ToME m
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suivra que les grandes Dionysiaques ont été célébrées en automne.
A ces preuves de raisonnement qui me paroissent concluantes^ aux inductions tirées des pièces même d'Aristophane^ jepourrois joindre un grand nombre de preuves directes : Galien parlant de l'époque à laquelle il faut semer le platane^ dit que c'est dans le mois appelé septembre à Rome^ vizepSepexaîov à Pergame , et dans lequel on célèbre les mystères. Un passage de Fhilostrate est encore plus positif: il dit qu'il arriva au Pirée dans le temps que les Athéniens célébroient les mystères de Dionysius^ solennité la plus fréquentée de la Grèce et qui a lieu en automne. Le scboliaste d'Aristophane dit textuellement ^^^ que les grandes Dionysiaques se célébroient en automne. Le scholiaste d'Ëschine ^*^ fixe cette époque d'une manière encore plus précise : La fête des Dionysiaques de la ville y à Athènes ^ dit'4ly arrù^e au mois de posidéon; en appliquant cette date aux harangues sur la fausse ambassade , l'on y trouvera des preuves plus imposantes encore ^ que les grandes Dionysiaques se célébroient en automne. Ëschine dit dans sa harangue sur la fausse ambassade^ que Démosthène de retour à Athènes avec les autres députés envoyés en Macédoine le huitième jour du mois y prononça un discours dans lequel il proposa de recevoir les ambassadeurs de
^> Schol. ArisL , ad Acbar., act. II ; scen. 3. s= ^^ Eschin. , Orat. in nnarch.
Philippe, et de leur assigner une place pour les jeux dans les Dionysiaques. Eschine ne pouvoit parler que des grandes Dionysiaques , puisqu'il s'agissoit d'y donner une place à des étrangers; il ne nomme pas le mois , mais d'après le passage de son scholiaste que nous venons de citer, c'ëtoit le mois de posidéon. Eschine dit ensuite qu'ils arrivèrent après les Dionysiaques urbaines le dix-huitième jour du mois; ainsi, les grandes Dionysiaques se celébroient dans l'intervalle du 8 au 18 du mois posidéon: on se rappelle qu'il correspondoit à nos mois d'octobre et de novembre. Eschine rapporte un autre décret proposé par Démosthène suivant lequel il veut qu'après les Dionysiaques et l'assemblée tenue dans le temple de Bacchus , les Prytanes indiquent deux assemblées , l'une pour le 18 et l'autre pour le 19. Ces passages d'Eschine semblent autoriser à croire que, comme les Lénéennes étoient célébrées les 11^ 12 et 1 3 du mois anthestérion, les grandes Dionysiaques étoient également célébrées les 11^ la et i3 du mois posidéon. Dodwell dit qu'elles commençoient le 12, mais il ne rapporte aucune autorité sur laquelle il fonde son opinion; du reste il règne une obscurité impénétrable sur la durée des grandes Dionysiaques , et sur les cérémonies qui y étoient observées. Dans cette matière on en est réduit à des conjectures : nous rapporterons l'une de ces conjectures qui a été tirée d'un passage de Plutarque ^*^ où cet écrivain citant l'exemple de plu- ^> Plat., an Sent. , T. Il, p. 785.
228 BACCHTJS
sieurs vieillards qui avoient conservé la vigueur de leur jeunesse y parle d'un acteur nommé Polus qui vivoit du temps de Démoslliène , et qui à Fâge de 70 ans^ avoit joué dans huit tragédies en quatre jours. Ce ne pouvoit pas être aux Panathénées , où du temps de Démosthène, on ne jouoit pas de pièces dramatiques; ce ne pouvoit pas être aux Lénéennes qui ne duroient que trois jours. Il fallpit bien que ce fût aux grandes Dionysiaques , et-alors on en a conclu qu'elles duroient au moins quatre jours : on pouvoit en conclure avec plus de fondement qu'elles duroient bien davantage ; car une fëte aussi solennelle dans laquelle les rites Eleusiniens et ceux du dieu du vin dévoient être réunis, dans laquelle on célébroit des mystères, on faisoit des initiations et une procession solennelle, ne pouvoient pas être remplis seulement par des représentations dramatiques: ces représentations^ dans les Lén&nnes , ne formoient que le tiers de la fête.
Je pourrôis multiplier à l'infini les autorités qui établissent que les grandes Dionysiaques se célébroient en automne ; je sais que Ton pourroit m'opposer des autoiités respectables qui placent les grandes DionyÉâaqu«s su printemps. L'on ne peut concilier, sans doute, des autorités aussi contradictoires : quelque recommandables que soient celles que je viens de citer, je ne m'en prévaus pasj mais du moins l'on doit céder aiix règles de la saine critique et aux preuves de raisonnement qui, comme nous l'avons vu , nous démontrent que les grandes
Dionysiaques ne peuvent pas être placées dans un autre temps que l'automne ^ preuves qui ont d'autant plus de force qu'elles sont conformes à l'esprit de la religion des Grecs. C'est en automne que finissent les travaux de la campagne et les récoltes de tous les fruits , c'est alors que doivent être naturellement pjacées les solennités religieuses qui ont eu pour objet primitif de remercier la divinité de ses dons : aussi voit-on que tous les autres mystères étoient placés ^1 automne, ^'est ce qui faisoit appeler cette saison, ii\jçYipLOàxiS(x<; &pûcÇf le temps des mjs^ teres. On ne sauroit deviner le motif de l'exception qui auroit été faite pour les Dionysiaques dont Fintime liaison avec Tagriculture a dû au contraire les faire placer à cette époque : aussi les prinûpales fêtes de Bacchus se célébroient-elles chez tous les peuples en automne; et ceux qui aiment à se rappeler leurs auteurs classiques, savent que celles de ces fêtes qui se célébroient sur le mont Rbodope , et qui ont été décrites par Horace ^^^ , avoientlieu dans ^ le mois d'octobre.
