‹ Recherches sur le culte de Bacchus: symbole de la force ..., Volume 3Chapitre 27 sur 39 · Tome IU. o · texte numérisé non relu

Tome IU. o

370 BACCHXJS

culiêpement le SUèpe père nourricier de Bacchus , n'ont pas la physionomie tournée au rire dans les «ompositio s sérieuses; ce sont de beaux corps dans la maturité de l'âge, telle que nous la représente k statue d'un Silène qui tient le jeune Bacchus, à la Villar-Borghèse. Dans quelques figures, la physionomie de Silène annonce la gaieté, et porte une barbe foisée; dans d'autres ce dieu, gouverneur de Bacchus, paroît sous la figure d'un philosophe, avec, une barbe vénérable, qui descend en ondoyant jusque 5ur sa poitrine. C'est ainsi que nous voyons Silène représenté sur des bas-reliefs, connus sous la feusse dénomination, dje banquet de Trimalcion^

Les autres caractères et les autres attributs de Silène lui sont communs , soit avec les Satyres et les autres compagnons (Je Bacchus, soit avec Bacchus lui-même*

Les Satyres , dans le sens mythologique, n'étoient pas comme les poètes les ont faits dans la suite, des bouffons^, d'ignobles farceurs, dont le caractère cynique,' pétulant, lâche et paresseux, servoit de louet à la populace , mais c'étoieiit des dieux de la classe subalterne que les Apciens avoient (Jonnés pour compagnons à Bacchus: ils formoient les troupes légères de ses armées lorsqu'il combattoit , où ils contribuoient à ses paisibles succès, par leurs leux, leurs chœurs, leurs plaisanteries, le mouvement de leur corps et la décomposition de leurs figures.

li est probable que la joie deS: habitans des cam-

THÉBÂIN. 37ï

pagnes dans les fêtes des premiers âges • a donné ridée de ces personnages mythologiques dans les fêtes de Bacchus j les Doriens surtout donnoient le nom de Satyres aux 'Tityres, et Tityre signifie proprement un homme de la campagne. Les L^cédémoniens appeloient Tityre le grand bélier -oU le touc qui marchoit à la tête du trpupeau. Les premiers écrivains qui ont parlé des Satyres, ne les réunissoient pas à Bacchus , ils les présentoient seulement comme des divinités champêtres , amans des nymphes et habitans des ^rêts ; ce n'est que postérieurement qu'ils ont été réunis au culte de Bacchus j c'est alors qu'ils ont été confondus avec les $ilénes, et que des auteurs très recels , tels que Strabon , Hésychius, Athénée , Lùcieiï ^ ont dit que les Sjlè-^ nés et les Satyres étoîeût de la même .espèce^ ^t qu'ils étoient appelés Satyres lorsqù!ils etôient jeunes/ et Silènes lorsqu'ils étoient vieux ; c'est alors qù'pii donna la même origine aux Satyres , aux Silènes , aux nymplies et divinités des montagnes, et. même aux Curetés ^ danseurs amis des jeux j ils provînji'ént tous d'Hécatôeùs ^^. Les Satyres devinrent les compagnons perpétueb dé Bacchus , et ils fuf eût appelés Ivyx^P-^'^^'^i ^^ 1^^^ fi^ j plier auprès de ce dieu le même rôle que les courtisans et les bouÉTons jouçriC' auprès dès grands ^ auxquels cette classe, quelqlie méprisable qu'elle soit, plaît toujours ^^\ Les my-

<*> SU-ab. , lib. X, cap. 6 , 5 9. = <^ Plut. , 1*. de Jtdid. et Andci discr.

tholpgues présentèrent Silène comme le père et le chef des Satyres ainsi que des Silènes ; d'autres les firent descendre de Deucalion, ceux-ci des Centaures.

Les Satyres et les Silènes étoient de race mortelle, on peut en juger par leurs se'pultures. Pausanias cite le tombeau d'un Silène qu'on voyoit à Pergame ; il prétend qu'on en voyoit un autre dans le pays des lléhrexix^^\ Vossius croit que le monument de Silène dans la terre des Hébreux , cité par Pausanîas, n'est autre que le monument de Moïse, auquel quelques-uns ont dqnné des cornes. Mais les Hébreux n'avoient pas le tombeau de Moïse , on ne lui avoit élevé ni statue ni monument; l'usage des statues leur étoit entièrement interdit d'après leurs principes religieux. Ce que rapporte Pausanias a probablement rapport à ce passage de Diodore de Sicile , qui nous a été conservé par Pliotius : a An- » tiochus trouva dans le sanctuaire du temple ( ady to) » la statue en pierre d'un homme extrêmement » barbu , assis sur un âne, tenant un Uvre à la main, D qu'il jugea être la statue de Moïse. » Il s'est élevé une longue controverse pour savoir quelle étoit cette statue; les Grecs y ont vu leur Silène monté sur un line, le livre qu'il tient à la main est le symbole de cette sagesse qui lui est particulière.

