Tome II
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non^seidement dans les traditions humaines , mais dans les mystères et les sacrifices , chez les bar-' baresy comme chez les Grecs; si Terreur de Phitarque n'éloit depuis long-temps démontrée ^^^, rhistoire des Titans , et celle des géads qui fireBl la guerre aux dieux sont les seules qui , chez les Grées ^ paroissent avoir quelque ra{>poFt au dogme des deux principes. Mais il faut observer d'abord que ces £ables sont entièrement étrangères aux mystères d*£leusis y elles appartiennent à la mrytbologie poétique : Homère est regardé comme le premier qui ait parlé des Titans dont il fait d<îs dieux souterrains ^^\ Cette fable des Titans est évidemaient relative à l'établissement des dieux étrangers dans , la Grèce , et aux obstacles qu'avoient éprouvés les ministres de ces dieux. On découvre dans la the'ogonie d'Hésiode la suite des révolutions qu'essuya cette religion et l'ordre dans lequel se sont introduits les cultes dont elje forii^ l'assemblage; on remarque trois règnes de dieux très distincts : ce sont toujours les Titans qui combattent pour les dieux régnans , et toujours ils sont vaincus. Le mot Titans signifie proprement enfans de la terre, c'està-dire , les naturels du pays , ou les partisans du premier culte de la terre et du ciel. Us n'abandonnèrent point ce culte pour celui de Cronos ou de Saturne ; lorsque ce dernier eut détrôné Cœkis , et lorsque dans la. suite les partisans de Jupiter atta-
^'^ Bayle, DicL hisL, p. 189S, =» ^ Pausati.^ ,4rcad, , p. 76.
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quérent le culte de Satame^ les Titans le dëfiMïdirent ; ce sont ces sanglàns combats qui ont tant de 'célébrité dans la mythologie grecque. Satarne fut détrôné et relégué avec eux dans le tartare par Jupiter. A Gnosse, les Titans, fils du ciel et de la terre, combattirent les Curetés qui vouloient introduire le culte de Jupiter; les Titans se livrèrent à toutes les fureurs du fanatisme. Jupiter remporta la victoire sur eux, c'est-à-dire, que le culte de cette nouvelle divinité fut adopté malgré les eflTorts des partisans du culte primkif. A Rhodes^ ce sont les Titans, ou les anciens habitans du pays, qui s'opposèrent aux invocations religieuses apportées par les Telchines, et qui prirent les armes contre eux ^^K On retrouve ici le mêoae système que nous avons développé à Fartide des Gabires ; les Titans étoient non-seulement les ministi'es ou les partisans des dieux des âges précédens , mais ils étoient aussi les anciens dieux eux-mêmes: sous le règne des Titans ou des anciens dieux , dit Hésiode ^ qui met au rang des Titans , le ciel , la terre , Saturne, Rhéa, le soleil et tous les dieux supérieurs dont le culte a précédé celui de Jupiter dans la Grèce ^^^ La Êible des Géans qui est beaucoup
^*> Diod. sic. , lib. V. § 55. = ^^ Hësiod. , Tkeogon., v. 424. =^" Les Titans y dans ApoUodore, sont rOcëan ^ Gseas, Hypëricm, père du soleil ^ Japet et Saturne ,.le soleil et la lune, les vents, les astres ( Apollod. , lib. I, cap. 2,^1, 2. )• Orphée a fait un hymne aux Titans , qui confirme Fautorité de la Thëo^ gonie : «Titans , illustres fils du ciel ot de la terre, redoutables
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plus récente , a été calquée sur celle des Titans j ils étoient comme eux les enfans de la terre qui ^ irritée du malheur des Titans , eut d'Uranus les Géans. Gomme eux ils combattirent Jupiter et entassèrent l'Olympe et FOssa sur le Pélion pour atteindre le ciel; pour les combattre Jupiter fut obligé d'appeler le secours de Bacchus et d'Hercule : tous les dieux de la cour de Jupiter prirent part au combat. Les deux fables sont liées l'une à l'autre , elles ont la même source et présentent la même allégorie; souvent les Mythologues euxmêmes confondent les Titans et les Géans. Ce sont les philosophes Eclectiqu.es et Produs particulièrement ^^^, qui ont voulu faire regarder la guerre de Jupiter et des Titans ou des Géans comme une fiction mythologique, laquelle exprimoit le choc du bon principe contre le mauvais, et la résistance de la matière ténébreuse et du chaos a la force active et bienfaisante qui l'organise ; mais ces idées appartenoientà leur philosophie , etnuUcment.