Tome II
4o2 NOTES.
{g) Pa^- ^'•
Platon fait voir , dans le Cratyle , que le nom des dieux du vulgaire des poètes , sont les noms mêmes , quoique un peu déguisés , que l'on donne et que Ton pourroit donner aux différentes pallies qui composent ce monde sensible. La sanglante critique qu'il fait des fictions d'Homère et d'Hésiode, dans les livres deuxième et troisième de la République , appuie cette coniecture en rendant palpable le ridicule de la mythologie , si l'on supposoit qu'elle fût une vraie généalogie et une histoire sacrée , pour faire connoîtiS et honorer les dieux réels.
Chrysippe, le stoïcien ^ avoit composé deux livres de la Nature des dieux, l'un pour établir que chaque dieu de la Fable représente quelque principe ou quelque corps naturel, l'autre pour mettre en harmonie ce système avec la théol(^e d'Orphée^ de Musée ^ d'Hésiode et d'Homère.
Avant Chrysippe, Zenon s'étoit imposé la tâche d'expliquer moralement et physiquement la théogonie d'Hésiode; Qéauthe fit la recherche de toutes les étymologies des noms divins de la Fable , et ils présentèrent comme résultat de leurs recherches et de leur travail cette proposition universelle, que Dieu seul étant la cause de tous nos biens , que sa bonté pour tous les hommes se faisant reconnoître dans toutes les cHoses qui nous sont utiles , on avoit donné par cette raison le nom de Dieu même à chacime de ces choses , sans prétendre en aucune manière qu'elles fussent des divinités particulières , et qu'on n'avoit fait des dieux de toutes choses que pour exprimer qu'elles nous sont utiles , et poiu: nous faire souvenir que nous en étions redevables à Dieu. C'est-là le sujet principal du deuxième livre de la Nature des dieux de Cicéron , et Cicéron donne dans sa langue, des étymologies, comme Zenon et Qéanthe en avoient domié dans la leur, pour prouver que les noms latins des dieux n'expriment que ce que Dieu est , et ce qu'il fait à notre égard. Cicéron fait observer que tous ces noms ne
marquent aucun caractère de divinité dans les dioses inanimées auxquelles on les a imposés , mais seulement dans l'auteur unique de toutes ces choses, et il déploie tout son zèle contre la superstition populaire qui s^en est fait des fantômes de divinités et une religion toute composée de contes et de fables ^*^ : Wïdetis ne igitur^ ut à physicis rébus bene atque utiliter institutis tracta ratio ait ad commentitios et fiçtos deos, Quœ res genuit fahaa opiniones erroresque turbulentes y et superstitiones pêne aniles,
{h) Pag. 24.
Synesius évêque de Cyrène, qui avoit été initié aux mystères des Egyptiens et des Grecs, a établi dans son livre de la providence , la distinction de la cause active et - dé la cause passive de la nature comme un dogme dont la conhoissance •étoit nécessaire à l'intelligence des anciennes traditions grecques et égyptiennes. <c L'univers , dit-il , est un tout résultant de » l'assemblage de plusieurs parties , qui se soutiennent par » leur accord et leur harmonie , dont les mis font la fonction » des causes actives, et les autres. des causes passives. ^^ » • <c On divisa la nature, dit Cicéron ^'^, en deux parties, » l'ime active et l'autre se prêtant à cette action qu'elle » reçoit et qui la modifie. La première , comme partie » efficiente , est douée de la force , et l'autre est comme ime » matière sur laquelle cette force s'exerce. Cependant ces .)) deux choses se trouvent dans les deux parties; car la matière » ne seroit pas cohérente si elle n'étoit pas retenue par quel- D que force, et l'activité ne peut pas exister sans quelque » matière. »
(c On divisa le monde en deux parties , dit Macrobe ^^ , dont » l'une agit ou fait , et l'autre éprouve son action, r^
^ï> Cicer. , de Nat, deor, , lib. U , cap. 46. = ^^^ Synesius , de Providentia , lib. II. = ^3) Cicer. , Quœst. academ, , lib, I , cap, 6. — C^) Macrob,, Som* Scip., lib, I, cap. 11.
4o4 NOTES.
Ppochis ^'^ suit Faction du principe mÂle et du principe f&minin dans tontes les parties et dans toutes les divisions de la nature; il l'étend aux dieux.
