MOTES
c( On n'avoit pas porté , dit Eusèbe ^^ , son esprit au-delà )> des causes visibles de la nature^ excepté un petit nombre n d'hommes chez les Hébreux qui, s'élerant au-dessus du w monde visible , ont reconnu le fabricateur et l'architecte » souverain du monde. Ftappés de la ptdssance qu'ils crurent » apercevoir dans son ouvrage , persuadés qu'il est le seul Ml dieu f ih firent dv dogme de Tumlé de Dieu la base de la D th^lo^^ 9 qu'Us trâpsndrfiit à leurs enfans iqui ^'.conser* u vèrent ooiimi0 la véritable, la première et Tunique 4oc- » iriue , la se«le que i'(m dût avoir sur la divinité, n *
Les Héhrevix avoient doue leur doctrine à part : iU n'ad* mettoifilit qu^un dieu > qu'un pur fspi^ , quNm être simple, qn'im être souverainement parfait. % H ordonne, dit Tthet , V et ajiusU6t des esprits dégagés de tonte matière , des hommes B coinposés dfuu corps ^t d'iuie ame , vivent , pensent , agis- » s#ut. he^ terre, cette romse énonne, «ospendue dans la » vaste étendue des airs , les cieux , les astres qui Fédairent, » les mers qui l'environnent, 1^ ll^uves qui l'arrosent, les » animaiix , les plantes , tout sort du chaos ; tout suit , par un » pouvoir irrésistible , ce premier mouvepient que la main du » tout-puissant lui a imptimé ; tout concourt à former un être )> parfait ; tout annonce un ouvrier intelligent , un créateur » tout-puissant. Que de gra^icleur I que de puJssan,cç ! que djB » pierveilles ! »
Lé? pliilojsophes païens, qui n'ont pas cru à l'éternité du monde, ont tous admis la préexistence de 1^ matière avant l'arrangement que Dieu lui donna. Il paroît que les aucuns Juifs n'ont pas eu des idées bien fixes sur ce point j ce qu'il y a de certain , c'est que Philon parle comme s'il eût cm que la matière existât avant la création du mondç ^\ Les pèi'es de l'Eglise 'et plusieurs, rabins ont expliqué le mot hébreu bara ^ par le terme creare ^ créer ^ faire quelque chose de
(«) E;useb. , Dem, Ev. libi L cap. 6, 9.— ^* PbiU , Liber de Mwiét opificio , p. 4. '
TROISIÈME SECTION. SqI
rien. La Vulgate rend le mot bara par creàçit. Suivant l'abbé .Batteux ^*' , dans les langues orientales il signifie pondre ; ce mot répond à celui de meraepJietj qui est rendu dans la même Vulgate par ferebatur^ et qui dans l'hébreu signifie couçer. L'œuf a été dans toutes les cosmogpnies l'emblème du monde naissant ; Pline a dit : iS£ omnes nuindos natura una incubcf^ret, ^
Le P. Mariana a temarqué au commencement de la<Oènèse^ que le verbe hébreu bara^ qu'on traduit ordinairement par créer ^ ne signifie pas, selon son sens propre ^ faire de ilen^ comme on le croit ordinairement j et que même les auteurs grecs et latins qui ont inventé le mot créer en leurs langues , n'ont pu y attacher ce s^wsy d'autant que ce qu'on appelle maintenant création ou productian de rien^ leur a été toutà-fait inconnu. L'opinion de Mariana a été adoptée par Richard Simon^^^ j et, en efiet, on ne trouve l'idée d'une pareille création que dans les rabins qui ont vécu après la destruction de Jérusalem.
Creavit Deus ^ Dieu créa, a Gc terme signifie deux choses
» dans l'Ecriture, dit don Calmet ^*\ i" tirer du néant;
» a*" don^er la forme à quelque chose. Quelques critiques
» ( Vatable, Grotius, et plusieurs rabins) voudroient que
» l'on traduisit : Aidant que Dieu formât le ciel eu la terre ^
» la terre étoft informe ; ou bien i Au commencement^ lors^
y> que Dieu créa le ciel et la terre j la terre étoit informe.
