CHAPITRE V
Culte de Bacchus dans les différentes parties de la Grèce.
i I. Coite de Bacchas dans le Pëloponttèse. -- $2. Culte de Baccbus dans les autres parties du continent de la Grèce. — $ 3. Culte de Bacchus. dans les îles de la Grèce.
5 I. Culte de Bacchus dans le Péloponnèse,
Uhtstoire^ de Bacchus nous a déjà conduit à traiter de son culte en Béotie, dans FAttique et dans TArgolide. Nous allons suivre la propagation de ce culte, d'abord dans le Péloponnèse, et ensuite dans les autres parties de la Grèce.
La vie dure et laborieuse des Arcadiens avoit besoin d'être adoucie par quelque exercice agréable. L'austérité de leurs mœurs, l'air froid et triste qu'ils respiroient, rendoient ces exercices encore plus nécessaires ; c'est pourquoi leurs législateurs mêlèrent la musique et la danse à toutes leurs institutions politiques. Les Arcadiens étoient accoutumés dès l'enfance à cbanter sur certains nomes, des hymnc^^ desPseans, dans lesquels chacun d'eux célébroit, selon l'usage de la patrie, les héros et les dieux de leur pays. Us montoient tous les ans sur les tliéâtrcs^
pour former des chœurs de danses au son des flûtes ^ le jour de la fête de Bacchus. Les enfans y disputoient le prix avec les enfans, les jeunes gens aveo les jeunes gens, les hommes faits avec les hommes faits. Pendant toute leur vie, ils assistoient ainsi aux assemblées publiques, s'instruisant les uns les autres aux chants, sans le secours des étrangers. Cette fét€f étoit la même que les Dionysiaques : « Tout le monde sait, dit Polybe, que ce n'est guères que chez les Arcadiens que l'on voit les enfans chanter des hymnes en l'honneur des dieux et des héros de leur patrie, et y être, obligés par les lois. Ce n'est aussi que chez eux, que l'on apprend les airs de Philoxéne et de Tiraothée, qu'en plein théâtre, chaque année aux fêtes de Bacchus, on danse au sondes flûtes, et que l'on s'exerce à des combats, chacun selon son âge^ ils croy oient pouvoir sans honte ignorer toutes les autres sciences; mais ils ne pouvoient ni refuser d'apprendre à chanter, parce que les lois les y obligeoient, ni s'en défendre sous le prétexte de le savoir, parce qu'ils croy oient par là se deshonorer. Ces petits combats donnés chaque année au son des flûtes, selon les règles de la guerre, et ces danses faites aux dépens du pubUc, avoient encore une autre utiUté : les jeunes gens faisoient connoître à leurs concitoyens de quoi ils étoient capables. ^^^ »
AtJiéaée nous a conservé sur la manière dont les
Polyb.,Iib. IV, cap. 3.
Phigaliens célébroient les Dionysiaques, quelques dë^ tails qu^il a extraits de Touvrage dUarmodius de Lëprée^ sur les usages des habita ns de cette ville* D'après les lois des Phigaliens, celui qui dans les fêtes de Bacchus étoit nommé président du repas, OMsitarquey devoit fournir tous les jours trois congés de vin, une mëdimne de farine, cinq livres de fromage, et tout ce qui étoit nécessaire pour les cérémonies sacrées. D'après les mêmes lois, la ville fournissoit à chaque chœur trois moutons, un cuisinier, un valet qui portoit les urnes d'eau, des tables , des bancs pour asseoir les convives , la vaisselle , et tout ce qui étoit nécessaire pour le service, à l'exception des ustensiles de cuisine, qui étoient fournies par le chorège. Le repas nocturne qui avoit été fixé par la loi, étoit -composé d'un fromage, un phiste, une maze ou gâteau préparé dans des cistes d'airain, que quelques-uns appeloient, à cause de cet usage, mazonomes: outre la maze et le fromage, on avoit à manger une fressure avec du sel j c'étoit le prélude du repas. On donnoit ensuite à chacun un coup à boire dans un kottabe( gobelet de terre), et celui qui le présentoit disoit : Que ce repas vous soit agréable et heureux! Ensuite on apportoit à tous en commun du bouillon et de la viande; chacun avoit à sa disposition des viandes de deux espèces dans tous les repas religieux, et surtout dans ceux que l'on appeloit /wazoowe^, nom que Fon donnoit aux assemblées dionysiaques. On regardoit comme une preuve de force et de constance de la part des
THÉBÀIIf. 4^9
jBunes géns\ de manger beaucoup de bouillon, de pain et de maze , tandis que l*on apportoit de la viande sur la table. Après le festin , les Phigaliens faisQient des libations aux dieux, mais sans se laver les mains, ils se les essuyoient avec des boulettes de pain, et chacun les empoHoit chez soi. Après les libations on chantoit un psean en Thonneur des dieux.