à la religion des mystères. Il n'y auroit sur ce point qu'une seule opinion, si on n'eût pas commis une erreur grave ; on a confçndu le bon et le mauvais principe, ou si l'on veut le bon et le mauvais génie avec
!» aux jeox de nos ancêtres, vous qui habitez d'horribles de- » meures voisines du Tartare, c'est de vous que sont nës tous » les êtres qui peuplent l'univers. Je vous en conjure , si quel- » «que habitant du sombre empire menace notre demeure , » 'chassez loin de nous sa colère. » ( Orpli.» Hymn, , 56.) ^^ Proclus, in Tint, , p. 1 19.
les génies ministres deFÊtre suprême, qui jouoient un grand rôle dans les mystères. Sans vouloir entrer dans le développement des idées mystiques des anciens sur les génies, nous devons faire ranarquer que cette théorie de la providence universelle, administrant l'univers par le moyen de puissances intermédiaires qui versoient les biens et les maux dans le monde, étoit une suite nécessaire de la croyance à la surveiHahce des dieux, et une conséquence du dogme des peines et des récompenses à venir ^^> : on enseignoit que ces génies étoient de deux sortes ^ les uns chargés de distribuer les peines et d'exercer la vengeance des dieux contre Tinjustice et Torgueil des ^mortels ; les autres , d'une nature plus pure , étoient les dispensateurs des dons de la divinité , et exerçoient sa bienfiûsance. Tous les anciefis et particulièpement Platon , ont admis ces génies ou puissances intermédiaires qui Hént les hommes aux dieux et qui entretiennent entr'eux ce commerce réciproque de prières et de bienfaits qui se fait entre le ciel et la terre. C'est sur eux que repose , dit Platon ^^ ^ toute la science sacerdotale , l'art des sacrifices et des initiations , la science des enchantemens , des prestiges et des divinations. ^^^
^> Ap. Origênl, lib. VIII, cap. 4&. = ^ Plat., de Mep., lib. IL.'-'Phœdr.
^' Socrate reconnoissoit une mfinitd de ces dieux subalternes, qu'il regardoit et expliquoit comme uue chaîne continue qui descend depuis le trône de Dieu jusqu'à la terre , et qui sont comme le lien du commerce que Dieu veut avoir avec les
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5 X. La fausseté du poljthéisme et le dogme de Vunité de Dieu n'étoient pas enseignés dans les mystères.
Un grand écrivain , Warburlon , a soutenu une opinion qui n'est pas plus fondée que celle que nous venons de combattre : il a prétendu que le troisième objet des mystères étoit de révéler la vanité du polythéisme et le dogme de' l'unité de Dieu» M« de Sainte-Croix me semble avoir très bien réfuté ce système ^^^ , et en efiet une telle doctrine, comm<e le dit M. de Sainte-Croix, quoique renfermée dans le sanctuaire , eut bientôt ruiné de fond en comble le polythéisme qui cependant n'a pas cessé d'exister jusqu'à son renversement par la religion chrétienne : la chute eût été d'autant plus certaine que les mystères étoient très multiplia dans la Grèce > que dans les premiers temps, il suffisoit d'être Athénien pour être admis à ceux d'Eleusis ^^ , et que dans la suite cette adniission fut accordée avec la plus grande facilité non-seulement at^c Grecs, mais aux étrangers. Les législateurs, les fondateurs de la civilisation auroient donc renversé de leurs propres mains , la religion pubUque qu'ils
hommes ; ceUe idée est la même que la chaîne mjstërîease d'Homère et Tédbelle de Jacob, dont le haut tonchoit au ciel et le pied dtoit appuyé sur la terre , et que les anges montoient et descendoient.
