‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de laChapitre 5 sur 36 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

34 BÀCcnus

Numen aliquod JE gjptiorum priapeium vel phàl^ licum: celte divinité, ajoute- t-il, présidoit aux fruits et les conduiaoit à la maturité, Jablonski tire FétymologiedumotPamylies , de deux mots égyptiens qui signifient accelerare étfructus : ce qui ne peut convenir qu'à Osiris principe de la fécondité, dieu de la végétation, et au soleil son agent; sous ce rapport le Phallus étoit adoré comme le signe de la fertilité de Tannée , et il étoit l'emblème de l'agriculture ^^^ : Pamylcs est donc un surnom ou une épithète d'Osiris que les Egyptiens lui donnoient dans les hymnes sacrés, comme Stace l'appelleyr//^//èrwm ^*^, Ariston de Cbio , dans son histoire des Colonies égyptiennes, rapportoit une lettre d'Alexarque, sui* vaut laquelle Bucchasjils (Tlsis étoit appelé par les Egyptiens Arsaphès. Arsaphés étoit aussi un surnom d'Osiris : ilsignifioit ^^ le principe de Iji génération, et il se rapportoit au Phallus que l'on portoit dans les fêles d'Osiris , et que l'on adoroit comme le principe de la fécondité de la terre. Herméas confirme . cette étymologie dans son premier livre sur les Egyptiens.

Du Phallus d'Osiris et des Pamylies instituées

^ Sairant JabloDski , le mot Pamylies sîgnifioit encore l'annonce d'uBe bonne nouvelle ( Jablonski , Panth. œgypU ^ iib. Y, €ap«7.) Aufifii Plutorque dit-il que la fête des Pamylies fut établie le jour de la naissance d'Osiris , lorsqu'une yoix annonça que le mattre de toutes cboses , Osiris le grand roi, le bienfaiteur de rcmivers v^ucdt «le naître.

^^ Slat., Théb.^ Iib. I, injine. = ^^ Jablonski , Iib. II, cap. 7.

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osiKis. 35

poar célébrer ce signe de la force génératrice , ont découlé tontes les fêtes célébrées en son honnenr , les Phallophories j les initiations de Yénas^ oùron donnoit un phalle pour une petite pièce de mon^ noie ^^^ ; les fêtes de Pan y des satyres , des faunes , des sylvains; les fêtes de Priapej les solennité d^Eleusis j le culte de Mercure à Cyllène ; les Neurospastes de Lucien; les amulettes de Pline (m). Saint- Denys l'Aréopagite parle d'une fête semblable a celle des Pamylies qui étoit célébrée en l'honneur de Mitlira chez les Perses, où les fêtes de cette divinité étoient Phalliques , c'est-à-dire, qu'on y adoroit le Phallus comme emblème de la force fécondante, prolifique et génitale de Mithra.LeBéelpliegor des Moabites et des Madianites étoit la même divivinité qu'Osiris , Mithra, Bacchus, Priape; c'étoit le dieu protecteur avec les attributs de la fécondité ^^\ Saint- Jérôme ^^ nous représente Bédphegor portant le Phallus à la bouche , comme Kneph chez les Egyptiens y avoit l'œuf symboUque. L'auteur des Récognitions clémentines fait sortir une figure

^*' Tristan , Corn* hisL, T.I , p. 42ï.

^' Ipsi autem edudi de Mgypto fomicati sufd cum Madia" nitis 9 et ingressi ad Beelphegor idolum Moabitarum quem nos Priapum possumus appellare, ( 05. Proph., cap.g, Com. S* Hîeronym. Isîd. , Origin, y — Beelphegor figuram Priapi dixeruitt tenere. ( Rafin. , in fib. III , ad Os.) =r ^ Denùjue interpretatur Beelphegor idolum lintiginis hahens in ore , id est^ insummUtUe pettem, ut turpitudineni memhri virilis ostendereU ( S. Hieronjm., Com, in Os. , cap^g, )

36 BÀCcn^s

hermaphrodite de Tœuf et du dieu Kneph ^^\ Dans tous les heux où le cultç d'Adonis étoit en honneur y on voyoit des figures de Phallus j sOus le vestibule du temple d'HiérapoUs. en Syrie , il y avoit deux énormes Phalles sur lesquels on Usoit cette inscription : Bacchus a élet^é ces phalles à Junon sa bellemère. Lucien qui rapporte cette inscription et la tradition du voyage de Bacchus en Syrie, par le chemin qui Ta conduit en Ethiopie , ajoute que les Grecs élevoient a Bacchus dés Phalles sur lesquels ils représentoient des hommes sculptés en bois qui ëtoient armés de gros Priapes appelés Neurospasta{E nervis tîxu:ta)x ^es Phalles $e voyoient de son temps dans le temple <l'fliérapX)Hs , et à leur droite étoit un petit liommc ^'airain qui portoit un Priape monstrueux ^\ On voypit des figures du Phallus surtout dans le temple de Byblds en Phénicie : on lit dans le fragment de Sancho)iiaton auteur Phénicien, que Saturne en avoit privé son père Uranus et que Vénus en étoit née, allégorie que les Grecs avoient adoptée. Chez les Assyriens, les membres de la génération étoient sacrés ^^^ : en Phrygie le culte du Phallus étoit associé au culte de Cybèle et d'Atys, et fondé sur une fable pareille à celle d'Adonis. Le culte -du Phallus fut porté avec celui des dieux Cabires dont il faisoit partie, chez les Etrusques d'où il passa à Rome ^^ j

^9 Coielmi paires apostolici , T. I, p. SSg , lib. X. = ^^ Luciamis , deDea ^na. = ^'^ Ptolein. , iib. 1 , tetr. — Alexandr. Polyb, , Hkt. in Chald. , apud Sj^nc., p. 29.= ^*^ S. Clcin. Alex., Protrept.

on le pronienoit triomphalement dans les fêtes de Bacchus appelées Liberalia: les Romainis nommèrent cet emblème de la virilité Miitiniis ^^^ Pendant la fête de Venus qui se célëbroit les derniers jours de mars^ les dames ^^ romaineàmontoienten'cérëmonie au mont Quirinal, où étoit le sanctuaire du Phallus^ s'çmparoient de cet objet sacré, le portoient ea procession jusqu'au temple de Vénus Eryciae ^ situé hors dé là porte Colline , et là'elles plaçoient eUesmarnes le Phallus dans le sein de la déesse. Cette cérémonie terminée, les dames roïnaihes recondui-*soient religieusement le Phallus dans son sanctuaire^ dans les mystères de la bonne déesse , ses miniistrcs buvoient dans un phallus de verre ^*\ Tant que les mœurs romaines conservèrent leur antique sûi^li* cité , le: culte du phallus fut respecté^ mais les. progrès de la corruption l'avilirent et le dégradèrent , et ce calte ne fut bientôt pluç que le prétexte du libertinage: le phallus cessa d'être cet objet sacré de la vénération des peuples die l'Orient, ce symbole adoré du dieu de la nature entière , du, producteuE et du régénérateur de tous les êtres. Mais en Egypte, comme dans la Grèce, on ne perdit j^amais de vue

^*^ On peut voir sur le culte que les Romains. cendDÎent particulièrement au dieu Mutinus, et à tous les autres dieux de celle espèce , Meursius, de Puerperio. T. V. — Beyer, Addimenta ad Selden. , cap. 16. — S. Augustin, C/V. Dei, lib. IV , cap. 1 1 ; lîb. VI , cap. 9 ; lib. VII, cap. n^. — Lactant.> defalsa religione , lib. I. — Arnob. , lib. IV. = ^> S. August. , Civ. Dei , lib. VIÏ^ cjip. 24. == ^'? JuY^ual.; Safjr, II, v. 1 1 1.

38 BACCHTJS

Fobjet signifié par ce signe^ et ce culte conserva sa pureté primitiTe. « Les Egyptiens^ dit Hérodote , )» célèbrent la fête de Bacchus y à peu près de la ]» même manière que les Grecs ; mais au lieu de n phallus ils but inventé des figures d'une coudée » de baut^ qu'on fait mouvoir par le moyeu d'une » corde. Les femmes portent dans les bourgs et les » villages, ces figures dont le ibembre viril n'est pas » moins grand que le reste du corps , et qu'elles n font remuer. Un joueur de flûte marche à la téte^ » elles le suivent en chantant les louanges de Bac- » chus ; mais pourquoi ces figures ont-elles le » membre viril d'une grandeur si peu proportionnée^ » et pourquoi ne remuent-elles que cette partie? On >i en donne une raison sainte ^^\ U me semble^ ajoute » Hérodote , que Mélampus fils d'Amythaon , avoit » dès lors même unie grande connoissance de cette p cérémonie sacrée: c'est lui en effet qui a instruit » les Grecs du nom de Bacchus ^ des cérémonies de M son culte, et qui a introduit parmi eux la pro- » cession du Phalle. Il est vrai qu'il ne leur avoit » pas découvert le fonds de ces mystères ; mais les » sages qui sont venus après lui , en ont donné une )) plus ample explication ^^^ (/^). »

Les Egyptiens attachoient à ce signe et à son culte toute la fécondité et tout ce qu'il y avoit de félicité humaine sur la terre ; pour eux il n'y avoit rien de si honteux que la stérilité , ils regardoient raéme le

Herod.. lib. XI, § 4$ = ^'^ Keroâ. , Ibid.,^ f^g.

USIRIS. 39

Phallus comme le symbole de la vie a venir '^'x c'est pourquoi ils les plaçoient dans les tombeaux. M. Denon donne ^^ la gravure d^un membre viril embaume et enveloppe de bandelettes^ qu'il a trouvé à Thèbes dans le tombeau d'une femme et qui étoit placé sur la partie correspondante de cette momie : à l'imitation des Egyptiens, les Grecs et les Romains plaçoient aussi' des figures de Phallus dans leurs sépultures ^^K 11 paroit même que dans les mystères on le considéra comme l'emblème de l'immortalilé. ^*^

Non - seulement ou adora le Phalle isolé, mais on l'ajouta à tout ce que les Egyptiens regardoient comme symbole de la divinité. M. Knight a publié une ^figure représentant la tête seule du bœuf Apis, ornée du disque du soleil; des deux côtés de sa bouche sortent deux phalles de même proportion et qui s'étendent horizontalement sur une même ligne ^^^ ; c'est pour exprimer l'action fécondante d'Osiris qu'Apis eut des testicules d'une grosseur extraordinaire , et sur son corps une foule

^^ Socrales el Sozoroenes , lib. V, cap. i'^. =c ^ Denon > Forage en Egypte, T^ III, Atlas p. cxiv, no 47 ^ 54- »? ^*^ 0alaure , Divinités génératrices , p. 36.

