CHAPITRE a
Culte des divinités d*Eleu$is dans les différentes parties de la Grèpe.
S I. Bans r Aniqtie. — § a. Dan» le Péloponnèse.— j 3. Dans les autres parties dn oontmeal de k GtésCp -^ $ 4* X^atts kt ûtê.
i U Dans VAttUjue^
Athéofs étoit le centre de la religion et ea quelque âôrte le temple de la Grèce ^^^, jamais peuple ne fut plus occupe du culte des dieux , l'encens fumoit sans cesse sur ses autels; le culte des principales divinités d'Athènes s'étoit répandu dans toutes les parties de la Grèce et souvent m«me au-delà de ses limites. Le temple d'Eleusis surtout étoit y pour ainsi dire ^ le sanctuaire du paganisme.
D'habiles écrivains nous ont donné de savantes descriptions du territoire d'Eleusis, de la ville et de 3on temple; ils ont rapporté les traditions sur son origine , et sur l'époque de sa fondation , traditions qui sont toujours restées incertaines ; nous nous abstiendrpns de mettre de nouveau ces dissertations
^^' Sophocle y faisant allusion à la fondation d'Athènes, l'appelle V édifice sacré des dieux (Electn, act. II. ). S. Paul leur dit : « O vous ! Athéniens , qui en toutes choses êtes religieuii p au suprême degré. » (Act. AposU , cap. i4 , v. a2. )
MYâTÈRES. 33 1
«9uslds yeuK du l^ctenr. Nous remarqwrons seitkmeiit avec Vitrufe et M. de Sainte- Croix ^** q«€ h temfxle d'Eiaisis lëfcoit regardé <ïaDtme un des quatre plas beaox temples de la Grèce ^ soit Européenne, Boit iLâiatMj[ue. Il etoit plaoé dans la sitimtioQ la pl«s arantageuse; sur les bords de la mer $^é- Içvoit «oe ooIUne, à l'extrémité d« laquelle on Toyoit la ville d'Eleiisis, située à environ quatre lieues d'Athènes, et à mille pieds du golfe qui portoit son nom et la aéparoit de l'île de Salamine. Dans kt premièiie eioceainte du tepnple «toit un Ibrt qui le domi-* noit ^^^ ; œpendautce temple fut dévasté par Oéomeno roi de Sparte , la première année de la soixante* huitième olympiade , et après la bataille de Platée Us Perses le briklèrcnt entièrement. A peine les Perses «urentrôls été chassés de la Grèce que les Athéniens s'empressèrent de le rebâtir : l'architecte Idinus en traça le plan et en fit jeter les vastes fondement ; mais ce ne fvA que sous l'administration* de Pérîelès et d'après les conseils de Phidias qtf on acheva ^itièrement cet édifice. On n'y fit aucun chan* genient important jusqu'au temps de Demétrius de Phalère : jalors on plaça des colonnes sur le devant, et le vestibule ainsi augmenté devint commode pour les initiations, et se présenta d'une maniée plus majestueuse. Ce temple fameux fut détruit en 3g6 par Alaric qui en fit un monceau de ruines et le
^^^ Vkr., Pram.y lîb. VII, § i6. — Sainte-Croix, 3fyst. du pag»H.^T, Il , p. 1116. = ^ Scykx , ffen'pl. in Geog. Min. , T. I^
p. lO.
33l MYSTÈRES.
réduisit dans le jbriste état où il est encore maintetenant. Tous les écrivains de l'antiquité ont parlé de la grandeur immense du temple d'Eleusis : suivant Strabon^ la celle mystique ou seque^ c'est-à-dire, l'intérieur du temple pouvoit contenir autant de monde qu'un théâtre ancien ^\ Aristide remarque que de toutes les assemblées de la Grèce ^ celle des initiés à Eleusis étoit la seule où .tous les assistans fussent renfermés dans un même édifice ^^ : enfin Senèque dit que la foule des mânes se précipitant aux enfers est aussi nombreuse que celle des peuples de l'Attique désertant leurs maisons pendant la nuit, pour assister à la célébration des mystères de Gérés ^*^ Cette aflOluence me paroît présenter un grand argument contre les écrivains chrétiens qui ont imputé à ces mystères des pratiques horribles, et en ont fait un lieu et une école de débauche : une seule fenêtre éclairoit le temple d'Eleusis ,, la lumière est ménagée dans tous les temples; un certain degré d'obscurité est toujours plus imposant , elle l'étoit surtout dans les temples des anciens, à cause des cérémonies mystérieuses. Spon, Wheler, Pococke, n'ont vu que des décombres à Eleusis : Wood y a découvert la grande enceinte et ne l'a point confondue avec celle du temple. Chandler en a donné une connoissance moilis vague et plus étendue ^^^ ; enfin le plan en a été levé sur les lieux avec beau-
^*' Slrab^, Georg. , lib. IX , p. gS. =; ^ Arîst. , Eleus. , T. I , r-. , p. 259. = ^^ Senec. , Herc. Fur , v. 845. = ^^ Chand- Trav» in Grœc. cap. A2, p. iSo..