^*^ Sainte-Croix, Mjrstères du paganisme , T. II , p. 437.
^^ Le premier étranger qui ait été admis aux mystères d'Eleusis est Hippocrate.
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vouloÂent établir et qu'ils regardoient comme le lieu le plus foit de la société ; une semblable contradiction n'auroit pu exister long-temps sans en détruire les fondemcns : créer d'une main, et ^ttéantk* de Tautre, ajoute M. de Sainte-Croix, trompât publiquement les hommes et les éclairer «n secret, punir avec éclat les sacrilèges et les justifier au êem même de ce que^la religion sembloit avoir de plus respectable , quel étrange système de légidotion ! Instruits. par les ministres de la religion à mépriser le culte publie; avertis que tout ce qu'on leur avoit enseigné avant la dernière initiation , n'étoit qu'une doctrine hypocrite ; réduits à une doctrii^ spéculative saos culte et stfos pratiques sensibles; obligés , le reste de leur vie , à feindre encore un respect religieux pour des divinités , des fêtes, des sacrifices, des pompes dont on leur avoit révélé le néant et le mensonge; reffet d'une semblable contradiction <, loin de substituer dans l'esprit des initiés , une doctrine plus pure à celle du polythéisme y les adroit entraînés infailliblement dans l'athéisme ^*^ : à ces preuves de raisonnement déve-
^'^ W^arburtoB développe lui-^mème ce principe (/>«*^r/. XIV.). « Une religion purement mentale , dit-il , pourroit convenir à » des «sprits pKrs et ' immatériels ; mais Thomme étant com- » posé de deux natures réunies, quoique contraires, c'est-à-dire, n de corps et d'ame , sa religion ici-bas doit naturellement » être relative et proportionnée à son état et à son caractère , » et par conséquent consister également en méditations inté- » rienres et en act«s de pratique extérieure. Ce qui n'est » d'abord qa'nae présomption , devient une preuve lorsqu^on
loppées par M. de Sainte-Croix, ajoutons les preuves de fait qui sont fournies par les témoignages de Tantiquité sur les dieux qui étoient adorées à Eleusis 9 sur le culte qu'on leur rend oit, sur les cérémonies qu'on y pratiquoit , sur les fables qu'on y admettoit, et nous verrons que tout s^ rapporte aux dieux du polythéisme. En suivant l'ordre donné par Meursius, on voit que le lendemain du premier jour qui étoit consacré au rassemblement des initiés ^ ou de ceux qui vouloient l'être , ainsi qu'aux préparatifs de la fête, les mystes se purifioient dans les rhétes de Gérés et de Proserpine.^ Le troisième jour étoit consacré à la procession du calathus emblème de la production , et au jeûne qu*on rom-
» examine plus particulièrement la nature de l'homme , et celle » des circonstances oii il est placé. L' expérience confirme » combien des êtres , dans lesquels le tempérament du corps » influe autant sur les passions de Tesprit ^ sont peu propres à » une religion purement mentale. Car toutes les fois que par le j» faux désir d'une perfection impossible , des -hommes ont » tâché dans leurs exercices de religion de se dépouiller de la » grossièreté des sens , et de s'élever dans la région des idées » imaginaires, le caractère de leur tempérament a toujours » décidé de l'issue de leur entreprise. La religion des caractères » froids et phlegmatiques a dégénéré dans l'indifférence et le y> dégoût , et celle des hommes bilieux et sanguins a dégénéré » d^ns le fanatisme et Tenthousiasme. »
Nous nous contenterons de remarquer ici que le polythéisme faisoit une partie tellement essentielle du dogme égyptien et du dogme pythagoricien, conséquemment de la doctrine des mystères, que les orphiques employèrent tout leur esprit et toute leur science pour le concilier avec la philosophie.