Théopompe, dans la 46^ de ses PhiUppiques, dit que les Arcadiens maîtres et esclaves mangeoient ensemble les jours de repas publics. On ne dréssoit pour tout le monde qu'une seule table; on servoit le manger en commun^ on versoit aussi à boire dans le même vaisseau, et du même vin ^^\ Dans cette même ville.de PhigaUe, Bacchus avoit un temple sous le nom d'Acrotophore ; le bas de la statue ëtoit tellement couvert de lierre et de lauriers, qu'on ne pouvoit le voir : les parties qui se voyoient étoient enluminées de vermillon ^'^K he mot acrotophore , d'après la définition de Varron, signifie proprement du vin pur. ^^^
Bacchus avoit un temple à sept stades du bourg de Mélangée, où les Arcadiens célébroient les Orgies. ^^^
A Cynéthéum, où il y avoit un temple dé Bacchus, les habitaris célébroient la fête du dieu au miUeu de
^^ Athen. , lib. IV, cap. i3,= ^ Pausan., lib. VIII , cap. 39. =^^ Ea minus sumptuosa vinea, quœ sine jugo ministrat Âxpa- TÔyopov oivovy îd est, vinum purum* ( Varr. , de Re ruHicd,) =^^1 Fausanias^ lib. VIII , cap. 6.
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rhiver; les hommes se frottoient de graisse, puis ils vc'noient prendre au milieu du troupeau, le taureau qu'ils croy oient devoir être le plus agréable au dieu, et ils l'apportoient jusque dans le temple, où ils le sacrifioîent. ^*^
La ville d'Aléa avoît trois temples considérables, celui de Diane Epliésienne, celui de Minerve Aléa^ et celui de Baccbus^ dans lequel on voyoit une statue de ce dieu. On y célébroit une fête de Baccbus qu'on appeloit Skiéria , c'est-à-dire, onibre ^ parce que la statue du dieu et oit portée dans une espèce de tabernacle^ qui la tenoit à couvert du soleil. Elle se célébroit tous les ans, et depuis un oracle de Delphes, une des coutumes de ce culte étoit de fustiger les femmes sur l'autel du dieu, comme on fustigeoit de jeunes enfans sur l'autel de Diane Orthia à Sparte. ^^^
On célébroit encore les mystères de Baccbus, près la fontaine de Méliastes, située à une distance de sept stades de Mantinée^ d'où le dieu eut le surnom de Méliastes.
Pausanias dans ses Arcadiques, donne à Bacchus les noms de Politès et d'Axitès. Il raconte que Hœ- Veus, fils de Lycaon, fonda en Arcadie, sur la rive droite de l'Alphée, une ville qu'il appela Hérée de son nom : ily avoit deux temples de Bacchus, l'un sous le nom de Politès, et l'autre sous celui d'Axitès.
^»> Pausanîas, 11b. TIH, cap. 6. = ^> Pausafi., lib. VIIT, cap. 2D.
On y troavoit uh sanctuaire, dans lequel on s*assembloit pour célébrer les Orgies de ce dieu. Pan y avoit aussi son temple.
A Mégalopolis on voyoit une statue de Bacchus , chaussée du cothurne, il tenoit une coupe d'une main et de l'autre un thyrse, sur lequel étoit perché un aigle. Près du théâtre étoit une fontaine consacrée à ce dieu : il y avoit aussi un temple.
Bacchus étoit très honoré en Achaïe. A Patras, il y avoit un temple de Bacchus Galy donien, ainsi appelé parce que la statue du dieu y avoit été apportée de Calydon^^^, comme nous le verrons à l'article Etolie.
