mettre le pied, bi ttduvei^ lé ^hetiiitl ^ui poùvoit les y côflduiW <*^ Ces ténèbl^é ^tx)îéttt ititWtompUeS par de ïtireS éelâtà de lumière qwl làissoient voir de tèftipà à ttuiiré de* ôpéCtties efFrayàns ^^ , de^ Fantômes àjafat des figdreà d'âtiimaux: et diverses formes ûibiMtruèusès i ées feùtômes représétitoietit tous les mmt y toutes les maladies dé Tésprit et du eorps , toutes lès peiiies, tous les Supplites dôùtles iiômmes j^bUvôiéttt être affligés. Dans mû des dialogues de Lucien , My cille entrant dafts là b&rque de Câfôn, t^d \k maiu à ùu Cynique et lui dit i « Dis-moi , ^ t!ài: tu t'es fkit initier aux mystères d*Eleusis , ne i> trôUves-tu pas que tout ee qui se passe ici , y res- )* semblé beaucoup? a
Le Cynique répond * « Tu as bien raison j mais )> voilà une femme qui s^avance, faisant les fonc- » tiôns de Dadouque , c'est-à-dire , tenant un flam- » beau. Son regardes! menaçant et inspire refifroî,
» c'est sans doute quelque furie ^^K » En effet on voit pàî-oître Tisîphone , et elle conduit les morts nouvellement débarques au tribunal de Rhadamanthe. « Fermez ces issues ténébreuses et ces chemins qui » conduisent aux enfers , dit Saint-Grégoire de
répondent aux choses. ( Pinl. , Fragm, $ur l'immortalité de Vione ^ ap. Slob., ierm. 3a40
^> AertftMiufc^ Otètt.in^^r.,^^ 5o. k.^^ I>W ChrySoSt. , Om/. Xlf > pv aoii» fc= ^ fAiCÎafi. ^ XJmiffl. , $ iî.
)i Nazianze, parlant aux initiés. Je tous guiderai » dans la voie droite et lumineuse du ciel. ^*^ »
On nous représente l'initié eflFrayé par ce spectacle des enfers^ l'étonnement et la terreur saisissant son esprit, tremblant de tout son corps,- une sueur froide coulant sur ses membres , jusqu'à l'instant où on lui montre la lumière ; c'est la scène brillante de l'Elysée où il aperçoit des prairies délicieuses que couvre un beau ciel , où l'on respire l'air le plus pur , où il voit célébrer des fêtes et des danses , où ri entend des voix harmonieuses , des chants majestueux et des discours sacrés, où il est enfin frappé des visions célestes : c'est là que l'homme devenu parfait , rendu à la liberté , affranchi de tous les maux et vraiment maître de lui-même, célèbre les plus augustes mystères , converse avec des âmes justes et pures, et voit avec mépris la troupe impure des profanes, toujours plongée et s'enfonçant d'ellemême dans la boue et d'épaisses ténèbres. ^^^
S IX. Le système du bon et du mauvais principe n'a jamais été exposé dans les mystères à aucune époque.
De ces scènes successives (ie ténèbres et de lumière que l'on faisoit passer sous les yeux des inir tiés, quelques ^auteurs ont conclu qu'on leur pré- ^ntoit le spectacle du bon et du mauvais principe.
^^ s. Grégoir. Nazian., Orat. adv. Jtdian, II, cap. 3i. = ^> Plut., Fmgm, sur l'immortalité de Vame, Stob.^ Serm. 274.
MYSTÈRES. a85
Rien ne prouve que ce système qui a tant occupé les philosophes , ait été exposé dans les mystères à aucune époque ; si on y réfléchit , on verra même que les fondateurs de ces mystères seroient allés contre le, but qu'ils se proposoient, et qu'avec cette question insoluble par les lumières de la raison y ils auroient nui à la doctrine qu'ils vouloient établir. Le premier soin des fondateurs des mystères a été^ sans doute, de combattre les horribles superstitions qui déshonorent la nature humaine dans Tétat de barbarie : or, quelle est la source des affreuses pratiques rehgieuses que l'on retrouve à l'enfance de tous les peuples? c'est l'effroi , la terreur que leur inspirent les maux qu'ils éprouvent j ils les attribuent à autant ile dieux malfaisans qui^ dans leur croyance, étant toujours prêts à leur nuire , doivent être incessamment apaisés par les sacrifices et les