^*^ Creuzer ( Dionjsius y p. a35. ) rappelle qu'on voit souvent des phalles snr les tombeaux , dans les monumens antiques , et il en donne ce motif : Ut et ùogitareturnaturœfœcondilas^ nunc exstbicta^ nuncvero excitata rursus adeoque vita per vices oppressa ressuscitataque. Et il ajoute : Quod quidem deindè inmjsterUs IracUictum videtur esse ad ipsam immortalitatis expe^etationem»

^^ Knight-, Account of ihe remains , of the ff'orship of Priapus»

4o BACCHfS

de marques différentes , qui caracle'risent la faculté génératrice. ^*^

Lorsque les Egyptiens eurent adopté Fusa^e de donner à leurs divinités des. figures humaines , ils représentèrent Osiris avec un phalle dans Tétat propre à la fécondation : la plupart des monumens antiques nous le montrent tenant son phalle à la main (o) ^\ Douze prêtres portoient, dans les pompes religieuses d'Osiris, sur leurs épaules, un riche brancard couvert d'un tapis parsemé de fleurs de lotos épanouies , sur lequel s'élevoit la statue du dieu coiffé d'une mitre , tenant en main le fouet , et ayant un phallus très saillant. ^^^

Ce culte subsista en Egypte jusqu^à la fin du quatrième siècle de l'ère chrétienne. Lorsqu'en 889, l'évéque Théojihile oT^tint de l'empereur Théodose la permission de détruire l'idolâtrie égyptienne ^ il mit en fuite les prêtres, brisa les idoles^ démolit les temples ou y établit des monastères. Le temple d'Osiris tombant en ruines fut converti en temple chrétien, et on trouva dans les souterrains un grand nombre de phallus que l'évêque Théopliile fit apporter au milieu de la place publique, afin, dit Socrates , de couvrir d'ignominie les mystères des payens.

' <*> Plut., de Isid. et Osirid.=i^ Cajlus , antiquités, T.'lIT , pL' 2 et 5 , T. VI , pi. I et 2. = ^ Deiion , Voyage en Egypte, pL5i, 121, 1*26,127, i53, 134. Partout où rimage d'Osirîs est sous la forme humaioe, il est représente ntid , comme Priape, pour représenter sa vertu d'engendrer et de nour^

OSIRIS. /» l

Quelques-uns (les phallus étoient doubles, d'autres triples, d'autres avoient des ailes : suivant Kircker, les ailes signifioient la prompte puissance de la &culte génératrice (/?). Dans la table Isiaque , Osiris est représenté avec des ailes. ' .

Pour bien juger du culte du Phallus > il ne faut, pas apporter les idées de ses contemporains^ ni faire la comparaison des mœurs anciennes avec celle» de son siècle; les Orientaux, loin découvrir des mœurs peu décentes par des termes équivoques, exprimoient des idées très honnêtes , très naturelles et très élevées, par des termes et des symboles, qui nous paroissent indécens. Ils n'attachoient pas les mêmes idées que nous à tout ce qui est relatif à la génération et à la reproduction: celte manière de , penser est encore aujolxrd^iui la même chez tous les peuples de l'Asie Occidentale , chez les Assyriens , chez les Syriens et même chez les Arabes j c'est pourquoi Mahomet, dans son Alcoran, fait consister la suprême félicité dont les bienheureux doivent jouir , dans le plaisir qu'ils goûtent avec les houris. M. de Guignes ^^\dit qu'en hébreu, comme en arabe , le mot Rackham désigne dans son sens propre, utérus ^matrix^ et par métaphore misertus, propilius. Ainsi, dans le temps que l'écriture. hiéroglyphique étoit en usage, la représentation du Rackham y utérus , matiiXy désignoit la miséricorde

rir; maïs ces figures ëtoient rares : îl nous en reste peu de celte espèce.

^*^ Jcadem, Inscr, belles LeUi\ , T. IV, p. 4a5.

4^ BAccnus

de Dieu : toutes les métaphores orientales sont prises des besoins les plus simples de la nature ^ ou des différentes parties du corps ^ et de plus elles sont toujours hyperboliques; c'^st un des caractères distinctifs de ces langues et du génie de ces peuples^. Sésostris faisoit graver le ctéis sur des monumens publics dans le pays des peuples vaincus , pour faire voir qu'ils s'étoient défendus lâchement > et il faisoit graver im phallus pour les peuples qui lui avoient résisté avec courage. ^'^ .

Les membres de l'Institut d'Egypte ont remarqué que le phallus^ cet emblème énergique de la puissance reproductive des étres^ est fort multiplié parmi les bas^relièfs des temples égyptiens^ surtout à Thèbes dans le grand édifice de Karnak. Il y existe disent-ils^ une enceinte qui, diaprés son caractère mystérieux, a été voué à l'exercice des choses sacrées: c'est un sanctuaire^ elle contient deux chambres construites avec une grande recherche. L'emblème de la génération est répété avec profusion y dans toute cette enceinte ; deux cippes carrés y placés à l'entra du sanctuaire, sont oxwés de basreliefs représentant des hommes et des femmes qui se hvrent à l'acte de la génération; de soixantequatre tableaux qui sont encore visibles dans l'intérieur de la première pièce, le phallus est dans trenteun. Il est prodigieusement multiplié dans le Prapylée : on l'y voit sur les murs d'enceinte et sur

**> Herod.,Iib, II.

osinis. 4*^

toutes les colonnes. Ils sont encore très nombreux sur la porte de granit située au sud du palais ^ vers l'avenue du sphinx à tête de bélier et à corps de lion. Partout cette figure est adorée avec la démonstration de la crante et du respect : on se prosterne devantelle, attitude extrêmement rare en Egypte. Les anciens Egyptiens avoient donc sur la pudeur des idées différentes des nôtres {q). Suivant nos voyageurs , les Egyptiens modernes et en général tous les Orientaux semblent avoir conservé à ciet égard les habitudes antiques : ils attachent peu d'importance à la nudité des organes de la génération ; lorsqu'ils le nomment, ils le font sans. détour et avec une naïveté de langage qui rappelle la simpUcité de celui de la Bible. <^>

Dans le tableau gravé ^^> ( pL 86. fi g. première. ) la figure principale est un homme dont le corps est ployé à la hauteur des hanches et renversé en arriére; Forgane génital lance un jet de Semence qui produit un petit honune. La ligne que décrit la liqueur séminale est figurée par u!ie suite de glo-* bules rouges ; des globules semblables partent de la patte d'un scarabée et vont se rendre dans la bouche de la figure humaine. Gomme la naissance du petit homme rouge est le dernier résultat de toute cette opération , il est constant qu'elle a son commencement dans le scarabée. Ce tableau pxprime donc que le scarabée est la source première de Texistence de

^^ DescHpt, d'Egypte , AntiquiléSy Mémoii'e sur Thebes, = ^^ ll)id,y p. 41 5.

44 BACCHirS ,

Fembryon , et que la grande figure à laquelle cel embryon paroît devoir la vie , n'est qu'un intermédiaire par le moyen duquel elle lui a été transmise. On sait que le scarabée est Fembleme de la vie et de la régénération , et ce tableau le confirme. Sur la table isiaque^ on remarque plusieurs phallus dans la guirlande qui pend des ailes des scarabpes, placés au-dessus des deux figures du bœuf Apis. Dans cette même table , les trente-six Decani sont représentés la plupart avec un phallus dans la main gauche. ^^^

Le culte du phalle passa de FEgyptc dans les différentes contrées de la Grèce par des voies diverses : Cadmus de Tyr l'apporta à Thèbes ; Mélampus qui avoit appris ces cérémonies des descendans de oc prince ^^^ , le régularisa chez les Argiens : il faisoit partie des mystères d'Eleusis qui furent établis à Athènes par Euraolpe sous le règne d'Erechthée. Le phallus et le ctéis étoient mis en spectacle dans le sanctuaire d'Eleusis ^^> (r). Les Pélasges qui habitoient File de Samolhrace et qui vinrent s'établir dans FAtlique, y apportèrent le culte de Mercure erectis pudehdisi les Athéniens ont pris les premiers cet usage des Pélasges de donner aux slatues de Mercure une attitude que nous trouvons indécente,

^'^ Les Décaiii sont les dieux tutélaires qui président aux jours de Tannée ; il j en a trots dans chaque mois.

^^ Herod., lib. II, cap. 49- = ^Meursius, Eleusin, — S. Clem. Alexandr., Prolrept» — Théodorel, Therapaut, , lib, Vlïr

le resle de la Grcce a suivi leur exemple '^^ Pégase d'Eleuthèrc apporta à Athènes le culte de Bacciius Thébain^ et les fêtes des Dionysiajjues dont les Phallophories formoient la partie la plus importante^ furent établies j outre ces cultes, les G rccs adoptèrent des Thraces le culte de Sabazius, des Phrygiens le culte d'Atys et de Cybèle , des Syriens celui d'Adonis et de Vénus, qui tous étoient Phalliques. Cheveux, comme chez les Egyptiens et chez tous ces peuples, le phallus fut toujours uni au culte du premier principe, du Demiourgos , du dieu régénérateur , quelque fussent les noms qu'il portât. Suivant le scho- Uaste d'Aristophane, les jeunes gens portoient dansr les Thargilie^ qui étoient célébrées ep l'honneur -d'Apollon et de Diane , des branches d'oUvier d'où pendoient des phalles , divers fruits et autres productions de la terre : Jamblique nous apprend que chez les Grecs on consacroit plusieurs figures du phallus au printemps, pour montrer que les dieux ont donné au monde la puissance génératrice ^\ Le Lingam de l'Inde qui représentoit le principe actif et le principe passif de la génération de tous les êtres, avoit les deux sexes : ces représentations n'étoient donc qu'allégoriques ; lorsqu'elles furent apportées dans la Grèce ^ la grossièreté et la simplicité du peuple ne les rendoient nullement dangereuses pour' lui : il regardoit les expressions symboUques des deux puissances de la ngiturc comme toutes natu-

^** Herod. , lib. I, cap 5a. = ^ Jamblic, de wjsici\ Eg;}'pL, 5 I , cap, im;

relies* Lorsque cette simplicité de mœurs^dispai^t^ ces rites 9 quelque bizarres ou quelqu'iudéçens qu'ils nous parois^ent , n'inspiroient d'autre sentiment que celui du respect, parce qu'ils étoient consacrés par la religion , et que l'imagination ne pouvoit être émue par des objets qu'on étoit accoutumé de bonne heure à n'en-visager que comme des choses saintes. Mais ces rites ont eu les plus grands dangerslorsqu'on lesintroduisit chez les peuples déjà corrompus^ surtout lorsque ces rites ne faisoient pas partie de l'ancien culte public, et lorsqu'ils n'avoient pas , comme chez les Grecs et chez les Orientaux , • le respect des.âges, dû à une longue habitude de bienséance et de sainteté. Au surplus l'exagération des philosophes éclectiques qui ont voulu représenter ces cérémonies comme l'école par excellence de la philosophie et du spiritualisme, est tout aussi ridicule que celle des écrivains ecclésiastiques qui ont voulu transformer un culte public, objet de la vénération d'un peuple éclairé et des hommes les plus recommandables par leurs vertus et leurs lumières , en un objet de débauches et de prostitutions.

