CHAPITRE V
l'exposé de la DOCTRINF, . LA THEOLOGIE DE TATIEN.
Les chapitres v-xix forment, nous l'avons vu, la partie dogmatique par excellence du Discours de Tatien. Mais, dans une œuvre d'une composition aussi peu rigoureuse, ces divisions ont toujours quelque chose de factice, et c'est nous qui les faisons, plus encore que l'auteur ne les a marquées. De même que ce groupe de chapitres contient, mêlé à l'exposé de la doctrine, une assez forte part de polémique, de même il y faut rattacher d'abord le chapitre iv où commence déjà l'exposé, puis diverses parties des chapitres xx-xxxi, où inversement la polémique domine, mais où il arrive aussi que Tatien précise ou complète ses assertions antérieures.
Ces divers chapitres sont intéressants à la fois par ce que dit Tatien, et par ce qu'il ne dit pas. A ces deux points de vue, l'exposition qu'il donne des doctrines chrétiennes, en accord sur les points les plus essentiels avec celle de Justin, en diffère notablement par d'importants détails. Voyons d'abord ce que Tatien nous dit.
Il commence naturellement, comme tous les apologistes, comme déjà tous les Judéo-Alexandrins, par une profession de monothéisme : Dieu unique, inaccessible aux sens, éternel, et principe de toutes choses. C'est la thèse fondamentale de toute apologie, thèse juive, et même platonicienne, autant que chrétienne. Mais Tatien ne la développe pas sans y mettre du sien. Ce qui lui paraît essentiel, c'est de distinguer Dieu non seulement de la matière, mais de la force qui est immanente à la matière. Il est visiblement désireux de réfuter le stoïcisme, qu'il paraît bien connaître. « Dieu est esprit, mais il n'est pas répandu ' dans la
I. L'expression o'.rj/S'.v, que Tatien emploie ici, est stoïcienne. Cf. Diogènc Laerce, VII, i38. Tôv 0£ xo'^aov ô'.o'.XciaOai xaOà voûv xal 7:pdvoiav, xa-à or^ni Xpûai7:-o; sv Toj r.vj.Ti'Zd) 7:cpl zpovoîa; xaî Ilo^c'.ôtijvio; Èv Tài xpixto t.Z'j\ Ocàiv, £'!; àV:av auTOÛ" [Jic'po; Oirjxovro; toj voO, xaOâ-£p âo' f;[j.(j3v xf,; '^j/fj:. — A'.rjxc'.v était passé de bonne
matière, il est le créateur des esprits de la matière et des formes qui sont en elle. — I^'esprit qui est répandu dans la matière est
inférieur à l'esprit divin ' il ne faut pas l'honorer à l'égal du
Dieu parfait » (ch. iv).
Le chapitre v, qui contient la théorie du Logos, a subi dans sa partie la plus importante de graves altérations, qui, pour tant qu'elles en aient obscurci le sens, laissent cependant possible, en regardant attentivement, de le pénétrer. « Dieu était dans le principe, et nous avons appris que le principe, c'est la puissance du Logos. » Par les mots T.:ipz.>Xr,z)X'^.= /, fions cn>ons appris, nous avoîis reçu d'autrui, Tatien entend-il simplement l'Evangile de saint Jean, de la première phrase duquel la sienne est inspirée ; ou bien entend-il une tradition ecclésiastique, sur le sens de ce verset, tradition à l'abri de laquelle il veut se mettre? Il est diflicile de le dire ; mais il me semble possible qu'il se réfère seulement à l'Evangile. De toutes façons, quel est le sens du mot àpyr, principe, dans la phrase de Tatien? ©sèç i^v h OLç^yr^ n'est point synonyme de 0îè; y.r/.çiyzq cov au chapitre précédent. L'àpy^v^, comme tout le reste du chapitre le montre clairement, c'est le commencement des choses, c'est la création du monde. Dans le principe, c'est-adire à ce moment, ou plus exactement jusqu'à ce moment, il y avait Dieu, il n'y avait que Dieu. Le principe, c'est la puissance du Logos, qui, comme nous Talions voir, a été l'instrument de la création. Suit la phrase altérée; pour l'établissement du texte, je renvoie à mon commentaire et me borne ici à dégager le sens, qui ne peut être douteux. « Le maître souverain de toutes choses, étant lui-même la substance (uxôaxaatç) de l'univers, était seul, en tant que la création n'avait pas encore été faite ; mais en tant que toute la puissance des choses visibles et invisibles était en lui, il contenait lui-même tout en lui par le moyen de la puissance de son Logos. » Le Logos, son Verbe, sa Raison, était immanent en lui, mais ne formait pas encore une personne distincte. C'est la seule explication possible de ce texte, qui devient clair quand on
heure dans la langue du judaïsme alexandrin, qui le dit de la Sagesse (^Sagesse de Salomon, MI, 2,4. ôirj/ct /.ai "/wpsî ô'.à tîocvtojv 8tà xrjv xaOapdtrjTa).
