‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 17 sur 90 · avT0''a)ç 0'.ay,X(:o;j.£VSV a'jAavojvçr-fjs · texte numérisé non relu

avT0''a)ç 0'.ay,X(:o;j.£VSV a'jAavojvçr-fjs

X^l ioi X-iX^

-^pw/Awv 7:pa;£a)V -rratCEç ôôwpojji

OtcO TCavTwv ÈTuaivoùjJ.iVov [j.ap[j.apjj70VTa

Même type avec la dissolution de la longue du i^** crétique

èÇsupYjiJivov ^laTupàxTeTat (= esse videatur) : -^ ^ ^^ ^ ^

xal §tà crxYîiJ-XTWv tou; àvôpwiuou; '?:£p'.Tp£-ojcr'.v

auTcv T^ap-^jT-r^jair/jv

Même type avec dissolution a f " ,

d une lonsfue :

O X w wi' X v.'

y.'.vou [i.£V(|) Tuapà çuaiv.

(j'jvS'.aTiGîjBa'.

Même type avec la dissolution portant sur la pénultième.

A7:6A).(i)va Y'.v6[j.£vov

/;. Nombreuses sont aussi les clausules ayant la forme du ditrochée :

JL "^ J. —

xaTaBixaÇc[JL£va)v àcpopix'/jv

s ^ JL ^

XoiBopsTTô

AaXcjj'. Ta oil^xpi (avec crase).

Ou avec la forme, équivalente pour le rythme, mais qui a plus de majesté, du dispondée.

j. j. j. x'.va'.Swv Tra'.oeuTiriv

xo'.vwvojvTaç

J. - J. - Z€i lJ.C'.;(£J£tV

aocp'.ffTEUûVTaç

XYJpUTTCVTa

Ce sont là des clausules classiques par excellence*; et ce sont elles aussi qui dominent dans l'ensemble du discours comme dans ce chapitre. Mais il en est d'autres qui sont d'un usage plus rare

I. Cf. Norden, p. i34. p. l'-xo. — Celle du dilrochceest noléecomme asiatique (Quinlilien, IX, Ix, io4. Claudit et dichoreus quo Asiani sunt usi plurimum. Cf. Norden, p. 128).

et qui montrent que Tatien avait appris, à l'école des sophistes, l'art, parfois indiscret, de peindre par le rythme, et le goût d'une harmonie trop molle; ainsi le y.wXov qui décrit la gesticula-

tion de l'acteur, tw yi^çit X'j^('.'Ç6[x='izv ; et d'autres semblables, où sont employés les rythmes dactyliques, sans crainte de s'appro-

cher de trop près de la musique du vers ; u[xwv xa'i xà Biodcyj^.aTa ; ceux aussi où apparaissent le choriambe et le péon : §£tai5a'.[j.oviaç

è-'.TCiJ-Yjv^ Dans tous ces passages, Tatien révèle une véritable virtuosité, toute pareille à celle des sophistes que nous connaissons par Philostrate.

Le souci qu'il a du rythme se trahit, comme sa répugnance pour l'hiatus, par ces transpositions de mots^ souvent bizarres, qui, surtout depuis Hégésias caractérisaient l'éloquence asiatique. J'en citerai quelques cas ; ainsi dans le chapitre que nous venons d'analyser : c'.a yap Ijtiv 6|j.(ov xal xà ciGayi^'^^^j préféré h xà oicàyiJ.axa 0[JL(i)v ; izoTripu)^ iTj,xzXoù\).vm Sai[j.ova)v à TCOvYjpwv Bai[;.6va)v èraxsXcu- [;.£vai ^ ; ailleurs encore, chap. i (page i, lignes 4-5. Scliw.) xy)v ^C

ovsipwv â^eupov {JLavxiXT^v préféré à [xavxiXYjV àÇstJpov pour finir par un

crétique ; ch. iv (p. li, ligne 26): àv6pa)7c(vo'.ç où/, à'cxiv opaxbç

o©OaX[j-oTç ; chap. vi (p. 7, ligne 2): xajjisio'.ç £vax6/.cip(,ai 7:Aouaiou

^ic-nzzo'j (ici intervient une seconde raison : ioL[)AQiq izXo'jdou âsffTCOxou èva7r6x£t[jLai aurait donné un hiatus) ; ch. vi (p. 7, ligne 18) :