rites les plus barbares. Toutes les extravagances et toutes les absurdités imaginables entroient dans ce culte y ces génies malfaisans et cruels , on ne pouvoit se les rendre favotables que par des crimes et par des meurtres : ainsi dès le principe de l'établissement des mystères ou de là reUgion chez les peuples sauvages , les premiers législateurs ont dû rejeter tout ce qui auroit pu perpétuer des idées aussi funesteîs. Ils ont dû les combattre en étaBUssant la doctrine cie la bienfaisance et de la puissance souveraine du premier Être , et cette conduite leur étoit dictée non-seulement J)ar l'utilité particulière des peuples qu'ils vouloient civiliser , mais
p^r h raispq menaça car cjuellç (jue §Qij TJi/po^ %hm (p'on adppte ^ur Tori^'inp (lu J^i^» §t ^i^ jn^^ Jg plp§ injuriiBUsp à h ^mulXé ç% Ja pji;^ iftçpmpa^ tible^vçç toute i^ç jeligieu^^, ^^n twjour? Qpjl^ qm clpw»e j^Jteintç à k hQUt4 rt ^ U p^is^aRp^ 4^ Pieu^ cejs (leu;|L perfeçtipns é\mt h h%^ 4e U rçU-
liQr3(J»e k^idé^s d^ çe§ p^upj^s ^ iço^t gé»i?r|i-r
^pi^^we 4Vne ç^u^ç ^ni(J^e (le;? effçfe q^'ijs i^rQ^- \oimt^ U3 ^d^ettoiem sei4em«rtt les feilt§ (jujç Jjeïpr
OTçjpjptpit ïa ïigJurç; i5.^^p Jjç$ 4i§pwte? pi ypvJlpw-
m approfondir, et cpi^ç^P «Ifc leiv wpfttrpit (i'jiW^ p^t IWté du prçmiçr Èlfn , çt 4.e YmUe k5 Jbieî» pt ies jï^ux 4^nj? J'ordre rnQvsH et (iaq?r^r4?:e pXgrr ^i^UP ; en a.dïaettwt <5iett^ dualité p ih fwspiept tpwt jçpïTtir à'mQ ^P.urç» wique qui lew J^tpit ç^emeirf déwpwtrée, ils pe yioyp^çRt qy^ le pr^ojwr principe
jgioç du i>ien (çjt djiti ip§l i^t dk)pe çjr^gçrç |i Jji
^.eligiptt qui we dispute rjkç» # fmi^ qw pjT^flrit ; ^9 appwli^ tputÇ ÇJ^m ftujj jpjiilp.$ppj|jiçj§ qiw PftJ y((>ul» yerjÇÇF to ypUç ii»pépéfcriij?iç ppjir .ej»^
pénM^ffl^ i^wfiQ^whi^f mysLux J'ga;pres§ipn dç
H^n^,E^t w^(^ Içs pJtûJWPpliÇ^ 4e îpiW l«s tewp^, l^ï^s pn cJwvBÛep^^.sç ^o^»t tpfljoftïs pjpAUpé? 4e h q»P9ltiw 4e Tpri^fioç 4» wal^^ çt tP^^QW^ çUç ^ jimbaJ:rai**iÇ^-iParjoîiJe;5 çlw;éûew s,UrttPM^^PÂ|;è«^ S^t-^gWiÎLUjat A^m>)?fi Pfltiçlpqwewweïif ,iaojRtr^
tpwte U 4ifl5îCîilte' 1^ ,«Bfte,qttçi;5tipp,.Ari\ftbe., ,i^pnè?
en jiyoir prl4 ayçc ^nç louable çirçpW5)«ctiw , $^ fait néaansioin^ cette objecti^^) (juç vim W peiit ;sç faire saqs )a volpxrté 4^ Pi^W;, ^t quç cptt^éqiwofr» mçttt , de ijuçlnne .iwaièye , q^^^e ce 3oit^ Diw 4oit être la muse des m^v^i h principe ii|i paroU incontestable ., et cependant U n'pse ni ne veut l'ad-» mettre, tant la cw^eque^ce Ini parx^îtne'cwsiiçiç, ^^>
Ce fut pour eViter ces cpn&éiïuence» impie* ^ qv^ des philosophes païens, et après eux des philosophes chrétiens , supposèrent deux principes éterodsj Vim, du mal et l'^autre d» bien? P^tbago^e, Ti«ée dt> Loo*^ i> e;t fcoms U» iU$XveB dkcâples d^ Py^hagoro , ont ladmii ces oleux prinâpos , qu'ils appellent Fesprit fit la nécessité ^. L'esprit étoit la cause de tous les biens qui sont dans le monde et la source des natures inteUigentes ; la nécessité était <au cc^ntrair^Ei la sQijw-ce et Toxigioe de tont mal. Par Te^prit, Timm QDtt^pît Dum ^«at padP la sèéceeské, h. p»dièw d«Bi loB fscttip^ pr«fioiei»t kme origine ^^K
Les platoniciens^ c[ui ne fovent que des pythagoriciens réformés , et qui en prirent les principales
^^^ iÂJOiab., jfdvmm. 4&mL ^ til>. II.
•^ ©fuéker, JRrt. erit. Philo$oprh.,1.1, p. 1127.
^ C'est la i^anière doçt 4e 3tçï,ci^p HallWi 4<^CwWÎ .CiWMî|ç rëpicurien V.éllBius^ la prpvideucç ^t h ^S»m4 d^ 4i^W» Ji adipejt leur existencp , ensuite il r^eUiÇ c^ tu'il J » M ,nw44?f# le monde sur u;ie n^cessijtë inTiol$LbXe^ ej^ 9W h vi^fi î^Msi^ glble des matëi-iaux dont FintelJjigçnP^,, bpnwî Pt s^ç., iH^ obligée de se servir. *( Ciccr. , cfe JYatur, deor., lib. II, c|i^. 3^ et 35.)
