‹ Recherches sur le culte de Bacchus: symbole de la force ..., Volume 3Chapitre 8 sur 39 · Tome m · texte numérisé non relu

Tome m

ciiter CCS travaux , tels sont les fameux souterrains d'Elora ^^^ Mégasthène prétendoit que les Brames n'avoient aucune loi écrite j son témoignage est confirmé par Bardesane qui ayoit vécu long-temps parmi ces philosophes : ils n'avoient conservé , comme le voyageur Syrien nous l'assure, la doctrine et la loi de leurs ancêtres que par traditions. Or, Bardesane vivoit dans le deuxième siècle de l'ère chrétienne ^ il est donc impossible de se former une idée juste de ce que pouvoit être la religion des Indiens , avant les conquêtes^ d'Alexandre , puisque tous leurs livres sacrés appartiennent à des époques postérieures au deuxième siècle de l'ère vulgaire. Les premiers ouvrages dans ce genre, sont les quatre Vedas et les dix-neuf Pouranas , qu'on peut regarder comme le cinquième Veda. La plus profonde obscurité enveloppe l'époque ou ces livres furent composés, mais ils renferment tous, au milieu d'un ramas de fables absurdes , des préceptes qui ne peuvent appartenir qu'à dés siècles éclairés et civilisés ; le judicieux M. de Guignes a très bien observé les rapports qui existent entre les noms de plusieurs rois dont il est fait mention dans le cinquième Uvre du Bagavadam ou dix-huitième Pourana, et ceux des princes que nous savons avoir vécu après Alexandre. On y remarque surtout les noms de Miletchers et Touloukers que le traducteur du Bagavadam , premier interprète de la compagnie

Langlès, Monumens de V Indostan , T. I, p. 173.

des Indes, traduit toujours par Maures et Turcs; on distingue clairement dans le Bavagadam deux ëvénemens remarquables : i^ plusieurs Indiens abandonnèrent la religion de leurs pères pour embrasser celle des Maures leurs maîtres; 20 les premiers conquérans Mahométans des Indes furent soumis à ces derniers et ne firent plus avec eux qu'un même peuple: or ^ les Maures étoient inconnus aux Indes avant la conquête qui en fut faite par Babour un de leurs princes , au commencement du quinzième siècle. Conséquemment les Pouranas et surtout le Bagavadam, le dix-huitième Pourana, n'auront été publiés qu'après cette époque : à la vérité les quatre Vedas doivent être beaucoup plus anciens , car le texte a toujours précédé le commentaire; mais les Brames eux-mêmes ont l'opinion que le quatrième Veda a précédé seulement de 5oo ans les Pouranas, et que les trois premiers Vedas sont d'une époque postérieure à Jésus-Christ. Ce qui est en parfaite harmonie avec l'assertion de Bardesane que de son temps ^ (le deuxième siècle de l'ère vulgaire ) les Brames n'avoient ni loi ni doctrine écrite. Les Shasters qui ne sont que des commentaires des Vedas ^^\ paroissent, à en juger par les extraits ou fragmens qui ont été publiés de ces livres sacrés , avoir moins pour objet d'exposer la doctrine des anciens livres , que de développer le système de la secte des GanigneuU, de donner à l'indianisme une interprétation raisonnable,

^*^ Philipps, Account qf Malabar , p. 10, i5, 4*^.

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^t de prouver que toutes les &b)ei de cette i»ytbo*^ logi^soDt d^» allégories philosophiques. La doctrioe (}e« Gam^neuU quij ainsi que rwstérité de leurs mœurs , les a fait regarder comme les seuls y^ais sages > se retrouve partout dans rEaourvedam. Ces ouvrages contenant les principes d'une philosophie nnse en opposition avec la croyance et le c«4w idpl^triqne des Indiens ^ ne peuvent certaineiment pc^ être fort aneieoa ^^^ 3 on trouve dans r£;^urvedam> surtout ^ une foule d'idées que Ton crwQ^t tiréçst de^ livres des juifs et des chrétiens ; 4) y £i même des doctrines qui appartiennent aux chré^ien^ et qui ne sont nuU^nent dana la croyance générale des peuples dé l'Inde. ^