X2J Oôcj {xr^ '::apa|Sà; xo ^oùXri\kx ; ch. xi (p. 12, ligne 22) : xajav

èaxiv iO£Tv xoD xocrpLOJ xy;v y.axaŒ7,£Uï5y ; ch. xvi (p. 17, ligne i5) :

1. Cette clausule, plutôt rare, se trouve deux fois dans le KoptvOtaxo; qui nous est parvenu parmi les œuvres de Dion Ghrysostome, et qui semble bien devoir être attribué à Favorinus.

2. Les copistes ont eu parfois — et cela n'a rien d'extraordinaire — une tendance instinctive à rétablir l'ordre naturel des mots : Ainsi le Parisinus donne ici, contre les deux autres manuscrits : ;;ovr]poJv ôa'.tjLOvtDv iTr'.xcXojfisvat.

zp2z-\'/.td-:ipxz TT'.JTEJC'.TS {jLSTaXaiJLSivî'.v Sjva'jj-cwç. Du reste, on prend vite riiabltiide des constructions irrégulières ; on finit par y trouver un charme morbide, en sorte qu'il est parfois diflicile de discerner si, en jouant à ce jeu des transpositions violentes et des enclaves imprévues, on a voulu bien réellement chercher telle finale rvthmique, ou plutôt seulement éviter, par raffinement, l'ordre des mots le plus naturel. Séparer l'adjectif du substantif par le verbe est ainsi une forme d'expression chère aux rhéteurs et particulièrement familière à Tatien, qui semble bien l'avoir aimée pour elle-même, parce qu'elle pique l'attention et tient en éveil l'esprit du lecteur, et surtout aussi parce qu'il en résulte des consonnances, des sortes de rimes qui rappellent celles que les poètes ont volontiers recherchées entre les deux parties du pentamètre. Ainsi quand Tatien écrit (ch. xxxiii, p. 34, ligne 3)

dans une fin de période : piav-a; ïyi-y.*, rS/Xf^z au lieu de ttsaX^-

;j.av{a; ïyi-y.:. il le fait, avec un sentiment juste de la valeur musicale des syllabes, parce que la première construction, choriambe suivi de spondée, a une sonorité plus grave et arrête mieux la phrase ; mais s'il n'avait considéré que le rythme, il aurait pu

écrire tout aussi bien: ïyi-x'. \irjL'i\y.z r.z^/J.f^z . Ch. xxv, p. 27,

ligne 16: y.x'.bizr.iz z v.z'/.zCzz zj'/.lziz'.z itj.v.zz'j.zj'j.vjz'. z'epzXz ; la différence est peu notable, au point de vue du rythme, avec cV/. Iziz'.z

r.rizzXz ÏT.w.zz-xzyj.ivz:, ^ et en séparant les deux datifs, Tatien a voulu rendre plus sensible leur consonnance. Ib. ligne 17; 'ExaTTr; T.z'/J.z iiv 2zi/.r-x'. ty;v Izix^f 3cjty;ç i^'jy.tov AéH-.v ; Tatien a sans doute voulu éviter l'hiatus xziXr-x'. as Jjj.oJv, mais il aurait pu dire àç-jy-wv kzi'/sT-yL'. ty;v Izixu ^j'y;; a^^v, et la différence du rythme était assez faible. Ch. xxviii,p. 29, ligne 16: v:;j.:0£t:jvtô; i^T-.v ïzyz^f ix-j-zj -.X zz^i'j.xzx prêterait aux mêmes observations, ainsi que ch. I, p. 2, ligne i, ty;v as 'ÉTÉpwv -£p'|x=v£'v {j.apT"j,c{av . Habitué de bonne heure à ces dislocations de la phrase, que d'ordinaire expliquent, sans les justifier, des considérations de rythme ou

