Chapitre h
Compagnons de Bacchus.
$ f . Des Satyres. -^ Des Silènes ou de Silène. — $ s. De Pap , des Fans , des Egîpans , des Panisques. — $ 3. Des Baccliantes«-^£lle$ ëtoient considérées surtout comme danseuses*
. —De la danse comme partie principale du culte de Bacchus*
§ l. Des Satyres,
Les Silènes, les Satyres, les Ménades, les Pans ^ les fiacchantes , en un mot tous les compagnons de Bacchus , que l'on supposoit former son cortège ou iaire partie de ses armées ^ n'étoient que des personnages fabuleux ^ représentés allégoriquement dans les cérémonies de son culte par ceux qui les célébroient.
La fable des Satyres paroît être ^ez les Grecs plus ancienne que celle de Bacchus et des Silènes , comme le prouvent la fable d'Argus Panoptès, d'Amymone , etc. L'histoire de Silène n'appartient probablement pas aux anciennes fables delà Grèce; Homère n'en ùât aucune mention : il n'est pas davan-
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tage question de Silène dans laThëiogpnie d'Hésiode. La plus ancienne mention peut-être qui ait ëtë faitp de Silène ^ comme finsant partie du chœur de Bacr chus , se trouve dans un des hyi^mes attribues à 0]>phée ^^^ Cet hymne, très court, est précieux par les détails qu'il donne sur Silène, et en ce qu'il donne l'ide'e qup s'en formoient |es Ancieni^
(c Ecoute-mai, ô vénérable père nourricier de » Bacchus , qui F^s élevé ! O le plus émineut des » Silènes I honoré par les dieux et par les hommes » dans les fêtes triétérique^. Charte initiateur, » vénérable conductejir du thiase des pasteurs, >) jpyeux, actif, prenant part aux plaisirs de la jeu- » nesse , tu ^ssiçtes à 1^ divine cérén^onie ^ec tous » les Satyres qui guident et frappent des bêtes » féroces y chantant les hymnes joyeux de Bacchus , » et conduisant les fêtes brillantes du dieu du vin » avec les bacchantes , célébxant \^s oi^gies n.oc- » turnes et leurs cérémopie^ ^opràesp maniant le » thyrse et se livrante Ifi. joie w JCtdieu des thias^.))
Il n'y arien de si incertain que l'histoire de Silène; .€str-ce un seul personnage ? il y en a-t-il eu plujsieijirs? JSx^ poujroit dire avec Luci^èçe, qui es-tu ? ,d'aù viens-tu ? à quel pays appartiens-tu ? Les écrivains de Fantiquité en pnt parlé^ ^ntôt conune^'^n personnage luiique j ^pXo,t comme iy^ne certaine espace de dieux, de démons, de monstres et d'hon;imes. D'après le témoignage le pl^s gé^ral des j^n-
co
Orph. , ffymn. 55 , p. i5. Escbem^ach,
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ciens. Silène a ëtële ûom d'une race j mais il résulte des mêmes témoignages qu'il y a eu un archi-Silène, ou un chef des Silènes qui a été le père nourriâer, le précepteur et le compagnon de Bacchus , lequel , suivant Texpresâion de Diodore de Sicile ^*^ , avoît contribué à son mérite et à sa gloire. Il y a eu des Silènes de diverses natures , de difFérens pays , les tins ont vécu solitairement, les autres en commun : toutes ces variétés ont été recueillies par Gessner, mais nous devons nous borner à celles qui ont rapport an culte de Bacchus.
Les Silènes tiroient leur nom du mot liklalveiv ; ufllXoç signifie invectives^ injures , sarcasmes , mauvaises plaisanteries. Parmi la foule d'étymologies données à ce nom, c'est celle qui m'a paru la plus vraisemblable , en même temps qu'elle est plus en rapport avec le culte de Bacchus. Dans Lucien , Momus se plaint que Bacchus ait amené au conseil des dieux , son chœur composé de personnages rustiques et particulièrement de Silène : « Et d'abord, » parlons , dit Momus , de ce Bacchus , de ce plai- » sant dieu à moitié homme , qui n'est pas même » Grec du côté de sa mère, petite^fille d'un certain ^) Cadmus, marchand de la Syrophénicie. Puisw qu'on Fa jugé digne de l'immortalité , je ne dirai » rien de ses mœurs, de la bandelette qui retient » ses cheveux , de son ivresse , de sa démarche » chancelante : vous voyez tous à quel point il est
5^ Diod. Sic. , lib, IV, cap. 2.
