‹ Recherches sur le culte de Bacchus: symbole de la force ..., Volume 3Chapitre 34 sur 39 · Tome III. Î · texte numérisé non relu

Tome III. Î

45<j BAccirus

i)xde la rieillesje ^\ w Tous les poètes qui Pont suWi se sont emparée de cette &Mé^ et Foivt aug-xoenxée de mille maaiières.^ Oetre cette fable ^ on a débité s«ir Thésée , ^Bacehus et Arîadne^ nne foule de tradidoiiSr contradictoires : suivant une de ces traditions , Arîadne ^ que Thésée avoit satrifiée à une nouvelle passion^ ^*^ ^ fut conduite par dea matelots dans ]-ile de Naxos^ où elle épousa Onarus , prêtre de Bacchus. Quelques écrivains de Itaxos ont suivi une autre tradition : il y a en ^ ^ui^ vaut eux^ deux Mines et deux Ariadaes^ Fune épousa Bacchus dans leur île et &xt mère de Staphylus; l'autre^ moins ancienne^ fut enlevée par Thésée qui l'abâlndonna; eUe aborda à l^laxos où eUe mourut. Les fêtes qui.se célébroient en rbooaneur de la première étoient accompagnées de jeux et de répuissances;, les fiâtes de l'autre étoientde deuil et de tristesse ^^\ Nous ne croyons pas devoir rapporter les nombreuses traditions sur la couronne d'Ariadne^ qui lui avoit été donnée par Thésée et qui fut placée parmi les astres , dans lesquelles traditions Bacchus joue presque toujours un rôle. Nous ne parlerons pas davantage de l'histoire de Glaucus ; de celle de Psalacantha^ nymphe de l'île d'Icarosj des enfans que Bacchus eut d'Arradne; de celte autre tradition d'après laquelle Ariadne ne fut pas abandonnée par Thésée, mais enlevée par Bacchus^en pleinemer,

^*^ Hésiod.y T%eog. j r. g/ig, =£= ^ Gravis' enim eum vexabat €mor Panopeidos jEgles. (Hësiod., Tkeogan. , t. 949. ) 5^ PluU, FU. Thés. , cap. 18.

TrtéBAiir. 45 1

des bras de Thésée, qui fut obligé de céder aux forcés supérieures de Bdcchus,- du songe? àë Théséefj àà fiaccbus lui ordonna d'ab^ndoitfcr Ariaidne, él où il fut obligé de céder à Tordre et aux Hîenaices du dieu ; nous ne noiis arrêterons pas ari ùaufrage de Thésoe et d'Ariadne sur les côtes de l'ile de Chyprey à k mort et à la sépulture tfAriadne ddns cette île, aux cérémonies sacrées •qui j furent instittiées eh son honneiir, et qui y étoiet^t célébrées le deuxième jour du mois de Gorpiœus, fable qui fdt ensuite transpofrtée dans FArgolide oli nous avons vu le tombeau d'Ariadne^ toutes ces variétés sont dues à Timagiûatioïï des poètes et des mythologues, et sont fortétt^ftogères au culte de Bacchus.

Nous avons des médailles ^ Pîle de Naxos qui représentent Bacchus avec des véteriieas de femme, le thyrse et xm vase i boire.-

Il y^ avoit près de Rhodes une petite île appelée Dionjsia dans laqadle Bacclïus transporta, dit-ôn , Ariadne depuis Naxos, lorsqu'elle étoit poursuivie par son père Minos. ^^^

Le temple dé Bacèhus dans la ville de Rhodes étoit célèbre. Il étoit àitué dans la partie basse de la ville j car, da:ils Funè des trois inondations dont parle Diodore do Sicile^*^ , tes eaux, suivant cet historien remplirent toute la partie basse de la villre^ d'autant plus que l'hiver étant passé , on ne s'étoit pas

^^ Steph. Byz. , v. Donjrsia. = <^> Diod Sic:, lib. XIX, § 45

pressç pour la réparation des canaux qui dévoient porter les eaux hors de l'enceinte des murs ; aussi la place appelée le deigma et le temple de Bacchus furent bientôt inabordables. La ville de Rhodes étoit décorée d'un grand nombre de monumens dont on voyoit la plus grande partie dans le temple de Bacchus et dans le gymnase ^^\ Lucien parlant de Rhodes dans le livre des Amours, dit : « Me prome- » nant sous les portiques du temple de Bacchus, je » jouissois d'un plaisir inexprimable à contempler » les peintures qui les décorent^ elles retraçoient à » mon esprit les fables héroïques. » Ces peintures étoient de Protogène.