Les mythologues ont peuplé de Satyres toutes les parties du monde, on peut voir la tradition rapportée p^r Pausanias ^^ sur des îles situées dans l'Océan,

^ Paosan.» lib. X , cap. 24.= ^\ Pausan. , lib. IX , cap.

auxquelles on donna le nom de Salyrides^ parce qu'elles étoieût peuplées de Satyres qui, comme tous les individus de cette race , étoient emportés par leur goût pour les femmes, et se livroient à leur brutalité.

Les naturalistes eux-tnémes ont beaucoup raisonné sur ces êtres fabuleux. Pline ^^^ dit que les Satyres étoient une espèce de singes , et c'est peutêtre ce qui a donné lieu à tant de fables sur leur complexion amoureuse et but les craintes qu'ils inspiroient.

Winckelmann présente ces idées sur la beauté des Satyres : « Le premier idéal de la beauté mâle a ses dijfferens degrés, et commence par les jeunes Satyres. Les plus belles statues de ces divinités nous offrent l'image d'un beau jeune homme bien proportionné.» La jeunesse des Satyres se distingue de celle des héros par un profil commun , par un nez un peu camus, qui pourroit les faire appeler simiy ainsi que par un air de simplicité et d'innocence qui est joint à une grâce particulière , que Winckelmann appelle comique : telle étoit l'idée reçue des Grecs sur ces divinités. Il est probable que le fameux. Satyre de Praxitèle a fourni le modèle des nombreuses statues de jeunes Satyres qui nous sont restées, et qui se ressemblent toutes. Quelquefois les anciens artistes donnoient à ces Satyres un air riant , avec des appendices de chair sous les mâchoires comme en ont les chèvres : de cette nature

<*> Plin. , HisL Nat. , lib. VU , cap. 2.

$74 BACCHTS

est une des plus belles têtes de l'antiquité, qui se trouve aujourd'hui à la Villa- Albani,

Le vêtement des Satyres étoit une peau de jeune mulet ou de Jeune boucj on l'appeloit izanen et irage : ils portoient aussi la peau de pantîxère. La tunique rouge et épaisse, parsemée de fleurs, que portoient les. Silènes , s'appeloit xoptat'oç ^^^ Elien prétend ^^ que les Silènes portoient des robes garnies de' poil dés deux côtés , comme pour désigner les plants dé vignes consacrés à Baccbus, et le nombre prodigieux dé ceps et de pampres dont un vignoble est hérissé. Il fait aussi dériver le mot de satyres du mot gïec acctpeiv , oris rictus , ouvrir tellement la bouche que les dents sont à découverti

§ in De Pan , des Pans y des Égipans , des Panisques.

Parmi les scbolies rapportées par Athénée ^^^ , on lit celle-ci : « O Pan ! qui règnes sur la célèbre Ar- » cadie ,. danseur iqui accompagnes les nymphes » riantes de Bacchus, ô Pan 1 viens seconder mes » chants et prendre part à mes plaisirs. »

Pân étoit en ÎEgypte un des plus anciens dieux de la première classe j c'étoit le dieu suprême, mais considéré comme principe actif de la génération , et comme possédant éminemment la force virile. Les Egyptiens le nommoient également Mendès et Pan.

<*^ J. PoUux, iib. XIV, seg. ii8, cap. i8. = <^,>EKan., lib. m , cap. 10. = <*> AtKen. , Iib. XV , cap. i4.

