Tome III
4l8 ^ACCHtJS
parce qu'il faisoit ïiéAlre les fruits de la terre ^\ On lit dans Hésychtus BrefniuSj satyre : ce satyre e'toit Bacchus lui-ménic, suivant le commentateur dHésyclîius, et les Saturnales étoient les Bacchanales^ car 2dixvpo<;, dit-iljCrt le naénae mat que loLzup(voç^ et par syncope, 2ficTupvoç, Saturne, c'est-à-dire Bacclius^*^ L'on sent facilement les nombreux rapports qui existent entre les Dionysiaques ou Bacchanales et les Saturnales ; c'est un sujet qui mériteroit d'être traité particulièrement. L'interprétation donnée de ce surnom de ft-oraîus , par Proclus et les autres commentateurs d'Hésiode ^^ , peut paraître extraordinaire : ils prétendenft que Bremifis vient ^de Brumay parce que les plus grandes solennités de Èadchus se célèhrent dans cette saison ; je suis loin d'adopter cette interprétation , mais ne puis-je pas faire remarq^uèr qtie ces éorarmentateurs âvoient la même qpitiioû ({\x^e moi sur l'époque des grandes solennités de BacchusVPhumutus partagée ^^ l'opinion générale sur l'Aymdlogie de ce mot : il la tire a SonitUy du bruit qiie font ceux qui -s'enivrent dans un festin ou ceux qui foulent le raisin dana les pressoirs. Diodore de Sicile la tire tiu bruit que fit le tonnerre au moment de la naissance de Bacchus , et qui causa la mort de sa mère ^^^ ^ c'est de là que Bacchus étoit encoï-e nommé Brontès ouBrontinus.
^*> Suidas, h. v. =?= <^ //i Hesych. , V. Bromios, p. 769.= <^ Hésiod. , Op* et dies. = ^*^- Phurnut. , cap. 3o. = ^?- Diod. Sic.jlib. IV, cap. 5.
Bacchns a été ûommé Pyrigène pu Ignigéne , enfant du feu : toutes 4cs étymologies qu'on a données à ce surnom ont la même origine, le feu. Suivant les uns, il fut donne à Bacchus, parce qu'il avoit ëté tiré du sein de Sémélé au moment où œlle-ci périssoit au milieu des flammes allumées par les foudres de Jupiter ; suivant lès autres, parce que la chaleur est t^ès favorable à la reproduction du vin, ou parce que ie meilleur vin prov^noit des pays brûl& par des feux souterrains. Strabon ^*^ nous apprend que le Catacécamnène , pays voisin de la Mysâe et de la Méonie, étott dépourvu d'arbres , mais qu'il avoit des vignes qui prôduisoient le via nommé ca*tacécamnénite ; ce vin ne le cédoit k aucuû des vins les plus renommés. Les plaines de ce canton étoient couvertes de cendres $ et les étroits pierreux e* montagneux étoient noircis comme s'ils eussent été brùleV. Quelques-uns ont cru que cet état du terrain àvoit été produit par des foudres et des tourbillons enflammés , et ils appliquoient à ce pays la fabie de Typhon. Il est probable que l'état de cette contrée étoit dû à d'ancienues éruptiom vodcaniques ^ ce territoire était semblable à celui de Gatane en Sicile, qui est éj^^âlenient couvert de cendres volcaniques , et qui produit en grande abondance dçi vin remarquable par sa quahté : cette abondance avoit donné lieu à ce mot , c*esi ai^ec raison q'êce €on donne à Bacckus Vépithète de Pjrigène.^Oik trx^nvè dan3 une
<*> Strab. , lib. XIII , cap. 5^5*4.
420 BÀCCHVS
cpigramme d'Ausone le mot pjrogène, avec la inémd signification que lepjrrigène de Strabon.
Le poète Anacreon appelle Bacchus Aî0«rf7rat(Ja, Ethiopium; on regarde ce surnom comme la signifi>-> cation du feu et de la couleur noire du vin. Quelques^ uns ont appelé Diane de ce nom, Ethiopiam.
Bacchus avoitle surnom de Phleusy parce que, suivant Plutarque, ce dieu, aussi bien qu'Apollon^ étoit doué d'une jeunesse immortelle: PWew5 signifie, ^ui est dans la vigueur de F âge ^*>. Suivant d^autres , ce nom tiroit son étymologie de yXuetv, id est, multos ferrefructus; car comme nous l'avons déjà dit, Bacchus est le dieu des fruits , ce qui l'avoit fait encore appeler Prof Ajg^ôî, Staphilitès et Omphacitès. Les habitans de la Laconie appèloient Proserpine ou Cérès mère de Bacchus , Phlean , donneuse de fruits.