Pline parle de trois statuaires dont les ouvrages étoient dans l'île de Rhodes : Boéthus, auteur d'une statue de Minerve à Linde j Acragas, auteur de statues de Bacchantes et de Centaures^ qui étoient dans le temple dé Bacchus à Rhodes même, d'une chasse qui avoit une grande réputation j Mys, auteur d'un i^ilène et de statues d'Amours, qui étoient dans le même temple de Bacchus. ^^

Les Rhodiens célébroient les 'Dionysiaques avec une grande pompe, et dans le même esprit qu'à Athènes. Lorsqu'ils se préparèrent au siège fameux qu'ils soutinrent contre Démétrius Poliorcète la 4* année de la 1 1 8e olympiade, ils déclarèrent que les enfans, les pères et mères des citoyens morts au service de la patrie, seroient nourris aux dépens du

<*> Stiab., lib. XIV, cap. 2,54- = ^ Plia. , HisL natur., iib. XXXIII, cap 12.

trésor public; que leurs filles seroient dotées aussi avec les deniers publics, et que leurs fils parvenus à Tâge de porter les armes , recevroient publiquement auxfétesdeBacchusle présentd'une armure complète.

Théepompe prétend que les habitans de Chio ont les premiers planté et cultivé la vigne, et fait du vin noir; ils l'apprirent d'un des fils de Bacchus et d'Ariadne, ^nopion, qui peupla cette île. Théo-^ pompe ajoute que ce furent ces insulaires qui en communiquèrent la^culture aux autres hommes ^^ Un habitant de Chio, Dion, passoit pour avoir le premier joué sur la cithare les chants des libations qu'on faisoit aux fêtes de Bacchus. ^^^

Le vin de Lesbos étoit célèbre; il a été chanté par tous les poètes. Voici un passage remarquable du poète Alexis cité par Athénée/*^ : « Oui, Bacchus » est aimable; il a exempté du tribut les Lesbiens » qui portoient à Athènes leur vin, et il a ordonné » qu'on saisît à son profit, les biens de celui qu'on » surprendroit à faire passer de ce vin dans une » autre ville, ne seroit-ce qu'un verre. »

Non-seulement les vins de Lesbos étoient très bons, mais cette île en produisoit abondamment. Piltacus avoit fait une loi pour contenir les Lesbiens; il avoit ordonné qu'on punît doublement une faute commise dans l'ivresse. ^^^

Quelques-uns ont fait dériver Méthymneus, sur-

^»^ Alben. , lib. I , €ap. ao. = ^^ Àthen. , lib. XIV, cap. 9^ w^ ^^> Jbid.,Vih. l , cap, 11. == ^« Plut. , Aristii.

nom (le Bacchus^ de Métbymne^ viUe de Leabos^ Êimeuse par ses bons yin^. Suivant ]ii}e ancienne tradition de nie de Lesbos, dp» pet^beurs deMe'tbymne ayant jeté liBnr3 filets dans la mer , en retirèrent nne léte faite de bois d'olivier; cette tête ressembloit assez à celle d'un ^m, mais d'un dieu étranger qui étoit inconnu aux Me'tbymnéens. Voulant savoir quel étoit ce dieu ^ ils eQvoyècent consulter la Pylbie qui leur ordonna de révérer Baccbus Cepfiallen. Ils firent de cette tête l'objet de Imr culte; mais ils en envoyèrent une. copie a Delpbes^ où on i'avoit placée après la statue de Scyllis. ^*^

Une médaille de tesbos nous donne les deux divinité sou^ la prote^çtion desquelles étoit l'île de Lesbûs: €e sont Pallas, jLesbiorum virgo, et Baccbus avec le cautharus; au miliau est le dieu Tetme assis sur la proue d'un vaisseau. DifFérei^tes autres médailles de cette île nous donnent Baccbus sçùi avec une ceinture, un thyrse, un cantbarus, et un tigre à ^es pieds.

