CHAPITRE PREMIER
$ I. Les Dionysiaques étoient de deux espèces. *— Diverses étymologies du mot Dionysius. — Le nom defijsa donne par les poètes aux divers lieux oh les orgies de Bacchus ëtotent cëlëbrées.
$ 3. BacchuB OH Dîooysias dans les Indes.
$ 5. Mythologie de Bacchas ou Dionysius> dans la Lybie*
$ I. Bacchus Pipnjrsius, diverses étymohgies de ce nom.
Nous sommes maintenant parvenus aux fables particulières à Bacchus. Les plus importantes, surtout à Athènes, étoient célébrées sous le nom de Dionysius^^ c'est aussi celles sur lesquelles il règne le plus d'obscurité et de confusion , il n'en est aucune où l'on trouve plus de contradictions dans les auteurs et dans les monumens de l'antiquité , aucune n'a autant divisé les modernes : cette obscurité est d'autant plus extraordinaire qu'elle n'est pas dans la nature des choses. ïjorsqu'il s'agit dei^ mystères dont les initiés
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ne pouvoient, sous peine de mort, révéler non-seulement la doctrine , mais les rites intérieurs , il faut bien que les modernes consentent à les ignorer,; mais ici il n'est question que des fêtes publiques qui étoient connues et célébrées par tout le peuple d'Athènes. Les contradictions des anciens sur cette matière sont telles que leur étude la plus approfondie laisse toujours de l'incertitude dans l'esprit j dans l'examen que j'en ai fait, j*ai changé, je l'avoue, plusieurs fois d'opinion, et je ne présente celle que j'ai adoptée que comme la plus vraisemblable, et la plus conforme à l'esprit du mythe de Dionysius, c^est celle d^Ieursius, de M, de Sainte- Croix et de plusieurs autres savans, qui n'admettent que deux sortes de dionysiaques^ les grandes et les petites , les dionysiaques annuelles et les triennales.
Les Anciens distinguoient plusieurs Bacchus sous . le nom de Dionysius. Philostrate, dans la Vie d'Apollonius de Thyane , en admet trois : le Thébain, l'Indien et l'Assyrien; Diodore de Sicile en distingue également trois, qu'il place à trois époques différentes : l'Indien , né de Jupiter Ammon * et d'Amallhée , qu'il appelle le Barbu , et encore LenœuSy parce qu'il apprit aux hommes à exprimer le vin des grappes de raisin dans un pressoir; le fils de Jupiter et de Cérès ou Proserpine, qui enseigna aux hommes à mettre deux bœufs sous le joug ; et le Thébain , fils de Jupiter et de Sémélé. Cicéron reconnoît cinq Dionysius : le premier né de Proserpine; le second du Nil, qui, dit-on, fonda la ville
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de Nysej le troisième fils de Gaprius, roi d'Asie, qui institua les Sabaziennes ; le quatrième, fils de Jupiter et de la lune (la même qu'Io, Isis ou Gérés. ) , pour lequel on institua les mystères orphiques j le cinquième, fils du Nil et déThyoné , en Thonneur duquel on établit les Triétériques. On Ut dans quelques-uns des hymnes orphiques, que Dionysius étoit fils de Jupiter et de Proserpine, et dans l'hymne à Bacchus on voit qu'il étoit fils de Jupiter et de Sémélé.
Le nom de Dionysius a donc été également appliqué au Bacchus des mystères et au dieu du vin ; il faut observer néanmoins que ce ifom n'a jamais été donné à Bacchus considéré comme mortel , mais seulement comme dieu , parce qu'il a été la dénomination du pouvoir généf'ateur considéré, soit dans sa généralité, soit dans ses appliqations particulières, tandis que le nom de Bacchus proprement dit a été donné au Bacchus des Grecs, c'est-à-dire au demidieu ou héros: ce système, particuUer à la Grèce, qui admettoit la théophanie et l'^ipothéose, étoit exdusif des idées attachées au Bacchus des mystères.
Sous le premier rapport, le nom de Dionysius eut diverses étymologies , les uns le firent dériver de Atôç vous ou Joi^is mens y l'ame du monde j les autres «TTo Toû ^lavvaai ou quod circumferatur in ambitum^ parce que, suivant Gléanthe cité par Macrobe, celte ame du monde qui anime le soleil , fait le tour du
ciel par sa marche joilnialièfe d'orient ea occi* dent.^^>
Plutarque met le mot de Dionjsius au nombre des noim énigmatiques qui ser voient à désigner les divers changemens du principe universel et sa dis* tribution dans les diffërens êtres. ^^^
Le nom de Dionjrsiàs, suivant Macrobe^ ëtoit encore donné à Bacchus^ considéré comme divinité infernale;^ c'est-à-dire, au soleil parcourant l'hémisphère inférieur.