A Mais ces traduction <> sont contraires à la foi, en favorisant
'» l'opinion qui soutient l'éternité de la matière. » Et, en effet,
les nombreuses difficultés et la multitude des variantes qui se
trouvent dans ce verset, et dans presque tous ceux de la
Genèse, ont fait sentir la nécessité de recourir à l'autorité des
conciles généraux, pour l'explication des Ecrittires, et ils ont
^P Biatoire des. Causes premières, T. I, p. 8.— ^^^ Pline, Hist. Nat, n. 1. — ^3^ Histoire critique du Vieux Testament, lib. III, cap. lo. p. 426. = ^^^ D. Cabnet, Commentaire sur l'Ancien et le Nouveau Testament, Tom. I, p. 2.
décidé que la préexistence de la matière à la création du monde étoit une erreur.
Si le dogme de la création , chez les anciens Hébreux , n'est pas clairement établi y il ne sauioit du moins y avoir aucun doute sur celui de l'existence d'un dieu unique. Cette croyance paroit aToir appartenu dans les temps les plus reculés à quelques pe^ples de la haute Asie^ comme le prouve le chapitre XIY de la Genèse, où il est dit que le roi de Salem étoit le prêtre du dieu Tihè'HAUtjeratenimsacerdos dii altissimi. Il bénit Abraham et lui dit : Béni soit Abraham de la part du Dieu Trèa^Hautj créateur du ciel et de la terre : et béni soit lé Très^Haut qui iH>us a protégé et vous a lii^ré i>os ennemis entre les mains. Abraham adopta cette nouvelle religion; ce fut un des motifs de sa séparation avec s^s deux autres frères y qu'il laissa en Mésopotamie ^^ ; ce fut lui qui proclama avec le plus de zèle chez les Arabes et les Syriens l'existence d'un dieu unique.
Le nom d'Abraham attire à la Mecque ; depuis les temps les plus reculés > les peuples de l'Arabie. Le temple de Mahomet à Médine n'est pour les Mahométans eux-mêmes qu'un objet secondaire en comparaison de la Caaba : ce temple selon les Arabes 9 fut le premier que les hommes élevèrent au vrai dieu, et ils en attribuent la fondation à Abraham et à Ismaêl ; le Coran fit pour tout Musulman im devoir religieux de. l'antique pèlerinage de la Mecque. L'histoire d'Abra]gB£ty telle qu'on la lit dans les livres des Hébreux, s'accorde dans les points les plus essentiels avec les écrits des auteurs Arabes et Persans; 'mais tandis que la Crenèse pi*ésente le tableau naïf et fidèle de sa vie, les Arabes et les Persans y ont mêlé les fables les plus absurdes. Cependant, au milieu de tous les contes puérils, enfantés par l'imagination déréglée des Orientaux, il y a un morceau remarquable par sa simplicité et par le dogme qu'il consacre.
0) Genèse y cap. 12.
TROISIÈME SECTION. SgS
(c Abraham marchant pendant la nidt avec son père , vit au ciel des étoiles , et entr'autres celle de Vénus que plusieurs adoroienty et il pensa que cepouvoit être le Dieu et le Seigneur du monde ; mais après quelque temps et quelques réflexions , il dit en lui-même : Je vois que cette étoile se couche et disparof t j ce n'est donc pas ici le maître de l'univers. Il considéra aussi la lune dans son plein , et dit : Voici peut*étre le créateur de toutes choses , et par conséquent' mon seigneur ; mais l'ayant vu passer sous l'horizon comme les autres astres, il en porta le même jugement. S'étant occupé ainsi à observer et à réfléchir tout le reste de la nuit y il se trouva près de Babylone au lever du soleil, et il vit ime infinité de gens qui se prostemoient et adoroient cet astre, ce qui lui fit dire : Voilà certainement im être merveilleux, et je le prendrois pour le maître de la nature; mais je m'aperçois qu'il décline et prend la route du couchant aussi bien que les autres : il n'est donc ni mon créateur, ni mon seigneur, ni mon dieu. Abraham vit aussi Nemrod assis sur un tr6ne fort élevé, autour duquel étoient rangés, suivant leur dignité, une troupe de beaux esclaves de •Vun et l'autre sexe. Abraham demanda aussitôt quel étoit ce personnage aussi élevé au-dessus des autres , et son père lui répondit que c'étoit le seigneur de tous ceux qui étoient autour de lui, et que tous ces gens-là le reconnoissoieut pour leur dieu. Abraham considérant alors Nemrod, qui étoit fort laid, leur dit : Comment se peut-il faire que celui que vous appelez votre dieu, ait fait des créatures plus belles que lui? Ce fut la première occasion qu'Abraham prit de désabuser sou père de l'idolâtrie, et de lui prêcher l'unité de Dieu, créateur de toutes choses. ^*^ »
Ce dogme n'a pas cessé d'exister chez les descendans d'Abraham; au milieu de toutes les vicissitudes qu'ils ont éprouvées , ils ont conservé leur croyance pendant leur séjourrcn Egypte, et au milieu de leur captivité à Babylone , comme les Hébreux
D'Hcrbelot, Bibliothèque orientale.
modernes couserveut leur ancienne relisiou au nûtieu de ioas
les peu|des du moud? ^ parmi lesquels ils \iyent dispersés.