I. Les mots (otjTueo os ^l'uy^ 7:aoro[j.oto3|xs'vov (cf. mon commentaire) sont probablement altérés; mais le sens réclamé par le contexte est facile à discerner; Tatien a voulu dire quelque chose d'analogue à ce qui est dit dans la phrase de Diogène citée à la note précédente: xaGà;:£p l^'rjfjLôv xfj; 'Imy^;. Il a voulu comparer l'esprit qui anime le monde à l'âme qui anime le corps ; tous deux sont également une création de Dieu.
56 TATIEIS U: DlSCOl us AIX CUECS
a retranché du second membre de phrase les mots : y.al o Xôyoç oç r,* h :xjT(T) ([ui sont trcs mal reliés à ajTcç, qui ne peuvent être avec lui le sujet du singulier jzéjtyjjîv, et qui sont superflus après les mots c'.i Acv'.y.^; cjvi;v.£(oç ' . Ce qui suit confirme nettement cette interprétation de la pensée de Tatien : a Par la volonté de sa simplicité, le Logos sort de lui, et le Logos qui ne se perdit pas dans le vide, devient l'œuvre engendrée la première par le Père. » Dieu était simple, avant d'avoir émis le Logos. Le Logos ne se perdit pas dans le vide, comme la parole humaine que nous prononçons";
I. Je n'accorde pas d'importauco, an contraire, à l'argument que Sclnvarlz lire, pour prouver l'interpolation, de l'hiatus aÙTto uniaTr^asv. Cf. p. 17.
Les mots 6 Xoyo; 0; rjv iv aùxoi ne sont pas seulement superflus, mais ils ne s'accordent pas avec o-.à Àoy./.fjç ouvaacro;. Ce n'est pas sans intention que Tatien, avant de mentionner l'émission du Verbe (7:so7:r,ôà Xo^o;), n'emploie pas le mot de Àoyo;, mais seulement l'expression Xoy'.xt] ojvau.'.;. Le Logos, n'existe encore (avant la création) qu'en puissance dans le Père. (Cf. au commencement du ch. xii, Xo'vo; yàp ô £~0'jpâv'.o;, ~v£Ci|jLa Ysyovojç à~ô to'j ::v£jtjLaTO; /.a- Àoyo; s/ Xoy.y.f^^ ouvâijLewc). — Ce texte a été étudié, depuis l'édition de Schwartz, par le Père Ponschab (^Beilage ziiin Jahresberichte des hiimanislisclieii (iymnasiums Metteii, 189^-5), qui certainement n'a pas contribué à le mieux rétablir. La scolie, quoi qu'il en dise, ne donne aucune raison de soupçonner les mots aùxo; orap/cov toù ;:avxô; f, 'jtj'jaTaa-.ç. Par contre, les mots xaOô cil -y.ix ojvau.!.; opattov "£ za'. aopaxojv aùtô: 'jr.ôrs- ■cacjic r// aùv ajTO), qu'il conserve intégralement (en supprimant seulement auTOç), sont inexplicables, et il est impossible de construire j-o^Taa'.; dans la phrase ; c'est donc là qu'il y a certainement une interpolation (ajTÔ; u-dataai; est sans doute une glose, qui, reprenant les mots de la phrase précédente, explique que -àcîa ojvatj.'.;, etc., a le même sens). Tout ce que l'on pourrait accorder à Ponschab, c'est que dans l'interpolation du dernier membre de phrase, qu il reconnaît justement après Wilamowitz et Schwartz, il faut peut-être comprendre avec les mots 6 Xoyo: oç r^v £v ajTw le mot ajToç. — Aréthas lisait sûrement, la scolie en témoigne, le même texte que nous, et l'altération est bien antérieure à son temps ; je n'ai pas besoin de dire par suite que les conséquences tirées par le Père Ponschab de sa fausse explication de la scolie sur la relation du Parisinus 174 avec le manuscrit d'Are thas sont sans valeur.