opinions 9 adoptèrent aussi' ce dogme ^*^. La philosopHe d'Aristote est également fondée sur Texistencè du bon prindpe qu'il appelle la formé , et du mauvais qu'il appelle la privâtion^^ ; Xénôcrate , Empédocle^ Chrysippe, et tous les anciens philosophes, à Fexceptioiji des épicuriens , ont reconnu cette doctrine. Elle continua parmi les philosophes païens , plus de deux siècles après rétablissement du chris-
^*^ Platon , dit Plutarque , couvrant et enveloppant de quelqu' obscurité son sentiment , appelle le premier de ces principes axixoçj le même, et le second Irepoç, F autre» Mais dans le livre des lois , qu'il écrivit dans un âge plus avancé , il dit en termes exprès , que le monde n'est pas gonvertié par un seul esprit ou par une seule ame , il veut que le nombre de ces âmes soit au moins de deux, dont Tune est bienfaisante et l'autre méchante, en sorte qu'elles produisent des effets contraires ( Plut. , de Osir. et Isid. , T. II , p. 370. ). Timée de Locres , avant Platon^ avoit appelé dieu avroç, le même y et la matière Irspoç , Vautre. Avant que de parler ainsi dans ses Livres des Lois , PlatoA s'étoit exprimé à peu près de même dans sa République: c Dieu étant bon, il n'est pas la cause de tout ce qui arrive , » comme plusieurs le prétendent y mais au contraire il n'a aucune » part à beaucoup d'événemens auxquels les hommes sont sujets; » et comme il y a dans l'univers plus 4e mal que de bien ^ il » faut chercher une autre cause et un autre principe du mal que » Dieu (Plat., de Repub. , lib. II, p. 6o5.). » Dans le Tlieétète, on retrouve la même doctrine ; Platon y conclut tout naturellement de ce que la matière corrompt ceux qui s'y enfoncent, et de ce qu'elle produit tous les maux des hommes , qu'il faut l'éviter au plus vite et avec soin , et travailler à se rapprocher du bon principe et lui ressembler autant que possible. {The^, j p. 176.)
^ Plut., de Isid, et Osir.
tianisme ; et Plutarque lui-même, qui a été si favorable à cette opinion, reconnoît que tous les anciens , philosophes n'ont dit que le mal est la production de la matière , qu'afin qu'on ne crût pas que Dieu en fut la cause ^*^ Saint Justin ^^^ donne la même origine à l'opinion de Platon sur ces deux principes^ ce fut pour éviter les mêmes conséquences que plusieurs philosophes chrétiens supposèrent aussi ces deux principes éternel». Cette opinion trouva beaucoup de. partisans parmi les chrétiens des premiers temps, et peu de temps après les apôtres, on vit plusieurs sectes admettre ce dogme comme une vérité fondamentale. Saturnin et ses sectateurs, qui vivoient dans les temps apostoliques , Gerdon et ses disciples ^^^, qui furent suivis de Basihde, Valentin, Marcion , Bardesanes et Manicliée ^^^ , admirent les mêmes opinionsT. ^ Elles furent la source du long attachement de S. Augustin pour le manichéisme même. ^^^
^^ Plut. , de proc. emim» = ^ S. Justin , Cohort. ad Oentes, := = ^'^ Thëodoret, Hœres. , FabuL ^ lib. I, cap. XVI. XXIV. -— lib. 16, cap. III*
^^ S. Epiphane convîent luî-méme que Tunique but de Manicbëe ëtoit de ne pas mêler le mal avec la nature de Dieu (Epiph., Hceres.j lib. LXVI. ), aveu qui est eonfirmé par S. Jérôme. ( S. Hieronym. , in Kah, ; cap. 5. )
^ S. Augustin fut très long- temps manichéen , et il suivit le dogme des deux principes dans un âge où il avoit déjà acquis de grandes connoissances ; mais la ville de Milan ayant eu besoin d'un professeur de rhétorique , le préfet Symmaque Tenvoyà dans cette ville. S. Augustin ayant entendu parler S. Am- TOME II. 19
%gO MYSTÈRES. -
Tous ces philosophes païens ou chrétîeiis défîiiis* soient la nature divine^ un être infiniment par£iit , infiniment heureux ^ infiniment puissant , l'unique cause de tous les biens , et ils défînissoient le principe oppose I la souverame imperfection , le souve^ rainmal, la cause de tous les maux. Comment ont-ils donc pu confondre sous l'idée coknmune de la diyi^ nité^ deux substances y dont l'une a toutes les per-fections possibles^ et l'autre toutes les imperfec-tions opposées? Ce qui constitue l'essence divine n'est-il pas l'assemblage des perfections naturelles et des perfections morales? Or^ le mauvais principe n'avoit ni perfections naturelles^ ni perfections morales ^ sans lesquelles il n'jr a pas de dieu. D'nn autre côté ^ comment admettre un Dieu infiniment bon^ infiniment pjoissant^ infiniment parfait et auteur de toutes choses ^ et éviter la conséquence qu'il est l'auteur de tous les maux qui existent daii$ la nature ^ d'où il suivroit qu'il ne seroit ni parfait , ni bon , ni puissant^ c'est-à-dire , qu'il ne seroit pas dieu? Les philosophes chrétiens qui admettent un dieu crèa-
broîse > commença à ne plus sentir tant d*éloîgneinent pouf les opinions des orthodoxes* Enfin convaincu par les raisons de c« saint ëvêque, il embrs^sa la religion chrétâenne : il convient lui-même , dans plusieurs endroits de ses ouvrages , que nem ne; s'opposa plus à sa conversion que les difficultés qu'il troovoit dans Torigine du mal physique ^ moraL Lactance les « montrées dans toute leur force dans son ouvrage sur la colère de Dieu ; mais^ comme dit Tabb^ d*Oliyei , il les a mieux «zposées que réfutées.