(c) Pag. 19.
On relrouvQ les mêmes idées cbe» les Indiens. Us ont une (oière mystérieuse qui marque Tunion sexuelle entre Om, l'Etre, et ^myla puissance nutritive , de laquelle union sont soorties toutes chos^ \ TÉtre s'est majuf^sté, dit-on , sous l'emb{4^ie d'un personnage nommé ChU^n; on loue Chivwi comme le seigneur suprême en qui tout e^ste. l»e mot aum^ que l'on prononce om^ est un en^bléme fi^cré de la divinité dans la religion indienne : il ne. doit être pixmoncé qu'en secret. U est formé de trçis le^itrea, qiû désignent la toriade divine.
(d) Pag. 20.
Les Indiens ont un livre intitulé TU^aroum ^ qui n'e;it qu'une liste des noms difFérens du souverain Etre. Les Brames comprennent dans ce nombre ceux de toutes les sortes de puissance^ de toutes les propriétés et de tous.le^ attributs qu'ils regardent comme inhérer^s à la n^iture divine, aussi bien que les symboles de toutes les essences miitérielles aou» lesquelles Dieu est adoré.
(e) Pag. ai.
Porphyie ^*^ , et Horus Apollo ^, rapportent une tradition sacerdotale , suivant laquelle le scarabée , lorsqu'il veut se reproduire , fait avec de la fiente de bœuf une boule qui a la figure du monde , ensuite avec ses pieds il la roule d'orient en occident, tandis que lui-même il marelle d'occident en orient pour marquer le mouvement .de l'imivers. Il enfouit cette boule dans la terre et l'y laisse vingt-huit jours , espace dans lequel la lune parcourt les douze signes du zodiaque; c'est aussi dans cet intervalle que la semence du scarabée re-
^*) Porphyr. , de Abstinenùiâ, lib. IV. cap. 9. — W Horus ApoHo , Hieroglyph» lib. I. cap. 10. \ •
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çoit l'influence de cette planète, l'âme et la vie. Le vingtneuvième jour il ouvre la boul^ et la jette dans l'eau; la boule achève de s'y ouvrir , et il en sort des scarabées tout formés. Suivant la doctrine des Egyptiens, c'est le vingt-neuvième jour quç; se fait la conjppctipin ^^ soleil et de la lune , et que le monde a été formé. Plutarque ne rapporte pas cette traditioui mais il dit. que clans eette espèce d'insecte il n'y a point de f^i^ejŒe, ils ^ont tçus^ maLss, et ils se reproduisent en déj»osant leyr sepiempe d^u# d» fojoier qu'ils roulent eij forme de boule, et qiû sçrt ég^l^meat ou foetus>, de matrice et de nqwrrituçe. Mai&ce que, disant Plutarque, Elien^*^, et Qorus Apqllo des scarabée^, qu'il n'y a pa^ de femelles parmi eux, et que les mâles se reproduisent, est absolument faux : ces animauiç «^'accouplent CQn\^^ toU9 les autre». PHne le naturaliste ^ , prétend que cette fable avoit été imaginée par le grammairien Appion, natif d'Oas^ en Egypte, pour excuser la superstition de son pays 5 mais il paroit que cette tradition étoit beaucoup pl^is ancienne qu'Appion.
Le scarabée occupe un des preruiers rangs parmi les symboles de TEgyptç, on le trouve sur presque tous les monumens ; oai l'a représenté très en petit et très en grand , tantôt sans ailes , tantôt les ailes déployées , quelquefois avec les ailes de^ l'épervier au lieu ^ siennes. Il a donné le nom et la forme à une multitiule d'amulçttes de toutes les matières; il étoit l'emblème de la divinité génératrice. Horus ApoUo ex-^ plique au long cet hiéroglyphe, et lui donne plusieurs sens qui ont entr'eux de l'çuialogie , la naissance , le père , le monde^\ Dans les hymnes chrétiennes, le Christ est invoqué sous le titre dé scaa^abée,; et dans saint Augustin il est comparé à cet aninaal gynj^bolique. L^ iiature animée »e périssant point par la dissolution des parties qui ne sont que revêtues d'autres^ former, le scarabéet pei^oit cette £Eiculté génératrice toujours
Cï> iEUan. , de Natur. animal, lib. X. cap. i5. ^ ^^^ Plin. , Hist. Nat. hb. XXX. cap. 11. « ^> Horus ApoUo X, Hieroglyph. UJ|. I.
agissante ; aussi k scarabée et sa- boulé président-ils à toutes les cérémonies funéraires des Hypogées. ^^\
(/) Pag, aa.