Pliilon dit que Moïse connoissoit ce dogme de la distinction des deux causes.
At Moses tum philoaophiœ foêHgiumi assecutus ^ tum oraeuh de prœcipuis naturœ arcanis edoctusj caiimadvertil duo esse in rébus necessaria; alterum causant agentemy air terum quod ab agente afficitur, ^
(/) Pag. a6.
Cette doctrine est d'une haute antiquité. Maimonide ^ la fait remonter aux anciens Sabéens , dont elle étoit on dei principaux dogmes : c'est là cette ancienne théologie qw Pythagore el Platon avoieut puisée en Egypte^ et que la {dupait des philosophes anciens ont constamment enseipiée, Ilseirt attribué à cette raison wiiverselle ^ ame et intelligence dt toutes choses , la fonction d'organiser et de iosnoes les ccnrps ; ainsi les hommes qui ont regardé ce grand tout eomine un dieUy de même que ceux qui l'cmt regardé comme un grand effet ^ ont admis la cause unique d'un ouvrage dont toutes les parties tendaient à l'unité ; et l'unité de l'effet leur donna naturellement aux uns et aux autres l'idée de l'unité de desarâ et de l'unité de cause. L'hiéro{Jiante qui, dans les nystères^ représentent lui-même le Démiourgos y ouvrait k scène par im discours plein d'enthousiasme dcmt Eusèbe et Saint-Clément d'Alexandrie nous ont conservé un fragment, a Que les pré- » jugés vains et les affiactions de ton cœur ne te détournent )> point de la vie heureuse ! fixe tes regards sur ces v^tés )) sacrées! ouvre ton ame Si l'intelligence , et, marchant dans » la voie sans d^our, contemple^e roi du monde. U est un, il » est de lui-même > de lui seul tous les êtres sont nk& , il est
(i> Proelus, Corn, inTim.y p.â5. — Ctt Philon, de Opifi wumdi., p. 2. — C3) Maim. , Mor^ nepoeh, , part. I.
TROISIÈME SECTION. 4o5
y» en eux et au-dessus d'eux , il a les yeux sur tous les mor- » tels , et aucun mortel rie le voit. »
Quelque soit l'auteur de cet hymne y oh ne peut nier qu'il soit de la plus haute antiquité.
Sfon-seulement les théologiens et les philosophes, mais les poètes eux-mêmes ont eu cette dootrine. Sophocle a osé dire devant le peuple assemblé , adorateur du polythéisme : « U n'y » a qu'un seul dieu ) mais le genre humain se croit religieux >» lorsqu'il offre des victimes et qu'il consacre des £âtea à des » simulacres de bois , de pienre, de bmnze» d'ÎToire faits de » sa main: »
Hésiode xhante le chaos et là naissance du monde : dès que le monde est formé , Jupiter pr^d l'empire ^ toutes les puissances sont è^ ses ordres; c'est lui qui voit y qui entend , qui élève, qui abaisse , qui distribue* Il est vrai que le poète est souvent peu d'accord avec lui-mèoie : il mêle les traditions populaires avec les actions y les idées de la tliédogie avec les faits de l'histoire, les généalogies des dieux avec celles des héros et des tois, celles des dieux visibles avec cdlës des dieux auteurs et principes; il confond les temps, les lieux, le moral et le physique. Cependant lorsqu'il a établi Jupiter dans l'Olympe, on voit prédominer cette idée juste de l'univers gouverné par un seul maître, qui fait, régner l'ordre, et conduit tout au plus grand bien. Selon Hpmère , c'^t la volonté suprême de Jupiter qui est la dernière raison des choses ( c'est de lui qu'émanent les lois sages ; c'est lui qui donne aux rois la puissance et le sceptre , qui brise la tête des villes; c'est le Dieu très grand et très glorieux qui lance seul la foudre , qui est le père des dmix et des hommes , c'est lui qui tient le premier anneau de cette chaîne sacrée, à laquelle tout l'univers est suspendu. Uri pouvoir ^ans bornas l'élève au-dessus des dieux et des hommes , U est le dieu très haut, impénétrable dans ses pensées ^*\ Enfin il n'y a point d'objet
(0 Hemer., JKwd. > lib. .XX.