Bacchus étoit surnommé Phlyus, parce que le vin rend gai, quoique quelques anciens écrivains aient prétendu que Bacchus avoit reçu ce nom de PhUunte, ville du Péloponnèse , située dans les montagnes de la Sicyonic , qui fut d'abord appelée Arethyrée, et ensuite Phliunte , de Phlius son fondateur,! qu'Etienne de Byzance fait fils de Bacchus et de Chthénophyles. Les habitans de la Laconie appeloient Phliasius le mois qui flonnoit les fruits.
Nous avons déjà dit que le surnom d'Evius avoit été donné. à Bacchus, parce que dans le combat
i^ Plut. , ^mpQS. , lib. Y, cap. S.
THÉBÂIN. 4^t
contre les Géans^ Jupiter son père rencouragéoit , en lui criant eu vie , courage , mon Jils. C'étoit eu général un cri de lamentation ; c'étoit aussi quelquefois l'expression de l'ironie. Appliqué au culte de Bacchus^ ce mot étoit l'exclamation mystique des bacchantes. Suivant Suidas, l'hymne que les bacchantes avoient coutume de chanter lorsqu'elles, étoient possédées de la fureur poétique , conunençoient par le mot Eide : quelques-uns disent que dans la languie des Phrygiens ce mot indiquoit les, mystes Euoi ou Saboi, Sahi. C'est du cri des bacchantes euos^queBacchusaété surnommé Euasler^^^;. c'est de ce cri qu'il a encore été nommé Euan ^^ : les bacchantes elles-mêmes étoient appelées Euan-^ tès^^K Hésychius dit que les Indiens appellent le lierre Euas ; les Anciens appeloient les vignes Euia^ des : Orphée donne à Hippa , nourrice de Bacchus y le surnom de Euada:
Bacchus fut surnommé Bassareus ^ de la longue robe B assura que portoient les fenmies desBactriens^ et qui étoit un des vétemens donnés à Bacchus; elle
^ Pam rure degenti et Euasteri Baccho et nymphis , senex arcas BUon hœc dedicavit. ( Suîdas , v. Euaster. — dnthoL , lib. VI, cap. 7 , Epigr. X.
^ Njrcteliusque^Eleleiisque parens^et lacchus et Euan.fpYià."^ Bassaridum rotator Euan. ( Slat. , S^lv. ) Et a summis audilus montibus Euan, ( Theb. Y. ) ^ Illa chorum simulans , Euantes oigla circum Ducebat Phrygias. ( Vîrgil. ) E'/d ut Euantes dux Ariadna choros, ( Prop. ) j^jn nie Euantis massylœ palluit iras, ( Silius. )
desceïidoit jusqu'aux talonà : d'autres disetot qne Bacchus ûvôit prw ce nom de Bassara lieu de la Lydie ^ ou la robe bassaris étoit en usage y et on Bacchus avoit un temple. Les bàccliantes étoient aussi appelées Bassarides. Suivant l'auteur de VEtymologicum magnum ^ qui cite Lycoplirôn , une femme de mauvaise vie ctoit appelée bassara» Cet auteur fait encore dériver ce mot de ^acai^ parce que les bacchantes courent dani les bois, ou de ^(X(5(jdpr\ , espèce de chaussure particulière aux bacchantes de Thrace. Suivant Bochart, iïz^^ar signifie vendangeur dans les langues orientales d'où il tire ce mot. On a donné d'autres étymologies à ce nom : les Tliraces appeloient les renards bassares} on prétend que les bacchantes prirent le nom de Bassarides, parce qu'elle^ portoient d^s> peaux de renard aussi bien que des peaux de lynx et de panthère. D'autres ont fait dériver ce nom du mot grec ^dH^uv^clamare, ,à cause des cris et des hurlemens des bacchantes et de toute la suite de Bacchus , ce qui le fit encore nommer Bactès. Ce dieu paroît souvent vêtu de la bassaris dans les monumens antiques. Au reste ne devons-nous pas dire avec PoUùx , hujusmodi no^ mina me citare existima, non judicare ?