temTy n'ont auicnnniojen ide lever cette difficulté; les païens qui n'ont eu l'idée que de la génération delanutiére^ produit dnprmcipe actif et du principe passif^ disent que le mal ne vient pas du pr«^ Hiier Être iai-xnéme ^ mois qsu'il est uoe qualité ad«héneate à la mastnère. Cet expédient ai^ peut pas lewr être plaffis utile ; car^qi» le panemier Etre ait ^eagea* dréla matière 9 «uivaut le «^stème des païens^ aa qu'il l'aEit croée , saivant la foi dicétienne ^ le mai est toujours venu de lui II n'y a qœ le ^stéme de rétermté du monde ^ui puisse faiiie disparoitre cette contcadietîoiii ; mais alors la puissance et la bonté de Dieu iie «soot plus infinies , et l'idée de la divinité est tout ^ussi bien anéaptîe. D'ailleurs l'éternité du monde n'a jamais été que l'opinion <lu plus petit nombre de philosophes. Si lUutarque ^^^ , dans l'in^ térét de son sjrstèm^ fstvori des deux principes , l'a aMribué à Pbnloii d'uoe manière affirmative , une foule de passages des ouvrages de Platon, phisxlairs q»e celui invoqué par Plutarqne , prouy^ qu'il par* tftgeoit l'opinion générale des philosophes y qui cmt
**^ Platon savoitbien^ dix Plularque {de Proc. anim., p. ioi3.)
que le monde est kernel et n'a point eu de commeucement.
L* auteur des Phâosophumena , ou t)pinion des philosophes , ouvrage attnbuë à Origène , dit de même , que Platon a cru le monde éterad ( Phikfsoph,^ p. iïi.). -Cette opinion cH fondée «nr ce passage -Bu sixième livre des fjois de IPlaton :• k Tout » le monde doit savoir , dit-îl , ou que le genre humain n'a pas » -eu de eommeiicement et qu'il n'anra pas de fin , qu'il a tou- » 'jours c»sté et qifâ existera toujours , ou que s'il a commencé î> îl s'est ^oulé des temps infinis depuis son origine. »
292 MYSTÈEES.
pensé que le monde étoit la production du premier Etre.
Il est certain que les pythagoriciens et les platoniciens qui admettoient réternelle durée du monde > admettoient aussi son commencement et son arrangement par rÉtre-Suprême. Aristote , s'il faut l'en croire, fut le premier qui soutint l'éternité du monde ^ ce qui a été répété par ses plus célèbres commentateurs j cependant ils ne pouvoient ignorer, et Aristote encore moins qu'eux, l'ouvrage d'Ocellus Lucanus. Suivant le système d'Ocellus Lucanus , le monde , tel qu'il est, a toujours existé; malgré quelques changemens violens , que l'on sait être arrivés dans quelques lieux de la terre, soit par le déplacement de la mer ou par toute autre cause, jamais sa constitution ne fut entièrement détruite, et cela n'arrivera jamais. Quelques philosophes postérieurs, tels que Pline, ont adopté la doctrine d'Ocellus Lucanus et d'Aristote sur l'éternité du monde j ils se servent souvent des mêmes argumens qu'Ocellus Lucanus. Ce philosophe lui-même faisoit valoir pour le monde les preuves d'éternité que les autres philosophes faisoient valoir pour la matiérç ^*^; mais l'éternité , soit
y'^ OceUus ïiUçanus a iûtitul^ son ouvrage H.spl tîjç.tw îràvTOç l>v<r«wc, ^^« nature duioi^t, Le mot fdaiÇy nature^ signifie chez les Anciens , tantôt l'action de la cause productive , tantôt l'essence de l'effet produit. Le mot wàv^ omnia^ universum^ totum, signifie l'ensemble de tout ce qui est, sans exception,simul omn'ia et suprà désignai et subjeçia. Ainsi le titre de Tou-
MYSTÈRES. HQ'i
de la matière , soit du monde , n^est pas un mystère moins impénétrable pour Fesprit humain que la création du monde ou sa génération. Ainsi, que Ton discute la question du bon ou du mauvais principe, sous tous les rapports et dans toutes les hypo-
▼rage d'Ocellus Lucanus annonce une explication du système de Fiiuivers et de ses causes. Je |)ense , dit Ocellus Lucanus , que le tout ( l'univers ) est indestructible et im produit. Il faut distinguer entre l'univers et le monde : l'univers, to itiv, le tout ^ est la totalité' de l'Être, la somme de tout ce qui existe , le chaos même en ce sens étoit l'univers. Le monde est la totalité des êtres arranges comme nous le voyons. Tous les anciens philosophes ont cru que l'univers ëtoit étemel , mais la plupart ( Aristote dit tous ) , ont cru que le monde avoit été formé et qu'il a voit eu un commencement. Ocellus Lucanus et Aristote ont cru à son éternité.