$ II. // n^y avait que deux Dionysies , les petites , qui étoient annuelles ^ et les grandes qui étoient triennales,
M. de Sainte-Croix ^^ déclare positivement que
^^^ Hebrum prospiciens , et nive candidam
Thracen , ac pede harbaro
Lustratam Rhodopen, ( Horat. , lib. III , Od, 25. ) ^ Sainte-Croix 9 Myst du pagan, , T. II, p. 'jS,
23o BÀCCHUS
les Athéniens ne distinguoient que deux Dionysies^ les petites qui ëtoient antiuelles, et les grandes qui étoient triétériques ou triennales. Je suis convaincu que M. de Sainte-Croix a raison^ il n'est entré dans aucun détail ; je vais tacher d*y suppléer et-de démontrer la vérité de sa doctrine^ quoiqu'elle ne soit pas maintenant suivi^e par la plupart des savans qui ont été séduits par la dissertation de Rhunckenius ^^\ L'opinion de Rhunckenius^ n'a pour garant que l'autorité d*Hésjchius qui, seul, parmi les anciens écrivains , reconnoit trois Dionysies à Athènes : 10 Celles des champs au mois de posidéon; 20 celles de la ville nommées les grandes Dionysiaques au mois d'élaphéholion; 3^ celles appelées anthestéries ou Lénéennes, qui se céléhroient tous les ans le 12 du mois appelé anthestérion ou lénéon. Toute la doctrine de Rhunckenius, en la réduisant à ses termes les plus simples, n'est fondée que sur un raisonnement qui a pour base ces passages d'Aristophane ; dans la comédie des Acharniennes , Dicéojpolis dit ^*^ : w Pour moi, libre de soucis, loin des » armes 9 je vais au milieu des champs célébrer V les Dionysies. » Le même personnage s'exprime ainsi ^^^: «Divin Bacchus, ayez égard à la reconnois- » sance qui préside à cette fête et aux sacrifices que » j'offre avec toute ma famille. Permettez qu'exempt » de service miUtaire, je célèbre sans accident les
^^ Rhuncken. , AucU Emend. , Hesych. , T. II. = ^^ Aristoph.; Jcham.f v. ao2. = ^1 ld,y v. a5i.
DIOMYSIUS. 23 1
» DioDjsies des champs. » Dicéopolis dit encore ^*^ : « Nous sommes seuls dans ce temps consacré aux » fêtes Lënëennes^ pendant lesquelles Fétranger n'a » point d'accès icij on n'y reçoit même ni tributs » ni alliés. » Le chœur dit dans la scène neuvièûie delà même comédie: «Antimaque liistorienetpoète^ » nous a tristement renvoyés sans souper un jour » des Lénéennes qu'il donnoit une grande fête. » Voici maintenaùt comment raisonne Rhunckenius : la scène de cette comédie est à Athènes y on tient des comdces sur des objets de la plus haute importance^ les habitans du bourg d* Acharnes y assistent^ et parmi eux Dicéopolis qui , fatigué d'une longue guerre , tandis que les autres en désirent la continuation^ obtient des Lacédémoniens la paix pour lui seul ; transporté de joie, il vole d'Athènes à son bourg d'Acharnés , il célèbre les fêtes champêtres; bientôt de retour à Athènes, il célèbre avec les Athéniens les Lénéennes dont il parle (vers 5o3). Il est donc certain , dit Rhunkenius, que ces passages d'Aristophane, loin d'affoiblir l'autorité d'Hésychius qui distingue les Lénéennes des fêtes champêtres, la confirment.
Mais que prouvent ces passages d'Aristophane? ils donnent seulement la preuve qu'à l'époque où les Lénéennes se célébroient à Athènes, Dicéopolis, comblé de joie par la faveur particulière qu'il venoit de recevoir, alla célébrer dans son intérieur la fête de Bacchus. Mais quelle étoit cette fête ?
232 , BA.CCHUS
celle des Léne'ennes : les détails qu'il en donne luimême ne laissent aucun doute à cet égard, il observa dans son intérieur les mêmes cérémonies qu'on observoit publiquement aux fêtes Lénéennes. La fête célébrée par Dicéopolis n'étoit donc pas une fête publique^ ou célébrée publiquement, mais une fête domestique , et cette scène même en donne la preuve. Les habitans d'Acharnés qui veulent la continuation de la guerre, sont furieux contre Dicéopolis partisan de la paix, qui a obtenu un traité de paix particulier pour lui j et tandis que , libre de soucis , il célèbre les bacchanales dans son intérieur, les Acharniens le cherchent, questionnent tous les passans sur cet homme, ils veulent s'en saisir y ils tâchent de se procurer quelqu'indice sur la route prise par ce porteur de traités. Les uns croient qu'il a pris la fuite , qu'il s'est évadé, et ils veulent se mettre à sa poursuite; enfin ils entendent l'hymne IthyphalUque , et ils découvrent Dicéopolis. Ils le menacent : « Oh ! oh ! qu'est ceci , dit Dicéopohs ? ils en veulent à mon chytre, à ma marmite; point du tout, dise;nt les Acharniens, nous en voulons à ta tête, scélérat.» Peut-il y avoir maintenant aucun doute sur la nature de cette fête , surtout si l'on réfléchit que c'est la fille de Dicéopolis, qui est la Canéphore, que c'est encore elle qui répand la farine sur le gâteau, et qui fait toutes les autres cérémonies^ que c'est Xanthias valet de Dicéopolis, qui porte le Phallus ^ que c'est la femme seule de Dicéopolis qui est placée sur la
plate-forme avec le flambeau , que Ddce'opolis est le roi de la fête, chante Fhymae, énonce textuellement son objet ? c'est la reconnoissance envers Bacchus qui préside à cette fête et aux sacrifices qu'il offre avec toute sa famille , et quelles inductions peut-on tirer en faveur du système d'Hésychius y d'une fête semblable à laquelle les habitans du bourg d'Acharnés ne prenoient aucune part , de la célébration de laquelle ils n'ont pas été avertis, et dont toutes les cérémonies étoient imitées des Lénéennes? Nous avons contre l'opinion de .Rhunkenius l'autorité du scholiaste d'Aristophane qui a tiré une conclusion toute opposée , de ces paroles de Dicéopolis : c< Quant aux Acharniens, je leur » tire ma révérence, je vais dans le fond de ma » campagne célébrer les Bacchanales. » Il en a textuellement conclu que les Dionysiaques champêtres ou célébrées dans les champs par Dicéopolis étoient les mêmes fêtes que les Lénéennes ; assurément Rhunkenius et Brunck ont vu dans ce passage ce qui n'y est pas, lorsqu'ils ont dit que Dicéopolis retenu à la ville, n'a pu célébrer les premières fêtes de Bacchus à la campagne dans le temps marqué, et qu'il profite pour cela du premier moment qu'il a de libre. Dicéopolis dit au contraire bien plus naturellement, après avoir accepté le traité de paix qui lui est apporté par Amphytéus pour lui personnellement : « Je me retire dans le fond de ma campagne ( cette campagne qu'il est si empressé de evoir ), je vais y célébrer les Bacchanales que l'on
a34 BACCHXTS
célèbre à Athènes, mais loin des amis de la guerre.» Ainsi cette fête qui, comme on ne sauroit trop le répéter, étoit particulière à Dicéopolis, qui étoit célébrée dans rintérieur de sa maison, sans que le bourg d'Acharnés y prit aucune part, et où tous les rites des Lénéennes étoient observés, peut«^lle former autorité pour l'admission d'une troisième espèce de Dionysiés, les Dionysies champêtres? ce sont les Lénéennes qui étoient les véritables Dionysies champêtres, c'est à elles que ce nom étoit appliqué parce qu'elles avoient pris naissance dans la joie des campagnes-, qu'elles avoient été transportées à Athènes et célébrées au Limuse après la fondation d'Athènes par Thésée. Aussi Théophraste ne distingue que deux Dionysiaques, les premières et les secondes qu'il appelle Rurales ^^^ : ce qui confirmeroit ces autorités, si elles avoient besoin de Têtre, ce sont les oracles cités par Démosthène que nous avons rapportés , lesquels ordonnoient le rétablissement des fêtes de Bacchus à Athènes. Ce^ oracles ont voulu
^^ Le diseur de rien vous apprend , dit Théophraste , qu'au printemps , oii commence Fune de ces deux bacchanales , la mer devient navigable. Dès que Théophraste a dit que la mer étoit navigable après les Dionysiaques y il a entendu nécessairement parler des Lénéennes, puisqu'elles seules se célébroient au printemps , et qu'en effet la mer ne devenoit navigable , comme l'atteste Aristote y qu'après l'équinoxe, auviugt-unmars: dans ces temps o\x la science de la navigation étoit si peu perfectionnée, les mers étoient fermées pendant tout Thiver. (Théophr. , Caract. cap. 2.)
