CHAPITRE U
Culte d'Osiris, d'Isis et d'Horus en Égjpte.
§ I. Origine du culte d'Osiris, d'Isis et d'Horas en Egypte; ce culte est fonde' sur les mêmes principes que les religions pn<^ mitiyes. — Les Egyptiens ont adoré Osiris comme symbole di^ principe actif universel , dont on reconnoît la présence et les effets partout. — Isis partie passive de la nature , mère commune de tous les êtres. — Horus , symbole du cosmos ou de tous les êtres qui composent l'univers , fruit de la jonction du principe actif, ou du principe mâle et producteur , Osiris^ avec le principe passif ou la partie femelle et génératrice, Isis.
5 2. Les pay eus avoient divisé leurs divinités en dieux mâles et en dieux femelles , d'après cette diyision primitive du principe actif et du principe passif que présente la nature. Les divinités subalternes n'étant que des démembremens de ces substances universelles , on avoit établi entr' elles la même division. — Les détails et le développement de ce système général ont enfanté une foule d'allégories et de fictions , qui
Ilfii.I010IiS PRIMITIVES. l5
QvX embarrassé las religions. Cette confusion a été encore augmentée chez les Égyptiens par leur écriture ^rmliolûpie et leurs hiéroglyphes.
§ 3. Les religions anciennes n'étoîent fondées que sur un fait d'observation ,* le principe de vie et d'intelligence répandu dans toutes les parties du inonde. — La distinction de la natœre en deux parties, Tune active, l'autre passive, se trduve au fond de tous les systèmes religieux , de tous les ro3rslères de Fantiquilé. — Système philosophique et religieux des Anciens contenu dans le Traité de VAme du, monde ^ par Tîmée de Locres.
5 4* Cette doctrine a pris naissance en Egypte , d'où elle a passé chez toutes les nations anciennes.
J I, Origine du culte d^Osiris, d*Isis et d'Haras en Egypte, — Osiris principe actif. — Jsis partie passive de la nature , mère commune de tous les êtres» — Morus symbole de tous les êtres , fruit de lit jonction du principe actif ou producteur, Osiris , ai^ec le prin* cipe pussif , Isis.
Le premier culte des Egyptiens leur fut indiqué par les phénomènes qu'ils avoient sous lés yeux , un fleuve bienfaisant qui couvroit la terre , et qui lais- 3oit après sa retraite les fruits dont les Egyptiens faisoient leur nourriture. Mais si l'habitant du Wil est resté lié à ces objets visible3 par ses besoins et par ses sens; si ces objets corporels l'ont occupé long^ temps avant qu'il put s'élever à des idées plus géaérales , peu à peu ces idées s'étepdirent, et cette force motrice qui ^ après la retraite des eaux du Nil , lui donnoit ce qui est nécessaire à ses besoins , il l'a-
perçut répandue dans toute la nature^ et faisant par-' tout lès mêmes fonctions: Osiris devint dès lors l'expression poélique et mystagogique de Faction de ce principe universel, principe unique, nécessaire^ dont on est forcé de reconnoître la présence et les effets partout , et qui donne Texistence à tous les êtres ; il devint encore l'expression du mode que ce principe employôit pour celte production, des lois établies pour leur conservation et avec lesquelles il maintient l'ordre parmi eux.
Ce principe d'action universelle avoit différens noms suivant les divers rapports sous lesquels il étoit considéré chez les Egyptiens: ils l'appeloientAmmon^ en tant qu'il manifestoit au-dehors le germe caché dans son sein et sa force inconnue, par la production et par la génération des êtres.
En tant que principe de l'ordre et cause artiste de l'univers, ils l'appeloient Phta, mot qui, dans la langue copte , signifie celui qui fait , qui ordonne , qui dirige. .
Gomme principe qui pénètre et vivifie le monde^ qui maintient la vie et l'activité aux êtres créés , ils Tappcloient Kneph.
En tant qu'il étbit le principe bienfaisant, et la source du plaisir par lequel les êtres se perpétuent , ils l'appeloient Osiris , et sous ce rapport il finit par réunir toutes les idées qui appartenoient au principe universel.'