4oG NOTES.
q^e ce poète ait présenté plus souvent , et plus fortement que celui de l'action des dieux sur la nature , et de celle de Jupiter sur tous les autres dieux dont il est le maître partout , dans les deux comme sur la terre. L'unité d'un dieu est une de ces vérités essentielles au bonheur de l'homme ; si ces idées eussent été inconnues aux peuples pour qui ils écrivoient, ces deux poètes n'auroient pas obtenu leurs applaudissements. On en peut dire autant de Sophocle , d'Euripide, de Pindare, de Ménandre et de tous les autres poètes qui n'ont pu être dans leurs écrits que les échos du public de leurs temps : Ex noto fictum.
On trouve dans Virgile ^'^ cette théorie sur l'ame et sur l'intelligence universelle , principe de toutes les âmes et de toutes les intelligences particulières , qui lui sont inférieures et subordonnées, comme toute émanation l'est à la soiirce dont elle découle. Servius commentateur de Virgile observe sur ces vers ^^^ , qUe le grand tout est composé de cinq choses, Dieu, c'est-à-dire, la cause active et les quatre kikm&n&y c'est-à-dire, la cause passive, que les élémens ou la matière organisée n'étant pas tout , Dieu est cet esprit vivifiant qui , répandu dans la matière ou les élémens , produit et engendre tout , que les élémens composent la substance de nos corps , et que Dieu forme l'ame qui vivifie ce corps , c'est-à-dire j que les animaux empruntent leur vie et leur intelligence de cette ame universelle et divine.
Ovide a développé cette même doctrine dans ses métamorphoses. ^^^
' Enfin nous en avt>ns le précis dans Saint- Justin qui, dit-O, rapporte les propres paroles de Pythagore : Avdite hœc lllius verba, « Dieu est un ; il n'est pas , comme quelques-ims le » croient , hors du monde , mais dans le monde mèint , et » tout entier dans le globe entier , inspectant toutes les géné-
0) Virg. , ^neid, , lib. VI , v. 724.== Cî) Servius, in yEneid., lib.VI, V. 724.— Geor^., lib. IV, V. 220 — ^> Oyid. , Metam.j lib. XV.
M ratious ( inspiciens omnes generationes ). Il est le régula- M teur des siècles ( tempofatio est omnium seculorum ) ; » c'est lui qui forme tous les êtres immortels, qui est Tauteur » de leur puissance ejt de leurs œuvres ; il est l'origine de » toutes choses , le flambeau du ciel , le père , l'esprit, l'ame » de tous les êtres ; le moteur de toutes les sphères, m lia igitur PythcLgoras j ainsi parle Pythagore ^^^^La philosoplûe de Pythagore avoit pour objet de dégager l'ame des sens , et ses idées approcboient beaucoup de l'immatérialité. On peut remarquer les efiforts qu'il a faits pour s'abstenir de^ termes empruntés des choses corporelles , il a dit de Dieu qu'il étoit un nombre, la monade première j c'est-à-dire, une unil,é toute intellectuelle, sans pajrtiesj parce qu'elle est une unité, et par conséquent sans étendue. C'étoit le dieu un de Platon ; dans la philosophie de Pythagore , la multiplicité est toujours subordonnée à l'imité qui est placée constamment audessus de l'échelle graduée de .tous les êtres. Saint- Augustin convient que ce furent les dogmes de Platon- qui lui firent admettre ceux des chrétiens , et il nous a tracé lui-même la marche de l'esprit humain dans ce passage de l'adoration de la nature à celle du monde intellectuel ^\ L'on a dit que tous les pères de l'église, avoient été Pythagoriciens, il est vrai que ces grands hommes n'ont pas rejeté les dogmes de l'ancieime philosophie, parce qu'ils appartenoient à des philosophes j ils ont au contraire adopté tous ceux de Pythagore , si on excepte l'éternité et la nécessité de la matière , l'animation de toute la nature corporelle , l'existence des âmes avant l'animation et la métempsycose. ^'^
Cette doctrine de la raison universelle, de l'ame du monde, a passé dans les religions de PInde , du moins depuis l'expédition d'Alexandre -, car nous n'avons aucune espèce de monu-
<*> S. Justin., Cohor. ad Gentes, p. 20. -* ^*> S. August., Confes. ^ Hb. VII, cap. 10, ig. — ^^ Le P. Mourgues, Lettre apologétique des oracles, T. I, du Plan théologique du pj thagorisme , p. i32.