I. 11 faut ajouter qu'ici (comme p. 17, i5, osasriy.foTica; -laTcJO-.TO [jcTaXa-j.ôi/c'.v oj/a|xcaj;) la place de l'adjeclif mis ainsi en relief répond mieux à la nuance du sens.

d'euphonie, Tatien est de ceux qui sont arrivés à en faire un des éléments naturels de leur langage, une des formules instinctives de leur style ^

Le même chapitre xxii, dontj'ai analysé le rythme, montre un autre caractère frappant du style de Tatien; c'est la décomposition de la phrase en membres de courte étendue, en petits •/.c7)Aa, que l'éloquence asiatique a toujours aimée, depuis son premier maître Hégésias^ Le parallélisme de ces xwAa, est mis en relief par les procédés ordinaires : longueur à peu près pareille ('.^ôxw- Aov) ; assonnances [b\ho\o-zi\t'j'y) \ similitude de la construction (ou quelquefois, par raffinement au contraire, inversion du tour)^, etc. Voici des exemples : çivwv uTzoy.p'.Tr^v, \j.zr/t\y.z, 'j'î:o\j.Yr^\hy.'z\ sty^v — 6;/ôT; 5à 67:0 TCJTWV juXaviovîT^Gc zai tc'jc jj/zj y.c.voiVGJVTaç 'J;xojv TaTç r.ç,y^(\}rx- Tsfa'.; AcsopEtTS ; chapitre i: àjTpovojxsTv BacjAwv.:'., ;xaY=jî'.v Wi^zT.'., yîa);j.£Tp£Tv A'.yj-t'.c. ; — To-jT/.avol TuAaxTS'.v, iz'zopixz cjvcâTTô'.v... ; chapitre viii : riGSî'ooJv vauTiAAcTai, TroXfij.otç "Apr^^ r^CcTat... Aiôvuscç TjpavvsT, KpivvÇ TjpavvoxTsvcT; etc. On ne trouve pas d'ailleurs chez Tatien la prédilection que semblent avoir eue les sophistes pour la succession de 3 ou de 4 /.wXa*. Tatien procède plutôt par antithèse ou par parallélisme d'une part, quand les zwAa sont assez longs; quand ils sont courts, il en accumule volontiers de longues séries comme on le voit dans le chapitre xxii. Dans l'usage fréquent qu'il fait de ces procédés, il ne suit pas uniquement d'ailleurs la mode sophistique; il subit aussi l'influence de saint Paul^: le chapitre xi par exemple'^ est directement inspiré de saint Paul, et en particulier de la i*"^ Epître aux Corinthiens, non

1. Voici d'autres constructions peu naturelles qui, se trouvant au commencement d'une phrase, ne s'expliquent pas par le rythme : p. 2, 16, {xaya; tva auvTaaarjTS ; ... p. 3, i4> 'J.'JCTTrjsi'oooj; otzojç, etc..

2. Saltat incidens particulas. (Gicéron, Or., 226. — Cf. Norden, p. i3^). — Et en parlant de la 2« sophistique, xoajj.ata, vo!!o'.a. Philostrate Vies des Sophistes, 5, 11; 10, i; II, 19 (Norden, p. ^o^).

3. Ch, I. T'jp5r,voi rjxA-'.yfx, y aXx.cJciv K'jxA'o-^ç, la place des mots est renversée; noter de plus que dans le i^*" membre le complément est un substantif, dans le second un verbe; c'est encore une des disparates voulues qu'aime Tatien.

4. Norden, p. 288. — Noter seulement le triple homœotéleuton, p. fi, 2. rpsa- 6u"£poç f,pt|'Kov, ;:oÀîCQv, oa'.[j.6vfov ; encore le texte est-il incertain.