Oper. , p. 259. = ^^ Senec. , Herc. F 1er, Trav» in Grœc.y cap. 4^, p. 189*
coup de soin par M. Foucherot ingénieur français , on peut en voir les détails dans ^ouvrage de M. de Sainte-Croix ^*^ Les anciens distinguoient dans le temple d'Eleusis le mégarum de l'anactorum : le mot mégarum, signifie ordinairement le sanctuaire des temples ; à Eleusis il s'appliquoit au temple en son entier, ce qui, dit M. de Sainte-Croix, montre assez la prééminence de cet édifice et le respect qu'il inspiroit aux Grecs.
Mais le cultç des divinités éleusiniennes ne se borna pas à Eleusis, il se communiqua bientôt au reste de TAttique.
Outre la solennité des fêtes éleusiniennes et celle des thésmopbories , les habitans de FAttique célébroient un grand nombre de fêtes en Thonneur de Gérés, telles que les baloennes, les démétriades, les proérosies, qui avoient lieu avant d'ensemencer les terres, les chloennes^^^, et d'autres dont nous aurons l'occasion de parler. Hésychius nomme trois fêtes de Cérès, auxquelles il donne les noms d'Epiclidia , Hercenia , et Eurytbionium. On ne trouve aucune trace de ces trois fêtes , dan^ les écrivains de l'antiquité ; il paroît néanmoins qu'elles étoient célébrées particulièrement à Athènes. ^^
^*^ Sainte-Croix, Mystères du pagan.yT.ly p. i38.
^ Pausanias dit que le nom de Chloé a quelque chose de mystérieux. Potter croit qu'il vient de l'herbe des champs appelée chloé, et ce nom convient bien à la déesse des moissons.
^5> L'expression d'Hésychius, festum Cereiis Athenis^ ne paroît laisser aucun douta à cet égard. Meursius , Jonstonus , et
334 MK&TÈAÉS.
Les divinités d'Eleusis sivbieiit j^iusïaW's temples dans la ville même d'Athènes^ près la poste C^rar miqiie, dans le portique quiétoit derrièFe le Gëra* mique^ à l'entrée de la ville du eot^ du Pitee : c'est
tous ks écrivains modernes le» ont considérëes comme des fêtes particulières. Cependant Dacier, dans ses notes sur Horace ( Od. Il, lib. III, v. a6. ), croit que les Epicleidies nVtoient pas différentes des Eleusiniennçs. il se fonde sur ce qtie le mot epicUidia ne signifie que abscondîta , secrètes ^ cachées, <ju*d n'étoii pa^ permis àt divulguer , et il cite à l'aj^pui de soa opi- AÎon ce passage de Sophocle^ dans son QEdîpe à €olmine :
Ou Tfd^Tvtai (TtyLvcà Ttôuvoûvrat tfht Bvaroiffiv ^ »y xjù ;^t>a'éit
Ou' les vénérabies prêtresse de €érhs ont soin des ettcrês ùijiteres , sur lesquels la langue des prêtres^ eumolpides est fermée avec une clef d'or.
Sophocle ne parle pas de la fête Eplcleidia , il dit seulement que les prêtres eumolpides ont la bouche fermée sur les mjstères avec une clef d'or , x?'^^^''^ xXïjtç ; d'où Dacier tire Tétymologie du mot épicleidîa. Cette étymologie ne me paroît pas admissible, rien ne la justifie dans la langue et les racines gi'ecqties ; mai5 en supposant qu'elle le soit , 1» coaisëqueiice que Dacier tii^e de ce passage ,. que les Eleusimennes et les Ëpiqleidie» ëtoient les mêmes fêtes, est d'autant plus forcée et d'autant moins juste, que ce secret pouToit et devoit être, eocigé dans les Epicleidies Q€nn«e dans les Eleusiniennes* Il y a d'autant moki» de motifs de rejeter ce témoignage d'Hésydbius pour lesi Epicleidies , qu'elles sont dan» la clasie des deux autres fêtes qn'ii cite , les Herceniet et le» Burythjoiûes > aux<|uelle& on ne petit, pss appliquer le reisannemjenl de Dacier nt le pttssar^e de tephoele^
dans oe denoer ^ue Kon voyoit la statue de Gérés y celle de sa ffile^ et lacdim» U^oant une torche à la main^ ces statuesétoknt de Praxitélea ^^^ Le fameu}| toupie appelé Ehusinium et un a«tre temple dédié aiui mêmes diviaité^ étoiîettt à peu de di&taoce de l'odéam> au^deasua ^ de la fontaine d'E^éacruoos ( à neuf tuyaux ).