4o8 NOTB».
meta atitânem« qtû pttkêent nous Mte jngét dto anciemiet o{)ti^6nB de» Iddkn». L'autevt da Casier Néardisen assuit 4U6 Tàiiie 6ra principe de k Tie péâètrd toutes choses i l'intelligencé, dit-il, qui lie peut résulter dé rorganisation ni du lUdUVemefit rital Umt seul , doit être nécessairement un principe différent de Vutt et de raulrè. Dans le Bhagua4 geeta^ qui fait partie du MithabAiÈrafj ancien po^e sacré ihdoa^ Kréesbna , une des incatiiations de la divinité, dit à Atjoon vm disciple chéri: « Celui qui est dcrtié de la dévotioiï, qui vort » les choses du ménate 0^ , ir^t Tame universelle dans tooles » les choses 5 et toutes les choses daâs Famé mûTerselle; » oelui qui me voit dans tout, et voit tout tHi moi > je ne l'a- » handonne pas et il ne m^abondôsule pes. ^^ »
{k) Pag. 37.
Maton avoit adopté les principes de Fythagore et de Timée sur les deux premières causes, la force active et la force passive; mais ï^laton à mêlé à cette théorie des idées tellement abstraites , il se livre Si souvent aux écarts de son imagination, il a si fréquemment changé de langage, et tant multiplié les divisions, que seà lecteurs s'embrouillent dans ses variations et ses divisions , et qu'il est impossible de sortir de ce labyrinthe , lorsquW s'y est un peu avancé. Platon n'avoît aucun vsystème fixe , aucune opinion à laquelle il fût constamment attaché; on trouve souvent dans un ouvrage k contraire de ce qu'il a écrit dans im autre : Quipourroit ^ dit Cicéron ^*^, exposer toutes les variations de Platon^ Il faudroit pour cela un fort long discours ; jam de platonis JlfcoNSTJîfTiA LONGVM DIGERE, Platou avoit appris , dans l'école de Socrate, cette philosophie vacillante qui trouve toutes les opinions probables et douteuses ; car si l'on excepte
") Bhaguat Geeta, p. 74. - («> Cicer., de Nat. Deor., hàh I> cap, 12.
leâ régies àt morale , Soeiate regarda toutes les autrea dioses cojoiine très incertaines. <( Platon , dit Huet, dressé pdt n Soorate dans l'att de douter , prit êa, manière de traiter les )> matières I et lors même qu'il pfLroit le plus affîrmatif, il » n'avance rien Comme véritable^ mais seulement comme » Traisemblable. »
'Plutarque a fait un choix àans le» principes de Platon > et en a formé un cotps de doctrine bien Coordonné ^ c'e^t la métne que celle de Timée et de l'école de Pythag<Nre ; il a donni vn exposé très dkâr des ptrincipes fimdamentaux de cette doctrine dans Son traité d'Isis et d'Osiris^
i> Disons avec Platon > dit Plutarque ^ que le moude est » né de Dieu \ car le monde est le plus partit de tous les » ouvrîmes , et Dieu le plus excellent de^ ouvriers. L'essence » ou la matière dont le monde a été engendré ^ n'a pas été )> engendrée eUe-^méme ] mais elle a été soumise à l'artiste pour )> être disposée et ordonnée par lui et prendre sa ressem-^ » blance autant qu'il seroit possible. Avant la naissance du )) monde c'étoit le chaos : ce chaos u'étoit pas sans quel-^ » qu'espèce de corps ^ ni sans mouvement, ni sans ame; mais » ce corps étoit sans forme et sans consistance , ce mouvement » étoit sans règle et sans raison, c'étoit le désordre d'une ame » emportée par une force aveugle. Dieu n'a pas fait corps ce » qui n'étoit pas corporel , ni ame ce qui n'étoit pas animé , » comme le musicien qui compose les mesures et le chant, ne î> ne fait ni les sons ni les mouvemens , il se contente de » mettre de l'harmonie dans les sons , et les intervalles. symê- » triques dans le mouvement : de même Dieu n'a pas donné )) au corps la tangibilité et fiitopénétrabilité-, ni à l'ame Wma- » gination et l'activité ; mais ayant pris ces deux principes , » l'un opaque et non figuïé , l^aulre avettglé et emporté , tous )> deux imparfaits et bltei^nês > il es a soumis à l'ordre )> et à l'harmonie , il les a rendus beaux, réguliers , uniformes )> comme ses idées et il en a formé un animal parfait qui est » le monde. » '
4lO NOTES.