Toute image^ toute statue , tout symbole, est la représentation d'un objet existant , ou qu'on suppose exister, et qui précède nécessairement , soit dans la réalité , soit dans l'imagination, la chose destinée à le représenter. Ce n'est donc point le culte des animaux TÎVans ou sculptés , ni celui des statues symboliques qui constitue l'essence des anciennes religions î ce sont les idées religieuses des Anciens , et les objets réds de leur culte, qui constituent l'essence de leur idolâtrie, et qui déterminent la nature des formes des images , et celles des animaux qu'ils ont consacrés. Les images n'occupent que le second rang dans l'ordre des objets du culte, et l'esprit doit toujours s'élever au-dessus d'elles , pour chercher le type original , qu'elles retracent sur la terre , et ne voir dans le symbole matériel , que l'expression d'une idée intellectuelle , qae^ l'on a voulu rendre sensible. Il est vrai que le vulgaire borne souvent son culte à l'image proposée à son adoration , et que pour lui ime chose consacrée devient aisément une portion de la divinité ; mais cela est commim à toutes les religions qui ont admis des images et des emblèmes sacrés, pour rapprocher du peuple les objets de son culte. Quelle que soit à cet égard l'erreur du vulgaire, nous devons voir dans les objets matériels proposés à la vénération du peuple , non des dieux, mais des images représentant les objets premiers et réels de leur culte. Ainsi ce n'est pas le beei;^ le chien, etc. , l'oignon et le lotos que les Egyptiens adorèrent pmais ils choisirent dans le règne végétal et animal les plantes ^t les animaux qu'ils crurent les plus propres à représenter le caractère et les opérations de leurs dieux , c'est-à-dire qu'ils voulurent rendre sous des formes sensibles , l'action de la force féconde et invi-
Bescript, d'Egypt,, Mém, sur Thèbes, p. 377.
TROISIÈME SfiCTION. 397
liible qui anime et meut l'univers. Les figures hiéroglyphiques des Egyptiens y même les plus monstrueuses , étoieiit des expressions d'opinions sages , et les animaux révérés chez- eux étoient les caractères de leur écriture sacrée. Ainsi prendre les animaux égyptiens simplement pour des animaux , et non pour des signes emblématiques , ce seroit ne voir que du ridicule 'et de la folie dans la philosophie ancienne y qui s'est plue à prendre la forme énigmatique pour donner les leçons de la morale la plus sage^ comme pour peindre les secrets delà nature ; c'est là le gënie qui a présidé^ non-seulement à la composition de leurs fables sacrées , mais à celle des images et des statues de leurs dieux. Souvent les idées intellectuelles les plus abstraites ont été exprimées sous des emblèmes empruntés des f(»rmes et des qualités de la matière. Porphyue prouve par des exemples*^ la théorie des rapports allégoriques qu'avoient les images des dieux avec les* opinions des théologiens sur la nature. des différentes divinités. ^^
Plutarque donne deux causes au culte des animaux chez les Egyptiens : lo la reconnoissance de l'homme pour les services qu'il en tiroit : Cicéron'^' a la même opinion ; 2° ils étoient les emblèmes des dieux , dont ils retraçoient l'image par quelquesunes de leurs propriétés ^^^ a Si les philosophes les plus in- » stroitSy tels que Pythagore , dit Plutarque , crurent pouvoir » cHercher dans la théorie la plus abstraite des nombres , » diverses images des propriétés divines , à plus forte raison » crurent-ils pouvoir recueillir celles qui leur étoient offertes » dans les corps sensibles et animés , qui aVoient des passions , » des habitudes; et; en quelque sorte, im caractère et des moeurs. » Au reste; nous devons approuver non ceux qui adorent ces i> objets en «ux-mêmes; mais ceux qui; par leur moyen; » honorent la divinité dont ils semblent présenter une image;
O) Porphyn, apud Buseb. , Prœp, Ep., lib. III, cap. 7 — Dupuis , Origine des cultes, « ^^^ Cicer. , de Nat. Veor. , lib. I, cap. 36. = cs> Phit , dt Jsid, et Osirid, , p. 38o.