Toutefois > après les conquêtes d'Alexandre^, le c^lte d^ i^cohus iBit solennisé dans l'Inde avec les menies cérémioni^, que L'on observoit dana la

^' Oq x^ç çQimoit fs^Si au îuçte U oorobre des ^basjbere ^ ^Sqonferat en compte six ( Sonnerat , Voyage aux Indes orientales , lib. III, cap. 5.). A^rès le3 Vedes, ce sont les liyres sacrés. Us plus rëvéï'ës àts Indous. L'auteur du Baguât Geeta , épisode du Maha- IbahMt , peëme iudou , a le même hat- que les auteurs dei^ Shaslers et de rE^ounwdam , celui de détruite le polythëisfns , et df^^t^ljr Iq dpctriue 4^ Vuojjté de» 9i^u ei^ oppôsi^ieMi nxx oiilie dfi Viilolâtrie.

^ Aussi a-t^oi^ prétendu que l'Ç^urvedam tftoit l'ouyrage d'un ipissionnair.c; ; mais il ne faut pas avoir lu l'Ezouirvedam pour éleyer ou soutenir cette prétention : les injures contre Cfirimou qui est Jésus-CSirist , Fopinion sur Tincamation , la croyance en quelques faits idolâtriques des Indiens, ne peuvent pas être sortî^s^ de la plunue d^m misnonnaive»

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Thrace et dans la Grèce ^*^ , et les Oxidraques^ les Sibes^ les Malles de l'Inde se dirent les descendans. de Bacchus ^^ : ce culte a laissé dans l'Inde des traces profondes cpie l'on retrouve encore à présent. Le chib des Indiens dont le lingam e^ le symbole ^ a de grands rapports avec le Bacchus des Grecs, et le P. Paulin s'est fort étendu sur la ressemblance de Ces divinités ^\ Sir William Jones ptésident de la société Asiatique établie an Bengale^ prétend que Rama, divinité Indienne, était le Baccbds des Grecs: les nations avoient> selon M» Jones, des traditions suivant lesquelles ce Rama ou Diodysius avoit donné ses lois aux honunes ou jugé leurs diflfêrends^ perfectionné la navigation et le commerce, et ce qui est plus digne de remarque, puisque cette rea^ semb lance est moins vague et qu'elle s'applique plus particulièrement à Bacchus , lait la conquête de rinde et de plusieurs autres régions avec nne armée de satyres commandée par Hanouman ou Pan. Getto raœ tiombrensc et intrépide qu'on disoit être dd grands singes et qu'on appeloit des satyres Indiens^ M. Jones soupçonne qu'elle étoit une race de montagnards Indien^ dont on avoit attribué la civilisa^ tion à RauMu Haûouman étoit sous les ordres de Rama; le prince des Satyre^, comme Pan^ étoit soixs cewt de Dionysîus, et de même que Pan perfec-<» tionua la flûte en y ajoutant six tuyaux^ de même

^^ Dionjs., Perieg. orb, DescripL , v. 568. = ^Diod. Sic, lib. XTII , $ 106. :s= ^ Sainté-Crofaf, Mystères du paganisme , T. II, p. 69. — Sjystema Brahamanicum » p. S5, 1 tS.

Hanouman fut l'inventeur de l'un des quatre systèmes de la musique indienne. M. Jones détaille d'autres ressemblances entre le Dieu européen Dionysius et le dieu Indien Rama^ et il pense qu'une comparaison exacte du 'Ramajan *poëme de Valmi ck, le premier poète des Indous avec les Dionysiaques de Nonnus, mettroit dans un très grand jour l'identité de Dionysius et de Rama '^^^ ^ enfin c'est spus ]a forme de Rama que le pouvoir conservateur ou reproductif apparut à la terre, selon la doctrine des Indous, et c'est là une des ressemblances les plus frappantes de Dionysius et de Ratua : cette divinité, sixième incarnation de Viclinou, étoit le même qu'Osiris et le Soleil. A ces rapprocbemens donnés par M. Jones, M. Langlès son commentateur en ajoute de nouveaux : l'allégorie Indo-grecque plaçoit la naissance et le séjour de Chiven , Dionysius ou le soleil , sur le mont Méros , parce que cet astre, relativement à l'Inde, scmbloit sortir de ces mon-r tagnes qui • séparent cette contrée du Thibet. Les Indiens donnent au mot Méros l'épithéte de Sout^a-laja ( demeure du soleil ) , et à Chiven celle de Dionichi dieu de Nysa , parce qu'il fut élevé dans cette ville , qui porte aussi l'épithéte de Kichadaboura ( ville de la nuit ) j les fêtes nocturnes de Chiven se nommoient Chwaratri^ orgies du.Chiva nocturne. Le lingam est un des emblèmes de Chiva , qui est au^si le dieu de Ja nuit, le maître de la mort, le vengeur des crimes, l'instituteur de la philosophie