yi eSRâniné , toujours agite d'une espèce de fureur^ )> et exhalant dès le matiii l'odeur 4u vin pur. Il a » introduit parmi nous une tribu toute entière, et )> il ne vient ici qu'en traînant à sa suite un ekœui^ » de danse. Il îl fait autant de dieux , de Pan , de » Silène, de ses Satyres, hommes rustiques et che- » vriers pour la plupart , qui ne marchent que par. » sauts et par bond&<,. et dont la figure est tout-à<^ » fait étrange. L'un d'eux a des cornes au front, sesr » jambes et ses cuisses sont-celles d'une chèvre, et » la longueur de sa barbe le fait ressembler à un » bouc. L'autre est un petit vieillard chauve dont » le nez est camus; il est presque toujours monté » sur un âne : ce personnage nous vient de la Lydie. » Les Satyres ont de longues oreilles droites, le » front chauve , et armé d'une corne semblable à ». celles des chevreaux nouvellement nés : ils sont » Phrygiens^ et ont une queue derrière. Vous » voyez» quels sont les dieux que le brave Bacchus » nous a créés. D'après cela nous serions étonnés M du mépris que les kommes ont pour nous, lors- » qu'ils voient des dieux si ridicules œt d'une figure » si monstrueuse. le ne parle point encore de deux » femmes qu'il a amenées avec lui ,.d'une Ariadne sa » concubine dont il a placé la couronne parmi les » astres , ni d'une certaine Erigone , fille d'Icarius , » paysan de T Attique ; mais ce qu'il y a de plus )) ridicule, c'est qu'il a introduit parmi nous le » chien de cette Erigone , de peur que la jeune )) fille n'eût le chagrin de ne pas avoir avec elle dans
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M les deux eô fidèle compagnon de son enfoncé^ ji qu'elle aiiiia avec tant de tendresse; une telle con- )i dmte n'ést-ellé pas tin outrage, ou plutôt n'est-ce ^ pas le cbhible de la folie humaine ? » ËHen n'bsé pas oûyet^tement appeler Silène un dieu^ mais qùbi-iqu'il fôt par sa, naissance ( Ëlien dit qu'il étoit fils d'titië nynipîié ), d'un ordre inférieur aux dieux, consme eùl néanmoins il ctbk immortel , et d'une nature fort supérieure à celle de l'honime ^^^. Silène Aoit donc mis ♦au nombre de» dieux , et Nonnus lé place dans cette classé : il est vrai que les Anciens abusbient du nom dé diieu. Straboh nous apprend qu'ils donnoient cette qualification non-senli^nent aux dieux niémes , mais a leurs ministres et à leurs compagnoîis y et il cite un pôëme d'Hésiode où les nymphes sont appelées déesses. Suidas et l^auteur de VEtjrmologicum magnum prétendent que Bac* chus étoit Silène lui-même , mais on ne trouve pas ailleurs cette opinion.
n y a encore plus de diversité sur les parens de Silène ou des Silènes j mais, suivant l'opinion la plus générale, ils étaient fils de Pan et de la terre, ou, suivant d'autres, d'une nymphe : on a fait les Centaures pères dés Silènes ; mais on a ïnélé le sang des Centaures , des Silènes et des Satyres , parcfe qu'ils éloient les uns et les autres très avides de vin : on en a fait une famille de buveurs.
Silène àppartenoit à la Lydie , suivant les uns, à
H£lian.^ BistMv., Ub. III, cap. i8.
laPhrygie suivant d'autres: Tertullieuappello Silène Phrygien. Les Macédoniens^ d'après Hérodote^ rédamoient Silène ; mais il y étpit vewx de la Pluygie. Catulle dit que Bacchus alla à la recherche d'Ariadne arec les Silènes Nisjrgem»} il leur assigne doncNysa pour patrie : les Silènes ont eu cela de commun avec Bacchus y que toutes les villes de Nyses ont Tédamé l'honneur d'avoir ete leur karoeau. D'ailleurs JVjrsœus y eonniie ikhis l'avons vu, est aen^ seulement le surnom de Bacchua et de Silène^ mé& le nom et l'indication d'un lieu consacré à Bacchus^ et comme le culte de Bacchus étoit répiMidu par toute la^erre , partout le culte de Silène étoit )oint à celui de Bacchus.