Diogène Laerce donne le même exposé de la doctpne de Platon.
Le dialogue de Platon intitulé Timée , qui nous occupe , est la suite des dix livres de la république , et il a pour ob^et principal d'appuyer les principes de la morale par la connoissance de la nature , comme le Gritias qui est encore ime suite du même traité', sert à fortifier ces mêmes principes par la connoissance de lliistoire ancienne. Aussi, quoique, dans le Timée, Platon explique les principes de la nattore^ il s'arrête principalement à ce qui regarde l'homme, aux sensations et à la structure du corps bumain; de toute la pbilosc^bie de Platon la partie la moins soutenable est sa physique. Socrate l'avoit négligée comme inutile, et Platon qui vouloit embrasser toutes les sciences, .pensa qu'il remédieroit à ce défaut, par la philosophie de Pythagore qu'il joignit à celle de Socrate. Platon voulut expliquer toute la nature par les convenances : il disoit ( Phédou ) qu'il ne se contentoit pas de la physique ordinaire qui s'arrêtoit aux effets , il vouloit connoître la première cause qui gouverne la nature et savoir ses desseins. Ainsi il méprisoit tout ce qui est à la portée de l'esprit humain^ \youT chercher ce à quoi il ne peut atteindre. Aristote a suivi la même route ; il a même donné plus que Platon dans les raisonnemens de morale et de métaphysique , mais il eire moins dans les faits. ( Fréret )
(0 Pag- 33.
Tibulle ne fait qu'un seul persoimage de Bacchus et d'Osiiis dans ces vers. ^*^
Primus aratra manu solerti fecit Osiris ,
Et teneramferro sollicitavit hmrtum ,
Primus inexpertœ commisit semina terrée,
Pomaque non notis legit ab arboribus.
^1) TibuU. , lib. I, Bleg. VU, V. 29. 4o.
Bacchus et affLictis requiem mortalibus offert ,
Crura licet dura compede puisa sortent ^ Non tibi sunt tristes curœ j nec luctus j Osirl ^
Sed chorus et cantus j et levis aptus amor,
Nonnus a dit : ^*^
JEt œgyptii Dion^sii Baochica ifogatoris Osiridis orgia monstrans Mysticœ noctumas initiationes docehat artis, {Agenor, )
Un ancien auteur français , Tristan dont l'ouvrage ( les Commentaires Hstoriques ) se fait remarque;: par une connoissance profonde de l'antiquité et des médailles, a doiméà l'occasion du vase d'agathe du trésor de l'Abbaye Saint-Denys en France qu'il explique , des notions très justes sur la divinité d'Osiris et sur son identité avec Bacchus. <( Quant à » cette statue , dit-il ^^ , qui représente un vieillard ayant )> de grands cheveux et une grande et espaisse barbe , que j'ai » déjà déclaré représenter le suprême génie de l'Egypte ^ )) il me faut prouver que ce soit non-seulement Bacchus , mais » aussi Jupiter, Bacchus et Mercure confus en un; car c'est » ce que j'ai appris par l'exacte méditation que j'ai faite sur » ce simulacre le plus énigmatique du monde, après l'avoir . )) curieusement considéré , tout le contenu en ce vase ba- » chique m'ayant inspiré cette connoissance. 11 faut donc )) savoir que selon Hérodote ^'^ et Tertullien en son livre » de Coronâ miliiis , Bacchus et Osiris n'étoient qu'ime » même déité , selon la théologie égyptienne. Or, conmieoious » apprenons de Plutarque en son traité d'Isis et d Osiris , » d'Héliodore en son neuviesme livre , et particulièrement » aussi d'Eusèbe en son troisiesme livre de la Préparation Evan- M gélique , chapitre onziesme sur la fin , que les Egyptiens » assuroient que le Nil et Osiris éloient une même chose,
<i^ Nonnus, Dionys. hb. IV. p. 829. == ^-^ Tristan, Comment, Hist. Tora. I. p. 63i . « C5) Hdrod. , hb. U.
4f2 NOTES.