DIONTSIVS. 335
que les fêtes de Bacchus fussent rétablies à Athènes d'après les anciens rites y c'est-à-dire ^ telles qu'elles ëtoient célébrées dans les premiers âges et à la campagne avant la réunion des habitans de l'Attique par Thésée : les cérémonies étoient absolument les mémes^ il n'y avoit aucune diflTérence entre ces fétes^ soit qu'elles fussent célébrées à Athènes , soit qu'elles le fussent dans d'autres villes de l'Attique ^ ou à la campagne, soit qu'elles le fussent dans l'intérieuF des familles; tandis qu'on les célébroit à Athènes avec plus de solennité, elles l'étoient soit pubUquement , soit particuUèrement avec plus de simplicité dans le reste de l'Attique. Ces Dionysiaques qui avoient la même origine et les mêmes rites, ne doivent pas plus être considérées comme des fêtes différentes parce qu'elles étoient célébrées hors d'Athènes et dans des lieux différens, que nos solennités religieuses ne sont des fêtes différentes, parce qu'on les célèbre à Paris et dans les autres parties de la France.
Pour admettre que ces fêtes fussent différentes , il faudroit des autorités positives , et loin de là , toutes les autorités sont contraires à ce système : on ne trouve, dans aucun auteur ancien, aucune trace de cette troisième espèce de Dionysiaques créée par le grammairien Hésychius ; tous^ comme Théophraste, ne parlent que des grands et des petits mystères de Bacchus. Aristophane lui-même dans cette comédie des Acharniennes dont a argumenté Rhunkenius, ne distingue que deux solennités publiques
en rhonneq,r de Bacchus : « Je sais, dit-il, ce qu'il » m'en coûta pour ma comédie de Tan passée Gléon » me traîna au.tribunal des Athéniens avec un bruit » effroyable, il déchargea sur moi des torrents » d'impostures et de calomnies, et je pensai périr M dans le bourbier où il me plongea. » La comédie dont parle Aristophane étoit celle des Babyloniens qui est perdue. Comme cette pièce avoit été ^ouée aux grandes Dionysiaques en présence des alliés, Cléon en prit occasion d'accuser le poète d'avoir livré les citoyens et l'état à la risée des étrangers. En jouant la comédie des Acharniennes pour les fêtes Lénécnnes où les étrangers n'avoient pas accès , Aristophane dit qu'il n'est plus dans le même cas. Aristophane distinguant deux fêtes de Bacchus où l'on jouoit des pièces dramatiques, ne parle que des grandes Dionysiaques où étoient admis les étrangers, et desLénéennes où il n'y avoit que des citoyens d'Athènes. Nous avons déjà remarqué que toutes les comédies d'Aristophane n'avoient été jouées qu'aux grandes Dionysiaques ou aux Lénéennes , et qu'en scrutant avec scrupule tous les passages de ce poète où il parle de la représentation de ses pièces, et tout ce qu'en ont écrit les schohastes et les commentateurs , on ne trouve la trace d'aucune autre fête de Bacchus. Aux autorités précises de Théophraste et d'Aristophane, nous nous cgntenferons d'ajouter deux passages qui sont positifs sur la question qui nous occupe, l'un duscholiaste sur le vers 5o3 des Acharniennes: «Le combat littéraire
DioNYSius. a37
» des Dionysiaques, dit ce scholiaste, avoit lieu » deux fois par an : le premier , lorsque les alliés ap- » portoient leurs tributs à Athènes ^ le second au lieu » appelé Lénéum , lorsqu'il n'y avoit pas d'étran- » gers à Athènes. » L'autre passage est dé l'auteur ancien de l'argument du discours de Démosthène contre Midias : « Chez les Athéniens, on cëlébroit » deux espèces de Dionysiaques , les grandes et les » petites j les petites avoient lieu tous les ans, et les » grandes tous les trois ans , dans le temps des fêtes » des pressoirs , pour lesquelles chaque tribu nom- » moit un chorège qui fournissoit aux frais des » choeurs des enfans et des honmies faits. » ApoUodore, Etienne de Byzance et beaucoup d'autres anciens écrivains confirment ces autorités et ne font aucune distinction des Lénéennes et des Dionysiaques champêtres. J. ScaUger , Casaubon , Ez. Spanheim et la plupart des savans modernes ne les distinguent pas davantage; loin de là, ils ont tous reconnu positivement que les Bacchanales champêtres étoient les Lénéennes et ils les ont appelées de ce nom : Lenœus Agoriy Bacchi in A gris ^ dit Etienne de Byzance, Suivant le témoignage de l'auteur de la vie d'Aristcte que Ménage a fait imprimer dans ses notes sur Diogène Laerce ^^^ , ce philosophe avoit composé un ouvrage sur les Dionysiaques, et le titre du Hvre cité par l'auteur de sa vie, prouve qu'Aristote ne reconnoissoit que deux Dionysiaques:
A(Ovuc7câîXo5v ^(TTUxcôv ct AyjvacW
^*^ Diogen. Laert.> Kot. Menag, , T. II, p. aoi.
