Tome m
a58 BAccHus
refusé le combat singulier avec Xanthius ^^K D'après la même tradition ^ MâaHÉhthus avoit fait vœu d'établir en l'honneur de Bacchus des cérémonies sacrées , s'il pouvoit tromper Xanthius , et on donna à Bacchus le nom de Mélanég^de , c'est-à^ dire, couvert d'une peau de chèvre noire, parce* que le second combattant que M éianchthus feignit de voir derrière Xanthius pour l'assassiner pendant qu'il se retourneroit, étoit, avoit dit Mélanchthus, couvert d'une peau noire, ou plutôt, si l'on en croit oÊHte même tradition, parce que Bacchus, dans le commencement du combat , apparut à Mélanchthus derrière Xanthius, sous la forme d'un jeune homme imberbe, revêtu d'une peau de chèvre noire ^*^: amsi la fête des Apaturies tireroit son nom de àiïdxri, fraude y tromperie. Xénophon donne à cette fête une origine beaucoup plus noble et beaucoup plus vraisemblable: elle avoit, suivant lui, pour but, de se réjouir de l'acquisition que l'état Êdsoit de nouveaux citoyens j les parens €t les alliés des pères et mèï^s qui donnaient des sujets à la république, se joignoient à etnt pour célébrer cette fête ^*^ , et on lui donna le nom d' Apaturies , du mot grec o/iAOTrarrfpwf dont on a fait «iratopta, parce que les pères conduisoieift leurs enfans pour les feii<e inscrire sur les registres de la tribu. On y obs^rvoit les rites des fêtes de Bacchus, et elle
^^ Suidas , V. Apaiwria.wsz ^ CoBon , ap, Phot^^i^ ^ Xënopb., de Repub, Athéniens,
DIOHTSIQS. 259
étoit elle-même une fête consacrée à ce dieu; un^ passage d'Aldphron prouve qu'elle étoit la même fête que les Dionysiaques ^^\ 'Le scholiaste d'Aristophane dit que cette fête se célébroit dans le mois de pyanepsion qui correspondoit aux mois d'octobre et de novembre. On y exécutoit .des danses comme aux fêtes de Bacchus^ et .un des parasites d'Alciphron assure y avoir dansé la cordace , sorte de danse exécutée par des gens qui étpient ivres ou du moins dans Ja joie des festins et des .plaisirs. Les Apaturies^ ainsi que les Dionysiaques, se célébroient la nuit, comme le prouve l'histoire rapportée par l'auteur de la vie d'Homère ^^^ ; ce poète voulant passer en Grèce, se rendit à S,£^mps; les Samiens célébroient la fête des Apatuvies,,un habitant de cette île qui l'avoit vu à Chip, l'ayant recpnnu à la sortie du vaisseau, courut en, diligence, f^ire part à ses compatriotes de l'arrivée d'Homère. Les S^miçns lui ordonnèrent de l'îunener près d'eux; Homère s'étant mis en marche avec celui qui l'avoit invité, repcontra sur sa route des femmea qui oflfroient dans un carrefour, un sacrifice à Courotrophos , c'était le ;$ur]iom -de Gérés ^^\ Laprêtresjse l'ayant aperçu, lui dit dl^un
^^ Apud eum contingat oblectatio y dum Dionysiavel Apaturia celebrantur. ( Alcîpbr. , EpisL 9. lib. I. ) \
^^ Vit, Homer,, cap. 29, 3o, 3i.
^^ Hësychius , en disant que c'est Gërès , traduit le mot de courotrophos par puerorum nutrix , et Pausanias , en parlant du temple de Courotrophos et de Chloéy qui étrâtdans la citadelle d'Athènes , dit que c'étoit le temple de Cërès, puerorum nuiPicis.
a6o BACCHUS
air lugubre: c< Homme, éloigne-toi de nos sacri-^ fices I » Quand il fut au lieu où la Phratrie prenoit son repas y il s'arrêta sur le seuil dç la porte : il improvisa des vers où il vantoit l'agrément du feu qui brille dans une maison un jour de froid , ce qui détermine Fépoque de cette fête 5 ensuite il entra et s'étan^ mis à table avec ceux de la phratrie , ils lui témoignèrent de grands égards et beaucoup de respect : il passa la nuit en ces lieux.
On avoit élevé à Athènes un temple à Bacchus Mélanégide, et il y avoit en son honneur des combats annuels de poésie y de natation ^ et des combats nautiques^ dit Pausanias ^*\ Les Apaturies comme les Anthestéries, étoient célébrées péndanttrois.JQurs: les Athéniens appeloient le premier jour AopTriav, jour du repas nocturne. Ce jour-là, ceux du bourg ou de la tribu '^^ se traîtoient , dans un repas dont les andouilles faisoient probablement le mets principal ; car Aristophane ^^^ dit en parlant de Sitdlcès roi de Thrace : « Son fils que nous avons » fait Athénien, souhaitoit fort de venir manger » des andouilles pendant les Apaturies. » La tribu se divisoit en trois, et on appeloit phratrie la troisième partie d'une tribu \ le repas du premier jour des Apaturies se donnoit par tribu, ceci rappelle la coutume dont parle Pausanias ^^^ : dans TAttique chaque tribu avoit sts dieux tribules qui étoient
^^ Pausanias , Auîc. = ^^^ Holstenius, aéi StepK ByianU^ p, i4a« =^ ^^ Aristoph., Achcum, , act. I. = ^9 Pausaii., AUk,
adorés par chaque phratrie ^ indépendamment du culte qui leur étoH rendu en public. Chaque phratrie avoit aussi ses prêtres particuliers qui étoient appelés tepocrxoirouç } c'est pourquoi on trouve dans les auteurs et dans les monumens anciens^ que les Apaturies étoient célébrées en l'honneur d'un grand nombre de divinités différentes , de Jupiter Tribule, de Minerve ^ de Bacchus ^^^, de Diane ^^^ , de Vulcain ^*^ , d'Hercule , de Gérés , de Vénus^ qui avoit le nom d*Apaturia à Phanagorie ville grecque chez les Scythes des Palus Méotides ^^^ , c'est-à-dire , que chaque tribu ou chaque phratrie célébroit la fête des Apaturies en l'honneur de la divinité sous le patronage de laquelle elle s'étoit placée, et quoique les Apaturies fussent plus» généralement célébrées en l'honneur y de Bacchus , et qu'elles paroissent avoir été calquées sur W Dionysiaques, on y retrouve, en les prenant dans leur généralité y des rites appartenant au culte d'autre& divinités^ rites qui avoient probablement passe d'ttne tribu à une autre par l'imitation. C'est ainsi que dans toutes les* Apaturies, on sacrifioit le second jour à Jupiter Tribule et à Minerve ^^^ r dans cette fête, les Athéniens revêtus des plus beaia vétemens et portant des torches allumées à la maia ^ chan»toient, eu courant, les louanges de Vulcain, pour célébrer l'invention du feu dont il avoit feit pré-
<*> Etymot. magn. = ^* ProcL, in Tim. Corn. I. = ^> Harpocrat. , in Lamp. •= ^> Strab., lib^^XI, = ^ Etym^magfu.