$ II. Osiris et Bacchus étaient les symboles de la puissance active universelle , conséquemment de V Être-Suprême , d'après les idées religieuses des Anciens. Ils avaient les mêmes attributs. Chacun de ces attributs avait un culte particulier , mais il n* étoit pas adoré, comme une puissance universelle,

Théon de Smyrne rapporte une inscription d'un monument égyptien de la plus haute antiquité, sui-

vant laquelle Osiris étoit seul chez les Egyptiens l'être suprême , d'après les idées que les anciens avoient de la divinité ^^K OsirLs étoit représenté sur un trône de formé et de couleurs diverses y avec la tête d'épérvier emblème de la suprême intelligence^ ayant sur la tête le calathus emblème de la fécondité , sa tête étoit enveloppée d'un voile noir , pour indiquer le secret dont la nature couvre ses opérations; il avoit la main étendue pour indiquer l'empire qu'il exerce sur tout ce qui existe sur la terre ; le sceptre qu'il portoit et qui étoit souvent courbé, étoit encore l'emblème de la puissance universelle , surtout de celle qu'il exerce sur les choses célestes ^*^ Plutarque dit que le nom d'Osiris est susceptible de plusieurs signification^^ et il lui donne celle de force active^ bienÊdsante : Jablonski a adopté cette signification ^*\ La bienfaisance et la force ou la puissance, sont les deux qualités par lesquelles les anciens, comme les modernes, ont toujoui:s défini la divinité ; les hommes n'ont pu donner d'autre idée de la nature de Dieu; notre foiblesse ne nous permet de la concevoir que d'après les notions que nous avons des vertus : or, ces notions nous font oonnoitre , nous font juger que le principe de ce qui existe , de ce qu'il y a de meilleur , doit être

^^ Théo.; Smy. mathem., cap. 47? P- 164.= ^ Plutar.,^e Isid, •et Osir. = *^ Jablonski , Panth, œgypL , lîb. I, cap. 1 , p, ij^n Magna vi prœdHum , vel multa facientem , aut midtum operati" <èm. — Tamblique a dit ; Quaienus vero bona efficU^ Osiris voca* tun ( Myst, , sect.Vm, cap. 3. )

souverainemeut bon^ souverainement fort ou puis^ sant.

Optimus propter bénéficia ^ maximus propter pim.

Osirîs a donc eu tous les caractères de la force et de la bienfaisance : il en est de même de Bacclios qui, comme dieu fort, étoit adoré cbez les Grecs sous les noms deZagrée, ^symnétès, Isodttès. Osiris ou Bacclius étoit le dieu puissant qui appelle tous les êtres à la génération, le dieu fécond et bienfaisant qui répand dans le monde tous ses bienfaits ^^^ ; c'étoit la divinité source de tous les biens dont nous jouissons ici-bas^ parmi lesquels on mit au premier rang, et on adora surtout celui de la reproduction et de la végétation universelles.

Osiris et Bacdius, étant la même divinité, ont eu les mêmes attributs, et leurs i^oms varient à raison de leurs diverses opérations. Les anciens ont considéré ces actes ou attributs isolément j mais ils n'ont pas regardé chaque acte ou attribut exclusivement

^'^ Nous connoissons Dieu par sa puissance^ dit S. Bazile, nous croyons donc à lui sans connoître sa nature ( D. Gaesar. Basil. , Epist, GCCC). Quoique nous ne puissions pas connoître Dieu par sa nature , disent S. Atbanase et S. Clément d'Alexandrie , nous le connoissons cependant par ses ouvrages. Il est ndces^ saire que la bonté et la puissance divine fassent le bien , puisque c'est dans leur essence, ainsi qu'il est dans celle du feu d'échauffer, et dans celle de la lumière d'éclairer. ( Athanas., Oratio contra Génies, T. I , p. 35.— Clera. Alex., Stronu , T. I , p. 3iîi. )

^*^ Osiris portoit encore le nom (X Onuphis , qu'Uécatée traduit par le mot bienfaisant.

comme là divinité, comme le dieu universel, comme le premier principe; c'est une erJreur grave qui n'appartient qu'à quelques écrivains moderneSi Si les Egyptiens et les Grecs ont adoré dans Osiris ou Bac^ chus le soleil ou la force solaire et son action, ils l'adoroient également comme souverain de la sub-^ stance humide , comme divinité des enfers. Ils l'adoroient de même sous ses autres attributs j mais le soleil n'étoit pas exclusivement Osiris, ou la divinité unique.

Sans doute, dans le système des anciens, la divi*nité toute entière étoit dans chacun de ses actes ou attributs; car où la divinité une n'étoit pas, il n'y avoit pas de dieu, et où il y avoit un dieu, là se trouvoit nécessairement la divinité une avec son caractère entier. Mais le premier principe ou la divinité, ^ considéré sous le rapport universel^ ne peut pas être restreint à l'un de ses attributs ou à Tun de ses actes. C'est ainsi que l'une des qualités de l'homme ou l'un de ses actes ne le constitue pas en entieï*, quoique l'homme tout entier possède cette qualité ou ait produit cet acte; ce qui le constitue d'une manière générale, c'est la réunion de toutes ses quarlités ou de ses facultéis: et, quoique chacune d'elles ait un certain caractère qui les distingue, c'est leur ensemble seul qui fait l'essence humaitiô.

Les anciens reconnoissoient de même la divinité une : ils savoient que ses attributs sont inséparables, indivisibles, quoiqu'ils adorassent isolément chacun de ses actes et de ses attributs, à qui Us conser- TomeII. 4

5o BACCHUS

voient l'empreinte du caractère de la divinité; chaque peuple pajen donnoit même la préférence à l'un d'eux» Ceci rappelle une judicieuse réflexion de Juliu$Firmicus ^^^, qui établit cette raison de préférence sur le plus ou moins d'utilité que chaque peuple de l'antiquité retiroit de Tobjet plus partiooUer de son adoration. C'est ainsi que les Perses donnoient la préférence au feu sur toutes les autres |)arties de la nature ^'^; c'est ainsi que les Phrygiens adoroient plus particulièrement la terre ^ et que les £ë7Ptiepd> qui dévoient k leur fleuve de si grands avantages^rendoient àl'eau le culte le plusreligieux(^).

5 III. Culte d'Osiris et de Bacchus » considérés comme maîtres de la substance humide,

£n adorant les autres attributs d'Osiris^ le cidtè que les Egyptiens rendoient à Osiris comme maître de la substance humide^ étoit le plus solennel et le plus important ^^^ : les Egyptiens disoient que leurs djÊm% étoient nés du Nil ^^\. C'est une locution ^hf-

^^ Fîrrnicus , de errore prof, relig,

^^ Les Perses, qudiqu*adorateurs du feu, avoîent pour Veau là plus grande Wn^ration (Agathiats, lih. II. ); l'office des Mages, éj^iide Tfâter à c« qu'on ne souillât pas la puretëde ces deux âësaOBS ( Hyde , Mei* Pers. p. 1 37. )

^^ Mgyptiix aquam prœcipue venerati, dtosque appellant

( Athanas., orat^ contra génies), Mgyptii incolœ, aquarumbene-

Jicia percipientes , aqûam colunt y aquis supplicant, aquas su-

perstitiosa continuàtione veneraniur ( Julîus Firmicus , de errore

-f^fi re&g, ),

^^^ Cicer., de Nat. deor,, lib. III , cap. 22.

bbUtftlè <ét feiygôrique qui ne si^lfldit ïiéà miite tiho&P, feî iiè ii'ésrt ^tle Ife Nil aVm^HSj «otnme hôte l'âvôû^ <iit, leut l^rëtUiéf &ett et ié^i* jijtià àdCiëft>, ^ 4^è Ifeà àtlttfeà dieiix â¥6iéB*l5rî(5èëd^ à celiiWà^ corfrinè leà fib àtiC(^déî4l à \mt père^ ^è^ëfit-â-diifc que lëiii- cUlie «toit éfacôëdë à celui An WH (^). Mdfe it^l-i^tië les Egjrfitîfefis ëtit'ëitt gépdt^àîisé fetirs îd^â^ ^ qti'ib fùn&fit pà^vëtitiè Ittèqti'à là fcDfaûmi^Aaiïfcè de le cause ptémiêré^ qu'ilî^ pèi^ôiittifeèrëtit s?oiudle tîom d'Oâiri^, ib ditefilt qllë le Nil étoit ^ti ^éMnlëîmA dû dïèiî Ôàirts. CTést d^ lui que tèfefdit Ftitimidè ïi^^ tfôfe^èftt qui <^ûfel»ttidit là séméh^ et kâ gérthéS dé Idtftès léÈ géhéMiiom ^^^ | il'ëtdîl le gi^attd Dettiiout^ gos âgîsfôànt ^ur lé ptiiidpe luimîde qiii cortipo^é là fière dëé pla*ite§ et la Semence âe* AnittiâMx; t^éèt ^kt cet agfetit qtlfe fe^opère le graiid oùvi*age Âë k gétfé- Mtiôù. Le^ pt^te^ léi plus hdbiles de l'Egypte ,. dit Plùtairqtilé ^y regat'doienl Ositls cotùmë là sùlystâiicë spertaatîque ; et, par une èonsëqtiehce naturelle y plustetîTS d'èiïtr'èux as^ti^ôîeril qiié ridhmnalioh de ce dieii tf étôfit atitre cliose qtre rèmblême de la ie-^ ineuce cacliéê date le sein de la teire.'

Les RoinaièSy dît S^; Augustin ^yfbnft présider Tjùer ndii**culfemerit à la UqiTèûr des fVaits, parmi lesquels le raiàin tient le ptcMet fàn^, maii^ aussi aux semences des animau;ç. . . ;

Osiris élapt qn général le pçii^cipç. de toute tumi-.

<>> VluUi da l$id. ^ Osir. = ^> ikid^. == W S. Auguslm , do CeV. Z)ei , lib. Vil , cap, 2 1 . v A, v. . . . :

32 BÂccmjs

dité.^ k source de toute producliouVla substance de tous les germes ^ Typhon ëtoit au contraire la cause de la sécheresse^ l'ennemi de l'humidité ^^^; il avoit pour femme Nephtys, c'est-à-dire, la stcnlité. Les^gyptiens disoient que Nephtys, après avoir épousé Typhpn, resta toujours stérile, et qu'elle ne fut fécondée que par Osiris. Le Nil ne couvre pas toute l'Egypte; il ne s'étend pas dans les parties voisines de la Mer Rouge, qui, par cette raison, sont toujours arides et stériles. Lorsque le Nil dans ses débor démens extraordinaires, s'apprpchoit des extrémités de l'Egypte, les habitans disoient qu'Osiris s'unissoit avec Nephtysj et ils donnoient, pour preuve de cette union , les végétaux qui y croissent, et particulièrement le mélilot dont la couronne, tombée de la tête d'Osiris et restée dans le lieu même, selon la fable, apprit à Typhon l'adultère de sa femme ^\ La fable suppose une méprise de la part d'Osiris dans son union avec Nephtys, pa.rce que, dans ces inondations extraordinaires^ les eaux du lîil avoient, pour ainsi dire, l'air de s'égarer et de se méprendre; mais Nephtys désiroit et recherchoit cette union,.parce qu'elle devenoit le principe d'une fécondité qu'Osiris seul pouvoit lui prpcurer ^^. C'est pourquoi les Egyptiens, dans leur système religieux,

^*^ Plut. , Traité dlsis et d'Osiris. = ^> On voit dans la table Isîaqne , la fleur du mëlilot , produit d'Osiris et de Nephtys , c'e8t*à-^dire> des terres éloignées du Nil, lorsqu'elles sont inondées par ce fleuve. Cette fleur j est couronnée des testicules d'Osiris. = ^*l Plut. , de Isid. et Osir.

osiRis. 53

regardoient les eaux de la mer comme pernicieuses, en ce qu'elles rendent incultes les terres qu'elles avoisinent : elles ëtoîent pour eux Typhon (m).