Artémidore ^^^ et Suidas ^^^ font dériver Dionjsius du mot grec Aayrîeiv , absolvere , expedire, perfi^ cere^ parce qu'il accorde ses faveurs et conduit à une heureuse fin les entreprises des agriculteurs qui plantent des arbres à fruits et particulièrement la vigne. Il est le dieu protecteur de tous ceux qui souffrent de quelque infortune, il leur rend le repos et les déUvre de leurs maux ; c'est ce que; signifie le mot Dionysiusj dit Artémidore. Pour ceux qui ont une existence frêle et délicate , et surtout pour les aifans , ce nom présente l'idée de dangers , de troubles, d'embûchçs, ce* qui est suffisamment expliqué par l'histoire de la naissance de Bacchus et des Titans; mais si ce dieu exposoit les humains à quel-
^' On Ut dans ut) hymne d'Orphée ;
Prodiit in lucem piÉP^us dictas Dionjsius quod semper irmhen" sum et latum versetur Ofympum, ( Macrob. > Saturn, , lîb. I ^ cap. 18. )
^' Plut. , signification du mot Ei* = ^^ Artémid., Oneirocrk, , lib. Il, p. 1^4. = **^ Suidas, v. Dionjsios,
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ques dangers ^ il veUloit nçnomoins à leur conservation ^t n^ les laissoit jamais périr. Il ëtoit le dieu des esola?^ y à qui il ne kissoit le sdb et l'inquië* tude d'auQUine chose; son nom étoit la signification et même l'wprbléme de la liberté que leur fiûsoit espérer noii-seulamentle nom du dieu^ mais sa* bonté.
£# dénomination de Dionysius a été ausM appliquée au dieu du ^in t un scholiaste d'Hésiode trouve son étjrmologie dans le mot ^i&Ao^oy , ou Daiorvini^ étymcJlogie que Platon avoit donnée avant ce scholiaste. Phumutus le fiut dériver de Jktfvu|oç &, quasi nos udp^rienSy quia nosjuQunde ac suaviterirriget, ou du mot àuikwo^^ parce qi^e le vin^ pris avec mo-* dération 9 nous dâivre de nos*inquiétndes^ et que pris avec exeés il nous prive de toutes nos ËEicultés ; c'e$t pourquoi Baochua a encore été appelé Afysius et Jéjrmus.
D'^ut^^s font dériver ce nom de j^uoaca, je pique ^ je blesse, parce que Bacchva blessa Jupiter avec ses OOTues^ lorsque ce dieu, qui l'avoit mis dans sa cuisse y l'en retira. Suivant Nonnus , il fut appdlé DionjrsiuSy parce que Jupiter boita pendant tout le tempa qu'il le porta dans sa cuisse , les Syracusains appeloient un boiteux, Njsos.
Geuac-*ci le font dériver de ùnà ^ ancien noin de l'ile deNaxos, où Baochus trouva Ariadne, et qui étoit consacrée à ce dieu.
Stesimbrote prétend qu'il reçut le nom de Dionfsius y parce que Jupiter envoya de la pluie sur la
Dightized by VjOOQ IC
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terre, aussitôt après la naissance de Bacchus ^*^ j ce qui rappelle ce que nous avons dit sur Bacchus, considéré comme maître et modérateur de la sub^ stance humide , source de toute production.
Suivant Fréret et Tauteur de YEtjmologicum magnum y les noms de Bacchus et de Dionysius n'étoient que des titres de dignité, et le nom de Dionysius venoit de Aouvov Nî5<ji)ç, ce qui , en langue arabe , suivant Pococke , signifioit roi de Njrsa,^'^
Le plus grand nombre des écrivains grecs qui ont appliqué au dieu du vin le nom de Dionysius^ tirent son étymologie de Nysa , où Jupiter fit élever Bacchus par des nymphes , dit Aristide ^^ , lorsqu'après la mort de Sémélé ,*il eut passé dans la cuisse du maître des dieux le temps marqué pour Faccouchement. Le nom de Dionysius étoit composé , suivant Diodore de Sicile ^^^ , de celui de Nysa et de celui de Jupiter, que les Grecs appellent Aiôç.
Les anciens géographes ont connu un grand nombre de villes du nom de JNysa 9 il y eut aussi un grand nombre de montagnes de ce nom ; les poètes ayant besoin de cette montagne ou de cette ville pour leur narration des orgies dans les divers lieux où elles étoient célébrées. Font transportée partout où la vigne étoit cultivée. Etienne de Byzance en porte le nombre à dix , la première sur THéUcon ^
**^ Nat. Cornes , lib. IV, cap. i3. =f ^ Fréret , Academ. Inscript, y T. V. — Focock. , Not, in Spect. Hisl, Arabum, p. io6.= ^^^ Arist. , Ùrat in Bacchum. = ^*? Diod. Sic. , lib. IV , cap. 2.