2. On peut voir dans Otto les diverses explications qui ont été données des mots •/.a.-x zcvoj et qui ne me paraissent pas rendre la pensée de Tatien. Peut-on dire notamment, avec Daniel, que le Logos n'est pas sorti dans le vide (ou vainement, sens qui est en effet, celui de la locution xa-à xcvoO), parce qu'il a ensuite engendré le monde ? Sans doute, mais je ne crois pas que ce soit ce qu'entend ici Tatien ; il ne dit pas : Tov os Xo'yov où xa-à -/.t^toïj -/wprjaavra Vau.sv xoù xdafxou ttjv àpyrjv). 11 dit — ne mentionnant la création que dans la phrase suivante (toùtov l'aasv toj xdaaou -7^y 7.o/t[^) — ô oï Xdyoç où xaxà XcVoO /coprjaa; spyov ;:pa)Xo'xox ov xou -axpô; yivcxa-., et il me semble que c'est seulement dans ces derniers mots qu'on a le droit de chercher l'explication du membre de phrase où xaxà xsvoj ytopri^a;. S'il en est ainsi, je ne vois qu'une interprétation vraisemblable ; c'est que Tatien oppose le Logos divin au logos humain ; il ne fera cette comparaison que plus bas.
il se réalise, et c'est ainsi (jifil devient personne distincte, l'œuvre du Père, son premier-né. « Nous savons qu'il est le principe du monde. » Nous allons voir en effet que la création suit immédiatement la naissance du Logos. Taticn explique ensuite dans quelle relation le Logos est avec le Père. « Il est né par distribution, non par séparation », sans diminuer en rien celui d'où il tire son origine, comme la torche allumée à une autre torche ^
Cette doctrine est d'accord pour l'essentiel avec celle de Justin, notamment sous la forme que celui-ci lui adonnée dans le Dialogue \ soit que Tatien soit seulement resté fidèle à l'enseignement oral de son maître, soit qu'il ait eu sous les yeux les textes du Dialogue et s'en soit inspiré, ce que nous n'avons aucune répugnance à admettre, nous qui sommes très éloignés de croire avec Harnack le Discours à peu près contemporain de la l^"" Apologie. Lorsque [Dialogue, ch. lxi) Justin dit que « Dieu engendra de lui-même dans le principe, avant toutes les créatures, une puissance du Logos "^w, il n'aurait aucune raison d'ajouter à : dans le principe les mots: avant toutes les créatures, si dans le principe s\^i\\{\i\\i de toute éternité. La comparaison avec la torche vient du même chapitre de Justin, ainsi que la comparaison avec l'émission de la parole humaine, employée aussi par Tatien quelques lignes plus bas. Certaines différences sont à noter dans l'expression. Ainsi le terme de ij.cpijtj.s;, distribution ou communication, que Tatien oppose à celui 0' àr.zy.z7:r^, division, amputation, n'appartient pas au vocabulaire de Justin qui a dit (ch. cxxviii du Dialogue-, c'est peut-être le texte le plus important pour étudier sa christologie) que le Logos n'était pas né xaxà ûctuotoj;/«^v, (oç û:7îû[j.£p'.Çc[jiv/;ç tt;^ toO Yly.-.ç.oz, zl)(jixq, cTUoTa Ta aXXa izxnoL (j.£p'Ç6y.£va 7,al Tî[j.vc[/£va où Ta aùxà Ègtiv y.a\ -îrplv T[j.Y;6'?5va^ « par séparatio comme si la substance du Père était partagée, ainsi que toutes les autres choses, si on les partage et lescoupe, ne sont plus les mêmes qu'avant d'être coupées ». Mais comme Justin se sert immédiatement après de la comparaison avec la torche, pour illustrer la conception qu'il oppose à celle qu'il rejette, et comme c'est précisément la même comparaison qui explique au contraire
et dans un sens différent, mais elle peut être déjà présente à sa pensée. Ce ne serait pas le seul cas, certes, où l'expression de celle-ci serait concise.
