‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 20 sur 90 · i les prosopopées. Cf. ^orden, p · texte numérisé non relu

i les prosopopées. Cf. ^orden, p

RECHKIICHES 27

cité et le naturel et préfère l'hyperbate, dut-il en résulter l'obscurité et l'embarras, à l'ordre lumineux, mais banal, ne peut jamais avoir été très attiré vers les représentants de l'école puriste, classique, vers les Attiques en un mot. On n'est donc pas surpris de le voir railler le a bégaiement », la « prononciation peu naturelle » des Attiques \ et de ceux qui les imitent, qui distinguent entre les dialectes, trouvent le dorien a barbare », et le langage d'Athènes seul convenable au commerce de la société ^ Il est probable qu'en s'exprimant ainsi, il ne parlait pas seulement en chrétien qui méprise la forme et trouve puéril tout ce qui sent le pédantisme; peut-être se souvenait-il encore qu'au temps où il était païen il avait appartenu à une autre école, à celle des sophistes asiatiques, des partisans du goût moderne. Il n'est pas besoin de dire en effet que sa langue n'a rien de commun avec celle d'un Aristide. S'il y a chez lui quelques mots que Ton peut noter comme atticismes, ils sont assez rares d'abord, et dénotent chez l'écrivain, la recherche des raretés, des Y^wj^a'., nullement une affectation de purisme ; déplus, ils ne sontpas employés toujours à propos, et dans leur sens véritable ^ Au contraire les termes ne

1. Fin du ch xxvi, — Talion raille ceux qui ressuscitent le -- pour 'J'î, ou le pp pour pa, des Attiques, qui disent OàÀatTa ou àpprjV, formes qu'emploie exclusivement Aristide et que les autres atticistes préfèrent en général. Cependant luimême dit yXûTTa ; cf. plus bas.

3. <i>Ar|vaoo; (qui est signalé par Mœ»ls comme un atticisme, synonyme du grec commun : [xo)poXdyo;) est bien employé, p. 6. Schw , 1. 2^, -/.aï... cpXr,yaçou; xal a~£paoXdyoj; 7)aa; vo(xiar)Tc. cf. Schw., index, mais Tatien en fait arbitrairement un adjectif, 28, 19 : cpXrjvaça -à \ju.ix£p<x. — 'PivauXsiv (que Lucien met dans la bouche de son Lexij)hane, §19) estdanslech. xxii, qui est un morceau de bravoure. — Aap'jyy.àv (fin du ch. i) suit immédiatement une citation d'Aristophane et provient (cf. Schwartz, inddx) d'une confusion avec XapuyyiTstv (employé par Lucien, Lexiphatie, 2^, et plusieurs fois ailleurs). ... Voici encore quelques exemples de formes ou de mots qui pourraient être appelés des atticismes : xt, pour ai, -/pst'xTwv (22, 21), yXw-Ta (p, i3, 3i, 26, i3); mais au contraire ôaXa-raôJv, 22, 27, et, dans les composés mêmes de yXoJtxa, yXwjjo;j.avîa^ 4» 10; il est donc probable que les deux cas de yXfÔTTr, ; s'expliquent parce que, dans le premier, Tatien emploie une formule toute faite (â-ô yXoiTTr^:), et que dans le deuxième (le passage est pour nous ininteUigil)le) il fait quelque emprunt dont la source nous échappe ; le duel n'est employé qu'une fois, xw /slps X'jy'.ro''j.£vov, 2 4, 20, dans le morceau à effet sur l'acteur, dont je ne serais pas étonné non plus qu'il fut émaillé de maints, souvenirs érudits que nous ne pouvons plus saisir. — L'emploi de la terminaison 0; au féminin de certains adjectifs était considéré comme un atticisme; il yen a un exemple, ouva- To'ç, i4> II, dans le texte de Schwartz; mais M. P. donnent ouvaxat qui est probablement la vraie leçon, malgré l'hiatus qui en résulte : àXXà ôuvœxai f, ajxf, (V. ôjvaxôv) ; la conjecture de i:ichwartz est probablement à rejeter.