Le vin de Tbasos étoit un des plu$ renommés de toute la Grèce : on possède encore des médailles des Tbasiens sur lesquelles Baccbus est représenté couronné de lierre et barbu. Nous avons une médaille de Tbasos où l'on voit la figure d'Hercule Tyrien, et au revers , celle de Baccbus avec une couronne de lierre. G oltzius ^^^ donne Baccbus sculpté avec

<*' Fausao. , lib. X, cap. ig. :=! ^* Goitzius Inscr. Grœc,^ iab. XIII.

le canthartis (vase à boii^ }. Les Amphores à pied: i.'toieiit appelés Stammum Thasium. Credo si Tha^ sium forte infwideres merum^Si dit Aristophaiie ^^^ Le poète s'exprime ainsi^ parce que le vin de Thasos rendoit une odeur suare. On a dit que Staphylus^ ami de Bacdxus^ habitoit i'ile; c'est pourquoi eUe ayoît été&vorisée par Bacohus qui arroit rendu «ou vin excelleot. ^^

Bacchuâ étoit très honoré à Andros : les habitées de cette île prëtendoient que ^ durant les fêtes de ^Bacchus qui se celébroient tous les ans^ le vin cou-* loit de lui-même dans son temple. Pauaanias ^} ne parle pas de fontaine y mais Pline dit que Mutianus avoit écrit comme chose dont il étoit persuadé^ que dans l'île d' Andros, au temple de Bacchus, il y avoit une fontaine qui, pendant sept jours, avoit toujours le goût du vin ; on Ijai donnoit le nom de Atoc &to$nçia.y c'est-à-dire, cot^acrée au fils de Jupker; Pline ajoute que ce vin perd sou goût et redevient eau si on le transporte ailleurs ^^\ Tournefort est allé visiter les ruines de Palléopolis, l'ancienne ville d' Andros, qui étoit fort ^grande et avantageusement située sur le penchant d'une montagne dominant toute la plage ; il en reste enoo**e des quartiers de murailles très solides , surtout dans un endroit remarquable, où probablement étoit la âtadelle dont parle Tite-Live ^*\ Outre le^ vieux mar-

^*^ Arist. » Plut,=i^'^ Suidas , v. Evsx8tç.= ^^ Pausan. , lib. VI , cap. a6. = ^*^ Plln., lib. I, cap. io5.— Lib. XXXI , cap. a. ss ^^^ Tilc-Liv. , lib. III , cap. 48.

bres renversés dans ces ruines ^ on y trouve de belles colonnes^ des chapiteaux^ des bases et quelques inscriptions dont Tournefort déchiffra celle qui étoit la moins effacée j il y est parlé du sénat et du peuple d'Andros, des prêtres de Bacchus; ce qui lui fit conjecturer que cette inscription avoit été placée sur les murailles ou dans l'intérieur du fameux temple de ce dieu. Tournefort n'a pas trouvé la fontaine dont parle Pline y mais il observe qu'elle a pu , se perdre dans les ruines d'Andros.