La fable des parties sexuelles d'Osiris jetëes dans le Nil^et de leur simulacre qu'Isis présenta k la vénération publique, signifie que la vertu productive du dieii a eu pour matière première la substance humide ^^K Ce n'étoit pas seulement le Nil, mais toute espèce d'humidité, que les Egyptiens regardoient comme une émanation ou un écoulement d'Osiris ; dans les cérémonies pubUques, ils portoient toujours en pompe un vase plein en l'honneur du dieu. Sur plusieurs médailles qui représentent Osiris, Isis et Horus, les deux premiers portent un vase rempli d'eau. Les embûches que Typhon tend à Osiris, et la tyrannie de son règne sont l'emblème des effets terribles de la sécheresse, lorsqu'elle domine et qu'elle absorbe l'humidité qui produit le Nil et qui cause ses débordemens. La reine d'Ethiopie, qui seconde les. entreprises de Typhon, désigne énigmatiquement le vent du midi qui souffle de l'Ethiopie, lorsqu'il est plus fort que les vents Etésiens qui poussent vers. ^ cette contrée les nuées dont les eaux doivent grossir le Nil ^^ : alors Typhon a l'avantage , et il dessèche

^' plut. , de Isid. et Osir.

^^^ Le prînlemps est ïa saison fatale à l'Egjpte : c^est Tëpoque de l'invasion des sables , c'est encore celle des vents du midi et des exhalaisons pernicieuses. Dans plusieurs p^ntures ^gyp* tiennes, ces vents sont représentés par Typhon qui s'efforce de fermer le vase d'où doivent s'épancher les eaux de l'inondalioa^

34 B^cgçiy»

\mt ptF; ^A çU^ltiW* j il W^Uris^ le Nil qui ^ qfeUg^ pgr sa foibteasâ de sq ve^^Reç çlww pop Ut,e^t çpuduit à |a mer p«f un can^ pré$q^Q ip^qq^il^^W. i^

sigùj^rii^tt autre ol^ose qv>? l'ftflToiblU^s^ujQnt etlf^ disr! parution des aaux du JSil (v), • lue coffra conlaneot fe tiorps d^CMiris Vué.j^r Ty*phcm^ fut déposé doucameut pa^ Ic^s ilots de la mer poès de i?t ville do Byhlos, sur upu hauyère qui , ea peu de t^nips, parviut à vnx tel degré de graodeur et de bealutd, quq la roi du pays, frappé d^ Vélévation de cette plante, ayant fait couper k tige qui caoboit, le ooffre en son sein, en ^t vue colonne qui soutint son palais. La dëessalsis demanda çeXXe, ço\Qji\m qui hn fut accordée; elle fut placée dans 3on temple ^^* Gette colonne est essentielle à l'allégorie d'Osiri^ 3 l'Listoire des maux que lui Çt souffrir l^yphon est relative à Finondation du Nil; cette colonne est celle qui sert à mesurer les divers accroissemens de ce fleuve; elle est renfermée dana un édifiœ appelé w/kias, qui fut d'abord consacré à Isis et ensuite à^élapis (or); aussi, sur la table Isiaque (j) , oft voit deux fois la figure de celte colonne. Elle éloit pitoxnenée sur le N^ pendant le& trois naoia d'ixipndatioii^ et portée sur le Baris , vaisseau sacré dç la déesse

syiii^hole îngëoieux des vçntç; 4» n\ïA\ qui reUrde^t les veiiU dv 9ord> çtcjfl ^Ul s'419^14 pepd^ut Je printemps une lutt,Q eplre les v^u^ d«Ldi^ser|; ^% \fts-vei?t$ 4^ «ord i ce« dei'niçrs poussent yers te Uopique les ti^^es ij'où p>:ovient la crue du Nil.

ofiiaLS. 55

Isis; elle étoit ensuite renfermée d^ii$ ce temple pendfiQt les neuf autres incHs de.l'aanée. '*^

Les f^yptieoai pour prcwiver que tout 6sfc lïourn et ipis en mouvement par Feau^ pla^oienfi toud les di^ix eo géaéral sait di^ vâissedEx ^'^\ Osiris^ le principe de Vhunûdité ^^ , avoit souvent sur la tête un grand vaisseau rond; mais cet usage religieux a eu u^e origine simple. Le temps de TinondatiOD du Nil étoit un temps de repos force pour toutç la nation ; c'est alors qu'elle se livroit à tme |ôie générale, et qq'avoient lien ces fêtes, ces chants y ces spectacles, dan3 toutes les parties du grand espace de pays qu'oc«- Gupoit l'inondation du fleuve j cfest alors qu'on promenait les divinités sur des barques, et qu'elles se rendoient des visites réciproques qui entretenoient quelque différence de culte entre les differens pays de ï'Egypte, lors même qu'ils n'adorèrent plus que les mêmes divinités : d&-là les barques qui accompagnent presque toutes les divinités en Egypte (aa}.

^*^ Od peut voir la Description de l'Egypte, ( p. 65,) pa» Maillet, qui donne la description dnMikias et de la colonne dans la petite île appelée la Rhode ou Ronda. On peut voir aussi'le Mémoire de M. Girard , membre de T Institut à'Egypief,, sur le nilomètre d'£lephantine. '

^ Porphjr., de j^ntro nymph, , cap* i o.

^^' Le nom d^Osirissc trouve diversement ë^vii dbns lefrou^ vrages des Anciens. Eusèbe ( Prœp, Es^. , lib. !.. ) l'appelle Isiris. L'Osiris des Egyptiens, dit M. Lacroze ( Hist, du Chris^ tianisme dans les Indes), p'aroît assez marqué dans Fisuren des Indiens , qu'ils ndmoient sous la figure du phallus , < qu'ils exposoieut dans les temples et qu ils porloicnt en ptoeession.

56 BACCHtJS

Cette chose simple'fut ensuite appliquée à des idées métaphysiques: pour se. faire une idée juste de là religion égyptienne, œmme de toutes les autres religions, il faudroit la suivre depuis son origine jusqu'à son extinction; on ne peut la supposer absolu* ment la même du temps de Joseph que du temps de la conquête des Roniains. La philosophie orientale y a introduit des allégories qui n'ont pu être connue^ dans les premiers temps; sans doute, lorsqu'un peuple a une fois adopté ua culte, il reste le même pour le fonds, mais il s'altère dans quelques parties par une foule de circonstances et surtout par les nouvelles idées que le temps amène nécessairement. Par exemple, les théologiens philosophes se sont emparés de l'idée du vaisseau qui accompagnoit les divinités égyptiennes: ils l'oùt rattachée à leur système, suivant lequel le principe humide , qu'ils faisoient le père de tous les êtres, étôit répandu principalement dans l'espace céleste qui étoit comme une mer supérieure, où les Egyptiens disoient, selon Plutarque traduit par Amyot, que le soleil et la lune étoient voitures nofi dedans des chariots ou char" ^ retteSy ains dçdajis des bateaux^ esquels ils naviguoient à Ventour du monde. Euripide, et d'autres poètes ou philosophes de la Grèce, ont eu la même pensée, lorsqu'ils ont dit que cet éther immense, cet azur céleste que nous voyons, emb rassoit tous les êtres dans son sein, humide. Pausanias ^^^ nous apprend qu'Hercule passa en Sicile dans .la coupe ou

^*? raiisan, , lib. m , cnp, 1 Q,

le vaisseau que le Soleil lui avoit prêté: ApoUodore nous repr^pente aussi Hercule arrivant aux extrémités du monde dans cette même coupe, ^*^

Osiris, chez les Egyptiens, peint avec les attributs du bœuf, étoit dépositaire de ce principe liunûde générateur, ainsi que le Bacchus des Grecs, également peint sous les traits du bœuf ^^\ Le taureau si souvent invoqué par les Perses, étoit aussi dépositaire de ce principe humide ^^^ : c'est par l'eau, disent les livres sacrés des Perses, que moi Orsmud, je donne la force, la grandeur et l'abondance ^^\ L'astre Taschter, dans leurs prières, est toujours regardé comme le dispensateur de Teau : ils le représentent avec un corps de taureau et des cornes d'or ,

^*^ On voit sur une ancienne pierre gravée , Osiris conduit dans un vaisseau. Saint- Athana se dit du soleil que c'est un vaisseau adnlirable. Nous parlerons dû vaisseau d'Isis : les anciens théologiens disoiént que le soleil tiroit sa nourriture des vapeurs de la mer comme la lune de celle des fontaines, et les astres des exhalaisons de la terre; lorsque dans la suite, on donna au soleil un char et quatre chevaux, on conserva au char la forme du vaisseau. <c Donc, dit Tristan ( Corn. hisL T. II, p. i74«) » pour faire un harmonieux rapport du chaud et de l'humide , » on composoit son char de cet esquif soutenu de deux. roues » et traîné par quatre chevaux représentant les saisons : » La coutume d'attribuer au soleil un char à gouverner avec quatre chevaux est très ancienne, puisque. nous lisons dans le quatrième livre des Rois , (chap. 3.) que Josias fit brûler les chariots du soleil, et enleva les chevaux que les rois de Juda lui a voient i^ousacrés de vaut le temple de Jérusalem.

<^> Plut., de Is. et Osir. = ^}. Zend Avesta, T. I , Part. II,

ce qui le ritpprochà beaucoup de TOsiris égyptien et du Bacchus grec. C'est égalem^it sur le fluide que nagcoit Fœuf symbolique du monde dans la cosniogonie japonaise ^^^, lorsque le taureau vint , de concert avec la lonje , le rompre et organiser l'univers (i&). Les Ejjyptiens et les Phéniciens font sortir Je monde d'un limon imprégné du fl uidc du chaos ^^, Les Chaldéens disoient ^^ qu'il y avoit euun temps où tout n'étoit qu'eau et ténèbres^ et que toute la masse de ce moiide avoit été formée d'une matière humide^^^

^*^ Les Japooais ont leur dieu CaDoun , qui présidai au;x eau» et aux poissons : c'est leur Neptune ; il est le créateua- du soleil et de la lune; il paroît sortir d^un poisson jusqu'à mi corps ; il est toujours couionné de fleurs. Chez les Japonois^ un gros »rbre qui est appuyé' sur une tortue , porte le dieu de Tunivers , assis, sur douze couçsius à la manière des Japonais : cette tortue est sur la sur&ce d'une eau enfermée dans un immense réservoir. L'eau est encore le principe dont tout naît dans cett€ théologie. ( Macroh. , Saturn. lib. I. cap. 8. )

^^ E^usG\^^,Priiifp. Eif.^ lib. I, cap, 7,9.=^ Jp.SynceL p^a^.