sent aux h#mme$ ^^K Le troisième jour des Apaturiés^ on sacrifioit une brebis ou une chèvre à Hercule, et on lui offroit une mesure de vin : cette libation s'appeloit Oinisteria ^'>. Les irpotévôai, c'està-dire , les prégustateurs ou parasites dont il y avoit un collège* à Athènes et qui avoieïit k direction des banquets sacres^ présidoient aux repas donnés dans chaque phratrie le jour des dorpiès : ils étoient à Athènes ce que les J^iri Epulones ëtoient à Rome. ^>
Le second îoûr des Apaturies s'appeloit Anar-rhfsis y parce que ce jour-là on faisoit des sacrifices et on immoloit des victimes; suivant Scàliger ^^^ , avappvetv signifie dans l'ancien langage Bveîv^ immoler : on appeloit les sacrifices de ce jour âvappufxata ^^\ Les parens^ suivant Andocide , portoient leurs enfans nouveaux-ncs au pied des autels en y conduisant une victime^ et là ils demandoient au prêtre de faire des libations pour appeler sur cet en&nt la faveur des dieuxi ^^
Le troisième jour qui s'appeloit Curéotis , les parens venoient présenter leurs en&ns , et on les
0> Isaeus. = ^^ Hesych. , i>oc. Ohttrhptct, — PoUux, lib. III, cap. 4*
^^ Sedf ut pontifices veteres , prvpter sacrificiorum multitudinem très vifos epulones esse voluerunt^ cum essent ipsia Numa , ut etîam illud ludorum epulare sacrificium fàcerent ^ instituU. ( Cicer«> de Orat, , lib. III , cap. 19. )
^^ Animadvers, /. Scaligeri in Ettseb* Chroment p. 57.= ^ Proclui. = >^ Apud. Meurs., Apat.
DiOMYsius. a63
inscrivoit dans la tribu ^*^ On coupoit leur chevelure qui étoit consacrée dans le temple du dieu en Thonneur duquel on déclaroit qu'elle avoit été portée. Les nobles personnages, c'est-à-dire, ceux qui se croyoient au - dessus du vulgaire , consacroient la chevelure de leurs enfans a Apol* Ion Pythien, et d'après un ancien usage dont parle Plutarque dans la vie de Thésée, ils al-^ loient à Delphes faire cette consécration ; mais le plus ordinairement elle étoit faite à Diane ^^, On ne pouvoit couper la chevelure de l'enfant admis dans la phratrie, avant que d'avoir fait à Hercule le sacrifice et la libation dont nous avons parlé ^^ Il se donnoit ce jour-là un festin où se trouvoient rassemblés les pères des enfans et leurs plus proches parens; c'est devant cette assemblée que les enfans disputoient les prix des rhapsodies et qu'ils leur étoient distribués : ils étoient décernés à ceux qui avoient mieux récité plusieurs morceaux de poésie ^^^ Solon avoit fait des vers pour cette solennité, conupe le prouve un passage du Timée de Platon. On inscrivoit dans les tribus non*-seulement les en&ns mâles, mais les filles nubiles : cette cérémonie s'appeloit gamelia^ à^ gamios y noces y mariage ^^^, comme la cérémonie pour les enfims mâles s'appeloit ^urium. Le jour de l'admission des filles nubiles ,
^^ CoTBini , Fasti Attici^ T. III , p. 3o6. == ^^ Athen. , Bb. ÏV. — Hësych. = ^'^ J. Polbix, lib. lU , cap. 4. îk <*> Fiat. , in Tint. — Proclus^ Corn, in lïm^z^ ^' Pollua^, Onomastic, , lib. I, cap. 5.
les femmes faisoient in trivio un sacrifice à Gérés courotrophos , dans lequel il étoit défendu aux hommes d'intervenir. On a varié sur l'âge auquel les enfans étoient admis dans les tribus le jour des Apaturies , les uns ont dit la première ^^^ , les autres la troisième ou la quatrième année de leur n£^sance ^^ ; suivant ceux-ci , c'étoit dans l'âge adulte ^^^^ mais on a confondu des choses très différentes ^ que Samuel Petit a très bien distinguées ^^K Outre la présentation des nouveaux-nés^ qui se faisoit le deuxième jour des Apaturies , comme nous l'avons vu, il y avoit le troisième jour de cette fête deux cérémonies : dans l'une on faisoit l'inscription des enfans en bas âge ^ et on inscrivoit sur le registre des adultes les jeunes gens parvenus à l'âge de puberté. H y avoit une autre cérémonie le même jour^ où les jeunes gens à l'âge de dix-huit ans étoient admis au nombre des citoyens^ et ouïes jeunes filles alloient se faire inscrire à un second registre^ conduites par ceux qui dévoient les épouser j c'étoit la Gamélie : on appeloit aussi GaméUe le don du jeune fiancé qui précédoit les noces , et un spuper qu'il dopnoit à ceux de la tribu. A Athènes y la phratrie ou la troisième partie de chaque tribu, dont le chef s^ap^eloii phratriarchos y avoit un lieu sacré appelé Phratries y où se rassembloient les principaux de
'<*^ EtjrmoL magn, , in Apaturia. = ^ Froclus , in 7ïm, PUtonis. = ^^NJ. Pollux , lib. VIII , cap. 9. — Schol. Aristoph., ad Ranas, = ^*^ Petit , Leg. Aitic, , p. i5o.
la phratrie pour la cérémonie de la présentation des enfans. Les par ens qui présentoient leurs enfans pour être inscrits dans la tribu, étoient tenus d'offrir aux dieux de la tribu ( ^$oïq (fpaxpoiç ) une victime d'un certain poids; lorsqu'on la présentoit, on s'écrioit par plaisanterie : Merov, (xelov, moindre ^ et ceux qui l'offroient étoient appelés Mstaywrat, Cette victime, qui portoit aussi le nom de phratrie , devoit 'être une brebis ou une chèvre; la brebis devoit peser quarante-huit mines, et la chèvre cinquante mines : Faction du sacrifice s'appeloit fxeia/wyeev , et l'oblation du vin ohiçTÔpia, ^*^ Le sacrifice que l'on faisoit de la victime s'appeloit encore cwr/w/w, parce qu'il étoit fait à l'occasion de l'admission des enfans dans la tribu ou curie ^V; c'est par la même raison que le jour de ce sacrifice étoit appelé cureotis. Harpocration appelle les registres pubUcs sur lesquels on inscrivoit les noms, xotvov ypannLOLxtlov ^^^ ; on coupoit les cheveux à ces enfans, et on offroit leur che^ velure en sacrifice à Diane ^^\ Simplicius ^ Hésyôhius et Suidas ^^^, comptent un quatrième jour des Apaturies, qu'ils appellent imS$ai ; mais le mêmeHésjchius dit ailleurs, qu'on appeloit ainsi les jours qui suivoientles fêtes, quoiqu'ils n'en fisi^ntpas partie ^^\ Les tribunaux d'Athènes vaquoient non-seulement
^*^ J. Pollux, Onom., lib. III , cap. 4, seg. 53= ^ J. PoUux , lîb. VIII , cap. 9, seg. 28. = ^^ Harpocrat. voce xotv ypa/ùi. = ^*^ Athen. , lib. IV. — Hésych.= ^^ Simplicius , Com, in Aristi, Physic, , cap. 4* "~ Hésych. , v. Apatuna, — Suidas , v. Âwar. et V. A*vé/3f).= ^^ Hesychius , v. Éni^^uç,
pendant les troi^ jours des Apaturies, mais encore les deux jours suivans, comme on le voit par le décret que proposa Phocus, sous l'archontat de Nausigènes , la première année de la cent-troisième olympiade ^^\ Le sénat des cinq cents vaquoit aussi pendant trois jours.