Ocellus Lucanus a été accusé de matérialisme , mais c'est à tort ; Fréret lui-même a partagé cette erreur. Un grand nombre de passages de son livre répondent victorieusement à. cette acctisation'y indépendamment de ces preuves positives, jamais Ocellus Lucanus n'a dit que lemonde fût Touvrage d'une nécessité aveugle ni du mécanisme. Les causes et les principes du monde étant éternel s ^ selon tous les anciens philosophes, Qcel- 1ns pouvoit dire qu'ils avoient eu leur effet de toute éternité sans rejeter la divinité ni lui ôter son influence de conservation et de gouvernement. L'opinion du monde éternel ne suppose pas chez^les anciens , que les dieux ne soient auteurs ou principes du monde. Cicéron cite un passage ( de Nat. Deor,, II , 37.) ou Aristote disoit que des hommes qui verroient tout-àcoup et pour la première fois, le monde et Tordre admirable qui règne dans ses parties , ne pourroient s'empêcher de penser qu'il y a des dieux , et que ces merveilles sont leur ouvrage : ainsi parloit Aristote soutenant l'éternité du monde. Il faut
tlièses y il est impossible de lever toutes les diffir* ' cttltës qa'eUe présente , et de répoodre it toutes le» objections* On sent la fausseté de cette opinion
jnger ces pliilosophes parleurs propres idëes; or ^ dans leur système, la substance de Dieu même avoit éié employée dans la composition du monde, Gc;c|al ne peut s'accorder a^ec Tid^ de matérialisme ou de pur mécanisme qu'on kur impute , ce, %uî entraîne au ^ïontraire la conséquence que tout est formé de Dieu , maintenu par lui et par son moyen» La coéternîté des dieux et du monde n est pas un sentimemt absurde , il a été adopté par S. Tbomas d'Aquin et par ses disciples ( S» Tho». Aquinat. , Sùmmm cathoUcœ fidei, lib* II , ci^ Sa , p. 58^ , -« cap. 38 , p* 598, — eap. 61 y p. 389* ). « Dès que Fou admet une » cause suffisante , dit S. Thomas , il est nécessaire d'admettre » un effet: Dieu est la cause suffisante de la production des 1» créatures; or cette cause suffisante des créatures étant éter- % nelle, il faut que les créatures » qi^i sont If effet de cette cause , » soient étemelles \ car Dieu ne pouvant être vacillant dans ses » résolutions , et rien ne pouvant s'opposer à sa tolonté toute' » puissante , il est nécessaire qu'il ait créé le monde de tous y^ temps^ ' puisque l'effet suit toujours la pvùssance d'un ageol » qui agit par sa volonté. » Mais, dira-t-on^ il faut que la cause soit avant l'effeté S. Tbomas répond : « Cela est vrai > lorsqti'm» cause produit son effet par le mouvement , mais il n'en est pas de même d'une cause qui agit dans l'instant et sans roouvemest, d'un agent qui produit son effet avec lui et sans le secours de la primauté du temps , et S» Thomas cite un exemple. Le soleil est la cause, et-4a lumière est l'effet produit par lui^ mais la lumière y quoique l'effet ^ a toujours coexisté avec le soteil , et Tun n'a jamais été sans l'antre. L'opinion de la possil^lité de l'éiemité du monde , si telle avoit été la volonté de Dieu , a été défendue par de très grands hommes parmi les premiers chrétiens*
MYSTÈRBS. sgS
san& trouver y pour la détruire , des argumens dans la faible raiscm humaine; mais si on ne peut prouver la faa;sseté de ce système, pris en lui-même , on pçut faire en général^ à toutes les objections^ une réponse qui ne sera pas moins juste. Les notions les plus distinctes , les plus évidentes et les plus cer^ taines que nous ayons de l'ordre , nous montrent que rÊt^re-Suprême;^ qui existe par lui^méme^ qui est nécessairement éternel, doit être unique^ infini, tout-puissant , et doué de toutes sortes de perfec-» tions* Il n'y a donc rien de si absurde que d'admettre deux dieux ou deux différens principes des choses îndépendans'l'un de l'autre : « Si nous trouvons en » eux les mêmes qualités y dit S. Jean Damascène , n s'ils ne diffèrent en rien y il est naturel de croire M qu'il faut plutôt qu'il y en ait un seul que plu- » sieurs. Si au contraire ils diffèrent dans leur es- » senœ y où est donc la perfection de ces différais » dieux? ^^^ » Il n'y a aucune réponse à faire à cet argument. Le pi'incipe de la nécessité d'un premier Être est fondé sur les notions les plus simples et lés plus claires y il est la base de toutes les religions et de l'existence de toutes sociétés humaines. Il exclut donc tout autre être infini; sa puissance infinie ne peut sf^accorder avec une puissance égale à la sienne : « S'il y avoit plusieurs dieux y dit encore » S. Jean Damascène ^^\ comment seroit-il possible
^'^ Damasceu., Orlhod^Jideiy lib. I , cap. 5 , p. i5. = ^^ S, Jean Damascen. , ibid.
296 mystères/
» qu'ils fussent infiois et qu'ils ne fussent bornés )) par rien? Là où se trouve un dieu^ ou un premier » principe indépendant , l'autre n'y peut être. » Dès qu'il est évident qu'il ne peut y avoir qu'un premier Etre intelligent, bon, infini, puissant ^ éternel, la connoissance certaine qu'on en a ne peut être détruite par l'ignorance où l'on est du mal moral et physique. Parce que j'aperçois dans le monde des choses qui me paroissent déplacées et dont j'ignore la véritable cause , des choses que ma raison ne sauroit pénétrer , je dois me plaindre de son peu d'étendue ^ mais je ne dois pas pour cela rejeter une chose qui m'est démontrée avec la plus grande évidence , et en conclure qu'elle soit fausse ; sans cela j'agirois comme un homme qui , ayant la vue foible et ne pouvant apercevoir les objets qui sont à cinq cents pas de lui / nie que ceux qu'il voit distincteriient à quatre cents pas, aient aucune réalité.