238 BACCHU5
Dans toutes les fêtes de Bacchus célébrées k Athènes ^^^ , on donnoit des représentations théâtrales } Paulmier qui veut qu'il y ait eu trois Dionysiaques à Athènes, prétend que les représentations théâtrales n'avoient lieu que dans deux de ces solennités: savoir, les Dionysiaques urbaines et celles des champs , et qu'elles n'avoient pas lieu dans les Anthestéries ouLénéennes, du moins du temps d'Aristophane et dans les siècles suivans. C'est au contraire du temps d'Aristophane qu'il est prouvé que les jeux scéniques a voient lieu au;x Lénéennes ; si Paulmier n'eut pas eu les yeux fascinés par le préjugé qu'il y avoit trois solennités publiques en l'honneur de Bacchus à Athènes , voyant que toutes les pièces d'Aristophane ayoient été jouées dans deux solennités seulement , il en auroit naturellement conclu qu'il n'y avoit que deux Dionysiaques à Athènes. U cite ensuite un passage de Diogène -Laerce qui détruit son système au lieu de l'établir ^h Diogène Laerce dit que les feux scéniques se don-noient aux Dionysiaques^ aux Lénéennes y aux Panathénées et aux Chjtres : les Panathénées étoient une fête de Minerve, et comme les Chytres n'étoient que le troisième jour de la solennité des Lénéennes, il s'ensuit que, d'après Diogène Laerce, il n'y avoit que deux espèces de Bacchanales; il faut donc conclure d'après ces autorités et celles
^ Viklmer.,, ad JTieophr.^ p. 6i8. = ^, Diogen. LaerU, lib. III,$56.
Diomrsius. 23g
que l'on pourroit invoquer et qui présentent toutes la même conséquence, qu'il n'y avoit d'autres Dionysiaques champêtres que les Lénëennes.
Eh! que seroit-ce de l'autorité d'Hésychius, le seul auteur qui ait distingué les Dionysiaques champêtres et ait porté le nombre de ces fêtes à trois , si son texte étoit corrompu? Kuster, après avoir remarqué qu'Hésychius y dans ce passage y est en contradiction avec tous les écrivains , qui disent que les Lénéennes étoient les Dionysiaques des champs , déclare positivement que cet endroit d'Hésychius est corrompu. Il veut qu'après les mots Dionysiaques des champs , on lise y,a,i eKoketro T^Yivaict ^ appelées Lénéennes , parce que les Lénéennes et les Dionysiaques champêtres étoient la même fête : ainsi il y auroit eu transposition du mot finvoq qui ayant été placé devant liivAioç, doit se rapporter au mot êkafYiSoXiovoç i cette transposition a forcé l'éditeur de changer le mot liivaia en celui de Xy]vatôâvoç. Ainsi d'après cette correction qui est très vraisemblable^ Hésychius lui-même n'admettroit que deujt Dionysiaques, celle des champs dans le mois lénéon, et celle de la ville dans le mois d'élaphébolion.
Il më semble que Rhunckenius auroit pu présenter son système d'une manière plus plausible en s'appuyant sur ce passage de Démosthène : Cum Bacchi festwitas in Pirœo est y et comœdi et tra^ gœdi ; et cum lenœa pompa est y et tragœdi et comœdi ; et cum in urbis liberalibus pompa est, et pueriy et cornas y et comœdi et tragœdi. On auroit
tort nëanmoins de conclure de ce passage ^ que du temps de Démosthène, les Athéniens célébroient trois solennités en l'honneur de Bacchus , et qu'on donnoit des jeux scéniques dans ces trois solennités. La fête célébrée au Pirée étoit une des deux plus anciennes solennités célébrées à Athènes j mais ce n'étoit pas une troisième fête, ce n'étoit pas une fétè différente des deux premières Dionysiaques. Le savant Spanheim va prendre le soin de lever lui-même tous les doutes qui pourroient rester sur cette question d'après ce passage de Démosthène : « Du temps » de Thucydide , dit Spanheim ^*^ , les Lénéennes » étoient tombées en oubli, comme le prouvent » plusieurs passages d'auteurs anciens. Elien nous » apprend que Socrate descendoit au Pirée pour y » assister à la représentation des pièces d'Euripide. » Le Pirée n'étoit qu'à quarante stades de distance » d'Atliènes ; lorsque la ville fut devenue plus po- » puleuse , cet intervalle se couvrit d'habitations et » et l'on y érigea un théâtre de Bacchus, dont par- » lent Thucydide et Xénophon., Il arriva donc que » la pompe des Dionysiaques les plus anciennes, qui » se célébroient dans le temple de Bacchus Limw nœus , dans la partie supérieure de la ville tl'Athè- » nés , fut transportée au Pirée après la construc- » tion: du temple de Bacchus dans cette partie de » la ville, d'où la distance de la citadelle d'Athènes » n'étoit pas très considérable par les longues mu-
Spanh. , Not, in Ran. Arist.
moNYsius. a4i
railles. » Spanheim invoque encore à cet égard le témoignage de Démosthéne dans son discours contre Néera , où il dit que tous les ans le temple de BaochusLinsnœusétoit ouvert un certain jour^ sans faire aucune mention des jeux scéniques ; cependant le second jour des liénéennes, le jour des cïiytres, on donnoit dés représentations théâtrales : Spanheim en conclut qu'elles jétoient données au théâtre de Bacchus dauiile Pirée^ et non au théâtre de Bacchus Limnœus, et il ajoute : Ce fut à l'époque où les jeux scéniques, d'ahord interrompus (nousavojis vu qu'ils avoient été abolis par Cinésias, cpntem-< porain d'Aristophane ), furent rétabUs par Lycurgue , qu'ils furent transportés au Pirée. Samuel Petit pense aussi que les jeux scéniques furent donnés au Pirée, lors de leur rétablissement par Lycurgue. ^^
Thucydide ^^^ et Xénophon ^^> marquent d'une mandère précise la position du théâtiVî de Bacchus au Pir4^; il étoit proche du port MunychiuU)»,C^ç8t là qu^après l'administration de Lycurgue, furent ciq^nées les fêtes des Lénéennes qui, ayant été autrefois les plus célèbres et les plus solennelles d'Athènes^ étoient déchues de cette splendeur pour faire plade tiXLX grandes Dionysiaques^ qui furent toujours célébrées ^ur le grand théâtre et au temple de Bacchus , pi[^side l'Acropole^ Xjesloniet^s avoient au contraire conservé cette fête comme la plus solennelle. ^*^
^*^ Siain. Petit , Miscell. , lib. 1 , cap. 6.= ^^ Thucyd. , lib. VI , VIII.= ^'> Xénoph.,/r£yf. Grac, \ih. Iï.= <♦> Thucyd., lib.ïl, çap. i5.
ToM. m. x6
Nous avoua dté lé pas^ge de l'auteur ancien d'uli ûei argnuâeâb de Dëmosthèttè coMre Midi&s^ qui s^flûe que l$s graûdes Dionysiaques etoient Irieu- V nales: ti^Ue opinidU^ adoptée pa^Meumus^ M» de \ Sainte-Croix, Dupuiset bisaticoup d'àutret) savans, est èotifirmée parrautoiité du sebotia^te d'Aristophwe^^^ y dont le passage a dëtermibé Topinioti de Pridënux ^^^ par Fautorité de Plutàrque ^>, de Diodoxid de Sidle ^*^ et de Sënèquè^^^ j le passage d6 Plùtarquè surtout est remarquable ^ et eoufirme d'autant miéul Tautôtitë de biodore > qu'il s'âp^ pliqâe à la ville inéme d'Athènes.