L'institution des Apaturies a nécessairement précédé la colonie ionienne^ puisqu'Hérodote dit que tous ceux qui étoient originaires d'Athènes , et qui célébroient la fête des Apaturies, étoient Ioniens ^^^ j or ils la célébroient tous , excepté les Ephésienset les Colophoniens , qui en avoient été exclus à cause d'un meurtre. Aussi Larcher dit-il que la fête des Apaturies avoit été instituée à Athènes l'an 35a4 de la période Julienne, onze-cent*quatre-vingt^dix ans avant J.-C, et par conséquent soixante ans avant l'envoi de la colonie ^JÉaienne. ^^^
La Théodésie et l'AstydrêÉlfe étoient une mêmefête, dans laquelle on honoroit Bacchus et les Nymphes : elle étoit l'OTiblême de la manière de tempérer le vin par l'eau ^^^ Suivant Philochore, cité par Athénée ^^^ , ce fut Amphictyon, roi d'Athènes , qui mit le premier de l'eau dans le vin , et ce fut de Bacchus même qu'il apprit à le faire. Anparar vant les hommes buvoient le vin pur et marchoient tout courbés, dès qu'ils l'eurent pris étendu d'eau, ils devinrent droits ; c'est pourquoi on éleva un au-
^^ Alhen., lib. tV, cap. 21. = ^^^ Hërod. , lib. I , cap. i47« = ^'^ Larcher , Notes sur Hérodote , T. VI , p. 2o3, = ^*^ Suidas, V Astydromin. = ^*^ Athen., lib. Il , cap* 2.
tel à Bacchus orthos ^ droit ^ dans le temple des Heures , parce que les Heures nourrissent le fruit delà vigne. Amphictyon, qui éleva aussi un autel aux JNymphes près de ce temple^ parce que les Nym* phes ont été les nourrices de-Bacclius , vouloit apprendre par ce monument^ que le vin devoit être tempéré par l'eau* Fhanedème y également cité par Athénée^ prétend que les nymphes ou sources d'eau ont été nommées nourrices de Bacchus y parce que l'eau mêlée avec le vin en augmente la quantité ^^^. Amphictyon statua par une loi^ que pendant le repas on ne présenteroit du vin pur aux convives, qu'autant qu'il en faudroit pour le goûter, que du reste on en boiroit avec de l'eau autant qu'on voudroit, eix invoquant Jupiter sauveur ^^\ Séleucus prétend que l'usage de l'antiquité étoit de ne faire aucun extraordinaire, ni en vin^ ni en aucun autre plaisir, à moins que ce ne fût en l'honneur des dieux ^^\ Platon dit, dans le deuxième livre des Lois: « L'honmie arrivé à quarante ans , qui assiste à un » festin, invoquera les dieux; mais il adressera » surtotit ses prières à Bacchus > lui demandant » d'être favorable à la fête et aux amusemens de la » vieillesse ^^^ ep faveur de laquelle il a donné le vin » pour égayer l'austérité de cet âge, et comme un » puissant moyen de nous rajeunir à un certain
<•> Atiien. , lib. XI, cap 3. = ^ Athén., lib. IV , cap. 6.= ^> Athen., lib*. II, cap. 3.
^^^ Mot consacre aux imtiation&^des Dionysiaques; à quarante ans on passoit dans la classe des vieillards.
a68 BACCHUS
» point , et de nous faire oublier le chagrin, m Ces plaisirs s'appeloient âoivai , c'est-à-dire , qu'il étoit permis de faire couler le vin en l'honneur des dieux ^ ou SraktûLç y ce qui signifie le plaisir de s'asseoir à lin festin pour célébrer les dieux. Homère appelle Saivfiv âcckouûLVy un festin abondant en toutes choses. Ces traditions prouvent quelles mesures prirent les premiers législateurs pour tempérer les excès et la grossièreté des repas des premiers habitans de la Grèce; ils admirent la présence des dieux à tous ces festins , afin que tout y fût contenu dans les bornes de la décence et de la modération. L'intempérance ne pouvoit pas être portée aussi loin , lorsque la fétê avoit les dieux pour objet , et que c'étoit pour eux seuls qu'il étoit permis de s'y livrer j c'est dans cette vue que les Anciens n'avoient admis que des hymnes en l'honneur des dieux , pour les chants de leurs festins ; les éloges des dieux étant ainsi réunis à des chants mesurés , donnoient à chaque convive une élévation mêlée de respect ^^^ Les dernières libations se faisoient en l'honneur de Mercure : « Et tie joiw gnoit-on pas alors ^ dit Plutarque , le vin et la )) raison, puisqu'au moment de se retirer, on adres- » soit ses vœux au dieu le plus prudent, qu'on » croyoit présent et témoin de tout ce qui se pas- » soit. » Les Anciens donnoient à Bacchus le nom de sage conseiller , et à cause de lui ils appeloient la nuit la déesse de bon conseil. Les Grecs, comme
Athen. > lib.XIV, cap. 6.
DIOMTSIUS. 269
les Perses, trâitoient leurs affaires à table: les banquets publics, chez les Cretois et les Spartiates , étoient de véritables assemblées de sages, où l'on traitoit les affaires les plus importantes j à Athènes, le Prjtanée et le repas des Thesmothétes n'étoient pas autre chose. Dans Platon ^^\ cette assemblée nocturne des principaux citoyens versés dans la politique , et à laquelle on renvoie la discussion des affaires les plus sérieuses , est de ce genre. ^^^ .