^^^ rlutarque nous apprend que le âuide du chaos n'étoit point une eau pure, mais une matière humide de laquelle il prétendoit que toutes choses a voient été formées (Plttt.,^e; PlaciU pkilosopk. I. 5.,). C'est dans le même seos qu^il faut prendre le lenike d'eau au commencement de la Genèse , oii Moïse aprèsi avoir dit que la terre étoit un chaos confus et sans ordre y e^onte que l'esprit de Dieu se reposoit sur les eaux ^ c^est-à-dtre , soc le mélange liquide de la terre et de l'eau dont le chaos éUMi composé. Damascius rendant compte de la théo* logie des Egyptiens , d'après Asclépiade et Heraiscus, dit qu'ils dunnoient pour principe du monde l'eau et la terre ( Ap. "Volfl*, Anecd. grœc, T. III. p. 26 1 . )

QSinis, 59

Les anciens ibéologiena ont enseigué que tout étoit provenu 4e Yem^ et que cet élément éti^it ce qu^il y ^voit 4e plus aiH^ien dans le monde ^^^ ; cette idée est Iç fopdement de Taïlégorie sous laquelle les Chaldéefts, ïlialès et d'autres plùlosophes ont représenté Ia terre 9 en }a comparant u un vaisseau flottant sur r^au. ^> .

Li'cau^ ài\ Isidprc ^^^ dans son livre des Origines, tempère la nature du ciel, fertiUse la terre, Fimpi^ègue de v^pei|r& et de rosçej c^tte circulation do Te^u, qui montQ v^rs le ciel, qui se suspend sur nos têtes ei^ nufige$, qui se coadeuse ou se raréfie dans Tair, ou eM^ e^tretiçnt une fraîcheur salutaire, et qui ensuite, se moût en plaies nécessaires à la vég^t^tion des productions terrçctres, a donné lieu chez ics fu^çiçns à un grand nombre d^îO^iégories et de métamorphoses de cet élément, qu'ils ont considéré conjpne» u^ agent universel. ^^

§ IV. Bacchus et Osiris , symboles de la puissance du soleiL

^j'allégorie perce de toutes parts dans la rajtholo-

^> Arist., Meiaphys. , Ub. I, cap. 3. = ^ Diod. Sic, lîb. II , cap. 5 , 5 G. = ^'^ Isldor. , Orig. , lib. I , cap. 1 2.

^*^ Achille , après avoir rendu les derniers devoirs k PatrocU dit ^ Açameninou et aux chefs des Grexs ; Eteignez le bdcJier avec du vin , dans tous les endroits oii vous remarquerez des vestiges de flammes. Madame Dacier remarque qu'on employoit à cet usage , comme aux aspersions que l'on, faisoit sur les tombeaux;, le vin et non pas .reau , parce que Feau etoit Télement consacre' à la généraUon, et qu'il étoifc regardé comme le pnu^ cipe des êtres* ( Hoim-u*. , lUad, , lib. XXllI. )

6û BACCHUS

gie ëgyptieni;iej et le rapport du culte et des aventures des dieux avec les phénomènes de la nature, s'y montre si clairement, qu'il suffit d*y jeter les yeux pour en être frappe'. Non-seulement Osiris étoit, comme nous l'avons vu, une divinité symbolique dans laquelle les Egyptiens révéroient la force génératrice de la nature sous Vembléme du Phalle, et le maître de la substance humide, rnnis ils adoroient encore en lui la force, la puissance, la beauté et les heureux effets du soleil, comme les Grecs et les Romains les adoroient dans Apollon et dans Bacchus. C'est même de là que Diodore de Sicile et Plutarque tirent l'étymologie du nom d'Osiris IloXuoySaX/xoç , multioculus, Cum radios ubique intendens univer-^ sam terrant et mure y quasi midtis oculis ^collustret. Os dans la langue égyptienne signifiant œil, et //t, heaucoup.

Pour appuyer son opinion, Diodçre de Sicile cite ce vers de l'Odyssée :

ÙCkioç 3**0^ TravT* l(fooa , xat navr' «Traxoûsc. Je vous en atteste j soleil^ i^ous qui i^oyez et enteiidez tout, ^*^ Le serment renfermé dans ce beî^u vers d'Homère ^^

*** Diodore de Sicile ajoute : « Quelques-uns des plus anciens mjChologTStes Grecs* ont donné à Osiris le surnom de Sirius et de Dîonysius ; c'est pourquoi Eumolpe a dit dans ses Bachiques : Sidereitm Dionysum igni radiante coruscum.

Et Orphée :

Ergo \^ocant îpsum Dionysum , altumque Phanetem, ^ Virgile a imité ce vers dans le quatrième livre de l'Enéide; Sol qui terrarumjlammis opéra omnia lustras.

Et dans le douzième livre : — Esto nunc sol testis.

OSIRIS. 6i

ëtoit usité chez les Grecs el les Romains. Jablonski confinne la vérité de cette étymologie du mot Osiris qui appartient à la langue copte, comme le prouvent, dit-il, six cents exemples pris dans les livres qui nous restent de cette langue ^^K Les Egyptiens désignoient Ôsiris par une espèce d'œil au-dessus d'un sceptre, comme étant revêtu de la souveraineté et portant partout ses regards du haut de son trône , d'où il exerçoit sa puissance sur toute la nature. On a fait l'application de ce hiéroglyphe à Osiris représentant le soleil ^^^j aussi l'antiquité a-t-elle appelé le soleil l'œil de Jupiter ^^\ Les Chaldéens le comparoicnt à l'œil droit (ce) ^*^: Martianus Gapella nomme aussi le soleil l'œil du monde; et^ parmi les différens noms

^^ Jablonski, Dîsserlcdîo de terra gosen. — Lacroze et Abraham Roger prétendent acr contraire que la langue copte qui nous a conservé les reste» de l'ancien égyptien ne ^vorise pas la signification de muliioculuSy qui a plusieurs yeux, que Plutarque et Diodore de Sicile donnent au nom d' Osiris.. Mais ils pensent que cette signification est fondée sur la forme des idoles d'Osiris qui étoit ainsi représenté. Pareillement le dieu indien , Isureu , lorsqu'il est en forme d*homme dans les temples, est représenté avec un troisième œil ai; milieu du front ( Lacroze , histoire du christianisme, \ih. VI. T. II* p. 229. — Abraham Roger, Théâtre de ndoldtrie. p. 2o5. ). I^éanmoins Horus ApoUo confirme l'interprétation de Diodore de Sicile et de Plutarque. (^ Hor. ApoL, hiérogfyph* lib. I. cap. 34# )

^ Les statues d'Osiris-étoient couvertes d'un voile enfiamroë ( Huet> dem, Ev., p. i6ï,) , mais ces statues ue sont pas venues jusqu'à nous ( Montfaucon, uintiq. ExpLy T, II, iSM/?,,.p. 146. ). =^^ Plut. , de Isid. et Osir. = f^^ 6extU8 Empyricus, lib. V, p. 345.

6a BACCHUS

qu'il lui donne^ il Tappelle le puisàaul Osiris ^^\ Lfe trépied qui étoit consacré à Apollon > Fétoit aussi à Osiris dieU-soleil ^ comme il Pétoit à Atiimon et k Baccliusî Suidas dit qu'il ^toit le symbole du ^té^ sent, du passé et du fiitur, emWéme qui éottvfeiioit au soleil modérateur du temps ; il étoit âilssi Tem-ibléme de la modération et de la sagesse de Fétt^e su'^ préme. Pafhii la foule de tioms que Torade de Claros cité par Eusèbe ^'^^ donne au soleil, ou trouve eelui d'Osiris,roi des astres et du feu éternel qui engendre Tannée et les saisons , qui dispense les pliiies et les vents, et ramène Faurore et la nuit. DâU^ ïeS cbaUtà que les Egyptiens adressoiedt à Osiris , îkr iiivo-^ quoieut le dieu qui siège dans le soleil et qui s'toVo* loppe de ses rayons ^^^; ce qui prouve que la. doctrine du principe universel^ distincte de ses attributs ^^ et de ses agens, étoit bûm établie chet les E^ypltess: Elle rétoit également chci& les Grecs. Plutai^quc ^*> met dans la bouclic d'un de seà interlocuteurs , la distinction entre le corps visible du soleil et son intelligence invisible qu'il appelle Apollon, et qui^

^^ MartîaBUS Ckipelk , de Jfttptiis Phûol. , Hb. II , cap. 2. ^ ^^ Euseb. , Prœp, Evi , lib. III, çàp. rS. == ^ Plut. , rfe h, etOsîr.

^*^ Chez les IndieBS, le àdeil est adore àous It nOftrOrièû^al d'Amir ou d'Âtiî^ur ( Azur, le feu. ) et Brarhma est identifie avec cet astre divinisé , que les Indous représeirteût oi-cfituàrertieirt avec quatre visages et avec Quatre lïïains i lesî litëd Anoniens adoroient aussi Jupiter avec qtrâtre têtes, etlesdctnc divîiïité^ Brabma et JupitcT portent également lé nom de père deâ: àit\X\ et desbommes* ( Manum, de Vindoslan , T. I. p. 176.)

^> Plut. , de Orac. Pyth.

dans l'opiDion vulgaire, se confond avec le soleil , parce que Tobjet sensible et apparent détourne notre esprit de l'être iûtellectoel qui est le vrai Apollon* Apollon^ dit ailleurs Plutarqae^ le père et le maître du soleil^ placé au-<les9U8 du monde visible^ est pour les hommes le principe de leur existence ^ de leur naissance^ de leur nourriture. Il fait dire à Ammonium dans le traité sur le mot Ei : « Quant à ceux qui » croient qù' Apollon et le soleil &ont une même » chose , il faiit respecter leur bonne foi, lorsqu'ils » appliquent l'idée qu'ils ont de la divinité, à Tob- ^ jet qui leur paroît le plus digne de leurs lionv- » mages. Mais nous, afin de nous former id-^bas uue^^ ») juste idée de Dieu^ élevons nos pensées au-dessus » des objets visibles ; respectons néanmoins dans le » soleil son image qui ^ par sa fécondité, fait briller n à nos yeux quelques traits de la bonté do TEtre » Suprême. Ceux qui connoissent cette belle et sage » analogie de la nature entière^ dit encore Plu- » tarque, et qui peuvent l'apprécier, pensent que ce » que le Corps est à Fesprit , le soleil visible l'est à » la nature d'Apollon y qu'il en est l'émanation et » l'effet. » Sur un monument étrusque donné par Spon et Montfâucon , Apollon tient fo foudrie de Jupiter; il a de plus, par dessus la tête, uii autre s'oie!! dans un cercle ^*^: dans la religion vulgaire ellemême, Apollon et le soleil étoient regardés comme deux divinités différentes j quelque analogie qu'il j

,MoiHfaucon>*^7?^ Exp, T.I.p. io5.

eût entre elles ^ chacune a voit ses temples et ses sa-» crifices. L'un étoit fils de Jupiter Opifex Mundi