^*^ Recherches asiatiques y T. I , p. igS. -

et des sectes , et en même temps, le soleil inférieur , caché derrière le Méros: les habitans de ces contrées distinguoient aussi deux soleils, l'un diurne', c'est Rama, Apollon .ou le jeiine Bacclius ; l'autre nocturne, c'^st Chivén ou le vieux Bacchus. La série des noms de Rama caractérise parfaitement le jeune Bacchus: ces noms signifioient beau, ami du plaisir, gai, jovial, vigoureux; à sa suite marchoit Hanouman ou l'air qui pénètre partout , le même que Pan , un des emblèmes du pouvoir reproducteur chez les Egyptiens qui lui avoient élevé un temple dans la ville qui portoit son nom , où il étoit représenté avec un veretrum erectum.

Du temps dé Plutarque, on voyoit encore dans les Indes des hommes consacrés au service de Bacchus, qui, le corps nud et aflFranchi de toutes lois étrangères , pratiquoient une austère philosophie et surpassoieut la frugalité de Diogène ; car ils n'avoient pas même besoin d'une besace pour y mettre en réserve leur nourriture ; la terre leur en fournissoit sans cesse une nouvelle, l'eau seule des ruisseaux les désaltéroit, et les feuilles qui tombent des arbres , ou l'herbe qui croît dans les champs leur servoient délit ^^\ Il est^îlair q\ie cette secte avoit pour type les orphiques de la Grèce.

Mais cette ressemblance ne se bornoit pas à la mythologie de Bacchus seul : la conformité dans le système religieux , la doctrine philosophique et

^*^ Plut. , sur laforhme et la vertu d'Alexandre* .

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hs fables d^B> deiui natiops est frapp^ota ^ la triniié des Jpdien$ est absolumeqt la même que celle des Egyptîe»s et des Grecs , et chaque partie de cette tripité , c'e^t-^i-dire , le principe actif, le principe p^ÇÉfif çt le l'q^tt^t des deux , est représentée par ij^e ou plusieurs divinités dont le^ attributs géné« raqjc ^Qt qnc^logues. Cçst ainsi que JSrahma ^an« la» yeligiofis indiennes , joue Je même rôje qu'Osiris et Bficçlujs, Horus et lacchusj non-seulement ij, est \^ poijvoir générateur , mais il est Pemblème du produit : ^ous ce dernier rapport , il est assis , comme Horus en Egypte , sur une fleur de lotos , et il est accompagné de sa mère* Le culte du dieu générateur e^t accompagné de pompeuseiç cérémonies à p?u près semblables à celles que les Egyptiens célébi'oient en Thani^ienr de Bacchu^. I^e bœuf N^ndi l^i sert de monture : c'es^ le même symbole que le bo^^f Apis des Egyptiexv5, le t&qrean de !Ekccbus ou de Jupiter chez les Grec§ j ce dieu a pour emblçme le Lingam ; dans un^ de se;» incar** nations il porte le nom de f)eonach, Diofiysios , alors il aies cheveux boudée, il est assis sur une peau de tigre ou d'éléphant. Ijcs Indiens ontleur^ Acoura?> les Titans ou les géans dq^ G^'eçs, avec lesquels les dieux de l'Inde eur<^nt des guerres firgoureuses à soutenir.