THÉBAI5. 3^5

Son culte avoit pris naissànee à Ghemnis^ cette ville des Egyptiens qui rappelle si puissaminent le ^énie et la religion allégori<{ue àe ce peuple. Ce fut pré» de cette ville^ l'une des plus anciennes de TEgypte et consacrée de tout temps à Pan, qlie se trouva Isis à If époque de la mort d'Osiris. Pan et ses compagnons , appelés eux-mêmes Pans ou Satyres, s'aperçurent les premiers de cette mort , et en répandirent l'effi*ayant6 nouvelle. Isi^ aussitôt coupa une partie de sa clievelure , et (ïonna les autres signés de douleur qui sont détaillés au tableau des voyages d'Isiis^*^ Ainsi, dans la mythologie égyptienne, k fable de Pan étoit déjà réunie à cdle de Bacclius ou Osiris. Le culte de Pan ne fut reçu dans la Grèce que vers le temps de la guerre de Troie ^\ ou même un peu après la destruction de cette ville, six ou sept générations après l'introduction du culte deBacehus dans la Béotie. Les Grecâ dégradèrent Paù comme ils avoient dégradé Baccbusj ils n'en firent plus que le dieu des bois et dès^ forêts : cependant ils lai conservèrent les caractères égyptiens, et les attributs qu'ib donnèrent à Pan augmentèrent encore les rapports qui existoient déjà entre ces deux divinités. Gomme dieux égyptiens, ils étoient l'un et l'autre le principe générateur, l'emblème de la reproduction : l'histoire de Bacchus ou Osiris avoit été amalgamée avec celle de Pan , et enfin chez les Grecs , Pan et ses compagnons , comme dieu des

rlul. , de Isid. et Osir. = ?^ Hérod., lib. II , cap. t^S,

376 BACCHtJg

forets eurent encore plus d'analogie avec le culte de Bacchus, qui eut pour origine première la joie des campagnes et les fêtes villageoises. Il n'est donc pas étonnant que Pan et ses compagnons aient été placés dans le cortège de Bacchus j Pan lui-même fut' un des généraux de Bacchus dans la guerre des Indes j et il seconda ce dieu dans le combat contre les Titans. <^>

La plupart des êtres qui accompagnoient Bacchus approchoient plus ou moins de la nature animale, mais les Pans plus que les autres ; les Silènes et les Satyres ne difFéroient de la structure humaine que par la queue de chèvre et les oreilles pointues, tandis que les Pans avoient les pieds de chèvres, et la nature du bouc étoit imprimée sur toute leur physionomie, par Tos frontal , le poil de la barbe, et les appendices de chair pendus au bas des mâchoires : sur une face large , grossière et sauvage i ils avoient des cornes, de grandes oreilles, une barbe hérissée et en désordre. Il est vraisemblable que la représentation des ces êtres a été faite d'après l'aspect d'hommes grossiers, vêtus de peaux d'animaux, et qu'on a voulu donner le symbole d'une nature sauvage et. grossière, par la réunion de la figure animale avec la figure humaine. M. Heyne conjecture que les Pans et les Egipans ne furent introduits dans la Grèce, qu'après que le culte du dieu Pan y fut éta-

<*>^ Pausan. , Arcad. , cap. 27. — Nonn., Dion., lib. XXIII,

bli , qu'ils n'ont été imaginés que pour répandre plus de variété et d'agrément dans les drames satyriques et dans les chœurs des dionysiaques , et que c'est probablement dans cette vue qu'on y a introduit des Panisques , c'est-à-dire , des petits Pans j cepepdant Ton a vu qu'en Egypte le dieu Pan avoit des compagnons appelés Pans et Satyres , et il est naturel de penser que cette divinité a passé dans la Grèce avec tout son cortège. Quoiqu'il en soit de la conjecture de M. Heyne , l'on doit reconnoître avec lui qu'il règne une grande confusion sur la nature des compagnons de Bacchus , les Silènes , les Satyres et les Paos ; comme tous les autres sujets de la mythologie , ils ont été produits et formés par des idées totalement disparates. On y reconnoît certaines fables primordiales; d'autres idées ont été •puiséçs dans la fable de Bacchus : ces idées ont été fort étendues, tant par la danse dionysiaque que l'on doit regarder comme l'origine de la tragédie et dé la comédie, que par les drames saty riques qui furent joués depuis. Ces êtres ont reçu d'autres attributs des anciennes orgies et des fêtes dionysiaques qui servoient à représenter le passage de la vie sauvage de l'homme à son état de civilisation. Ces fêtes ne furent plus, avec le temps, que des cérémonies auxquelles on n'attachoit aucun sens ; cette confusion est encore augmentée pour nous par les idées des poètes, surtout des siècles postérieurs, qui cherchèrent à embellir la fable de Bacchus, déjà traitée tant de fois et de tant de manières différentes.

Enfin Ton perdit Tcsprit des anciennes fables et de* usages religieux; les antiquaires et les philosophes conifondirent des fables de nature totalement différente , il ne faut donc pas s'étonner dje Tobscuicité et de la confusion qui règne dans les fables des compagnons de Bacchus.

