‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de laChapitre 29 sur 36 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

Dans le bois sacre de Trophonius qui ëtoil fort peu éloigné ^e la ville de Lebadée , on voyoit une statue de Gérés surnommée Europe ^ et une statue de Jupiter pluvieux qui étoit exposée aux injures du temps. Sur le chemin qui conduisoit à Forade on trouvoit deux temples , l'un de Proserpine conservatrice, l'autre de Jupiter roi ^*^ ; celui qui vouloit descendre dans l'antre de Ti^opbonius étoit obligé de sacrifier à plusieurs divinités, et entr'aulres à Gérés surnommée Europe, que l'on disoit avoir été la nourrice de Trophonius. Il y avoit plusieurs autres rapports entre le mythe de Gérés et celui' de Trophonius , mais ils n'appartiennent pas à notre sujet.

Anthedon avoit un temple des Gabires , un bms sacré de Gérés, un temple de Proserpine et un temple de Bacchus.

• La fameuse victoire de Platée fut remportée prés du temple des divinités d'Eleusis j le combat se donna vers le bocage consacré à Gérés. ^*^

Noiis avons déjà dit que Bacchus et Apollon étoient la méma divinité considérée sous des rapports difFérens y aux preuves que nous en avons données à l'article Zagrée , nous devons ajouter des preuves nouvelles , puisqutKnous sonunes parvenus au moment où nous avons à parler du culte du Bacchus des mystères dans la Phocide.

Sur le fronton du temple de Delphes on voyoit Latone , Diane , Apollon , les muses , le soleil

^^ Pausan. , cap. Sg. = ^ Plut., Fit. Aristid.

couchant 9 Bacchus et les Thyades ^*^ j un thëâtre magnifique étoit contigu à Tenceinte du temple de Delphes* En descendant du sacré parvis, Ton trouvoit une statue de Bacchus qui étoit un présent des Cnidiens. ^^^

Bacchus^ dit Plutarque ^^^ n'a pas moins de droit qu'Apollon sur l'oracle de Delphes; il fut pendant quelque temps commun à ces deux divinités, mais enfin il resta en propriété à Apollon.

JNous avons déjà fait remarquer le mélange du culte de Bacchus dieu du vin avec Bacchus des mystères ; c'est ainsi que sur le sommet du Parnasse consacré au Bacchus des mystères il y avoit un cep merveilleux, qui produisoit chaque jour une grappe de raisin dont on se servoitpour faire des libations à ce dieu» On lit dans les Phéniciennes d'Euripide ^*^ : « Oh! rocher brillant du Permesse 1 - » oh ! feux sacrés de Bacchus , resplendissans sur le )> coteau 1 ohl vous , vigne merv^eilleuse , d'où l'on » voit couler chaque jour la grappe fleurie 1 »

Xuthus , dans la tragédie d'Ion ^*^ , dit qu'il est venu autrefois à Delphes célébrer les fêtes de Bacchus qu'il appelle le culte des jeunes Delphiennes , les naystères sacrés , les fêtes des saintes Ménades. Parmi les difierens tftbleaux qu'ofFroit le temple de Delphes , on remarquoit celui de Cléoboia-, jeune

. ^'^ Faosanias, lîb. X, cap. 19. =^ (ausan. , lib. X, cap. Sa. = ^^ Plut. , Traité de la signification du mot se. = ^^ Euripid. , Phen.y V. 235. = ^^ Euripid., /wi, v. 54o.