manquent pas, qui ont été formellement condamnés par les lexicographes de l'école atticiste ; par exemple des expressions comme ;j.£v'.7Tav£ç (4» 17)» çôcpEJc (35, 5, les 2 exemples notés par Schwartz) ; ou des formes comme wvaTo (9, 19) et àoeoîîaav (35, 23) toutes deux notées par Otto^ ; d'autres vulgarismes, comme la conjugaison en iiù des verbes en [j/. : zapi-Tav (2, 16, 3^, 2), à-rcy.a- G'.jTav (20, 18, 2^). Cependant ces formes barbares ne sont pas très nombreuses, et la part même des vocables peu classiques* que Tatien emprunte aux Septante ou au Nouveau Testament n'est pas en somme excessive ; ils n'apparaissent en forte proportion que lorsque la nature du sujet l'exige. Son langage est le langage très composite, formé d'éléments de toute origine, et par suite assez disparates, d'un écrivain du 11° siècle, qui n'est nullement puriste, que son goût porte volontiers à la recherche de l'expression rare ou pittoresque, non de l'expression classique. Cette langue est assez riche. Le vocabulaire ordinaire de la 'AZ'.rq en fait le fond ; mais l'érudition un peu tumultueuse et confuse de Tatien s'y révèle par l'importance que prennent d'autres éléments. Ainsi — ce qui n'est pas surprenant chez un auteur dont le goût est tel que nous venons de le définir — il V entre une assez forte proportion d'expressions poétiques ; le plus souvent ce sont des souvenirs homériques, demi-citations ou allusions très transparentes; parfois aussi, notamment dans les passages mythologiques', d'autres réminiscences plus difficiles à discerner à première vue et dont la source nous est inconnue. La proportion des termes philosophiques est très notable aussi, et rien de plus naturel; ce sont surtout des emprunts à Platon et aux stoïciens, emprunts qui n'ont rien de particulièrement intéressant quand Tatien ne fait que reproduire les doctrines de ses adversaires, mais qui sont au contraire très dignes d'attention quand il les adapte à l'expression de ses propres doctrines : par exemple la théorie de la création est exposée à grand renfort de termes platoniciens : cr/,J/.0'jpY£Tv, (6, 9), ;j.£Tapp'j6ijiC£iv (6, II); on sent la même influence dans certains développements sur l'âme et le 7:v£u;Aa : ainsi cette phrase du chapitre xx(22, II) : rrAziûT.z yh^z r^ r^ç '}'-'7,'^t T:v£j;xa tô t£Ae'.sv czîo àzoppi'^aca O'.à r^v

1. Notes par une croix dans l'index de Schwartz, auquel je me borne à renvoyer.

2. Ainsi dans une tirade du ch. viii (8, 25), Ilrjyaao;... àveôooc, àvéQopz semble bien une réminiscence de k'/.Oooc (Hésiode, Théog., 281); Ta; ataYOva; tojv alacctcov ne vient pas d'Hésiode, mais est bien certainement une autre réminiscence poétique ; le pluriel twv aluLaTcov l'indique assez.

à[ji.apTiav £7:ty;H£v waxep veoaacç... est manifestement inspirée du Phèdre. L'emprunt le plus curieux fait aux stoïciens est le mot Str//.£LV (5, 2; 5, 10) par lequel Tatien désigne la pénétration de la matière par le 7:v£D;xa. Les chapitres viii et ix montrent aussi une certaine familiarité avec le langage de l'astrologie, sans que cependant Tatien emploie d'autres termes techniques que ceux qui étaient connus de tous \

Sans entrer dans le détail, il serait facile de montrer, par quelques exemples typiques, en signalant quelques-unes des formules " les plus familières à Tatien, combien peu il se préoccupe d'être puriste. C'est ainsi que, bien qu'il se serve parfois du comparatif/.pciTTtov ^, il lui substitue d'ordinaire le comparatif vulgaire àv(t>T£pcç (ainsi twv TCaOwv àvwTcpoç, 22,2 etc., cf. index de Schwartz) ; que l'idée de fin., de finir est rendue par lui non par les termes classiques de ':£Xc;,T£A£Tv, mais par ceux de 7r£p',Ypa9-ri,7ï£pr|'pa9£'.v, (12, 6, ri^v Toj {its'j '::£p'.Ypa9r(V ; 20, 28, v6;7cv 7:£p'.Ypa9ov-£;), etc.La substitution d'une expression vulgaire à une expression classique n'est pas rare même dans les morceaux à effet, que Tatien a écrits avec un soin visible, en faisant appel à toutes les ressources de sa rhétorique : ainsi dans le curieux air de bravoure sur l'acteur, TUcpiipéTUCuaiv dans le sens de [j,£Ô'.7Ta7t (2/1, 20), et un peu plus bas (26, Ix) l'expression de la langue ecclésiastique : crjAaYWY£T7Ô£. Mais ce ne sont pas là choses dont on lui doive faire trop de reproche. Il parlait délibérément la langue de son temps et n'avait pas tout à fait tort. Ce n'était point un grand crime littéraire que de dire malgré les atticistes, àzoTaj(7£70aL (2, 9), suivi du datif, dans le sens : renoncer à ; que de dire \):r^^) (6, 26) pour -igv (à la i'"'' personne); que de préférer souvent '/uXyjv à àXXà ; que de multiplier, quelquefois avec un certain souci de rendre une nuance, mais le plus souvent sans raison particulière, les verbes composés, même avec deux prépositions, au lieu des verbes simples*; que de ren-

1. 10, 4. il indique lui-même que c'est un terme technique qu'il emploie : xo

ÈTtf/.patfjaav, o) ç çaTiv, Ivô; aùtcov cpûç.

2. C'est d'ailleurs un défaut de Tatien (quoique un peu moins sensible que chez Justin) que l'abus des formules toutes faites ; indiquons-en deux, dont la répétition est bien fatigante : o\ T:pociorj(jL£voi, pour rappeler ce qui précède, to oà vùv auvi/ov (expression chère à Polybe) pour annoncer ce qui va suivre.

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