J m. Des Bacchantes. — Elles étaient considérées comme âanr seuses* — De la danse , partie principale du culte de Bacchus»

Xàe& Bacchantes, que Ton met au nombre des compagnons de Bacchus et que Ton présente comme faisant partie de son armée dans se& différentes expéditions , et particulièrement dans celle des Indes, n'étoient proprement que le nom donné aux femmes qui célébroient les fêtes de Bacchus; nous avons vu Antigone regretter les mystères de Bacchus qu'elle célébroit comme Bacchante sur le mont Cythéron ; Olympias, mère d'Alexandre , étoit une Baccliante, dans les fêtes de Bacchus en Macédoine ; Agave et les sœurs de Pentliée sont des Bacchantes dans la tragédie d'Euripide. Cependant il paroit que du temps de Plutarque, les Bacchantes formoient un corps séparé où les hommes n'étoient pas admis. Les Bacchantes ne jprésentent aux modernes que l'idée de la fureur et de l'ivresse , mais les personnages qui célébroient les fêtes de Bacchus empécheroient d'admettre cette idée, surtout si elle étoit absolue. Uidée d'ivresse, de fureur, appliquée à toutes les Bacchantes, ne peut pas s'allier avec les noms d'An-

tigone, d'Olympias, etc., toutes les femmes qui célébroient les fêtes de Bacchus ne pouvoient pas être considérées commQ perdues de débauche et de vin. Les anciens monumens même qui nous restent des Bacchantes repoussent cette idée ; la plupart de ces Bacchantes ne présentent que Texpressioi;! simple et douce du plaisir. Winckelmann cite particulièrement la tête d'une statue de Bacchante qui se trouve dans la Villa - Albani , et qui est d'une parfaite conservation. Celte tête, qui doit être rangée parmi les beautés idéales , présente la grâce que Winckelmann appelle comique, qui consiste le plus souvent dans un sourire de gaieté ; c'est la même qui est propre aux airs de tête du Corrège. Cette tête a le profil aplati , les yeux élevés , et les angles de la bouche tirant en haut comme les Satyres. ^^^

Théocrite nous a laissé la description des cérémonies observées par les Bacchantes sur le mont Githéron, en l'honneur de Bacchus : « Ino , Auto- » noé et Agave conduisoient toutes trois sur la » montagne trois chœurs de Bacchantes ; les mains » chargées de branches sauvages , de chêne touffu , » de herre fraîchement cueiUi et de l'asphodèle )) rampant y elles élevoient dans une prairie soUtaire » douze autels , trois en l'honneur de Sémélé, neuf » en l'honneur de Bacchus. Quand on eut tiré de » leurs coffres les symboles mystérieux, on les plaça

<*> Wmckelm. , lib. IV, cap. 6.

38o BACCHtJS

» en chantant des hymnes , sur ces autels formes » de branches de vigne encore vettes j ainsi Tor- » dounoit Bacchus : telles ëtoient les cérémonies )) agréables à ce dieu. » La vue de ces mystères et de leurs symboles sacrés étoit interdite aux regards des profanes : dans ces fêtes on portoit les statues de Bacchus et de Sémélé , magnifiquement ornées. Suivant cette idylle de Théocrite , les Bacchantes étoient vêtues de longues tuniques qu'attachoit unie ceinture. Les peintures, les marbres et les pierres gravées , nous oflTrent des Bacchantes sans ceinture^ ou qui la portent à la main , soit pour désigner leur mollesse voluptueuse ( par la même raison Bacchus n'avoit point de ceinture, et les Bacchantes portoient presque tous les attributs de Bacchus ) , soit pour indiquer que Texercice de la danse ne permet pas au corps d'être gêné par aucun lien y car c'est principalement comme danseuses qu'étoient représentées les Bacchantes, et la danse faisoit la principale partie du culte de Bacchus.

La dan^e étoit inséparable de la plupart des fêtes de l'antiquité^ elle paroit avoir eu une origine phrygienne, Rhéa passoit pour en être Tinventrice. L'auteur do VEtjmologicum magnum dit que Bacchus Phrygien étoit, appelé Sabazius « A cause des » danses qui se font autour de lui, car les Barbares, )) pour dire marcher en cadence, disent aaêdl^etv, )) et c'est delà que quelques Grecs qui |es ont suivis, » ont appelé le cri éi^ohé adëocaiioq. ^^l

^*^ Etym. mag. , v. îaSsédioç Atovufftoç.