372 MTSfÈRES.

fille tenant la ciste consacrée aux mystères: cette Cléoboia étoit, disoit-on^ la première qui eût fait passer de Paros dans l'île de Thase la connoissance des mystères. Parmi les tableaux de Polygnote qui ëtoient dans le Lesché, édifice construit audessus de la fontaine de Gassotis près du temple de Delphes, on remarquoit plusieurs tableaux représentant le supplice de ceu]j^ qui avoient méprisé les mystères .d'Eleusis. De tous les mystères, dit à cette occasion Pausanias, c'étoient ceux d'£leusis que les anciens Grecs respectoient davantage. ^^^

Panopee étoit une ville de la Phocide qu'Homère dit avoir été célèbre par ses danses. Les thyades femmes de l'Atlique, qui alloient tous les ans au mont Parnasse célébrer les orgies et les mystères secrets en l'honneur de Bacchus , se réunissoient aux thyades de Delphes et formoiént des danses dans divers lieux, et surtout à Panopée. ^^

Les villes d'Amphiée , de Bules , et surtout les habitans de Stiris qui se disoient Athéniens d'origine, rendoient à Gérés les plus grands honneurs.

Un passagç d'Helladius prouve que les Thessaliens connurent les mystères d'Eleusis : cet auteur rapporte dans sa chrestomathie l'époque de l'établissement de différentes fêtes dans la Thessalie. Les Panathénées y furent d'abord célébrées, ensuite les Thessaliens instituèrent des combats éleusiniens à la mort de PéUas , puis les combats isthmiques

^^, Pausanias, lib. X, cap, 3 1. =^^> Pausauias , lib. X cap. 4.

en l'honneur fje Mélicerte, les combats olympiques, les combats néméens en ITionneur d'Archemorus , et enfîil après la catastrophe de Cirrha on établit les combats pythiques. Nous devons d'abord faire remarquer que ces difFérens jeux gymnastiques , devenus si célèbres, n'existoient pas dans les temps héroïques, tels qu'ils ont été connus dans la suite; ils n'existoient pas même du temps d'Homère , car ce poète ne parle que de jeux funèbres, les seuls qui fussent célébrés par les Grecs à cette époque. Ce sont des jeux funèbres qui furent donnés à Olympie par Amy thaon , Pélias et Nélée j à Buprase par les enfans d'Amaryncée : ils étoient semblables à ceux célébrés aux funérailles de Patrocle,. dont Homère nous a laissé la description au vingt-troisième livre de l'Iliade. Quelques-uns de ces jeux gymniques ont pu avoir pour objet les hommages rendus à la divinité , et il paroit que ceux donnés , par Pélops à Olympie ^*^ , l'ont été en l'honneur de Jupiter; d'autres faisoient partie des cérémonies religieuses , comme ceux des fêtes Panathénées, des Eleusiniennes; mais ib étoient fort étrangers à cette vicieuse gymnastique qui n'eut pour cause que le blesoin des spectacles, besoin si impérieux chez les peuples civilisés : aussi l'établissement de cette gymnastique doit-il être fixé à des temps bien postérieurs au siège de Troie. Si donc les ThessaUens donnèrent à Tépoque de la mort dé Pélias , les

^^ Pausauias, lîb. V, cap.. 8.

fêtes éleusiniennes , ce ne peut être que le genre de cérémonies alors connues à Eleusis -j d'ailleurs à quelle espèce de combats peut être appliquée la dénomination di Eleusiniana y si ce n'est aux exercices usités dans les cérémonies d'Eleusis ? or , l'on voit dans les marbres d'Arundel ^^^ , qu'un combat gymnique faisoit partie des ietes d'Eleusis. 11 se donnoitle septième jour ^*^ : Euripide fut, dit-on, vainqueur dans l'un de ces combats ; suivant Aristide ^^^ , ce combat avoit pour objet de prouver combien la nourriture saine et abondante y produit de l'agricnlture, donnoit de force a/ax hommes et les mettoit à même de braver les périls de la guerre et d'en supporter les fatigues. Celui qui remportoit la victoire recevoit de l'orge^ pour prix, c'est le grain qui a été le plus anciennepient cultivé dans i'Attique. Il est difficile de penser que les Thessaliens aient célébré, sur le tombeau de Pélias*, les jeux gymniques qui faisoient partie des fêtes d'Eleusis , sans avoir connu et adopté ces mêmes fêtes j^on peut en dire autant des Lacédémoniens. Hésychius nous a ti^nsmis la tradition d'un combat qui étoit en usage dans la Laconie, et auquel il donne le titre ^Eleusiniana certamen thjrmelicum ; si ce combat est avec raison qualifié à! Eleusiniana ^ il ne peut rappeler autre chose que les exerdces de ce genre qui étoient usités dans les cérémonies d'Eleusis.