» puisqu'elle- même les a placés en quelque sorte sous les yeux )> de rhomme comme un miroir, où viennent ^e peindre les » difierens traits du dieu puissant qui embellit le monde. Une j) cbose inanimée , quelque riche qu'elle soit, fut-elle toute de » pierreries , ne vaut pas celle qui est douée de sentiment. La » nature divine est au moins aussi bien représentée par cette )) portion de la nature qui vit, qui voit , qui a en soi un prin- » cipe de mouvement et de connoissance> que par des statues )) de bronze ou de marbre , aussi périssables et de plus insen- » sibles. Voilà l'opinion que je trouve la plus recevable de )) toutes celles que l'on a données de l'adoration des animaux. )> La dépendance où nous sommes de^ sens , dit le P. Lafitau ^*\ ne nous permettant pas de voir Dieu autrement qu'en énigme , comme parle S. Paul , a causé une espèce de nécessité de nous le montrer sous des images sensibles, lesquelles fassent autant de symboles qui nous représentent la divinité , comme le poi^ trait nous remet dans l'idée celui dont il est la peinture. Ces symboles ont été multipliés selon les diverses idées des peuples qui les ont couçus ; mais pour rendre la religion plus respectable, en l'enveloppant d'un plus grand nombre d'idées mystérieuses , on la rendit obscure. L'ignorance étoit l'apanage du èommun des hommes^ ces idées mystérieuses ne furent bien entendues que de ceux qui étoient préposés au culte, et entre les majns de qui la religion étoit comme en dépôt. L'adoration se communiqua aux types, et la figure devint ime réalité dans l'esprit des hommes superstitieux.. On en vint même jusqu'à se persuader que les divinités quittoient la demeure céleste poiur habiter dans ces types vivans , et l'on ne craignit pas de dire que les animaux sacréç étoient identifiés avec les divinité dont ils étoient les symboles. L'histoire d'Egypte marquoit l'époque de cette consécration des types animés, sous im roi de This , qui commença de régner deux cent quatre-vingtdix ans après Menés, selon Manéthon. Manéthon lui-méftie
Lafitau, Mœurs des Saunages, T. I, f>. 121*
TROISIÈME SECTION. ' 3gQ
marque le cuite 4ea animaux sacrés comme un événement du règne de Néachos , dixième roi depuis Menés.
Quoiqu'il en soit , il n'est pas une seule religion ancienne qui ne soit hiéroglypliique , et dont la thé^ogie ne soit pleine de symbolea; c'est ce qiri foit dire à Plutarque ^^^ : a Lors donc . » que vous entendrez toutes les fables que les Egyptiens ra- » content des dieux ^ qu'on vous dira qu'ils ont erré svat la )> terre y qu'ils ont été coupés par morceaux , et qu'ils ont )) éprouvé beaucoup d'autres acddens semblables ; ne pensez » pas que tout cela *)it arrivé. Vous devez entendre le )) récit que font de ces dieux ceux qui en donnent une » interprétation religieuse et philosophique. Alors vous ob- )) serverez fidèlem^t tout ce qui est prescrit pai< ces céré- » monies sacrées , et persuadé que le sacrifice le plus agréable » que vous puissiez offrir aux dieux , c'est d'avoir d'eux des » idées justes et vraies , vous éviterez la superstition qui )> n'est pas un moindre mal que l'atbéisme. v
Néanmoins plusieurs philosophes anciens, et particulièrement Varron, attribuent à cette invention de symboles et de simulacres des dieux , la dégradation de la religion qui étoit plus respectable et plus majestueuse aux yeux des peuples dans son ancienne simplicité. Il cite l'exemple des Juifs qui ont eonservé leur religion dans sa pureté primitive y en proscrivant absolument le culte des statues et des images de la divinité ^K C'est une justice que leur rend . aussi Tadte , qui oppose le culte simple des Juifs au culte des Egyptiens , plus composé et revêtu de formes symboliques ^\ Eu effets le législateur des Juifs prpscrit avec, soin toiite espèce d'image de la divinité ^ et il a fait par raison de convenance avec la grandeur de Dieu y ce quO' les premiers hommes ont fait par défaut de civilisation et par la suite de leur genre dé vie ; mais le culte des im^es est si fort dans He gont du peuple , qid s'accommode mal d'une religion fondée sur des
C») Plut, r Traké d'Isis et d'Osiris. « ^2) S. Augttst. , Kb. IV, de Ciu. Dei , cap. 3i. « C3) Tacit., lib. V. cap. 5.
abstractions; que les Juifs revinrent souvent au3t ilnages que les cultes ^yptien et phénicien avoit consacrées.