Les Hérochies étoient la même fête que les Théodésies : le traité entre les Hiérapy tniens et les Priansiens , imprimé pour la première fois à Paris en i635, dans les Notes de Pricaeus sur l'Apologie d'Apulée , nous apprend que les Hérochies étoient une fête des Cretois* Les Théodésies se célébroient non-seulement en Crète , mais chez les Libyens : en Crète, Bacchus s'appeloit Théodésius ^^\ Dans la Libye, on assodoitles Nymphes à Bacchus; il en étoit probablement de même en Crète. Il est parlé des Hérochies dans le traité entre les Hiérapytniens et les Priansiens, et des Théodésies dans celui entre les Latiens et les Olontiens : ainsi il paroit que ces fêtes, quoique de même nature, étoient célébrées en Crète à des époques différentes.
Les Dionysiaques se célébroient à Brauron bourgade deTAttique, o domine ^ quantum habes pro» ctopenteterida , dit Aristophane. Le poète sfe sert
^^ Plat. , vue livre des Lois. = ^^ Plut. , Sympos.\ lib. VII , Quast, 9. 5= ^^ Hésych. h, v.
2nO BACCHUS
de cette expression , parce que les Dionysiaques s'y célébroient tous les cinq ans. Meursius avoit attribué cette fête à Diane^ mais Hémersthius a très bien prouvé dans son commentaire de J, PoUux ^^\ l'erreur de Meursius (gg)« S^ns doute le culte de Diane étoit en grand honneur dans le bourg de Brauron , elle y avoit un temple fameux dont parle Strabon ^^^ : sa statue antique qui y étoit adorée, excitoit un saint respect, parce qu'on croyoit qu'elle avoit été apportée dans la Grèce "par Iphigénie à son retour de la Tauride j on célébroit en son honneur des fêtes annuelles où on lui immoloit une chèvre comme à la déesse de la chasse , elles étoient célébrées par de jeunes vierges qui ne dévoient pas avoir moins de cinq ans ni plus de dix. Les Athéniens avoient décrété qu'aucune fille ne pourroit se marier , avant qu'elle n'eût fait un sacrifice à Diane Brauronienne ; mais il n'y a aucun rapport entre ces fêtes annuelles de Diane et celles de Bacchus qui étoient célébrées dans ce bourg tous les cinq ans , comme le démontrent les passages d'Hérodote , de l^uidas, du scholiaste d'Aristophane, et de l'ancienne scholie du discours de Démosthène contre Conon, cités parHémerstliius, qui fait même remarquer que Meursius est tombé dans une étrange contradiction en attribuant dans sa Grœciaferiata ces fêtes à Diane, tandis que dans son ouvrage in populis atticis , il les donne à Bacchus. Cette fête
^»> J. Pollux, lib. IX , cap. 6, seg. 74. = <^> Strab. , lib. VIII.
de Bacchus avoit cela de particulier que les fonctions sacrées étoient remplies par dix sacrificateurs^ tandis que dans les fêtes de Diane en général , et surtout à Brauron, elles Fétoient par des femmes. ^^ Les Oscophories furent instituées par Thésée en rhonneur de Bacchus : voici les détails que donne Aristodème sur cette fête dans le troisième paragraphe de son ouvrage surPindare. A Sciros, sur le chemin qui conduit d'Eleusis à Athènes^ les éphèbes ou jeunes gens de Tâge de puberté disputoient entr'eux le prix de la course , ayant à la main , pendant qu'ils couroient, une branche de vigne garnie de ses raisins; la longueur de la course étoit depuis le temple de Bacchus jusqu'à celui de Minerve Scirade. Le vainqueur recevoit un vase qu'on appeloit le pentaplaos , et il étoit admis au festin des jeunes gens : on appeloit ce vase pentaplaos , parce qu'il contenoit cinq choses, du vin, du miel, du fromage, de la farine et un peu d'huile j les jeunes gens étoient choisis parmi les plus nobles familles de chaque tribu , tous dévoient avoir leur père et leur mère vivants. Lo heu du port de Phalére où étoit situé le temple bâti par Sciros, s'appeloit Oscophore, c'est ce qui donna le nom à ces fêtes; d'autres disent qu'elles le tiroient de ^ajyiv y branche de vignes que les jeunes gens portoient en courant dans la procession. Ces jeunes gens étoient suivis par deux autres habillés en femme et par un
^^ !• Pollux , ibid. — Dinar cb. , Orat. adv, Aristog.
irjT, BACCHUS
chœur qui chantoit les louanges des premiers : ce chœur s'appeloit oscophorique. Des femmes les accompagnoient^ portant sur leurs têtes des corbeilles^ Ton prenoit pour ces fonctions les plus riches de la ville j toute la troupe étoit précédée par un héraut qui avoit à la main un bâton entouré de rameaux ^^^ Pendant les libations^ on s'écrioit EleleUf louy lou; voici Forigine que Plutarque donne à ces différents rites ^^ j quand Thésée , de retour de son heureuse expédition contre le minotaure de Crète, fut près de FAttique, transporté de joie , il oubUa de mettre sur son vaisseau la voile blanche qui devoit être pour Egée le signe de rheureuse déUvrance des Athéniens. Egée qui crut son fils mort , se précipita du haut d'un rocher et se tuaj cependant Thésée étant entré dans le port de Phalère, envoya un héraut à la ville porter à son père la nouvelle de son arrivée. Le héraut trouva sur son chemin un grand nombre de citoyens qui déploroient la mort du roi j néanmoins^ on Je reçut avec de grandes démonstrations de }oie, et on lui présenta des couronnes pour l'heureuse nouyeUe qu'il apportoit. H accepta les couronnes^ mais au lieu de les mettre sur sa téte^ il en entoura son caducée : à la nouvelle de la mort de son père , Thésée et ses compagnons montèrent précipitamment à la viUe, en gémissant et poussant de grands cris;
^^ Sehol. Nicaiidr., Alexipharmac. = ^ Plut., VU. IlitsL^ cap. ao, 21.
DIONYSItS. 273
de là vient qu'encore aujourdliui , dans la fête des Oscophories, on ne couronne pas le héraut^ mais seulement son caducée, et qu'après les libations, toute l'assemblée s'écrie: Èleleu^ lou, lou. Le premier cri est celui de gens qui se hâtent et qui sont dans la joie , le second marque Fétonnement et le trouble. Thésée n'avoit pas conduit en Crète toutes les filles qui étoient tombées au sort ; il avoit pris deux jeunes gens qui avoient les traits aussi délicats que de jeunes filles, mais qui étoient pleins de courage et de résolution : à son retour, il ordonna la fête des Oscophories à laquelle assistèrent ces jeunes gens habillés en filles. Des femmes appelées Deipnophores, étoient associées à la fête et au sacrifice qui Faccompagnoit : elles représentoient les mères des enfans tirés au sort, leur apportant toutes sortes de provisions de bouche,- elles débitoient des contes, comme le faisoient ces mères à leurs enfans, pour les consoler et soutenir leur courage.