Les Egyptiens entendoient par Isis la partie pasr
AELIGIOKS PRÎMÏfïVES* fj
nire de b^nature^ la mère commune à tous les êtres ; le sujet de totttes les formes ,*• le suhstratum dans lequel elles sont reçues. Considérée seulement comme le partie féminine delà nature y comme le recepta^ cidum j elle,cont^ioit en son sein la faculté ^ poul* ainsi dire , génitrice et nutritive, c'est^-dire, celle de la conception et de l'enfantement. Pour réaliset cette faculté > èllel étoît toujours accompagnée d'Osiris^ c'est-à-dire, de la force, de l'esprit, /^/leM/n^ï, dû principe actif de la jproduction , sangla jonctibn, la coopération, le concours duquej elle n'autôit pu engendrer les êtres; c'est de cette jdnction du priai cipe mâle , du principe producteur avec le principe passif , avec la partie fen^lle et génitrice, qu'est sorti le cosmos , c'est- à-diré, les êtres. qui composent l'univers , l'ordre et l'arrangement qui le maintiennent t les ï^yptiens l'avoient divinisé sous le nom d'Horus* Jamais les philosophes religieux de l'Egypte, ni d'aucune des nations de l'Orient, n'ont eu une idée complète du souverain être; jamais ils n'ont compris une substance indépendante de toute autre, comme cause. S'ils avoient eu une idée plus digne du principe actif , ils lui auroient accordé l'action qui produit la seconde substance, aussi bien que celle qui Farrange ; mais jamais ils n'ont présenté l'action ^e l'Être-suprême dans la production de l'univers: ils n'avoieût aucune notion de la création (b), idée philosophique sur laqiielle l'imagination ne peut avoir aucune prise; mais ils présentoient la production de Tunivers Tome II. a
t9 AfiLlQiONS PMMITIYBSw
cwiitie une g^néraftioa^ c^estrsHiire p cùxmm une cbose aaalo^ae à cette espèce de production^ dont nous sommes tous les jours les témoiiifi.
. Lorsque les philosophes chrétiens atttfjuèrent l'an^ cienne rdi^on^ les plûlosophes Py thagoridensetPla^ tonici^ns créèrent de nouvelles idées métaphysiques^ croyant faire disparoitre par là les absurdités des ùi^ hl&s mythologiques.. L'abrégé de toute la nouvelle théologie inyMîque'^ qu'ils attribuoient aux anciens Egyptiens , est contenu dans l'ouvrage d'Hcrmèsjt iotitnlé Asclepius y qui a été traduit par Apulée ^ et dans l'ouvrage écrit par Jambliquc, sur les mystères des Egyptiens^ pour répondre aux questions de Porphyre > adressées à Annebon; mais cette doctrine qui se nq>prochoit des principes de la religion chrétienne^ s'éloignoit entièrement des idées reli-* gieuses des anciJens> qui reconnoissoientsiœplem^it un .principe féœndant y ayant donné la vie à tous les îtrer^ ayant engendré l'univers par son union avec le principe pas^.
§ U. Les p^X^ns assoient divisé leurs divinités éH dieux mâles éS en dieux JkmelleSf d'après la division primitive du principe actif et du principe passif que présente la nature.
D'après Hi division primitive du principe actif et du principe passif que présente la nature, les payens regardoiënt toutes leurs divinités comme les causes productrices et conservatrices de la géné-
HIXIOIONS PktMTtVCS. t^
ration > et ils les avoient ^viaëes «û di^ui mâles et en dieux femelles; le premier caractère de chècuft de ces dieux miles ëtoit de représenter le prindpe té^ coudant^ comme le premier caractère de chacune de ces divinités femelles^ ëtoit de représenter le principe passif. Ily a plcus^ ce grand nombre de divinités subaU ternes qui remplissoient les temples des anciens^ n'étoient que des démembremens de ces substances universelles ; il y avoit entre ces divinités subalternes la même division qui est établie entre les grandes dirvinités, représentant la partie active et la partie pas* sive^de Funivers. Toutesles parties de la nature y Fair^ l'eau ^ la terre avoient leurs intelligences • qui se lioient dans Faction universelle du mond^^ et qui avoient entr'dlles les rappoits qui existoieirt entré le principe actif et le principe passif. Cette chaîné de dieux- de nature et de puissance afférentes ^ unissoit toutes le» parties de l'univers > depuis le sommet des deux jusqu'aux abymes de la tefrre t c'est de cette théorie que Yarron déduit la théolo^ gie des puissances subalternes et celle des ^nies plcH îDés dans les divers élémens* ^^
Dans FOrioit et dans la Grèce > les prêtres qui ont toujours parlé de la production du Aïonde cofitime d'une espèce de génération (c)^ ayant personmfié et partagé en diverses parties le principe de cette pro-* duction qu'ils regardoient comme le Dieu suprême^ la suite nécessaire de cette doctrine et de ces idées
^!' Saint Augustin^ <fc CiV, Z>eiy lib» ytl^«ap, 6.