« Moi qui suis Athénien , dit Méràgéné un det » interlocuteurs du banquet , je vous dëdatè que » c'est le même dieu ( Bacchus et le dieu des Juifi ); » ta plupart des preuves qui le confirment ne peu- » veiit être communiquées qu'a ceux qtd sont iùitiés n à la parenth^lie , iriétéH^Ub de Ba^hus. »- L'on àâit it[U'à Atbèttes il n'y avoi* pas d'autres myétèr^ punio^liers à Ba(;chus que téu!3C des iDionysiaqueS; Ce m&ne interlocuteur confirme les preuves qu^ nous avons déjà donttées> que les grandes Diony^ siàque^ "sé célébrôieut en. automne. Il dit plus bas> en parlant de la fêté d^s Juifi ! u La plus grande et n te plus solenndlè dèkurs fêtes se ^lëbrô éaûà an M temps et d'une manière qui prouvent sob aâldôgi^
^^ SchoL Aristoph. , adPac. = ^ Prid., ad ^arm. Oxpn. , p. Se , 57. = <*> Plut. , ^mpos. , lih. "IV, Çuœsi. V.=b ^^^ Diod. âic.^Ëb. IV. cap. a.= ^ Sen.,m Herc. Ckt.^ttct. II, char.
DioNTsrus. Î143
H avec cdle de Bâccbas : ils la solenniseiit pendant » k vendange. » Le passage de Sén^que prouve également, et c[iK les grandes Dionysiaques étoient triennales^ et qu'elles se oëlëbroienlt en automne. ^
Mais ae qui ne me laisse aucun do^te .sur la question (des Dianystaques triçnnales , tf^st la oenparaftson que j^ai faite des ann^s où les eom^ies d'Aristopàane ont été representées ; ppur mettre œttte thràe dans tout son ^oup, je dois «entrer dans qtielqaifis dëtidls. Quatre des comédies d'Ârisr tophane ont été données mm. Léneennes y et mx a«z grandes Dionysiaques. Celles d&aaéeû aux Lé^ néannes ont été jouées^ savmr : les Aohamiennès, la troisièiûe année dje la quatoe^ vingt -huitième alyaoïpbde ; lùêChemli^j^ k quatrième impée de la même olympiade ; les Guêpes, la deuxième de Ja qu«tBe'*irâgt^neiiyième.^ et Lj^istmte, la prenriére annûe de la .quatre*viingt^dou£ième olympiade t ainsi À n'y a qu'ime mnéé d'ÂnteryaSIle lentre les Aehar- QÂeimes et Im iChevâiiers ^ (et un f^paoe de deus auroées enilire l^ CfcevaUers .et Jes Guêpes. La xîomedie de ly^^rftte a élé joeée beaaiooùp plus tard : l'intervalle qui se tr^^uvae entre ces trois pièces étaHi«Ht, liad^eiMl^mment dç itaut)^ les autares preuve , ^ue
t*> ffos Ççdmççis or^qjerre JTecitm sol'Uœ condita cistis ^ Cumjampùlso sidère Jfrumœ Tertia soles evocat œstas, X:'e9tAii$(^rr.0||^iQii ^ fSçc;n«9 aur'le v£rs trois ce&t-^deax de TEnéide : Libéra sacra tertio quoque anno innovabastur,
les Lénéeimes étoient célébrées tous les ans. Voyons maintenant les pièces d'Aristophane qui ont été jouées pendant les grandes Dionysiaques. Les Nuées ont été. jouées la première année de la quatre-vingtneuvième olympiade; la Paix, la première année de la quatre-vingt-dixième ; les Oiseaux , la première année de la quatre-vingt-onzième j les Thesmophories^la première année de la quatre-vingt-douzième; les Grenouilles^ la troisième année de la qUatr^^viiîgt-treizième olympiade : ainsi il y a eu régulièrement trois années d'intervalle entre la représentation des quatre premières pièces^ et six anççes (^tre les Thesmophories et les Grenouilles. Quant aux Harangueuses^ cette pièce a été donnée beaucoup plus tard, dans la quatre-vingt-seizième olympiade.
Cette opinion a été adoptée parnû les modernes par dçs écrivains d'un grand poids, outre Meursius, Sainte-Croix et Dupuis: Mélanchton dit textuellement que .les Dionysiaques dont parle Térence dans Vffeautontimorumenos , se célébroient de trois ans . en trois ans, sans s'expliquer sur ces Dionysiaques. Mais en supposant qu'il ne fut pas prouvé que les Lé^éennfô se célébrasseilt tous les ans, Scaliger dans son Traité de Emendatione Temporum ^*^, Casaubon dans son Commentaire sur Athénée ^^ , et Selden dans son Commentaire sur les Marbres d^Arundel^^^ prononcent que c'étoient les Astyques
^> Scalig. , lib. I. = ^> Casaub. , lib. VI, cap. r5. = ^> Selden , lib. II»
DioNTSius. a45
qui se célébroient tous lés trois ans : Prideaux reconnoit aussi qu'il y avoit des Dionysiaques triennales, mais il prétend que les Lénéennes étoient la fête de Bacchus 1» plus solennelle , et que ce sont eUes qui étoient triennales ; Prideaux avoit donc oublié le passage de Démosthène.
Je crois avoir prouvé ces divers points: i^Les Lénéennes se donnoient au ptint^mps^ et les grandes DionyÂaques en autonme ; 2® les premières étoient annuelles, les secondes triennales ; 3^ il n'y avoit à Athènes que ces deux espèces de fêtes publiques célébras en l'honneur de Bacchus. Je ne me suis attaché sur cette dernière question qu'à l'opinion de Rhunckenius, parce qu'elle a réuni des suffrages imposans, et que les nombreuses diflSfcultés qui embarrassent cette matière, les autorités contradictoires et inconciliables qui l'obscurcissent, et qui ont peut-être éloigné un examen plus approfondi, paroissent avoir réuni en faveur de l'opinion de Rhunckenius l'assentiment de la plus grande partie des savans. Je ne parle pas des autres systèmes des mo«dernes , parce qu'ils sont très nombreux et tous contradictoires, et que la plupart de ces systèmes ne sont dûs qu'à la difficulté qu'éprouvoiait leurs auteurs, en voulant concilier les diverses autorités relatives au nombre des fêtes de Bacchus à Athènes. C'est la judicieuse réflexion que fait M. de Sacy, en parlant dvL système de Fréret, qui a supposé que Ton célébroit à Athènes quatre fêtes de Bacchus : i^Les grandes Bacchanales au mois d'Anthestérion; 2^ les
St46 BACCttUS
petites Bacchanales au mois de Posidéon; 3^ les petites Bacchanales de la ville au mois d'élaphobolion; 4^ les Bacchanales triennales qui se eâéhroiaat, ditrii ,, après les vendangea à Athènes^ dans le lieu nommé les Pressoirs ^ et où l'on donnoit des pièces comiques , tragiques et saty riques*
Il faut donc s'en tenir aux preuves positives^ qui démontrent qu'il n'y avoit d'autres fêtes que les Lénéennes et les grandes Dionysiat[ues* Les autres fêtes de Bacchus dans l'Attique n'étoient que des f&iBS partioulièrea, ou la répétition de ces deux £gtes publiques hors de la ville d'Athènes. Chaque liabitant àt là campagne qui ne pouvoit pas prendre part aux grandes solennités d'Athènes^ en faisoit les cérémonies chezî lui ^ soit en commun par village , ou' en particulier par famille. C'est de ces fêtes patdculiéres que parle Isée^^% lorsqu'il fklt dire au petit- fils de Ciron : cr II ne sacrifioit jamais sans » nous y se conduisant comme un aïeul doit le faire » à l'égard de ses petits-fils i nous étions présens à » tous ses sacrifices , et nous en partagions le soin ; » dans les fêtes de Bacchus il nous mcneit toujours » à la campagne* » Dans cette répétition des solennités d'Athènes^ on conservoit plus ou moins les rites propres aux Dionysiaques y sur l'observation desquels il s'étoit introduit un grand nombre de modifications; car dans la Grèce ^ où il n'y avoit point de hiérarchie religieuse , diaque bourgs et
