‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 35 sur 90 · RECHERCHES 7I · texte numérisé non relu

RECHERCHES 7I

la mort (lans^ U immortalité. D'autre part, elle ne meurt pas, ////elle dissoute pour un temps, quand elle a acquis la connaissance de Dieu. » (chap. xiii). Ce texte implique que les âmes, aussi bien celles des justes que celles des méchants, sont momentanément anéanties, — dans l'intervalle qui sépare la mort de la fin du monde ; à la fin du monde elles renaissent en même temps que les corps. Cela est logique, dans le système de Tatien, qui ne fait de l'àme rien autre chose que l'harmonie ou le lien du corps ; quant à l'esprit, il forme couple açec elle, il habite en elle comme dans un temple, mais il ne s'unit pas, ne se combine*" pas avec elle ; il est donc naturel qu'à la mort, elle s'évanouisse (XJ£- Tai). Mais on comprend mal alors pourquoi l'esprit est un principe d'incorruptibilité (àçôapsta) en même temps qu'il l'est de purification. 11 est vrai que Tatien ne lui attribue formellement la première de ces deux qualités qu'en parlant des premiers hommes, avant la chute. Mais nulle part il n'a distingué entre le 'r:v£j[;.a qui était en eux et celui que nous pouvons rappeler en nous. Au contraire, il les assimile parfaitement^. Sa théorie est donc ici encore peu consistante et prête à des objections faciles. L'âme, une fois sauvée et en possession de l'immortalité (à la fin du monde seulement, selon le texte du chapitre xiii ; mais celui que nous allons citer, pris isolément, pourrait s'interpréter sans cette réserve) retournera au séjour de nos premiers parents, que Tatien décrit ainsi : « Le ciel, ô homme, n'est pas infini ; il est limité et compris dans des bornes. Au-dessus de lui sont des èons meilleurs qui n'ont pas les changements de saisons, causes de maladies diverses ; ils jouissent du climat le mieux tempéré, ils ont un jour qui dure sans fin et une lumière inaccessible aux hommes de ce bas-monde. » (chap. xx). Ce séjour bienheureux est la terre « non la notre, mais une plus belle », d'où « furent bannis les protoplastes )). Il faut que nous soyons enflammés du

1. La mort signifie ici, on le voit, l'état misérable du pécheur, châtié et incapable de repentir. Je n'épuise pas l'examen de toutes les difficultés que soulève, si on l'analyse de près, la psychologie de Tatien ; je laisse de coté celles qu'a déjà très bien mises en lumière Harnack, Dogmengeschichte 1, p. 430, note 3. Sur la thèse que l'âme n'est pas immortelle [)ar nature, cf. déjà Justin, Dialogue, 5, et après Tatien, Théophile II, 27. Au miheu du iii^ siècle, certains évêques d'Arabie (dans la région de Bostra) soutinrent la même thèse, selon Eusèbe (H. E., YI, 37) en termes presque identiques à ceux dont s'était servi Tatien.

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