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no RELIGIONS PRIiaXTIYES.
de génération^ fut de croire le. monde animé.: aussi iétqit^çe la croyance presque générale des anoiend. Suivant ce système, toutes les parties de TuniTers dans les(|ueiles les aaoienis découyroient dès prin-«> x^ipes de vie et d'action^ ou: qu'ils imaginoient comme iiiltsmt de causes de là génération et delà formation des êtres . particuliers , fonnoient autant de dieux différents subordoimés les uns aux autres , et plus pu mdins puisàansV selon l'étendue dé leur département^maissdiïmis tous à l'intelligence universelle (d) : ils en faisoient des divinités distribuées en diverses classes et attacliécs par la nécessité de leur nature aux' diveijses parties de l'univers matériel dont ^Ues ^^ent (cependant distinguées par leur essence ; car riàée de * la diviqité renferme nécessairement les attributs d'iatêlligence, de volonté, de force et d!action* Les anciens rëprésentoient ces . divinités particulières ou. ôes différents attributs de là puis-^ sançe )U|i|verselle , comme autant de générations d^spepfla^jdeis attributs, les plus géilértox à< ceux quil'çtoîeat le moins, par des degrés seinblables à ceux de 1 arbre de Porphyre. On conçoit ^is^ent epqcibi^ ^^^ détails et les développfeniens . du ^stème général enfantèrent d'allégories, et de quelles actions le langage figuré de.la poésie dut embarrasser les religipns. ;
A cette Raison , comipuixe à toutes les nations an-^ ciennes, il, en faut joindre, une particulière aux Egyptiens et aux Orientaux, qui est tirée de la nature de leur écriture symbolique ; lés caractères
RELIGIONS primitives; 21
Ac celle écriture* û'étoient que des peintures des êtres corporels j qui servirent d'abord, pour représenter directement et indépendamment de la parole, les choses dont ils étoient les images: dans la suite on les employa pour exprimer d'une manière figuréeles idées les plus abstraites et les plus incorporelles.' Cette écriture accoutumoit les hommes à tout personnifier : les livres égyptiens étoient un tissu continuel d'images et de tableaux. Ces images présentoient en même temps deux objets à l'esprit, Ist chose même qui étoit représentée^ et la chose qui étoit exprimée allégoriquement; mais l'ignorance et et l'irréflexion les confondoient le plus souvent, elles s'arrétoient aux images qui les frappoient et n'alloient pas au-delà. Les prêtres augmentèrent cette confusion par leurs hiéroglyphes ou caractères^ sacrés, dans lesquels ils n'exprimoient pas même les choses corporelles sous leur véritable type, mais ils employoient l'image d'autres objets qui avoient avec elles quelque rapport symbohque. Dansl'écri-» lure commune un cercle entouré de rayons repré-^ sentoit le soleil : dans l'écriture sacrée on représentoit cet astre par un scarabée, à cause de certaine propriété attribuée à cet animal. ^^^ (e)
On conçoit sans peine que la cosmogonie et la théogonie les plus simples , les plus naturelles et les plus raisonnables, devenoient les plus extravagantes dès qu'elles étoient écrites dans ces caractères sacrée
^*>Diod.Sic., lib. m.
!^ REI4IGIONS PRIMITIVES.