Quelques-uns prétendent que la fête des Oscophories a été instituée en l'honneur de Bacchus et d'Ariadne ^^^ j mais Proclus dans sa Chrestomathie, dit que Thésée institua cette fête pour rendre grâces à Minerve et à Bacchus par la protection desquels il avoit délivré sa patrie du honteux tribut qui lui étoit imposé : ces deux divinités lui avoient , dit-on , apparu dans l'île de l)ia ou Naxos; U se
^^ Plut., VU. Ihes.f cap. 20, ai. *
ToMB m. 18
servit de deux jeunes gens élevés dans Fombre , comme ministres , pour célébrer ces cérémonies sacrées : aussi Meursius est-il d'avis qu'au lieu de Bacclius et d'Ariadne , il faut lire dans Plutarque Bacchus et. Minerve. Meursius prétend que les Oscophories et les Scirades ne sont qu'une seule et même 'fête; Corsini distingue au contraire ces fêtes , il donne les scirades comme une fête particulière à Minerve, ou selon d'autres, aux divinités éleusiniennes^ et les oscophories, comme une fête particulière à Baccbus , qui diffère des scirades par le lieu et par le temps de la célébration. Comme les motifs qui fondent l'opinion de Corsini sont d'un grand poids et que j'ai adopté son opinion , je vais les rappeler ici succinctement : ,
D'abord, la procession des scirades partoit de la citadelle d'Athènes, et se rendoit à Sciros qui est situé sur la voie sacrée entre Athènes et Eleusis , tandis que la pompe des oscophories alloit du temple de Bacchus au temple de Minerve, non à celui qui étoit situé dans le bourg de Sciros , mais à celui qui étoit à Phalère. En second lieu , les scirades se célébroient le douze du mois de scirophorion ou au printemps, et les oscophories dans le mois de pyanepsion ou en automne : voici comment Corsini prouve ce fait qui est bien plus concluant encore que le premier. Corsini argumente, pour la différence des temps, du fait même cité par Aristodème et rappelé par Meursius, que dans les oscophories les éphèbes disputoient le prix de la course^
ayant à la main , pendant qu'ils couroient , une branche de vigne garnie de ses raisins : Proclus ajoute /^^ qu'ils étoient dans leur fraîcheur. Or, il est certaiti que, si les ëphèbes pprtoient des raisins dans leur fraîcheur , ce rite ne pouvoit pas avoir lieu dans le printemps, mais seulement en automne : un passage décisif de Plutarque démontre la justesse de cette conséquence tirée par Corsini. Plutarque dit textuellement que ce fut Thésée qui étabht les oscophories ^^^ et qu'il les étabUt à son retour de Crète : or , le même auteur ^^ fixe le retour de Thésée au sept du mois pjanepsion qui correspond au mois d'octobre. Le rite usité dans ces fêtes et qui subsistoit encore du temps de Plutarque de faire bouillir ce jour-là des légumes, venoit, dit-on, de ce que les jeunets gens que Thésée avoit heureusement ramenés, firent cuire dans une même marmite tout ce qui leur restoit de vivres et les mangèrent ensemble. On ne sauroit nier qu'il y ait une très grande ressemblance entre ce rite et celui qui avoit fait donner au second jour des Dionysiaques le nom de la fête des Ghytres. On portoit aussi dans ces fêtes une branche d'olivier entourée de laine qui étoit semblable, disoit-on, à celle qu'avoit Thésée avant son départ , lorsqu'il fit sa prière aux dieux y elle étoit garnie de toutes sortes de fruits, et l'on chantqit l'hymne suivant : Rar^eau précieux , tu portes
^*^ Proclus, in Chreslomath.=^ Plu!., in Thes.t cap. ai.=t . ^ Id.j cap. ao.
276 BÀCCHtS
des ^gues et du froment', le miel délicieux et Fhuile salutaire découlent de tes branches sacrées; nous chérissons en toi la source prospère , d^où découle ce vin , doux nectar, ijui enivre les vieillards et qui leur procure un sommeil bienfait' sant. On reconnoît dans cet hymne Tesprit des premières fêtes, qui n'avoient d'autre objet que Tagriculture et la reproduction ; on y retrouve même le mot consacré dans les initiations des Dionysiaques, qui nous a déjà été donné par Platon : aussi dit-il que les oscophories se célébroient en ^ l'honneur de Bacchus, parce que Thésée et ses compagnons arrivèrent à Athènes , pendant la récolte des fruits. Les oscophories étoient donc une fête différente des scirades , les premières appartenoieht plus particulièrement au culte de Bacchus , et elles étoient commémoratives du voyage de Thésée en Crète^ tandis que les scirades appartenoient à Minerve Scirade , et avoient reçu des interpolations du culte d'Eleusis.
Les Sthéniçs étoient une fête à peu près semblables aux scirades, Aristophane en parle dans les thesmophories ^*^ : ce Elle auîoit dû, dit-il , avoir » la première place aux Sthénies, aux scirades, » et aux autres fêtes que nous célébrons. » Les Sthénies étoient donc une fête que les femmes célébroient entr'elles , comme le remarque Suidas : tt Les Sthénies , dit-il , et les Scires sont des fêtes
,^ Aristoph./v. 84ï.
DIONTSIUS. ^77
)) particulières aux femmes. » La nuit de cette fête, dit le lexique de Photius, les femmes se plaisantent et se raillent les unes les autres : elle se çélébroit au commencement du printemps^ dsuïs le temps que les bleds donnoient de grandes espérances^ c'est pourquoi on se livroit pendant cette fête à la joie et aux railleries.
Il y avoit dîms FAttique une fête appelée Pseonies, comme le prouve ce vers des Acharniennes d'Aristophane :
AXX' ovxi vvvï xinfiepov Tiaewvea. ^^^
At hocUey nunc haud celebrantur Pceonia.^
On trouve chez les anciens une très grande divergence d'opinions sur la divinité à laquelle ces ^ fêtes appartenoient : le scholiaste d'Aristophane dit qu'elles étoient consacrées à Apollon; Pausanias nous apprend qu'il y avoit à Athènes une statue et un autel de Minerve Pœonia, dont parle Plutarque dans la vie de l'orateur Lycurgue. Enfin Hésychius dit que Bacchus étoit appelé Paeonien : il est facile d'accorder Hésychius avec le scholiaste d'Aristophane , puisqu' Apollon et Bacchus étoient souvent adorés comme la même divinité , mais il n'est* pas possible de les accorder avec Pausanias; d'après les deux premières autorités, il faudroit admettre que les Pseonies n'avoient rien de commun avec Minerve Pœonia.
Le lendemain des Dionysiaques, on célébroit à
**^ Aristopb. , Acharn, , act. V , scen. a , v. i a 1 1.
Athènes les l'êtes de la Lune comme sœur de Baçchus qui étoit le Soleil sous certains rapports : ces fêtes s'appeloient Pandia ^*\ Cicêron fait la Lune mère de Bacchus^ il dit qu'elle est la même que Sémélë. Les anciens trouvoient encore d'autres rapports de la Lune avec Bacchus et même avec Cêrès : ces trois divinités présidoient également aux fureurs. Nonnus ^*^ dit, en parlant de la Lune :
JEqualis vero Baccho Begi furoris aliter sentientis.