AEgium, Bacchus avoitun temple près du théâtre; il étoit représenté sans barbe ^^\ Il avoit un temple à Phellore, sa statue avoit le visage peint de vermillon ^^\ îl nous reste des médailles de la ville de Phénée , sur lesquelles on voit Bacchus assis , portant un thyrse et un cantharus, et ayant un tigre à ses pieds.
Nous avons déjà parlé du culte de Bacchus Lamptérius à Pallène, où les rites du Bacchus des mystères étoiènt réunis à ceux du dieu du vin. Le Tyrban étoit une fête de Bacchus chez les Achéens : ils sacrifioient à Badchus "et à Pan sur une montagne située vers Pembouchure de l'Erasinus.
On voyoit à Corinthe sur la place pubHque, deux
^^ Pausanîas, lib. VII, cap. 21. = ^} Ibid, , cap. a3. = ^^ Ibid, , cap. 26.
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statues de Bacchus^ faites en bois^ dorées en entier à l'exception du visage qui étoit enluminé de vermillon. Voici la tradition sur ces deux statues : Penthée, après beaucoup d'outrages faits à Baccbus^ , eut l'audace d'aller, sur le Cithéron , épier la con^ duite des femmes qui célébroient les orgies. Il monta sur un arbre pour voir ce qu'elles faisoient : les femmes, l'ayant aperçu, l'arrachèrent, le déchirèrent tout vivant , et emportèrent chacune un morceau de son corps. La Pythie, ajoutent les Corinthiens, leur ordonna dans la suite de chercher cet arbre, et de lui rendre les honneurs divins; c'est par cette raison qu'ib en firent ces deux statues. ^^^
li. Sicyoue, après le théâtre venoit le temple de Bacchus : la statue du dieu étoit en or et en ivoire, et près de luiétoient des Bacchantes en marbre blanc. LesSicyoniens avoient d'autres statues qu'ils tenoient cachées, et qu'ils portoient une fois par an, durant la nuit, d'un endroit nommé comesterium au temple de Bacchus j ils les accompagnoient avec des torches allumées , et en chantant des hymnes en usage dans le pays. La marche étoit ouverte ^ar ce qu'ils nommoient Bacchius , statue jadis érigée par Androdamas^ fils de PhUas, lequel Phlias passoit pour fils de Bacchus. On portoit ensuite la statue de Bacchus Lysius, que le Tbébain Phanès apporta de Thèbes par les ordres de la Pythie ^^^ ^ou3 avons encore des mé-
^'^ Fausan», Corinth.y }\h. II, cap. 7. = ^Pausan., lib. Il cap. 3.
dâilles de Sicyone^ qui représentent Bacchus debout avec le thjrse et le cantharus.
Polybe, déplorant la prise de Corintlie, ajoute au récit des autres malheurs de cette ville, le mépris du soldat pour les ouvrages de Fart, et pour les monumens publics. Présent à cette catastrophe, il dit avoir vu des tableaux jetés à terre, sur lesquels les soldats jouoient aux dés. Parmi ces tableaux, il nomme celui de Bacchus, peint par Aristide, qui, à ce qu'on prétend, avoit donné lieu à ce proverbe: Ce rHesi rien en comparaison du B acchus d^ Aristide. Strabon dit avoir vu ce tableau placé dans le temple de Cérès à Rome, ouvrage d'une rare beauté, qui a péri depuis, dans Tincendie de ce temple. ^*^
Suivant une tradition des Eléens, Physcoa fille de la Baâse-Elide, et de la tribu d'Orthia, fut aimée de Bacchus dont elle eut un fils qu'on appela Narcée. Ce fils devenu grand, fit la guerre à ses voisins, devint fort puissant- et bâtit uii temple à Minerve, sous le nom de Minerve Narcéa. Il institua le premier des sacrifices à Bacchus : en ï'honneur de Physcoa, il institua le chœur de musique qui portoit son nom j et lui fit rendre plusieurs autres hommages. Les seize matrones qui présidoient aux»jeux célébrés
^^ Strab. , lib. VIII , cap. 7,57. — Par vous , descendaos d'Alétès ( Corinthiens ) , aux fêtes de Bacchus , se montrèrent dans tout leur éclat ces dithyrambes , que les Grâces se plurent â«mbeUir. (Pindar.> Ofymp, y xni,v. aS.)