Q^ptiens : cette po^ie remplissoit toutes les têtes de fictions que le vulgaire prenoit au sens littéral iMlgré leur absurdité, {f)
Les Grecs sensés de Tantiquité ne pouvoient croire ni adopter nne religion fondée sur des fictions extravagantes (g) qui attribuoient à la divinité des actes aussi contradictoires avec Vidée qu'en donne U raison ^^\ Il y avoit donc chez les anciens^ la religion vulgaire et poétique^ qui étoit re Jetée par les bommes raisonnables et éclairés^ par lespbilo* sopbes, de l'antiquité qu'on a souvent accusés d'étrè athées sous ce prétexte, religion qui étoit souvent bafouée sur le théâtre par les poètes eux-mêmes ^^^ ;
M> pythagore ftssnroît <pe le$ amef. ^Homère et <f Hésiode 4toi^at sévèrement pimies diuos le? eiliers , poor avoir parlé é9i% dieux d'uue manière si pen convenable à leur majesté* {J^bUdeà PhUosoph. , T. I , p. i47 » ^'« * Pjrthagore.y — On sait la manière dont Platon les traite dans sa République^
^ Tout le monde connoU les i^ombreuses raillerie» qu'Ari&* lophane lançoit contre les dieux yutgaires des païens. Les poètes tragiques en parloient plus sérieusement sans doute , vaais ils rejetoient cette singulière mythologie avec plus d'in* dignatîon encore. Dans VUereule furieuy: d'Euripide , Thésée confie ce héros de lassassinat de sa femme et de ses enfens ^^ eli il tâché de Fesciiser par les exemples des crimes des dieux : « Les exemples des dieux que vou$ me citez, répond Hercule, ne 1» signifient ri.en : je ne saurois les croire coupable^ des crimes » qu'on leur impute....^ Je ne puis comprendre quon dieu soit
» le souverain d'un autre dieu Un véritable dieu n a besoin
tt de personne. Rejetons donc les fabUs ridicules que les poêlas, » nous en racontent, n.
RELIGIONS |>RIU1TIVES« !l3
et la irëritable rebgioii tbëologique^ reconnue per les sages du paganisme^ qui avoieot af^roôhé de ridée de la divinité^ autant qu'il est peut-être donn^ il rhomme, abandonne à lainaiéffle^ de le faire ^ en contemplant la nature y ae$ lois et ses phénomènes.
$ III. Les reUghns anciennes n'ornent fondées que sur unfaH d'observation, le prine^e de vie H dinSeiligence répandu dmne . toutes les parties du monde* *— La distinction de la nature em deux parties t Tune active et l'autre passive\ se trouve au fonds de tous les systèmes religieux , de tous les mystères de r antiquité,-^ Système philosophique et religieux des Anciens , contenu dàhs le Traité de l'Ame da monde , par *Timée de Loeres.
Tout dans Funivcrs parie des deux causes dont l'une agit sur l'autre : les sens nous les indiquent d'abord ^ et le raisonnement nous les fait aperceroir jusque dans les premières opérations de la nature. C'est donc un fait de pure observation que celui àxx principe de vie et d'intelligence répandu dans toutes les parties du monde : les anciens n'ont vu que ce fait. Une s'a*gissoit pas chez eux de rechercher quelle étoit l'essence de ce premier principe, quelle étoit sa manière d'être, et sa manière d'influer, comme l'ont fait les {^ilosopbes et surtout les modernes : ils admelloient seulement Iesfait'squ« leur présentoit la nature, et leurs conséquences les plus immédiates ; ils n'ont pas eu l'idée de la création , parce que les sens ne l'indiquent pas^ qu'elle est hors de ce qui se passe sous les yeux de l'homme, et qu'cUeestihcompréhensible pour
2l4 RELIGIONS PRIMITIVES.