A Egine^ il avoit un temple où il étoit représenté avec une barbe; la statue du dieu étoit vêtue* ^^^

Le vin de Chypre a été célèbre dans tous les temps. Platon fait mention dans son Adonis d'un oracle rendu à Cyniras au sujet d'Adonis son fils : « O Cyniras, roi des Cypriotesl il t'est né un fils » qui est à la vérité le plus beau et le plus admi- » rable de tous les hommes, mais il sera possédé de » deux démons. » L'auteur entend Vénus et Bacchus; car, dit-il, l'un et l'autre ont aimé Adonis. ^^^

A Julis, patrie de Simonide, dans l'île de Céos, on célébrôit en l'honneur de Bacchus une fête dans laquelle on lui immoloit un bœuf. C'étoit un jeune homme qui devoit le frapper avec une hache. ^^^

Le culte de Bacchus étoit aussi en grand honneur à Samos. On raconte que Bacchus fit la guerre aux Amazones ; poursuivies par lui , elles s'enfuirent

^*^ Pausan. , lib, II , cap. 29 , 3o. = ^ Athen. , lib, X , cap. 21.= ^^ Athen., lib. X> cap« 12.

TIIÉBAIN. 457

d'Ephése dans Tîle de Samos. Bacclius ayant construit une flotte, passa le détroit, leur livra bataille, et en fit périr un si grand nombre , qu'on pommoit J^anema (tout de sang) le lieu où s'étoit livrée la bataille ^^^. Hésychius dit que Baccbus étoit adoré, dans l'île de Samos , sous le nom âiEuorchos , terme qui marque la force du principe générateur. C'est ce dieu quelesSaniîensinvoquoient le plus ordinairement dans lès grands périls dont ils étoient menaces. Plutarque raconte qu'Antoine étant à Samos, y rassembla tous les acteurs, tous les musiciens et tous les ouvriers du dieu Bacclius. Pendant plpsieurs jours, l'île retentit du son des instrumens de musique; tous les théâtres étoient remplis de chœurs qui disputoient le prix des divers genres de poésie. Chaque ville envoyoit un bœuf pour les sacrifices, et c'étoit entre les rois une grande rivalité de faste et de magnificence. ^'^

Suivant la fable, l'île de Corcyre étoit appelée Macris, du nom de la nymphe qui allaita Bacchus. Toutes les traditions de cette île relatives à Cérès et à Bacchus appartiennent à l'établissement et aux progrès de l'agriculture. Gérés habita, dit-on, jadis dans cette île, et apprit aux habitans, en faveur de Macris qu'elle aimoit, à moissonner les épis nourriciers. Alcinoùs fit préparer le lit nuptial de Jason et de Médée dans l'antre sacré qui servit autrefois de re-

^*^ PluL, QuœsLGrœc.y cap. 56. = ^> Plut. , ViL AnL ^ eap. 8 1 .

traite a la nymphe Maoris, fille -du tendre Aristëe qui fit le premier connoitre aux hommes le suc que compose Faheille, et le jus onctueux de l'olive. Macris habitant de TEubée, reçut entre ses bras le jeuneBacchus, et abreuva ses lèvres desséchées par le feu dont Mercure venoit de le retirerjmaisla nymphe, chassée de l'Eubée par Junon , se retira dans une grotte de nie des Phéaciens qui , par ses bienfaits, se virent en peu de temps comblés de richesses. ^^^

Suivant Thucydide^ Bacchus y avoit un temple: la réputation du vin de Corcyre, aujourd'hui Corfou, subsiste encore à présent. Les médailles de cette île présentent la statue de Bacchus avec une grappe de raisin et le cantharus.

On voit dans Spon une médaille deZacynthe représentant Bacchus, tenant une grappe de raisin de la main droite, et un thyfse de la main gauche. Strabon dit que l'île de Zacynthe étoit très fertile en vin ^'^; sur d'autres médailles de Zacynthe, Bacchus est demi-nu , avec les mêmes attributs , ou bien habillé, avec la ceinture.