» qualifiant le Nil , soleil auteur de la fertilité , coiMerrateiir » de la haute Egypte , formateur et comme créateur de la ïi basse par son nouveau limon, dans les hymnes qu'ils chan- » toient en son honneur en leurs festes appelées Niloa. Ce » qu'estant, il faut conclure que Bacchus et le Nil étrâent un 9 même dieu à leur mode : ce qui est confirmé en effirt par » plusieurs auteurs. Plutarque n^me dit qu'Isis avoit été la » véritable épouse de Baoehus \ ..... (h^ée même qualifimt
n Osiiis fils et frère de Bacchus : Ëusèbe pareillement livre » ' premier de sa Préparation Evangélique, chapitre neuviesme , » dit que Bacchus et Osiris étoient tellement reconnus en »> Egypte pour n'être qu*uii, que pour faire rencontre de cela j) par une dénomination qui y rapportât, ils l'appeloient ti iLpiov , Sitium,,. )) Tristan après plusieurs autres citations, ajoute : w Or, suivant ce que dessus , Origène d'autre part Jï en son dnqxriesmc livre contre Celse , fait voir que le même » Osiris et le Nil n'étoieut qu'un ; et partant Bacchus et le j) Nil n'étoient aussi qu'un , puisqu'Osiris et Bacchus n'étoient » qu'une mêlne déité de plus comme le Nil et Bacchus étoient » Jupiter même , selon la théologie des Egyptiens...... il ne
î) faut pas s* étonner de voir le Nil et • BacchUs en un , ainsi » représenté barbu et en âge si vénérable. Tristan donne J) ensuite la médaille de Tite où le Nil est représenté i-adieux » Comme n'étant qu'un avec le soleil , et avec Jupiter et
J) Osiris, c'est- à-dire , avec Bacchus qui étoit tout cela
J) Joint que comme Bacchus a dû paroître enTaulre partie de 5) ce vase , sous la représentation en laquelle il étoit raisonn nable de le faire voir, qu'ils' l'e^timoient avoir esté en sa » jeunesse , c'est-à-dire le prenant pour lé soleil levaiit, avec )> les attributs de ses lumières solaires désignées par ces petites » Cbmes naissantes. Aussi en cette autre partie, ils Tont î) voulu fkire voire en l'âge le plus vénérable, auquel les » dieux sotlvér^s de l'empire céleste, terrestre et infernal, » sevoyent l'avpir esté, conune Jupit^, Neptune^ Pluton: )) désignans par cette vieillesse le couohâut de ee prince des
» agtrts Cet!» représentation aagée se rapportant très
M bien au titre de Pater qui lui est donnée communément , » ainsi que celle de proeerum cœleatium omnium rex et iwr' w perater.n
Ce ne sont pas seulement les Egyptiens qui regardoient le Nil comme une émanation ou im écoulement d'Osiris^ mais les pliilosopfaes grecs postérieurs l'ont regardé comme ime éihana» tion de Jupiter ^ c'est pourquoi les uns l'ont ajfpelé un don de Jupiter 9 les autres une larme des dieux ^ la semence des dieux, le mari d'Isis, et lui ont donné d'autres épitliètes de ce genre.
(m) Pag. 39.
Le Phallus considéré comme une amulette, recevoit le nom de Fascinum ^ et il étoit d'un usage très fréquent chez les Romains. Us ne connoissoient point de préservatif plus puissant contre les charmes , les malheurs et les regards funestes de l'envie ; c'étoit ordinairement une petite figure de Phallus en ronde hossfe de différente matière , quelquefois c'étoit une médaille qui portoit l'image du Phallus. On les pendoit au cou des enfans pour leur prospérité future. ^^^
Quin jamdudum gestit m^cecho hoc abdomen adimere y Utfaciojn quasi puero in collo pendeant crepundia* ^^ On les plaçoit sur la porte des maisons et des édifices publics. Les empereurs , suivant Pline ^'^ , en mettoient audevant de leur char de triomphe ; les vestales , lorsqu'on célébroit des sacrifices à Rome, Im rendoient un culte. Le quatre-vingt-quatrième tableau des antiquités d'Herculanum présente deux phalles , l'un avec le bras droit , et l'autre avec le hr&8 gauche ^t une main. Ces bras et ces mains phal-
(1) Varr., de Ling. latin. ,lib. VI. =» ^^^ Plaut. , Mil, glorios. act. V. vers, 5.»^^ Dvàaurç , des Dipinités génératrices , p. i43. Montfaacon {Anfiq, exp,f Supplem., T. IV*, i54.), dit que T^ole du phallus ëtoit suspendue sous le char du triomphateur. — Je n'ai pas pu vérifier le passage de Pline qui n'a pas étë exactement -cite par M. Dulaure.