, et de Latone ^^^ ; l'autre étoit fils d'Hyperion {dd) ^> : suivant la théologie des Egyptiens^ le soleil étoit fils de Phta ou Vulcain(ee), l'ouvrier universel, le père des dieux et des hommes. Il étoit de méine fils de IN eith ou Minerve, que les Egyptiens révéroient comme la divinité artiste, et comme l'emhléme de la sagesse divine. Homère a toujours distingué Apollon du soleil: Lucien ^^^ , qui fait la même distinction , dit que le soleil étoit un des Titans. Bacchus a la tête radiée lorsqu'il est le symbole du soleil, et il tient la massue lorsqu'il est le symbole de la force de cet astre ^^\ On a donc désigné sous le nom d'Osiris, d'Apollou

, et de Bacchus , l'intelligence divine qui est dans le soleil et qui en règle les mouvemens, comme on a désigné le soleil visible lui-même (^). lly a d'autant

^*^ Latone ëlolt le principe passif, c* étoit une des huit grandes divinités de TEgjrpte : suivant Platon, le mot Latone ient de AiQÔeev , latercy parce que la matière resta cachée pendant des siècles innombrables , jusqu'à ce que le premier principe ait donné à chaque partie de l'univers la forme qui lui convenoit. = ^> Hésiod. , Theogon,

^^ On trouve, dit Lucien , en entrant à gauche, ( dans le temple de la déesse de Syrie h HiérapoUs, ) le trône du soleil, mais vuide et sans statue ; car Ips Hiérapolitains ne donnent pas de statues au soleil ni à la lune , parce que leurs images ou plutôt leurs corps sont visibles aux cieux, au lieu que les formes des antres divinités ne sont pas également visibles à tous. ( Lucian , de dea Syria. )

^*^ Aristoph.^ Ran, , v. 47» — Millin , Fasfiantiq. , T. Il , p. aa et 78.

osiRis. 65

moin^ de doutes à élever sur cette distinction, que^ dans le système de Tame universelle du monde, qui faisoit le fotidement des religions égyptienne et grecque, on considéroit une portion quelconque de l'univers^ ou dans sa substance matérielle, ou dans sa partie inteliigente. Suivant cette croyance j toutes les parties de l'univers distinctes les unes dés autres^ disposées avec un ordre admirable, unies par des rapports réciproques, et ayant un moiive^ ment uniforme, constant et réglé, sont soutenues par une vertu cachée qui en est le lien, et qui im<prime à chacune d'elles en particulier, le mouvement, la vie, la manière d'être que comporte son orw ganisation matérielle ^^K En remontant mémeaiix traditions les plus reculées, à celles qui appartiennent

^^ Suivant plusieurs pLilosophes et surtout, les Stoïciens ^ cette vertu cachëe, cetleame universelle n'étoit pas distinguée du inonde ; dans la philosophie dePytbagore et de Platon, c'est quelque chose de distingue de ce monde, dans lequel è\\t entre néanmoins comme partie: a Cette ame , dit Timée de Locres-j » est dans le monde et hors du monde ; elle n'a point été pro- » duite après les substances corporelles , elle leur est antérieure » et plus ancienne qu'elles. » (Tim. Locr. , de anima mundL ).

D'après Bernier {^Abrégé de la philosophie de Gassendi, T. II. p. 90 ) l'opinion de Famé du monde subsiste encore dans les Indes. Les derviches des Turcs, les sophis ou sa vans de Perse, croient qu'il y a une ame universelle du monde qui /est incor^ porelle^ qui est la ménie chose que la substance divine, qui entre comme partie dans la composition du monde , et dont les âmes des hommes et des animaux sont des particules ; suivant Bernier, cette opinion a pénétré jusqu'à la Chine et au^apon.

TomeII. 5

aux reH^ious prioiîtiyes^ la plaa aacieaae de c#* tn^ dhions^ celle qui à été rendue chez tous les peupitt 4e la terre ) c'est que le monde étoit rempli do gé^* nies^ c'est-à-dire que les peuples les plus sauvages adoroient daas leurs dieux Fétiches > non la matière dont ces objets étoient <^mposés, biais les forces ca^ ehées dont ils les supposôient linûnës. C'étoient cea génies mùllipliët qu'ils croyoïeat maîtres de leiur existence^ et auxquels ils rendoient un culte relirgîeux. On adoroit donc dans le soleil le génie 0u la partie iortelligente dont on le suppoipit animé ^ , epîmon sans laquelle on ne peut concevoir auetun acte religieux^ quel qu'il S6it. II y a plùs^ le culte dm soleil suppose dans ses adorateurs des idées géné^ tales^ puisque ses effets embrassent la nature entière} aussi ^ d'après toutes les traditions anciennes et modernes , il n'appartient qu'à des peuples qui ont un commencement de civilisation^ et dont les idées se spnt déjà éleve'es des objets qui les environnent, vers jpaae cause pW éloignée et plus universelle.

^^ On retrouve les mêmes principes religieux chez le^ Indiens. — « Que ce soleil, (dit le Reg-Teda^ le preihier âes quatre Vedes ) qui contemple et pëuètrè le roonde,^ soil Uotre protecteur! » .;= «vénérables personnages, guidés pa4* votre iiitelligetfce, saluez le divin soleil ( Savitri ) avec des dfirahdes et dèl louanges. » — « Méditons sur ta lumière adorable du divin tégo- » lateur ( Satitri ) , qu'il guide notre intelligence !» — l^e knéme Yoda r^niîerme cette profession de foi. — « 11 existe nti dîea » vivant et vrai , éternel et incorporel, impalpableet îlùpa^sîbl)} , » tout puissant , tdut savant , infiniment bon , qui fkit et ccm- » s#rve toutes cboses. ( M>n, de tindôsl. T. I. p. 174* )•

Hêb |ln^p«stliiMogiqm<ls«tit*tflëMiirM{mtt^

appelle le ^leil le fils irisible de I>îèi!i^ Etli'ii^idé Téf^ pelle la lampe de Dieu ^^\ Sajihé le tiôtMÉé U Hoi^ Bistro du souverain être ^^^ t Julien dév^to|>pe ces pa^iacipes dau^ le discours cju'il à tompofté «ti i'hoii^ seor da soleil'^roi «t qu'il mlrestte à 9ôli aâii Sâfllâàté. Ijot developp^nens (pné Julien 4dâ»D6 à éettë <lo6- Iriue sut le soleil^ sont très obscurs j ik pm^èi^etft &lidés noinseulèment sur la théologie dès Ëgy^denH^ des Piirfnidiôiis, des Chàldëeos et sur celle de Pltftoit^ akuiis encore sur les rêveries BQëtaphysiqttes de Jâm^ Utque. Cependant, eu reluisant cette doiotrine à sés pW stmj^s etédôns^ elle est intelli^ble, «il l^Ue est <m hankiome avec la crojauoe des andetisj la vMci : ÎMite SBl>sistaat par lui-^méiHe, Têtr^ soUvô^ ramement bon est le preùiier soleil ; le second toleil est le tnoiide intelligent^ et le troisiètne e»i le soleil ^isiUc* Le preilner soleil produit toutes les »meà de sa propre substance ; le second soleil ^ le soleil icitctikgtnt, dLstrîbud i tous les êtres intelligensiea ihéttÊês J&icnfintS qoiil a teoes du premier ^ f^eit^k-^^rd 4^ ïé\!fe soiEreraineaiënt bon f le troiâènla soloii ^ lé ¥0ieil apparent^ jce disque lumtneux^ui ^t>poùr lôUs 40i êtres matériels, le prinûi^e de sâkrt Wt dé coii- •aerVatioB^ kw distl'ibu^ loa bîetifiwi» ^timimU ée ^ ifunéid m

^ DUigens sumtni patris oh minister ^ tifàndé cèétôruM âeèiis, alMa pfœbehs

68 BACCttUS

Tétre souverainement bon, comme le soleil intelligent distribue aux êtres intelligens les bienfaits qui ^nt de leur essence. Ce soleil visible est dirigé par le soleil intelligent*

« Reconnoissons donc, dit Julien, la puissance fé* » coudante et organisalrice du soleil, par les meta- )) morphoses qu'il opère dans Tuni vers, sa tendance » à produire l'unité par l'accord des mouvemens » coxnbinés qu'il produit, sa force intermédiaire, et » enfin sa royale domination sur les êtres intelli- » gens, ^ous réglerons notre opinion tant sur la >^ foi des prêtres cypriens^ qui consacrent des autels » communs au soleil et à Jupiter , que sur Je témoin » gnage d'Apollon , qui a dit: H n^est qu'un Jupir- }) ter, un Pluton, un soleil, c*est le dieu Sérapis. » Lor§qu'Apollon ne sépare point du soleil la pûîs- » sance ou énerve multiple de Bacchus ; lors » même qu'il la place dans l'empire du soleil et sur » le même trône, il semble nous initier à la connois- )» sance du dieu. » C'est pourquoi Julien donne au soleil le nom de méristés ^^^ on de dieu dont l'action féconde et l'énergie créatrice se distribuent dans la matière;. C'est Bacchus dont la force, émanée d'un principe simple^ s£ divise, se multiplie. en s'âoignant de sa source et se distribue ^dans la matière organisée.. Julien reproduit la même théorie dans son Discours sur la mère des dieux: « Gory bas, dit-il, ce » grand soleil, l'assesseur delà mère des dieux^ qui

^*' Epithète qui convient surtout à Bacchus , comme auteur de \n g<$nération , dit Npel Lecomte.

» a créé tous les êtres avec elle^ qui les régit et les » gouverné tous par une providence commune , et » qui ne fait rien sans elle. ^*' »

^^^ Le poète Claudien parott avoir employé dans le même sens Tëpithète du-jnot corybas , dans le deuxième chant du poëme fur le rapt de Proserpine :

Non te progenkum Cjrbelaius œre canoro LustravU Corybas , etc, A l'occasion du fragment qui bous a été conserve de la Uédée d'Ennius :

Jupiter , tugue aded sutnm^ soi , Quel res omneis inspicis^ I Quelque tuo lumine

Mare y terram ac cœlum , Contines , ikspice hocfacinus. , Prius quant fiât , prohibe scelus.