1^ pouvoir générateur est non-seulement considéré sous ce rapport général , alors il porte le nom de Brahma , Vichnou ou Siva , mais les attributs de ce pouvoir et toutes les parties de la nature

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entière réunies dans ce prunier êite , sont personnifiés sou» le nom des principales divinités indiennes^ comme ces mêmes attributs étoient divinisés dans la Grèce ^^K C'est ainsi que le pouvoir générateur porte le nom de Stygius; il est alors Pluton ou le dieu de la mort , sous le nom de Roudra; c'est ainsi qu'on retrouve dans llnde le maître de la substance humide^ Varouna le Neptune des Grecs, armé du trisoula ou trident : il est couché tamtôt sur des feuilles de lotos , tantôt sur le serpent emblème de Téteruité , sa tête est ornée de Pembléme de l'eau. On j retrouve Jupiter sous le nom de Krichna; sa mort avoit été jurée, mais il fut sauvé par le bruit que firent les Brahmanes au moment de sa naissance, comme Jupiter l'avoit été par le bruit qu'avoient feit les Corjrbantes. Saturne est adoré sous le nom de Kala , il paroît même qu'on lui faisoit des sacrifices humains. Hercule ou le dieu de la force, sous le nom de BcUa Rama, est revêtu d'une peau de lion , et son bras est armé d'une massue. Ganesa est le Mercure des Grecs , le dieu de la raison j coinme Mercure il écarte les obstacles i les Indous lui présentent leurs hommages au commencement de toutes leurs actions, ils lui adressent une courte invocation dans la première ligne de tous leurs livres : sa statue est sur les routes ou aux limites du territoire des

(^ Le systèipe complet de cette théologie mdieiise e&t pré» sentée en cm(|aante et une fiction^ dans TOupnekbat y extrait ou abrégé des Yedes , dont la traduction latine nous a e'té donnée par M. Anquetil Dnperron.

Tilles et même des villages j comme Mercure , il a beaucoup de ressemblance avec Janus, tous deux ont deux visagçs. Kanda est le dieu de la guerre , le dieu Mars; Krichna Morlider est TApollon des Grecs , il garda les troupeaux dans le canton de Mathoura , comme Apollon garda ceux d'Admète : il détruisit le serpent Kalija ( Python ) , il inventa la flûte. La laitière qu^il poursuivit fut changée en toulaki ( QEymum ) comme Daphné en laurier.

La femme de Brahma qui est en même temps sa sœur ou sa fille , comme dans les rehgions helléniques^ est non-seulement la mère primitive, le principe passif, risis des Egyptiens^ mais plusieurs autres divinités se partagent ses attributs sous des noms différents et sont égalementles déesses mères. On trouve sdus le nom de Serasonati la INeith ou Minerve d^ Saïsj dans un des livres sacrés elle se désigne ellemême à peu-près dans les mêmes termes que ceux de la fameuse inscription de Neith à Sais, je suis ce qui^ a été y ce qui sera. Comme Minerve d'Athènes, elle esjb la déessQ des inventions, des sciences et des arts; sous le nom de Ehai^am^ on trouve la Diane d'Ephèse , le symbole de la nature qu'on représente montée sup un taureau ou un tigre : sous le nom de Paivati , on voit la déesçe vengeresse des crimes, Proserpine', Hécate ou Némésis; sous celui dePrithm, la déesse de la terre montée sur un lion comme Cybèle , sa statue est promenée processionnellement vers un lac ou une rivière, et on la plonge dans Teau; sous le nom de Shiri la déesse de la beauté , la Vénus

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grecque, elle est mère de Kamdeo , le dieu de' Famour, sous le nom de Maîa ou j^da Maya. Kamdeo est, sous les traits de l'amour, le pouvoir général attractif, qui unit toute la matière , qui anime la nature mère de tous , comme dans la théogonie d'Hésiode.

Le dieu générateur et la déesse mère des êtres sont souvent adorés sons le symbole du Lingam ou Phallus , et de Fyoni (^pudendum muUebre) dans^ leur mystérieuse coujonction. Les Brames offrent des fleurs au lingam^ et dans leurs cérémonies en son honneur, ils allument sept lampes ^*\ Les femmes portent des lingams au cou -et au bras , et lorsqu'elles veulent devenir fécondes , elles rendent à cette idole un culte tout particuUer.

Quelques-unes des sectes indiennes réunissent leurs trois principes sous une seule figure , qui forme une idole à trois têtes, dont chacune est ornée d'une couronne. ^^^

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