**^ I«dc , Om/, (k cifu hered.
m^me chaque individu ^ pouvait, selon diverses circonstances , retrancher des rites du culte puhlio ou y ajouter \ t^e qsX la oauç^ de cette grande variété de oérépioiues qui ^e faisoit remarquer d'uu Ueu à un autr« dans des solennités du même g^nre» Madame Dacier remarque même £$ur ç^ vers de Té^ rancQ ( ffe^ut. ) : DionjrsUi hic Hin( hodie y apu4 m^ sis y vola , que la méms fête ne se célébroit p^ en même temps dans tous les lieux , et qu'elle était célébrée aujourd'hui dans uu lieu, demain dans un autre, selon les convenances locales , ou même lorsqu'elle ^toit une fête particulière, selon les dispositions de celui qui vouloit donner cette fête. Les particulier^ célébroient mémç dçs fêtes plus fréquentes en l'honneur de Bacchus , ce qui etoit conforme à l'esprit des premiers âges ; mais ces fêtes étoient purement domestiques, comme celle de PicéopoUs, quoiqu'on y suivît plus ou moins les rites des Lénéennes et des grandes Dionysiaques. Gasaubon va même jusqu'à fîxer , d'après le scholiaste d'Aristophane, l'époque de ces fêtes particulières j il prétend qu'outre le temps de l'année consacré aux fêtes publiques de Bacchus, il y avoit à la fin de chaque mois des fêtes particulières en son honneur ^^\ Les Athéniens faisoieut encore de9 sacrifices à Bacchus dans les occasions importantes : avant que de partir pour sop expédition d'Egypta et de Chypre, Cimou offrit à Bacchus un sacrifioç
^9 Gasaub. ^ in Carm* Ljfcophr.
particulier!, et les victimes lui donnèrent de fiinestes présages. ^*>
Comme il n'y avoit pas dans TAttique de fêtes de Bacchus qui ne fussent une émanation âes grandes et des petites Dionysiaques, quels que fus^ sent leurs noms et les lieux où elles étoient célébrées, nous devons les réunir ici, où du moins rassembler ce que nous trouvons épars chez les auteurs de Tantiquité.
J III. Des différentes fêtes de Bacchus dans la Grèce.
L'une de ces fêtes s'appeloit Ascolies^les rites en étoient absolument les mémçs que ceux des jours des Choès aux fêtes Lénéennes. On sautoit sur des outres faites de peaux de chèvre : le mot àaxtùlid^&iv signifie proprement sauter , et ce terme étoit principalement employé pour dire, sauter sur des outres y afin d'exciter le rire. Ces outres étoient enflées et frottées d'huile j ceux qui sautoient dessus tomboient par terre , comme le prouve ce passage d'Eubules (m Damalia )\ et prœterea utribus in tnedio positis , super eos salite^ et ride te eos qui, dato signo y in terram labuntur. On appeloit âcjxwXia- Çovteç ceux qui. sautoient d'un seul pied en boitant de l'autre, et àaKoù.ioiap.oç celui qui sautoit tantôt sur un pied, tantôt sur un autre. ^^^
Ce que les Grecs appeloient «crxwXiaÇeiv, les Latins l'appeloient cernuare , comme le prouve ce passage
^*^ Plut., r/^ C/m.= ^^ Suidas, v. Ào-xôç.
DioNYSius. a49
de Varron ^*^ : Etiam pelles tabulas oleo perfusas percurrebant y ibique cemuabant. Le scholiaste d'Aristophane ^^ dit que Foutre ctoit remplie de \in , et que celui qui avoit sauté avoit pour prix du vin. Les Ascolies étoient les mêmes fêtes que les Ghoès , ^célébrées sous un autre nom j les Vina-^ Ua des Romains étoient les Ghoès ou les Ascolies des Grecs. Virgile rappelle cette fête dans ces termes: << Mi les frimats dont l'hiver. blanchit les plaints, » ni les ardeurs d'un brûlant soleil d'été ^ donnant » dans toute, sa force sur les coteaux desséchés^ ne » furent jamais si nuisibles à la vigne que le venin » de la dent meurtrière des troupeaux^ et leur mor- » sure imprimée dans le bois. Ge n'est pas pour un » autre crime que l'on inunole un bouc sur tous les » autels de Bacchus ^^\ Delà ces premiers spectacles » offerts sur un théâtre , delà ces prix proposés au » génie par les enfans de Thésée^ et ces jcux^ dans » lesquels enivrés de joie , ils sautoient dans une » prairie , au milieu des vases remplis de vin , sur » des outres enflées et frottées d'huile. Nos bons » habitans de l'Ausonie, à leur exemple^ célèbrent » ces fêtes par des vers rustiques^ en riant à gorge
^*^ Varr. , de VU, pop, rom. , ap. JVonium , lib. I. = ^ Aristoph. , in Plut,
^*^ Senrius , à cette occasion , s'exprime ainsi : Viciimœ nwninibuSy aiU per similitudinem , autper i;ontrarietatem immolantur, per similitudinem ^ ut. nigrum pecus Plutoni ; per contrarietatem , utporca, quœ obeslfrugibus , Cereri; et caper, quiohest vitibus^ lÀbero,
aSo BAccuts
» dëployëe y ils se forment avec une écoroe creusée n un hideux visage^ ils invoquent Bacohus par des » chants joyeux^ et suspendent à un pin de légers » oscilles ^^^ du dieu. Dès-^lora la vigne poussQ des » grappes ^a abondance , l'aspect du dieu fertilise » les arides coteaux, les humides vallons, Homieur » et gloire à fiacchus I célébrons ses £êtûs , répé- » tons à sa louange leà hymnes de nos pères, offrons- » lui des gâteaux, les prémices des fruits, faisons » des libations en son honneur , que le bouc soit » traîné par les cornes sur son autel , et que des » broches de coudrier nous servait à faire rôtir les » entrailles de la victime ^K » Après avoir fait le tour des vignes y on retoornoit à Tautel de Bacchus d'où l'on étoit parti, on offroit au dieu sur de» bassins des victimes que l'onlivroitenjmite aux flammes; toutes les cérémonies terminées, on faisoit un repas en commun ^ d'où diacun se rendoit chez soi ^^^* Dans les Ascolies ou les Lénéennes qui se célébroient à la ville, des outres gonflées de viq et
^** Nous avons déjà parlé de ces oscilles*; c' étoit , comme nous TaTOBS dit> de petites têtes de Bacefaus que les vignerons suspendoieut à des arbres , persuadés que dans tous les endroits vers lesquels se tournoit cette image , les vignes •derenoient fécondes. M. Holdsworth dit avoir vu le dieu de la vepdajpge ainsi r<*prë8enté sur une pierre antique de la collecticmdn grandduc d« Florence.