Diomr^ius. 45
la deuxième dans la Thrace y la troisième dans la Carie , là quatrième dans F Arabie, la cinquième en £gyp|e^ la sixième dans l'ile de Naxos, la septième dans les Indes ^ la huitième sur le mont Caucase y la neuvième dans la Lybie, la dixième dans l'île d'Eubée. La vigne ëtoit cultivée dans tous ces lieux, mais quelques-unes de ces contrées n'avoient ni ville ni montagne du nom de Nysa ; c'est ainsi que le crédule abréviateur d'Etienne de Byzànce prétend que la vigne fleurit et que le raisin mûrit le même jour à Nysa daiis l'île d'Eubée, quoique Pausanias, Strabon , ni aucun autre géographe de l'antiquité , ne parlent d'une ville du nom de Nysa dans cette ile« « En queb lieux , ô Bacchus I conduis-tu les » chœurs sacrés ? Est-ce dans les forets de Nysa, sur » les sommets de Corycie ( l'antre de Corycie étoit » sur le mont Parnasse ), ou dans les vallons ombraw gés de l'Olympe ? ^*^ w
Homère , dans le sixième livre de l'Uiade ^> , fait dire par Diomède à Glaucus : « Si tu es quelque dieu descendu de l'Olympe , apprends que je ne combats point les immortels. Le fils de Dryas, l'insensé Lycurgue qui s'éleva contre eux , vit bientôt terminer sa carrière ; il poursuivit sur la montagne sacrée de Nysa les nourrices de Bacchus qui càébroient les orgies : frappées par ce prince homicide, les thyrses tombèrent de toutes les mains ^ Bacchus fuyant lui-même se précipita dans la mer , où Thé-
Eurîpid, , Bacch, = ^'^ Homer* , Iliad, VI , v. iSa.
tis le reçut tremblant entre ses bras mais les
dieux /au sein de la paix, regardèrtot avec indignation ce prince téméraire. Privé de la vue par le fils de Saturne, et détesté de tous les immortels, il fut bientôt exclus du séjour des vivans* » Eu^tatfae remarque sur ces vers^ que Bacdius a pris de Nysa le nom de Dioûy ^us. Ce passage ne détermine point la position de la ville de Nysa en Thrace^ iliais elle nous est donnée par une médaille décrite pat* Pel«lerin, sur laquelle on lit : La tille de Nysa en Péonie. Elle étoit située dans la partie de la Tfarace conoH prise entre les fleuves Strymon et Mestus, qui fitt dans la suite réunie à la Macédoine, et qui étoit ancien* nement appelée Péonie. La ville de Nysa étoit près du Strymon. w Heureuse Piérie , notre dieu te ché^ » rit....i suivi des Ménades agiles , ce dieu franchira w le rapide Axius et le superbe Lydias. ^*> » Suivant Fauteur de l'hymne à Cérès , pubhé par Ruhnkenius , Proserpine fut enlevée dans les environs de Nyse , ce qui doit s'entendre de Nysa, ville de Garie> où il y avoit un temple consacré à Pluton et à Phh serpine , et dont les médailles représéi4x)ient souvent cet enlèvement. Diodore de Sicile, en paiiant d'Osiris, dit qu'il fut l'inventeur de l'agriculture, qu'il étoit fils de Jupiter , et que les Grecs lui donnèrent le nom de Dionysius de celui de son père, et de celui de Nysa, ville de l'Arabie , où il avoit été élevé.
^*^ L' Axius ëtoit un fleuve de la Pëonie, et le hydÏM un fleuve de la Macédoine. ( Bun'pid. )
DIOMYSIUS. 4?
Dans un autre passage ^ où Diodore parle de Féducation de Bacchus, il exprime la position de la ville de Nysa où Bacchos fut élevé y entre la Phénide et le Nil (il), et il s'appuie de Tautorité d'Homère; or, l'Arabie est située entre la Phénicie et l'Egypte. Hérodote ^^^ , parlant des différens peuples qui pay oient des tributs à Gambys6> dit qu'il en étoit de même des Ethiopiens' voisins de l'Egypte j et des habitans de la ville sacrée de Nyse^ qui célébroient des fêtes en l'honneur de Bacchu^.. Le même historien ^^^^ parlant du ônnamome^ dit que cette plante croît dans le pays où Bacchus fut élevé : or le annamome^ selon Théophraste^ Dioscoride et GaUen^ croissoit en Arabie. Il est donc probable que la Nysa d'Ethiopie et celle d'Egypte ,n'étoient que celle de l'Arabie, d'après Hérodote lui-même. Uest vrai qu'on appeloit le cinnamome mosjliUquey de Mosylon pro^ montoire et port d'Ethiopie dans le golfe Avalitès ^ maid c'étoit pàtc^ qu'on en faisoit uu commerce considérable axas ce port
13 y avoit dans Ici I^destine une ville située sur le p^ichant d'une montagne, au bord d'une petite rivière qui tombe dans le Jourdain , à cinq lieues de hi Tibériade et à dit-huit lieues de Jérusalem : cette ville s'appela d'abord Nysa et ensuite Scylhopolîs. Elle fut autrefois appelée Nisa , dit Pline, de Bacchus , dont la nourrice reçut la sépulture dans
<*> Herod. , lib. III , 5 77. == ^ Herod., lib. III, J 19.