Son commentateur remarque que cet ancien poète garoit ne Caire dans ce morceau qu^une seule divinité de Jupiter et du soleil , à Timitation des Grecs. Dans la théologie d'Orphée , qui étoit conforme à la croyance des Egyptiens et des Grecs , Jupiter et le soleil étoient le même <lieu , et Orphée appelle le soleil 9 ardens impolUitus temporis prœcursor^ immortaUs Jupiter, Chez les Egyptiens , le lotos étoit non-seulement le symbole du premier principe » du principe fécondant , mais il étoit encore celui du soleil (La Chausse ^ Muséum romanunt^ p. 84. -* Prodos , lib. de Sacrificiis et magia. ). Il en étoit de même du scarabée ( Euseb., lib. III, cap. 2. ) et de Vépervier ( S. Clem. . Alex, y Strom, ). Dans Homère , Agamemnon invoque Jupiter. 6t le soleil comme une divinité unique. Platon développe la même doctrine dans le Phèdre : Magnus in cœloduz£St Jupiter, quipri- . mus .incedit alatum impelléns currum ,'omnia exornan^ , et pYoifidentiâsuàguheirnans (Plat. yinPhcedr, ). Les Assyriens avoient ces principes théologiques ; ils faisoient du soleil et de Béius la

7<^ BÂ^eH^s

3eau4obre a ras$emUé une feule d'autantëa p(|Uf prouver l'universaUte de Topiqion qui place un« ame^ une intelligence dan^ le çiçl, dans le soleil ^ dans la lune et dans tous les corps célestes ^^K Suivant M. Hyde, le^ Perses ont leur génie conducteur du soleil qu^ils appellent Chur ^^ ; c'est VQsiris o^ THorus Egyptieq, cVstrApoUon.çt h Çacchus des Grecs ^ c'est l'intelligence divine ^ui siège dans le soleil {gg)' Le roi Phraorte répand à Apollonius de Thyane qui lui demande la permission d'adresser sm prières au soleil: « Je sais qu'il le» exaucera^ car il » aime tous ceux qui s'occupent de l'étude de la » sagesse ^\ Si l'on en croit tous les historiens qui ont parlé de Mithra , la nature essenUelle de œ dieu

même divinîtë, et Sparlien( in Heliogab,) dît qu'Hëliogabale apporta ^'Emeis» à Rem« la statua do sdeil. Il loi fiteoDStpaire OB lemple magnifiqoe ; ajaat fait TMiir de CaFthage l'idole àe Vénus Uranie , il fit célébrer la mariage de ses deux divinité k Rome et (bns Uut^ l'Italie , el il obligea tous les sojetf de l'empire à leur Ikire des préseos ( Academ • ^£85 ïnsertpt^ Tora. XXXVilly p. i5. )•**« HéiiogabAle éleva un temple à JupitoF Synea on an soleil : Sparlien ajoute qu'H^étiegabile étoifr prêtre du soleil ou de Jupiter ( jàpuâ Asayrios aidem Bel diei* iUF^ qmadam ^la^ùrwm raUona i et Satumus et Sol { Servio», in JBnM. ).Dans une ancieime inseriptioB romaine > les dievit Pairol des Palmjnens sont appela Maiach Bel , e^est*>li->4Kre Bélu» roi et AgHbolosi Ib donnoîent les mêmes noms au soleil et au c^ieu Lunus ou à la It^ne (Salmas, in Fbnr^ Vopbcnm, lifbim IEst..jéu§> y p- 37e. ).

^ Beausobre , Hiai. du Maniehéiemo, T. H, p. ée4« <■> ^Byde, de Feier. Pen. roligmm.f p. 16. » ^ fbiiealr., f^ Apol. ThfjTtm.

capr^e des aaciens Persaas étoil le feu y le feu animé) le fea ioteUigent, dont l'action et la subataace 86 r^>ando)eiit dans tout Funivers et dont le soleil étoit lo siège principal et le centre ^^^ ; c'ëtoit le lait essentiel supérieur au soleil même ; c'ctoit le D^ miourgoS) le dieu supréœe, le principo actif, Ici dieu conciliateur qui unissoit les parties du monde f q^ui les mettoit en harmonie et qui les soumeitoit i Tordre , le dieu médiateur entre 4e bon et le maa» tais principe.

OmnipoienH éUo Mithrœ, ^^ Cest par ce dieu que juroit Cjrus ^^ \ c'est lui qu'indiquoit le même Cyrus en le distinguant du soleil^ Zsi itatpdJg xac ÔXtg ^*^ j c'est lui qui étoit appeW le grand dieu par excellence ^Mies Guèbres'd'aujoilrd'hui ont absolument les mêmes dogmes que les anciens Perses : interrogés sur leur culte , ils ont répondu qu'ils rendoient hommage au soleil comme à la créature de Dieu la plus parfeite ^. Les Ghaldéens représentôient le principe actifs le Demiourgos, sous l'image d'un fisu infiniment pur; c'étoit le feu principe, le feu intelligent (hh) ^''^ Ils croy oient que les astres possédoient la principale partie du principe actif et de son influence sur les choses terrestres ^. C'est sur cette opinion qu'est fondée

*** Oracul. ZoFQostr. =5 ^* Oruter , In^cript, , p. 34, n? Q*^=f ^ Xénoph. , Mconom. , p. 83o. = ^*^ Xënoph. , ^fe /n^V. Cyr. , lib. I. = ® Xénoph. , de Exped. Cyr. , lib. I. = ^' Hyde, Rel. VèL Pmv., pw f oÇ. ^ ^''IfQvphjr. , rit. Pp. ^ ^^ Diod., Sic. . iib. II. — Sez. Empjr. , adv. Math, , lib. V. — PluK» d9 Js, et Qnr.

72 BÀCCHU^

la magie chaidéeane différente de cçUe des Grecs ^ qui n'avoit pour objet que révoçatipn des mânes et des (an tomes. Le feu a été le symbole le plus unir verscl de la divinité: chez les anciens on Uentretenoit perpétuellement dans le lieu de l'assemblée des peuples. Rien n'étoit plus propre à leur donner une idée sen«iible de la puissance y de la beauté ^ de la pureté et de Péternité de l'Etre qu'ils venoient adorer. Ce symbofc a été en usage dans tout l'Orient, les Prytanées des Grecs étoient un foyer perpétuel; la Vesta des Etrusques, des Sabinset des Romains, présentoit la même image : on a retrouvé le même usage au Pérou et dans d'autres parties de. l'Amérique ; Moïse conserva la pratique du feu perpétuel dans le lieu saint, parmi les cérémonies dont il .fixa le choix et qu'il prescrivit aux IsraéUtes : le mêmesymbolesubsiste encore aujourd'hui dans tous nos temples. Le soleil surtout a été adoré comme une im^ge vive et brillante des perfections de la divinité , comme un instrument perpétuel de ses bienfaits, comme un temple magnifique de Dieu. Le peuple hébreu luimême adoroit dans ce bel astre. Dieu qui, selon l'expression de l'Écriture, y a placé son tabernacle "^ : ce même peuple se tournoit vers le soleil levant pour adresser ses prières au Très-Haut , coutume qui fut imitée pai* la primitive église ^'^\ Quelques sectes chrétiennes ont adoré le soleil : « Cette adoration , » dit Beausobre , n'est pas même contraire aux

5*' Psalm. i8, y. 5 , 6. = ^> Le P.T.afiUu, Mœurs des Sauimages, T. I, p. 128.

M prineipes des chrétiens qui ne refusent pas Fado- '» ration aux images de la divinité y parce qu'il faut )i rendre à l'image le même culte qui est dû à l'ori- » ginal que Ton adore en elle. Or y le soleil est une » imagé visible d'un dieu invisible^ mais une image » vivante et immortelle^ l'ouvrage de sa propre main; » c'est l'instrument vivant et perpétuel d'une infi- » nité de bienfaits de la divinité ^^\» — « On ne peut » rien imaginer^ dit Rbodigin j qui représente d'une - » manière plus convenable y la majesté du Christ » qui a la souveraine puissance et la suprématie » sur tout ce qui existe^ que le soleil. C'est pour- » quoi nous avons assigné au seigneur le jour que » les mathématiciens appellent jour du soleil , et » nous l'avons consacré tout entier à son culte, nous £ l'avons . regardé comme l'image du fik invisible » dont la lumière vraie éclairant tous les esprits», » ne peut pas avoir un symbole plus expressif que » le soleil dont la lumière éclaire toiis les corps. ^^^ » Tous les peuples ont adoré les corps célestes , ou comme contenant une portion de l'ame universelle du monde, ou connue des agents du premier principe , ou comme des symboks de ce premier être : ainsi cette adoration est entrée dans toutes ks reh^ gions y mais sous ces rappovt» seulement ; tous les peuples ont adoré les corps célestes comme ils ont adoré les autres attributs ou les autres agents delà divinité. L'universaUté du culte d'un des attributs

**> Beausobre , Hist. du Mankh., T. Il , p. 608. = ^^ Rhodi. fpm y Lect. aniiq.y lib. I; cap. ^2 y p. 35i,

74 BACCHliS

du premier être, étoit cheii les anctena^ laaiiîle ééeepmxe de ruoiversaJUté de squ influence svr lea opér»' tûmi de la nature et $ur ka besoina de l'homme; c'est la conviction que le» eorpa célestes et aiurtout le foleii agiésoient aur la terre5 et qu'ils étoient lai causes des effets qu'on attendoit d'eux, qui lenr a mérité les homms^es universels.^. Mais ai les cwps célestes ont reçu l'hommage de tous les peuples an* ciens, ce qui ne peut être nié ^ il ne s'ensuit pas que ces rnêmc^ peuples n'aient pas eu d'autrea objets d'adoration. Le culte du soleil n'a donc pas été la religion univerielleet exclusive, commeVontprétendu quelques auteurs modernes qui sont allés jusqu'à présenter la science astronomique comme l'origine de tous les cultes, et qui ont compris dan^ cette religion , non-^ulement la cuUe du soleil dont lei effets sont palpables^ et peuvent être admirés pat les hommes les plus simples, mais enoore celui des planètes, dea constellations et du zodiaque. Qs ont dit qu,e cette religion étoit générale', et ils Tout appliquée à tous les lieui^ et à tous les temps. Aiott ils ont prêté à des nations ignorantes ou barbavea une connoissance des causes les plua cachées de la nature > et la science des phénomènes physiquea et astronomiques les plus compliqués. En supposant même que cette religion astronomique ait été adoptée «j^dusivenient, ce qui est dénoenti par tous les feita historiques , les longues observations que suppose

*** Seztus Ëmpyr. , allers, Âfalh, , Hb. V.

MlIttS. 75

09lte relîgtoD^ la9 Wutoi connoimniots qu'elle «nge^ k 4egré de luQÛàmqu'ilaaroit&Ua atteindre pour lu mettre eti vigiieur^ ne permettroieat pas de fiiw soa élftbli^sèmcml j^ uua autre époque qu'à pelle de \a plue baute âviliaatipQ : a Le pâtre aiestple ^ le vulgaire D ignorant^ dit Timée de Locres , a'est pas capabla n d^^xtfer daoa le sanctuaire deTastroa^piie. n

Pour admettre même le3 prewières uotioos do oatte religion astronomique > il faut supposer uua agric^ture déjà florissante y et la besoin de régler les tra^au^ de la campagne par la çonnoissance du retour annuel des aaisons: encore ces premières no*** Uous sont-elles bien éloignées de la religion astro*^ BMoique ,' telle que la présentent nos écrivains mo-* defnes4

Cette religion astronomique^ et même l'adoration sin^pla du soleil et des astres^ ne se trouve exclusive** ment ehe^ aucune nation. Les Cbaldéens eux^mêmaa oélèbres dans toute l'antiquité par leur culte des co rpa oéle^es et par leur science asttologiqne , ne les ado« roient que conmie des agents du premier priu^ dfn^ « £n observant le monde ^ dit Pbilon, lea » Cbaldéen^ crurent voir en lui la divinité ella^ » même toute entière ^ qui exerçoit sa puissance par » Faction de $^. parties , h ^leil 9 la lune^ les pl»« n nète^ et h$ étoiles fii^e$ % et par Vaction comlwéc^ » du «el et de la terre. ^^^

Ce que nous venons de dire des Ghaldéens est bien

^^ Phil. , liber de Abrah. , p. i8».