THÊBAIN. 38 1

Les dîmsesdes Corybantes et des Curètes étoient célèbres : les danses des mystères occupoient une partie du quatrième jour des fêtes d'Eleusis. On se Uvroit à ces danses dans une belle prairie et autour du puits Gallidiore ^ sur lequel il n'étoit pas permis de se reposer par respect pour Gérés. Le jour de la procession d^acchus , tous les initiés chantoient et dansoient autour de sa statue. Outre les danses qui s'exécutoient publiquement dans la prairie, près du puits, et celles de la procession dlacclius, il y avoit des danses qui faisoient partie des rites secrets et qui avoient lieu à la fin des cérémonies j c'est pourquoi Nonnus , dans ses Dionysiaques, donne souv^it aux Bacchantes le surnom d'Eleusiniennes. Platon parle très positivement des danses qui accompagnpient les initiations et les mystères en général ^^\ 11 distingue les diverses sortes de danses, et il les distribue entre toutes les fêtes et tous les sacrifices , donnant à chaque fête la danse qui lui est propre, d'après sa nature. Les danses ne furent jamais séparées des mystères de Bacchus , elles en formoient pour ainsi dire l'essence, elles étoient l'expression de la joie inspirée parles dons de cette divinité. Il y avoit , dit Lucien ^^^ , trois genres principaux de danses consacrées à Bacchus, la cordace la sicinnis et l'eumélie , inventées toutes trois par les ministres de ce dieu. Ce fut , ajoute-t-il, en employant cet art , que Bacchus se soumit les Tyrrhé-

^*> Plat. , de Leg. VII. = ^«. Lucian. , de Sait.

38î2 BACCHUS

niens , les liabitans de Flnde et de la Lydie, et pa des chœurs de danse il dompta ces peuples belliqueux. L'eumëhe se dansoit dans la tragédie , et la cordace dans la comédie, qui recevoit aussi la siciûnis : il y avoit encore la danse satyrique , mais elle étoit la moins estimée des trois; elle consistoit en sauts ridicules , en postures lubriques , qui n'étoient propres qu'à divertir la populace. Platon ^*^ distingue deux espèces de danses nobles , Tune exprime la situation d'un corps bien fait, doué d'une ame généreuse, à la guerre et dans les autres circonstances pénibles et violentes. L'autre représente l'état d'uùe ame sage dans la prospérité et dans une joie modérée. Il sépare avec soin de ces danses , les danses bachiques, qui tirent leur nom des nymphes, des pans, des silènes, des satyres /où' Ton contrefait ces divinités dans l'ivresse. Ces danses bachiques étoiènt extrêmement recherchées en lonie et dans le Pont ^^^ ,• elles en avoient tellement subjugué tous les habitans que, dans le temps fixé pour ces représentations, ils abandonnoient toute autre affairé , et passoient des journées entières assis et occupés à voir danser des titans , des corybantes, des satyres et des bergers. Les citoyens lès plus distingués et les premiers magistrats de chaque ville darisoient eux-mêmes des satyriques, et loin d'en avoir quelque honte, ils étoiept plus glorieux de ces divertissemens que de leurs dignités, ou des vertus de leurs ancêtres. En

<«> Plat. ydeLeg., lib. VII = ^ Lucian. , de Sait.

THÉBÀm. 383

^néral, la musique et les danses étoient différentes selon les divers cantons de la Grèce : les Athéniens préféroient les chœurs bachiques et circjilaires ^^^ La gymnopédie^ si célèbre chez les Lacédémoniens , et si fort en usage dans la célébration d'une de leurs fêtes solennelles en Thoniieur d'Apollon, étoit aussi consacrée à Bacchus ^\ Celte danse étoit composée de deux chœurs ou de deux troupes de danseurs , Tune de jeunes'garçons , l'autre d'hommes faits ; les uns et les autres étoient nuds et dansoient en chantant diverses poésies : cette danse avoit quelque rapport à une sorte d'exercice ou de lutte, connue des anciens sous le nom d^anapalé ; les jeunes gens qui y dansoient nuds, offroient, parleurs démarches figurées et les mouvemens cadencés de leurs pieds, une image, quoique fort adoucie, de la lutte et du pancrace; on passoit ordinairement delagjrmnopédie à la pyrrhique , dont la gymnopédie étoit comme le prélude. L'ancienne pyrrhique étoit uiie danse pénible et laborieuse , elle reçut dans la suite divers adoucissemens , elle tomba même en désuétude dans la Grèce , si ce n'est chez les Lacédémoniens , qui en étoient les inventeurs. Il paroît que dans des temps postérieurs ^^^ la pyrrliique n'étoit plus qu'une danse consacrée à Bacchus, où l'on représentoit les victoires de ce dieu sur les- Indiens, ainsi que la fable de Penthée, où les danseurs, au lieu d'armes offensives ne portoient que des thyrses,