On joignoit Cérès à ces deux divinités-, et on les invoquoit toutes les trois pour éloigner les fureurs et la folie.
On donnoit à Athènes le nom de Démétries ou Démétriades à la plupart des fêtes de Cérès ou de Deméterj mais dans la suite, Déraétrius traita la déesse en conquérant, et plusieurs fêtes du nom de Démétriades furent instituées en riionneur de Démétrius par les Athéniens , qui poussèrent la bassesse de la flatterie envers ce prince à un point incroyable. Ils lui donnèrent ainsi qu'à son père Antigonus le titre de dieux sauveurs : ils nommèrent un prêtre des dieux sauveurs , qui devoit être réélu tous les ans, et dont le nom sçroit mis à la tête de tous les actes publics.
<*^ Dëmosth. , adv. Mid, — Ulpian., Enar. ^=z ^ Nonpus, XLIV.
Ils décrétèrent que les portraits de ces deux rois seroient brodés parmi ceux des autres dieux sur le voile de Minerve. Le lieu où Démétrius étoit descendu dé son char , fut consacré ; on y éleva un autel à Démétrius descendant du char. Ils ajoutèrent deux nouvelles tribus aux anciennes^ la tribu Démétriade et la tribu Antigonide : il devoit y avoir cinquante sénateurs de chaque tribu, et le sénat des cinq cents fut porté à six cents. Stratoclès Fauteur de toutes ces basses flatteries , fit ordonner que les ambassadeurs qui seroient envoyés vers Antigonus ou Démétrius^ auroient le titre de Théores. Un autre flatteur voulant enchérir sur la bassesse de Stratoclès, ordonna que Démétrius, toutes les fois qu'il viendroit à Athènes, y seroit reçu avec les mêmes offrandes qu'on faisoit à Cérès et à Bac* chus , et que celui des Athéniens qui auroit surpassé tous les autres par l'éclat et la magnifieence de ses dons , recevroit du trésor une sonmie d'ar-* gent dont il feroit offrande aux dieux : on changea le nom de Munychibn en celui dé Démétrionj le deriri^rjour de ce mois qu'on appéloit la vieille et là'' fiteùrveUe lune , fut nommé Démétriade , et les Dionysiaques ainsi que les fêtes de Cérès, Cerea^ Ua ^^^ , prirent le nom de Démétriades.'
Mais ce qu'il y eut de plus étrange dans toutes ces flatteries, c'est le décret de Dromoclide, du bourg de Sphettie, qui ordonna que pour la consé-
^^ Vlut., FiU Demelr., cap. i5.
cration des boucliers dans le temple ' d'Apollon à Delphes^ Toracle fût rendu par Démetrius. Plutarque rapporte les propres termes du décret ^^^ ; suivant Diodore de Sicile ^*^ , il fut décrété que tous les ans il y auroit des jeux publics^ qu'on feroit des sacrifices, et qu'on célébreroit une fête religieuse en l'honneur de Démétrius* C'est dans cette fête que furent transportés les rites des Dionysiaques , Démétrius y étoit représenté assis sur le globe terrestre ^^ : Meursius prétend qu'elle fut célébrée le 3o de munychion, et que la célébration des anthestéries fut remise à cette époque^ mais rien ne prouve cette assertion j Gorsini l'a rejetée avec raison comme invraisemblable. Plutarque cité par Meursius, dit seulement que les rites des Dionysiaques furent transportés dans les. démétriades; du reste, Démétrius voulut être initié à tous les mystères à Athènes et affranchi de toutes les lois qui précédoient l'initiation. ^*>
f IV. Bacchus Eleuthère ou Liber.
Suivant une tradition rapportée par Diodpre de Sicile ^^^ , Bacchus rendit la liberté à sa ,^/^^f d'où il fut appelé Ekuthère par les Grées ^^ , et il fonda une ville du même nom pour perpétuer le souvenir de ce bienfait. L'éleuthérie signifie en général la Uberté , par. opposition à la servitude:
<*> Plut. , ht. Demetr. , J i5. = ^ Diod, Sic. , lîb. XX. = (^^ Atheu. , lib. XIT , cap. 9. — Eastath. , 1 1 , t . = ^*^ Harpocr. , v/Àvi7r6T«poç.= ^^ Diod. Sic, lib. IV.^ *^ Plut., Quœst. roman.
OIONtSItJS. a8i
l'ëleuthërie des villes grecques, dit Xénophon, ne reconnoissoit point de supérieur sur la terre. Les esclaves qui avoient recouvré leur liberté, célébroient des éleuthéries particulières ^*\ Les Samiens et les habitans de Smyrne avoient une fête qu^on appeloit Eleuiheria , c'étoit la fête de la liberté ^^^ : à Trézène, on avoit élevé un temple au soleil Eleuthère, hommage bien mérité, dit Pausanias, que les Trézéniens rendirent à ce dieu , lorsqu'ils se virent à l'abri du joug de Xerxës et des Perses ^^\ C'est dans le même esprit et en mémoire^ du même événement, que les Platéens célébroient, tous les cinq ans en l'honneur de Jupiter Eleuthère, des fêtes pour la liberté qu'il avoit donnée à la Grèce. « Tout proche de Platée , dit Strabon , étoit Eleuthère : c'est là que les Grecs, réunissant leurs forces, exterminèrent Mardonius et ses trois cent mille Perses ; c'est là qu'ils consacrèrent un temple à Jupiter Sôter (Libérateur), et qu'ils instituèrent là fête dite Eleuthérienne, où il y avoit un combat gymnique , qui portoit aussi le nom à!Eleutheria^ et dont le vainqueur recevoit une couronne de laurier ^^\ » Après cette célèbre victoire, Aristide convoqua l'assemblée générale de la Grèce, où il proposa le décret portant que tous les cinq ans on y célébreroit les jeux éleuthériens ; ce décret ayant été approuvé, les
^*^ Plat., Parallel. — Stuckîus , Conviv» , lîb. I, cap, 22, "p. ^7. = ^^'BàsiUce, Eleuiheria agilo, ( Plaut. , Persa , act. I , scen. I > V. 29.==^'* Pausan., Corinth. , cap. 3i, = ^*^ Strab, lib. IX, p. 43* •
Platéèns de leur côté se chargèrent dé faire tous les ans des sacriGces en l'honneur des Grecs tués en cette bataille. A peu de distance des tombeaux de ces Grecs, on avoit élevé un trophée en bronze , un autel et une statue de Jupiter Eleuthère^^^ en marbre blanc y devant lesquels les Athlètes couroient armés. ^^
Il y avoit dans la plaine même d'Eleuthère, un temple de Bacchus qui étoit particulièrement adoré dans cette partie de la Béotie. Les habitans d'E- Icuthère se gloriGoient de lai avoir donné naissance ^^^' : c'est de là que Pégase, un de ses habitans , transporta le culte de Bacchus à Athènes où il porta l'ancienne statue en bois qui étoit dans le temple d'Eleuthère. Celle qu'y a vue Pausanias n'en étoit qu'une copie ^^K Cette ancienne statue fut placée dans le templede Bacchus aux Limnes : tous les ans, lé jour même des Dionysiaques, on portoit processionnellement celte statue de Bacchus Eleu-' thère dans le petit temple de Diane , qui étoit au Céramique , dans l'enceinte sacrée , où étoit aussi la statue de cette même déesse , surnommée très bonne
^^^ Jupiter £letithèfe avoit un temple à Athènes. C^est sous le portique dç ce temple qu*on consacroit les boucliers des guerriers morts en combattant pour la patrie , avec une inscription en leur honneur. Sjlla et son armée enlevèrent ces boucliers et leurs, inscriptions (Pausanias, Pkocic. , cap. ai. )• Jupiter Ëleuthère y à Syracuse , ëtoit couronné de laurier*
^ Pausanias , Bœoiic. , cap. 2. = ^^ Diod. Sic. , lib. III. = ^*> Pausan. , AtUc, , cap. 38.