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celte ville ^*>; Solin dit que Bacchus en fut le fondateur ^'^K Uacadémicien M. Fabbé Belley à conjecturé que cette ville est la même que la Nysa d'Arabie j ce qu'il y a de certain , c'est qu'elle ëtoit particulièrement consacrée à Bacchus : elle portoit le titre de sacrée, îepa, et d'inviolable, àavkoç. On voit par une médaille du cabinet de Saxe-Gotha, que les habitans de Nisa-Scythopolis ont représenté Néton soUs la figure et avec les attributs de Bacchus , par une flatterie fort ordinaire aux Grecs , qui rqprésentôient les princes sous la forme de leurs divinités. Gette ville faisoit célébrer les jeux pythiques en l'honneur de Bacchus , si on en juge par une couronne de laurier , symbole de ces jeux , qu'on voit sur une médaille du cabinet de Pellerin, Le culte de Bacchus passa de Nysa dans le reste de l'Arabie; les Arabes Nabatéens l'appeloient Dusarèsy et ils célébroient des jeux publics en son honneur, Dusairès recevoit les plus grands honneurs à Pétra d'Arabie : le simulacre (^yaXfxa) du dieu étoit une pierre noire, quadrangulaire , d'un travail grossier , haute de quatre pieds , large de deux, posée sur une base d'or y on lui immoloit des victimes dont le sang étoit répandu en forme de libation , tout le temple
^^ Scythopolim, autem Nisam a Libero pâtre, sçpulta mUriceibL ( Plîn., HisL NaU , lib. V , cap. i8. )
^ liber pater cum humo nutricem tradUUsset , condidit hoc oppidum , ut sepuliurœ iituium etiam urbis mœnibus ampliaret. ( Solin. I cap. 36. )
étoit enrichi d'or et d'un grand nombre d'offran des <•>. Rivant une médaille de Philippe, père d Alexandre, du cabinet de Pellerin, la ville de Bostre fit célébrer les jeux açtiaques en l'honneur de Uacchus.
Les hâbitans de Bostre, pour perpétuer la mémoire des bienfaits de leur dieu Dusarés, firent era ver sur leur médaiUe un pressoir, composé de la table et de la vis. Us donnoient lés jeux dusariens qm etoient modelés sur les jeux açtiaques , où l'on distribuoit des prix pour la musique, pour les cornbats athlétiques et pour les courses de chevaux La couronne de laurier étoit le prix ordinaire des jeux açtiaques, qui furent renouvelés par Auguste en 1 honneur d Apollon; on distribuoit encore aux vainqueurs des jeux dusariens à Bostre, des vases précieux. Les hâbitans de Bostre, pour ne rien omettre de ce qui regardoit le culte de Bacchus n'oubUèrent pas Silène : U est représenté sur plu' sieurs médailles de cette ville, portant sur l'épaule une outre rempUede.vin. Ce type est ordmairVsur les médailles des viUes qui avoient de bons vignobles.
La ville d'Adraa, de la même. contrée , célébra aussi les jeux dusariens : l'on voit sur le revers d'une medaïUe dEmihen, une table chargée d'une urne et de deux statues , et sous la table un pressoir avec 1 inscription : aapahnûn AOrcAPU.
LesArabesn'avôientpasd'autrês dieux queBacchus etUranie, comme nous l'avons déjà dit: observateurs
<" Suidas.
TOHE IIL ,
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religieux des sermens^ ils invoquoient ce& deux divinités, dans les cérémonies qu'ils célébroient à cet égard. Us furent le&seulsquin'envojéreDt pasd'ambassadeurs à Alexandre; la conquête de ce pays stérile ne présentoit aucun avantage, cependant Alexandre marcha vers ces contrées, emporté par k passion de tout soumettre à sa domination, et Strabon ajoute, parce qu'il apprit que ces peuples n'adôroient que deux divinités, Jupiter et fiaechus , et qu'A espéroit. être adoré par eux commue leur troisième dieu, s'il étoit vainqueur, et s'il leur donnoit la Kberté/*^ f? D y avoit, suivant Etienne de Byzance^^, une île de Bacdius et une autre île d'Anti^Bacchus , situées dans le Golfe Arabique. Pline ^^^ place ces îles au-desais des Ethiopiens Arotères , et les appelle Bacchias et Anti-Bacchias. Ptoléméè place les îles de Bacchus et d^Anti^-^Bacchns parmi celles qui sont vis-àf-vis FEthiopie, dans le Gqlphe Arabique, sous l'Egypte, ^*^
Plusieurs écrivains, al^ibuent la dénomination' de Dionysius à son expédkion dans les ladès ; Arrien , Quinte-Curce , Philostrate , disent qu'elle vient de Hysa ville de Tllade ^*^> {o).