Les Cretois célébroient tous les trois ans l'anoiverpaire do Bacchus. Saint-Clément d'Alexandrie et Julius Firmicus ^^^ racontent l'histoire de Bacchus dans l'île de Crète ^ c'est à-peu-près celle de Bacchus tué par les Titans adaptée à Jupiter , prétendu roi de Crète, et à Junon son épouse, également jalouse

^*> ApoU. Rhod., cap. 4 , v. 1 134.= ^ Strab. , lib.X, p. 458. = ^ Clem. Alex. , in Prolrept, , p. 12. — J. Fiiniicus , de Errore prof, rclig, , cap. 6.

et persécutrice du jeune Bacclius né d'une maîtresse du roi; JunoQ livra Bacchus à ses gardes qui le mirent à mort, dispersèrent ses membres. Minerve, sœur de la reine, garda le cœur de Bacchus et* le remit à Jupiter, qui le plaça dans une statue parfaitement ressemblante à Bacchus. Les Cretois celébroient tous les trois ans ses fêtes funéraires , dans lesquelles ils représentoient toutes les circonstance* de ^ mort. Ils déchiroient un taureau vivant et dispersoient ses membres j ils couroient les bois en }etaat des cri3 horribles; ils portoient dans, leurs courses la corbeille où Minerve avoit déposé le cœur de Bacchus, ainsi que les joujoux qui avoicnt séduit le jeune Bacchiis : on retrouve dans cette fête tout ce qui faisoit partie des autres fêtes de Bacchus.

Il 'nous reste un grand nombre de médailles de Crète ^ appelées cistophores, parce que les cistes de Bacchus étoient gravées sur leur revers. ^*^

On voit sur les médailles de Cydon, une louve allaitant un enfant, et au revers, une tête de Bacchus ceinte de la couronne de lierre ^^ ; d'autres représentent Bacchus avec la couronne de pampres. Les vins de Crète étoient autrefois des vins dé prix, comme ils le sont encore à présent.

Les habitans de Délos célébroient les Dionysiaques, comme on le voit par l'ancienne inscription rapportée par Gruter ^^ et par Moptfaucon ^^^.

Jlalic, , cap.

portée par Gruter ^^ et par Moptfaucon ^^^.

^ Gohz., JnsuL Grœc. Tah. III , i?. 5 , G, 7, 8.= ^^ Patin., 0. =s ^3) Gruter, in Thes.^ p. 45.= ^*^ Montf^ucon , Diar. c, j cap. 5 , p. /^5,

46o BA.CCHUS

Eubule de Marathon , gis de Démétrius , habitant de Dëlos , fut nommé Tintendant des spectacles ^ du temps de Farchontat d'Aristœchmus; il distribua les prix aux Panathénées avec la plus grande impartialité; il proclama, sur le théâtre de Bacchus qui étoit dans la ville de Délos, une couronne d'or en l'honneur des Athéniens qui étoie.nt dans Tîle : il fut nommé d'abord prêtre des grandes divinités, ensuite d'Escvilape, puis le chef des prêtres de Bacchus, et en cette dernière qualité) il fit à ses frais des pompes^ des cérémonies publiques et des sacrifices; c'est pourquoi le sénat lui décerna la couronne sacrée du dieu à cause de ses vertus et de ses bienfaits envers le peuple j car il avoit encore rempli avec honneur diverses ambassades, et il avoit fait plusieurs choses utiles au peuple : ce décret devoit être inscrit sur un cippe élevé dans l'Heracleum.

Mégyste, île grecque de la mer de Lyde, étoit fertile en vin; elle adoroit Bacchus. Goltzius rapporte des médailles de cette île où l'on voit la tête de Bacchus ceinte de lierre, et au revers , une grappe de raisin. ^^^

Cette divinité étoit aussi adorée dans l'île ou presqu'île de Leucade , sur les côtes de l'Acarnanie, comme le prouvent les médailles de cette île où l'on voit Bacchus debout, avec le thyrse et le cantharus^ 9yant à ses pieds un satyre d'un côté et un tigre de l'autre.

^»>P.lîn.,lib.V, sec. 35

Nous avons également des médailles de Ténos où il est représenté avec ses attributs ordinaires , et qui prouvent qu'on lui rendoit un culte dans cette île.