DIOMYSIUS. 283
et très belle ^>. Le Bacchus Eleuthère de la Béotîe et d'Athènes, étoît donc le même que Bacchus Dionysius, que les Grecs avoient reçu de Pégase d'Eleuthère , et qu'ils adorèrent plus généralement sous la dénomination de Dionysius que sous celle d'Eleuthère, tandis que le nom de Liber fut uni-» versellement donné chez les Romains à la même divinité qui , ainsi que Dionysius chez les Grecs , étoit adoré sous les deux rapports du dieu des mystères et du dieu du vin : les Liberalia'k Rome étoient la même fête que les Dionysiaques à Athènes. C'est sous le rapport de principe producteur revêtu du caractère du àigne du printemps, que Bacchus fut d'abord fêté dans les Liberalia : aussi cette fêtç étoit-elle appelée Agordum martiale, dans le chant des Saliens^\ Cicéron distingue Bacchus fils de Ju- . piter et de Sémélé , du dieu Liber dont la divinité avoit été consacrée avec celle de Gérés et de la déesse Libéra ^^ Ce sont les trois divinités des mystères, et Libéra étoit le nom que les Romains donnoient à Proserpine. JJn temple avoit été élevé à Rome en l'honneur de ces trois divinités près du grand Cir-
^'^ Pausaoias , AUic. — Çum Dionysia essent et in Meademiam deferretiir .in Certunico Bacehi simuLaçhrum ^ eivibus pariter ac peregrinis potum pràsbeas ( Philastmt^ , in Hèrode sophist ). Suivant S. Clément d'Alexandrie , Bacchns avoit dans Athènes on temple de Bacchus Eleuthère , qui fut détruit par Darius. ( S. dem. Alex., Cohorte ad Génies. , p« 47* ) •
^ Varro , de lingua Uuina, lib. V, p. ^6é — Macrob. > Saium.j lib. I, cap. 4. = ^•> Cicer. , de JVaturd deor., lib. II, J i4-
a84 BACCHUS
que ; ce temple , qui avoit clé bâti par A. Posthumius et détruit par le temps , fixt reconstruit par Auguste , et achevé sous Tibère qui en fit la dédicace ^^\ Sur toutes les médailles qui nous sont restées dés jeux solennels célébrés chez les Romains en l'honneur de Gérés ^ on joint toujours à cette déesse Bacchus et Libéra fille de Gérés , la même que Proserpine^*^ Cicéron, nouvellement désigné édile, se glorifioit des fonctions qu'il avoit à remplir , pendant sa magistrature ^ dans les jeux donnés pendant les fêtes de Cérès , Liber et Libéra ^^\ Une médaille de G. V. Varus ^^^ présente d'un côté la tête de la déesse Libéra ^^^ couronnée de Uerre, et au revers un tigre et un thyrse, symboles de Bacchus, un autel qui marque la part que Gérés avoit à ces jeux, et sur cet autel un masque, pour signifier les jeux scéniques qui faisoient partie de ces fêtes ^^. On s'abstenoit
<*> Tacit., Ann. , lib. II , § 49.= ^ Gmter , p. 8.4, no. S.— Reinesius, Inscript, Class.l, noiio.
^ Mihi ludi sanciissimi maxima cum ceremonia, Cereri, Uhero lÀberœquefaciundL (Cicer., in Verr,j lib. V, cap. i4*)
^^ Morel, Thesaur,, lab. I , no 6.
^ Quelquefois les Romains donnoient Libéra ou Proserpine pour femme à Bacchus. Dans Ovide , Baccbns dit à Ariodne : 7\i mihijuncta toro , mihijimcta vocahuta sitme,
Jam tibi mutatœ Libéra nom$n erit (Ovid. , Fast. , lib. III , V. 5i I.). — Ovide est le seul auteur qui ait donné li Ariadne le •nom de Libéra.
(6) xertulli«n dit , dans son livre ^ Spectaculis ( cap. 10.), que Bacchus avoit institué les jeux scéniques qui furent appelés de son nom Dionysia, et par les Laitins Liberalia»
de les donner lorsque la république étoit en deuil , parce qu'il falloit y assister avec des vétemens blancs ^^^ : la nouvelle de la bataille de Cannes fit cesser la célébration de ces jeux ^K Les Liberalia étoient à Rome des fêtes fixes , elles se célébroient chaque année au dix-sept de mars t c'étoit à cette époque et pendant ces fêtes, que les jeunes gens quittoient la robe ppétexte pour prendre la robe virile. Cicéron écrit à Atticus que son frère Ta chargé de faire prendre la robe virile à son fils le jour des Liberalia ^^^ j cette cérémonie de la prise de la toge vif ile se faisoit avec la plus girande solennité , cette robe étoit le symbole des citoyens et les plaçoit au rang des hommes libres ^^^ : « Pourquoi, dit Ovide, donne-t-on la toge libre au jour de ta fête, ô Bacchus! est-ce parce que la jeunesse brille toujours sur lôn frmit, et que tu tiens le miheu entre les deux âges? c'est peut-être parce qu'étant père ,^ les pères recommandent aux soins de ta divinité^ leurs ènfans gages de leur tendresse , ou bien parce que
^^ Aïba décent Cererem, vestes cereaUhus Mas
Sumite; nunc pidli Feneris usus abesL (Oyld,y Fast,^ lib. IV, V. 6190
<^Tite-Live,lib. XXII, cap. 56.
^ Cicer. , odAUic, lib. VI, Ep. i.