^*> Strab., lib/XV.I, p. 1076.= ^ Stept.%2,, v. Bçixg^v vYidoç. = ^'^ Plin., lib. 'VI, cap, 29. = <*>Ptolémée, lib. IV, cap. 80 ig^
^^ Aovvov indè regem vocant , auctore Juha , undh Dionjrsius pater dîcius , quod Nysœ rexfuerit, ( Maussac.^ Dissert, critic, , post Harpocmt., p. Sgi. )
DIOKTSIUS. Si
^ II. Bacchus ou Dionyslus dans les Indes.
Celte expédition de Bacchus est qelèbre dans la mythologie grecque de cette dirinité.
Les Indiens ( postérieurs à la conquête d'Alexandre) racontoient que lorsqu'ils n'habitoient edcore que dafls des villages^ Bacchus venant des pays occidentaux y entra ches eux avec une puissante àrmée^ ., et qu'il parcourut aisément toute l'Inde^ n'y ayant alors aucune ville qui fut capable de l^^^réter. Des chaleurs excessives étant survenues^ et des maladies détruissmt son armée , cet habild capitaine la conduisit sur les montagnes; l'air fraifi que ses soldats respirèrent , les eaux pures' qu'ils burent , lés eurent ^bientôt rétablis : ce lieu , qtïî «voit été si salutaire pour ^s ti^upes^ étoit appelé Méros. n apprit aux Indiens la culture des fruits, leiir communiqua l'invention du vin, enseigna l'art de la culture > et leur âiit en main déà aï'ines ^d'il leur sq>prit à manier. Il leur fit conndître plusieurs autres choses ùtiles^ ou de prèndère nécessité; il bâtit des viUes ^ y appda les habittms des vil-plages pour les peupler , leur enseigna lé éidte des dieux et lèuF donna des lois : il établit la jusli^^ parmi eux , et mérita par tatit de bienfait» le nom de dieu et les honneurs divins. Il avoit mené un grand nombre de femmes dans son armée j la trompette n'étaM pas encore en usage, il se servoit de tambours et de cymballes dans les batailles. Tel est le récit
des habitans des montagnes de Flnde y ou plutôt de la Bactriane , rapporté par Diodore de Sicile ^*^, et et par Arrien dans les Indiques ^^\ On y reconnoît facilement les idées des Egyptiens et celles des Grecs sur rétablissement de Fagriculture, la naissance des arts et les commencemens de la civilisation, ainsi que le mélange de ces idées avec les rites phrygiens et avec le système particulier aux Grecs sur Bacchus Thébain et sur Fapothéose. Le Bacchus des mystères, FOsiris d'Egypte et le Bacchus de l'Inde sont fabriqués sur le mçme type, font les mêmes choses, sont 'honorés de même , et toutes ces choses .sont ici réunies sur la tête de Bacchus Thébain. Osiris avoit fait aussi une expédition dans l'Inde, et Diodore de Sicile rapporte qu'il y fonda Nysa , en mémoire de Nysa près de l'Egypte , où il avoit été élevé. Adrien place cette ville entre le fleuve Cophène et l'Indus^^^, elle étoit située au pied du mont Méros; ce nom , qui signifie cuisse , dit cet historien , fait allusion à la fable des Grecs , suivant laquelle Bacchus avoit été enfermé dans la cuisse de Jupiter :. Bacchus étbit surnommé Mérotraphès. En Arabie comme dans l'Inde , la ville de Nysa étoit bâtie sur le penchant du mont Méros ^^^ , ce qui confirme l'opinion de Bochart qui dit, qu'en phénicien le mot méros signifie proprement le flanc d'une montagne ^^K Philos-
^*^ Diod. sic, lib. II , cap. 58. = ^ Arrian. , Indic,, cap. 7 . et 8. = ^^ Arrian., Exped. Alex., lib. V. = ^*^ Strab., lib. V. = ^> B^cbart, lib. I, cap. 18.