Il faut donc reconnoître que c'est là une de ces questions insolubles avec tes lumières ordinaires de l'esprit humain ^^^ , et dire avec Arnobe , « qu'il n'y M a nulle nécessité que nous répondions à cette » question , car il nous est très indifférent que nous » puissions y satisfaire ou non. C'est un mystère
^^' La raison humaine^ dit Bayle, est trop foible pour cela ; c'est un principe de destruction et non d'édification , elle n'est propre qu'à former des doutes et à se tourner à droite et à gauche pour ëtemiser une dispute. (Bajle, Dicl, Hist,^ art. Manichëe, p. 1900. )
» qu'il nous importe peu de savoir .ou d'ignorer. » Nous nous contentons d'établir cette seule vérité, » que rien de nuisible , rien de pernicieux ne peut )) être Fouvrage du Dieu souverain ; c'est là ce que » nous croyons et ce que nous savons. ^^^ »
Cette circonspection , cette prudence , cette modestie auroient dû être suivies par tous les philosophes ^ je la retrouve du moins dans Maxime de Tyr ^^ et surtout dans Socrate. Ce grand homme , après avoir lu, pesé et jugé tout ce qui avoit été dit sur les causes premières et l'origine des choses , déclare que la connoissance de l'art dont Dieu s'est servi pour faire ce qui existe ayant été refusé à l'homme , il doit s'abstenir de le rechercher avec trop de curiosité , que la vraie science de Thomme est la morale , que la connoissance des choses et de leur manière d'agir, quand jnéme nous pourrions y atteindre, ne nous rendroit ni meilleurs ni plus heureux ^^^ V il ajoutoit que ces recherches/ pouyoient jeter l'homme dans des écarts çt des absurdités,
^^ Arnob., advers, Geni.y p. loi.
^ Maxime de Tyr , dans le beau morceau oii il raille sî ingénieusement Alexandre , qui ëtoit allé consulter rors^cle de Jupiter Ammon sur les sources du Nil , dans ce morceau pu il parle avec tant de majesté des bienfaits de la providence , ce pbilosopbe ajoute : a Mais si je me tourne du côté des maux..*... » certainement ils ne viennent pas du ciel, l'envie est bannie pour x> jamais de ce séjour de félicité. C'est ici où j'ai besoin d'oracle, » consultons les dieux. » ( Maxim. Tyr., Orai, XXV. )
^^ Xénoph. , M^m, Sacr,, 4? 643» — Cîcer. Acad,, i , 4'
agS MYSTËIIES.
qui sont la récompense ordinaire de U présomption. Socrate auroit donc voolti que y comme on part de certains points d'appuis , dans les sciences mathématiques, il y ^ut de mèsie dans la ttieorie des sciences métaphysiques, des vérités hors de con** testation y qui seroient censées déoiontrées^ lorsqu'elles auroient pour elles le sentiment intime > leur utilité universelle et l'assentiment général de tous les hommes {d)., Alors on auroit â^li pour fondement de nos connoissances métaphysiques l'existence de la divinité; on auroit de même reconnu comme avoués les attributs inséparables de sa nature divine^ sa bontés sa puissance, son intelligence^ sa providence, sa justice. Ces principes posés, Socrate vouloit qu'on étudiât la nature^ mais seulement jusqu'au point où cette étude est vraiment utile à l'honune. Quel emploi de la vie , de se consumer dans des spéculations de pure curiosité qui .sont au-dessus de nous et qui, quand elles n'y seroient pas , tiennent toujours la place d'un travail plus utile , quelquefois même nécessaire! ^^^
Voilà le langage du bon sens , de la sagesse et
^^ Sacrâtes a rébus oceultis et ab tpsa natura involaHs , in quitus anie eum omnes phïtosophi occupati fuerant , avocavU philosophiam etadmtam cçmanunem addixit : ui de vîrtuiîbusac viiiis , de bords ac malts rébus quœreret ( Cicer. , Tuscul, , i , 6.)- On Ht dans les Académiques ( i , 4« ) > ^^ procul esse a nosira cogitaiione, velsi maxime cognitœ essent, nihU tamen ad bene viyendum conferre.
