‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 27 sur 90 · Ainsi £-'./.pa-clv, p. 10, /i, Scliw · texte numérisé non relu

Ainsi £-'./.pa-clv, p. 10, /i, Scliw

3. Sur les thèmes de géniture qui prédisent la royauté, cf. Bouché-Leclercq, p. [i?>^-f\6iy D'autre part, Saturne (cf. ih., p. 93-97) est une planète dont le caractère astrologique est assez mal déterminé ; mais « sa prééminence ne fait pas doute ; ... car il e.st au plus haut du ciel... Saturne devenait ainsi la tête, le cerveau du monde planétaire », ib., p. 95. On conçoit donc assez aisément que Tatien, suivant des autorités que nous ignorons, puisse le présenter comme celui d'oii \icnt aux rois leur royauté.

A. Cf. Bouché-Leclercq, p. 59-5-6 notamment. 5. Eusèbe, Prép. /sV.Y, VI, VII, 18 et sqq.

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ment l'argument tiré du libre arbitre. INIais — quoique Harnack ait prononcé à propos de Tatien le nom d'CEnomaus — il n'y a aucune analogie d'expression à noter entre l'un et l'autre. La doctrine chrétienne fournissait elle-même si naturellement à Tatien l'objection qui se fonde sur la responsabilité morale, qu'il n'y a pas à chercher ailleurs les sources d'une discussion, qui, du reste, si l'on fait abstraction des sarcasmes contre les divinités planétaires ou celles du Zodiaque, reste assez superficielle.

5° La polémique contre la fnagie et la médecine. — C'est encore à un développement sur les démons que Tatien rattache ses attaques contre la médecine et la magie qu'il associe étroitement. Il prend pour point de départ le traité de Démocrite 7U£pl (jjij-'KaOs'.wv /,y\ àvTiTraOsiwv. Ce traité était apocryphe; le scholiaste de Nicandre [Thej'iaca, v. 76/i) l'attribue h un disciple de Démocrite, Bôlos; il est difficile de dire dans quelle mesure la responsabilité de ces élucubrations remonte au maître lui-même. En tout cas, Plutarque nous en a expliqué le sens dans le chapitre vu du 2*^ livre des Propos de table: -ôpl tTjç lyr^^niozz^ • Après avoir fait raconter par Chœremonianos de Tralles l'histoire connue du petit poisson échéneis ou rémora, Plutarque continue : « 11 en fut parmi nous qui se riaient de Chaeremonianos comme s'il eût ajouté foi à une invention fabuleuse et indigne de créance. Il en fut d'autres qui n'avaient à la bouche que les antipathies, et on en pouvait entendre raconter, entre autres choses, que la vue d'un bélier calme un éléphant en furie ; qu'un rameau de chêne immobilise une vipère, si on l'en approche et si on l'en touche ; qu'un taureau sauvage tremble et s'adoucit quand on l'attache à un figuier ; que l'électron meut toutes choses et attire les choses légères, à l'exception du basilic et de ce que l'on a trempé dans l'huile, et que la pierre d'aimant n'attire pas le fer, si on l'a frotté d'ail. » Tatien donne lui-même au chapitre xviii quelques exemples de cette thérapeutique singulière.

Mais l'ouvrage du pseudo-Démocrite n'est que le point de départ de l'argumentation de Tatien. Celle-ci est une des parties les plus originales de son œuvre et il est essentiel d'en bien établir la portée. Justin avait dit plusieurs fois déjà que c'est principalement par la magie que les démons s'asservissent les hommes [Ap. I. XIV. II. 5.) ; mais il s'en était tenu là, et il est probable