^** Athen., Deipnos., 11b. XIV , cap; i5. = ^^ Ibid. , lib. IV , cap. a6. = ^'^ Alhen., Deipn., lib. XIV, p. 63i.

des roseaux ou des flambeaux j on nepouvoit adapter à cette danse que des tons éleve's. En dansant la pyrrhique , les Bacchanties avoient des torches à la la main ^ Athë^piée distingue les férules des flambeaux^ mais Euripide les conionA. faces feridaceœ ^^^ Tous ceux qui célébroient les fêtes de Bacchus prenoient part à ces danses, quel que fût leur âge. « N'est^-ce » pas, dit Tirésias àCadmus^^^, prostituer la vièil- » lesse que de la couronner de lierre et de la livrer » aux danses? Non, un dieu distingue-t-il entre » elle et la jeunesse lorsqu'il s'agit de danser à sa » fête? il veut que tous les âges l'honorent, et n'ex- » dut de son culte que les mortels méprisables. »

Les femmes surtout faisoient l'ornement de ces danses. « Funeste Ares , dit le chœur dans les Phé- » niciennes ^^^ , pourquoi le sang et la mort possè- » dent-^ils ton cœur? Les cris de ta voix dissonante » sont étrangers à Bromiusj tu ne te mêles point » aux danses brillantes des jeunes beautés ; on ne » te voit point les cheveux épars sur les épaules^ )) accompagner du doux son de la flûte , des chansons M pleines de grâces et d6 gaieté. » Les modes les plus parfaits des chants étqient ceux qui pouvoient être accompagnés delà danse ^ parmi les hympes, les uns étoient seulement chantés , les autres étoient chantés et dansés, tels étoient ceux en l'honneur de Vénus, de Baçchus et d'Apollon. ^^^

^^ Euripid. , Bacch, y v. i45, l49'= ^^ Earipid., Bacch,, act. II H scen. 3,=c ^'^ Euripid., Phen,, v. 792. ^*^ Atheo., 1).XIV, cap. 17.

lîb.XIV, cap. 17.

THÈBAlIf. • 385

Le nombre des différentes danses consacrées à Bacchus étoit prodigieux , telles furent celles appelées nysia^ cnosia, berecynthia ^^^, phalicon^*^ Les Lacédémoniens avoient des danses appelées demalea^ où figuroient dés silènes , et après eux des satyres qui dansoient en rond. Les danses appelées tbyambes avoient aussi été instituées en Laconie en l'honneur de Baccbus ^'\ C'est aux Phrygiens qu'étoit due l'invention de la danse appelée sicinrds ; ils la dansèrent les premiers en l'honneur de Bacchus Sabazius : elle fut ainsi nommée y suivant Arrien ^ de la nymphe Sicinnis , compagne de Cybèle , étymologie bien digne d'un Grec , Grœcia mendax. Lucien ^^^ fait dériver ce nom du satyre Sicinnus^ compagnon de Bacchus , inventeur de cette danse j Athénée et Eustathe n'en font pas un satyre y mais simplement un Barbare, et ils ont probablement raison ^^^ : cette danse étoit la danse des satyres , qui sont quelquefois appelés Sicinnis ^^\ L'invention de la cordace avoit aussi été attribuée à un satyre de ce nom. Outre ces danses, il y avoit celles destinées aux réjouissances y telles que les noces, les festins , la moisson, les vendanges. Elles avoient des caractères différens : parmi celles qui convenoient aux vendanges, il y en avoit une qu'on âppeloit eTrt^jQVioç, dont Longus, dans ses Pastorales, a donné la description en ces termes : « Dryas s'étant levé et ayant

^*^ Suidas, V. N;fsia. = ^ J. PoUux , lib. IV, cap. ^4, seg. 100. = ^^ Ibid, , seg. 104. =^*^ Lucian,, de Saltaiione.tsz ^^ Ettsth.— Homer, , Iliad, w. = ^? Athen. , lib, I , cap, i4«

Page 1