0. Il est douteux qu'il soit nécessaire de faire intervenir, pour expliquer le goût qu'a Tatien pour le parallélisme, son origine orientale (comme a fait par exemple Ponschab, p. 12 et ailleurs). Tatien a beau se poser en barbare; sa culture est toute grecque ; nous ne pouvons discerner nettement que deux influences qu'il ait subies : celle de la rhétorique et de la philosophie grecques ; celle du christianisme.

soulriîu'iit pour la pensée, mais aussi pour le rythme et le tour. Et comme l'atieu, sans avoir le génie de Paul, a quelque chose de sa passion ardente, les tirades ne sont pas rares chez lui qui émeuvent par une éloquence sincère. Je citerai comme exemple le beau passage du chapitre x\v : ^Cô[j.i t-.ç ihxi Asyci tcv tsXîiov 6e5V, àyto zï ^zcirxx'TZ'/' itAjTCv £'.va'. tcv y,i3-;j.cv, àvo) oi Xjs'jlîvcv, Èx7:jpa)7iv àxo- 6a{v£'.v v.x-x y.x'.pzJz. b{iô zi zlzx-x^ 'xpiTa; zbfxi Mivto y,x\ 'Pao:t'j,avG'jv,

ajTy; 7xzv.{z'j\ Il est moins heureux au contraire, comme la plupart des écrivains de son temps, quand il veut construire, sans la décomposer en v/ôax antithétiques ou parallèles, une longue période^; il n'arrive pas h donner alors à sa phrase une construction organique, il ne la développe pas harmonieusement ; il l'étiré et la surchar ore.

Le goût pour les expressions hardies, les alliances de mots bizarres, les métaphores ingénieuses ou déclamatoires, que les sophistes de l'époque impériale ont eu bien plus encore que leurs prédécesseurs lointains du v® siècle avant J.-C, ou que les premiers asiatiques de l'époque hellénistique, ne fait pas défaut chez Tatien ; il y est presque aussi marqué que chez Tertullien, quoique Tatien soit assez loin d'approcher de la verve intarissable, de l'originalité d'invention verbale qui distinguent l'Africain. Voici, parmi beaucoup d'autres, quelques exemples assez caractéristiques: p. 2, l. 19, \'.z\'iYr,z z'.Oay.v*/;^ y. aj)^Y^y-aTi x'çt ajTipy.s'.av 7£;j.v'jvd;j.£vcç, m. h m. Diogène étalant son indépendance par /a forfanterie de son tonneau; p. ^, 1. 20, iùZT> = p âv 7:'jy;j.?5 j'jvy.po'JEiv -àç 'jroXiTEia; xaG ' ■ir;pià)v, mettre les institutions des différents peuples aujc prises ai^ec nous comme en un pugilat ; p. 9, 6. Athéné privée de sa virilité, r^ç àvcpEiaç, quand on attendrait de sa chasteté : orçtdxz, ; p. 28, 10, ïzxz'jv.f t:v r,'z\=\).z') twv Yp^y-y-^'tiJV, niachinerla guerre des lettres^, suivi de la métaphore que nous avons vue déjà p. 4? ^jy- 'Azz-JVM (o; £v r.r;'jjr^, appliquée cette fois à la prononciation (Tac £7.9wvy5- G£'.;) ; le passage fait songer au Jugement des i^oyelles de Lucien,

1. Dans le même genre, on peut citer la fin du ch. vi qui a rappelé à certains le souvenir de l'Epitre aux Romains d'Ignace, et en est peut-être un écho.

2. Exemple, entre autres, le début du cha]ntre xxix. Cf. encore renclievètrement des datifs dans la phrase A'.oysvr,;, etc., au commencement du ch. 11 ; des participe? dans la phrase sur l'apothéose des empereurs (-•.; 6 àvao'.Ca^aç, ch. x). Au contraire, il arrive parfois, mais très rarement, que la période soit régulière et harmonieuse ainsi, la phrase sur Gratès vers la fin du ch. m (p. 4, lignes 9-1 1, Schw.).

Page 1