‹ Recherches sur le culte de Bacchus: symbole de la force ..., Volume 3Chapitre 36 sur 39 · DEUXIÈME PARTIE.— PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— PREMIÈRE SECTION

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La divination étoit ua des principaux fondemeus de la religion des Anciens : aussi le père de Cyrus lui conseilloit-il de se faire instruire dans l'art des augures , pour ne pas faire dépendre ses opérations de la bonne ou de la mauvaise volonté d'un prêtre soudoyé ^^K Anaxagore, le premier chez les Grecs, fit servir la philosophie à combattre ces superstitions et à détruire l'autorité des devins. Il chercha à atteindre ce but en opposant l'élude de la nature au vain effroi que causoient les phénomènes dont le peuple ignoipoit la cause. Cependant , comme pirmi les préjugés des Anciens, il n'y en avoit peut-être pas de plus propre à porter à l'héroïsme que celui qui supjjosoit une communication des dieux avec les hommes, et comme ce préjugé àdmettoit une sorte de divination qui s'exerçoit par le moyen des songes et des inspirations , Anaxagore, admirateur d'Homère et marchant sur les traces de Pythagore , laissa sub-sister cette ancienne divination ^^^ D'autres philosophes nièrent toutes sortes de divinations, mais ils ne surent pas se tenir dans de justes bornes , et ils attaquèrent le dogme de l'immortalité de l'ame ^^^; ce reproche doit, être adressé surtout à Xénophane. Démocrite , quoiqu'il fût un des plus grands partisans de la secte pythagoricienne , enseigna que les songes n'avoient rien de divin. Ainsi , du temps d'Hérodote , le^^kvins qui s'étoient multipliés et qui jouissoient d'une considération qu'ils n'avoient pas eue même dans les premiers siècles, étoient combattus par les philosophes , dont les uns renversoient

('> Xënoph., ($rrop, = (^^ Plut., de Placit. philos, y lib. V. — <5î Bibî. des philosopha — Dacier , Fie de Pytîiagy, , T. 1, p. 178.

toute divination 9 tandis que les autres la rëduisoient à la simplicité antique.

Les oracles propcement dits ^u'îl Faut distinguer des présages et des autres espèces de divinations , sont beaucoup moins anciens que celles-ci, ils n'étoient pas connus, oirdu moins ils n'étoient pas accrédités dans les siècles héroïques. Si des oracles eussent subsisté, Calcbas, Nestor, Ulysse, n'auroient pas manqué de les invoquer ou de les rappeler à la mémoire des "Grecs , pour ranimer leur courage dans les situations désespérées où ils se sont trouvés. Les oracles concer^ nant ïpbigéme et Phifloctètc sont d'une invention postérieure. Les inspirations, les songes -et les présages, étoient les moyens diprit les dieux alors étoient répétés se servir pour annoncer leurs volontés aux bomraes ; les inspirations n'étoient point un art comme ks autres sortes de divinations^ Minerve , sous la figure de Mentes , annonce à Télémaque que son père reviendra bientôt : Je ne suis point instruit^ dit Mentes j dans Vart des divinatums , mais les dieux m*ont inspiré ce que je iMiis vous dire, ^^

Il y a deux sortes dfe ^divination , dît Cicéron , Tune naturelle et l'autre artificielle : la premièi*e est fondée sur les songes et les inspirations, c'est celle qui étoit particulièrement en "ttsage dans la baute antiquité; la seconde consiste dans la connoissaifce des prodiges , des entrailles des animaux et des augures.

lOn lit dans l'Iliade : Quare âge , vcttetn aliquèm consulamus , vel sacerdotent j vel conje^torem. Le poète appelle conjectorem èvstponokov ^ cehii qui est versé dans la connoissance des Bonges et qui prédit l'avenir d'après ces mêmes songes qu'il interprète. Il appelle sacerdàiem , hpi^, celui qui connoît la science des augures et qui prédit l'avenir à la vue àos •entrailles des animaux offerts en sacrifice , tel ftit Tirésias; et il appelle vatem celui qui embrassoit en général la science.de

0) Odyss,, lib. I, v. 200.

la divination 9 le devin par excellence^ tandis que lee œoU QvsipoitoXoç y canjectorj et u/j«ùç, sacerdosy ne désignoient que les deux parties de la science. du devin.^^^ j c'est daiis ce sens que Virgile appelle Orphée :

Sacerdos nec non threicius îonga cum veste sacerdos. Tels furent les honneurs et le crédit dont jouissoient les devins , qu'on en vint même jusqu'à Juger dignes du trône ces hommes qui transmettoient les ordres et les exhortations célestes^ non*seulement pendant leur vie^ mais même après leur mort 9 par exemple Méiampus. ^^