A Athèiœs y non loin de la statue érigée à Iiea^ia^ on voyoit une pierre assez peu élevée pour qu'un homme de petite taille pût s'asseoir dessus : on dit que Silène s'y reposa, lorsque Bacchus vint dans l'Attiqwî, <i>
Les habitans de la ville de Pyrrichus , dans la Laconie, prétèndoient que Silène y qui portoit aussi le nom de Pyrridius , quitta Malée pour venir de-menrer dams cette ville, à laquelib il donna son nom. Un passage de Pindare nous apprend que Silène étoit né à Malée : Bacchus y ce dieu vaittanty et ami de la danse y élèpe de V époux de Nais , de Siène y que Malée vit naître. Sur la place de cette ville, il y avoit un puits sans lequel les habitans au-
^*^ Paasan., Kb. ly cap. a3.
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roient manqué absolument d'eau, ils croy oient que c'étoit un don de Silène.
On voyoit sur la place publique à Elis, un temple de Silène , mais un temple qui lui étoit particulier , sans que Bacchus en partageât les honneurs : Métlié, la déesse de l'ivrognerie , lui versoit du \in dans une coupe. ^*^
Dans la citadelle /d'Athènes, Minerve étoit représentée frappant le Silène M arsyas , pal*ce qu'il ayoit ramassé les flûtes que la déesse avoit jetées, et dont elle ne vouloit pas qu'on se servit ^^^ Cette tradition , rapportée par Pausanias , avoit été rejetée par un grand nombre d'écrivains grecs. Athénée cite le passage de l'Argo de Téleste de Sélinunte ^^> : « Je présume qu'un homme sage ne croira pas que » la déesse Minerve ait jeté loin d'elle là flûte , ef- » frayée de la laideur qu'elle contractoit en jouant yy de cet instrument; car il fut la gloire du Silène » Marsyas, tant il en jouoit habilement. Cette tra- » dition, contraire au plaisir des chœurs, ne vient » que de quelques poètes futiles qui l'ont répandue » dans la Grèce , pour décrier les avantages de cet » art. . . . Bacchus acquit ce talent divin , et joi- » gnit toutes les grâces à un jeu aussi rapide que le » vent. »
Les flûtes phrygiennes avoient été inventées par Olympe et Marsyas : Tiritès en introduisit l'usage
^*^ Pausanias , lib. VI ; cap. 24. = ^^ Fausan., lib. I, cap. 24* ï=: ^} Alhen., VSù. XIV , cap. 2.
dans les cérémonies sacrées de la mère des dieux, Tiritès étoit un Lybien nomade ; c'est pourquoi , suivant Douris , dans son Histoire d'Agathocle , les poètes désignoient la flûte sous le nom de lybis ^^^j mais les traditions phrygiennes attribuoient à Cybèle l'invention de la flûte composée de plusieurs tuyaux: elle guérissoit par des purifications et par la musi* que les maladies des enfans et celles des troupeaux; . elle avoit pour ami Marsyas, homme recommandable par son esprit et par sa tempérance; il donna des marques de son génie en inventant la flûte simple y qui rendoit seule tous les tons de la flûte à plusieurs tuyaux. Marsyas accompagna Cybèle partout y ils arrivèrent ensemble chez Bacchus à Nyse , où ils trouvèrent Apollon. Après le fiimeux combat qui s'étoit élevé entr'eux, Apollon, désespéré de l'avoir écorché vif, consacra sa lyre et les flûtes de Marsyas dans l'antre de Bacchus. ^^
Marsyas étoit donc^ sous certains rapports, le même personnage que Silène, ce qui rappelle le mélange des rites phrygiens avec ceux de Bacchus. Marsyas étant un personnage propre au culte de la Grande-Déesse, devoit nécessairement figurer dans celui de Bacchus.