1. Le mot [j.ôp'.-jfxd; — comme le prouve la comparaison avec la torche qui l'explique — ne peut signifier simplement, ainsi que le veut Ponschab (p. 21-22) « une distinction logique ».
2. âpyTJv -pô 7:àvT0JV x(by xi:[a[xâTtDV 6 Oêô; YcY£vv7]xe 8'Jva{j.t'v xiva \o^^^.'/,T^v . . .
58 TATIE> Li: DISCOURS AUX GRECS
pour Tatlcn le sons du mot ;x£p'.7;x6ç, il n'y a là évidemment qu'une dillerence de terminologie : ixcp'.z[xzq signifie distribution ou communication chez Tatien ; 3:-c;ji,Ep(u£aOa' ou [j,£p{^£c70a'. ont chez Justin le même sens que T£;j.v£76a'., être partagé, être coupé en deux.
Le Loffos, une fois engendré, enfjendre aussitôt à son tour la création, a I.e Logos, engendré dans le principe, engendra à son tour pour lui-même la création dont nous faisons partie, mettant en ordre la matière. » Bien qu'il emploie, pour exprimer l'œuvre du Logos, des termes platoniciens, cY;;j.'.cjpY£Ïv, !X£Tapp'j6;a{L£iv, Tatien a marqué très fortement que la matière n'a pas existé de toute éternité, qu'elle a eu un commencement ; elle a été « projetée, {r.:^zztz\r^\jÀ n^ par le démiurge de l'univers^ ».
Le Logos est donc 1 ouvrier de la création. Quanta sa relation avec le Père, il est clair que la théorie de Tatien — comme celle de Justin — n est nullement en accord avec les formules de Xicée. Ces premiers tâtonnements de la dogmatique chrétienne sont des plus remarquables, mais il est tout naturel que les apologistes n'aient pas encore soupçonné toutes les difficultés du problème (ju'ils étaient les premiers à poser et à discuter. Selon la thèse de Tatien, il v a deux moments essentiels dans l'histoire du Verbe: de même qu'à un moment donné de l'histoire du monde, le Verbe s'est incarné, de même, avant la création — au moment de la création, pour être plus exact — il v a eu une première génération du ^erbe, jusqu'alors simple faculté, puissance divine. Dès lors, au contraire le verbe est réalisé fào^/cv t.ziù-z'z-z'az^» tcO llaToic^).