<»> Ep. 17. = ^2) AÙlu-Gel. , lib. IV, cap. 20. = <*> Arislid., /. I, p. 27. .

Authela^ bourg de la Trachinie , avoit un temple de Gérés Amphictyonide ^*^ , dans lequel les assemblées des Amphictyons se tenoient tous les ans ^\ A Touverture de cette assemblée religieuse, les Pylagores oflfroient des sacrifices à Gérés.

Le lieu appelé Demetrium étoit consacré à Gérés , il faisoit partie dfts possessions de Protésilas : Homère le désigne par ces mots partage de Cérès , et il ne le distingue point de l'ancienne ville de PjrasoSy à deux stades de laquelle se voyoient un bocage et un temple consacrés à Cérès. ^^^

$ ly. CuUe des divinités iC Eleusis dans les îles de la Grèce.

Les Grétois, plus qu'aucun autre peuple de la Grèce, prétendaient que tous les cultes religieux avoient passé de la Grète dans le continent de la Grèce. Les prétentions de ces insulaires ont du moins quelque vraisemblance : si elles ne sont pas vraies pour tous les cultes, elles doivent Tétre pour la plupart ; car File de Grète se trouve sur le chemin de TEgypte à la Grèce , et soit que le voyage des colonies égyptiennes qui ont apporté aux Grecs le plus grand nombre de leurs divinités, ait eu lieu directement d'Egypte par mer, soit que, comme

<*> Herod. , lib. I , VII , j aoo.

^ Les assemblées des Amphictyons se tenoient deux fois par an> Tautre assemblée se tenoit dans le temple de Delphes. (Demosth., pro Coron. ^ p. i65. — Strab.^ lib. IX, p. 643, )

^Strab., lib. IX, cap.6, J5.

cela paroît vraisemblable, elles aient suivi les côtes d'Afrique , pénétré jusqu'à la petite Syrte et au lac Triton, et que delà elles aient passé dans l'île de Crète, dont les hautes montagnes se découvrent du cap le plus avancé dans la Libye Cyrénaïque, ces colonies ont dû s'arrêter dans cette île , avec d'autant plus de raison que depuis l'extrémité occidentale de la Crète , on voit les hautes montagnes du Pélopontièse qui n*en sont qu'à vingt lieue&.ordinaires , et que la traversée qui est interrompue par plusieurs petites îles, marque la route qui est très facile. Ces colonies ont dû laisser d'abord dans l'île de Crète, quelques<-unes des croyances religieuses qu'elles apportoient dans la Grèce j mais les prétentions des Cretois ne se bornoient pas là, ils soutenoient qu'ils étoient les premiers auteurs de leurs culteS;j de leurs sacrifices et de leurs mystères. Diodore de Sicile dit, que pour les mystères, ils en donnoient cette preuve , que l'initiation aux mystères d'Eleusis la plus' célèbre de toutes, aussi bien que celle de la Samothrace et celle des Ciconiens en Thrace, étoit accompagnée d'un grand secret, tandis que fchez les Gnossiens de Crète, l'on ne çachoit rien à ceux qui vouloient connoître les mystères qui se célébroient à la vue de tout le monde ; l'initiation se faisoit publiquement ^^\ Diodore de Sicile est le seul écrivain qui ait parlé de la pubhcité des mystères de Gnosse : Strabon qui a disserté

<^>Droc]. sic, lib. IV, 5 77.