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poit en buvant le cycéon, boisson qui fut offerte à Gërès par Métanire^ et en mangeant de plusieurs choses contenues dans la ciste mystique; nous avons déjà fait l'ënumeration de ce que contenoient ces cistes^ dans lesquelles on remarque la figure du serpent consacre à Bacchus. C'est à ce troisième jour que se rapportent les cérémonies tristes et lugubres des mystères^ ainsi que les lamentations sacrées qui représentoient les gémissemens de Cérès et de Proserpine : les lits mystiques entourés de bandelettes de pourpre ^^^ , désignoient l'état de virginité de Proserpine quand elle arriva aux enfers. Pour représenter Tunion de Pluton et de cette déesse on dressoit le lit nuptial ^^^ , et dans ces cérémonies qui étoient consacrées à Proserpine , Tinitié disoit: Je me suis glissé dans le lit nuptial : paroles relatives à Pluton. Les danses qui occupoient une partie du quatrième jour des Eleusiniennes , représentoient Tenlèvement de Proserpine , les courses de Cérès , et l'histoire de Triptolème. Le cinquième étoit le jour de la cérémonie des flambeaux^ à laquelle on donnoit pour origine les courses et les aventures de Cérès et de Proserpine. Le sixième
^ La couleur pourpre avoit aussi rapport à la mort (Artëmid., OneirocrU. , lib. , I , cap. 79. ). Homère domie à la mort le titre de Purpurine ( Iliad.^ V, v* 83 , — lib. XVI , v. 334,— lib. XX, ¥.477.)- Ceux qui avoient vécu pieusement, dévoient habiter aux enfers dans des prés émaillds de roses pourprées (Plut.). Les Anciens répandoient sur les tombeaux diverses âeurs de couleur pourpre. ( Virg. , jEneid. , li^. VI , v. 884. )
^^ Euseb, , Histi Eccles, , lib. IV , cap. 11.
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jour étoit entièrement consacre à Bacchuslacchas^ c'étoit le jout de la procession solennelle dont nous avoiis donné la description. Le septième jour^ se faisoit le relour dés initiés y la pause au figuier sacré où l'on chantoit des hymnes en Tbonneur de Cerè«. Le huitième jour, celui de rEpidaurie, avoit été établi en l'honneur d'Esculape. Le neuvième jour étoit iconsao^é , suivant les uns , à des cérémonies lîuièbres et à des sacrifices expiatoires aux dieux infernaux ; suivant les autres à des libations à Cérès et à Proserpine , ce qui est la n^éme chose pour l'objet que nous nous proposons de prouver. L'Eleusinium d'Athènes , oomme l'Anactorum d'Eleusis y étoit consacré à Gérés et à Proserpine. Tous les nûMmumcns relatif à l'histoire et au culte de Cérès se trouvoient à Eleusis et dans son territoire: dans l'enceinte du temple étoit le tombeau d'Immaradus, d'Eumolpe et de Daïra; hors de l'édifice sacré et dans la ville , on voyoit celui des filles de Celée ^*\ Là on montroit le figuier sauvage près duquel Plulon avoit ravi Proserpine et étoit descendu aux enfers ^ ; ici on faisoit voir l'Agelaste , ou la pierre triste sur laquelle Cérès s'assit ^^; ailleurs l'aire consacréeà Triptolème où le premier bled fut foulé, sans parler» du grand nombre de monumens qui étoieat ôur la voie sacrée et que nous avons décrits. Les objets mystérieux consacrés dans les mystères , tels
<*> s. Clëni. Alex., ProtrepU , p. 39. = ^^ Pausan. , Attic. , cap. 38. = ^^ Pausan. , ibid.