Nous terminerons cette ix>te par fidre remarquer que saint Augustin ^^ regarde l'ancien Hermès Trism^iste comme l'auteur de cette opinion, suivant laqueUe la divinité invisible ne désemparoit pas de son symbole, qui en étoit animé ou quelque cbose d'approchant, opinion qui s'est si rapidement et si généralement répandue. Suivant la doctrine d'Hermès , il y a un art pour unir si bien les esprits invisibles aux matières visibles, que les simulacres dédiés à ces esprits sont comme des corps animés , ut sint quasi animata corpora. La production dé ces espèces d'êtres animés n'est pas naturelle , elle est mécanique \ Hermès appelle cela faire des dieux : hoc esse cUcit deosfacere. Ce sont là des dieux artifideb, dii artefacti; les hommes ont reçu ce grand talent, cet admiraUe pouvoir de faire des dieux : eamque magnam et mirabiîem deos faciencU àbcepisse homines potestatem ^. Mais le secret de cette théopée s'étant perdue , on lui substitua la théuigie qui avoit sur elle deux grands avantages pour les prêtres. La théopée de Trismégiste lioit la divinité à son idole , et fiûsoit un dieu indépendant du prêtre qui le servoit. La théuj^e au contraire mettoit le dieu à la disposition du prêtre qui l'attiroit dans lldole ou l'en retiroit à son choix ; en second lieu la théuigie n'assurant que la simple assistance ou présence du dieu invisible dans le simulacre vivant sans parler d'animation ^ le prêtre en étoit beaucoup moins exposé à être convaihcu d'imposture, que s'il eût assuré que le simulacre étoit animé; mais la théurgie ne se borna pas là, elle devint le secret de disposer les âmes à la visite des esprits et des anges et à la vision des dieux, par certaines consécrations nommées télétès, c'est-à-dire, par certaines cérémonies pratiquées selon les règles les plus parfaites de l'art. Ces télétès avoient la vertu
<») S. Augustin. , de C/V. 2>e/, lib. VII. cap. 25. «- W jhid, , lib. XXVm. cap. 2^.
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TROISltiME SECTION. 4^1
de puiifier l'ame y non pas assez pour voir Dieu , mais pour voir des figures d'anges et de dieux admirablement belles. Jamblique de Cbalcis, qu'il ne faut pas confondre avec Jamblique, disciple de Porphyre , et un autre Jamblique qui vivoît sous Trajan, Jamblique de Chalcis, auteur du livre des Mystères, et favori de Julien , initia cet empereur aux mystères de la théurgîe.
Jamblique peut être nommé le premier défenseur de la théurgiej il semble avoir entjrepris de la mettre à portée de tous , en lui btant \m air de mystère. Si on lui passe quelques suppositions , il fait voir ensuite ^u'il n'y a pas plus de merveille à avoir la visite d'un génie du premier ordre, qu'à avoir l'audience d'un grand, quand tout ce qui est autour de lui s'empresse à la faire accorder ^ car la théurgie, suivant Jamblique , est l'art qui apprend à lier commerce avec les génies supérieurs , ' naturellement et nécessairement bienfaisans , en se Gondliant les génies inférieurs qui sont capables ou d'empêcber ou de faciliter ce commerce. H a ses principes ou ses hypothèses qu'il ne se met pas en peine d'établir , mais d'où il déduit tout ce qui concerne la vénération due aux idoles , aiqp temples p aux lieux sacrés , aux prêtées ou prétresses qui les desservent»
D faut lire sur les Hypothèses de Jamblique le P. Mourgues. ^** Maxime de Tyr, Plotin , Porphyre , Salluste, et les autres platoniciens , ne sont ni imiformes ni précis sur cette matière j mais le docte et laborieux Marsile Fidn a donné dans son Commentaire sur le cinquième chapitre du cinquième livre de la troisième Ennéade de Plotin, tout ce qu'il avoit recueilli de ses lectures sur ce sujet , et il a fait connoître les idées dont les platoniciens avoient imbu le peuple sur la magie. ^'
(tt Plan thêolûgique du PythagorUme, Tom. L p. 3ao. — <^ Ibid, , Tom. I. p. 355.