MTSTteE&. 299
de la véritable {diikN|(>pfa3e : les mêmes principes ont nécessairement servi de guide aux fondateurs des religfions et aux législatears des peuples. Ces grands honanes se proposant Famélioaraftion de l'es* pèœ ImmaiBe par la civilisation et la religion , marchoient à ce no}Ae hut^ avec la fermeté qm apparu tient à des bommes habiles doués d'un grand caraco tère ; ils écartoient avec soin tout ce qui pouvoit les en détourner ou retarder leor marche , et qu'y eut-il eu de plus nuisible a leur dessein que ces questions abstruses^ et particuliéremefit celle sur l'origine du bien et du m^? Ils ne s'occupoient que des grandes masses y ils n'avoient en vue que la scdidité de la base sur laquelle ils vouloient construire l'édifice social. Ils ne i^élevoien% pas contre les &its qu'ils avoient sous les yeux^ car il n'y a rien de plus insensé que de raisonner contre des faits; et l'axiome ab actu adpotentiam s^alet eon" sequentia ^ est un des plus dairs et un des plus, incontestables de 'toute la métaphysique. Ils admets toient donc ce que la nature leur présentoit , l'unité du premier Être et ses perfections infinies^ et avec ce premier principe infiniment bon et infini-ment puissant y l'existence du bien et du mal physique et moral. Il y a pjus^ ils ont habilement profité de ces contradictions apparentes que présente l'état actuel de l'univers; ils s'en sont emparés comme d'un auxiliaire précieux pour 'affermir leur dogme fondamental des peines et des récompenses à venir. Toutes les difficultés disparoissent aux yeux de ces
philosophes religieux; car les maux qiie lès hooimes vertueux éprouvent dans ce monde , ils les présentent comme de véritables hiens pour eux , puisqu'ils leur préparent^ après quelques peines courtes, un bonheur inaltérable y et que ces maux qui paroissent si durs aux méchan:s, sont pour les gens de bien , des moyens efficaces et justes de parvenir au suprême bonheur : aussi les chrétiens appellentils la faute du premier homme felixculpa. Ces premiers législateurs n'avoient donc pas besoin , pour justifier le mal physique, d'avoir recours- au sophisme des deux principes» C'est pourquoi dans aucune religion, et même dans celles de l'orient auxquelles le système de la dualité paroît plus particulièrement appartenir, jamais on n'a reconnu un bon et un mauvais principe égaux en force et en puissance , jamais les reUgions n'en opt fait deux êtres du premier ordre , jamais elles ne les ont placés sur la même ligne. Les Egyptiens ne désignoient sous le nom de Typhon , que la stérilité , l'ennemie de la fécondité, la corruption : ils avoient ainsi personnifié, suivant le génie des orientaux, le vice radical inhérent à la matière , l'imperfection nécessairement attachée aux êtres produits. Loin de Tadorer comme l'égal du premier Être, après quelques sacrifices faits. pour l'apaiser, ils lui faisôient mille incultes ^ s'il ne se rendoit pas favorable, c'est-àdire, si Jes maux qu'ils éprouvoient ne cessoient pas. Dans la théologie indienne , Routren qu'ion a représenté à tort comme le principe destructeur et
MYSTÈKE9. -Soi
malfaisant , comme le génie du mal , n'est pas même le Typhon des Egyptiens, c'est-à-dire, un personnage imaginé pour représenter l'imperfection attachée aux êtres produits* Routren étoit le troisième, membre de la triade indienne qui âvoit reçu la naissance du premier Être , savoir : .Bi*^^^ qui reçut la faculté de produire, Vichnou celle de conserver, et Routren qui fut l'instrument propre à exécuter la justicç divine , que le premier Être fît le dispensateur des peines et des chàtimens, et auquel, sous ce rapport, il donna le pouvoir sur toutes les choses qui peuvent causer la . destruction des créatures vivantes ^^^ : aussi le premier Etre voidant anéantir les honotmes du premier âge ^^ dont la vie méchante et dé^rdonnée avoit nécessité la condamnation , charge-t-il Routren de leur envoyer les maladies .et h, mo^t, pour rétablir epsuit^ le monde
^*^ Henrjlord, M^ligion des. Banians, cap. 7, p. 55.
^ Cette doctrine , suivant laqaelle F univers, sensible étant composé de matière, et étant par sa nature sujet à des révolutions et à dés altérations continuelles, les divers mondes se sont succédés les uns aux autres ^ et ont été successivement détruits et réprojdaits par diverses révolutions, a été commune & p^'esqae tous, les peuples de l'antiquité et. surtout aux Orientaux. Dans tous, ces systèmes 9 cesrél^olutipns n'arnvoient que comme punition de la n^éobancetë é(es hommes : la terre avoit perdu sa fertilité primordiale, elle ne pcoduisoit plus que par \e moyen du tr^i^vail et k forc^ de peines,,, les fruits que dans Tan- ,cien monde- cUq donnoit d'eUe-méme et sans culture, elle ëtoit Jivjrée à tous' les maux qui l'affligent et qui étoient incon^ nus dans Tâgc primordial.
3o2 MTSTÈHeS.
et ies hommes qui dévoient llmlnter dans le second Age, <^^
Les Persans «eiix^HaEiëmes qui ont méifité pendant de si longnes années svtr la difficohe d'allier deux dhioses si contraires , im dieu bon et puissant , et i^exÎBtente du mal y n^ont jamais renoncé n rtmite du premier piiocipe ; les inages ne reconnoissoient quHin sexA 4tre supéricfur qu'ils eonccToient comme bienfaisant y comme la oause de toutes les prodnctions , comme eelle de l'ordre et de ^arrangement de l'umTers ^ ccnmme le lien qui unissoit toutes les parties et ^i empéûhoit leur dissolution. Cétoit leur feu principe^ dont le soleil éloit la «viTante image: ils admMtoient deus sortes d'intelligences Kiférieures^ l'une bienCaisanle -qu'ils app^oient Oromase , Tautre cruche et malfaisante qu'ils appeioient Âhriman; Oroma^ iprincipe du bien et Ahriman principe du mal ëtoient deux êtres créés et dépendans ^ dont le dieu ^raprême se servoit ainsi que de deux înstrumens pour maintenir l'ordre et l'harmonie de l'univers ^^ ^ mais ils regardoient
•^ Hcwryiord , Ilrid, cap. 7. p. 56»
"^ Vfyàe, iteiig. P^rs, , ^. i<^4 ? '^75- — ^^ ^* '▼®«' aur^e m^ei ie VénMHre ée M. ÀRqwelil-lDapenfen '( Acmd. des fmscript, , T. XXXVn , p. 5^ I. ") , oà il dëtorrtiDC h Hatore d« prenner priiscîpe €^ez les 9«rses , et lA. provre son amté léfsiprès les Ifvres Zenés et d'après des mommens qui reiooMenA «sucées* Bitemeirt imqa'au temps de Zoïoaslre. Il éitAAxt que f «i^é ^os ipfeimers principes est le dogfoe fondameMal 'àts trois -sentes de nragesjtjtfcf» appelle aneienues et oi4gîiiales, pour les-distîn- ^uer du corps des mages modernes.