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que le calathus , le van mystique y ctoient des em-*bleuies da culte de Ctétk% : on y représentoit Gerès , allaitant le jeune laocfaus et le tei^ant sur son sein ^^\ Le rayrlty que tous ceux qui participoient aoK mystères^ se faisoient un devoir de porter, appartenoit au culte de G^rés > surtout considérëe comme déesse infernale ; il ëtoit en rapport arec la doctrine enseignée à Eleusis sur l'état des âmes après cette vie. On croyoit que celles des initiés demeuroient dans des bois de myrte ; il étoit le symbole de la mort ^^ il étoit consacré spécialement aux dieux infernaux {f) ^. Une foule d'autres pratiques alléi^oriques se rapportoient à la vie future : le dogme , la représentation commémorative des aventures des dieux, leur explication allégorique par les phéno-^ mènes de la nature , le spectacle de la vie sau« vage présenté aux initiés, voila ce que nous in-^ diquent les faits qui noiis sont restés sur les rites ^ les cérémonies^ et les divinités d'Eleusis; les nom-* bi>eux systèmes qu'on a imaginés sur les mystères y n'ont aucune base réelle ^ ils sont uniquement dus à l'imagination de leurs auteurs qui, séduits par l'éclat de ces systèmes, ont écarté les faits, ont oublié Tesprit d«s siècles dont ils parloient et leurs croyances religieuses , pour leur en substituer de plus pures
^> Soph. ont,, V. ia32, ia33. = »> Aristoph., Rah., v. 333, i56. — Euripid. , Electr, , v. 3*4. — SchoL Pîndar. , Isthm,^ od. XI.— Poilus, Onôm. , Hb. VÏIÎ , cap. 9, 5 B6, = ^ SchoLy Arist., Ran., r. 333. — Eurîpid., AîceH.^ v. 171. — îim. , lîb. XXXV, cap. 12.
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sans doute ^ mais que ces peuples ne pouvoient copnoître. Les portes du sanctuaire , dit M. de Sainte- Croix^ ëtoient fermées à la doctrine de l'unité A% IHeu par des barrières insurmontables^ le gouvernement^ la superstition^ des coutumes invétérées, et auxquelles se lioient tous les actes de la vie civile, en6n l'intérêt des ministres du culte. Les petits mystères eux-mêmes , qui n'étoientque des cérémonies préparatoires , appartenoient plus particulièrement au culte de Proserpine , considérée sous< les attributs d*Hécate. C'est à elle et à Cérès sa mère ^ quele beau temple en marbre blanc si célèbre par son élégante simplicité ^^^ , avoit été élevé sur les bords de miyssus; pour les cérémonies préparatoires, telles que les ablutions, les lustrations, le dadouque faisoit pjacer les pieds des récipiendaires sur des peaux de victimes immolées à Jupiter Mélichius et Ctésius ^^ Le scholiaste d'Aristophane dit textuellement que les grands mystères étoient consacrés à Cérès ^^^ Un grand nombre de rites, usités dans les mystères, étoient commémoratifs des aventures des dieux: nous nous contenterons de renvoyer à ceux que nous avons décrits sur la naissance de Bacchus fils de Proserpine. L'hyérocéryx ouvroit la grande initiation par les proclamations dont .la formule excluoit les profanes ^^^ j on leur faisoit ensuite des questions relatives à l'histoire de Cérès, ils faisoient
^^ Stuart, Antiq, djithènes y Vih, I, cap. ,2. = ^^ Suida&, V. Aibç x«<^*ov-= ^ SchoU Aristoph. , Plut. , v. 84o. = ^*^ Cels., ap. Or/ge/y. , lib. III, p. i47«
des réponses dictées d'avance qui faisoient discerner rinitié du profane j on faisoit k dqrnière initiation ou répoptée à Fissue de la procession d'Iacchus. Dans FAutopsie ou FEpoptée , les ministres d^Eleusis découvroient la statue de Cérès ^^\ et Fexposoient aux yeux des initiés , en écartant les draperies qui la voiloient. La statue frottée avec soin étoit couverte d'or et d'argent , elle étoit revêtue de ses plus beaux ornemens ; elle resplendissoit d'une clarté divine^ au moyen de reflets de lumière qu'on avoit artistement ménagés : les principaux ministres Fentonroient, tout étoit découvert dans le sanctuaire que la divinité remplissoit de son éclat. Cette cérémonie, appelée Photagogie, annonçoitla " présence subite ou FEpiphanie des dieux ^^ , les dieux apparoissoient tout à coup et sous différentes figures ^V ', la pliotagogie étoit Fillumination ou l'apparition subite des lumières, qui précédoit l'Autopsie et en étoit le prélude ou l'annonce. La cérémonie principale s'appeloit Autopsie , parce qu'on voyoit soi-même les dieux, et Epoptée ou contemplation. Un passage du Phèdre de Platon exprime
(^ On remarquoit dans les ruines d*£leasis une statue de Cërès qui y depuis le dessous des mamelles jusqu'au sommet de la tête^ avoit trois pieds et trois pouces ; la corbeille ou le calathus qu'elle porte sur sa tête est haute d'un pied npuf pouces six lignes. €ette statue a ëtd enlevée et transportée en Angleterre.