^^^ Interea tacito passa labentibus annis ,
Ubervor fraJtri suniia mihique ioga est. (Ovid., Trist.f î\,
£leg. 9- )
QÙem non corrumpit pubes effrena , novœque Liberlas properaUi togœ, ( Sut., SyW. , lib. V. )
a86 BACCHVS
te nommant Liber y c'est sous tes auspices que l'on prend le vêtement libre et que Ton commence une carrière plus indépendante; n'est-ce pas plutôt parce que dans les siècles où nos ancêtres se livroient à l'agriculture avec plus d'ardeur , où le sénateur lajjouroit lui-même le champ de ses pères , où le consul quittoit la charrue pour prendre les faisceaux^ dans ces temps où on ne rougissoit pas d'avoir les mains endurcies par le travail , le peuple des campagnes venoit assister à la célébration des jeux en l'honneur des dieux 7 le dieu de la vigne avoit alors , à un jour fixe , sqs jeux particuliers qu'il partage maintenant avec la déesse armée de flambeaux; et afin que les jeunes gens pussent célébrer ces jeux, on crut ne pas devoir prendre un autre jour pour les revêtir de la toge, w
Ovide fait bien connoître un des premiers objets de ces fêtes , l'établissement de la religion , de la culture et de la civilisation : « Avant ta naissance , dit-il, les autels étoient sans culte, et l'herbe croissoit aii milieu des foyers glac&; le premier tu offris au grand Jupiter les prémices de tes conquêtes, le cinnamome et l'encens. Les objets des libations ( Libamina ) et les gâteaux ( Liba ) que l'on présente en partie sur les foyers sacrés tirent leur nom de celui de leur auteur ( Liber ) j on offre des gâteaux au dieu , parce qu'il aime leur douceur , et que le miel a été découvert par lui. Étant, sur le Rhodopeel sur les coteaux fleuris du Pangée, les cpmpagqp^s de Bacchus font entendre le son de
DIONTSIUS. 287
leurs cymbales ; tout-à-coup excitées par ce bruit retentissant , des abeilles ( noi^œ volucres ) s'assemblent et suivent le son dç l'airain : Bacchus les réunit et les enferme dans le creux d'un arbre , le miel fut le prix de sa découverte C'est avec raison que nous lui présentons le miel blanc versé dans les gâteaux brûlans. »
Les gâteaux dans cette fête représentoient les offrandes en général, suivant l'esprit des premiers âges.
Le dieu Liber étoit surtout le dieu de la reproduction : dans les Liberalia, on portoit les symboles de la fécondité sur des chars de parade j on les promenoit dans les champs, on les conduisoit dans la ville. A Lavinie ils étoient exposés un mois entier, et lorsqu'on les mettoit à leur place, la femme la plus respectable et la plus vertueuse les couronnoit publiquement ^^^ C'est alors qu'on célébroit des jeux publics, qu'on donnoit des représentations théâtrales et que l'on dressoit des tables dans les rues pour • les repas communs : on exposoit les parties viriles de Fhomme et les parties sexuellps de la femme dans les temples de Liber et de Libéra. Saint-Augustin cite un passage de Varron qui nous en donne la raison: dans l'esprit, des plus anciens théologiens romdns , les divinités Liber et Libéra présidoient à la formation des hommes et à l'émission des semences , chacun d'une manière analogue à son sexe ^^ ; Isidore re-
^^ S. Augustin , de Civ. Dei , lib. VII , cap. 31.
^ Zdberum a iiberameh(o appeilatum volunt, quody quasi
produit la même idée ^*^, c'est pourquoi on joignoit toujours le nom àe Pater k celui de Liber, et celui de Mater à celui de Libéra : cette déesse avoit des cornes, comme Isis, Gérés et toutes les déesses mères. ^*^
Dans les vases étrusques ^^ , Liber Pater est représenté avec un membre viril en érection , comme symbole de la force reproductive de la nature ^*^ ; dans leurs cérémonies sacrées, ils Tadoroient comme dieu conjugalis. Cette dénomination de Pater fat commune à tous les dieux mâles ^^^ , mais elle fut préférablement donnée à Bacchus Liber ^^^ , comme dieu de la reproduction.
Toutes les élymologies que les anciens ont données du mot Liber appliqué à Bacchus, prouvent qu'ils le considéroient comme le Bacchus des mys-
mareSy in coeundo , per ejus bene/tcium, emissis seminibus, Uberentur; hoc idem in feminis aget*e Libérant ^ quant etiam Vénèrent putant, y quod et ipsam perhibeant semina entittere y et ab hoc Libero eamdent virilent corporis parlent in templo poni, Jendneam Liberœ. ( Varr. , apud S. August* , de Civ» Dei , VI , cap. 9. )
^*' Isidor., lib. VIII, cap. 2. = ^ Spanheîm, de Usu et prœstantia numismaU, Dissert. = ^ Passer, vasa etrusca ^ n^ tioi.
^ lÂber pater, per quent planiarwn Firtus significaiur , vis efficax et genitrix eo excitetur.
^ Veteres omnes deos patres dicebant. ( Seryias y Mnmd, y Ub. I, V. 187.)
^ Pater licet générale sU omnittm deorum nomen , iamen pnh pria Libero semper cohœret. (Senrius , ad Georg. ^ lib. Il, ▼. 4*)
D10NY5IUS. a89
tèros. Servius a &it deciver le mot Liber de IJbe^ jr^re^ qu'il rapporte à la puiôfication des ames^ dans , l'appliqation théologique qu'il fait de ce mot. Bacchus avoit encore été appelé itèer par les Latins^ parce .qu'il rc^présQOtoiile soleil qui est Ebre et errant ^*^ , comQie il avoit été appelé Dionysius chez les Grecs, parce que par .son mouvement journalier d'Orient en Occident, il fait la course entière du ciel, ottô .To5 Siocvvaoii. ]Sou3 venons de voir que les habitans de Trézène désignoient le soleil sous la dénominajtion d'Eleuthère : on donnoit aussi à ^Bacchus le ;nom d'Eleuthère, a bane faciendo ^ comme on lui d<)nna celui d'Évergète , parce qu^ étoit le bienfaiteur de l'humanité; la liberté étant le plus çgr,and bienf^iit que les hommes puissent rece^ .yqÏT de la divinité, les Ropiains lui donnèrent le jBp^i de Liber , comme dieu de la Uberté. H étoit adoré dans toutes les villes où elle régnoit, et JIVIarjS|y.as son ministre fut aussi hoporé comme en étapt le symbole.
Les ïionjiains ont adoré dans Liber non-seuleinent le dieu producteur, mais encore le petit dieu symbole des productions, le fils de Gérés, le jeune lacehus : sed quod ex nobis natos liberos appel-lamus^ idcirco Cerere nati nomincUi sunt Liber et Ubera. ^'^
Les LiberaUa étant les mêmes que les Diony-
^*^ Quod Liber et vagus est (,Macrob., lib. I , p. 3i2. )= ^ Cicer. ^ de Natur, deor,, lib. II, cap. 24»