lui } mais ils ont eu Tidée de la génératiou^ parce que tout ce qui frappe nos sens^ présente une force, mêlée d'intelligence, qui produit tous leis êtres, et à; qui, par une conséquence immédiate, est due la combinaison actuelle de ces mêmes êtres. « Le Nil » chez les Egyptiens, et le ciel chez les autres » peuples, dit Plutarque, par les pluies qu'il verso » dans le sein ;de la terre, parut faire les foncw tions de jpère, et la terre celles de mère en w recevant la semence qui la féconde ^^K Toutes les » nations, dit Batteux ^^, les Chaldéens, les, Perses, )) le^ Egyptien?., les Grpci?, sont partis delà, \ia » pripcipé qui agit, un autre qui reçoit l'action et » qui la modifie en lajrecevant j ces idées entrant }} dans Tesprit par tous les sens, ont dû y être dans D tous les temps et dans tous les pays. ))
Aui^si la distinction de la nature en deux, parties, l'une active et l'autre passive, est un des plus anciens dogines et un des pljis répandus (A). Il se trouve au fonds, de tovjs les systèmes religieux ^ de tous les mystères des anciens qui se sont arrêtés où les effets sembloient finir, et où l'être prend un caractère différept de celui qu'ont tous les êtres qui lui sont subordonnés ; on aura des idées justes et même une conpoi^sance exacte ^e. la croyance religieuse . de l'antiquité en général , et particulièrement de celle des Grecs -depuis l'arrivée, des colonies orientales , si on ne perd pas de vue qu'ils adoroient la nature
^*^ plut., de Placitis philosophor,^ lib. I, cap. 6.?= ^ Batteux^ Cau^e^ premières i X. II, ^f. çfjt
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renfermant le principe intelligent uni au principe matériel^ c'est-à-dire, une masse comme sujet primitif, un principe ^ctif qui l'anime, la vivifie, doiine l'être à toutes les parties du monde, forme et organise tous les corps, qui maintient tous ces êtres dans leur état et qui les gouverne. Ce principe étoit le dieu fort, parce qu'il avoit triomphé de tous les obstacles j c'étoit le dieu artiste, parce qu'il, avoit tout organisé, le dieu bon, le dieu juste qui récompensoit le bien et punissoit le mal. Toutes les autres questions auxquelles la métaphysique a donné un corps et tant d'importance , ils ne s'en occupoient pas : en général les religions anciennes , comme toutes les religions , n'admettent dans leur pureté que les grandes masses , qui, se défendent par ellesméipes contre l'imagination des hommes. Les-anciens îivoicnt dans leur religion les deux points fondamentaux qui servent de base à la morale et aux lois: un dieu puissant ^ bon, juste, régnant surtout par lui et ses ministres ; la croyance d'une autre vie oui les méchans étoient punis et les bous récompensés : voilà leur véritable religion, -leur rehgion nationale, la seule qui imprimât ce respect universel que la religion vulgaire ou poétique étoit bien éloignée d'obtenir.
Les anciens ont vu dans l'univers, comme ils ont vu dans l'homme un être unique ; sans nuire à cette unité ils distinguoient dans l'univers, comme dans l'homme , le principe d'intelligence , de vie et de mouvement de sa partie matérielle , ce qui n'em-
aG RELIGIORS PAIMITIYES.
pcche pas l'homine d'être un , quoique son intelli'gence ne soit pas sa matière ^ et que l'une et l'autre soient les parties constitutives de son unité d'être animé. ^^ -
« Représente-toi le monde j, dit Marc-Anrèle^ » comme composé d^ine seule matière et d'une ni^ seule ame. Vois comme tout ce qui s'y passe est » rapporté à un seul principe, comme une seule • A impulsion y fait tout mouvoir, comme toutes ses » productions y sont l'effet d'un concours de ut causes , admire feur liaison et leur enchainement. » La lumière du soleil est une, quoiqu'on la voie » dispersée sur mille obj^s j il n'y a qu'une matière » commune, quoiqu'elle soit divisée et divers^nent )i modifiée en des milliers de corps particuliers} il » n'y a 'qu'une ame , quoiqu'elle soit divisée en une )> infinité de corps organisés qui ont des limites » propres. Nous sommes tous unis par une partici- » paûon commune à la même intelligence , quoi- » qu'elle semble elle-même se partager. Tu as oublié n que chacun de nous est un être émané du dieu » suprême. ^^ »
Cette théorie de la raison universelle, du Logos qui pénètre toutes les substances (/), source t|c la vie et de l'intelligence de tous les êtres, et qui régit le grand tout, a été admise par toute l'aiitiquité, et fei-
^^ Saint Augustin, cf& Cîf. Dei, lib.IV, cap. 3r. — Euseb., Prœp, Ev, , lib. HI , cap. 9.— Macrob., Ub. III , çap. 12. som, $cip.z=z ^ Marc- Aur. > de Rébus suis, îib. IV , cap, 26 , a8 , 34.
soit partie de la ihe'ologie secrète des myslèrcs. Tous les anciens ont cru l'univers régi par l'intelligence, dit Plutarque ^^^ ; l'opinion contraire exclut nécessairement tout culte religieux : on n'adresse pas des offrandes et des prières à des êtres sourds et muets, à des corps qui, quelque brillants qu'ils - soient comme le soleil, ne sont qu'une matière morte qu'inutilement on invoqueroit. Partout où l'on trouvé on culte, on doit admettre des diehx intelligents qui sont sensibles aux hommages de leurs adorateurs, et qui peuvent exaucer leurs prières : aussi le système des philosophes matérialistes n'a jamais été admis dans aucune doctrine religieuse.