4l4 NOTES.
liques étoient employés comme amulettes et se portoîent au col, à l'exemple des initiés ^ux mystères de Vénus de Chypre; ces plialles étoient portés comme emblèmes de la fécondité et dans Fespérance de l'obtenir. Les hommes pour détourner l'impubsance causée par les maléfices , et les femmes y pour détourner la stérilité, portoient, chez les andens, des phallus au col, aux mains , à leur ceinture , aux oreilles et par la même raison, ils les plaçoient sur les animaux , sur lesquels on trouve fréquemment ce signe dans les mouuniens anciens. ^*'
L'abbé de Saint-Non ^, dit que dans la rue principale de Pompéi et à peu de distance de la porte principale de. la ville , on voit encore ime enseigne qui existe dans son entier ; c'est un phallus sculpté dans la brique d'un pilier qui faisoit partie d'une maison donnant sur la rue et à la hauteur de huit ou neuf pieds. L'abbé de Saint- Non pense que c'étoit l'indication d'un lieu consacré à Vénus, d'un vénérium, et Hamilton dit que c'étoit l'opinion commune à Naples; mais, ajoute-t-il, il paioît plus vraisemblable que cette singulière enseigne a été placée en l'honneur de Priape. Il est évident , d'après le lieu même où elle est , à l'entrée d'une ville , dans un endroit aussi public, qu'ime pareille représentation ne peut jamais avoir porté avec elle aucune idée d'indécence , le plus grand nombre des savans a partagé cette opinion d'Hamilton.
{n) Page 33.
M. L. âe Grandpré , dans son^Voyage dans l'Afrique occidentale ^'\ fut témoin, en 1787, d'une fête célébrée dans les états de Congo : des hommes masqués exécutant une pantomime, portoieiit processionellement , un phallus énorme qu'ils agitoient avec im ressort.
(1) Kircker, QEdip. Œgypt. Tora. I. p. 268. = ^^> Saint-Non, Voyage pittoresque de Napîes et de Sicile , Tom, U. p. ii3.'ii4. ^5) Grandpré, Voyage dans V Afrique occidentale j Tom. I, p. 118.
TROISIÈME SECTION. 4l5
(o) Pag. 4o.
' Sur la table isiaque , Osiris est représenté avec le corps et la tête d'hommg , un habit à l'égyptienne , tenant de la main droite le phallus y de l'autre main im long bâton surmonté de la tête d'un oiseau. Il a des cornes de bœuf sur la tête , et au-dessus des cornes lui grand panache fait de feuilles de palmier j il tient le fouet et le bâton augurai , il a souvent sur la tête un grand globe soutenu d'un croissant.
Le quatre-vingt-quatorzième tableau des antiquités d'Herculanum présente im phalle ailé avec la moitié du corps postérieur d'un cheval. Quatre clochettes sont appendues à ce phalle ; la partie postérieure du cheval exprime l'érection , comme on peut le voir dans Pétrone (cap. i3i.)et dans l'Arioste ( cant. X. ). Le quatre-vingt-dix-septième tableau présente deux phalles ailés avec la piàrlie postérieure d'un lion , auxquelles sont attachés quatre clochettes.
(?)Pag. 43.
Dans les peintures des .tombeaux des rois d'Egypte , le tableau gravé dans la planche quatre -vingt-qi^atre , montre XLïi homme dont la taille est colossale : il est représenté avec le membre viril en érection, lançant un jet de liqueur séminale 'j un embryon tombe avec une portion de la liqueur et paroît lui devoir sa naissance. Un autre individu , placé audessous d'une Tangée de six petites momies , paroît recevoir la vie d'un jet de liqueur séminale , lancé plus loin que le premier. Les auteurs de la description de Thèbes ont conjecturé que ces peintures étoient le tableau généalogique de la dynastie qui avoit sa sépulture dans la Gatacombe. La figure principale qui lance la liqueur séminale seroit le fondateur de la dynastie. ^*' .
CD Description d'Egypte, antiquités, Mém, sur Thèbes» p. 4i2.
4l6 l^TES.
(r) Pag. 44.