Le principal caractère de Silène est d'avoir été le père nourricier , le précepteur de Bacchus^ le directeur de ses études , son guide dans ses actions les plus éclatantes et son fidèle compagnon. Il lui donna
^*> Athen., ibid. = ^^ Diod, Sic, lib. 111, cap. 58, Sg.
les premiers soins dès son beroean ^ dam l'antre de Pïysa. Nëmésianus en a fait un tableau fort ingénieux ^*^ dans ces vers :
Quin et Silenus parvum y eneratus altunnum , A ut gremio fovet , aut resupîms sustinet ulnîs , Et Tocat ad rîsiim digito, motnque qnietem Alliciti aut tremulis q^aesat crepitacnla palmiB. Oui deus arridens , horrentes pectore aetefl Yellicat» aut digitis aures adstriDgit acutas^ Applauditve manu mutilum ciaput, autbreye mentum. Et sûnas tenero collidit pollice nares.
La forme et la figure de Silène, dont Némésianus présente ici quelques traits^ sont bien connues : tous les auteurs anciens en donnent la description. On le retrouve fréquemment dans les recueils nombremc des pierres antiques j il étoit laid, Alcibiade lui compare Socrate. Les Grecs, assiégés par le roi Antigonus , faisoient des plaisanteries sur sa diflSwrmité , sur sa petite taille ^ sur son nez brisé ,. et ils le comparoient à Silène. II roe réjouit , dit Antigonus, qu'il y ait un Silène dans mes armées^ j'en 'espère d'heureux succès. Silène commandoit Faile droite de l'armée de Bacchus dans k guerre des Indes , et il fut l'ame de son conseil. On regardoit dans cette occasion Silène conune l'emblème de la sagesse et de l'éloquence. Lucien a donné une description fort curieuse de Tarméé de Bacchus dans les Indes , ^ de Silène l'un de ses chefs , de sa struo-
5*> Nëmésianns , Ed. III , v. 117.
ture et àe sOû caractère. « Les Indiens^ dit Lucien, que leurs espions avaient instruits de la composition de Farmée de Bacchus la méprisèrent d'abord ; elle étoit composée d'une troupe de femmes insensées et furibondes, couronnées de lierre, revêtues de peaux de faon ; leurs armes consistoient. en de petites lances de bois sans fer , et en des boucliers légers , qui résonnent pour peu qu'on les touchent (ils avoient pris les tambours des bacchantes pour des boucliers). De plus, on Voit dans cette armée des jeunes gens rustiques qui dansent la cordace; ils ont des queues et àes cornes semblables à celles des chevreaux nouvellement nés. Le général de ces troupes, traîné sur un char attelé de pahthères , n*a point de barbe ; 8es joues ne sont pas même ombragées d'un léger duvet ^ son front, orne de cornes, est couronné de grappes de raisin , et sa chevelure flotte retroussée sous une bandelette j il porte un vêtement de pourpré et une chaussure dorée. Deux lieutenans commandent sous ses ordres j l'un est un petit vieillard assez gras , remarquable par son gros ventre , son nez camus et de longues oreilles droites ; il soutient sur un bâton sa marche chancelante : le plus souvent il est monté sur un âne, sa robe est couleur de safran ; du reste , il est digne en tout du général dont il partage l'autorité. L'autre lieutenant, homme monstrueux , ressemble à un bouc par sa partie inférieure : ses jambes sont velues, il a le front surmonté de deux cornes et le visage garni d'une barbe longue et touffue : il paroît violeiït et prompt à s'irri-
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ter ; d'une main il porte une flûte et de Tau Ire il lèveun bâton recourbé. Il court en bondissant autour de^ Tarmée : les femmes sont effrayées à son aspect , et lorsqu'il les approche elles agitent leurs chevelures flottantes au gré du vent, et crient eVoAe/ ce nom parut aux espions celui que ces femmes donnoient à leur souverain. Ils rapportèrent encore qu'elles ravageoient les troupeaux, déchiroient de leurs mains les animaux tout vivans , et que quelques-unes même se nourrissoient de chair crue. A ce récit les Indiens et leur roi se mirent à rire, et dédaignèrent de se mettre en campagne ; ils auroient rougi de remporter une pareille victoire par eux-mêmes , et d'égorger des femmes insensées, un général efféminé, un petit vieillard ivre, cet autre demi-guerrier^ et une troupe de danseurs nuds et ridicules. Cependant,, quand ils eurent appris que le dieu dévastoitla campagne , réduisoit en cendres les villes et leurs habitans, embrasoit les forêts, remplissoit l'Inde entière de feux et de flammes ^^^ , alors ils coururent aux armes. Lorsque les deux partis furetot en présence , Bacchus se plaça au centre de ses troupes ^ Silène conamanda Paile droite et Pan la gauche : les satyres marchèrent à la tête des bataillons et des cohortesj le cri de^ guerre fut évohé. Tout-à-coup on frappe
^^ Le feu est en effet l'arme de Bacchus^ il la tient de son père , il Ta ravie à la foudre :
id> /xaxap &> Àtôvvo'e , Arrre dikoLç (fkoyepov itxjpmov, (0pp., de renat.jCani. IV, v. 3oi ^