• Timée de Locres ^^> nous a laissé un. petit ouvrage intitulé De Vame du Monde, où il nous dolme une idée claire et succincte du système philosophique et religieux des anciens. La conformité de la doctrine de Timée avec la religion des Egyptiens, fait facilement rcconnoitre l'origine des principes du disciple de Py thagorc. Platon l'a commenté dans un dialogue auquel il a donné le nom de Timée, mais il n'a fait que corrompre sa simplicité et obscurcir sa clarté (i).
^*' plut. , de Placilis philosopha, lib. II , ctp. 3.
^ TimëQ de Locres naquîl environ 5oo ans avant J.-C. ; il vivolt donc dans le temps où Amasis régnoît en Egypte, Fha^ laris à Agrigente, Visistrate à Athènes ^ Polycrate à Sainos, Tarr quin-le-Superbe à Rome. Il ëtoit du même siècle que Thaïes ^ 8olon et les antres sept sages, qu'Auaximandrc ,^ Anacre'on , OcelluS| Parménide , Philolaiis , Heraclite , Dëmocrile , et en |énéral tous les philosophes qui ont précédé Socrate^
On peut voir ce qu'en disent avec plus d'autorité que moi Tliomas Gale^*>, Deilys d'Halicarnasse ^> et l'abbé Batteux ^*^. Proclus qui en a jugé de même a cru devoir présenter l'original deTiméc, lorsqu'il a voulu commenter Platon: c'est à celte heureuse précaution que nous devons le morceau précieux de Timéc.
« Tout ce qui est, dit Timée, est ou l'idée ou » la matière^ ou l'être sensible produit des deux » autres. La première de ces trois choses est impro- » duite, immuable, permanente^ toujours la mêtne, » intelligente, modèle de tous les êtres engendrés sù- » jets au changement : on la nomme idée et on la con- » çoit comme telle. La seconde est la pâte , la mère, » la nourrice , ce qui engendre la troisième na- » ture j car recevant et confondant en elle-même des n germes homogènes ^ ( ojULoiwaara ) , elle forme de » leur mélange les êtres produits. Elle est éternelle » et non pas immuable ; elle reçoit en elle toutes les » figures et toutes les formes ; elle devient divisible » en devenant corps ; enfin c'est l'être toujours autre » ou changeant: on l'appelle matière, lieu , capacité» i) Il y a donc ces deux causes : l'idée qui tient lieu » de mâle et de père, et la matière qui lient heu de » femelle et de mère, et le troisième être qui est I) l'ensemble des choses produites par ces deux » causes. ^^^ »
^*^ Thom. Gai., Jrgunu in Tint. Locr. = ^^ Deays d' Halicar. à de r Excellence de télocution de Démosthenes. = ^'^ Batleux , Avant- Propos du Tintée de Locres , T. II. Hist» des Causes prem,
^*^ Vossius a tiès bien saisi le système théologique des Anciens ; U/.um quidem numen y vim naliirœ otçullam coJuere ; s<fd in
* Telle est la base fondamentale de la philoso[)liie de Timée au cinquième siècle, dans toute sa simplicité , philosophie qui fut généralement répandue , mais qui ne lui appartient pas particulièrement , puisqu'elle étoit le fondement de toutes les religions des peuples Orientaux bien antérieurement, et qu^elle n'étoit autre chose que la doctrine religieuse des Grecs et surtout des mystères d'Eleusis ; ce que Timée appelle Tidée est TOsiris des Egyptiens, le Jupiter ou le Bacchus générateur d'Eleusis j ce qu'il appelle la mère ou la pâte , est Isis ou Gérés \ la troisième nature de Timée produit des deux, est THorus des Egyptiens, l'Iacchus des Grecs. La cause active, la cause passive , le produit des deux , c'est-à-dire, les élémens ou les corps dont se compose l'univers , voilà les grandes divinités que l'on proposoit au culte des initiés. « Ce sont les dieux » que l'on honore à Samothrace, dit Varron, et ceux » dont les noms sont consacrés dans les livres de
quo tamen distindh consîderarent principium agendi etpatiendi ; ut sic quoque ad duos deveniretur deos. Imo agendi guident prineipio, ium naiuram unisfersè , quatenus activa est, iiim speciatim naturam cœli , ac specialius soient complectabantur, queç tria Beli sii^ dotnini, et Molochi sive régis nomine vocitahant i subpatiendi autein principio comprehendebant naturam quatenus principium ■est passivwn , inque ea luHam aa prœtereà aéra sive Junonem (juœ sic sociata , Ba'altidem sive Beltim^hoc est dominam; item reginamcœlinominabant, Cœli domino tribuerunt caloremnalivum^ tanquam viro : cœli reginoè adscripsere humorem , ianquam /&- 'min0 : niMirum quia duobus illis rerûm^constarel géneratio. (Vossius, de Origine et progressa idolatriœ , lib. ÎI , cgp. ai , p. i5 j .)