A Athènes , les devins étoient entretenus dans le Prytanée ^K Ceux de TElide étoient les plus anciens et les plus renommés: Ilsétendoient souvent leur ministère au-delà de la divination: ils dirigeoient les consciences, on les consultoit pour savoir si certaines actions étoient conformes ou non à la justice divine. ^*^ Quant aux oracles, ils eurent dans les temps pos teneurs aux siècles héroïques un tel crédit dans la Grèce , qu'on ne pouvoit faire aucune entreprise importante sans les consulter. Cependant à l'époque même d'Hérodote, et aux époques qui Euivirent , les philosophes , les historiens et les orateurs , ne craignirent pas de dévoiler toutes les fourheries des oracles. Thucydide n'épargna pas la pythie de Delphes ; Démos thène disoit qu'elle philippisoit. C'est ainsi que se préparoit le discrédit général où tombèrent les oracles, après avoir long-temps réglé les destins des empires.

L'art de la divination et particulièrement les oracles , faîsoient partie du culte qui a été apporté de l'Egypte dans la Grèce , et l'on remarque le plus grand rapport entre la manière de rendre les oracles à Thèbcs en Egypte, et la manière dont ils se rendoient à Dodone en Grèce. Les Pelasges avoient éri<^ en divinités les chênes de leurs pays ; on ne peut croire qu'un

0> Easlath., m Iliad., Mh.l, p. loi. — (^) Strab., lib. XVÏ, p. 762. =« (3) Aristoph. , 171 Face, v. io84.— Schol. Ibid, =« (^ Plat., in Sutyphr,

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arbre est une divinité, sans lui attribuer un pouvoir au*-deâ8tiê de la nature humaine ; on doit donc, à ce qu'il semble, étrô bientôt porté à le consulter sur les points dont la connoissancé est au-dessus des facultés de Tbomme , mais le pas qui paroît très facile pour l'ériger en oracle, n'est pas dans la nature de l'apathique sauvage, qui ne voit rien au-delà de ses besoins: aussi les oracles proprement dits , ne furent-ils en crédit dani la Grèce, que lorsque les cultes de l'Egypte y eurent été établis , et l'oracle de Dodone , le plus ancien de tous , y fut apporté de l'Egypte, comme le prouve la tradition qui nous a été transmise par Hérodote. ^*^-

(i) Pag. 5.

Le nom d'Orphée se rattache à tous les arts ; ce fut lui qui le premier enseigna Tastrologie, dit Lucien ^* , qui introduisit le culte de Bacchus dans la Grèce , qui établit à Thèbes les orgies et les cérémonies orphiques , qui fonda la théologie payenne , lés expiations , les initiations , qui fit connoître le système de la génération irniverselle , et la force reproductive de la natiire, à qui on attribue la fable des enfers, l'enlèvement de Proserpine, les courses de Gérés, la fable des Géans, les travaux d'Hercule, les rites des Cal^ires et de& Corybantes , les oracles , le culte de Vénus et dé Minerve, les lustratioiis et les divinations. C'est sous ce rapport que chaque peuple de la Grèce a célébré l'époque de sa civilisation, qu'il attribuoit à Orphée. C'est lui qui les a arrachés à l'état sauvage où ils vi voient, sans lois, sans asiles, à la manière des bétes sauvages , et qui les a amenés à un genre de vie plus doux, par la persuasion et par le charme de se« discours, qui les a réunis dans Un même lieu, leur a appris à fonder des villes , à obéir à des lois , leur a fait connoitre le nœud du mariage, leur enseigna les arts de la civilisation.

^»> Herodot., hb. II, cap. 55,^ ^^^ Lucian. , in Dialog, de jistrolog.

Tous ces bien&its ont été attribués aux anciens poètes tlié»logiensi et particuIièFenient à Orphée.

<c) Pag. 5.

Si Orphée n'a pas été le premier instituteur des mystères; il est du moins reconnu qu'un personnage de ce nom a introduit dans les mystères ou la religion des Grecs , les expiations et toute la partie mystique appelée le catharmos. Orphée est regardé comme le fondateur de toutes les pratiques religieuses qui avoient pour but de conteniiç les hommes par la crainte de la divinité. Avant ce temps un meurtre^ même involontaire , étoit la cause d'une infinité d'autres , parce que la vengeance ne tit)Uvoit plus à s'arrêter, les lois ayant peu d'empire; aussi Diodore de Sicile ne dit -il pas qu'Orphée fut l'inventeur des mystères , il dit seulement que s'étant appliqué à l'étude des religions , et y ayant fait des progrès , il alla en Egypte où 11 acheva de se rendre profond dans cette science , de telle sorte qu'il fut le premier des Grecs dans la connoissance des sacrés mystères. Diodore de Sicile ajoute qu'Orphée a rapporté de son voyage les mystères ; les orgies et toute la fable dés enfers. ^

Çd) Pag. 9.