Il éloit adoré dans File de Cyzique : une médaille de cette lie nous le représente monté sur un char traîné par deux panthères; il est précédé d'un villageois portant sur sa tête un calathus rempli de grappes de raisin, et ayant un bâton à la main gauche; Bacchus est armé du thyrse: l'on voit une tour au milieu de laquelle est placé un homme vétut d'une cotte d'armes, et portant un Javelot à la main. Nous avons vu que c'est surtout à Gy zique que Bacchus étoit adoré sous l'emblème du taureau. Les monumens anciens nous représentent souvent ce symbole^ et ces taureaux sont en général de la plus grande beauté. Les artistes anciens ont toujours fait le taureau dionysiaque furieux, indompté, plein de mouvement, d'ardeur, de force et de vie, présentant le front avec fierté, frappant du pied contre terre , mugissant : ce n'est pas un simple taureau, c'est Bacchus lui-même; c'est le dieu générateur, c'est le dieu du vin : l'animal po^e souvent sur le thyrse; le lierre lui sert de ceinture.

Il n'entre pas dans notre sujet de présenter le culte de Bacchus dans toutes les parties du monde où il â"été étabU; cette discussion exigeroit un volume : nous devons seulement présenter rapidement son culte dans les contrées où les Grecs ont établi des colonies. La Sicile, peuplée de tant de colonies grecques, a voit en ^rand honneur le culte de Bac-

chus. A Syracuse, il avoif un temple, le Morychiam, où il étoit adoré sous le nom de Morjrchus; ce nom est, dit-on, un mot oriental qui signifie vigne fertile j jus d'un fruit qui tire au clair ^ chant y etc., idées relatives à la vendange et à ses plaisirs. Lorsqu'on cçlébroit la fête de Bacchus Morychus, on barbouilloit sa statue avec du vin doux et du jus de figues ^^^ : cette statue se plaçoit hors du temple , sous le vestibule, en plein air, d'où est venu le proverbe grec, \k(ùp(intpo(;^opi'/ov y c^est-k^dire, plus fou que Morychus y qui quitte sa maison pour demeurer en plein air ^^\ On a donné au mot morychus une étymologie qui me paroît plus vraie que celle tirée des langues orientales. On le fait dériver du verbe grec (xopiilat yfœdare^y inquinare, parce que les vendangeurs ont coutume de se teindre la figure avec le moût de raisin, etc. Nous avons en Bourgogne un raisin qui porte le nom de Moricho; il rend un jus . très coloré et il teint fortement. Dans le patois de cette province^ on appelle moricho non-seulement ks vendangeurs qui se sont teints la figure avec le JUS ou le moût de raisin , mais on a étendu cette expression à tous ceux qui ont^ la figure teinte de quelque tnanière que ce soit. C'est, chez les habitaus de la campagne, une expression de reproche de toutes les mères lorsq-ue leurs enfans ne se sont pas ftettoyé la figure.

On célébroit à Arbèle, ville de la Sicile, une fcle

Virgil, , EccL VI, p. 22. = ^^ Suidas, v. Mw|Qwt£|»ûç.

THÉBAIK. 4G3

de Bacclms appelée Agrypnis, parce qu'elle se célebroit pendant la-nuit. ^^^

Me'gare en Sicile, dont le territoire e'toit fertile en vin, adoroît Bacchas, comme on peut le voir dans une médaille qui a été donnée par Spanlieim ^^\ Il donne encore une médaille d'Agyre, autre ville de la Sicile,' qui présente Bacchus avec une seule corne et au revers le Minotaure.

A Catanc, le culte de Bacchus étoit aussi en grand honneur ; on voit sur les médailles de cette ville les attributs de Bacchus, et Bacchus lui-même, conduisant un char attelé de deux tigres ou deux panthères, et souvent réuni à Gérés.