MVSrÈEES. 3o3
comme une erreur l'opinion de ces Parsans qui faisoient d'Oromaze et d'Ahrimaa deux dieux supérieurs^ égaux en puissance , sans cesse opposés l'un à l'autre ^ dont les combats mutuels fonnoient tous les êtres particuliers , lesquels sont un mélange de la substance de ces deux premiers principes^ et qui, par cette raison, sont composés de lumières et de ténèbres, de matière et d'esprit, de vertus et de vices, de plaisir et de douleur (e). Us ajoutoient qu'on ne pourroitpas leur attiibuÊrle dogme des deux principes également puissons, avec plus de iandem«it qu'on n'auroit attribué à tous les Grecs en général Topinion de quelquesh-ones de leurs sectes de pliilosopliies. Aussi les disdlples de Zoioastre n'ont jamais adoré le mauvais principe: ils prononçoient au contraire des malédictions contre lui^ c'étoit une œuvre méritoire que de détruire toutes les pix)ductions d'Ahriman; c'est pourquoi, dans les sacrifices qu'ils lui fidscûent , ils égorgeoient mx loup ou qudqu'antre animal sembkdde qu'ils reçardoient comme le symbole des producliotts d'Abrûnas ou des choses nuîsiblea. C'est assurém€»it dans la TeHgion persane que les idées jur l'origine du bien et du mal «ont pénétré le plus avant , mas enfin elles n'ont pas nui au dogme de l'anité: Afariman n'étoit «fu'tm être da deuxième ordre ; quelques écrivains, JBrucl[er par exem{de, ont même pensé ^^ que dans le systéame des Perses, A1irîjy>ffl|
3o4 MYSTÈRES.
ne devoit pas toujours subsister comme principe du mal. Le même écrivain tente d'expliquer , comment le mal dans le système de Zoroastre , peut n'être pas attribué à l'Etre suprême^ quoiqu'il ait produit Ahriman; mais ces explications sont étrangères au système de Zoroastre, et elles ne peuvent laver les mages du reproche d'avoir adopté comme dogme qu'Ahrimanétoitné du premier Être, et d'avoir laissé ainsi introduire , dans leur religion, toutes les controverses sur le bien et le mid physique qui doivent nécessairement naître de ce dogme. Ce reproche ne peut certainement pas être adressé aux théologiens de la Grèce, jamais on ne s'est occupé de la doctrine des deux principes dans les mystères d'Eleusis ; si , comme nous venons de le prouver , elle n'a pas pu y ^re admise au:^ différentes époques qui ont précédé l'établissement de la philosophie éclectique , elle y a encore moins pénétré lorsque quelques-uns des principes de ces-philosophes furent adoptés par les Mystagogues , puisqu'ils n'avoient pour but que de prolonger l'existence de la religion païenne en se rapprochant des principes de la religion chrétienne et surtout de celui de l'unité. M. de Sainte-Croix et quelques autres écrivains^ ont pensé néanmoins que la rivalité des deux principes étoit expliquée ;dans les mystères , et y servoit ajax représentations allégoriques : ces auteurs assimileat Pluton à Typhon^ ils ont fait de Pluton le génie du mal, tandis que Pluton étoit rOsiris, le Bacchus des mystères, le Jupiter, le Sérapis des Egyptiens qui n'avoit rien
MYSTÈRES. 3o5
de commun avec Typhon ; cf étoit le premier Être avec les attributs qui appartiennent au Dieu suprême souverain des enfers, comme il Fest de toutes les parties de Funivers ; ils veulent que Proserpine soit le bon principe , qu'elle soit FOsiris des Egyptiens: mais Proserpine est tout à fait étrangère à la doctrine du bon^t du mauvais principe; elle appartenoit exclusivement à la théorie religieuse du principe actif et du principe passif de la nature. Elle n'étoit pas FOsiris des Egyptiens; c'étoit une divinité nouvelle chez les Grecs qui Favoient créée du démembrement de quelques attributs de Gérés ; c'étoit Gérés ou Isis , c'est-à-dire , le principe passif considéré sous certains rapports et particulièrement sous celui de divinité infernale ^^\ Ges écrivains n'ont pu citer aucun fait , aucune autorité pour justifier leur opinion; elle n'auroit d'autre appui que l'autorité de Plutarque, qui dit positivement ^^^ que l'opinion des deux principes est établie
(^ Quelle singulière incohérence d'idées .' ces écrivains font de Fluton ie génie du mal ^ et de Proserpine , son épouse , le génie du bien ; ainsi la déesse de la production , de la fertilité et de la bienfaisance, eût été unie au dieu de la stérilité et de tous les maux. Les Egyptiens étoient plus conséquens que ces auteurs; ils donnoient à Typhon pour femme Nephtys, déesse de la stérilité. Ces écrivains sont cependant des savans recommandables : tant il est vrai que les savans qui ont le plus étudié les opinions des Anciens, ne doivent être crus que lorsqu'ils présentent des autorités , des faits ou des monumens.
^ Plut. , de Isid. çt Osir. , Irad» , T. X\ I , p. 1 1 1 .