I. Cf. Schwartz, index, p. 56, auquel j'emprunte aussi le texte de Plutarque. —

Sur Bôlos, cf. Sûscmihl, Gcschichfe der alexandrinischen Lifcralur, I, p. 482

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qu'il aurait été lort loin de contresigner ce qu'y ajoute son disciple. Les démons ne sont pas les seuls auteurs des maladies ; Tatien ne leur impute directement cpie les cas de possession (fin du cliap. xvi ; mais ils s'en altiibuent les causes (/^.), et suitout ils otVrent aux hommes les moyens de les guérir. Quels sont ces movens ? 11 semble d'abord que l'atien n'ait en vue que les pratiques magiques et qu il ne condamne qu'elles. C'est bien le sens du chapitre xvii où il est question de l'emploi thérapeutique des nerfs et des os, et de l'évocation des âmes des Biœothdnati, des victimes de morts violentes. Mais il est ditlicile de croire qu'au chapitre xviii il n'aille pas beaucoup plus loin : « La médecine (sarj-ay.E'a et foutes ses formes (zav tc èv aùr?; v.lzz ne sont qu'artifices du même genre. Si l'on est guéri par la matière, on le sera encore mieux par la puissance de Dieu, si l'on v a foi. )> Puis, distinguant les zr^Kr-r,z:'x, les poisons, et les iwj.îva, les remèdes, il condamne les seconds comme les premiers « bien qu'on s'en serve à bonne intention, r.zz; -z yr;y.^)'z'i ». Sans doute, dans cette même phrase, il suppose qu'en employant les remèdes qu'il condamne '< on unit quelqu'un des éléments mauvais avec d'autres, bons par eux-mêmes ». Et le chapitre se termine par un retour au cas des démoniaques. ^L^is certaines expressions paraissent, comme celles du commencement du chapitre, aller plus loin que la condamnation des pratiques magiques : « Pourquoi celui qui a foi dans l'organisation de la matière ne veut-il pas avoir foi en Dieu ? Pourquoi n'as-tu pas recours au maître le plus puissant... Pourquoi diviniser les éléments du monde ? Pourquoi te faire invoquer comme un bienfaiteur en guérissant ton prochain ? » Tatien, dans ce développement pas plus que bien souvent ailleurs, n'évite pas une certaine confusion et une assez grande obscurité. Mais il semble bien qu'il nous révèle assez clairement une répulsion assez vive pour la médecine elle-même, ne fît-elle pas appel à la magie ; il semble parler parfois comme un moderne Christian Scientist\ il trahit, malgré la distinction entre la matière inférieure et celle qui est relativement meilleure, une défiance vis-àvis de la matière en général plus grande que ne le comporte la stricte orthodoxie. On ne peut guère nier dès lors qu'il y ait là, sinon hérésie déclarée, du moins le uerme de certaines doctrines qui furent celles de Tatien après sa rupture avec 1 Eglise; qu'on ne pressente déjà V Encratite. Ces chapitres sont, en ce sens, parmi les plus intéressants et les plus curieux de VOratio.

La thèse de Tatien dépasse si manifestement l'orthodoxie que

liii-meme s'en aperçoit deux pages plus loin. Il lui vient un remords, et il écrit (commencement du chapitre xx : « Si vous vous laissez soigner par des remèdes (je vous le permets par indulgence), il faut en attribuer le mérite (mot à mot : en rendre témoignage) à Dieu, w (11 a donc envie de condamner la médecine, et il n'ose pas le faire formellement. Il semble qu'il y ait là un indice que le Discours annonce, prépare, mais précède la rupture formelle avec l'Kglise. Rt les autres passages suspects qu'on y rencontre laissent, nous le verrons, la même impression : ils sont suspects, ils ne sont pas franchement hérétiques.

6. La polémique contre Vart antique. Le catalogue des statues. — Je laisse au développement que forment les chapitres xxxii, XXXIII et xxxiv ce titre commode, bien qu'il ait le défaut, comme on l'a très justement remarqué, de ne pas indiquer du tout quelle est la raison d'être de ce développement. L'énumération des statues remplit seulement les chapitres xxxiii et xxxiv, mais le chapitre xxxii doit être étudié en même temps ; car c'est lui qui introduit et qui explique les deux suivants. Quelques eft'orts qu'ait faits Kukula pour justifier ici la composition du Discours^ on est obligé de convenir que cette composition est des plus défectueuses. Le thème essentiel de la dernière partie du discours : l'affirmation que les traditions judéo-chrétiennes remontent plus haut que l'histoire grecque, est posé au chapitre xxxi, et la démonstration est commencée. Puis — très gauchement si la transition est méditée et veut être habile, très brusquement si Tatien, au contraire, doit être considéré comme improvisant et se laisse entraîner ici comme ailleurs, quoique le cas soit plus grave, par une association d'idées imprévue, qui le mène plus loin qu'il ne veut" — voici qu'une remarque accessoire : l'explication des erreurs et des incohérences de l'histoire grecque par le manque de sérieux des historiens, par leur amour de la vaine gloire (fin de XXI et commencement de xxxii), nous ramène à la polémique. Mais le sans-gêne qui est si familier à Tatien dans la

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