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ïestambouts, les cymbales font entendre un bruit de guerre et donnent le signal du combat : un satyre , prenant une corne ^ sonne l'air orthien, Pane de "Silène se met à braire sur un air martial ; les Ménades, le front ceint de serpens^ poussent aussitôt des cris de fureur , découvrent le fer de leurs lances et fondant sur Fennemi. Les Indiens et leurs éléplians plièrent bientôt et prirent la fuite en désordre; ils furent complètement vaincus et emmenés prisonniers de guerre par. celui même dont ils s'étoient * moqués peu de temps auparavant. Ils apprirent par cet événement qu'il ne faut jamais se moquer de ce qu'on ne connoît pas. »
Lucien continue ainsi sur le même sujet: « Gcs mêmes troupes contribuèrent aussi beaucoup à la victoire contre les ^éans ^^i Les Satyres et les Silènes étoient montés sur des ânes; ces animaux, à rapproche des Géans , se mirent à braire d'une manière si épouvantable, que les Géans effrayés crurent que c'étoit quelques monstres inconnus que les dieux amenoient contr'eux , et ils prirent la fuite sur-lechamp. «
Lucien , dans le même ouvrage^ intitulé la Préface ou Bacchus y continue ainsi sur Silène , Pan et Bacchus : « Chez les Indiens qui occupent la rive gauche du fleuve Indus et s'étendent jusqu'à l'Océan, il est un bois sacré renfermé dans une enceinte; son étendue n'est pas considérable , mais il est agréable
Eraslothen., Cataster. , cap. ii. — Hyg. , Poet, astron. , I. eau. !25.
Ub. II , cap. 23.
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et touffu j le lierre et la vigne qui y croissent avec abondance lui fournissent un ombrage épais. Dans ce bois sont trois sources d'une eau limpide et parfaitement belle; l'une est consacrée aux Satyres , la seconde à Pan^ la troisième à Silène. Chaque année les Indiens se rendent une fois dans ce bois , pour y célébrer la fête du dieu. Ils ne boivent pas tous à ces différentes sources , chacun puise à celle qui est réservée à son âge j les jeunes gens boivent à la source des Satyres , les hommes faits à celle de' Pan, et les vieillards à celle de Silène- Il seroit trop long de vous dire ce qui arrive aux jeunes gens après qu'ils ont bu à leur source, ou quelle est l'audace des hommes qui sont épris des fureurs de Pan , mais il n'e^st pas inutile de vous raconter ce que font les vieillards lorsqu'ils se sont enivrés à leur fontaine. Quand im vieillard a bu, il est aussitôt rempli de l'esprit de Silène } il deineure quelque temps sans voix, sa tête est appesantie, il ressemble à un homme plongé dans une profonde ivresse ; mais tout-à-coup il recouvre la parole, sa voix devient brillante et sonore, il pousse des accens mélodieux , de muet qu'il étoit ij devient disert , tout ce qu'il dit est rempli de sens et d'agrément j tel que l'orateur d'Homère , ses paroles sont aussi pressées que les flocons de neige qui tombent en hiver. Ce seroit peu de le comparer au cygne à cause de son âge avancé , son éloquence ressemble plutôt au chant rapide et précipité de la cigale, et comme elle il chante jusqu'à la nuit. A^ce moment l'ivresse se dissipe , le vieillard se tait et
rentre dans son ancien état. Je ne vous ai point encore dit ce qu'il y a de plus surprenant dans cette merveille , c'est que le vieillard, forcé par le coucher du soleil d'interrompre son discours ^ le laisse imparfait; l'année suivante, en buvant à la même source, il le reprendra à l'endroit même où l'ivresse qui l'inspiroit l'avoit abandonné. Je n^ai pas besoin de vous expliquer le sens de cette fable, dit Lucien, en se l'appbquant j si je suis dans le délire, l'ivresse en est la cause y mais si mes discours vous ont paru marqués au coin de la raison , j'étois inspiré par Silène. »
La sagesse étoit donc le principal attribut de Silène , quoiqu'il fût l'ami des plaisirs ; on voit sur quelques monumens antiques, Silène conduit par les amours. Les Anciens pensoient avec raison que la véritable sagesse n'est pas Tennemi des plaisirs modérés , et le vin lui-même, qui produit des effets si funestes lorsqu'il est pris avec excès, en a d^heureux, dit Plutarque, lorsqu'il est pris modérément; il donne à l'esprit plus de vivacité , il inspire plus de confiance et plus de hardiesse , il rend les personnes timides plus aimables et plus persuasives. Les tragédies d'Eschyle passoient pour avoir été toutes inspirées par Bacchus ^*\ Horace a.exprimé ces idées en beaux vers dans l'ode ad Amphoram, où il parle de la vertu de Messala , et surtout (Je Caton :
Non Ole ( Messala) quamquam Soçratids madet Sermouibus , te ne^iget liorridas. '^
^ Plut., Sympos.^ lib. VII.— Ç«ûf5^, 10,
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Narratur et prisci Catonis Sespe mero tcoluisse virtus.