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Irate , après avoir fait traverser le Cophéne par son héros, Apollonius de Thyane le fait arriver dans le lieu où est le mont Nysa, qui s^élève et finit en pointe , dit-il , comme le mont Tmolus en Lydie. Au-dessus de la montagne est le temple de Bacchus^ que lui-même destina à être élevé en son honneur , en entourant dé lauriers autant de terrem qu'il en falloit pour un* temple d'une médiocre étendue. On dit qu'il planta de la vigne et du lierre qui embrassèrent les lauriers , et qu'il éleva une statue au milieu de cette plantation, dont les rameaux étoient devenus tellement touffus que la pluie et les v^its pouvoient à peine y pénétrer : il y avoit dans ce temple des pressoirs et tous les instrumens de la vendange, qui étoient consacrés à Bacchus; sa statue étoit en marbre blanc et ressembloit à un jeune Indien. Lorsque Bacchus, ajoute Philostrate, commence ses orgies et qu'il frappe le mont Nysa , toutes les villes qui sont au pied de la montagne l'entendent et en sont ébranlées. ^*^
Suivant une tradition rapportée par Pausanias ^*^, Bacchus Thébain, allant faire la conquête de l'Inde, jeta le premier un pont sur l'Euphrate , où depuis on a bâti une ville qui, pour conserver la mémoire de cet événement, a été nommée le Zeugma. On y voyoit un câble fait de sarment et de rameaux de lierre, dont cette même tradition disoit que Bac-
^•> Philoslr., ru. Apoll. Thyan,, lib. II, cap. 8.= ^> Pausan. , lib. X^ cap. 29.
chus s'^'toit servi pour attacher son pont aux àenx rives du fleuve, Bacchus employa trois ans à son expédition des Indes , au, bout desquels il revint en Béotie> chargé de riches dépouilles : on dit que piûnté sur un élaphant indien, il reçut les honneurs du triomphe/^^
Si le^ Grecs attribuoient l'expédition des Indes à . Bacchus Thébain , s'ils prétendoient proiuver la vé^ rite de cette expédition en produisant divers monu-^ mens, et entr'autres un disque dWgent, qui se inontroit à Delphes , avec cette inscription : Bac^ ehus Jils de Sémélé et de Jupiter y depuis les Indes y à ApxkUo^ de Delphes ; d'un autre côté , les Indiens qui habitoient le mont Caucase et le fleuve Gophène, rejetoiept cette fable : ils disoient que Bacchus étoit un étranger venu de l'Assyrie, qui, instruit de la mythologie grecque , et particulièrement du mythe de Bacchus Thébain^ avoit apporté dans l'Inde le culte de cette divinité. Les habitans du pays entre rindus et l'Hydraotes , et des )>arties ultérieures de l'Inde bornées par le Gange, prétendoient que Bacchus étoit le fi^s du fleuve Indus, et que Vautre Bacchus étoit son disciple. Diodore de Sicile semble avoir adopté cette traditioi^, lorsqu'il dit que le Bacchus Indien de nation étoit le plus ancien, et qu'on lui avoit donné le surnom de Catapagoh ou Barbu y parce que les Indiens nourrissoient avec ' soin leur barbe jusqu'à la fin de leurs jours ^*\ Sui-
^*> Diod. Sic, lib. IV, cap. 2. = ^ Diod. Sic, Ivb. III, p. 63.
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vaut Eustatbe ^^^y ce n'est pas Bacchus fils de Sé* mëlé qui combattit les Indiens, ni celui que les Athéniens adoroient comme fils de Jupiter et de Proserpine , mais un autre Bacchus dont l'origine étoit inconnue. Quel est ce Bacchus ? dit Arrien ; quand a-t-il porté la gderre dans Flnde ? Etoit-il venu de Thi^ace ou du Tmolus ? Obligé de traverser les notions les plus belliqueuses, alors inconnues aux Grecs , conunent n'a-tr-û soumis que les Indiens ^^^ ? Enfin les Grecs euxHOiémes avoient sur ce Bacchus Indien une foule de traditions contradictoires , et il régnoit parmi eux sur ce sujet la plus grande incertitude; le personnage auquel les compagnons d'Alexandre donhérent le nom de Bacchus, pourroit très bien avoir été un héros des anciens temps de l'Asie , vainqueur d'une grande partie de ces contrées, dont l'histoire aura été obscurcie par des fictions qui la rendent impénétrable. Quoiqu'il en soit de cette conjecture, si les Grecs compagnons d'Alexandre , donnèrent la préférence à Bacchus Thébsôn sur tout autre dieu ou héros de leur pays^ pour en Ëdre une divinité indienne^ c'est qu'ils trouvèrent dans l'Inde des traditions qui déterminèrent cette préférence; ils appliquèrent à Bacchus ces anciennes traditions qu'ils revêtirent de couleurs nouvelles. C'est ainsi que , suivant Charès de Mitylène cité par Athénée ^^^ , on adoroit aux Indes un
^^ Eustalh., ad Dionys. Perieget. , v. »i58. = ^^ Ârriati.^ Exped, Alex.f lib. V, cap. i. =s ^^ Athen., lib. I, cap. ai.