Le surnbih dŒleleus vient du mot grec cXeXeu, cri de guerre, comme le remarque Hésychius. Le commentateur d'Ovide pense que c'est le cri dont se servoient également ceux qui se préparoîent à célébrer les orgies, et ceux qui se préparoient au combat. Les bacchantes portoient aussi le nom d'Eleléides*
THÉBAIK. 4^3i
Bacchus ëtoit appelé ffjéUicuSp comipe dio^ de* plaisirs de la tablej PtindoniiiSp du «aot grec ic^pt- 3uovi(îa, id est, ab lufç.. ^mphiefès^ de$ mots grecs âfjtçjt et ftçç , déûominaticin qui lui a éié df^xi^ée Gomme reprcseoUat h soleil, pour Bafi^quer soa difierens changement pendant le cour« dp Tannée* Quelques écrivains l'ajppellent encore ^ndrogjrne^ parce qu'il avoit les qualités qui conyi^onenlt aux hommes et celles que possèdent les fomweg ^^^ , ou plutôt comme mâle et femelle.
Bacchus^ Apollon et Mercure porloient h snrs^ nom d^agyœus: on appeloit a^ia un lieu qui indiquoit le chemin pour conduire à la yiUej dans ces lieux il y avoit ordinairement des statues dédiées à. Bacchus ou à Mercure, elles étoient placées sur d6$ chemins, et elles étoient sans pieds et sans, ni^ns. G'étoit souvent de simples colonnesj on ^n voit une isolée sur une pierre gravée ^^^, à UqueUe sont ^ttar. chés un flambeau, et un cep de vigne et qui porte un vase, attributs de Gérés et de Bacchus. Ces deux divinités sont placées ensemble sur le même char, ou plutôt sur une espèce de chariot ou voiture rustique tirée par un lion et une lionne. Bacchus sous la figure d'un vieillard barbu, lève le bras et agite un thyrse; Cérès assise entre les bras de ce Dieu, porte une corne d'abondance d'où sortent des pavots : l'on a conjecturé que c'étoit l'équipage dans lequel lei gens de la campagne promenoiont les si^iulacreâ
S.iiclas , A, V. = ^^ Mariette, no Sa,
4^4 BAGCnUS
de ces deux divinités autour de leurs champs^ pour en obtenir une bonne récolte ; les agyise étoient aussi des obélisques dédips aux Dieux ^ et particulièrement à Apollon et à Bacchus, ou à tous les deux ensemble : ces obâisques étoient placés soit dans le vestibule des temples^ soit dans celui des maisons; lorsque les citoyens recevoient quelques heureuses nouvelles, ils se rendoient près de ces obélisques et sacrifîoient aux Dieux auxquels ces colonnes étoient consacrées. C'est ce que démontre ce passage d'Aristophane dans sa comédie des Che- Yaliers, où le chœur parle ainsi à Agoracrite :
Quam bonam] et quam lœtam f amant adfers hac de causa diis in vestibidis stantibus sg^rîfica* bimus. ^^^
On appdla Bacchus Charidotès , qui inspire la }oie; non-seulement Bacchus Charidotès inspiroit la joie, mais il étoit toujours accompagné des Grâces. Bacchus Charidotès et les Grâces avoient un autel commun : Euripide ^^ dit: Bromie^ Bromiey Bacche deusy illic sunt Gratiœ.
On l'appela Oraios ^^ , c'est-à-dire fleurissant de jeunesse et de beauté > ainsi qu'il est représenté sur les marbres et les médailles antiques. ^^^
On l'appela Philogélos, qui aime à plaisanter.
^^ Stepb. Bjz. , V. ^grw. = ^ Euripîd,, Bacch.^ v. 4ia.= .^^ Âristoph., Ràn»y v. 397.
**' At parie ex aliaflorens volitahat. ( Catull., Epith. Thet, , V. a5i.)
Julien^ dans les Césars, donne ce nom à Bacchus, ainsi qu'^ sa suite. On lit dans FAnthologie : ÉyepfTiyekmi Auatû), risum excitanti Baccho.
Nous avons vu dans le cours de cette dissertation tous les noms de Bacchus ou du moins les plus importans, leurs ëtymologies et les faits mythologiques qui leur appartiennent; il en a beaucoup d'autres encore^ mais ils lui ont été donnés des lieux où il étoit adoré, du culte qui lui étoit rendu dans ces lieux, de certains faits particuliers à ces mêmes lieux: c'est ainsi qu'à Thèbes il étoit appelé Ogjgiin , ^mordus, IsmaruSy Cadmeus.l^ons Bxivovis occasion de faire connoître ces diverses dénominations, en nous occupant du culte rendu à Bacclius fils de Sémélé, dans les différentes parties de la Grèce, comme nous l'avons fait de Bacchus lacchus et des divinités d'Eleusis.
A^6 EACCHUS
^'^'^^1'»^*^^ »«»%»%'%<%%%^^»^»»^»^W%<%i^<^^»^%.%<mK
'»%» %i9nt*-%/^m%/%^%m^^i%49,%j%/v%^^/%/^^^^^^^^^