fort au long sur la religion des Cretois, sur leurs mystères, sur les Corybantes, les Dactyles, les Metroa, et les fêtes de Rhéa, ne parle pas de cette publicité; cependant il écrivoit sous les empereurs, il étoit de la Cappadoce , et il n'avoit aucun ména- , gement à garder avec les prêtres Grecs: ij s'exprime d'ailleurs sur la religion avec une liberté plus que philosophique. Si la doctrine secrète des mystères d'Eleusis et de Samothrace eût été enseignée publiquement à Gnosse, Strabon n'auroit pu l'ignorer , et rien n'auroit pu Tempêcher d'en parler dans un endroit de son ouvrage où il s'engage dans une très longue discussion sur cette matière. Il faut observer d'ailleurs que l'endroit où Diodore parle de cette publicité des mystères de Gnosse, est celui-là même où il donne un abrégé des ouvrages d'Evhemère, et que c'est cet écrivain qui parle de cette publicité. Or , l'histoire des dieux publiée par Evhemère, n'avoit été faite que pour détruire le fondement de tout culte et de toute doctrine religieuse , et ce que Diodore^ rapporte des mystères de Gnosse est absolument contraire à la croyance commune de toute la Grèce ^^\ M. de Sainte-Croix qui observe très judicieusement qu'avec cette pubhcité, il n'y auroit pas eu de mystères, veut qu'elle ne s'entende que de la partie rituelle j cette réflexion eût dû , ce me semble j» lui faire reconnoitre la justesse de l'opinion de Fréret, que nous venons de rapporter, et lui faire rejeter entièrenient ce passage de Diodore.

^*> Academ» des InscripL, T. XLYH^ p. 4^*

Le Bacchus des Cretois étoit fils de Jupiter et de 4 Proserpine , il étoit oonséquemment le même que le fiacchus d'Eleusis. Les mystères d'Orphée, dit Diodore de Sicile, indiquent qu'il a été déchiré par les Titans ^^^ ; les Cretois donnoient pour preuve de la naissance de Bacchus dans la Crète , les deux îles qu'il avoit formées dans le voisinage au lieu qu'on appeloit les deux Sinus : le dieu , disoient les Cretois , les a même nommées Dionysiades , ce qu'il n'a fait pour aucun autre lieu de la terre.

Reinesius ^^^ et Chishull ^^ rapportent l'ancienne inscription d'un marbre envoyé de la Crète à Venise par François Moline, gouverneur de cette île pour les Vénitiens , contenant un traité de paix entre les Latiens et les Olontiens anciens peuples de Crète. Dans la nomenclature des divinités garantes du serment qu'ils prêtent pour l'exécution de ce traité , l'on voit les divinités éleusiniennes. Les Latiens et les Olontiens stipulent encore dans ce traité , que les choses divines qui sont particulières à l'une de ces deux villes, seront communes entr'elles, et qu'en conséquence les Latiens participeront aux théodésies ( les Diony^aques de Bacchus, ) et aux mystères de Cérès cheB les Olontiens. ^^

•Gruter, Montfaucon et Chishull 'ont fait connoitre un autre marbre de l'île de Crète, où étoit inscrit un décret des habitant de Paros rendu en

^*\ Dlod. Sic. , lib. V , 5 75.= ^^ Reinesius, Class. VII, no a6, p. 5oi. = **> Ant. asiat. , p. 36. = ^♦^ Chishull * Antiq. asiat, p. i34 , 3i5.

faveur des Allariotes^ peuple delà Crète, et la réponse des AUariotes aux Pariens. Dans cette espèce de traité d'alliance et d'amitié , l'un des principaux avantages accordés aux Pariens est le droit d'asile dans le temple de Cérès. ^^^