L'hérédité dans les fonction sacerdotales étoit une coutume égyptienne. La première caste de l'Egypte étoit composée de £ftmilles sacerdotales qui , à l'exclusion de toutes les autres , s'occupoient des fonctions du culte. Afin d'inspirer plus de respect pour les ministres de la religion , les Egyptiens consacrèrent certaines familles par une inauguration particulière, et c'est à elles seules que les dieux sembloient avoir confié le soin de leurs autels. Le législateur des Juifs consacra la tribu

0) Diod.Sic, lib.IV.

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de liévi au ministère «acrâ. Chez fetf CfI^qs^i à çinelque titra que fût établi dans une famille la sutcession au sacerdoce , cette préro'^ative eu supposoit l'illustralion très ancienne. Thésée qu'on peut regarder comme le fondateur d*A.tliènes , avoit distingué diCTérens ordres de citoyens , ce fut toujours du premier de ces ordres qUe dans la suite on tira les prêtres et les magistrats ^^K Lorsque les Athéniens dounoieat à quelques étrangers le droit de bourgeoisie, ils exceptaient les sacerdoces héréditaires ^^ : cette exception eut lieu même pour les habi^ t»ns de Platée. Les races sacerdotales aimoient à a'unir eritw elles-, ou voit dans la vie de l'orateur Lycurgue, l'exemple d'une double alliance entre lesËumol^âdea et les Ëtéobutades, prêtres héréditaires de Minerve et de !Neptune, comme issus de Butés, ancien prince royal, et le premier pontife qu'ait ea le temple consacré dans la citadelle à ces deux divinités. Aitisi deux sacerdocea différens se trouvoient quelquefois ^uuis dans la même personne. U paroit que les desoendans par femmes étoient admis aux sacerdoces attachés à certaines fiunilles , coi»iKie ceux de la ligne mascuUnc. Dans certains cas ces dignitjBs étoient la dot qu'une fille ipecevoit de son père, et qu'elle transmettoit en propre à son inari.

Le tribunal des Euraolpides formoit ce qu'on appeloit le sénat sacré , lequel s'assembloit à Eleusis -, cependant on sait que le sénat et le peuple prononcèrent la condarimation de divers coupables d'impiété , le tribunal des Eumolpides ne niaeoit donc qu'en première instance , ou bien il se bornoit à des recherches et à des accusations : ce fut l'hiérophante qui parla contre Andocide dans la grande affaire d'Alcibiade et de ses complices ^^^ , ce fui'ent aussi lès Eumolpides qui voulurent s'opposer sfu retour de ce général.

Des quatre épimélètes , un devoit être nécessmrement de la famiUe des Eumolpides , l'autre de celle des Ceryces , et les

(0 Plut., Vit. Thés, « ^^^ Suidas, v. Eiîrox/*;j*«î — (5) Plut., Fit. Alcib.'-Thucyd., Ub. VU.

deux autres choies par le peuple 'parmi tous les citoyens d'Athènes. ^^

(e) Pag. 9.

Les Aiideus ont reconnu plusieurs Eumolpes^^^: Apollodore ^'^ en fait un, fils de Neptune et de Chioné; il le fait vivre du temps d'Hercule , qui s'adressa à lui pour se faire initier dans les mystères d'Eleusis ^^\ Ister, cité par le scboliaste de Sophocle , attribuoit l'institution des mystères à ua Euinolpe , fils de Deiopé , fille de Triptolême , et difierent d'Euxnolpe de Thrace. Suivant Hésychius ^^^ , les Grecs donnèrent le nom d'Eumolpe à divers philosophes thraces , qui les charmèrent par la mélodie des hymnes où leur doctrine étoit exposée. Cet JSumolpe , dit Strabon , qui tient sa dénomination de spn talent ^^\., : le nom d'Eiunolpe signifie, qui chante bien. D'autres font d'Eumolpe im berger qui habitoit Eleusis , lorsque Cérès y arriva. Il en est d'Emnolpe comme d'Orphée et d'autres persomiages de ce genre : il seroit très difficile d'éclaircir son histoire.

(/) Pag. 10.

L'abus des preuves négatives a été fimeste aux progrès de la critique ; ce n'est pas qu'il faille les rejeter entièrement , mais elles ne peuyent être admises comme preuves , que lorsque des écrivains contemporains , ou du moins ceux qui , par leur position ou par l'époquB où ils ont vécu , doivent faire autorité , ont gardé le silence sur un fait ou sur un usage dont ils avoient occasion de parler , et dont ils au^oient nécessairement ou vraisemblablement rappelé le souvenir s'il eût existé,

^^5 Harpocrat. — Suidas.— Demostb. , in Midiam»=' (^) Sehol. Sopk. ,. OEdip. Co/bn., V. io5i.-=œ Apoll.,lib.III,cap. i5,54.= ^^^ Ibid., lib. n , cap. 5 , J 13. — ^5) Hesych. , in Eumolp,=^ <6) Strab. , Ub. X,

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