^ Jamblic, de Mysi. œgypL, 5 3 , cap. 14» — S. Maxim. , Schoh in Dyonis, =: ^> Proclus, in Plat. , Rep. Com. , p. 58o.
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de la même manière le specUde de l'Epopiée :
« Nous voyions cette beauté dans toute sa splen- » deur y alors que réunis avec ce clliœur fortuné e\ » suivant avidement cette vision et cette intuition y^ bienheureuse^ nous étions témoins^ nous avec » Jupiter, les autres avec quelques-uns d'entre M W dieux, et nous entrions en participation de ces » mystères que l'on peut avec justice v nommer la lè- plus fortunée de toutes les initiations. Nous les » célébrions , étant établis dans un état de perfec- D tion auquel il ne manquoit rien , et exanpts de » maux qui nous attendoient dans un temps pos- » térieur. Nous jouissions de la vue et de la contem- » plation des pectacles parfaits , simples , tranquiUes Yi et fortunés au milieu d'une lumière pure. » L'Epoptée où paroissoient tous les dieux étoient le dernier terme de l'initiation. Dans la pompe sacrée décrite au douzième livre des métamorphoses d'Apulee, on tiroit les dieux du sanctuaire, et la pompe étant rentrée y les statues des dieux y étoient réintégrées. Comment peut-on dés lors avoir l'idée que l'anéantissement du polythéisme ait été l'objet des mystères? Comment concevroit-on qu'à l'instant même où les initiés venoient d'être instruits de la doctrine de Funité de Dieu , et de la fausseté du polythéisme , on leur eut présenté avec tant d'appareil le spectacle non-seulement de Cérès, mais de tous les dieux du paganisme qu'ils auroient appris à mépriser, spectacle qui paroît au contraire avoir été le terme et la réconqpense de tous lei»rs travaux?
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Toutes les cërémonies ^ tx)us les monumeos^ tons les faits déposent contre ce système.
Des £sûts' aussi précis^ des raisonnemens aussi puissans ne pouvoient avoir échappé à k science et à la sagacité de Warhurton ; aussi paroît-il aroir été pressé par eux d'abandoaœr son système^ lors* qu'il dit : « Au reste on ne doit pas croire que la » doctrine enseignée dans les m3rstèrcs^ d^une cause H suprême auteur de toutes choses , détruisît les » divinités tutélaires^ ou pour mieux dire les patrons » locaux M j et lorsqu^il ajoute 2 ce ce que la doctrine » secrète des mystères délruisoit^ c'étoit le poly- >v théisme vulgaire , ou l'adoration des hommes déi- » fiés après leur mort ^*^ » De tous les systèmes exclusifs auxquels l'ancienne mythologie a donne naissance^ celui de rapothé€>se on des hommes déifiés après leur mort^ est le plus faux ; nous aurons occasion de démontrer que ^ si l'apothéose a été adoptée par les Grecs ^ elle n'a jamais fait que des demi-dieux y et que lors même qu'on appUqna à des héros Grecs, la mythologie des' dieux supérieurs , il y eut deux cultes pour le même personisage : c'est ce qu'on a vu d'Hercule qui étoit adoré à Athènes comme demi-dieu et comme divinité supérieure. Jupiter, Gérés , Proserpine , Bacchus lacchus , £sculape> Mercure, ni les autres dieux d'Eleusis u'étoient pas des hommes déifiés : ce système qui étCHt entièrement étranger à l'esprit et à la doctrine
^*^ Warburlon, DisseH.\, p. 19,».