Les Cretois donnoient aussi le nom d'Eleusinium à un de leurs mois. ^^^

Nous avons donné le détail du culte des divinités éleusiniennes sous le nom de dieux Cabires^ dans l'île de Samothrace : nous ajouterons seulement ici que les colonies de Samos et de la Thrace qui passèrent dans l'île de Samothrace et qvii en expulsèrent les Pélasges , conservèrent les anciens mystères qui y étoient établis ; mais ils y firent des changemens comme le prouve la tradition rapportée par Diodore de Sicile, suivant laquelle Jupiter ayant eu commerce avec Electre fille d'Atlas , dont il eut Dardanus , Jasion et Harmonie , enseigna au second de SQS fils, les mystères sacrés. Suivant cette même tradition, ces mystères étoient déjà établis dans l'île, mais Jasion y fit des additions qui ne furent connues que des initiés , et il y fut foudroyé pour avoir, dit-on, offensé Cérès. Dardanus qui étoit également versé dans la connoissance des mystères , quitta la Samothrace et alla fonder au pied du mont Ida une ville qu'il nomma de son ûom

^^ Gruter. — ^Montfaucon, in Diaro Italico» — ChishuU , An(. Asiat,^ p. i38. = ^^ Gruter, Inscript, antiq,, p. 216.

38o MYSTERES.

Dardane ; ce fut lui qui enseigna aux Troyens les mystères de Samothrace. ^*^

Une autre, tradition^ également rapportée par Diodore de Sicile fait allusion à l'introduction du culte fies Phéniciens et des Egyptiens dans l'île de Samothrace ; suivant cette tradition^ Cadmus passa jusque dans la Samothrace où, s'étant fisût initier, il épousa Harmonie sœur de Jasion ^*\ Ce furent les premières noces au festin desquelles les dieux voulurent bien assii^er. Cérès qui chérissoit tendrement Jasion, donna du bled pour présent aux mariés, Mefcure leur apporta la lyre, Electre y célébra les mystères de la mère des dieux , et y fit danser les orgies au bruit des tambours et des cymbales j Apollon joua ensuite de la lyre , les muses l'accompagnèrent avec leurs flûtes. Jasion épousa Cybèle et en eut Corybas ; Jasion ayant été mis au rang des dieux, Dardanus, Cybèle et Corybas portèrent en Asie , et particulièrement en Phrygie , les mystères de la mère des dieux. Cybèle épousa ensuite le premier Olympus : Corybas donna le nom

^*^Strab.,lib.VII,p. 33i.

^ Cette tradition se retrouve au troisième livre des Dionysiaques de Nonnus : a Cadmus , dit le poète , franchissant ITHél- » lespont; dîrigeoit sa marche vers Samos , voisine de Sithouîe, » oh vivoit la jeune Harmonie qui lui étoit destinée. Les vents i> lui ëtoient propices > comme Vils eussent deviné et voulu » &voriser son bonheur^ ils le conduisirent dans la Thrace» » Vénus avoit ordre de Jupiter d'unir Cadmus à Harmonie^ elle » vint exprès de Chypre faire cette union, »

de Corybantes à ceux qui ehtroient dans une espèce de fureur en célébrant les mystères de la déesse ; c'est avec ces mystères que Fusage des flûtes passa en Phrygie. On reconnoît dans ce chaos de 'fables les rapports qui existoient entre les rites des Phrygiens , ceux de Bacchus et ceux de Samothrace : le poëme de Nonnus met ces rapports dans le plus graùd jour. On retrouve les usages de Phrygie et les coutumes du culte de Bacchus ^ dans le repas donné par Electre mère d'Harmonie à Cadmus et décrit par Nonnus.