Le bourg de Phlies honoroit les^ di^iuités d'Eleusis j ou voyoit daua leiHra teu^e» des autels élevés à Bacchus Auilhius et à Gérés Anéaidove. ^^
L'Orgas cautou de l'Attique cooaacré aus iviruités d'Ëleusi»^ étoit limitrophe du femeus ckunp Bharion^
Sur la voie sacrée on voyoit un temple des divinités éleu^nienoe» proche du figuier sacré. ^^^
Les Athéniens portèrent le culte d'Eleusis dans TAsie mineure : sur le territoire de Mycale, à Tembouchure du Gœson et du Scolopeion , il y avoit un temple de Gérés éleusinienne^ bâti par Philistus, fils de Pasiclés qui avoit accompagné Nélée, fils de Codrus, quand celui-ci vînt fonder Milet^*\ Cest près ce temple que les Grecs i'emportèrênt la victoire de Mycale sur les Perses, le même jour que fiit donnée la bataille de Platée. ^^
Androclus fils de Codrus , fondateur d'Ephèse , établit dans cette capitale de Floniè, les mystère»
<*) Pausaoîas, Ub»I, cap. 2.=» ^ ^ndocid., de Mjysteri^, p i5, i6. — ^PoUuc, OnomastiCy lib. VIII , cap. la ,j i4i.=z ^•' Pwwanîas, lib. Is cap.Sy. s»^*^ Pauswi., lib. I, cap. 57.:= <*> Herod., lib. IX , 5 96. = ^*> Ibid, , S 9t^
336 BfYSTÈRES.
d'Eleusis. Les descendans d^Androclus eurent le titre de rois, et le ministère des divinités d'Eleusis fut mis au rang de leurs privilèges. ^*^
La ville d'Olbia ou de Borysthènes étoit une colonie de Milet : on y avoit porté le culte des divinités éleusinieniTes , elles avoient un temple sur le Promontoire d'Hippolaiis situé entre le Borysthènes etl'Hypanis. <^>
Les Mégariens adoroient les divinités d'Eleusis j ils avoient un temple de Bacchus Nyctelius ^^^ , et un autre de Gérés Malophore^ qui fut ainsi nonmiée par ceux qui élevèrent les premiers troupeaux dans le pays. ^^^
j II, Culte des divinités d^ Eleusis dans le Péloponnèse.
Les mystères d'Eleusis, particuliers d'abord aux habitans de l'Attique , devinrent dans la suite communs à tous les Grecs , et furent enfin regardés comme la plus grande et la plus auguste des solennités du paganisme. On ne connoit pas bien de quelle manière les mystères d'Eleusis ont pénétré dans les villes de la Grèce, il est probable que c'est par l'exemple et l'imitation^ à la vérité lés anciens Egyptiens , les Tbraces , les Phrygiens et les Phéniciens faisoient de fréquentes émigrations dans la Grèce : les Grecs eux-mêmes voyageoient beaucoup hors de leur pays , les mêmes divinités ont donc pu
<*> Strab. ,lib. XÏV. = ^ Herod. , lib.IV, J 53.= ^^ Pausan., cap. 39 = ^*^ Ibid.y cap. 44«
être apportas aux diverses contrées de la Grèce par des personnes différentes et dans des temps différens j cependant la plupart des Grecs paroissent avoir reçu immédiatement de TAttique le culte d'Eleusis qui a été général parmi eux. Son temple étoit un des plus riches et des plus célèbres de la Grèce , on acçouroit de toutes parts s'y faire initier comme dans le sanctuaire de la religion ; dans les guerres les plus sanglantes on respecta toujours le territoire d'Eleusis : la célébration des mystères ne fut interrompue qu'une seule fois à l'occasion de la ruine de Thèbès ; tous les ennemis d'Athènes' , à l'exception de Philippe père de Persée, eurent la même vénération pour Eleusis. Les Grecs étoient persuadés que les divinités avoient combattu pour eux à Salamine ; ils attribuoient à leurs deux temples les victoires de Mycale et de Platée, enfin tout semble annoncer que cette fête est née dans TAttique : c'est au Péloponnèse, dit le Dadouque CaUias envoyé comme ambassadeur à Lacédémone, que Triptolème a offert les premiers dons de Gérés, et vous viendriez ravager les moissons du peuple à qui vous devez vos premières semences ^^\ Les Grecs offroient tous les ans les prémices de leurs fruits à Athènes , comme à leur métropole.
Cependant, les villes grecques mirent -pendant
plusieurs siècles, une sorte d'hoûnéur à faire croire
' qu'elles ne tenoient leurs divinités d'aucun autre
^^ Xënoph. , Hist. Grœc. , 10). VI , cap. 3.