démon appelé Soradœus , c'est-àrdire, faiseur de vin^ c'est ainsi que les Tam^U^ peuple de Flnde, conservoient une ancienne tradition ^ qu'il étoit né dans la ville de Niza^Débura ^ à peu de distance du mont Méros , un homme de guerre , d'une taille extraordinaire, ayant des cornes de taureau, qui se nourrissoit de chair d'animaux, qui avoit l'habitude de boire beaucoup de vin et de s'enivrer. 11 avoit pour compagnon des hommes de haute taille et très malins, de la race indienne des pasteurs appelés Kobaler, qui se vétissoient de peaux de lions, de tigres, de léopard ou d'éléphans ^*\ Lorsqu' Alexandre, pour honorer la mémoire du firachmane Calanus , sophiste indien qui s'étoit brûlé luimême , ordonna des jeux où il devoit y avoir un concours de musique, une course de chevaux, et un combat d'athlètes , il y ajouta, pour plaire aux Indiens , un genre de coinfbat qui leur étoit très familier , cerlamen potandi, à celui qui boiroit le plus , assignant pour le premier prix un talent, trente mines pour le second, et dix pour le troisième ^\ Les Oxidraques cultivoient la vigne , et leurs rois , vêtus d'étoffes peintes de diverses couleurs, faisoient
**^ Bayer , Hist, regn, Bactr, , p, 3.
^ iElian. , lib.II, cap. 4i« — Promàchus remporla la victoire sur tous ses concurrens , il but quatre congés de vin , c'esl-àdirc , vingt-quatre de nos pintes, et il en mourut trois ou quatre jours après ; trente-cinq des combattans moururent sur la place , et six eu arrivant chez eux. ^ Athen. — Plut. , Vit, Alepcand, )
Diomrsius. 57
leurs expéditions militaires et les autres sorties solennelles y au son des tambours ^ à la manière de ceux qui célèbrent les Bacchanales. Suivant Onésicrite , les femmes des Bactriens ayoientles mœurs dissolues^ les habitudes effrénées, emblème de celles qu^on attribuoit aux Bacchantes. Les femmes qui suivoient Farmée des Scythes , voisins des Bactriens, ont pu aussi doàner Fidée de Farmée de Bacchus, composée de Ménades. Enfin , les compagnons d'Alexandre s'iI^aginèrent retrouver leur dieu et son culte dans un pays où toutes les plantes consacrée^ à Bacchus croissent presque naturellement, comme la vigne , le lierre , le laurier , le myrte , le buis et tous les autres arbres verts , dont on ne trouvoit aucune trace au-delà de FEuphrate , à moins qu'on n'en cultivât à grand frais dans des jardins d'agrémens. Les habitans des montagnes de FInde surtout portoient des mitres, se couronnoient dé fleurs, se servoient de tambours , de cymbales , et leurs cérémonies publiques avoient beaucoup d'ana^gie avec les rites de Bacchus ^^\ Enfin, il y a eu sur Fexpédition de Bacchus dans les Indes, une grande variété de fables anciennes : il a été composé sui* ce sujet un poëime intitulé Bassaricay dont la plupart des traits ont été probablement recueiUis parJNonnus, et nous sont restés sous le titre de Dionysiaques; des fables semblables répandues dans FInde, en ont probablement fourni une partie, mais il n'est pas
Strab,, lib. XV. p. 1007, 1008, io38.
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moins vrai que l'on ne trouve le nom de Flnde dans ^ les fables de Bacchus^ que depuis l'expédition d'Alexandre. Strabon y dont le bon sens rend les dédisions si précieuses , regarde tout ce qu'on a débité sur l'expédition de Bacchus dans l'Inde , comme des fictions inventées par les 'flatteurs de ce prince : Toutes ces relations ^ur l'Inde, dit-il, sont fausses ou pleines d'incertitude ^^^ , et il s'appuie surtout de l'autorité de Mégasthène, et du plus grand nombre des historiens d'Alexandre. « Gomment supposer^ » ajoute Strabon , que ces écrivains, surtout ceux w d'entr'eux dont le témoignage est le plus authen- » tbique, n'aient eu aucune cônnoissance d'événe- » men3 si célèbres et si propres à donner de l'or- » gueil à Alexandre , ou que les ayant connus , ib » ne les aient pas jugés dignes d'être rapportés. »
La prise du rocher d'Aorne et de la ville de Nysa peut être 'rangée parmi les faits d'armes les plus brillans et les plus périlleux d'Alexandre dans les Indes ; \^ flatteurs;^ de ce conquérant cherchèrent encore à rehausser ces exploits, en débitant que le fils de Jupiter , Hercule , n'avoit pu triompher du roohei' d'Aorne : cet évén^nent leur fournit le sujet d'un parallèle entre ce prince et Hercule, comme la prise de Nysa, qu'ils feignirent avoir été fondée par Bacchus , leur en fournit un autre avec cette divinité. L'on sait quelles étoient les idées extravagantes d'Alexandre sur ce point, et combien ces flatteries
<»> Strab. , lib. XV , p. 686 , 6S8.