Enfin l'introduction du culte des Egyptiens dans l'île de Samothrace ^ est encore indiquée par une autre tradition qui est aussi rapportée par Diodore de Sicile ^^^ Myrrhine reine des Amazones d'Afrique, ayant ravagé une grande partie de cette contij'ée , entra dans l'Egypte où elle lia amitié avec Horus fil^ d'Isis ; après avoir dompté les Arabes , les Syriens, les Ciliciens, et tous les peuples voisins du mont Taurus , elle entra dans la grande Phrygie et termina son expédition au bord du fleuve Gaïque j elle soumit aussi quelques îles et surtout Lesbos ; En la quittant son vaisseau fut assailli par une violente tempête , au miUeu de laquelle elle fit un vœu à la mère des dieux j elle fut jetée dans une île déserte qu'elle consacra à la déesse : suivant l'avertissement qu'elle en avoit eu en songe , elle lui dressa des autels et lui institua des sacrifices. Elle

^*> Diod. Siclib. III, p. 55.

383 BfTSTiRES. .

donna ensuite à cette ile le nom de Samothrace. Lorsque les Amazones furent sorties de cette ile y la mère des dieux y transporta, pour la peupler , un grand nombre d'habitans , particulièrement ses enfans appelés- les Cory hautes , dont le père n^est connu que de ceux qui sont inities aux mystères qu'on y célèbre encore aujourd'hui , mystères que cette déesse enseigna dès lors aux hommes dans un temple dont elle fit un asile. \

L'île de Paréos qui fut d'abord habitée par des Cretois et quelques Arcadiens^ reçut de bonne heure les mystères d'Eleusis; Nicanor, cité par Etienne de Byzance , assure qu'elle fut nommée autrefois Cabarnis d'un certain Cabamus qui , d'après la tradition du pays, avoit appris à Cérès l'enlèvement de sa fille ^^. Les cabarnes ou catames^ suivant Hésychius, étoient les prêtres de Cérès à Paroâ ; Suidas ^^ cite un fragment d'Antimaque , dans la généalogie de Léda , dans lequel il appela les Cabarnes Orgeones ou prêtres, ^&cx).la$. On ignoroit la signification de ce terme j Vandale prétend que ce terme vient du mot Grec affaxt'Çû) ou â^axéo), ignorOy taceOy etoêaxyjç, tacitumuSyC^Siinsi on les appeloit prêtres Taciturnes ou Hiérophantes ^. Bochart prétend que Cabarni vient du mot Phénicien Careby offrir, et Corban , offrande ^^^ ; M. de

^** Steph. Bjz. , V. Paras. = ^ Suidas , v. Opyétùviç. = ^ Vandale , Diss. IX, Arttiq. et marm.y p. 7 36. = ^9 Boch^ri f^Geog. sacr, , lib. I , cap. 14, T. III, p. 4i5.

' MYStÈRES. 383

Saiate-Groix , sans adopter cette étymologie y avoue que le nom de Gabarnes avoit une origine orientale , la même que celle du nom! des Gabires , dont il étoit une altération manifeste : il observe que les mystères de Samothrace ont pu passer fort anciennement dans rîle de Paros , et que peut-être la fameuse grotte qu'on y admire étoit Fendroit où on les célébroit. ^^^

Un passage d'Hérodote confirme l^opinion que présentent naturellement les autorités que nous venons de citer sur Fidentité des mystères d'Eleusis et de ceux pratiqués à Paros j ce passage présente même les divinités éleusiniennes comme les divinités infernales^ ce qui étoit un de leurs principaux caractères, comme nous l'avons ptouvé. Hérodote raconté ^^ que la défaite des Perses à Marathon ayant augmenté la considération qu'on avoit à Atbènes pour Miltiade , celui-ci demanda 70 vaisseaux , des troupes et de l'argent avec lesquels il alla mettre le siège devant Paros : il cojora son expédition du prétexte de punir les Pariens , parce qu'ils avoient accompagné les Perses à Marathon, et qu'ils avoient fait les premiers la guerre aux Grecs j mais les Pariens pourvurent promptement à la sûreté de leur ville. Les Pariens racontept que Miltiade étant embarrassé sur les suites de ce siège, Timo prêtresse • des dieux infernaux, vint le trouver et lui in-

^*^ Mysthres du paganisme y T. II , p. 53.= ^ Herod., lib. VI, S i32, x33, ï34.

diqua les moyens de s'emparer de la ville. D'après

• ses conseils , Miltiade se rendit à la colline qui est devant Paros, et comme il ne pouvoit pas ouvrir les portes du lieu consacre à Cérès , il franchit le mur de Fenceinte sacrée, et marcha droit au temple: l'on ignore quelles étoient ses intentions ; maïs lorsqu'il fut arrivé à la porte du temple, il fut saisi d'une si grande frayeur qu'il retourna sur ses pas.