76 BÀCctiix)

plus appliquable encore aux autres peuples anciens : les Egyptiens, par exemple, donnoient à leurs moi» les noms des principales divinités qu'ils adoroient, on de^ principaux attributs de la divinité. Lé nom de ces mois n'a aucun rapport avec le culte àes astres; le neuvième mois seulement, le mois de pachon> étoit dédié au soleil qu'ils adoroient comme attribut d'Osiris, et le septième mois, celui dephamenoth^ étoit celui de la lune qu^ils adoroient comme attribut d'Isis. Jablonski pense de même que le culte des corps célestes proprement dit, n'a jamais existé chez les Egyptiens: il n'y en avôit aucune trace à l'époqiie ' où les Grecs commencèrent à fréquenter l'Egypte. Hrrodote, exact investigateur dès choses sacrées égyptiennes , et les autres écrivains qui l'ont suivi , non-seulement ne font aucune mention de ce culte , mais ils ne rapportent rien qui puisse faire conjecturer qu'il ait existé ; il y a plus , les noms donnés aux pknètes par les anciens Egyptiens, ne subsistent plus: ils sont ensevelis dans un entier et éternel oubli, si on en excepté peut-être une seule, artès ou Ertosiy que nous novaxnons planète de Mai's. Encore peût-on justement douter que ce nom appartienne à la haute antiquité, et' qu'il ne soit pas de l'époque très récente où les prêtres égyptiens appliquèrent la science Sur les planètes à l'art de la divination ^*^ : le culte des constellations n'a pas plus de fondement.

^*^ Jablonski , Panih, jEgypt.

' psiRis. 77

\à^% partisans du système de la religion astcono* pique présentent les figures d'animaux sous le nom desquels on avpit groupé un certain nombre d'étoiles, ^mme ayant donné naissance à cette foule de divi-» iat& qu'on adore en Egypte sous le symbole des aiûniaux, mais ce sont les propriétés qui ont été observées dans 1^ habitudes et le caractère des ani-f maux y qui ont formé la base de leur signification hiéroglyphique : tous les auteurs anciens qui en ont dpnné 4e$ explications plus ou moins satisîai^ntes , ^'aceol*dent sjgir ce point que ces animaux n'étoient honore'^ que comme signe de telle ou telle opération j4e la divinité^ comme la cpacevoient les anciens, '/c'est-à-dire, du principe actif et passif, delà nature et de ses agents. Il est certain qu'un grand nombre 4'animaux sacrés n'oiit jamais eu leur image dans le^ pieux, et que cependant ils ont été adorés par les Egyptiens : tels sont le chat , le scarabée , richoeumpn> Jla musaraigne, l'hippopotame, l'ibis et beaucoup d'autres ^", Il est également certain qu'il n7y a aucupe distinction à feire pour le culte, entre les animaux cous le nom desquels on a groupé un cor-»tain noûibrê d'étoiles, et ceux dont on nia pas «mpïpyjé jes noms dans l'astrologie ni l'astronomie. Il y a plus, cUaque prbvincç d'Egypte adproit de$ animaux particuliers : le chat étoit une divinité à Bub^ste , le bouc à Mendès , la chèvre sauvage à •Çoptos, le taureau à HéUo polis, l'hippopotame à

<»> Strab., lib. XVII, p. 812 , 8i3.— Herod., lib. Il, cap. 65.

JH BAOGttW

à Tfaèbes et à Philcs , le cjttOcëplYale à Amxmé^ Il crocodQe à Ombas et sur le lâC Moeiris^ TidiâeiafiàOâ èaoB la ptéfecture héraGléoiîqtié , Tibitt dam ceU» iroisiiie de TAtabie, k nttisamgde^ à Âtlinbii} dans plusieors proTÎâccs le cbiett^ ie kmp 5 ie Uofi; les poissons k Ëléphantine^ à Syèae y dtms les tiOfiMi de IiéoaU>polis , LycopoUs^ etc. ^ ^. Si ces anifiiMS li'eusseiyt éU adorés que comme (âmblÀ^cs de» ùo^ siellalions, le ocdte se sefoit hwùé à oetit qtd fot^ aaoiettt ces emblèmes , et qui ddâs ce cm auroient éti paiement adoras dans toute l'Egypte saûft dislkKK tifon. Loin delà^ les animaux qui ne l'epi^ésmt^eiit aoctine consteUatioâ ctoient souvent plus i^especlér que les autres: ainsi le meurtre involontaire â'Ufi animal sacré éloit puni à l'arbitrage du pr^ti^é } tnaiè si c'ëtoit «n chat^ nU ichneumon^ un ibis ou tm épervier (u) , le peuple se jeloit sur le coupable^ et lè mitôsacrok après lui avoir fait souffrir mille maui. Le respect pour le nom des Romaine, Tiatérët actuel que r£gypte avoit à le ménager et toute l'autt^rilé dn FoiPtolémce, ne purent émpéèher le peU]^ é'expier le meurtre d'«n chai pur ;eelui d^ RomiÂn qui l^ftudit tue : Diod6¥e de Sicile fut t^oin de ce fiut. Le màue animal divmisé dani «m lieu^ ëtoil

^^^ LcA £gjyli6BB boaorèjrent iâ musaraîgDé octnme jmi afiimal consacre à la nuit, parcs fa'ib la crojoient sans jtmx. ( Plut. )

« Strab. ;Ub. XVlî.— .filian , Hist anim. X , la. — AUian. , beipnos., Vlî , iî. Plin. , Ut. ilX.

MIM6. 79

ittgMrdémllmri avec indifférence , oq méoie il fHoit; taé sans scrupole s'il étoit nuisible. Les Anciens |MM*lônt souvent des gncrres de religion que se &isDÎMt les Égyptiens à oet ^gard.

tjts partisans du <mlté exelusif des eorps cëlesfees, Et foM commencer qu'au pîntemps l'exercice de fa ^issance du soleil; il la Font cestser à l'émiinoM d^3mtQmtle^ et ils rapportent à ces deux époques tMtes les aventures d'Osirïs^ ce qui ïie s'accorde nattemecif avec la végéfcilion de l'Egypte , qui est «û«ras oppose à celle de nos clknats. ih ont si bien seiitT la force de cette objection , qu'ils ont chercM a persuader que cette idée n'a pas pris naissance en Egypte , et qu^elie n^'est applicable qu'à notre hé^ misphère boréal ; et cependant ils veulent que co culte ait été général^ ils reconnoisseut que les rttigioBs, surtout celles des Grecs, ont leur souwse efceît les Egyptiens. D'ailleurs, ne ^'agit-il pAtici d^siris ?0Ù le trouver ailleurs qu'en Egypte? n*estil pas contraire à toutes les notions bistoriques, q)ue les Egyptiens aient reçu des idées étr-angéres avant k xc[gae «des Ptolémées? Plutarque Emporte les anantwhea d'Osims au Demvotn^vs, et c'est avec tmison.

Les Grecs avoient sur ce point la mêttie doctrine que les Egyptiens : dans les mystères d'Eleusis , lliiéropbante représcntoît le grand Demiourgos f fe da4iouqa6,. preaûer personnage après FMérei|dMnle, effNiit rkoagè raysttqixe <cbi soiei); mais le d»dou*^ que oMimt q«e le ^utièmer personnage dtes mys*

8o BÀCGUUS

tères^ le soleil u'étoit donc pa» la première et unique divinité dans la doctrine d'Eleiisis. ^*^

La religion fondée sur les constellations et les phénomènes célestes^ qu'on ne trouve chez aBCun peuple de l'Orient, a encore moins existé chez les Grecs. L'antiquité ne connoît point d'astronomes ni même d'astronomie en Grèce avant Chiron ^^ , qui forpia les constellations, leur donna les noms des héros de son siècle ou des princes dont ce$ héros étoient fils, Callisto, Orion, Céphée, Persée, Andromède^ Cassiope, Hercule; et cependant, avant Chiron, dont on fixe la naissance vers l'an 14^0 ,

^^ On retrouve les mêmes idées dans les religions indiennes. Voici la prière des Brahmes : a O toi ^ qui es le seigneur des y> superbes montagnes , écarte le malheur de la race humaine , » inspire la joie à tous les hommes ; je te révère dans le soleil » qui est ton image , lorsqu'il répand cent mille rayons vivi- » fians sur l'univers , que dans sa splendeur du midi il répand » l'allégresse , et non moins quand le matin ou le soir son disqae V enflammé annonce ta colère. »

^ St. Clément d'Alexandrie {Stromat., lib. 1 , p. 46o. ) cite les vers d'un ancien auteur grec qui , dans son pocme de la GuetTe des GéanSy attribuoit à Chiron le partage des étoiles À diverses figures ou const^ations ; à jquoi St* Clément d'Alexan* drie ajoute qu'Hippo , fille de Chirou et femme d'Eole , ayoit la pr/emière prédit l'avenir par le lever des étoiles: c'est €€ qu'avoit dit Euripide dans une tragédie. Rien ne ressemble mieux aux anciens calendriers qui nous restent , que ces prédictions par le lever des astres, relatives sans doute à la fertilité ou à la stérilité, aux vents, aux orages, à la température de l'air. Ainsi il n'y a aucun doute que l'on attribua àCbiron le plus ancien calendrier rustique connu dans la; Giièee.

OSIRIS. 8l

comme on fixe Fépoque du plus ancien calendrier greo, vers Fan 1 4^8 avant J. G., les Grecs avoient les mêmes divinités qu'ils ont eues depuis. Leur mythologie avoit d'autant moins de rapport à la science astronomique, que, jusqu'au temps d'Anaxagore et de Socrate , les Grecs n'ont eu que des notions très imparfaites du ^stéme du monde et du mouvement des astres. Pline ^^} expose tous les embarras et toutes les contradictions qui se trouvoient dans les calendriers rustiques, où l'on marquoit à certains jours les levers et les couchers des étoiles fixes et les autres phénomènes célestes, et dans lesquels on avoit songé seulement à se faire entendre des gens de la campagne, pour lesquels on écrivoit, et qui n'a voient pas besoin de connoître avec précision les mouvemens des corps célestes. Aristoté, Plutarque, Diogène Laerce, Stobée, nous moi^trent quelle étoit sur ce point l'ignorance des Grecs, et.combien ils avoient débité de conjectures absurdes. Les Grecs, n'ayant pas connu le mouvement des équinoxés avant Hipparque, adoptoieût, sans les vérifier, les observations des levers et des couchers des étoiles, qu'ils avoient recueilhes dans leurs voyages ou sur les monumens, ou dans des manuscrits anciens, ou enfin par tradition. Us avoient reçu les anciens zodiaques sans examen, quoique tous fussent relatifs à une végétation opposée à la leur, à des climats et à des phénomènes qui leur fussent étrangers. Les constel-

^*> Plin. , lib. XV, cap. a5.

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