» Yirgil, Georgi , lib. H, v. 576. = ^^ Nat. Com. Afythol, lib. V, cap. i3,p. 5oo.
frottées d'I^uile étoicsit placées sur le théâtre , selon le témoignage de Phurnutos;. ^^^
Les fêtes Agrioniennes étoient conaaorées à Bao<chus^ elles se célébroient la mût^ on s'y couronnoit de lieiTe , et elles aboient beaaoanp de rapport avec les Nyciélies> c'estrà-dire, avec les Dionjsîaqnies : on faisoit dériver leur nom du mot àypoç^ champ, ou de la rusticité des premières fêtes de fiacchus; d'autres tiroient son étjrmologie de la férocité que rivre$se donne quelquefois, du mot AypiQç, féroce, sau*vage^^^ Dans les fêtes Agripniennes , les fenunes, après avoir cherdbié Bacchus, comme s'il s'étoit éloigné d'elles , cessent bientôt leurs poursuites ^ en disant qu'il s'est réfugié vers les Muses, et qu'il se tient caché auprès de ces divinités j ensuite, sur la fin du repas ^ elles se proposent des énigmes et des questions à résoudre. Ce rite , suivant CasteUanus , est le symbole de l'établissement de la civilisation , dont les progrès ont été hâtés par le coounerce des Muses I qui ont fini par enlever les hommes à leur férocité et par adoucir leurs mœurs ^'\ Ces fêtes étoient célébrées à Orchomène tous les ans avec un singulier rite: le prêtre de Bacdms poursuivoit,
^ Phonrattis » de Baccho*
^ Les hymnes attriboés à Oh^bé« cksneol à Baodbns le nom d'Agrîes , dans le sens de féroce , saavage ( Orplu , ^ymn. ap , y. 5. ). Bacchus portok même le nom d'Agrionien , dans le même sens qu'il portoit celui iOmeïïtea, féroce, cruel»
<'> CasteUanus , Syntagm. de Festis Grœeor* , y. Agràmia.
aSù, BACCHUS
Fépée nue à la main^ lés femmes d'Orchomène^ que Ton disoit tirer leur origine des filles de Mynias; il les obligeoit de s^enfuir promptement. Il avoit droit de tuer celle qu'il pouvoit saisir , et Plutarque dit que le prêtre Zoîle l'avoit fait de son temps ; mais ce meurtre lui fut funeste ainsi qu'à tous ceux de sa famille , et ils furent obligés d'abandonner le sacerdoce, qu'on déféra à celui des citoyens qui en fut jugé le *plus digne. Voici l'origine que l'on donne à cet usage: les trois filles' de My nias, Leucippe, Arsînoé et Alcathoa , étant devenues furieuses pour avoir méprisé le culte de Bacchus ^*^ , eurent l'affreux désir de manger de la chair humaine , et tirèrent au sort leurs enfans« Il tomba sur Hippa^s , fils de Leucippe , qu'elles mangèrent après l'avoir coupé par morceaux; depuis ce forfait^ les femmes issues de cette famille furent chassées par le prêtre de Bacchus y qui s'armoit d'une lance contre elles.
Les Ambrosiès, autre fête de Bacchus, étoient célébrées dans l'Attique pendant le mois de lénéonj c'étoit la même fête que les Lénéennes^ conune l'ont remarqué Moschopulus , Proclus et Tzetzès sur Hésiode. Les Béotiens célébroient aussi les Ambrosies dans le mois de lénéon.
Les Thalysies étoient célébrées après la récolte des fruits , en action de grâces de la fertihté de l'année. On rendoit ces actions de grâces à toutes les divinités en général et surtout à Cérès
^«> Ovid. , Metam. , 4ib. IV.
et à Bacçhus , comme inventeurs dé l'agiicultare ^^? ; car les aijiciens rapportoieot à Bacchus Fart de semer et de labourer ^\. Il y avoit dans TAttique une autre fête du même genre qu'on appeioit Aloa ; Ëustathe ^^' dit positivement qu'elle étoit consacra à Gérés et à Bacchus ^ c'étoit une fête champêtre : les cultivateurs se rassembloient autour de Faire de la grange ^ en tiroient les prémices de la récolte et allpient les offrir au temple d'Eleusis. Cette fête se célébroit dans le mois posidéon ou novembre ^^^ , Suidas dit qu'elle a été appelée aloa, du mot âXtù^y aire de la grange pu l'on bat le bled. Cette fête qui rappeloit les temps anciens où les Grecs habitoient la campagne, se ce-, lébra ensuite dans l'intérieur même d'Athènes , comme le prouvent deux passages d'Alciphron ^ Ménandre écrit à Glycère : Les Haloennes m'o-^ bUgent à rester à la ville ; et Thaïs écrit à Thessala: Nous touchions aux Haloennes, et nous étions toutes assemblées chez moi pour célébrer la veille de la fête. La veille de chaque fête se célébroit avec une très grande solennité, et lorsqu'on y observoit certaines cérémonies qui faisoient partie de la fête même , elle rassembloit une grande affluence dans
^^ Eiym, magn»
^ Arationis et semen^s nudti deum Bacehum ^xistimantfuisse prtmarAim ottc^orem. (Dîod. Sic. , b'b. III. )
A>}fAiQT/>c j xac TU Aeovuo'C6> ', oc ycurpot rà 5aXv9ca ,
Cereri et Baccho thalusia agricolœ.