. En franchissant de nouveau le mur , il se démit la cuisse } cet accident le força à remettre à la voile : 'il avoit tenu Paros assiégée pendant vingt-six jours, et avoit ravagé pendant tout ce temps l'Ile entière. Les Pariens instruits que Timo, prêtresse des dieux infernaux, avoit servi de guide à Miltiade, voulurent la punir de cette trahison. Ils envoyèrent des députés à Delphes , afin de demander aux dieux s'ils feroient mourir la prêtresse des dieux infernaux , pour avoir çnseigné aux ennemis les moyens de s'emparer de sa patrie, et pour avoir révélé à Miltiade des mystères secrets ; la Pythie leur défendit de faire mourir Timo. Le récit que Cornélius Nepos donne de ce fait est bien plus vraisemblable, mais il ne s'agit pas ici de décider entre ces deux historiens ; nous avons voulu seulement prouver qu'à Paros, les divinités d'Eleusis étoient adorées

♦ sous l'attribut des puissances infernales , et le récit d'Hérodote ne laisse aucun doute à cet égard., puisque la prêtresse des dieux infernaux, voulant introduire Miltiade dans le temple de ces divinités, le conduit au lieu consacré à Cérès.

Les Grecs avoicnt formé un grand nombre d'établissemens en Sicile; mais les Siciliens prëtendoient, qu'ils ' ctoient les ' premiers mortels chez lesquels Gérés et Proserpine [s'étoient fait voir, et où elles avoient fait leur séjour : leur île leur étoit consacrée, Jupiter la donna à Proserpine pour présent de noces. G'cst là qu'elle fut enlevée par Pluton j la fontaine Cyané près Syracuse lui fut consacrée, parce que c'est là que Plu ton, ayant entr'ouvert la terre, prit avec elle le chemin des enfers. Tous les ans les Syracusains y faisoient des sacrifices , chacun en particuUer j après quoi ils immoloient tous ensemble des taureaux qu'ils égorgeoient sur la fontaine même. A Enna dont les fertiles prairies appartenoient à Proserpine, il y avoitun temple de Gérés qui étoit tellement célèbre que les Romains dans une occasion où ils se croyoient menacés de la colère céleste , y envoyèrent , d'après l'ordre consigné dans les livres Sybillins , une députation de dix prêtres , pour apaiser par des sacrifices la très ancienne Cérès*^^^. Verres avoit enlevé à Gatane une antique statue de Gérés, objet d'un culte mystérieux et que l'on disoit être tombée du ciel ; l'entrée du sanctuaire de cette statue étoit interdite aux hommes , et son culte étoit confié exclusivement à des femmes et à de jeunes vierges ^^^ : Gérés étoit honorée à Syracuse sous les noms de Sito et Simalis ^^^ , sa fétc principale y étoit célébrée avec une grande solennité.

<*> Cicer. , î>t Ferr. , act. II , lib. V, $ /ig. = ^ Cicer. , in Ferr. , 5. 45. 7a. ^ = Alhen., lib. III.

TomeU. 25

38(J MYSTÈllES.