Les habitans de Sélinunte, avant leur destruction

parles Carthaginois, ay^oient consacré dans PAltisà

Olympie un trésor à Jupiter Olympien où Ton voyoit

une statue de Bacchus dont le visage, les mains et

* les pieds étoient d'ivoire. ^^^

La ville de Téos en lonie rendoit un culte particulier à Bacchus; elle a fait représenter cette divinité sur un grand nombre àe ses médailles. Les Téieus, vers l'an ig5 avant J. C, déclarèrent par un décret solennel , que leur ville avec san territoire consacré à Bacchus, étoit sacrée et inviolable. Ils firent adopter leur décret par les Romains, par les Etoliens et par plusieurs villes de la Crète. D'anciennes inscriptions ^^^ rapportent les décrets de

^*' Hësycb. , v. Agtypnis. = ^> Spanh. , de Prœst. et usu nw mism.y T. I, p. 55G. = ^^ Pausan., Elid, , cap. 19. =: W chighull. , j4ntiq, asiat. ,p.iii,ii5.

464 BACCtIUS

confirmation donnes par ces diflTérens peuples. Ce^ inscriptions nous font connoîtreUétendue et les effets du privilège d'Asylie: il mettoit une ville à l'abri du pillage et dé la guerre.

A Téos,les arcades du théâtre subsistent presque entières encore à présenlj mais il ne reste rien des sièges où se plaçoient les spectateurs: il e'toit construit sur la pente de la colline^ au midi^ usage adôplé par la plupart des architectes anciens. Jl n^éloit pas fort grand, autant qu'on peut conjecturer par ses ruines. Pococke croit avec assez de vraisemblance, que le même théâtre servoit quelquefois de naumachie; un ruisseau qui est dans le voisinage fonde cette conjecture. Le temple de Bacchus , ouvrage célèbre de l'architecte Hermogène, n'est plus qu'un amas confus de débris, couvert d'une épaisse plantation de vignes et d'oliviers,- ces débris prouvent encore l'étendue et la magnificence de cet édifice. Les champs voisins sont semés de tronçons de colonne ionique, de morceaux de marbre, de jaspe, de briques et de poteries très fines. ^^^

Lébédos servoit d'habitation et de lieu de réunion à tous les arlistes de Bacchus en lonie. Ils célébroient tous les ans dans cette ville des jeux en l'honneur de Bacchus. Ils habitoient autrefois Téos, mais ils furent forcés par une sédition de se réfugier à Ephèsej ils allèrcht de là à Myonnèse, et ensuite à Lébédos, dont les habitans les reçurent d'autant

^** Constant. , Ane, et moder. , T. IT , p. 57 , 58.

plus volontiers qiie )^ population de Lébédos étoit fort afFoiblie ^*\ Nous avon§ des médailles d^ Lébçdos représentant Bacchus debout ^ avec up thyrse €t un vase à boiye.

Bacclius étoit adoré à Lanipsaque ^^, Pri^pe , à qui cette île étoit^ pour ainsi dire, consacrée, y étoit honoré coninje fils de Baccbus et de Yénu^ ; pu en donnait une raison puyemeut relative è^ la production des plantes et des arbres; Priape étoit 1^ di^u des jî^rdins^ Bacclius étoit la force produc^ivQ des fruits et des plantes, il donnoit et coUseryqit le? arbres.

Nous avons déjà parlé du culte que Priapéium , vill'e de l'HelIespout, rendoit à Priape et à ^Saccltus. Nous avons des médailles de cette ville, où Pacchus est représenté debout avec une ceinture , le tl^yrse (bJ le cantbarus , et au revers Priape, Sur d'autres mo- Dumens Ton voit des J>acchantes évoquant Pacchus: la statue du dieu de Lanipsaque ?e voit squvent pxè3 de l'autel du dieu du vin , où se fout ce§ évocations } et comme Priape et Bacchus ftvoient à peu prè* h même culte, on y voit des cotyles , des cuves et d'autrps attributs de Bacchus. Les ministres de Bacchus étoient admis dans les fêtes de Priape; qu§ut 4 Vénus , lors même que les mythologue^ nafaisoient pas Bacchus son amant ou son épou^^: ^ ï}^ d^soient que ce dieu se plaisoit beaucoup avec elle. Cette

<« Slrab. , lib. XIV , p. 943.= <^> Athen. , IJb. I , cap. qS! -. Pausan. ,lîb. IX, cap. 32»— Dbd. Su?., Hb. IV, cap. 6.

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