Je crois que rélévation du Phallus étoit une des cérémonies des mystères d'Eleusis, quoique quelques savans en aient douté. M, Sylvestre de Sacy fonde ce doute sur ce qu'une divinité femelle , Proserpine, y avoit pris la place d*Osiris, mais c'est ime grande erreur. Nous avons prouvé que , dans les mystères d'Eleusis , Proserpine étoit la même divinité que Gérés f et qu'elle étoit une création nouvelle des Grecs depuis l'établissement des mystères î Proserpine n'eut d'ailleurs jamais pu remplacer dans les mystères Osiris qui étoit le dieu générateur, c'est Bacchus qui y jouoit, sous les noms de Zagiée, Sabazius, etc., le même r61e qu'Osiris, et sous le nom d'Iaccfaus le même Me qu'Osiris sous celui d'Homs. On peut d'autant moins douter que le Phallus fût une des cérémonies des mystères d'Eleusis, que ces mystères n'étoient que la copie des mystères d'Osiris et d'Isis , et qu'ils avoient le même caractère, celui de célébrer et de diviniser Ja reproduction. Hérodote dit que cet usage d'origine égyptienne avoit été introduit dans la Grèce par Mélampus, et il igcmte: Cest lui qtii eh a réglé les cérémonies, semblables en beaucoup de points à celles des fêtes d'Osiris', c'est lui qui a substitué le Phallus qti'on porte dans les processions de Bacchus à la statue Ithyphallique des Egyptiens. ^^' I>iod<»re de Sidk répète en plusieurs endroits de son ouvrage que les Grecs à rimitation des Egyptiens , honoroient le Phallus dans les mystères , et il n'en excepte pas les mystères d'Eleusis ; il dit au contraire , que c'est en mémoire de ce que Tyj^c» fêta dans le Nil les parties viriles d'Osiris , et qii^Isis voulut qu'on leur décernât les honneurs divins : voilà , ajoutet-il , pourquoi les Grecs qui ont pris de TEgypte leurs fêtes de Bacchus révèrent le Phallus dans lea mystères, les initiations
0) Herodot. lib. H. § 49,
et les sacrifices ^^^ ^ Jion-seulement Diodore de Sicile parle des mystères en général , mais il paroît avoir eu plus particulièrement en vue les mystères d'Eleusis , d'après l'origine qu'il donne au culte du Phallus. On a objecté que les textes cités d'Hérodote et de Diodore de Sicile.ont une application certaine et directe aux mystères de Bacchus : d'abord^ ces deux écrivains traitent des mystères de la Grèce en général; en deuxième lieu, Bacchus étoit la divinité des mystères d'Eleusis; si on veut parler des Dionysiaques qui étoient différentes des Eleu* siniennes, il* est prouvé que les mystères appelés les Dionysiaques n'étoient qu'un mélange du cvlte de Bacchus Eleusinien' ou des mystères d'Eleusis , avec le culte de Bacchus Thébain qui fut apporté à Athènes par Pégase d'Eleuthères. Plutarque et les écrivains ecclésiastiques tels que Tertullien , Saint-Clément d'Alexandrie, Amobe, tous les philosophes éclectiques et particulièrement Jamblique et Platon confirment ce fait. Théodoret ^^ dit positivement qu'on exposoit les ctéis à Eleusis. Quelle est , dit Tertullien , la divinité qu'on va adores dans ce sanctuaire ? La figure d'un membre viril que l'on découvre aux yeux de l'initié. Tertullien accuse les Valentiniens d'avoir adopté cet usage de la consécration de^ parties de la génération dans les mystères d'Eleusis. Outre leSt autorités des anciens écrivains qpi confirment ce fait, il çst peut-être encore mieux établi par le but et la doctrine des mystères d'Eleusis qui leur étoient communs avec les autres mystères de la Grèce , celui de la reproduction universelle, {s) Pag. 5o.
Qui sacerdotia gerunt moribus j^gyptiçrum ^ ostendunt omnes res e liquoris potestate consistere, Itaque ycum hydriam teguntj quœ ad- templum, œdemque casta religione refertur ^ tune in terra procumbentes , manibus ad cœlum sublatis j inpentionibus gratias agunt dipinœ benignitatis. ^^
<i> Diod. Si.c.,lib. I. §. 22. 88. - («> Théodoret, Thérapeut, lib. VU. Sermon. 12. 7. 4.. «= ^3) Vitruy., Prœf. ad lib. "Vin.