C'ëtôit , suiyaut les Siciliens ^ aux flamiûes du mont Etna que Gérés , après Fenlèvement de Proserpine, avoit allumé ses flambeaux^ pour aller à sa recherche dans toute la terre ; elle répandit ses bienfaits sur tous les hommes , mais principalement sur ceux qui lui accordèrent l'hospitalité ^ et elle leur fit part de l'invention du bled. Les Athéniens l'ayant reçue avec beaucoup plus d'affection que les autres peuples, elle leur découvrit ce secret; mais seulement après qu'elle l'eut découvert aux Siciliens : aussi av oient-ils institué en l'honneur des divinités éleusiniennes des fêtes dignes d'un peuple auquel elles avoient donné tant de marques de préférence. Les Siciliens avoient placé ces fêtes dans les différens temps de l'année où l'on s'occupoit du bled et de sa culture : par exemple on célébroit l'enlèvement de Proserpine vers le temps de la récolte, et la recherche de "Gérés dans le temps de la semaille j celle-ci duroit dix jours entiers , mais du reste le peuple assemblé se conformoit à la simplicité du premier âge. G' est ainsi que tant que duroit cette fête , on se livroit à des plsâsanteries et on n'épargnoit ni les sarcasmes , ni les paroles hbres et indécentes , comme aux fêtes d'Iacchus et de Dionysius à Athènes ; Gérés donna aussi des lois à la Sicile et y fut adorée sous le nom de Thesmophore. ^^^

Il étoit naturel que les divinités auxquelles on

^> Dîod. Sic, lib. IV, cap. 4-

atlribuoit Tinvention du bled, fussent honorées d'un culte particulier dans un pays aussi fertile; on peut dire cependant que lorsque le culte de Gérés fut introduit dans la Grèce, les habitans de la Sicile étoient encore plongés dans la barbarie, dont ils ne furent retirés que par Tarrivée des colonies étrangères , un siècle ou deux avant Gyrus (y) : et il est très vraisemblable que les Grecs ont porté ce culte en Sicile , comme ils l'ont porté en Italie et dans d'autres parties du monde. La Sicile n'étant composée en grande partie que de colonies grecques, a dû conserver le culte et les traditions mythologiques des Grecs j le nom de Sito donné à Gérés , est celui que la cosmogonie phénicienne de Sanchoniation donne à Dagon, premier inventeur, du bled dans cette cosmogonie. ^^^

( ^*^ Ëuseb.^ Prœp. JSvang, , lib. I , cap. 10.

(m) Pagei<3.

Le nom d'Agiostis ; donné par\IHoâore de Sicile à la plante dont les premiers Egyptiens vécurent , est un n<»n greC; qui ne peut présenter qu'une idée générale, et qui ne peut recevoir une application particulière à telle plante. Le mot ogros j agrosHs f ngpifie en général^ un homme de la campagne, ime chose de la campagne : on voit dans la Huitième Génération de Sanchoniaton un homme nommé uigros. Cette {dante , dont la racine devoit avoir de la consistance , puisqu'elle servoit à la nourriture des premiers hommes , étbit probablement le lotos , avec lequel Isis inventa la manière de faire du pain.

{h) Pag. 17.

L'andènne religion des Hébreux et la. religion chrétienne sont lès seulèa qui aient admis l'idée complète d'un dieu unique.

« En élevant les yeux au ciel , et y voyant le soleil, la » lune et tous les astres , ne tombez pas dans l'illusion et dans » l'erreur, et ne rendez pas un culte d'adoraUon à des créa- » tures que le seigneur votre Dieu a faites pour le service de » toutes les nations quisont sous le ciel. ^^^ »

L'auteur du livre de la Sagesse s'exprime ainsi ^^' : « Tous i> les liommes qui n'ont point la connoissance de Dieu, n'ont » pu comprendre par la vue des choses qu'ils admirent, » celui qui est , ni reconnu le créateur dans 9^ ouvrages \ D mais ils se sont imaginés que le feu , le vent , l'air , les » étoiles, les eaux, le soleil, la lune, étoient les dieux qui 1» goavernoient tout le monde. »

^1) Deuteren., cap. 4. v. î5. 19. — ^*^ l^ià. Sirp. , cap. ï5, y. 21.

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