^ Eostath.y lliad. I. = ^*> Harpocrat.
le voisiiitige des t^aples. La £Ste des Haloennes duroit plusieurs fours ^ car Mifiiaiidire dit à Glycère: aussitôt après la fête des Haloennes y viens me rejoindre ^r le cbsofip ; le sacrifioe étoît fidt par des femmes ^ ^ il ne devoit se composer ijne des frui^ de la terre , <K)mme le protiv^ ce passage du discours de Dëmosthèïïe •contre Méera : Vous devez vous, rappeler , Athéniens , que votis avez puni Archias qui avoit été pontife et qu'on avoit con*vaincu d^piété dans un tribuadi , pour n'atoir pas sacrifié ^ion ks anciens rites ; entr'autres £uts impies qu'on lui imputa , il fut aiocusé d'avoir fait conduire pendant la fête des flaloeones , la victime à l'autel par la courtisane 5inope qui l'immola auï divinisés d'Ël^iuâs^ tandis qu'à cette solennité o^ ne devoit présenter que les fruits de la terre ^ que ce n'étoit pas à cette femme à faire ce sacrifice y maiis seulement aux prétresses d'ËleuBÎs ^ et que ce «acrifioe ne pouvoîft pas «voir ëeu ce jotrr^la. Si les saorifices des prémioes des £^ts qui devoiait imnr Heu dans cette fête , n'ont pas pa le feire au jo^r dont parle Démosthéne^ on doit en conclure ^u'âs se âdsoient un autre jour ^ ce qui est une nouvelle preuve que ces fêtes avoîent plusieurs jours de durée. Ce passage démontre encore que ces sacrifices ne se &isoient pas par des honnnes , mais par des femmes.
Les fêtes que les luibitans de la ville d'Aihènes appeloient Dionysies , les peuples de l'Attiqifte les célébroient sous le nom de Théonies : c'e^ ce que
DIOMYSIUS. «i55
prouve le passage d'Harpocration to: xaxà ^fxovç Aeoi/iitiflt @60tVca eXsysro. Phardutus appelle Théonies les Dionysiaques célébrées dans les villages. ^^^
« Les Dionysiaques que les peuples de FAttique » célébroient^ étoient appelées Théonies^ et Bao- » chus avoit le surnom de Théoinos^ ditSuidas^^^ m
Les !Néonies y autre fête de Bacchus> étoient oélé^ brées dans le temps du vin nouveau ^^^^ comme Fin* clique son nom. Les anciens Latins celébroient la même fête qu^ils appeloient Meditrinalia} en ce jour^ ils rendoient grâces aux dieUX en buvant le vin nouveau ^^ ^ et ils prononçoient cette formule : vetMS tioimni vinunk bibo . veteri no90 tnorbo itm?deor. C'est ce qui avoit fait donner par les Latins à cette fête le nom de Meditrinalia; le jour où elle se célébroifc portoit le même nom* Mnésithée d'Athènes dté par Athénée ^^^ ^ dit que la Pythie ordonnA aux Athéniens d'honorer Bacchus médecin^ parce qu'il nouirit^ fortifie le corps et l'ame^ et qu'il met dans Une assiette tranquille ceux qui boivent modérément» Le même Athénée <ite un autre oracle de la Pythie , rapporté par Ghaméléon poète tragique : viUgt jours auant la canicule et wngt fours 4iprè$^ prends Bacchus pour médecin en te tenant à l'ombre de ta maison. C'est donc
^*' Pbumafetts, de JPfaL deor* 3o.^= ^ Sittdasi v. 7%eimi^t= ^^ He«|ycliius, y. iVeoitût. -^ fiOagos ^ lib. II. ae ^^ FMtuSi ▼. Meditrinalia. = ^ Àthen., lib, I» oap. ig^
a56 BAccHUS ^
aussi comme dieu du vin que Bacchus ëtoit adoré' comme médecin^ c'est dans ce sens que Mjtilène poète lyrique, disoit : arrose ton poumon de vin^ caria canicule fait sa révolution; c*6st un t^mps pénible^ bubons pendant que cet astre parcourt sa période. C'est aussi comme dieu du vin que Bacchus étoit adoré sous le nom de Néos; dans Nonnus, Erynnès s'écrie: « Qu'Athènes se garde bien d'ho- » norer NéoSy que ce dieu nouveau n'usurpe pas des » honneurs égaux à ceux qu'on rend à Dîonysiusi » Eleusinien. ^*^ » '
Les Protrygies étoient une fête commune à Bac* chus et à Neptune , c'est-à-dire, qu'elle étoit consacrée au principe générateur de la substance humide ^^^j Bacchus avoit le sumom de Protrygès» Pollux donne à Neptune et à Bacchus ce surnom^ comme présidant à la production des fruits : il tire cette éty mologie de Tpuyy? , frumentuni ^^ . Achilles Tatius qui a donné de grands détails sur les cérémonies et l'origine de cette fête chez, les Tyriens (gg)^^^, fait dériver ce mot de xpuycÉw, vindemiOy dator vini; c'est par la même raison et comme principe de la substance huniide, que Pindare l'a Si^pelé Dendrites f protecteur des arbres. Tous les Grecs lui sacrifjioient sous le nom de Dendrites auquel Pindare fait allusion par ce vers : O Bacchus,
^*> Dionys. , p. 786., lîg. 5o , m-40. = <«> Hefljcliias. t. n/)o- Tpuyw. = ^^ Pollax, 1 , 24. = ^ Achîll. Tat., dé aitoph. et Leucip, amor, , lib* II , cap. 2.
DIONYSItJS. 25^7
source inépuisable des plus doux fruits , mûris les moissons de nos vergers! Que les pommes soient un présent de Bacchus, dit Athénée ^^^, c'est ce qui est confirmé par ce passage de Théocrite : // gwrdoit dans son sein les pommes de Bacchus, ayant sur sa tête une couronne de peuplier ^ arbre con^ sacré à ïlercule. Néoptolème de Parium , cité par Athénée ^^^, rapporte dans sa Dionysiade, que les pommes et en général tous les fruits ont été trouvés par Bacchus. Baochus a été appelé Sycitès, parce qu'il passoit pour avoir donné, le figuier aux hommes. Athénée cite Sosibius de Lacédémone qui dit que les Lacédémoniens adoroient Bacchus sous le nom de Sjrcitès , parce que le figuier avoit été inventé par lui ^^^ : Hésychius lui donne Ict même surnom , quoiqu'il ne fasse pas mention des Lacédémoniens.
Les Apaturies étoient consacrées à Bacchus ^^^, il y portoit le nom de Mélanégide; suivant une ancienne tradition rapportée par Chariclès, les Athéniens avoient établi la fête des Apaturies et élevé un autel à Bacchus Ménalégide, en commémoration de la victoire qui avoit été remportée par Mélanchthus sur Xanthius de Béotie , ou plutôt de l'assassinat commis par Mélanchthus qui tua Xanthius par une iûfame trahison^ ce qui lui valut le trône d'Athènes et l'enleva à Thymétès qui avoit
^*^ Athen. , lib. I , cap. 21.= ^ Ibid. = ^^ Aristoph. , Achafn*, act. I. = ^*^ Froclusy in Tim» Com, I.