' Vit» 4 - /
Mais ni la comparaison de la torche, déjà employée par Justin, ni
1. Ces mots ne sont pas très clairs. Le démiurge, c'est à proprement parler, pour Tatien, le Aoyo:. Cf. (dans la phrase précédente ô Xoyoç... -f/y JAr^v or,;a.'.ojsyrjaa;). D'autre part. Dieu est, nous l'avons vu, aÙTo; toj -avToç t; CTZoaTaa'.ç, et, dans la phrase même que je discute, la matière, en tant qu'ayant eu un commencement, est d'abord opposée à « Dieu », de sorte que les mots qui suivent : C-o toO -âvTtov or,'i.'.ojpYOj 7:ooo3o"'.r,;xî'v7;, semblent se rapporter plus naturellement à Dieu, non au Logos. La sokilion de cette ditHculté est dans le texte du commencement de ce chapitre, où Tatien dit rpie Dieu, avant la création, contenait toutes choses en lui par le moyen de sa pui-sance verbale : O'.a Aov-./r,; ojva'x£")ç II n'y en a pas moins quelque embarras dans la fin du chapitre. C'est ce qui a égaré Ponschab ; mais de là à conclure que les mots aÙTOç j-ao/tuv toj -avTo; f, •jT:daTaa'.; sont apocryphes, il V a loin.
2. \\x-r^z, est pris d'ordinaire chez Justin et les premiers apologistes au sens de père de toutes choses, créateur ; mais on voit qu'ici la transition se fait presque inconsciemment au sens de Père du Fils.
celle de la parole humaine, sans cloute librement inspirée de la distinction stoïcienne entre le aovcç àvoiaOETcç et le Aôyc; lupoçop'.v.bq ^, ne sont claires pour exprimer la relation du Logos avec le Dieu qui l'a engendré.
Dès qu'il a expliqué la génération du Logos et la création qui s'ensuit, Tatien passe (cli. vi) à ralfirmation de la résurrection. Sans doute il ne faut pas chercher au chapitre v une profession de foi, un Credo complet résumant avec précision toute la doctrine ecclésiastique sur la divinité. La méthode de Tatien est autre, différente de celle de Justin ; ce n'est pas le ton d'un simple commentaire d'un Credo d'abord posé. C'est le ton d'une exposition philosophique — non point d'une discussion scientifique, il est vrai, d'une dialectique qui tâtonne à la recherche de la vérité — mais c'est le ton de certaines expositions platoniciennes, d'allure didactique et dogmatique, mythique aussi, comme est par exemple le Timée^. Il n'en est pas moins surprenant que le chapitre se termine sans aucune mention du Saint-Esprit. Nous allons voir quel rôle j'atien attribue à l'Esprit, soit comme inspirateur des prophètes, soit comme agent essentiel de notre salut. Mais il n'explique nulle part avec précision dans quelle relation il suppose l'Esprit avec Dieu et avec le Logos ; nulle part il ne le présente comme une personne distincte \ Nous relèverons dans le
1. Les termes: Xo'yo; r/o'.aOsTo; et Àoyoç 7:009001x0; apparaissent pour la i^f fois chez Théophile (II, 10); mais cela ne veut pas dire que Justin et Tatien ne soient pas déjà influencés par cette théorie stoïcienne. Cf. Harnack (^Dogmengescliichie, I, p. 448).
2. Le scoliaste (Aréthas sans doute) a bien caractérisé une fois le ton de Tatien par ces mots qui, comme l'a dit justement Ponschab, peuvent s'appliquer non seulement au passage qu'ils visent, mais à l'ensemble des chapitres dogmatiques du Discours : xat' i^o'jTî'av ô'.oaa/aXixfo:, ojx à-oÔ3'.xT'.-/.oj; TaÙTa.