Tu lene tormentum ingenîo adçioves Plerumque duro^ tu sapîentium Curas et arcanum jocoso Consilîum retigis Lyaeo :
Tu spem reducis mentibus anxiis, Viresque.......
Un des principaux caractères de la haute sagesse chez les Anciens, étoit le don de la divination, et Silène Tavoit. Servius ^^^ prétend même que la science des augures a été introduite en Italie par des Phrygiens envoyés de Marsyas , le même que Silène. Les Faunes qui, dans la religion des Romains, étoient les mêmes que lesi Silènes de la religion grecque, avoient le don de la divination ^^^ : Cicéron met des oracles dans la bouche de Silène» C'est la sagesse de Silène qui détermina Jupiter à lui confier l'éducation de son fils. Les philosophes grecs ont rendu un hommage éclatant à cette sagesse de Silène , et ils Font souvent invoqué ^^\ Plutarque, dans la Consolation à Apollonius , cite ce passage d'Aristote , contenant la réponse de Silène à Midas, qui lui demanda ce qu'il y avoit de meilleur et de plus désirable pour l'homme. Non-seulement Silène instruisit Midas sur
^^^ Servius , ad jEneid., lib. III , v. 349* = ^^ D^ Orig. gent. rom, , cap. 4« S. A. Victor.
^ Ce mot de Bachylide : wç àîro 2et^i^vou 6lp>î|xévov , quasi a Silène pronunciatum , âToit la même signification chez les Anciens , que ce proverbe si coynu parmi eur ; Ex tripode dicium»
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les misères de la vie humaine, et sur k condition , bien plus heureuse des hommes" après leur mort mais il l'instruisit , suivant la fable , de l'origine des choses et de la philosophie naturelle. Eh! quel e'clatant hommage Virgile ne rend-il pas à cette sagesse de Silène dans sa sixième églogueV C'est sans doute autant à cause de cette sagesse que de «a laideur, qu'on l'a comparé à Socrate. Un caractère commun à Silène et à Socrate e'toit celui de la raillerie; Silène paroît toujours comme railleur chez les écrivains de l'antiquité', et les deux ouvrages impçirtans où il joue ce rôle d'une manière plus étendue, sont le Cydope d'Euripide, et les Césars de l'empereur Julien.
Dans la Collection des pierres antiques de Gorlœus "), on en trouve une portant le nom de Xénocrate; le phUosophe a la figure de Silène, et il est monté sur un âne comme lui. Xénocrate étoit le plus célèbre et le plus ancien des disciples de Platon, il n'est donc pas étonnant qu'on lui ait donné la figure et la monture de Silène, que les Anciens regardoient comme le plus ancien des philosophes. Si , comme semble le prouver la victoire de Xéno^ crate à la fête des Congés, dont nous avons déjà parlé, Xénocrate doit être placé parmi les <pilo7:kJç bibendi eupidos, la ressemblance entre Silène et lui sera exacte sous tous les rapports.
Suivant Winckehnann »>, les Silènes, et particu-
W oajrl. gem. 320, Part. II. =r <»WmckeIm., ffist. de l'Art. , lib. I V , cap. a , $ 36.