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lui éloient agréables. Les Grecs ne s'en tinrent pas là ; pour accréditer les voyages d'Hercule et de Bacchus^ ils supposèrent des mouumens qu'ils croy oient pouvoir les constater. Tous les honneurs rendus par les Grecs à ces deux divipites y près de ces monumens, n'étoient qu'un hommage détourné qui s'adressoit à l'orgueil d'Alexandre. Ce conquérant ayaut pénétre dans la partie orientale de l'Inde^ y éleva lui-même des colonnes^ et en cela^ il voulut, aux yeux des Grecs, paroitre imiter Hercule et Baochus } ce n'est pas qu'il y eut dans l'Inde aucune colomie d'Hercule ni de Bacchus , mais les Macédouiens regardèrent les lieux mêmes où ils avoient placé quelques-unes des aventures de ces deux divinités '*^ , comme colonnes ou termes des courses et des exploits de ces dieux : l'on sait combien ces mo-
^^ Les Qrees prëtendoient que les SiKes ëloient les descendans de ceux <][ui avoient accompagné Hercule dans Vlnde, et i\$ cherchoient à le prouver par l'usage encore subsistant parn\i eux de se vêtir de peaux , et de porter une massue comme Hercule le faisoît. Mais la peau de lion et la massue d'Hercule sont d'une époque bien postérieure à la guerre de Troie ; elles n'ont été imaginées que par Fauteur de l'Hëraclée, car les anciens simulacres de ce héros le représentent bien àiff&remment.
Ils avoient a9s;si trausfér^ la scènç de Prométhée du mont Caucase aux montagnes de l'Inde, parce qu'ils trouvèrent un autre sacré chez les Paropamîsades ; cela leur suffit pour publier que c'étoît \Il que Prométhée étoit enchaîné , que c'éloit le véritable Caucase , et que c'étoit là qu'5ercule se rendit pour délivrer Prométhée.
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numens furent célèbres chez les Anciens. C'étoit un usage de Fantiquité, que les premiers qui pënétroient dans les pays éloignés, élevassent sur les lieux les plus apparens , tels que les détroits, les montagnes et les îles, des autels, des tours ou des colonnes, pour désigner les bornes de leurs courses. Alexandre prétendit avoir trouvé dans la Bactriane les liiîiites ou Termes de Bacchus, Bacchi TerminoSy qu'il reconnut à certaines colonnes de pierre , placées à une très petite distance les unes des autres , et à de gros arbres environnés de lierre ^*\ Lorsqu'il fut parvenu sur les terres des Oxidraques et des Malles ^*^, ces peuples lui opposèrent une armée formidable j les soldats d^ Alexandre, fatigués de tant de courses et d'une guerre interminable , se révoltèrent : il les harangua et les conjura de ne pas lui envier la gloire qu'il désirbit avec tant d'ardeur j il vouloit, disoitil, leur devoir la gloire de passer les bornes d'Hercule et de Bacchus : Herculis et Liberî patris ter-minos.
Ces colonnes étoient de figure obéliscale, comme l'indique le nom même de Termes qu'on leur donnoit j elles étoient chez les Grecs les symboles de Bacchus ainsi que ceux d'Apollon qui, sur les médailles d'Apollonie, où l'on voit l'obélisque au revers, est couronné de lierre et de laurier tout à la fois, comme le dépeint Homère dans un de ses hymnes. Cette soçte de termes di qui les Latins don-
^»> Quint. Curt. , lib. VII , cap. 9.= ^> Id.^ lib. IX, cap. 4.
DIONYSItrS. 6i
noient le nom de Metœ , portoit celui de NvcTcrat , Njssœ^ chez les Grecs, et le dieu adoré sous la figure de ces termes étoit Dionysius y les villes où se trouvèrent ces symboles portèrent le nom de Njses. Alexandre, qui s'étoit proposé Bacchus pour modèle , voulut non-seulement parvenir à la gloire prétendue que ce dieu avoit acquise, en soumettant les mêmes pays que lui , mais il voulut encore imiter son triomphe. Dans la Garmanie il fit joncher de fleurs et de couronnes tous les villages par lesquels il passoit, on disposoit aux portes des maisons de grands vases pleins de vin j on meubloit et on ornoit ùovame des tentes , soit d'étoffes précieuses, soit de voiles d'une blancheur éblouissante, de grands charriots qui portoient un grand nombre de soldats. La cohorte des amis et la cohorte royale ouvroient la marche : tous étoient couronnés de fleurs, on entendoit partout le son des lyres et des trompettes j les guerriers buvoient et chantoient dans leurs charriots, ornés suivant Topulence de chacun j les armes précieuses y étoient suspendues. Le char , que le prince montoit avec sqs convives , étoit tout resplendissant d'or, et chargé d'ornemens de la plus grande beauté^ Farmée marcha sept jours dans cet ordre, au miUeu des festins et des fêtes. Cette marche triomphale d'Alexandre a été révo^ quée en doute par Arrien , comme un fait dénué de vraisemblance , et sur lequel Ptolémée , Aristobule et d'autres auteurs dignes de foi avoient gardé le silence. U remarque que, d'après Aristobule,