3. Combien les idées de Justin étaient peu nettes encore sur ce même sujet, on le voit surtout par le texte si curieux de la première Apologie (XXXIII, 6) : Tô TiVcij ti.a oi)v y.OL'. tf,v ojvaa'.v Trjv Trapà toù' Oso'j oùôiv àXXo vosT^Oat 0c'[j.'.; t] tÔ v Xo'yo v, 0; xaî T.OM-.ô-ry/.ot t(o OcÔ zqx'., fo; Mto'J'^f,; 0 ~zootor^\(j)'j.i'^oç Tipo'or^-zr^^ iarjvjTc ; xa'i toOto iXOôv i-l Tr,v -âpOavov xai STC'.axiajav où o-.à ajvojaîa; àÀXa otà O'jvaoLcto; iyxuuLOva xaTiaTrjOfc.. . et § 9, on oi oùosv'. àXÀn) GcO'yOso'jvTai 0'. "ooçrjTcJovTc; ci ijLT] Ào'Yfo Osiw, xaî uaîi;, w; 'j-oXaaoàvw, cpr^asTS. — Mais il y a chez Justin d'autre parties formules comme A/).. 1. XIII, 3, où il déclare qu'il croit en première ligne au Dieu créateur, en seconde (àv Ocj-spa /fooa) à Jésus-Christ, en troisième (Èv "oiTr, Ta^£'.), à l'Esprit prophétique. (Cf. la formule VI, i, plus embrouillée, parce qu'entre le Fils et l'Esprit, Justin intercale les anges, mais qui comprend aussi le Dieu créateur, le Fils et l'Esprit). Dans ces formules, qui ne mettent pas les trois personnes sur le même rang, mais qui les reconnaissent toutes trois, Justin reproduit
chapitre suivant les textes qui se rapportent à ce sujet, puisque J'atien n'a rien dit qui le touche dans les pages où il expose proprement sa théologie.
le Ocdo lie l'Eglise de son temps ; el. au fond, s'il ne recevait pas de renseignement ecclésiastique l'Esprit, à côté des deux autres personnes, le Logos, comme on l'a vu par la citation ilu cli. xxxiii. lui suffirait. On ne trouve pas, avons-nous dit, chez Tatien. l'équivalent des formules de Justin; de même qu'il ne décrit pas la liturgie, il ne transcrit pas le Credo. Si on supprimait des écrits de Justin lesdites formules, la figure du Saint-Esprit ne serait pas plus nette chez lui que chez Tatien. Parmi les textes que nous analyserons tout à l'heure et qui sont relatifs à l'Esprit en tant qu'inspirateur des prophètes, principe d'incorru]>tibilité, et agent du salut chez les justes, il en est un qui a de l'intérêt pour la question qui nous occupe. C'est celui-ci (fin du ch. xiii) : « L'Esprit de Dieu n'est pas en tous, mais chez quelques-uns qui vivaient selon la justice, il est descendu s'unir (s'e/2/flC("7-, Tj;i.-£pi- ~À£x£70ai) à l'àme, et il annonçait aux autres âmes, par des prédictions, l'avenir qui leur est caché ; et celles qui crovaient à la sagesse attiraient à elles l'esprit auquel elles étaient apparentées ; celles qui ne croyaient pas et qui rejetaient le ministre du Dieu qui a soufTert. devenaient ennemies de Dieu au lieu d'être pieuses, j) Ce morceau n'est pas un modèle de clarté ; car, dans le membre de phrase, chez quelquesuns, etc.. il ne peut être question que des prophètes, c'est-à-dire du temps qui a précédé la venue du Christ, tandis que le membre suivant : celles qui croyaient, etc., surtout par les mots : le ministre du Dieu qui a souffert, s'applique mieux aux temps postérieurs à l'Evangile, et il en est de même du présent h-i dans le premier membre de toute cette période : « L'esprit de Dieu n'est pas en tous. » Quant aux mots : le ministre du Dieu qui a souffert, rôv Z'.iy.O'^o'j toÎ -snovOoTO; 0cOj, nous nous demanderons plus tard ce que l'expression 6 zînovOôj; Osôç (cf. ch. xxi, où yào
tjLOJsa:vo;jL£v, avoss; "EXÀr/z^ç O^ôv iv àvOsw-oj 'J-Op^r^ •^lyo'^é'jT.'. y.OL-xyyf/.M'j--;,
peut bien nous apprendre sur la christologie de Tatien ; notons seulement ici que ce texte permet de considérer l'Esprit comme une personne divine, beaucoup plutôt que le texte du ch. xri, où il est appelé seulement : OsoD c-./.wv xal ôao.oja'.;. Mais nulle part Tatien n'a été plus précis, et ce n'est guère. Cf. sur toute la question Harnack, Dogmengeschichte, I, p. 445 et suiv.