30 RELIGIONS PmilITITES.
1) nos augures j Tuue de ces divinités est m&le et » Fautre femelle , c'est dans les mêmes rapports que » Famé est avec le corps. ^^ »
§ ÏV. Cette doctrine a pris naissance en Egypte , ^oii elle a passé chez toiles les nations anciennes»
U Cette doctrine a été consacrée dans les mystères
d'Osîris et d'Isis qui sont ^ en matière de religion, , ce qu'U y a de plus ancien dans l'antiquité pn>fane : nous en avons déjà fait remarquer la source, d'après Plularque , leur fleuve bienfaisant , le Nil couvrant la terre et la fécondant : c'est cette idée première qu'ils ont ensuite généralisée. Les Égyptiens se regardoient comme les premiers auteurs du culte des dieux ^^ , et c'est peut-être avec raison, car l'origine de l'initiation et des ^mystères remonte à Fépoque où les hommes appliquèrent la religion au maintien de l'ordre* social : on n'a pu dans chaque pays, faire cette application qu'après les premiers pas vers la civilisation; or les Egyptiens ont dû être le premier peuple qui ait passé de l'état sauvage à l'état social. Le pays réunit toutes les circonstances physiques qui ont hâté cette civilisation première que les traditions unanimes lui attribuent: un climat salubre également éloigné des pluies de l'équateur et des brumes du Nord, un fleuve immense et cepen» dant docile , apportant la fécondité sans cette vicissitude des intempéries de Fair et des saisons qui affligent
0) Virro, de ling. Uuin.^ lib. IV, ctf^ io.=t^ Herod^, lîb. II, j5o.
RELIGIONS I^RIMITIVES. 3t
les autres climats; une terre fertile sans art^ sans fatigtie, inondée sans exhalaisons môrbifiques, placée entre deux mers qui touchent aux plus belles contrées du monde : aussi TEgypte est le seul pays où l'on voie un corps complet de doctrine formé dès la plus haute antiquité ^^\ C'est de l'Egypte que ces mystères ont passé chez toutes les nations anciennes, et particulièrement dans la Grèce, au moins revétul de la forme, sous laquelle ils nous ont été transmis par les écrits et les monumens anciens de rantiquité. Les mystères d'Atys et de Cybèle en Phrygie , de Vénus et d'Adonis en Syrie , de Gérés à Eleusis, né sont qu'une copie des mystères d'Isis et d'Osiris ; il est naturel de penser que les colonies égyptiennes , en quittant l'Egypte , ont emporté avec elles leurs ^eux et leur culte. Cette filiation de culte est attestée par Hérodote, Plutarque, Diodore de Sicile, et une foule d'autres écrivains ^*^ : w Tous les Egyptiens | » dit Hérodote ^^ , n'adorent pas également les M mêmes dieux, ils ne rendent tous le même culte w qu'à Isîs et à Osirîs, qui est le méms que Bacchus, » Horus, dit- il ailleurs ^P, étoit fils d^Osirisque nous » appelons Bacchus. »
^*^ On peut voir le détail curieux que S. dëmenl d^ Alexandrie nous a transmis de q^uarante-deux volumes que Fon porloit dans la procession d'Isis. (S, Clëm. Alexandr. ^ Strom.j lib. VI. = ^ V\\xU,de Is. et 05ir.-— Dîdd.Sîc, lib. I, § i6.--Lib, ÏÏI, S 69.— Lactant,, p- 1 19.= ^^ Herod-, lib, II, i 4a.=: <*> IM.^
3a BACCHCS ,