3aO MYSTÈRES.
des mystères, n'avoit été inventé par Eyheméré dans le siècle qui suivit la mort d'Alexandre , qtte pour renverser la religion payenne ^*^ , et-îl'n'a été soutenu avec tant de chaleur par les écrivains ecclésiastiques que parce qu'ils tendoient au même but qu'Evhemère. Quant aux divinités tutélaires dont parle Warburton, on n'auroit su ce qu'il entendoit parla, s'il n'en eût sur le cbamp donné l'explication : c'étoit, dit-il, les patronslocaux : mais qu'est-ce que les patrons locaux , surtout en faisant l'application aux mystères d'£leusis ? Les patrons locaux appartenoient aux religions primitives, c'étoit le fétichisme ; et il n'étoit pas plus question de ces patrons locaux dans les mystères, fondés par les Egyptiens qui y avoient apporté leur doctrine et généralisé les idées des Grecs , qu'il n'y étoit question de l'apothéose. Warburton lui-même avoue ^^ qu'on chantoit un hymne en l'honneur de chacun des dieux célestes et infernaux , ce que Saint Clément d'Alexandrie appelle la théologie des idoles.
^*> Dans un endroit de son ouvrage ( Dissert. XIII. ) , Warburton combat lui-mêxne sa propre assertion en ces termes : « Les atbëes prétendent que la première origine de Fidolâtne a » été le culte religieux ren^u à des hommes déifiés après leur » mort. C'est ainsi que parmi les Anciens, Evhemère, sur- » nommé F Athée , composa un Traité pour prouver que les » premiers dieux des Grecs étoient des hommes. €icéron , qni i> pénétra son dessein , observe fort judicieusement que cesen- » timent tend à renverser toute religion, o
^ Warburton, Dissert. V, p. aoo.
U reconnoît qu'on attiroit autant de personnes qu'il ëtoit possible à la participation générale des mystères , en répandant les dogmes de la pl^ovidence et d'un état futur , et que les témoignages de l'antiquité sont clairs et abondans sur cette partie des mystères. H avoue qu'il n'en est pas de même à Pégard de ce qui succédoit à ces premières instructions^ c'est-à-dire de découvrir la fausseté du polythéisme.
Ce n'est pas que le polythéisme tel qu'on le concevroit d'après les poètes et les mythologues, ait pu être admis dans les mystères ; les extravagances et le chaos monstrueux que présente la mythologie vulgaire et poétique, n'ont jamais pu faire partie de la reUgion nationale chez les Grecs. Ce seroit un ouvrage très utile et très intéressant que celui où Ton distingueroit d'après les monumens et les autorités les plus authentiques, ce qui faisôit l'objet du culte des anciens , de toutes les fables , de toutes les aventures qu'y ont ajoutées les poètes et les mythologues j toutes ces choses de natures si diverses nous sont présentées comme appartenant également à la religion des anciens , et cette confusion de choses si monstrueuses, si disparates, étonne notre raison , excite notre mépris. Il est vraisemblable que si la mythologie étoit réduite à ce qui appartient réellement à la religion païenne, chaque fait recevroit une exphcation naturelle et correspondante dans chaque phénomène de la nature.
C'est ainsi que le polythéisme des mystères n'étoit